‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 42 sur 60 · I IT · texte numérisé non relu

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affinités étroites. Nous sommes certain, et nous avons confiance d’avoir démontré ailleurs (1), que le principe de l'unité de sanctuaire, de l'unité du lieu de culte desserri officiellement par les ministres sacrés, est primordial dans la religion d'Israël.

Etant donné le principe, établi par nous dans l'étude que nous venons de rappeler, quil n'y eût, en droit, qu’un seul lieu où le culte public et national pût être régulièrement célébré par l'entremise des prêtres, jamais la tribu de Lévi, dans son ensemble, ne se serait vue investie d'un privilège aussi considérable que celui de la compétence exclusive dans les fonctions sacrées, si elle n'y avait été appelée, dès l’abord, par l’organisation religieuse donnée au peuple d'Israël. Car les conditions dans lesquelles les familles lévitiques eurent à pourvoir à leur établissement dans le pays, n'étaient point de nature à favoriser leurs rapports avec le sanctuaire national. D’autre part, le fait que toute une tribu nous apparaît, dans la tradition de l'Ancien Testament, comme favorisée de cette vocation extraordinaire, ne trouve pas d'explication suffisante dans les théories qui s'écartent du principe en question. L'origine lévitique de Moïse et d'Aüron ne nous permet point à elle seule de comprendre que les tribus dotées de territoires distincts, ayant leur organisation sociale et économique propre, non encore reliées entre elles par des liens politiques bien définis, divisées souvent, au contraire, par des rivalités sanglantes, agissant d'ordinaire indépendamment les unes des autres, eussent préféré comme desservants de leurs sanctuaires des membres de la tribu de Lévi, à des prêtres issus de leur sein. Il est sans doute aisé d'écrire ces choses ; on n’a aucune peine à en suivre l'exposé habilement arrangé par un auteur de talent. Mais lorsque du domaine de l’abstraction of passe à la considération des situations concrètes et vivantes, on ne peut se représenter les faits en conformité avec la théorie. Les tribus israélites avaient sans doute, suivant l'hypothèse, leurs traditions et

(1) Le lieu du culte etc. 1894.

leurs coutumes religieuses ; elles avaient leur culte et leur façon de le célébrer ; si parmi elles l'usage des oracles était en honneur, elles devaient avoir des hommes jugés aptes à les consulter ; lorsqu'elles s’approprièrent les autels ou les oracles cananéens établis dans le territoire conquis, ce ne put être ou bien qu’en y adaptant leurs croyances et en recevant en conséquence en leur sein le personnel qui y était attaché ; ou bien en les adaptant eux-mêmes à leurs propres coutumes traditionnelles. Mais, dans la supposition que les institutions mosaïques n'avaient rien fait pour leur imposer ou recommander un personnel nouveau, qu'à cet égard elles avaient gardé intacts leurs usages et leurs droits, on se demande en vain pourquoi et comment, en l’honneur de Moïse, elles en seraient venues à reconnaître pour le soin de leurs propres affaires ou intérêts religieux. une aptitude spéciale aux membres de la tribu de Lévi ; pourquoi on se serait pris à s'imaginer, dans leurs rangs, que les lévites s'entendraient sans doute mieux à consulter les oracles où à offrir les sacrifices que ceux qui l'avaient fait jusque-là.

Les données de la tradition sont les seules qui répondent ici aux exigences de l’histoire. Si les membres de la tribu de Lévi furent considérés comme spécialement aptes à l'exercice des fonctions sacrées, c'est que cette compétence spéciale leur avait été attribuée par les institutions mosaïques.

La religion fondée par Moïse donna aux tribus l’unité de culte qui devait amener plus tard l'unité politique, le groupement sous l'autorité d’un pouvoir central, des éléments épars de la nation. Jéhova sera donc le Dieu commun et unique de toutes les tribus. L’arche d'alliance est le symbole sensible de la présence de Jéhova parmi son peuple ; elle est le point de ralliement auquel convergent les sentiments, les obligations et les hommages religieux de tous en Israël. Un seul Jéhova, une seule maison de Jéhova. Jéhova a sa demeure là où repose l'arche d'alliance ; c'est là que le peuple doit se réunir, en des pané

gvyries solennelles, pour offrir à son Dieu ses dons et ses sacrifices. La tribu dans laquelle le contact avec la civilisation égyptüenne et probablement d’autres circonstances encore (1), avaient favorisé d’une manière spéciale le goût et l’étude des traditions religieuses, qui s'était montrée depuis longtemps la plus attachée au culte de Jéhova, honoré d’abord sous le nom de Ja ou de Jahu que Moïse transforma en celui de Jahve, cette tribu restera attachée au service des intérêts religieux. C'est le culte en vigueur au sein de la tribu de Lévi, développé et adapté à sa destination nouvelle, qui devient le culte de la nation, c’est-à-dire le culte commun de toutes les tribus. Les familles lévitiques seront reliées au sanctuaire de l'arche, qui est avant tout leur sanctuaire à elles, par les obligations du service divin. Les témoignages de fidélité que les lévites donnèrent à la cause de Jéhova pendant le séjour au désert, ne firent que confirmer le privilège qui était né, en quelque sorte, pour eux, de la situation même. Cependant les lévites n'occuperont point, dans la terre promise, un territoire distinct ; 1ls vivront dispersés parmi les autres tribus. C'est dans leurs rangs que se recrutera le personnel requis pour assurer le service régulier du sanctuaire ; les circonstances des temps décideront de l’organisation qu'il conviendra d’établir à cet égard. Mais les lévites pourront toujours, au milieu de leurs frères maîtres du pays, trouver leur entretien dans les redevances que ceux-ci sont obligés de leur fournir. Le prestige qui s'attache à leur vocation leur permettra en retour, de veiller d’une manière plus efficace, sur les divers points du territoire, aux intérêts religieux d'Israël.

Tels étaient les principes de l’organisation religieuse donnée au peuple d'Israël. Nous savons déjà comment la pratique s’en écarta. Déjà dès la période de luttes et de troubles qui précéda l'avènement de la royauté, le lien religieux qui unissait les tribus entre elles, sans disparaître complètement, se relâcha ; des cultes locaux s’organisèrent sous l'influence des

() Vr. plus loin,

usages cananéens ; les sanctuaires du pays attirèrent les enfants d'Israël ; de nouveaux sanctuaires s’établirent ; les autels rudimentaires destinés à limmolation ordinaire du bétail et au culte domestique devinrent souvent des centres religieux ; les lévites, poussés par le besoin, s'étaient peu à peu engagés au service de ces lieux de culte 1llégitimes. Les abus persistèrent et allèrent même saggravant, malgré la résistance et les efforts de certains rois, jusquà l’époque de la captivité. C'était la vocation de la tribu de Lévi aux prérogatives du ministère sacré, qui assurait à ses membres un accueil empressé auprès des sanctuaires provinciaux, partout où les intérêts d’un culte quelconque appelaient le concours de prêtres attitrés. Ce fut cette même vocation qui la préserva de l'absorption par les autres tribus et qui, après les Jours de réforme, et notamment après l'épreuve de l'exil, la ramena au service de la maison où Jéhova avait établi la demeure de son nom.

Non seulement la caste lévitique dérive de la tribu de Lévi, elle fut toujours cette tribu même. Mais alors comment un lévite était-1l chose si rare à l'époque des Juges ? Nous avons déjà répondu que rien ne prouve qu'un lévite fût chose rare à cette époque. Le cas de Jonathan montre seulement que l’on tenait, même dans les sanctuaires qui s'élevaient à côté de .celui de l’arche, à S'assurer le concours de l’un ou l’autre membre de la tribu sacrée (1).

Et la malédiction de Jacob Gen. XLIX 7, ne prouve-t-elle point que la dispersion des Lévites parmi les autres tribus doit être envisagée comme la suite d’un châtiment ; et non pas comme le simple effet de la vocation de cette tribu au ministère du culte ?

D'après Stade (2) et la plupart des critiques, le récit de Gen.

XXXIV raconterait sous la forme d’une sanglante aventure

(2) Plus haut, p. 2308.

(1) Geschichte I p. 1535.

DT Te OP I RE OP TP NN I NS

arrivée à l’époque patriarcale, des événements datant des guerres de conquête après Moïse. Les tribus de Siméon et de Lévi se seraient rendues coupables d'actes de cruauté et de perfidie qui tournèrent à leur propre ruine et les mirent dans l'impossibilité de s'approprier un territoire. De là la malédiction prononcée contre elles dans le poème conservé Gen. XLIX et qui aurait été composé à l'époque des Juges. Cette hypothèse, malgré son air de simplicité, est sujette à des difficultés très graves. C'est un procédé arbitraire tout d’abord, de dédaigner le témoignage de la tradition qui rapporte aux temps prémosaïques les faits qui eurent pour les destinées de Lévi et de Siméon les conséquences signalées, d'autant plus que des données historiques sérieuses tendent à établir que déjà antérieurement à la conquête de Josué, certaines tribus israélites sétaient livrées à des guerres d'invasion dans le pays de Canaän (1). Le 1° livre des Chron. VII 20 ss., parle lui-même d’une expédition des Ephraïmites en Palestine pendant la période du séjour d'Israël en Egypte (2). Peut-on concevoir que la tribu qui avait donné à Israël le fondateur de sa nationalité et de ses institutions religieuses, aurait été l'objet, après coup, d'une malédiction comme celle de Gen. XLIX 7 ? Ce fut, diton, le prestige que donna à ceux de sa tribu l'origine lévitique de Moïse, qui valut aux lévites la préférence dont ils Jouissaient pour l'admission aux fonctions du ministère sacré ; mais si, après Moïse, les lévites se fussent attirés par leur conduite abominable l’'anathème de la nation, auraient-1ils pu, en même temps, faire généralement reconnaitre leur aptitude spéciale au service du culte ? La vocation sacerdotale de Lévi ne pouvait manquer d’être envisagée comme l'effet de la bénédiction et de

(1) I est douteux toutefois, que les Chabiri des lettres de Tell-el-Amarna soient à identifier avec les Zbrim ou Hébreux (Hommel Aléisr. Ueberl. p. 230 ss.)

(2) Hommel (AZtisraelitische Ueberlieferung p. IX) rapporte à ce propos une observation faite par Fries. M. De Moor avait déjà attiré l'attention sur la notice du livre des Chroniques dans plusieurs articles, entre autres Un épisode oublié de l’histoire primitive d'Israël (1894).

la faveur de Jéhova (Ex. XX XII 29 (1) Deut. XX XIII 8-11 1 Sam. IT 27). Cette faveur divine devait être nécessairement supposée comme condition de la valeur et de l'efficacité du sacerdoce lévitique. Dillmann croit pouvoir résoudre la difficulté en disant que dans les premiers temps après Moïse la consécration effective au culte divin était limitée à quelques familles lévitiques, tandis que le gros de la tribu était réduit à la misère (2). Mais du récit de Jud. XVII, cité à ce propos par Dillmann, il résulte que tout lévite quelconque était recherché et accueilli avec empressement comme desservant d'un sanctuaire. Ensuite, à ne considérer que les quelques familles lévitiques dont parle Dillmann, à ne tenir compte par exemple que des familles lévitiques qui remplirent les fonctions du sacerdoce dans la maison de Dieu, devant l'arche d'alliance, comprend-on qu'à l'époque des Juges Lévi aurait été honteusement flétri, exposé au mépris de la nation comme chargé parmi ses frères de la malédiction paternelle ? C’est peu vraisemblable. Nous croyons que ceux-là ont raison qui attribuent au poème de la Bénédiction de Jacob une origine prémosaïque (3).

(1) + La bénédiction dont parle ici le prophète (Moïse) rappelait les dernières paroles de Jacob à Lévi et à Siméon ; elle relevait les Lévites de l'état de malédiction où les avait mis la cruauté de leur ancêtre à l'égard des Sichémites et contenait une allusion aux privilèges qui allaient leur être accordés. » (Card. Meignan L’Ancien Testament … De Moïse à David 1896 D'H2r

(2) Genesis (1886) p. 454.

(3) Encore récemment Hommel, 1. c. p. 268 et Fries cité par Hommel p. IX. — Dans un remarquable article consacré à la Prophétie de Jacob (Revue Biblique, Oct. 1898 p. 525 ss.) le P. Lagrange écrit : « Le poème remonte … à une très haute antiquité ; même à le supposer composé après les événements, il ne nous est pas permis de descendre plus bas que les premiers temps de l’époque des Juges. C’est un terme qu'il importait de fixer en toute hypothèse ; mais on peut, nous l’avons dit, remonter plus haut » (p. 539). L'auteur insiste, p. 538, sur l’unité de la composition. « On ne peut guère, dit-il, suspecter comme retouche que la mention de Sidon v. 13 et l’exclamation v. 18. - Il est cependant à remarquer que les éloges sont en général prononcés sous forme de comparaison avec un animal; c’est le cas pour Juda, Issachar, Dan, Nepthali (Massor.) Joseph (dont la bénédiction nous paraît très bien inter-

Conformément au récit de Gen. XXXIV, les faits auxquels il est fait allusion dans le poème se rapportent en réalité, croyons-nous, non seulement aux temps prémosaïques, mais à l'époque des premières colonies israélites dans le pays de Canaëän. Il n'y a dans cette supposition rien qui ne soit parfaitement plausible. Les tribus ne se sont pas constituées ou associées à l’époque de Moïse, ni même en Egypte. Malgré les expéditions séparées auxquelles elles se livrèrent, selon toute apparence, durant la période de leur séjour dans le pays de Gosen, elles ne perdirent point le sentiment de leur communauté de race et d'intérêts, ce qui nous oblige à faire remonter l'origine de la confédération plus haut dans le passé. Les chapitres XXXIII ss. de la Genèse parlent d'une tentative d'établissement pacifique des fils d'Israël, encore au début de leur développement, parmi les populations de la Palestine ; déjà alors les noyaux des tribus primitives doivent avoir formé un groupe compact. Dans une guerre de conquête comme celle qui eut lieu plus tard sous Josué, la violence ou la cruauté n’eussent pas été considérées comme criminelles ; mais dans les circonstances où les jeunes tribus se trouvaient, au temps de leur première formation, alors quelles étaient impuissantes à soutenir leurs prétentions ou à s'entr'aider par

prêtée par le P. Lagrange), Benjamin. Il n’y a d'exception que pour Zabulon, Gad et Ascher. Or précisément l’ordre d’énumération n’est pas observé quant à ces tribus. Zabulon devrait figurer. après Issachar ; Gad et Ascher après Nephtali (Lagrange p. 540). Le nom de Zabulon seul est accompagné d’une notice géographique. Celle-ci ne répond d’ailleurs pas exactement aux données de Jos. XIX 10-16 suivant lesquelles cette tribu ne touchait à la mer d'aucun côté. Serait-il téméraire de mettre en avant la possibilité d’un remaniement en ce qui touche Gad, Ascher et surtout Zabulon ? Sur le v. 13 Bickell fait la remarque : Stichum additicium esse patet, cum ceteroquin in hac benedictione nunquam notiones geographicae determinatae occurrant. Cette remarque ne serait-elle pas applicable également aux deux premiers membres ? Il ne serait d’ailleurs pas impossible non plus que Zabulon, en même temps que la tribu voisine Ascher, ait occupé son territoire dès le règne de Séti, le père de Ramsès II, et que le poème soit postérieur à cette date (Hommel I. €. p. 228, 265). L'invasion des tribus israélites en Palestine semble avoir commencé longtemps avant l’époque de l’'Exode proprement dit,

la force, 1l importait qu'elles s’appliquassent toutes à se ménager de bonnes relations avec les habitants. Siméon et Lévi compromettent l'œuvre commune par leur odieuse conduite. Les autres tribus abandonnent la cause des deux frères. Désormais les fils d'Israël ne rencontrent plus qu'hostilité de la part des voisins. Ils sont obligés de se retirer vers le sud. De nouvelles divisions s'élèvent parmi eux. L'émigration vers l'Egypte commence. Bientôt le gros des tribus suit le même chemin ; elles se fixent dans les possessions qui leur sont octroyées dans le pays de Gosen. Siméon et Lévi privés de l'appui des autres clans, s'étaient disloqués ; leurs familles avaient dû pourvoir à leur sécurité en se partageant parmi les diverses tribus ; c'était le châtiment de leur funeste campagne contre les Sichémites. Mais, une fois que l’on fut établi en paix dans la terre de Gosen, les deux groupes dispersés cherchèrent à se reconstituer. Siméon n'y réussit guère et sortit très affaibli de l'épreuve qu'il avait traversée ; 1l semble n'avoir plus été considéré que comme une annexe de Juda. Après la conquête 1l ne fut point systématiquement exclu du partage du territoire ; au contraire plusieurs villes lui sont assignées Jos. XIX 1-9, qui ailleurs toutefois sont portées en compte aux possessions de Juda (Jos. XV 26-32, 42). Dans la Bénédiction de Moïse 1l est passé sous silence (Deut. XXXIIT). Quant à Lévi, il reprit à la longue plus de consistance vis-à-vis des autres tribus. La disgrâce dont il s'était vu atteint et l'aversion qu'il continua sans doute d'inspirer à ses frères, donnèrent à son activité -une orientation spéciale. Des familles influentes de la tribu entrèrent en rapport avec les Egyptiens. On a remarqué que plusieurs noms propres égyptiens se rencontrent parmi les familles lévitiques ; tels ceux de Pinehas, de Putiël (Ex. VI 25); le nom de Moïse lui-même. Kuenen signale aussi la parole de l’homme de Dieu à l'adresse de Eli (1 Sam. IT 27) à savoir qu'en Egypte les ancêtres de ce dernier avaient été « les serviteurs de la maison de Pharaon », une formule qui n’est jamais appliquée à Israël dans son ensemble (1). Le

(1) Kuenen, Vo/ksrel, p. 314.

commerce avec les Egyptiens développa parmi les lévites une culture plus élevée. Les traditions religieuses de leur race trouvèrent parmi eux de zélés défenseurs ; ils donnèrent au Dieu des ancêtres ses partisans les plus fidèles (Ex. XX XII 26 ss.). Ainsi Lévi se préparait à prendre la direction spirituelle des autres tribus. Lorsque après les Jours d’oppression l'heure de la délivrance sonna, ce fut un lévite qui fut choisi pour sauver ses frères de la servitude et pour leur donner leur organisation religieuse, principe de leur unité et de leur future puissance. Les lévites furent tout désignés pour remplir, au sein de la nation nouvelle, les fonctions de ministres du culte ; ils restèrent attachés au service de Jéhova dont ils avaient assuré le triomphe. Les analogies que l'on à signalées entre divers éléments des institutions rituelles des Hébreux et des Egvyptiens s’expliqueraient très bien par les circonstances que nous venons d'exposer.

Nous n'avons pas prétendu, il est inutile de l'ajouter, présenter au lecteur un tableau garanti authentique de la période prémosaïque de l’histoire d'Israël. IL est possible que les choses se soient passées autrement. [1 s'agissait seulement de montrer qu'en rapportant la malédiction de Lévi à une époque antérieure à Moïse, on ne lui ôte pas nécessairement toute signification, comme le disait Dillmann (1). Ce jugement sur la date de composition du poème ne justifie pas non plus la conclusion de Hommel, qui distingue deux tribus de Lévi, l'une ancienne, à laquelle s’appliquerait l’anathème de Gen. XLIX 7 et qui aurait complètement disparu longtemps avant Moïse ; l'autre d’origine plus récente et absolument nouvelle qui aurait été la tribu sacerdotale (2).

Nous admettons volontiers que la dispersion de Lévi parmi les autres tribus après la conquête du pays de Canaëän, ait pu être en partie la conséquence de la situation spéciale à laquelle ce groupe avait été condamné depuis les événements racontés

(1) Genesis p. 454.

(2) L. c. p. 267. — Voir plus loin, p. 3118.

au ch. XX XIV 25ss. et visés au ch. XLIX 7 de la Genèse (1).

Ce qui nous paraît incroyable, c'est que le sort fait aux lévites lors du partage du pays, ait été envisagé comme l'effet direct d’une malédiction dont ils auraient été l'objet à raison d'actes de cruauté commis pendant les querres de conquête sous Josué. Indépendamment de la difficulté qui résulte, contre une pareille supposition, du prestige que le nom de Moïse dut prêter à la tribu et dont celle-ci se trouva effectivement entourée au témoignage de l’histoire, il est manifeste, autant par le récit de Gen. XXXIV que par l’allusion de Gen. XLIX 7, que le crime de Siméon et de Lévi consista en une violation sanglante de la paix, en une perfidie dont les autres tribus, impuissantes à se défendre, eurent à subir les conséquences. C'est par là que s'explique l’anathème prononcé contre eux au nom du père commun de la nation.

Baudissin, tout en affirmant que la malédiction de Lévi fut provoquée par des actes de cruauté dans la guerre contre les Cananéens, — une considération qui aurait pu valoir le même blâme à tous ses frères, — n'en soutient pas moins que dès l'époque mosaïque toute une tribu fut consacrée au service de l'arche ; le sacerdoce des lévites, dit-il, ne se trouve pas exclu par la donnée de Gen. XLIX 7 (2). Sans doute, nous sommes les premiers à le reconnaître, la dispersion des lévites, après l'occupation, ne doit point se concevoir comme la suite naturelle de leur vocation au service du sanctuaire. Il est clair aussi que cette vocation ne dut point empêcher les lévites de prendre

(1) Cette dispersion était en même temps parfaitement adaptée à la mission des lévites, comme trait d'union religieux entre les diverses tribus. Les lévites n'avaient, à la vérité, aucun titre officiel, basé sur les institutions, pour prêter leurs concours aux manifestations, même légitimes, du culte populaire, Il est évident néanmoins, comme l’exemple de Samuël le prouve (1 Sam. IX, plus haut p. 252), qu'ils pouvaient en cette matière exercer une action salutaire et entièrement conforme aux exigences de leur vocation. L'autorité du sanctuaire de l’arche ne pouvait d’ailleurs rien perdre à la présence de ses représentants naturels parmi les éléments épars de la population. Il faut encore considérer que les intérêts du Jahvisme ne se bornaient pas à la célébration du culte.

(2) LC. p.173:

part aux longues luttes qui marquèrent l'invasion des Israélites en Palestine. Nous sommes parfaitement d'accord sur ces points. Nous ajouterons que si l’on prétendait que les mots : « je les partagerai en Jacob et je les disperserai en Israël », (Genèse, XLIX 7) constituent un commentaire ajouté après coup aux termes qui énoncent la malédiction, nous n’y verrions aucun inconvénient au point de vue de l’histoire ; l'emploi de la première personne dans la phrase en question semblerait même mieux convenir à Jéhova qu'à Jacob. Mais, dans tous les cas, ce qui reste à notre avis inexplicable à une époque quelconque postérieure à Moïse ou à la vocation des lévites, c'est la malédiction même de la tribu de Lévi.

Il est clair que dans la tribu de Lévi, appelée au service de l'arche d'alliance, tous n'auront pas été investis des mêmes droits. Déjà dès l’origine, comme le remarque Baudissin, il doit y avoir eu une distinction entre prêtres proprement dits, chargés des fonctions principales, et simples lévites (1). Le même auteur ajoute que Moïse pourra avoir réservé le sacerdoce à sa propre famille ; mais un peu plus haut il s'était avec beaucoup de raison déclaré en faveur du caractère historique de la figure d'Aäron. « On a de la peine à comprendre, disaitil, qu'en des temps plus récents le clergé eût mis sa gloire à descendre d’un frère du législateur, plutôt que de ce dernier lui-même, qu'il aurait pu tout aussi bien se donner comme ancêtre (2) ».

Hommel distingue, comme Wellhausen, une double tribu de Lévi ; mais chez lui la distinction prend une portée absolument différente. D’après le professeur de Münich, l’ancienne tribu de Lévi aurait entièrement disparu déjà longtemps avant Moïse ; la tribu sacerdotale n'aurait rien de commun avec elle. I] ne s'explique pas sur la manière dont celle-c1 serait arrivée

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