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à se constituer. Seulement il rappelle, à propos des relations que Moïse eut avec Jéthro, le prêtre midianite, un rapprochement très intéressant qui lui est fourni par une donnée des inscriptions minéennes trouvées par Euting à el-Ola. Il est question, dans deux ou trois de ces inscriptions, d'une classe de personnes appartenant au dieu Wadd, et qui sont désignées sous le nom de lawru, au fém. lawx'at. D. H. Müller y reconnut des « prêtres » et des « prêtresses » et Hommel met le nom en rapport avec l’hébreu Zevr (1). Mordtmann dit qu'il croit que cest à bon droit (2). Sayce exprime son adhésion en termes plus formels (3). Il semble donc qu’au jugement de Hommel les levijim d'Israël n'auraient pas même tenu leur nom de l’ancienne tribu lévitique. Nous n'avons pas à rechercher Jusqu'à quel point cette théorie est conciliable avec les vues émises par le même auteur sur la haute antiquité des institutions religieuses des Hébreux, telles qu'elles sont décrites dans la Bible et notamment dans la Loi. Il ne nous appartient pas non plus d'émettre un avis sur la signification du nom lawru, lawv'at, qui se présente dans les inscriptions d'el-Ola. Nous admettrons, sur l'autorité des savants compétents, qu'il est équivalent à prêtre, prêtresse, tout en avouant qu'à l'examen des passages où il figure nous n'avons pas vw la nécessité de cette interprétation. Nous ne pouvons pas cependant nous dispenser de présenter à ce sujet certaines observations.
Dans les inscriptions, notamment ME. XXIV I. 1-2 (4), les personnes désignées par le nom en question, sont non seulement présentées comme appartenant à Wadd, mais mises en rapport avec lui au moyen du pronom possessif ajouté au titre de PNY : « sa prétresse Salmaj, fille de sa prêtresse ‘Adat... » Rien ne peut mieux faire sentir la différence entre la
(1) Aufsäütze u. Abhandlungen, 1892 p. 30 s. — Die altisraelitische Ueberlieferung 1897 p. 278.
(2) Beiträge zur minaeischen Epigraphik Weïmar 1897 p. 43.
(3) Early hist. of the Hebrews 1897 p. 80 : Levi …. is a gentilic noun and must be connected with the Zau’ä(n) or‘priest, of southern Arabia.
(4) Mordtmann p. 48 ss.
portée de l'appellation lawdu, laiwr'at dans ces textes, et celle du nom de levi dans l'Ancien Testament. Jamais il n’est parlé d'un levr de Jéhova. L'idée de prêtre est exclusivement représentée en hébreu par kohen. D'après les récits les plus anciens de la Bible aussi bien que d’après la Loi, la qualité de Levi est supposée dans le sujet antérieurement à celle de prêtre ; la première indique une condition de naisssance, la seconde y survient à raison des fonctions auxquelles le /evi est appelé, soit par un privilège de droit, soit d'occasion. Jonathan était levi indépendamment de toute notion d’un ministère sacré quelconque ; 1l devient kohen au service de Mikha (Jud. XVII 10, 12). Même dans les livres où la qualité de prêtre est attribuée aux levijim en général, les notions exprimées par les deux noms sont parfaitement distinctes. Nous avons suffisamment montré, au cours de notre étude, les rapports établis entre elles dans l'Ancien Testament. Il s'ensuit que s'il existe entre le nom que portent les « prêtres » ou les « prêtresses » des inscriptions de el-Oia et celui des Zevÿjim hébreux un rapport de dépendance, il est impossible que l'emprunt ait eu lieu de ce côté-ci. En Israël, après Moïse, /a signification première du nom leur est celle de membre de la tribu de Lévi ; on ne conçoit point que ce nom employé au sens de prêtre chez les Minéens, eût passé aux Hébreux dans l’acception que nous venons de rappeler. Mais la tribu de Lévi ayant été appelée au sacerdoce, on comprendrait qu'à l'exemple et sous l'influence des Hébreux, le titre de leviÿjim eût été attribué, chez d’autres peuples, à ceux qui exerçaient les fonctions sacrées.
Rappelons-nous à présent que le nom lawi'u, lawvrat est exclusivement propre, chez les Minéens, aux inscriptions de el-Ola, située au nord de Médine ; ailleurs dans les textes minéens, comme aussi dans une inscription sabéenne, « prêtre » signifie V2 (1).
On connaît l’essai de Dozy sur l'importance extrême qu'auraient eue, au point de vue des institutions religieuses, les
() Mordtmann p. IX ; id. p. 113. — Sayce ne tient pas compte de cette observation à l'endroit cité plus haut.
colonies israélites qui seraient allées, de bonne heure, se fixer au fond de l'Arabie (1) Certes, nous sommes loin de partager toutes les conclusions de l’auteur ; bien des considérations alléguées par lui sont exagérées ; d’autres absolument fantaisistes. Il en est plus d’une cependant qui mérite de fixer l’attention. Dozy rapporte, entre autres choses, une tradition, attestée par plusieurs écrivains arabes, d’après laquelle il y aurait eu aux environs de Médine des établissements israélites très anciens (2).
Ce qui est plus important, c'est le témoignage que nous apportent ici les documents bibliques. 2 Chron. XX VI 7 ss. nous lisons une relation des guerres du roi Uzzia contre les Philistins et les Arabes. À deux reprises il s'agit là des Minéens. La Vulgate, il est vrai, a deux fois les Ammonites ; mais le texte massorétique porte la première fois 0327 (la seconde fois Q°323%77 ) et les LXX les deux fois tous Mivatous et ot Mivaror. Il est certain qu'aux vv. 7, 8 c'est deux fois de suite le même peuple qui est nommé, et le contexte prouve que les LXX ont lu très justement les deux fois 0352 (3). Aujourd'hui surtout que nous savons que les Minéens avaient des établissements au N. 0. de l'Arabie, le sens du passage n'est pas douteux. « Dieu aida Uzzia contre les Philistins et contre les Arabes .... et les Me‘înîm ; et les Me‘înîm payèrent tribut à Uzzia; ef sa renommée alla jusqu'aux frontières de l'Egypte (4) ; ses victoires s’élendirent en effet encore plus loin (n5525 75) ». En regard de ce passage, lisons 1 Chron. IV vv. 39 ss. relatifs à une émigration de Siméonites sous le règne d'Ezéchias : « Ils allèrent du côté de Gedor (?) jusqu'a lorient de la vallée (?), cherchant des pâturages pour leurs troupeaux. Et ils trouvèrent des pâturages gras et excellents ; la terre
(1) De Israelieten te Mekka.
(2) L c. (trad. allem.) p. 53 ss. i
(3) Cfr. Hommel Aufsätze u. Abhandlungen . (1892), p. 48. La question de savoir si le nom même de Mivator répond étymologiquement à celui de Main (ibid. p. 128), ne nous intéresse pas ici.
(4) Limite de l’horizon politique familier à Israël dans le sud.
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était très étendue, tranquille et riche. C’éfaient des descendants de Cham qui habitaient là auparavant. Ceux dont les noms précèdent arrivèrent donc au temps d’Ezéchias roi de Juda, et ils battirent les... (1) et les Me‘înfm qui se trouvaient là et les frappèrent de l’anathème jusqu'à ce jour. Ils s'y établirent à leur place, car il y avait là des pâturages pour leurs trou- ER UIER » Suit une notice Sur une autre expédition, moins importante, de Siméonites dans les montagnes de Séir.
Il nous paraît évident que les relations de 1 Chron. IV et 2 Chron. XXVI se rapportent toutes les deux à des campagnes lointaines dans la région arabe. Uzzia étend ses victoires plus loin que les confins de l'Egypte ; les Siméonites s’établissent dans un pays occupé auparavant par les Chamites (2) et où se trouvaient aussi des Me‘inim. Le caractère vague de la donnée empruntée à la population chamitique plaide pour la grande distance de l'endroit. D'autre part les termes dans lesquels la présence des Me‘înim est signalée dans la contrée où les Siméonites s’établirent, semblent indiquer qu'ils s'y étaient fixés eux aussi comme colons. Il est à remarquer que el-Ola est précisément vantée pour la fertilité de ses terres (3). Ajoutons que, d’après les écrivains arabes dont il à été question plus haut, l'endroit occupé d'abord par les émigrants israélites s'appelait du nom de famille Zohara ; or la tribu de Siméon comprenait une division appelée "x (Gen. XLVI 10, Ex. VI 14) ; une autre division de la tribu portait le nom d’Ohad (1. cc.) qui se retrouve pareillement dans la montagne Ohod aux environs de Médine. Gen. XXV 13-14 Mibsam et Mischma figurent parmi les fils d’Ismaël, 1 Chron. IV 25 parmi les descendants de Siméon, etc. (4).
Dans l'hypothèse qu'il y eût eu réellement dans la région où les inscriptions minéennes ont été découvertes, au nord de
(1) Le texte porte DNS NON, qui n’a pas de sens ici. Il s’agit des habitants, comme la suite immédiate le montre.
PhCIr Gen. X 7.
(3) Mordtmann p. VIS.
(4) Dozy 1. c. p. 59 ss.
Médine, des établissements israélites, on concevrait très aisément qu'a la faveur de leur influence religieuse le nom de levijim eût passé dans la langue de leurs voisins. Il est probable que les Siméonites auront amené avec eux des lévites, comme les Danites le firent au cours de leurs migrations racontées Jud. XVIII. Dozy fait remonter l'expédition dont parle 1 Chron. IV 39 ss. au règne de Saül ; mais rien ne nous autorise à nous écarter du témoignage de l’auteur biblique qui la rapporte au règne d'Ezéchias. C'est la campagne militaire d'Uzzia qui aura ouvert la voie aux colonies siméonites ; comme Uzzia lui-même d'ailleurs avait été précédé par Salomon dont les flottes s'organisaient à Esiongeber, près de Elath sur la mer Rouge. Il est probable qu'il y aura eu de bonne heure des stations connues aux I[sraélites, le long du littoral. D'autre part l'avis de Glaser et de Hommel sur la haute antiquité des inscriptions minéennes en général, n'est pas partagé par tout le monde. Les inscriptions sabéennes les plus anciennes datent de la seconde moitié du 8° siècle. Mordtmann n’admet pas que les monuments minéens remontent à une époque antérieure ; il arrive à les classer dans leur ensemble entre les deux dates extrêmes occupées par les textes sabéens. Il constate en particulier des caractères graphiques d’origine relativement récente dans les inscriptions de el-Ola (1).
(1) L c.‘pp. 105 88D. X.