‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 47 sur 60 · acte de tyrannie sanglante de la part de Saül qui fit massacrer · texte numérisé non relu

acte de tyrannie sanglante de la part de Saül qui fit massacrer

les prêtres de Nob, parce qu'il soupçonnait Achimelek de favoriser David. Salomon destitua Abjathar ; il est permis de se demander jusqu'à quel point cette mesure, qui mettait fin à la situation irrégulière créée par la présence de deux chefs du clergé, était en dehors de la compétence du roi ; dans tous les cas, si Salomon excéda les limites de son pouvoir en écartant Abjathar du sacerdoce (1 R. IT 26, 27), cet abus ne fut pas plus manifeste que la violation du droit d'asile qu'il se permit en faisant mettre à mort Joab auprès de l’autel où celuici avait cherché un refuge. Achaz donnant des ordres pour faire remplacer l’ancien autel des holocaustes par l'autel nouveau dont il avait vu le modèle à Damas, semble être blâmé de ce chef par l'historien sacré.

C'est le roi qui détient, au nom de Jéhova, le pouvoir exécuüf et qui a la mission de veiller efficacement à l’application de la Tora, même dans la sphère des intérêts du culte. Cependant, si le prêtre n'était pas investi d’un pouvoir de gouvernement, la société spirituelle n'étant pas distincte de la société temporelle sous le régime théocratique, il était loin d’être la créature du roi. Tant au point de vue de son recrutement qu'à celui de ses attributions et de ses revenus, le clergé continua sous la royauté à Jouir d'une constitution indépendante garantie par la Loi divine. Le sacerdoce était héréditaire. Les fonctions sacrées étaient son apanage et nous avons rappelé plus haut que comme organe de la Tora et de l'oracle, le prêtre, au nom de Jéhova, faisait la loi au prince. Les prêtres avaient droit à la part de Jéhova parmi le peuple. Aussi clairement que le chap. XVIII du livre des Nombres, le Deutéronome assigne directement à la tribu de Lévi les offrandes sacrées qui sont la source de sa subsistance. C’est à la maison de Dieu, d’après la loi du livre de l’Alliance (Ex. XXIIT 19), que doivent être apportées les prémices des fruits de la terre. D’après le discours de l'homme de Dieu à Eli, un morceau datant en tout état de cause d'avant l'exil, cest directement aux prêtres que sont données toutes les offrandes des fils d'Israël (1 San. IT 28). Il est supposé, dans l'épisode du règne de Joas auquel nous faisions allusion plus haut (2 R. XIT), qu'anciennement les membres de la tribu de Lévi levaient eux-mêmes, et, à ce qu'il

semble, pour leur propre compte, les contributions destinées à l'entretien de l'édifice sacré ; dans la réforme que Joas introduisit à ce sujet, il fut entendu que l'argent du Ascham et l'argent des Hata'oth ne serait point versé au dépôt soumis au contrôle du roi et affecté au temple, parce qu'il revenait aux prêtres (v. 17) (1). Sur la question de la dotation du clergé nous aurons d’ailleurs à revenir plus loin. Le temple avait son trésor et le récit du ch. XI du 2° livre des Rois nous permet de conclure que les prêtres en avaient la garde et jouissaient

(1) Voir l'exposé et la discussion des faits, plus haut, p. 101 58.

dans son administration d'une grande liberté, puisque Joïada eut le loisir d'en disposer pour armer les milices qui détrônèrent Athalie,

Le clergé avait son organisation distincte des autres ordres de la société. Les prêtres avaient leurs Anciens (2 R. XIX 2). Nous avons pu conclure d’un passage d'Ezéchiél, indépendamment des relations du livre des Chroniques, que la division en vingt quatre classes était en vigueur avant l'exil (1). C'étaient les chefs de ces classes qui formaient le collège des Anciens. Les traités de la Mischna fournissent des données plus abondantes que la Bible sur les divers offices attribués aux membres de la hiérarchie sacrée, du moins pour les derniers temps de l'Etat juif (2). Mais les sources reconnues de l’histoire préexilienne nous donnent aussi à cet égard des renseignements intéressants. Nous apprenons par Jérémie (XX 1, XXIX 26) quil y avait des prêtres portant le titre de Pegidim ou inspecteurs, qui étaient chargés notamment de la police de la maison de Dieu. Sephanja-ben-Maasia avait succédé dans cet emploi à Joïada. Il y avait plus d’un paqid; Jér. XX 1, Paschhur-ben-Immer est nommé Pagid-Nagîd, inspecteur en chef (3). 2 R. XIX 2 il est question d'un certain Eliaqgîm préposé à la maison de Dieu (?) (n2ñ75; "wn) ; peut-être cette fonction coïncidait-elle avec celle du Paqid-Nagid. Cependant d’après 2 Chron. XX XV 8 il v avait trois negidim en fonction sous le roi Josias ; Néh. XI 22 nous apprenons que le chef des lévites à Jérusalem s'appelait paqid. Nous avons dit plus haut déjà (4) que le paqid Sephanja dont parle Jérémie XXIX 26 est probablement le même Sephanja qui est appelé ailleurs le prêtre de second rang (2 R. XXV 18, Jér. LIT 24) ; nous

(1) plus haut p. 21558.

(2) Cfr. Schürer IT p. 209 ss. (3) vr. plus haut, p. 1605.

(4) p. 158 ss.

avons remarqué à ce propos que ce n’était pas là un titre strictement personnel ; 2 R. XXIII 4 parle des prêtres de second rang. Il est probable que Sephanja était leur chef et qu'en cette qualité 1l était nommé par excellence /e prêtre de second rang, de même que les trois (prêtres) portiers 2 KR. XXV 18 sont ainsi désignés en leur qualité de chefs des trois classes de portiers.

À la tête de la hiérarchie sacrée se trouvait le grand prêtre. Bien quau point de vue de l'organisation générale et de la constitution politique de l'Etat, le grand prêtre dût nécessairement seffacer devant le roi, cependant comme autorité enseignante, comme représentant d'Israël devant Jéhova dans l’ordre religieux, 1l occupait le rang le plus élevé de la nation. De ce que nous avons dit tout à l'heure au sujet des privilèges du clergé, on peut inférer déjà que le grand prêtre dut jouir d'un grand prestige. Dans la sphère spéciale des choses du culte, 1l était le chef immédiat et reconnu. Joïada établit, de sa propre autorité, des postes dans la maison de Dieu (2 KR. XI 18). C'était par l'entremise du pontife que le roi, d'une manière légitime ou non, intervenait dans les affaires du temple. Dans l'histoire du règne de Joas l’auteur des Chroniques rapporte que « le roi » établit un tronc à l'entrée du temple pour recevoir les offrandes du peuple ; mais l’auteur du livre des Rois nous apprend que la mesure ne fut point prise directement par l'autorité royale ; il est raconté ici que ce fut Joïada, le prêtre, sans doute d'après les instructions de Joas comme le contexte l'indique. qui fit placer le tronc (2 R. XII 9). Cest au grand prêtre Urija que s'adresse Achaz pour faire remplacer l’ancien autel des holocaustes par un nouvel autel. Pour purifier le temple des emblêmes idolâtriques qui le souillaient, le roi Josias « donne ordre au grand prêtre Helcias et aux prêtres de second rang et aux porters, de jeter dehors les objets fabriqués en l'honneur de Baal », etc. (2 R. X XIII 4) ; les prêtres de second rang et les portiers sont mentionnés ici comme les exécuteurs des mesures exposées ; le grand prêtre, comme l'autorité chargée de transmettre les prescriptions royales et de surveiller leur exécution.

Le chef de l’ordre sacerdotal porte le titre tantôt de 3 WNNT le prêtre suprême comme Seraja, mis à mort à Ribla lors de la destruction de Jérusalem en 586 (2 R. XXV' 18); tantôt de 51735 572 de grand prêtre, comme Helcias qui exerça le pontificat sous Josias (2 R. XXII 4, 8,; XXIITI 4), Joïada contemporain d'Athalie et de Joas (2 KR. XII 11); tantôt de ‘27 le prêtre par excellence, suivant l'usage fréquent de la Loi, comme Urija sous le règne d'Achaz (2 KR. XVI 10, 11, 15, 16), Helcias (2-R. XXII 10, 12, 14, XXTT 24), Joïada (2 R. XI 9 ss. XIT 3, 8, 10), Sadoq (1 Re) Sadoq et Abjathar réunis (1 R. IV 4) etc. Suivant une conjecture plausible, Sadoq semble avoir été désigné par le titre de ON 935 dans le texte primitif de 2 Sam. XV 27.

L'influence dont le grand prêtre jJouissait, non pas proprement à raison de sa position dans l'Etat, mais grâce au caractère auguste que lui prêtait sa prééminence dans l'ordre religieux, se montre d'une manière éclatante dans l'histoire de l'avènement de Joas. Ia lutte qu'avaient menée dans le royaume du Nord les prophètes Elie et Elise, c'est Joïada, le pontile, qui en est l’âme et le héros à Jérusalem. Joïada était alhé à la famille royale ; 1l était gendre du roi Joram, comme autrefois Achimaas, le fils de Sadogq (?), était devenu gendre de Salomon (1 R. IV 15). Il avait pris sur lui de cacher dans le temple l'héritier légitime de la dynastie de David. Quand l'heure opportune fut venue, il sut attacher à sa cause les chefs de l’armée et organiser la démonstration qui devait amener la chute et la mort de l’usurpatrice. Toutes les mesures avaient été prises d'autorité par le prêtre et le furent jusqu’au dernier moment. Et quand Athale eut succombé dans ce duel, ce fut Joïada qui renouvela solennellement l'alliance entre Jéhova et le peuple et le roi. Il apparaît, au cours de ces événements tragiques qui décidèrent de l'avenir religieux et politique de Juda, comme le grand arbitre qui du fond du sanctuaire dirigeait les destinées de la nation. Parmi les grands prêtres qui vinrent après lui, sous le second temple comme avant Ja captivité, nous nen connaissons auçun qui ait rempli un rôle aussi

considérable et aussi glorieux. Sa figure marque un des points culminants de l'histoire du sacerdoce lévitique.

Ce qui assurait au chef hiérarchique du clergé une place exceptionnelle, c'est que sa dignité était héréditaire. Aux autres offices sacerdotaux les prêtres étaient nommés par le pouvoir compétent, comme nous l’apprenons Jér. XXIX 26. L'autorité du grand prêtre se transmettait de père en fils. Nous avons déjà constaté plus haut que la succession Aaron-Eléazar- Pinehas était en tout état de cause counue avant l'exil. Plus tard, à la fin de ia période des Juges, le même principe est en vigueur ; Abjathar tient ses droits-d’Achimelek, Achimelek (qui porte aussi le nom d'Achya), « fils d'Achitob », succède en ligne directe à Eli. Sadoq, dès la première fois qu’il se montre sur la scène, apparaît comme investi de pleim droit du sacerdoce. Il représente une famille rivale de celle de Eli. Il ne doit point son élévation à un acte positif de David ou de Salomon ; celui-ci lui assura la prééminence, à lui et à ses descendants, en destituant Abjathar, mais Sadoq fondait ses prétentions sur son origine même. Il est appelé fs d'Achilob, aussi bien qu'Achimelek.'Si le Achitob visé est le même de part et d'autre, il faut que l’histoire ancienne ne l'ait point considéré comme le père immédiat de Sadoq ni d'Achimelek ; ces deux prêtres n'étaient point frères ; la déchéance d'Abjathar fils d'Achimelek, au profit de Sadoq, marqua la chute de la maison de Eli annoncée 1 Sam. Il. Il faudrait admettre en conséquence qu'Achitob fut d'abord connu dans la tradition comme l'héritier de Pinehas fils d’Eléazar, de sorte que la succession dans sa lignée déterminait le droit des pontifes ; l'appellation de fis d'Achitob aurait été l’équivalent d’un titre sur lequel s’appuyaient les prétendants au pontificat suprême ; 1 Sam. XIV 3 l’apposition /rère d'Ikhabod pourrait se rapporter directement à Achija: Cependant il n’y a aucune raison positive d'identifier l'Achitob nommé père d’Achija-Achimelek

1 Sam. XIV 3, XXII 11, 12, 20, et celui auquel se rattachent

les titres de Sadoq au sacerdoce 2 Sam. VIII 17. Nous aurons à revenir un peu plus loin sur les prêtres de cette époque.

Nous croyons que les renseignements bibliques nous obligent à voir en Sadoq le représentant de la lignée d'Eléazar. La maison de Sadoq aussi bien que celle d'Eléazar sont traitées dans la tradition préexilienne comme les héritières privilégiées du sacerdoce (1). Bien que le discours de l'homme de Dieu 1 Sam. IT, à le prendre isolément, serait plutôt de nature à suggérer une conclusion différente, il faut inférer de l’ensemble des données, que la maison de Eli était arrivée à la prépondérance grâce à certaines circonstances restées inconnues, comme elle parvint encore à ressaisir la suprématie sous Saül.

Le caractère héréditaire des fonctions du grand prêtre saccuse encore au moment de la captivé de Babylone. Jeschoua qui revient de l'exil comme grand prêtre reconnu de tous, était fils de Josedeq ; ce titre lui est donné constamment dans la relation des six premiers chapitres d'Esdras comme par les prophètes Aggée et Zacharie. Josedeq, qui ne put jamais exercer ses fonctions d’une manière effective, était le fils de Seraja (1 Chron. V 40 5.), le grand prêtre mis à mort à Ribla en 586. Josedeq est le trait d'union généalogique entre les pontifes préexiliens et ceux du second temple.

Ceci nous amène au prophète Ezéchiëél. Dans la partie de son livre où il décrit la restauration du culte, Ezéchiëél, qui parle à plusieurs reprises des ministres auxquels sera confié le soin des cérémonies sacrées, ne dit pas un mot du grand prêtre. [l en est de même de Malachie qui s'adresse pourtant lui aussi directement aux prêtres lévitiques. Le silence des deux prophètes est significatif ; mais avant de relever la conclusion qui s'en dégage, nous nous arrétons un moment aux

(1) plus haut, p. 189, 170 ss.

explications que d’autres en ont données, notamment en ce qui concerne le prophète de l'exil. Chez Ezéchiël, dit-on, c’est le prince, et non pas le grand prêtre, qui occupe la première place ; le orand prêtre est encore inconnu ! Mais un pareil commentaire se trouve en contradiction flagrante avec les données explicites de l’histoire et donne une idée absolument fausse, malgré les précautions que l’on prend pour l'atténuer, du rang qu'attribuent au prince les dispositions du rituel prophétique.

Ezéchiël insiste de la façon la plus formelle sur le droit exclusif des prêtres au maniement des choses sacrées ; le prince, à ses yeux, ne saurait faire partie de la hiérarchie sacerdotale ni avoir sur elle aucun pouvoir direct. Partout où il le met en rapport avec le temple, c’est pour lui accorder des privilèges d'honneur relativement au reste du peuple, auquel il se trouve parfois expressément associé (XLIV 1-3, XLV 7, XLVI 2, 8-10, 12, XLVIII 21), ou bien pour déterminer les charges qui lui incombent envers le sanctuaire et en vue de la célébration des sacrifices (XLV 9-17, 21-25, XLVI 4-7). Le prince est situé en dehors du sanctuaire et de son personnel. Cela est manifeste. Mais Ezéchiëél n’avait-1l aucune connaissance d’une hiérarchie intérieure, établie au sein même du corps sacerdotal ? Il serait absurde de le prétendre. Il serait également absurde d’alléguer comme raison de son silence, la prétendue circonstance que le prêtre en chef, à son époque, n'était pas encore investi d'un caractère de « sainteté éminente ». [Il est à considérer que, en toute hypothèse depuis la réforme de Josias, le clergé national entier, toute la tribu lévitique, se trouvait de droit attachée au sanctuaire unique à Jérusalem. Le prêtre en chef occupait donc nécessairement, comme prêtre, une position éminente au sein de la communauté ; il était à la tête de la tribu sacrée ; et l’impor-tance même de l’ordre sacerdotal, pour la grandeur de la mission comme pour le nombre, ne pouvait que rehausser la dignité de celui qui s'appelait, avant l'exil comme après, le prêtre suprême, le grand prêtre, le prêtre par excellence,

Sadoq, le type du prêtre fidèle, dont les fils seuls, dans la théorie d'Ezéchiël, seront appelés au ministère de l'autel, était avant tout le type et l'ancêtre des prêtres en chef qui se succédèrent durant la période des rois. Le prophète, en glorifiant Sadoq comme le père des prêtres, rendait implicitement hommage à ceux qui après lui occupèrent dans le temple le rang qu'il avait illustré. [Il est impossible que le grand prêtre tel que nous le font connaître les textes historiques, pût paraître a Ezéchiél ne pas valoir la peine d’une mention honorable. Dire, comme Baudissin, qu'Ezéchiël a voulu positivement s'écarter des institutions existantes et que son silence à pour but d’exclure le grand prêtre, c'est une assertion plus futile encore. La place faite à Sadoq proteste suffisamment à elle seule contre cette interprétation des intentions secrètes du prophète. Les privilèges réservés au prince n'étaient pas plus incompatibles dans le système idéal d’'Ezéchiël que dans l'histoire réelle, avec la présence d’un chef hiérarchique ; et ce n'était pas, certes, en se taisant sur ce sujet, qu'un réorganisateur aurait cherché à faire connaître son dessein, plus qu'étrange d’ailleurs, de supprimer la hiérarchie sacerdotale.

Nous ne comprenons pas que l'on puisse alléguer sérieusement le silence d'Ezéchiél sur le grand prêtre, en faveur des théories grafiennes. Ce qui domine dans le rituel ézéchiélien, c'est manifestement le souci d'assurer le respect dû à la sainteté lu temple et du culte. C'est pourquoi, après avoir décrit le sanctuaire lui-même, le prophète commence par en exclure les serviteurs étrangers ; C’est pourquoi il détermine d’une manière rigoureuse le chemin par où le peuple et le prince devront entrer et sortir, l'endroit où le prince se tiendra pour prendre part à la consommation des victimes, le point jusqu'où il pourra s'avancer pour assister aux sacrifices, le rôle qu’il aura à remplir dans les cérémonies sacrées ; c’est pourquoi encore il s'attache, dans la distribution du territoire, à ranger les prêtres et les lévites autour du terrain sacré occupé par le temple, etc. De l'organisation intérieure du personnel du culte Ezéchiël ne parle point, sinon par accident, à l'occasion de l'exclusion dont

il frappe les serviteurs étrangers et de la peine qu’il inflige aux lévites infidèles. Il n'avait pas plus à s'occuper du grand prêtre que des membres subordonnés de la hiérarchie. Sa préoccupation n'est pas là. Ce qu'il veut, encore une fois, c'est de mettre en relief et de garantir contre toute profanation, la sainteté du temple et des cérémonies du culte. Il aurait pu, sans doute, dans cet ordre d'idées, nous entretenir du pontife et du rôle qui lui revenait. Mais il pouvait aussi parfaitement sen dispenser. |

Il se dégage pourtant de ce silence d’Ezéchiël, comme aussi de celui de son successeur Malachie, un enseignement précieux. Nous avons rappelé plus haut que le premier grand prêtre postexilien, Jeschoua, est rattaché généalogiquement à Seraja, le dernier grand prêtre de la période des rois. Aggée et Zacharie, aussi bien que la relation des six premiers chapitres d'Esdras, s'accordent à proclamer Jeschoua fils de Josedeg ; Son origine est le titre même de son droit au pontificat ; cest ce titre qui est mis en avant et supposé suffisant aux yeux de tout le monde par les prophètes contemporains ; de même que le droit de Zorobabel au rang de prince de la nation est implicitement formulé dans ce titre généalogique, qu'il est fs de Schealtiël. Lie pontiticat nous est présenté dès le début de la Restauration comme une institution traditionnelle. Or te le silence d’Ezéchiëél confirme absolument ce témoignage. Si la dignité de grand prêtre avait été créée ou quelle eût subi une transformation sensible durant l'exil, soit en Babylonie soit en Palestine, on ne comprendrait point que le prophèteprêtre n'eût pas eu un mot au sujet d'une innovation de cette nature (1). Si le grand prêtre du code sacerdotal eût reçu la première consécration législative et solennelle de ses titres à l'époque de Néhémie, on ne concevrait pas davantage que Malachie n'y aurait pas fait la moindre allusion en parlant des prêtres lévitiques, de leur vocation sublime, de leur prévarication et de leur régénération future ; sans compter

(1) Nouvelles études sur la Restauration juive pp. 97 ss.

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que les circonstances historiques au milieu desquelles nous voyons Néhémie et Esdras à l'œuvre ne trahissent en aucune manière une extension quelconque de l'autorité du grand prêtre (1) ; qu'Eliaschib et ses successeurs ne paraissent supérieurs en rien à leur ancêtre Jeschoua.

Un trait qui, examiné de près, établit à lui seul l'origine antique des dispositions de la Loi touchant le grand prêtre, c'est l’Ephod et le privilège de la consultation des Urôm et Tumimim.

Parmi les ornements d'Aaron décrits au ch. XXVIII de l'Exode, ce sont ceux auxquels se rattachait l'instrument de l'oracle divin qui occupent la première et la plus grande place. L'Ephod était un vêtement fait de tissus précieux, ne descendant pas plus bas que la ceinture (v. 27) et qui devait avoir la forme d'un scapulaire. En haut, les deux parties de devant et de derrière étaient rattachées l’une à l’autre, aux deux extrémités (droite et gauche), par des épaulettes ou bretelles sur lesquelles étaient fixées deux pierres précieuses dont chacune portait gravés les noms de six tribus. Sur le devant de l'Ephod devait être appliqué le Choschen mischpatk, un insigne de grande richesse, que les LXX s'appellent Aoyesy rwv xptsewy, la Vulgate rationale judicü ; le nom YÈT est interprêté diversement par les commentateurs. Le Choschen ou pectoral était une pièce carrée et pliée en double de manière à former une poche. Il était couvert de quatre rangées de pierres précieuses toutes différentes, au nombre de douze, sur lesquelles étaient gravés les noms des douze tribus. Des chaînettes d’or et des cordons violets fixaient le pectoral sur l'Ephod dont il ne pouvait pas être détaché (v. 28). A l'intérieur du Choschen devait étre déposé l'instrument de l'oracle divin, Urîm et Tummîm, sur la nature duquel la Loi ne nous renseigne pas. C’est à l'instrument de l’oracle divin renfermé dans le Choschen, sur la poi-

(1) plus haut, p. 327 ss,

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