DEUXIÈME SECTION
Les Prêtres et les Lévites.
Nous avons entendu que dans la législation sacerdotale la distinction entre prêtres aaronides et lévites est nettement tranchée. De quelle époque date cette division hiérarchique au sein du clergé ? Etait-elle en vigueur avant l'exil de Babylone ? Tel est le problème dont nous nous proposons tout d'abord de rechercher la solution. A ne considérer que Tordre logique des idées, il eût semblé plus naturel sans doute de commencer par la question du caractère héréditaii^e des fonctions sacerdotales. Mais la nature des discussions qui ont pour objet cette double condition de l'organisation du corps sacerdotal, la portée des renseignements que nous fournissent, à l'un ou l'autre point de vue, les données de l'Ancien Testament, nous ont engagé à donner le pas à la question dont nous abordons l'examen dans la présente section. Nous commencerons par entendre ce que nous apprend, au sujet de la distinction entre prêtres et lévites, le livre des Chroniques. Puis nous aurons à interroger les documents préexiliens sur ce même point. Nous écouterons enfin le témoignage particulièrement intéressant du prophète Ezéchiël.
Les prêtres et les lévites dans le livre des
Chroniques.
§ 1. Organisation du personnel du culte dans le livre des
Chroniques.
• Dans l'histoire qu'il retrace de la période préexilienne,
l'auteur des (Chroniques suppose établie et décrit unb vaste
organisation du personnel du culte, au service du temple de Salomon. Il en rapporte l'origine à David (i). Les prêtres appartiennent à une double souche, à savoii' les deux fils d'Aaron, Eléazar et Ithamar. Il y avait vingt quatre classes de prêtres, dont seize de la souche d'Eléazar, huit de celle d'Ithamar (2) ; l'ordre de rang et de service fut déterminé entre ces classes par le sort (3). On trouve des données spéciales sur les offices réservés aux prêtres à lexclusion des lévites, 1 Chron. VI 34 ; XVI 40 ; XXIII 13, 19, etc.
Ici comme dans le code sacerdotal la tribu lévitique comprend trois lignées principales remontant aux trois fils de Lévi : Gersom, Qehath, Merari. Le sacerdoce est héréditaire dans la seule descendance d'Aaron, de la lignée de Qehath ; les autres membres de la tribu occupent un rang inférieur.
Les lévites, suivant le recensement mentionné 1 XXIII, 3 étaient au nombre de 38000 hommes au-dessus de trente ans ; dans ce nombre sont compris probablement les prêtres (v. 13). D'après les vv. 24, 27, Tâge d'entrée en service fiit fixé à vingt ans par la constitution davidique.
On a cru reconnaître, 1 Chron. XXIII 6-24, une répartition des lévites distincts des chantres, en vingt quatre classes, répondant à la division de Tordre sacerdotal et à celle des chantres eux-mêmes (4). Il faut, pour arriver à compter ces vingt quatre classes, recourir à des opérations qui ne sont pas de nature à recommander l'hypothèse (5). L'auteur semble d'ailleurs avoir en vue de dresser une table de la tribu de Lévi tout entière ; rien n'indique que les chantres soient exclus. Au V. 13 il est fait expressément mention de la séparation d'Aaron et de ses fils.
Au point de vue de leurs fonctions, les lévites étaient divisés
(1) Cfr. Klostermann Geschichte des Volkes Israël, Mttnclien 1896 p. 161 Movei's Untei'sicchungen ûbet' die biblische Chronik Bonn 1834 p. 279 ss
(2) 1 Chron. XXIV 4.
(3) ibid. vv. 5 88. •
(4) Bertheau in h. 1.
(5) Cfr. Oettli und Meinhold. in h. 1.
en quatre catégories : 1° ceux qui étaient préposés au soin de la maison de Dieu et notamment à la garde du trésor et du matériel (1 Chron. XXIII 4, XXVI 20-28) ; 2^ ceux qui étaient députés à l'office de D'^ttSTDI D'^iair magistrats et juges (XXIII 4, XXVI 29-32 ; U^^'O'à seuls, 2 Chron. XIX 11) (i) ; 3^ les portiers (1 Chron. XXIII 5 ; XXVI 1-19) ; 4^ les chantres (XXIII 5, XXV). Cette division en quatre catégories est suivie dans le tableau 1 XXV-XXVI ; mais ici elles sont énumérées en ordre à peu près inverse : chantres (XXV), portiers (XXVI 1-9), gardiens du matériel et du trésor (XXVI 20-28), magistrats et juges (XXVI 29-32).
Les chantres à leur tour étaient groupés en trois grandes classes : Asaph, des fils de Gersom, qui comprenait quatre sections (1, XXV 2) ; Ethan ou Jedithun, des fils de Merari, qui comprenait six sections (ibid. v. 3) ; Heman, des fils de Qehath, qui comprenait quatorze sections (ibid. v. 5). En tout vingt quatre sections, dont chacune était divisée en douze familles. Il y avait donc 288 familles de chantres (ibid. v. 7).
Les portiers étaient divisés en quatre groupes suivant les quatre points dorientation du sanctuaire (2). Pour l'orient Schelemja représentait un groupe issu de Qorah, des fils de Qehath. Pour le nord nous trouvons Zacharie, dont la généalogie est ramenée à Schelemja (1. XXVI 14) ; la race de Schelemja comprenait dix huit familles (v. 9). Pour le sud, Obededom et Semeï comprenant soixante deux familles (v. 8). Pour le couchant, Hosa et Sephim des fils de Merâri, au nombre de treize familles. Les portiers avaient leurs semaines de service (3). Il en était sans aucun doute de même pour les membres des autres catégories attachés au service du temple (4).
Quant aux deux catégories restantes, les données sont moins précises, 1 XXVI 28, 29-32. Voici cependant une remarque à faire. Les magistrats et juges sont mis en rapport étroit,
(1) Vr. encore 2 Chix)rf. XXVI 11.
(2) 1 Chron. XXVI 12 sa.
(3) 1 Chron. IX 25.
(4) 1. c. XXIV 31 coll. XXV 8 ss. ekî.
1 XXVI 29 (coll. XV 22, 27), avec la famille de Konavja, présenté comme occupant le premier rang dans cette catégorie. En cet endroit nous trouvons nommée comme appartenant à la même catégorie la famille de Haschabja de la race de Hebron (des fils de Qehath) (v. 30). Les lévites « magistrats et juges » étaient, 1 XXIII 4, au nombre de six mille. Or 2 Chron, XXXV 9 nous trouvons six familles lévitiques, chargées de fournir les victimes aux autres lévites lors de la grande Pâque sous Josias, énumérées sous les noms de Konanja, Schemaja, Nathanael, Haschabja, Jeiel, Jozabad. D'autre part, 1 Chron. XV 3, les familles lévitiques les plus considérables sous David sont également énumérées au nombre de six, sous les noms de Uriel, Asaja, Joël, Schemaja, Eliel (de la race de Hebron), Aminadab. On peut se demander si le nom de Je'iel (qui s écrit aussi Je*oel) de 2 Chron. XXXV 9, n'est pas équivalent à celui de Joël 1 Chron. XV 7. Ces rapprochements sont de nature à suggérer la conjecture que les « magistrats et juges » étaient divisés en six classes diversement dénommées à différentes époques suivant lune ou l'autre des familles les plus éminentes. Dans les tables généalogiques des Paralipomènes, notamment dans celles des familles lévitiques, il se rencontre des divergences et des confusions sur lesquelles il est inutile d'insister ici ; elles sont suffisamment connues (i). Parfois aussi les mêmes familles sont présentées comme chargées d'offices différents ; vr. p. e. 1 Chron. XV 18 coll. v. 20 et 24 fin. Avant de faire de ces irrégularités ou de ces obscurités un grief à l'auteur du livre, il faudrait pouvoir, aux endroits en question, fixer sûrement son texte primitif (2) ; il faudrait surtout pouvoir
(1) Comparer p. e. 1 Chron. VI 7-9 (Qorah-Assir-Elqana-Abjasaph-Assir- Tahath...) au v. 22 (Qorah-Abjasaph-Assir-Tahath) et â Kx. VI 24 où Assir, Elqana, Abjasaph figurent sur la même ligne comme fils immédiats de Qorah. D'une manière générale les tables des flls de Qehatb 1 Chron. VI 7-13 et 18-23 ne concoi'dent pas. Les frères du v. 10 sont subordonnés entre eux en ligne directe au v. 20 etc. Comparer la série commençant par Elqana-Sophaï au V. II, à celle qui remonte du v. 20 au v. 19 Elqana-Suph, etc.
(2) \o\v les observations que nous avons présentées sur le texte de la généalojîio clo Zorobabel 1 Chron. III, Zornbabel et le secatid temple 1892 pp. 52-57, Nouvelles études sur la restauration juive... 1896 p. 94-95.
établir s'il a voulu ou s'il aurait dû faire autre chose, en matière de statistique, que reproduire telles qu'on les alléguait dans les documents qu'il avait sous la main, les listes ou les données chronologiques sur lesquelles les familles établissaient leurs titres à telles ou telles fonctions ou prérogatives (i). Il faut se rappeler en outre, comme nous aurons à en relever la preuve à l'occasion, que les rapi)orts généalogiques ne doivent pas, en certains cas, se prendre au sens [)ropre et matériel, dans les relations des Chroniques comme ailleurs dans la Bible. Il est certain que ces listes tant décriées fournissent souvent à l'archéologue ou à l'historien des renseignements très précieux (2). Enfin on ne doit pas perdre de vue qu'à diverses reprises, suivant les récits mêmes de notre livre, l'organisation de la corporation lévitique fut soumise à des remaniements (3).
§ 2. Situation des lévites avant Vexil, d* après le livre des
Chroniques.
Demandons-nous à présent, d'une manière plus spécialoi quel est, suivant les récits et descriptions du livre des Chroniques, le rapport dans lequel les lévites se trouvent placés vis-àvis des prêtres.
Il n'y a pas de doute, comme nous l'avons dit, qu'au point de vue de l'origine, la ligne de démarcation est nettement tracée entre prêtres et lévites. Les lévites sont même distingués des Aaronides 1 . XXVII 17, dans une énumération des douze tribus avec leurs chefs respectifs. Pour les attributions également, la distinction est plus d'une lois explicitement inculquée. Outre
(1) Les généalogies et les listes de noms sont probablement, d'après Movei*s, empruntées à des arobives sacerdotales et à des restes d*annales du royaume (Kritische Untersuchungen ûber die biblische Chronik) p. 183.
(2) Les jugements des auteurs sur la valeur des listes des Chroniques, sont loin d'êtro toujoui*s concoi'dants. Pour les généalogies de la tribu de Siméon p. e. (1 Chron. IV 24 as.), vr. d'un côté Wellhausen, Prolegomeria, p. 219 ; d'autre pai't Stade Geschichte des V. /. 1 p. 154 s.
(.3) Voii* aussi les observations de Baudissiii Geschichte des AUtest, Priesterthums, p. 153.
les quelques endroits cités plus haut sur les offices réservés aux prêtres, voir 1 Chron. XV 16, 24, XVI 4, 6, où les léviteschantres, munis d'instruments d accompagnement, sont mis en regard des prêtres portant les trompettes sacrées. Lire encore 2 Chron. Vils., VII 6, VIII 14. Les lévites seuls sont appelés à porter larche 1 . XV 2. Il est bien entendu que les lévites sont adjoints et subordonnés aux prêtres, 1. XXIII 28. Inutile de multiplier les références aux endroits où ces principes se trouvent proclamés ou supposés.
Cependant, la chose n'est pas moins certaine, dans le tableau que le livre des Chroniques nous trace de l'histoire préexilienne, les lévites occupent un rang très élevé. Ils forment tant par leur nombre que par la dignité dont ils sont revêtus, un corps imposant. Ils sont en maint passage intimement associés aux prêtres, à tel point que, malgré les titres distinctifs rappelés tout à l'heure, les deux ordres semblent parfois confondus ou placés sur la même ligne, sous la pliiuie de notre auteur. Le phénomène nous paraît assez important pour que nous entrions à cet égard dans quelques détails.
Notons d'abord en général que les lévites sont mis, dans l'histoire préexilienne des Chroniques, en rapport direct et immédiat avec Jéhova. Ils se tiennent en permanence devant Jéhova '■» ■'Seb IW (1 XXIII 30, 31), une formule qui signifie ailleurs le service propre aux prêtres. Ils exercent le ministèi^e sacré {toIÛ) envers l'arche, dans la maison de Jéhova, envers Jéhova lui-même (1 XVI 4, 37 ; XXVI 12 ; XV 2) ; d'après la Loi les prêtres seuls sont au service direct de Jéhova (n^lD), les lévites au service des prêtres. Les lévites aussi bien que les prêtres sont saints, saints à Jéhorrr (2. XXIII 6 ; 2. XXXV 3). — Il est remarquable, ajoutons-le aussitôt, que dans les livres d'Esdras et de Néhémie, les lévites ne sont plus traités ainsi ; les caractères dont nous venons d'entendre l'expression sont exclusivement attribués par le Chroniste aux lévites du temple de Salomon. Quoi qu'en aient dit certains critiques, Néh. XII 44, le qualificatif D''Ti3^n, appliqué aux prêtres et aux lévites, n'a pas la même valeur ; le v. IW employé d'une maniôVe abso
lue, n'est point un terme technique signifiant le ministère sacerdotal proprement dit ; rien n'empêche, dans le passage en question, de le rapporter distinctement aux prêtres et aux lévites en un sens approprié à leurs offices respectifs. 2 Chron. XXXV 3 Josias dit aux lévites : Ser^vez iX^^i) désomnais Jéhova,,, ; ce passage a une portée tout autre que Esdr. VI 18 où nous lisons que les prêtres et les lévites furent établis sur t œuvre de //ieu qui est à Jérusalem (Knbfc<"nT33? b:?). Sans doute « l'œuvre de Dieu « comprend ici le culte. Mais ce n'est pas le culte qui est formellement signifié par cette expression ; VI-. Esdr. IV 24, V 8, VI 7 où elle est appliquée au travail de la construction du temple. Dans notre passage il faut l'entendre en un sens analogue ; c'est au soin de V œuvre, de ta/faire de Dieu, c'est à dire en général au service liturgique du sanctuaire, que les ministres sont préposés, ce qui, aux termes mêmes de la Loi, se comprend aussi bien des lévites que des prêtres. Quant à Esdr. VIII 17, les lévites y sont appelés en effet DTiti^ ministres, mais la portée de l'expression est déterminée par ISTîbH H^nb : ministres de la maison de notre Dieu, exactement comme chez Ezéchiël XLV 5. Baudissin a tort, croyonsnous, de mettre ici les lévites d! Esdras-Néhémie sur la même ligne que ceux des Chroniques (i).
D'après 1 Chron. IX 32, il semble que ce. sont des lévites de la race de Qehath, non |)as des Aaronides, qui doivent renouveler chaque semaine les pains de proposition. La loi réservait cette fonction aux prêtres. 2 Chron, XIII II ne la restreint pas aux seuls Aaronides : au v. 10 le sujet comprend aussi les lévites. Dans le même livre, XXI II .5, il est rappelé que les prêtres et les lévites seuls peuvent entrer dans la maison de Dieu, parce qu'ils sont <^ saints «. Cfr. 2. XXX 5 : les lévites doivent se tenir dans ^ le saint r>.
1 Chron, XV 12 David, sadressant aux prêtres comme aux lévites (vv. 4 ss., 14 s.), s'exprime en ces termes : Vous qui
(1) Geêchichte des Alttest. Priesterthums Leipzig 1889, p. 16^4. — Voir enooi'e plus loiii.
êtes les chefs des familles lévitiques, sanctifiez-vous, vous et vos firères ...
2 Chron. V 4 s. , les lévites et les prêtres lévitiques sont encore confondus comme porteurs de l'arche, du tabernacle, des meubles sacrés, qu'ils introduisent dans le nouveau temple ; toutefois au v. 7 il paraît s'agir d'une manière |)lus distincte des prêtres proprement dits, appelés à placer l'arche on son lieu, dans la partie du temple qui lui était spécialement réservée, « le très saint n.
Dans les Chroniques, comme en quelques passages de la législation sacerdotale elle-même, les prêtres aaronides sont parfois compris sous la désignation générale de lévites. Cet usage par lui-même n'aurait pas besoin d'être expliqué ou justifié ; cependant, comme nous venons de l'entendre 1 XV 12, il se présente ici dans des conditions spéciales ; les prêtres sont compris sous la dénomination de lévites, en des passages où le contexte nous ofl5^ en même temps ce dernier nom au sens restreint. Il y a d'autres exemples de ce procédé qui, à notre avis, ne manque pas de signification. Ce qui est plus remarquable, c'est qu'en certains endroits le ministère sacerdotal est attribué en termes explicites aux simples lévites. Sans doute il n'y a là qu'un phénomène de terminologie ; mais à ce titre même il est du plus haut intérêt pour notre étude.
Ainsi 2 Chron. XI 13 il est raconté que «* les prêtres et les lévites » aiïïuèrent de toutes parts en Judée après le schisme des dix tribus, parce que Jéroboam leur avait retiré le droit d'exercer *« les fonctions sacerdotales « .
/bid. XIII 9, 10, 12, la dénomination même de prêtres est appliquée aux lévites, aussi bien qu'aux fils d'Aaron. Nous venons d'entendre que sous le règne de Jéroboam prêtres et lévites se virent dépouillés du droit d'exercer le ministère sacerdotal (inSîa). A l'endroit indiqué du ch. XIII Abija reproche au roi du Nord et à ses sujets leur conduite sacrilège : « ... N'avez- vous pas repoussé les prêtres de Jéhova, — les fils d'Aaron et les lévites.. . ». L'appositicm au premier membre comjirend les deux éléments énumorés dans le second ;
la particule riH figure en effet devant <* les prêtres de Jéhova »» d'abord, ensuite devant «« les fils d'Aaron et les lévites f» réunis. Cette interprétation est confirmée par les versets suivants. Dans la seconde moitié du v. 9 on a relevé le caractère illégitime et méprisable des prêtres du Nord. Le v. 10 continue : ** Quant à nous Jéhova est notre Dieu et nous ne lavons pas abandonné, et les prêtres qui font le service de Jéhova, ce sont les fils d'Aaron et les lévites (employés) dans l'œuvre (du culte). Ils offrent à Jéhova des sacrifices tous les matins et tous les soirs r> etc. Au v. 10 comme au v. 9, la construction de la phrase nous oblige à appliquer l'appellation de «* prêtres faisant le service de Jéhova >» aux lévites aussi bien qu'aux fils d'Aaron. Les mots nSfc<b^3 D**lbm ne forment point une proposition à part, dans laquelle le second terme serait à considérer comme équivalent à l'attribut : ** et les lévites sont constitués dans leur ofiîce « . Dans ce discours l'attribut est énoncé sous la forme du participe au v. 10 d'abord (D'^nfti^a D^^STD), puis encore au commencement du v. 11 : ...D'^ltDpai. En ce dernier endroit la phrase se poursuit régulièrement par un participe qui remplit le même rôle que D''fi*tir^ au v. 10 et qui doit se rapporter au sujet précédemment exprimé. Il est supposé au v. 11 que le dernier sujet qui vient d'être mentionné comprend les fils d'Aaron ; en effet ce sont des fonctions strictement sacerdotales qui sont ici énumérées. Nous avons donc au v. IQ à considérer comme sujet le membre de phrase, caractérisé pai* l'ellipse du pronom relatif : ns«bias D^lbni "jinn» "'Sa « les fils d'Aaron et les lévites (qui sont employés) dans l'œuvre » ; l'attribut a son premier élément au conmiencement du v. 10 D'ASTIS D'*n")'0373n ; le v. ll en offre la suite. En Juda, contrairement à ce qui se passe dans le royaume du Nord, «* ce sont les fils d'Aaron et les lévites chargés du ministère du culte, qui sont prêtres au service de Jéhova et qui oflfrent à Jéhova les sacrifices « etc. Les fonctions sacerdotales aussi bien que le titre même de prêtres, sont ici attribués indistinctement aux membres du peraonnel du culte comprenant les fils d'Aaron et les lévites. — Enfin au v. 12, où « les prêtres » seuls sont nom-
mes, il semble, d'après les données des vv. précédents, qu'il faille encore comprendre les lévites sous ce titre. Ailleurs aussi les lévites nous sont présentés dans le livre des Chroniques comme accompagnant l'armée (2. XX 14-22). Il est vrai que dans le passage qui nous occupe il s'agit des trompettes sacrées ; mais voyez 1 . XVI 42 où celles-ci sont également attribuées aux lévites.
2 Chron, ch. XXX nous lisons la description d'une Pâque solennelle célébrée sous le règne d'Ezéchias, au deuxième mois de l'année {\). Au v. 15, parlant des prêtres et des lévites, l'auteur écrit : «* .... et ils offrirent des sacrifices à la maison de Jéhova «. Au v. 21 les lévites sont nommés avant les prêtres. Le v. 22 rapporte que '^ les discours d'Ezéchias allèrent au cœur de tous les lévites qui étaient remplis de vraie sagesse envers Jéhova ; et ils mangèrent durant la solennité, pendant sept jours, immolant des victimes pacifiques et louant Jéhova le Dieu de leurs pères. ?» D'après le v. 27 (LXX et Vulg.) : «< les prêtres et les lévites se levèrent et bénireyit le peuple «. Le texte massorétique porte D^lbn D^DHDn ; mais vu la manière dont l'auteur s'exprime dans tout son récit, nous croyons que la leçon représentée par les versions anciennes est la vraie. Dans tous les cas il faudrait ijiférer du contexte que les termes Û^lbn D^KlDn s'ai)pliquent aux prêtres et aux lévites réunis (2).
Déjà au ch. XXIX les deux divisions du clergé sont traitées par Ezéchias sur le môme pied. Le roi assemble les prêtres et les lévites (v. 4) ; puis s'adressant à eux, il les appelle simplement lévites (v. 5), tout en supposant qu'ils sont chargés de fonctions strictement sacerdotales (v. 11) (3). Cependant dans la description des cérémonies, les prêtres proprement dits, les fils d'Aaron, sont à plus d'une reprise soigneusement distingués
(1) La mention de cette circonstance extraordinaii'e plaide poui* le caractère hiâtorique du récit, cfr. Maybaum Die Entioickelung des altisrael. Priesterthums, Breslau 1880, p. 24.
(2) La même remarque pour 2 Chi'on. XXIU 18.
(3) Cfr. 2. XXIV 5, 6, 11.
— aides simples lévites (vv. 12-16, 21-25, 26). Un détail à remarquer, au V. 34 : les prêtres en fonction étant en trop petit nombre pour suffire à la besogne, leurs frères les lévites suppléèrent à leur défaut en se chargeant d'une partie de leur office (i).
Au ch. XXXI 2, l'attribution des rôles est énoncée en commun pour les prêtres et les lévites : Ezéchias établit les classes sacerdotales et lévitiques et les répartit chacune suivant son office, tant les prêtres que les lévites, en vue des holocaustes et des sacrifices pacifiques, pour exercer le ministère et pour chanter les louanges et les cantiques auw portes de la maison de Jéhova. — Aux vv. 4, 9 ss., 19 les dîmes et autres ofïi*andes du peuple sont données directement et sans distinction aux prêtres et aux lévites à la fois. Ce sont les lévites qui sont chargés de l'administration des dépôts, vv. 12 s. ; 14 s.
Une donnée digne d'être relevée et se rapportant au règne de Josias nous est offerte au ch. XXXV 3. Le roi prend, relativement aux lévites, une mesui^e qui semble présentée comme une innovation, bien que la portée en soit difficile à préciser : « Laissez, leur dit-il, l'arche sainte dans le temple que bâtit Saloraon le fils de David, roi d'Israël ; vous n'aurez plus à vous en charger les épaules. Soyez désormais au service de Jéhova votre Dieu et de son peuple Israël ; appliquez-vous (à cette mission) suivant l'ordre de vos familles et de vos classes,telles que les constituèrent David et Salomon son fils. Exercez le ministère sacré dans le sanctuaire, suivant les divisions des familles de vos frères les enfants du peuple, par sections de familles lévitiques. Immolez la Pâque, sanctifiez- vous et prépa-
(1) D'aprèsiCurtissla Loi laissait aux offrants le soin de tuer la victime destinée au sacrilice et de lui enlever la peau (Lev. I 5 s.). Il en conclut que la litui-gie des Chroniques, où cet office est l'empli par les lévites, marque, à ce point de vue aussi, un développement des institutions législatives {De aaronitici sucer dotii atque Thorae ehohisticae origine Llpsiœ 1878 p. 35 s.). Voir à ce propos Dillmann-Ryssel Ex.-Lev, p 433, 435. — A Tendroit indiqué 2 Chron. XXIX 34, se rappoi'tant à répoque d'Ezéchias, il est 8upi>osé que de droit l'office en question l'evenait aux prêtres, du moins dans les circonstances domiées.
rez les victimes pour vos frères, pour les offrir conformément à la parole de Jéhova par Moïse. ^ Ce dispositif, pris en luimême, n'investit pas les lévites d'attributions nouvelles, en termes explicites. Cependant le règlement est introduit par une formule qui annonce une réforme : les lévites n auront plus désormais à porter larche. Il ne saurait être question ici d une mesure transitoire ; car rien ne nous autorise à supposer qu'à l'époque de Josias il ftit encore d'usage de promener l'arche en dehors du temple ; ou que l'auteur du livre des Chroniques se soit figuré qu'une semblable coutume existât. Il faut donc reconnaître à ces mots une portée plus absolue. C'est au point de vue du droit que les lévites sont envisagés comme porteurs de l'arche ; et en conséquence c'est à ce même point de vue que les recommandations qui suivent remplacent l'office ancien par d'autres charges (i). N'est-ce pas dans les termes nOEH Ittnttîl « immolez la pâgue w qu'il faudrait voir l'élément nouveau du règlement de Josias ? Ue fait nous voyons, quelques lignes plus loin, les lévites associés aux prêtres dans l'accomplissement de ces fonctions sacrées ; ils prennent une part active à l'immolation même des victimes, vv. 10 ss. : «* Le service fut organisé ; les prêtres occupèrent leur poste ainsi que les lévites, par ordre de familles, suivant les instructions du roi, et ils immolèrent la Pâque ; les prêtres faisaient de leur main l'aspersion (du sang) ; et les lévites enlevaient les peaux et mettaient de côté les victimes pom* les donner, selon les divisions des familles, aux enfants du peuple, afin qu'ils les offrissent à Jéhova, comme il est écrit dans le livre de Moïse.... » Puis il est raconté que les lévites préparèrent les victimes destinées aux festins publics, tant pour le peuple que pour eux-mêmes et les prêtres fils d'Aaron (vv. 13-14). Au v. 15 les lévites sont distingués des chantres et des portiers. — Ainsi donc au rapport du V. 12, dans la Pâque célébrée en la 18* année de Josias les lévites remplissent de plein droit, ^ suivant l'ordre du roi »»,
(1) l.a réorganisation du personnel du culte sous David est mise pareilloment en rapport, et d'une inanièi'e encoi'e plus évidente, avet! Tofflce l'ciupli par les lévites dans le désert 1 Chron. XX UT 26.
un office où, sous le règne d'Ezéchias, nous ne les avons vus intervenir que pour suppléer à l'insuffisance des prêtres.
Il résulte, croyons-nous, clairement des données que nous venons de reproduire, que, malgré la distinction primordiale qui sépare les lévites des prêtres aaronides, tant au point de vue de leur origine qua celui de leurs fonctions respectives, les lévites sont cependant traités dans le livre des Chroniques avec autant d'égards que les prêtres eux-mêmes ; que bien souvent, dans les relations de notre auteur, la distance du rang entre ces deux divisions du clergé se rétrécit et diminue au point de sembler près de disparaître en pratique.
D'ailleurs abstraction faite du rapport dans lequel les lévites se trouvent placés vis-à-vis des prêtres, le rôle que les premiers sont appelés à remplir parmi le peuple hébreu montre suffisamment la situation élevée où l'auteur se les représente dans la société préexilienne. Ce n'est pas dans les seules cérémonies du culte qu'il leur assigne un rang où ils nous apparaissent, en plus d'une occasion, presque comme les égaux des prêtres auxquels ils étaient subordonnés en principe. En dehors de la garde du sanctuaire, du chant sacré, de la participation aux actes les plus importants du culte, ils avaient à exercer d'autres fonctions publiques qui, au témoignage du Chroniste, devaient leur assurer au sein de la nation une position éminente. Le lecteur se rappellera en particulier que toute une catégorie de lévites avaient pour mission de veiller à l'administration des affaires et à l'application de la justice dans les différentes parties du territoire (i). C'étaient les a^ûSUJI D'^iûlD, L'association assez fréquente des deux titres prouve qu'ils répondent à des emplois connexes (1 Chron, XXIII 4 ; XXVI 29 et ailleurs). Sous le règne de Joas (2 Chron. XXIV 4 ss.), les lévites tiennent le rôle princii)al comme collecteurs des impôts destinés à la maison de Dieu. Dans le récit de la restauration du temple sous Josias (2 Chron. XXXIV 9-13), nous trouvons encore les lévites chargés de recueillir les offrandes,
(1) Vf. 1 Chron. XXVI 29 ss.
bien que dans d'autres conditions, et de diriger les travaux. Nous relevons ici la mention des D'^'lttlDT D''"iBD formant une catégorie de lévites (v. 13). Lorsque le roi Josaphat établit des juges dans toutes les villes de Juda et à Jérusalem (2 XIX 5, 8), ce sont avant tout les lévites qu'il investit de ces fonctions ; au V. 8, ils sont nommés avant les prêtres. Au v. 11 les lévites seuls sont présentés comme porteurs du titre de D'^lûtt), Le même Josaphat envoyant dans le pays des délégués, investis de la mission d'instruire le peuple dans la Loi, confie ce soin tout d'abord aux lévites ; ceux-ci encore une fois sont en cette occasion nommés avant les prêtres (2 XVII 8). Cependant en d'autres endroits (p. e. 2 XXIX 26) la préséance est accordée aux lévites, sans qu'on puisse l'expliquer par leur compétence spéciale dans les offices mentionnés. Cette liberté dans l'ordre d'énumération témoigne dans tous les cas de l'importance reconnue à la corporation lévitique.
§ 3. Situation des lévites sotis le second temple.
En regard de l'esquisse que nous venons de tracer des prérogatives extraordinaires et de la haute position que les lévites s'étaient acquises, d'après les récits des Chroniques, à l'époque des rois, et à laquelle bien d'autres traits pourraient être ajoutés, il importe de nous rendre compte de ce que furent ces mêmes lévites sous le second temple. Un grand nombre d'auteurs prennent ici comme source principale d'information précisément les relations du livre des Chroniques ; ils supposent que les données qui y sont mises en œuvre pour l'histoire du royaume de Juda, sont en réalité empruntées aux institutions régnantes à lepoque môme de l'auteur. Comme nous tenons à examiner le bienfondé de cette supposition, nous aurons à faire abstraction, dans notre recherche, des récits du Chroniste se rapportant à la période préexilienne.
Nous tâcherons d'abord de nous éclairer sur la situation des lévites aux derniers temps de l'état juif; une connaissance exacte du terme auquel vint aboutir leur destinée, nous aidera à
mieux apprécier la direction dans laquelle se déroula Thistoire de l'institut. Nous porterons ensuite notre attention sur les premiers siècles de 1 époque de la restauration.
L'usage suivant lequel la dénomination de prêtres pouvait, en un sens plus large, s'appliquer aux lévites, et dont nous avons entendu 1 écho, pour Tépoque des rois, chez Tauteur des Chroniques, a laissé des traces jusqu'aux derniers siècles. Dans le traité de Philon De praetniis sacerdotum, les prêtres sont d'abord et avant tout les fils d'Aaron. Cependant, du moment qu'il s'agit de distinguer les prêtres des lévites, ce titre comporte une détermination ultérieure. Les lévites forment en effet le second ordre dans le corps sacerdotal :... Tôt lucrorum accessione ubi satis prospect um est sacerdotibus, etiam secundi ordinis hahitSL est ratio.... Puis après un court exposé des fonctions et des moyens de subsistance des lévites, l'auteur ajoute :.... verum liis ipsis decimis eis frui non licet, priusquam harum quoque décimas offerant primi ordiyiis sacerdotibus. Les fils d'Aaron sont les prêtres de premier rang ; les lévites semblent donc considérés comme prêtres de second rang. On se demande s'il ne faudrait point voir un indice plus formel encore de l'acception plus générale dont le nom de prêtre était susceptible 2 Mac, I 30, où il est parlé des *< prêtres » qui c/iantaient les hymnes sacrés f Partout ailleurs le chant sacré est énuméré parmi les attributions les plus exclusivement propres aux lévites.
Nous avons vu que dans le livre des Chroniques, la terminologie qui attribue aux lévites le ministère sacerdotal et le titre même de prêtres, s'explique par les faits. Dans les conditions où nous venons d'en constater l'emploi probable à l'époque de Philon et de l'auteur du deuxième livre des Machabécs, elle pourrait n'être qu'un reste conservé dans la langue populaire, d'un usage ayant son origine et sa j ustification en des temps plus anciens. Il est bien sûr, dans tous les cas, que la situation à laquelle elle répond dans l'histoire préexilienne des Paralipomènes, avait depuis longtemps disparu vers l'avènement de l'ère chrétienne.
Non seulement nous ne voyons nulle part, dans les textes relatifs à l'histoire du second temple, les lévites compris en même temps que les fils d'Aaron sous l'appellation commune de prêtres ; mais on ne peut manquer d'être frappé de l'efFacement qui, à la fin de cette période, remplace pour les premiers la position éminente que leur attribue, dans l'histoire des rois, l'auteur des Chroniques.
Dans les Evangiles, où les prêtres et les scribes (Ypa|x(juxT£t<;, sopherîm) occupent une si grande place et sont mentionnés en toute occasion, ou plutôt dans le Nouveau Testament tout entier, le nom des lévites, comme catégorie distincte de ministres du culte, n'apparaît que deux fois (Jo I 19, Luc. X 32) ; encore dans le second des deux passages, qui raconte la parabole du Samaritain charitable, le lévite ne sert-il que d'élément dans la représentation d'une scène idéale.
Les écrits de Josèphe ne sont pas moins suggestifs à cet égard. L'historien juif rapporte (i) que sous le règne d'Agrippa, les lévites-chantres demandèrent et obtinrent l'autorisation de porter aussi bien que les prêtres une rol>e blanche. Il ne peut réprimer à ce sujet l'expression de son mécontentement. Toutes ces mesures, dit-il, étaient contraires aux usages nationaux dont la violation devait attirer sur les Juifs de si justes châtiments. Rappelons à ce propos que si la Loi ne renferme point de dispositions spéciales touchant les insignes des lévites, il n'est pas moins certain que les Chroniques nous présentent les lévites préexiliens revêtus d'un uniforme consistant précisément dans la tunique blanche de byssus, comme celle des prêtres (2).
Josèphe mentionne encore incidemment les lévites à côté des prêtres en parlant du temple scliismatique qu'Onias obtint la
(1) Ant, XX 9, 6.
(2) 1 Chron. XV 27 (?) ; 2. V 12 ; coll. Jos. Ant, III 7, 2 et ailleurs. — Herafeld (Geschichtedes V. /. von Vollendung des Zw. Tetnpels,,, I, 1863 p. 63) explique le fait pai' le caractère exceptionnel de la solennité racontée 2 Chron. V 12. L'essentiel c'est que l'auteur de la description y fait figurer les lévites en tuniques blanches.
permission de bâtir en Egypte (i) ; ailleurs cependant les prêtres seuls sont nommés dans la relation du même événement (2).
Mais souvent Thistorien juif s'abstient de faire paraître les lévites là où il n aurait pas manqué de les mettre en scène, si les rapports entre les deux divisions du personnel du culte avaient été plus ou moins analogues à ceux exposés dans les Chroniques. Dans la description emphatique de Tentourage du grand prêtre Jaddous allant au-devant d'Alexandre (3), il est fait mention plus d'une fois des prêtres revêtus de tuniques do lin ; les lévites sont absents. Traitant expressément des fonctions publiques remplies par les représentants de Tordre sacerdotal, du ministère que les prêtres exercent en particulier dans la célébration du culte, des qualités qui sont exigées en eux, il passe les lévites entièrement sous silence (4). Il ne songe pas davantage à leur accorder la moindre attention en énumérant les diverses catégories du public admises aux quatre cours du temple ; la cour extérieure est ouverte à tout le monde, même aux étrangers ; la seconde à tous les Juifs, hommes et femmes ; la troisième aux Juifs de sexe masculin seulement ; la quatrième aux prêtres revêtus de leurs tuniques sacerdotales (5). Ce n'est point d appartenir à la tribu de Lévi qu'il cherche à tirer aucune gloire ; mais tout d'abord d'être de la race sacerdotale ; puis en particulier d'être issu de la première des vingt quatre classes dans lesquelles celle-ci était divisée (e).
On continua longtemps, par tradition, à distinguer dans la communauté juive trois ordi^s principaux : les prêtres, les lévites et les Israélites. Cette espèce de division hiérarchique se trouve observée ça et là dans les dispositions juridiques de la Mischna. Les lévites y occupent une situation mitoyenne, qui semble bien définie, entre le clergé proprement dit et les
(l)i4n^. XIII3, iet4.
(2) De bellojud. VU 10, 3.
(3) Ant, XI 4, 5.
(4) C. App. 1. II, 21, 23.
(5) ibid. 8. - Cfr. BelLjtcd, V 5, 6. Ant. XHI 13. 5.
(6) Vita 1.
simples laïques. C'était le droit. En fait, malgré les privilèges qui leur sont parfois reconnus (i), ce n'était pas, au point de vue de leur condition sociale ou de la considération dont ils jouissaient, du clergé qu'ils se rapprochaient davantage. On pourrait déjà l'inférer de l'attitude que Josèphe prend à leur égard. Des témoignages plus anciens nous font voir les choses sous le même jour. L'Ecclésiastique ne se montre pas, en principe, hostile aux lévites (XLVII 9 grec) ; il ne laisse pas cependant passer l'occasion d'insister, en termes assez durs pour les évincés, sur le droit exclusif des Aaronides au sacerdoce ; les lévites sont vis-à-vis d'eux devenus des étrangers, des àXXorptot, qui tentèrent vainement au désert de porter atteinte à leur privilège (2). Ailleurs, en opposition avec les prêtres qui entourent le pontife suprême et font sonner les trompettes sacrées, il associe les <j^aX|x(i)5ot à la foule prosternée adressant ses prières au Dieu tout puissant (3). Dans les recommandations qu'il donne touchant les redevances matérielles et le respect dus aux ministres du culte, il n'a en vue et ne nomme que les prêtres (4). Aux lévites on ne prend pas garde. Il est inutile de rappeler que les lévites, bien qu'ils formassent un corps parfaitement distinct des prêtres, n'avaient point de représentation propre dans le Sanhédrin qui comprenait les trois classes des
àp5^t£petç, des ypanuLCfzei^ et des Tipco-êurepot.
La préséance donnée en droit au lévite sur l'Israélite par les docteurs juifs, rappelle la place faite aux Nethînîm et aux fils des serviteurs de Salomon, également avant les laïques, dans les documents qui se rapportent à l'époque de Zorobabel, puis à celle de Néhémie et d'Esdras. C'étaient là des employés chargés dans le temple des oflBces les plus bas, de vrais
(1) Ainsi p. e. Gittin V 8 nous lisons qu'il avait été décidé pour le bien de la paix que dans la synagogue la préséance pour la lectui'e appartiendrait au prêtre, puis viendrait le lévite, enfin llsraélite. Ce que les docteurs expliquent du cas où la compétence est égale chez tous.
i2) Ecoles, XLV 6 ss., 18.
(3) Ibid, L 13. 18, 19 S.