livre des Chroniques ; mais il est fiicile, d'autre part, de se
rendre compte du motif qui aurait, après la catastrophe de 586,
occasionné le changement de la formule conservée par ce der-
niei* en celle de 1 R. IX 8. Il se peut pnriiiitenient d'nilleurs
que la version primitive représentée par les Chroniques, ait
amené le retour en ce dernier endroit, de "j'^-^ à la place de ""^^b.
Comparer encore à ce point de vue 1 R. VIII 34 à 2 Cliron.
VI 25. Il n'est pas question ici de l'exil de Babylone, mais de
revers accidentels ayant pour conséquence la déportation en
pays étrangers, de ceux qui tombent aux mains de l'ennemi
conmie prisonniers de guerre. D'après le texte des Chroniques,
Salomon demande à Dieu de les mmener au pays qu'il a donné
« à eux et à leurs pères « ; 1 R. VIII 34 nous lisons : au pays
que « tu as donné à leurs pères 9». Il est probable que la
variante est due en ce dernier endroit, à la circonstance de la déportation du peuple par les Babyloniens.
Un peu plus loin, encore dans la prière de Salomon, 1 R. VIII vv. 46 ss., le roi intercède de nouveau pour ceux dont les défaites essuyées à la guerre entraîneraient la captivité. Kuenen (i) remarque en réponse à Wellhausen, qu'ici l'exil de Babylone n'est visé ni de près ni de loin, qu'au contraire il est supposé que le temple de Jérusalem continue à exister (v. 48). C'est très juste pour la première partie du passage en question. Cependant il est indéniable que le développement que prennent dans le livre des Rois les considérations émises au sujet de ces captifs, est de nature, à partir du v. 50, à faire une impression différente. Au v. 50" l'invocation du pardon divin semble clôturée par la formule habituelle ; et de fait dans le livre des Chroniques elle se termine ici (VI 39). Mais pourquoi, dans le livre des Rois, n'en est-il pas de même ? pourquoi cette insistance dans l'appel à la pitié de Dieu, se renouvelant encore et se prolongeant jusqu'au v. 53 ? *« ... (50) pardonne-leur ... toutes les offenses qu'ils ont commises contre toi, fais-leur trouver grâce devant ceux qui les tiennent captifs afin que ceuxci leur fassent miséricorde ; (51) car ils sont ton peuple et ton héritage que tu as sauvé de l'Egypte, de la fournaise de fer ; (52) que tes yeux soient ouverts h la supplication de ton serviteur et ... de ton peuple Israël et exauce-les en tout ce qu'ils imploreront de toi ; (53) car tu les as séparés pour toi comme ton héritage d'entre tous les peuples »», etc. Nous appelons spécialement l'attention sur le v. 52 comparé à Chron. VI 40. Ici, comme nous le disions tantôt, l'invocation pour les captifs se termine au v. 39. Le reste est la conclusion, parfaitement appropriée aux circonstances (2), de la prière de Salomon. Au V. 40, il dit : « Et maintenant moh Dieu, que tes yeux soient ouverts et tes oreilles attentives à la prière qui se fait en ce lieu f», etc. Ces mots ont subi dans le texte du livre des Rois
(2) PS. 132, 8 ss.
une modification profonde et significative. La prière est formulée au point de vue du peuple captif ; de ce lieu, du temple, il n'est plus fait mention. Il nous semble que la rédaction exilienne se trahit en cet endroit de la façon la plus claire. La relation du livre des Chroniques a conservé la formule primitive que lui offrait la source préexilienne.
Remarquons encore que 1 Chron. VI 13, qui manque dans le récit des Rois, doit avoir été pris d'ailleurs ; car il est bien sûr que ce verset n'est point dû à l'imagination du Chroniste. Qu'on rapproche de cette notice 1 R. VIII 22, 54 et qu'on juge. Nous relevons ici un phénomène analogue à celui que nous avons constaté au sujet de l'artiste Hiram envoyé à Salomon par le roi de Tyr.
Il suffit de mettre 1 Chron. VII 8-10 en regard de 1 R. VIII 65-66, pour être fixé sui* la valeur et l'ancienneté relative des deux passages.
Nous avons laissé entendre plus haut que la rédaction préexilienne elle-même du livre des Rois, avait, notamment dans la description de la dédicace du temple, apporté au récit primitif cei1;ains changements. C'est encore le livre des Chroniques qui nous aidera à le reconnaître plus sûrement, bien qu'il ait luimême ici subi l'influence de la tournure qu'a prise, dans les passages en question, le récit de notre livre des Rois. Nous arrivons ainsi aux lévites et aux prêtres.
1 R. VIII 10 s. nous lisons que, quand les prêtres qui avaient introduit l'arche dans le Saint des Saints, en furent sortis, *^ un nuage remplit la maison de Jéhova et que les prêtres ne purent rester pour faire leur service à cause du nuage, parce que la gloire de Jéhova avait rempli la maison de Jéhova ». A une simple lecture on passera outre. Mais à y regarder de près, on ne peut manquer, ,nous semble-t-il, de trouver la notice déplacée en cet endroit. Il ne peut s'agir au v. 11 d'un service quelconque que les prêtres auraient eu à remplir à l'intérieur du sanctuaire, dans le debir ou le hêkal ; car le nuage ne survient qu'après qu'ils sont sortis. Il ne peut s'agir non plus du ministère à l'autel, de l'offrande des sacrifices ;
car ceux-ci ne devront être offerts qu après la longue invocation que Salomon se prépare à prononcer (VIII 62 ss.). Il est vrai qu'au v. 12, immédiatement après la mention du nuage et de la terreur religieuse dont les prêtres furent saisis, le roi s'exprime en ces termes : « Jéhova a dit qu'il habiterait dans lombre... »9 Mais ces mots n'ont avec le nuage des vv. 10, 11, qu'un l'apport accidentel ; ils pourraient tout au plus servir à mieux expliquer pourquoi on aurait amené le nuage en cet endroit du récit. Salomon justifie par les paroles que nous venons de rappeler l'œuvre qu'il a exécutée et qu'il va consacrer au culte : « Jéhova a dit qu'il habiterait dans l'ombre ; et moi je t'ai bâti une demeure, un lieu où tu habiteras toujours ». Il n'est pas besoin de voir ici la moindre allusion au nuage mystérieux (i). L'observation formulée au v. 11, touchant l'impossibilité où les prêtres se trouvèrent de faire leur service, montre que i)rimitivement le nuage était mentionné à l'endroit où était décrite l'offrande des sacrifices, c'est à dire après la prière de Salomon. Voyons ce que nous lisons là dans le texte actuel. Au v. 54 nous apprenons que »* lorsque Salomon eut fini d'adresser à Jéhova toute cette prièi*e et invocation, il se leva .... se tint debout (comme v. 22!) et bénit toute l'assemblée d'Israël, à haute voix, disant : Béni soit Jéhova qui donna le repos à son peuple Israël, etc.. « lie passage est d'origine préexilienne, comme le montre en particulier le v. 56. Mais il est évident qu'il fait absolument double emploi avec les bénédictions et les prières que Salomon vient de prononcer (v. 15 ss.) ; après avoir dit que le roi avait fini d'adresser à Jéhova toutes ses prières et supplications,
(1) Le ood. Vat. n'a pas les vv. 12, 13. La construction de la phrase, où le brusque passage de la 3» personne à la 2^« est vraiment choquant, n'est pas faite, en efifet pour les recommander. Nous soupçonnons que la théophanie pourrait avoir été placée en cet endroit du récit, avant le discours de Salomon, simplement pour donner une plus grande solennité à la scène, pour mettre d'une manière sensible en face du roi. le Dieu dont il proclame les louanges. Les vv. 12, 13, pourraient n'être aussi bien que la conséquence de cette opération. En ce cas le caractère artitlciel du rappiochement entre les w. 10 et 12, s'expliquerait encore parfaitement.
voici que le récit actuel les lui fait aussitôt recommencer ! On se serait attendu à voir introduire autre chose par les paroles du V. 54 : Et il se fit quand Salomon eut achevé sa prière..,. Et de fait 2 Chron. VII 1 ss. nous lisons ici la description d'une scène qui répond beaucoup mieux à la formule introductoire ; cest en ce moment que la gloire de Jéhovn remplit le temple ! Les effets de cette manifestation lui sont d'ailleurs mieux proportionnés ici que 1 R. VIII 10 ss., où Salomon, en présence de la théophanie, adresse au peuple (v. 14) un long discours sans avoir lair de s'apercevoir du nuage, sinon tout au plus par une allusion d un caractère embarrassé et douteux. «* Lorsque Salomon eut achevé sa prière, le feu descendit du ciel et dévora l'holocauste et les victimes et la gloire de Jéhova remplit le temple. Et les prêtres ne purent entrer dans la maison de Jéhova parce que la gloire de Jéhova avait rempli la maison de Jéhova. Et tous les enfants d'Israël virent descendre le feu et hi gloire de Jéhova sur le temple et ils se prosternèrent la face contre terre sur le pavement, adorant et louant Jéhova, " parce qu'il est bon et que sa miséricorde est éternelle »». Et le roi et tout le peuple firent l'immolation des
victimes devant Jéhova Et les prêtres s'acquittaient de
leur office et les lévites tenaient les instruments de musique que le roi de David avait faits pour la louange de Jéhova «* dont la miséricorde est éternelle ?», tandis qu'ils exécutaient les chants de David ; et h*s pi'êtres devant eux faisaient sonner les trompettes, et lout Israël assistait ?» etc. — Nous ne doutons pohit que le récit des Chroniques a conservé à sa place originale la description de la théophanie. C'est d'ici qu'elle a passé, déjà lors de la rédaction préexilienne du livre des Rois, avant la relation de la prière de Salomon. Le rédacteur, arrivant ensuite au point où elle était racontée dans l'original, s'est vu naturellement amené à l'omettre en cet endroit et Ta remplacée par une nouvelle prière de Salomon rattachée à sa manière à la formule de transition qui devait être maintenue pour la continuation du récit.
Et les prêtres et les lévites que nous venons de voir sur la
scène dans la description du livre des Chroniques, nous sontils arrivés eux aussi de la source préexilienne ? Des observa lions qui précèdent il résulte déjà tout d'abord que leur omission dans la relation du livre des Rois, ne prouve rien contre leur authenticité. Il est à remarquer ensuite que les textes environnants, tant pour la partie qui précède la mention des ministres du culte aux vv. 1 ss., que pour celle qui suit vv. 7 ss., comme nous l'avons déjà fait observer, soutiennent à leur avantage la comparaison avec les notices parallèles du livre des Rois. Les présomptions semblent donc tout en faveur des p^^étres et des lévites. Mais il y a surtout à considérer que 1 R. VIII 10, après les observations que nous avons faites sur la teneur actuelle du passage auquel ce verset sert d'introduction dans notre texte, reste à expliquer. Nous avons dit et croyons avoir suffisamment établi, que ce n'est point la théophanie qui était racontée dans Toriginal, en cet endroit. Qu'est-ce donc qui faisait suite primitivement au récit de l'introduction de l'arche dans le Saint des Saints ? Ici, ch. V vv. 11 ss., la relation des Chroniques a été malheureusement « complétée ?» à Taide des données du récit actuel du livre des Rois ; la théophanie a été également introduite ici ; mais elle n'a pas éliminé la notice primitive ; elle a été tant bien que mal combinée avec celle-ci. L'état dans lequel le texte nous est parvenu témoigne assez de la violence de l'opération que lui a fait subir soit le Chroniste lui-même, soit un rédacteur plus récent. Le document original doit avoir porté ce qui suit : « Et voici que, quand les prêtres furent sortis du sanctuaire (i), les lévites-chantres, tous, ceux d'Asaph, de Heman, de Jeduthun et leurs enfants et leurs frères, vêtus de lin (2), avec les cymbales, les harpes et les guitares, prirent place à l'est de l'autel et auprès d'eux les prêtres, au nombre de cent vingt, avec les trompettes sacrées » (3).
(1) La pai'enthèse qui suit est une glose.
(2) Ce vêtement de lin à lui seul plaide pour l'origine pi*éexilienne du passage; car après l*exil les lévites n'avaient plus d'unifomne distinctif. L'habit de lin était exclusivement réservé aux prêtres proprement dits. Voir plus haut, pp. 36, 52.
(3) Le participe barhare D^")*iSnS peut être impunément sacrifié.
Dans les versets suivants la description de la théophanie, empruntée au livre des Rois, est rattachée à lexplosion simultanée et puissante des sons de la musique sacrée ; ce passage doit être supprimé avec la notice touchant le nuage qui remplit le temple. C'est aussitôt après la mise en sccne des léviteschantres et des prêtres munis des trompettes, que le narrateur faisait prendre la parole à Salomon, Certains critiques, les mêmes qui vantent la fraîcheur et la liberté d*allure du récit que nous offre 2 Sam. VI du transport de larche par David, raillent le Chroniste au sujet de ^ Tindispensablc musique » qu'il croit devoir mêler aux fêtes de la dédicace du temple ; ils oublient que le récit de 2 Sam. VI 5, 15 fait lui aussi honneur à l'indispensable musique. Si le récit de la dédicace du temple, tel que nous l'offre 1 R. VIII nen a pas gardé de trace, c^la ne prouve point en faveur de l'état du texte. Nous savons à présent comment il faut expliquer cette anomalie vraiment assez remarquable.
Après les considérations, peut-être trop longues, auxquelles nous nous sommes livré, il sera facile de se former un jugement équitable sur les prêtres et les lévites mentionnés au début de la description des fêtes inaugurales, 1 R. VIII 4. Nous ne sommes point ici en présence d'une interpolation. La solennité exceptionnelle de la circonstance, peut-être aussi la complication résultant du fait que le tabernacle et les ustensiles du culte devaient être amenés de Gibéon, alors que l'arche résidait déjîi depuis quelque temps à Jérusalem, expliquent suffisamment les dcHails dont la r*elation parait surchargée en cet endroit. Que l'on veuille bien encore une fois ne pas perdre de vue les termes dans lesquels est rédigée la notice du livre des Chroniques. Les redites, ici surtout, sont beaucoup plus apparentes que réelles et l'accord a\ec les données historiques qui nous sont transmises par ailleurs, est d'autant plus significatif qu'il est moins recherché. Tout Israël, lisons-nous d'abord (2 Chron. V 2), se réunit à Jérusalem en assemblée solennelle au T mois (i), ** et tous les anciens d'Israël s'en
(1) Ethanim. Le nom ost omis dans le texte des Chron.
vinrent et les lévites se chargèrent de l'arche et on transporta l'arche ; — et le tabernacle de Talliance et tous les ustensiles du sanctuaire qui se trouvaient dans le tabernacle, les prêtres lévitiques les transportèrent ; et le roi Salomon et toute l'assemblée d'Israël réunie autour de lui devant l'arche offraient des brebis et des bœufs sans nombre, et les prêtres introduisirent l'arche de l'alliance de Jéhova en son lieu «. Dans le texte des Chroniques au v. 4, on lit la seconde fois non pas "bT\ comme au livre des Rois, mais "bjn, ce qui nous oblige à considérer comme compléments de ce verbe les accusatifs qui précèdent sauf le premier, V arche, qui est régime de lb5"*\ La construction de la phrase semble ainsi répondre à la double démarche que comportait la cérémonie. Lorsqu'il est dit la première fois que les lévites se chargèrent de l'arche, c'est la fonction que le droit leur assignait qui est mise en relief par ces mots ; le transport solennel de l'arche de Jéhova n'est formellement rapporté que dans le membre suivant. Ce transport est distingué de celui du tabernacle et des instruments du culte ; pourquoi ? L'explication suggérée par la situation elle-même, c'est que le tabernacle et tout son mobilier se trouvaient toujours à Gibéon tandis que l'arche en était séparée et attendait depuis longtemps à Jérusalem sa nouvelle demeure
Nous concluons que les renseignements relatifs aux lévites 1 R. VIII 4 et 2 Chron. V-Vl doivent être considérés comme remontant à une source préexilienne