‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'historie des HébreuxChapitre 7 sur 14 · C. Les récits de ravèuement de Joas · texte numérisé non relu

C. Les récits de ravèuement de Joas

(2 BjoU XI ; 2 Chron. XXni).

L'exemple le plus communément cité comme preuve des procédés subjectifs et arbitraires de l'auteur des Chroniques, est le récit du renversement d'Athalie et de l'avènement de Joas. Le cas est en eflfet particulièrement intéressant. D'après le livre des Rois le grand prêtre Joïada, ayant besoin pour exécuter ses projets d'un corps de gens armés, aurait, dit-on,

fait convoquer à cet effet les soldats. Dans le récit des Chroniques la place de ces soldats est occupée par les lévites. Movers lui-même est d'avis que le Chroniste s'est livré ici à une reconstruction de la relation du livre des Rois (i), en se servant des données du Midrasch sur les événements en question (2 Chron. XXIV 27).

Voici ce que nous lisons au livre des Rois. Joseba, la femme du grand prêtre, avait soustrait son neveu Joas à la ruine de la famille d'Achazja, massacrée sur les ordres d'Athalie. Pendant six ans Joas resta caché dans le temple. La septième année Joïada crut que le moment était venu de le faire reconnaître comme roi légitime. Il convoqua donc dans le temple les centurions de l'armée, conclut un pacte avec eux et leur montra le fils du roi. Puis il traça à tous leur ligne de conduite. « Un tiers d'entre vous, dit-il, qui entrez en service le

jour du sabbat, fera la garde (2) du palais royal ; un autre tiers se tiendra à la porte de Sur ; le tiers qui reste occupera la porte derrière les soldats (D''2'^n "^nx) ; et vous ferez la garde de la maison Massah (?). Il y aura deux ailes parmi vous autres tous qui quittez le service le jour du sabbat. Ceuxlà feront la garde de la maison de Jéhova au service du roi ; vous entourerez le roi chacun muni de son arme et quiconque pénétrera entre les rangs (i) sera puni de mort. Vous serez avec le roi et le suivrez partout. « Et les centurions firent comme leur avait commandé Joïada le prêtre. Et ils prirent chacun leurs hommes, tant ceux qui entraient que ceux qui sortaient le jour du sabbat ; et ils se rendirent chez Joïada le prêtre. Et le prêtre donna aux centurions les lances et les boucliers du roi David, déposés dans la maison de Jéhova. Et les soldats (D''2nn) se tenaient, leurs armes à la main, du côté droit de l'édifice et du côté gauche, tout le long de Tautel et du temple, autour du roi. Et il (le grand prêtre) amena le fils du roi et lui plaça sur la tête le diadème et l'insigne sacré ; et ils

(1) 1. C. pp. 307 88.

(2) in^UJI au lieu de ■'"^'^ITl, comme au v. 7.

le proclamèrent roi, lai donnèrent l'onction, battirent des mains et crièrent : Vive le Roi ! Et Athalie entendit la voix... du peuple et elle se rendit vers le peuple au temple de Jehova. Et elle vit le roi debout sur l'estrade, en pompe officielle ; et les chefs (?) et les trompettes aux côtés du roi et tout le peuple se livrant à la joie et sonnant des trompettes ; et Athalie déchira ses vêtements et s'écria : Trahison ! Trahison ! Elt Joîada le grand prêtre donna ordre aux centurions qui commandaient l'armée et leur dit : Emmenez-la hors des rangs ; et quiconque la suit, fhippez-le du glaive. Car le grand prêtre ne voulait pas quelle mourût dans le temple. On s'empara donc d'elle et on la conduisit au palais royal par la porte d'entrée des chevaux, et là elle fut mise à mort. — Puis, après avoir rapporté la destruction du temple de Bajil et la mort de Mathan, le récit continue : *« Et Joîada rassembla les centurions et les soldats (D'î^TI HKI "■'Dm n5<*!) et tout le peuple et iis conduisirent le roi de la maison de Jéhova, par la porte des soldats, au palais royal et il monta sur le trône des rois... t.

Dans ce récit, où les lévites ni les prêtres ne sont aucune fois mentionnés, tout n'est pas facile à comprendre.

LfCS recommandations et la distribution des rôles dont parle le V. 6 se rapportent aux hommes de la garde monunite ; tandis que les mesures arrêtées aux vv. 7^-8 doivent êtres exécutées par la garde descendante. — Ceux dont le terme de service expinût avaient donc, daprès les vv. 1^-H, à faire hi garde du temple autour du roi ; ce corps était spécialement invi^sti de la mission de protéger le jeune Joas contre toute attaque ou tout danger et d'attendre, afin d'en faire bonne justice, Tennemi qui ne manquerait pas de faire invasion dans le sanctuaire pour se rendre compte de ce qui s'y passait. Ces gardes furent disposés des deux côtés de l'autel et du temple, autour de l'estrade siu: laquelle le roi devait prendre place (vv. 11-12, 14). — La troupe de ceux dont le service commençait était divisée en trois groupes. Un tiers devait se charger de la garde du palais royal ; un second tiers avait à garder la porte de Sur (?) ; le

reste était consigné à la porte (qui se trouve) « dej^rière tes soldats », c'est-à-dire, probablement, la porte voisine du poste militaire, comme traduit la Vulgate : *« ad portam quae est post habitaculum scutainorum « .

On se demande où Joïada voulait en venir ? Ceux qui avaient à surveiller le palais royal ne devaient pas s'opposer à la sortie de la reine ; nous le voyons plus loin : Athalîe accourt au temple et personne ne lui barre le chemin. Il fallait un coup de théâtre pour entraîner la l'oule ; il fallait que le peuple prît part au renversement de l'usurpatrice. Remarquons que, même d'après le récit des Rois, le peuple était mêlé à la manifestation (vv. 13, 14), ce que l'exposé du dispositif pris pai' le grand prêtre ne semblerait pas faire croire d'abord. Athalie devait donc avoir 1 accès libre au temple ; on l'y attendait. Mais alors pourquoi Joïada a t-il soin d'établir une garde spéciale au palais royal l Ne serait-ce point parce qu'il fallait empêcher les gens armés de la garde d' Athalie dé la suivre au sanctuaire ? De fait on l'y voit arriver toute seule. Il s'ensuivrait que le poste qui occupa ou entoura le palais sur les ordres de Joïada. n'était pas précisément composé des hommes mêmes qui devaient se tenir au service de la reine, mais de soldats d'un autre genre ; c'est contre les premiers que ceux-ci auraient eu au besoin à se défendre avec les armes distribuées par Joïada. — Cette distinction est encore insinuée au v. 6 par l'établissement d'une garde auprès de la porte qui (se trouve) « derrière les soldats » (voir plus haut). — Les gens que Joïada emploie pour l'exécution de ses projets étaient attachés au service du temple ; c'est ici qu'ils avaient à se relayer les jours de sabbat, comme nous lisons ailleurs que c'était l'usage pour les lévites (1 Chron. IX 25). On ne s'expliquerait pas, en dehors de cette hypothèse, qu'au jour fixé pour la proclamation du nouveau roi, la garde montante se trouvait réunie au temple avec la garde descendante (v. 9). wSi l'occupation du temple fiit confiée à ceux dont c'était le tour de quitter le service (vv. 7, 8), c'est que Joïada avait eu précisément le temps de les préparer à leur rôle. Les choses se seraient passées

tout autrement s'il fallait voir dans les gardes en question celles du palais royal. Il serait d ailleurs impossible de comprendre que le grand prêtre eût pu prendre les dispositions et donner les ordres que le récit lui attribue, s'il se fût agi de corps d'armée sur lesquels il n'avait aucune autorité. Renan a prétendu, pour cette raison, que le Joïada du v. 4 n'était pas le grand prêtre, mais le commandant des gardes ; «* un prêtre, dit-il, n'eût pas eu le droit de convoquer l'armée et de donner des ordres, comme si Athalie n'eût pas eu de sar-sàba »» (i). Ceci nous paraît très vrai ; mais c'est s'abuser d'en conclure que le v. 4 appartient à une autre relation que le v. 9 ; déjà au V. 4 c'est dans l'enceinte de la maison de Dieu que les capitaines sont convoqués et que la conjuration se prépare. L'hypothèse du mélange de sources contradictoires ou des remaniements auxquels la théorie de Renan suppose que le narrateur se serait livré 2 R. XI, est entièrement superflue. Ce qui n*est pas moins digne de notre attention c'est que les soldats mis en scène sont équipés par les soins du grand prêtre au moyen des armes votives conservées dans le temple. Pour expliquer ce détail Renan suppose, 1. c, «* que la garde descendante n avait pas coutume d'emporter ses armes ». Mais ce n'était pas à ses exercices ou à ses loisirs accoutumés que la garde descendante allait avoir à se livrer. D'ailleurs pourquoi la garde descendante aurait elle quitté le palais ? Pourquoi Joïada ne l'aurait-il pas consignée là avec ses propres armes se contentant d'appeler au temple les hommes de la garde montante i — Athalie pénétrant dans le temple aperçoit aux côtés du jeune roi les □'•ilD et les trompettes (v. 14). Les massorètes lisent D''"iiDn « les princes ou les chefs. Mais l'association avec «* les trompettes « suggère bien plutôt la lecture D"'"^'J3n les chantres. C'est ainsi, en ettet, que l'entendent les LXX et la Vulgate.

Toutes ces circonstances nous invitent et nous obligent à reconnaître dans les gardes montante et descendante en ques

(1) HUt, du peuple d'Israël II, p. 323.

tion, non pas les soldats de la reine, mais le personnel du sanctuaire organisé en corps armé pour assurer le succès de la révolution.

Le début du récit que nous venons d'analyser se présente sous une forme évidemment abrégée. L'auteur des Rois n'a point reproduit dans toute son intégrité la relation de sa source. Joïada convoque les capitaines des Kari et des Rasîm (v. 4) ; puis il leur parle comme s'il avait devant lui les troupes elles-mêmes auxquelles il fallait confier les différents postes (vv. 5 ss.). C'est aux troupes sans aucun doute que sont censées s'adresser les instructions des vv. 5 s. : « Le tiers d'entre vous, qui formez la garde montante du sabbat, fera le service du palais royal ; etc.. » ; voir surtout les vv. 7 s. : « Il y aura deux ailes parmi vous autres lous qui formez la garde descendante du sabbat ; ceux-ci feront le service du temple, etc. » Il est peu probable aussi que dès l'abord Joïada aura convoqué pour leur faire part de ses projets tous les capitaines indistinctement ; il aura commencé par s'associer quelques chefs dévoués et sûrs.

Le conciliabule dont parle le v. 4 ne peut avoir été que le prélude d'une assemblée plus considérable à laquelle Joïada tient le discours reproduit aux vv. 5-8. Voici comment nous avons à nous représenter la succession des faits. Dans lentrevue avec les chefs d'armée qu'il avait pris pour confidents et dont le concours lui était indispensable, le grand prêtre aura arrêté les mesures à prendre en vue du coup d'état. Celui-ci devait être amené au moyen d'une démonstration solennelle. Au jour fixé on réunirait au temple un personnel aussi nombreux que possible ; le peuple lui-même serait averti, au moment opportun, de ce qui se préparait (vv. 13, 14). Lorsque l'époque convenue fut arrivée, Joïada retint à ses côtés les gardes descendantes de la maison de Dieu ; les gardes montantes vinrent les rejoindre. Tout le monde se trouvant ainsi réuni au temple, le grand prêtre donna ses dernières instructions et distribua les rôles (vv. 5-8). Les chefs se mirent aussitôt à la tête de leurs hommes. Puis ils vinrent trouver Joïada

qui leur fit remettre, pour les distribuer dans les rangs, les armes votives du temple. Les hommes de la garde montante allèrent se poster aux abords du palais royal. Ceux de la garde descendante restèrent au temple où ils se rangèrent sur deux lignes à gauche et à droite de l'autel.

Lorsque tous les postes furent occupés, Joïada fit prendre place au jeune roi sur une estrade préparée pour la circonstance. Au bruit des acclamations poussées par la foule, Athalie accourut ; on la laissa passer sans escorte. Après la mort tragique de l'usurpatrice, Joas fut solennellement conduit au palais royal et élevé sur le trône.

Nous avons dit un peu plus haut que les traits généraux et même ceilains détails du récit du livre des Rois sont bien de nature à nous convaincre que les milices employées par Joïada se composaient du personnel du temple. C'est dans l'assemblée à laquelle s'adresse le discours des vv. 5 ss., que les ministres du culte auraient dû être mis en scène ; or la convocation de cette assemblée était passée sous silence par notre narrateur, bien que la teneur des instructions données par le grand prêtre la suppose. Les seuls auxiliaires du pontife dont il fût question en termes explicites 2 R. XI, étaient les capitaines dont Joïada s'était assuré le concours. Des soldats eux-mêmes le récit primitif du livre des Rois ne parlait point ; ils ne servent dans le texte actuel qu'à troubler l'harmonie de la narration. C'est une main plus récente qui les y introduisit, sans doute à la faveur d'une confusion créée par le rôle que les chelis de l'armée avciient eu à remplir. Le v. 13 nous otïre un indice très significatif de la justesse de cette conjecture. Nous y Usons : mn y:Z'^n b^p nx n-'bn:? :?^;25m : Athalie entendit la voix des ** rasîn »>, du peuple. Outre que l'on est étonné de trouver ici ce pluriel araméen, la ])hrase n'a pas de sens. Le passage parallèle des Chroniques, v. 12, est certainement

préférable : ^bi:n D''bbn:jni n^'sr^n usTi bip-riK rrbn:? yùtir\^

Athalie entendit la voix du peuple qui courait et acclamait le roi. — Les rasîm du v. 11 auront pénétré dans le texte de la même manière comme une glose. S. Jérôme traduit simple-

ment : et steterunt singuli habenles arma in manu sua ; on ne saurait toutefois rien inférer de Tomission du mot dans la version latine. Ce qui nous paraît au contraire digne d'être relevé, c'est que la construction de la phrase est bien plus correcte dans la relation des Chroniques vv. 9, 10, 11 (coll. LXX), que dans le passage parallèle du récit des Rois vv. 10, 11, 12. Ici les verbes au v. 12% sont régis par le sujet (Joïada) exprimé au v. 10 ; le v. 11 inten'ompt violemment Tenchaînement du discours. Il est plus que probable, à notre avis, qu'au V. 11 aussi Joïada doit être le sujet et qu'il faut lire ..."■-5?'1 à la forme hiphil, comme l'écrit l'auteur des Chroniques ; ce n'est pas le sujet du verbe comme dans le récit des Rois, mais le complément qui doit suivre. — Les kart et les rasîm du V. 19, s'ils figuraient dans le texte primitif, pourraient bien y avoir rempli le rôle de régime dépendant de mK"jr» 'l'jJ comme au v. 4. L'auteur des Chroniques, à l'endroit parallèle de sa relation (v. 20), ne montre aucun souci de remplacer les kart et les rasîm par des lévites; à leur place il nomme les

Q-'-i-'iK et les B:a Q-'b'ti'i:^.

Il était assez naturel, nous le répétons, qu'aux cainfnines qui prêtèrent leur concours à Joïada, un lecteur ait cru bon d'associer dans le récit incomplet du 1. des Rois, les soldats. On pouvait se méprendre à des phrases comme celle du v. 9, où nous lisons que les centurions prii^ent chacun leurs kmnines, tant de la garde montante que de la garde descendante ; ce qui, dans l'idée de l'auteur, devait s'entendre simplement des hommes dont le commandement leur avait été confié. Il n'est point démontré du tout que la part faite aux prêtres et aux lévites dans le récit du Chroniste, n'ait aucun fondement dans les sources authentiques de l'histoire préexilienne. Ce n'est point le Chroniste qui a introduit les lévites ; c'est bien plutôt un glossateur mal avisé du récit des Rois qui a introduit les soldats. Si les troupes que nous voyons ici du premier moment à la dévotion du grand prêtre n'avaient été autres que l'année même d'Athalie, Joïada n'aurait eu guère l)esoin de tant de mise en scène pour arriver à ses fins.

D. Récits de la restauration du temple sous Joas

(2 R. Xn, 2 Chron. XXIV).

Un exemple instructif du prix que peuvent avoir pour une meilleure intelligence des récits du livre des Rois, ceux du livre des Chroniques où il est parlé des lévites, nous est offert par l'histoire des réparations qui furent faites au temple sous le roi Joas. Il est vrai qu'en cette occasion comme en d'autres, certains critiques n'ont pas ménagé au malheureux Chroniste l'expression de tout leur dédain. Ils auraient mieux fait de s'appliquer avec plus de calme et d'attention à l'examen des données que nous fournissent sur ces événements du règne de Joas les deux relations qui nous en sont parvenues. Commencer par s'arranger une conception déterminée des faits, à Taide des seules indications du livre des Rois comprises et commentées autant que possible non seulement en dehors, mais à l'encontre du récit des Chroniques, pour s'en faire ensuite l'instrument absolu de contrôle vis-à-vis de ce dernier, c'est un procédé aussi dangereux qu'il est peu scientifique.

Voici, d'après les auteurs dont nous parlons, ce qui serait raconté au 2® livre des Rois, XII 5 ss- — Joas avait porté une ordonnance suivant laquelle tous les paiements en argent faits au temple reviendraient désormais aux prêtres, à charge pour ceux-ci de pourvoir aux réparations. Les prêtres s'approprièrent l'argent mais négligèrent les réparations. Le roi s'en plaignit. Là-dessus ils renoncèrent aux revenus en question, n'en voulant pas supporter les charges. Alors le roi établit un tronc dans l'enceinte du sanctuaire, à côté de l'autel ; et dans ce tronc les prêtres devaient verser toutes les sommes perçues, à l'exception de l'argent dû pour « la coulpe et le péché », qui leur restait. A chaque fois que le tronc était plein, le ministre du roi et le prêtre en chef le vidaient et remettaient l'argent aux directeurs des travaux qui devaient en payer le salaire aux ouvriers ; rien de cet argent ne pouvait servir à l'acquisition de vases sacrés. Cette institution de Joas avait

un caractère permanent ; elle existait encore sous le roi Josias (i).

Il suffit de lire en regard de cet exposé la narration du livre des Chroniques, pour s'apercevoir au premier coup-d'œil de Técart qui la sépare de la vérité historique. Et la chose n a rien d étonnant. Le récit des /?ow, tel quon vient de le lire, attribuait au roi une intervention intolérable, au point de vue de la Loi, dans les intérêts sacerdotaux ! La mesure prise par Joas consacrait la subordination du sacerdoce et du grand prêtre lui-même, au bon plaisir du roi ! C était donc le roi qui avait à régler et cela même pour l'avenir, lemploi des revenus du temple qui appartenaient aux prêtres eux seuls ! — Le Chroniste devait changer cela et il le changea. D'une institution à demeure, il fait une mesure ])urement transitoire : les lévites sont envoyés par tout le t<îrritoiro afin de recueillir l'argent nécessaire à la réparation des dégâts causés au tc^nple sous le règne de cette méchante Athalie, etc. (2)

Voyons ce qu'il faut penser de cet antagonisme flagrant entre nos deux relations.

Il est à noter tout d'abord que d'après le livre des Chroni-^ ques, aussi l)ien que d'après celui des Rois, l'argent à recueillir pour la réparation de la maison de Dieu, consistait avant tout en un impôt dû au temple. Cela est clairement exprimé par le Chroniste dàs le v. 6. C'est se payer de mots que d'expliquer ce passage comme l'énoncé d'une simple comparaison. Il n'est pas dit ici que Joas organise une collecte extraordinaire, comme autrefois, dans le désert. Moïse lavait fait pour le tabernacle (.3). Les prêtres et les lévites ont reçu l'ordre « d'apporter de Juda et de Jérusalem la taxe que Moïse et l'assemblée imposèrent à Israël pour le tabernacle ». Au v. 9 nous lisons encore, et cette répétition même ne laisse subsister aucun doute sur la portée des expressions : ^^ Et Ton proclama en Juda et dans Jérusalem que le peuple eût à apporter à

(1) Wellh. Prol. p. 204.

(2) Id. 1. 0. p. 205.

(3) Wellh. I. c.

Jéhova la taxe que Moïse le serviteur de Dieu imposa à Israël dans le désert ». Ce qui est vrai, c'est que le récit des Chroniques ne considère pas le tribut exigé comme un impôt régulier, se payant en tous temps, indépendamment de tous besoins spéciaux. Ce sont les circonstances qui réclament la mise en pratique actuelle du principe consacré par l'institution mosaïque. Ce principe, c'est que le peuple doit contribuer par ses offrandes, et au besoin moyennant un impôt spécial, à l'entretien du temple. C'est l'impôt spécial que le narrateur a surtout en vue, sans exclure les contributions d'un autre genre. Les prétendues préoccupations cléricales qui auraient dicté au Chroniste un travestissement complet de l'histoire de la restauration du temple sous Joas, ne sont en réalité qu'une création gratuite des préoccupations de critiques trop sévères. Dans le récit des Chroniques aussi bien que dans celui des Rois, nous voyons le roi intervenir d'autorité pom' régler l'emploi des revenus du tefnple. Nous ajouterons que l'auteur des Rois semble se montrer plus soucieux que celui des Chroniques, de sauvegarder le principe de l'autonomie sacerdotale en face du pouvoii' laïque. D'après 2 R. XII 10 en effet, c'est Joïada, le grand prêtre, qui établit le tronc destiné à recevoir les offrandes apportées au temple (i) ; les résumés parfois trop généraux et troj) hâtifs où Ton expose à grands traits le contenu des textes, peuvent à l'occasion négliger ou défigurer un détail de ce genre ; c'est pourquoi nous nous permettons de le relever. D'après 2 Chron. XXIV 8, c'est sur l'ordre du roi que le tronc fut établi.

Peut-être le lecteur nous demandera-t-il comment le paiement d'un impôt pouvait amener dans la caisse placée à l'entrée du temple, les trésors dont parle 2 Chron. XXIV 11? Il est supposé dans le récit, nous l'accordons volontiers, que les

(1) Klostermann Die Bûcher Sam. u. der Kôn. in 1. croit que primitivement le texte doit avoir porté simplement, « il établit » ce qui aurait été compris, par erreur, du grand prôtre. Mais le contexte prouve que le passage a été écvïX dans sa forme actuelle par l'auteur de notre récit. Ce que celui-ci trouva dans sa source, nous llgnorons.

offrandes du peuple furent très abondantes et dépassèrent de loin les taxes obligatoires. Mais cela répond parfaitement aux circonstances du fait raconté, d'après la relation des Rois aussi bien que d'après celle des Chroniques,

A ne considérer que la première, il est manifeste que le temple doit avoir eu, à l'époque en vue du règne de Joas, un besoin tout spécial de réparation. On en voit la preuve, non seulement dans Tinsistance que met le roi à exiger l'entreprise des travaux, mais dans la description qui nous est faite de ces derniers aux vv. 12-13, 15 16. La maison de Dieu devait être tombée dans un état de délabrement assez avancé. Le récit des Rois ne nous apprend pas quelle en fut la cause ; il n'a point recueilli les données que sa source devait renfermer à ce sujet; la lacune est comblée par la notice, très vraisemblable en elle-même, de 2 Chron. XXIV 7 (i). Il n'est donc pas étonnant que le peuple contribua avec un empressement tout particulier à fournir à l'œuvre de la réparation les ressources nécessaires. Le livre des Rois mentionne lui aussi les dons volontaires sollicités pour Tentreprise (v. 5).

On dit que la narration de 2 R. XII nous fait assister à l'institution d'un service permanent créé par le roi Joas et qui était encore en vigueur au temps de Josias. Nous croyons parfaitement qu'il est question dans notre récit d'une innovation d'ordre permanent introduite par Joas. Nous verrons aussitôt en quoi elle consista ; le livre des Chroniques nous aidera à 6Ï1 déterminer le caractère. Mais nous tenons à (constater avant tout que les mesures prises par Joas furent provoquées par les besoins particuliers du moment et qu'elles eurent principalement en vue des réparations urgentes et considérables réclamées par l'état où se trouvait l'édifice du temple. Les vv. 12-13, 15-16 nous l'ont déjà appris. Le v. 14 en offre encore la preuve. Nous lisons là que les offrandes apportées au temple ne pourraient servir à faire des instruments pour le culte, mais que tout devait être employé à payer les travail-

(1) Klostermann m 2 Reg. XII 5.

leurs. Il est trop clair que ceci ne peut être considéré comme une disposition législative, engageant lavenir. Si Ton neût pu affecter, après Joas comme avant lui, les offrandes faites au temple, à l'acquisition ou à la fabrication d'ustensiles nouveaux, quelles ressources aurait-on employé à cet effet en cas de besoin ? Le v. 14 n'a qu'un sens possible ; c'est que dans l'occasion spéciale dont il s*agit, et par mesure exceptionnelle, les dons et contributions furent destinés, conformément aux exigences de la situation, non pas à la fabrication de coupes d'argent, de mouchettes, d'arrosoirs, de trompettes, de vases quelconques d'or ou d'argent (v. 14), mais au paiement du salaire des ouvriers. Il est à peine besoin de noter que le changement de temps qui s'observe dans la construction du verbe au v. 12, où la phrase, reprenant par le parfait, se i)oursuit d'ailleurs aussitôt par l'imparfait consécutif, n'autorise point la supposition qu'à partir de ce verset le narrateur veut décrire la destination habituelle de l'argent offert au temple. Au V. 12, pas plus qu'au v. 10, le parfait *0rij1 ne ])eui être rendu par le présent (i). Il est contraire à toute vraisemblance qu'aux vv. 12, 13 où nous voyons à Tœuvre les charpentiers et les architectes, les maçons, les tailleurs de pierres, où il est question de l'achat de bois et de pierres ix)lies, il s'agisse de dépenses ordinaires. Ce qui est remarquable d'autre part, c'est qu'aux vv. 14, 15, 16, 17, les verbes sont au jussif. On y reconnaîtra la preuve que ce passage est emprunté à une ordonnance réglant l'emploi des fonds recueillis (2). Comme nous le disions tout à l'heure, l'interdiction qui défend, en cet endroit, d'utiliser les offrandes pour la fabrication des instruments énumérés, montre que l'on éprouvait avant tout le besoin de pourvoir à la restauration de l'édifice et que celle-ci constituait un ouvrage considérable. Il n'y a donc pas lieu de railler le Chroniste au sujet de son information, que l'état lamentable où se trouvait la maison de Dieu avait pour cause

(1) Comme chez Klostermann. dont il suffit de lire la version pour s'apercevoir du désordie qu'elle introduit dans le texte. — Cfr. p. e 2 R. XXIIL 4. {2) Cfr. KlosterniauD 1. c. in v. 10 not. x.

les dégradations quelle avait subies sous le règne d'Athalie, l'impie, qui avait enrichi son temple de Baal au dépens de celui de Jéhova. Il y a une autre conclusion à tirer du v. 14, Si Joas jugea à propos de défendre expressément la fabrication d'ustensiles sacrés au moyen des trésors apportés par le peuple, une mesure d'ordre évidemment transitoire comme nous le faisions observer plus haut, c'est, selon toute apparence, que de ce côté-là aussi il y avait à porter remède à une situation malheureuse, à remplacer des objets détruits ou profanés, à favoriser un déploiement plus brillant du culte de Jéhova après la victoire qu'il avait remportée, peut-être à réparer les pertes causées par les contributions de guerre (i). Le décret royal veut qu'il soit veillé à la restauration des bâtiments sans aucun égard aux besoins d'autre nature. Le lecteur ne peut manquer d*être frappé de la composition défectueuse du récit du livre des Rois dans la forme où il nous est parvenu ; il nous communique un extrait de l'édit de Joas (14-17) sans aucune introduction, sans aucun lien avec ce qui précède, et s'arrête brusquement là-dessus ; il n'a pas un mot touchant le dénouement de l'œuvre. Ici encore le récit des Chroniques apporte aux données de 2 R. XII un précieux complément. Il nous apprend qu! après tachèvement complet des travaux de réparation à l'édifice, on consacra le restant des offrandes à reconstituer le trésor des instruments du culte. Ce renseignement ne contredit point la relation du livre des Rois ; il se trouve avec elle en parfaite harmonie (2).

Le Midrasch du Livre des Rois auquel le Chroniste atteste qu'il a emprunté les éléments de son récit, notamment touchant l'œuvre de restauration accomplie par Joas et l'argent qu'il réunit à cet effet (XXIV 27), nous a paru jusqu'ici soutenir

(1) 2 R. xn 19. n se peut parfaitement que l'expédition de Hazaël vv. 18 8S. soit à rapporter avant ra(»lièvement des travaux, peut-être même avant l'entreprise ; et qu'il faille la distinguer de l'invasion dont paille 2 Chr. XXTV 23 ss. Les circonstances différent absolument.

(2) Movers, 1. c. p. 314 s. qui attire l'attention sur 2 R. XII 19, coll. XIV 14. — Oettli u. iMeinhold Die gaschicht lichen Hogiographen, in 2 Chr. XXIV 14.

parfaitement le parallèle avec 2 R. XII 5 ss. Poursuivons notre examen et considérons à présent la manière dont nous sont racontés des deux côtés les débuts de latfaire.

Les premières instructions de Joas, d'après le récit des Rois, portaient que les prêtres auraient à recueillir les offrandes, « chacun parmi le cercle de ses relations (T^313 r\^^ tt5''fc^) r». La même chose est encore répétée au v. 8 : « Désormais, dit Joas, vous ne recueillerez plus largcnt parmi vos cercles respectifs (D5^"<3^ TWl)^ pour le donner à l'œuvre de la restauration y». Comment faut-il se représenter les conditions dans lesquelles les prêtres avaient à exercer leur mission, d'après cette importante donnée ? Doit-on supposer qu'au temple même, les gens qui arrivaient des différents endroits du pays devaient s'adresser au prêtre avec lequel ils se trouvaient en relations spéciales ? Impossible de concevoir une pareille disposition. La mesure, loin d'être favorable à une recette plus abondante, y aurait au contraire porté obstacle, elle aurait donné lieu à un vrai désordre. Pourquoi y aurait-il eu obligation de verser entre les mains d'un prêtre connu les dons volontaires dont parle v. 5*^ i II n y a qu'une manière de comprendre l'indication de la sphère d'activité assignée aux prêtres au v. 6 ; c'est que les prêtres devront procéder à la collecte des contributions et offrandes dans les districts auxquels ils sont spécialement rattachés. 11 est supposé que tous les ministres du culte ne sont pas perpétuellement de servi(^e au temple, qu'ils ne demeurent pas tous gi*oupés dans le voisinage immédiat de Jérusalem. Ils devront recueillir l'argent, chacun de son côté, parmi les contribuables de leur ressort, et l'apporter ou l'envoyer à Jérusalem aux époques fixées.

Dans le livre des Chroniques XXIV 5, la mission donnée aux prêtres et lévites répond exactement à cette explication. Ils reçoivent l'ordre d'aller dans les villes de Juda réunir les fonds pour l'œuvre du temple. Non pas comme s'ils avaient eu à traverser le pays en tous sens, en quelque sorte à l'aventure. Il importait que les rôles fussent exactement distribués et que les différents groupes de ministres sacrés se partageassent avec

soin les localités où ils avaient à exercer leurs fonctions. Ils devaient recueillir l'argent dans leurs districts respectifs <* chacun parmi le cercle de ses relations *» .

Mais le v. 5, dans le récit du livre des Rois, ne soppose-t-il pas d'une manière absolue à notre interprétation du v. 6 ? D'après les termes dans lesquels notre notice est conçue, il semble en effet que les offrandes que les prêtres auront à recueillir consistent dans les contributions sacrées apportées au temple, dans l'argent que chacun voudra de son plein gré apporter à la maisoyi de Jéhova. Il ne peut donc être question, dira-t-on, de percevoir ces contributions et ces dons partout dans la contrée, dans les villes et bourgades où le peuple est établi.

Nous ferons observer à ce sujet qu'au sens du narrateur, les formules '" tri ^cr ntt5«, "» n-n K-anb, ne signifient point une démarche matérielle au temple de Jérusalem ; le temple est plutôt présenté ici comme le terme moral des offrandes en question. Il s'agit de l'argent des contributions sacrées que l'on offre, que l'on donne, pour le temple, des dons volontaires que l'on destine au temphî. Il est vrai que le lecteur aurait pu attendre une expression plus précise de cette idée au moyen de la préposition b. D'autre part cependant il ne faut pas perdre de vue que dans le verbe »''3n lui-même la signification morale peut dominer, et que dans ce cas l'acimsatif du nom qui marque le terme du mouvement devra se comi)rcndre naturellement au sens que nous lui donnons ici.

De l'argent que le peuple payait pour la coulpe et le péché il est dit au v. 17 : TrTT D-^îniîb '"^ n'a fcQr «b ; non pas, évidemmment, que cet argent ne put ou ne dût pas être apporté matériellement au temple ; mais, comme l'antithèse énoncée le prouve, en ce sens que l'argent en question ne serait pas destiné au temple : il revenait aux prêtres. — Au v. 5 les mêmes termes, r(*[)étés d'ailleurs à plusieurs reprises dans notre chapitre, servent d'expression, en quelque sorte consacrée, à la même idée.

Le V. 5 comprend trois membres, exposant la nature des

offirandes à réunir ; le premier est conçu en termes très généraux : t argent des offrandes saa^ées destinées au temple ; les deux autres relèvent d une manière plus précise deux espèces de contributions, déjà comprises sans doute dans Tindication générale qui précède. Pour Tune des deux le texte est très clair : tout targent quil v^iendra à la pensée de quelquun de donner au temple ; ce sont les dons volontaires. L'autre pai'le de contributions imposées au peuple ; ici le texte est plus obscur et on Tinterprète de diverses façons. D'après la relation des Chroniques, nous Tavons entendu déjà, il s'agissait en particulier de la perception de T impôt de capitation que Moïse avait obligé los Israélites à payer pour l'œuvre du tabernacle dans le désert.

Or, comme Movers le fait justement observer (i), les termes dans lesquels le second membre de notre verset est conçu, rappellent précisément le passage d'Ex. XXX 12, 13, concernant la taxe dont parle la relation des Chroniques. Au ch. XXX V. 12 s. de l'Exode, Uieu dit à Moïse : ** Quand tu feras le dénombrement des enfants d'Israël, chacun paiera le prix deœpiationdesondmekJéhovaiT'i'^rï'^b VvCS3 HB5 ÏÏT^ *1DW*1).. ; voici ce que paiera quiconque passe ("QWl bS) au nombre des recensés «. C'est sans aucun doute de cet impôt de capitation que parle 2 R. XII 5. "^XJ ÇpD c'est Vargeyit, le taxe de celui qui passe, c. à d. suivant la portée usuelle de l'expression consacrée : de celui qui passe par l'opération du recensement (2). D'après le passage cité de l'Ex. XXX 12 l'impôt à payer avait une valeur expiatoire. On n'avait pas précisément, à l'occasion des travaux au temple, sous Joas, à faire le recensement du peuple ; c'est la nature de la taxe visée qui est indiquée par ces mots ■ai3? CjCD : l'impôt que l'on est tenu de payer comme étant, en droit, soumis au recensement. A cet impôt tous sont obligés : c'est une amende que toute âme doit à Jéhova (Ex. XXX 12) ; l'édit de Joas rappelle cette signification. Il est

(2) La trad. de la Vulg. : a praetereuntibus, n'a aucune vraisemblance. — Argent ayant cours ue convient pas au contexte.

difficile d'établir le sens précis des termes dans lesquels celle-ci est énoncée. Daprès la lecture des Massorètes, Klostermann lobserve à bon droit, il faudrait considérer les mots w)OD W^K "OIJ rittJSD comme apposition au sujet de la proposition principale, D^rcn, de manière que le sens serait : ** (les prêtres auront à recueillir les contributions...), chacun V argent des âmes de son évaluation, c. à d. chaque prêtre recueillera la taxe des âmes ou des personnes dont il aura lui-même fixé le prix. Mais cette interprétation nous obligerait à supprimer le 3" membre du v. 5, qui sépare, dans le texte actuel, les mots en question de la proposition principale. Ensuite, les prêtres n'ont pas encore été mentionnés ; le sujet en vue au v. 5, c'est le peuple ; il sera donc beaucoup plus naturel de rapporter l'incidente 13*1 ^'^^ à 13W ^05 qui précède, et de lui donner comme fonction de rappeler le caractère universel du tribut expiatoire. Enfin la tournure de la phrase chacun t argent des âmes de son évaluation est en elle-même extrêmement embarrassée et très peu satisfaisante.

A la rigueur on pourrait s'en tenir au Kethib du texte hébreu en lisant HTODS, et traduire : ^ Tout l'argent des contributions sacrées qui sera offert au temple : tribut de recensement (i) — chacun (payant) le prix des âmes, suivant sa taxe ; — tout argent qu'il plaira à quelqu'un d'offrir au temple, les prêtres le recueilleront par eux-mêmes (2), chacun parmi le cercle de ses relations.... » Il y a lieu toutefois de se demander si le texte hébreu nous a été conservé dans toute sa pureté ? La version grecque donne à réfléchir. L'édition d'Alcala, dont les sources se rapprochent de la recension de Lucien, porte : ....àpyriptov (T'jvTipLTjcrewç avSpoç, àpyjpiov (TjvTipLTjdewç «p'J/wv — ; ce qui supposerait la lecture : m^B3 ""^ CjOS ttS-fc^ "l'n:? qOD. La substitution de ip"^ à "^Sl^ n'est pas justifiée ; c'est une confusion ocaisionnée par le l^y du membre suivant. Mais est-il aussi sûr que le dit Klostermann, in h. 1., que dans le second membre l'interversion des mots nttJBS "p^ soit le fait de la recension

(1) Litt. argent de recensé.

(2) Ou bien : pour euœ-mêmes. Vr. plus loin.

de Lucien ? N'est-ce pas notre texte hébreu qui aurait subi l'interversion des deux termes lui-même, dans l'idée, erronnée, que *01 wjOS îB^fc^ devait être envisagé comme apposition à D'^S^Sn ? La version des LXX, telle qu'elle nous est transmise en dehors de la recension de Lucien, suppose un texte hébreu plus voisin qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord, de celui qui répondrait à l'ed. Complut. Le cod. vat. offre la leçon :

àpyriptov or'jvTi[JL'ï^a'e(oç, àvr.p àpyiipiov Xa^ùv aruvrtpLT^aewç.... Ici Xa^wv

est une addition exégétique destinée encore une fois à présenter l'incidente comme apposition à D*2n5n ; le sens est : . . . «* chaque (prêtre) prenant l'argent de la taxe »». Les mots 'p'S CjD5 sont supposés étroitement unis ; d'autre part DCttJEw est omis ; ne serait-ce pas un phénomène analogue à celui qui le fait figurer avant ip'S chez les Massorètes et dû à la même cause ? Nous soupçonnons que le t^xte hébreu primitif pourrait

avoir porté: (ou : 'lirSD?) nilTBÎ -]"l? CjD5 ID-K: tribut de

recensement — chacun (payant) le tribut de la ta^e des âmes (ou de son âme f) ; Vulg. :.. quae otfertur pro pretio animae. Du moment qu'on rapportait l'incidente W ti''K à D'^SPOn, on était exposé tout naturellement à lui donner la forme qu'elle revêt chez les Massorètes, ou dans le cod. vat. Nous croyons que la recension de Lucien reproduit ici la leçon plus ancienne de la version grecque et qu'elle rend ainsi indirectement témoignage de l'état primitif du texte hébreu.

Klostermann termine sa note sur le passage par cette observation :.. ^ il semble que, en conformité avec Ex. XXX 11 ss., il s'agit simplement de la taxe à laquelle sont évaluées les personnes «.

Joas avait donc commencé par charger les prêtres de percevoir partout, dans leurs districts respectifs, les offrandes obligatoires ou volontaires que le peuple apporterait pour l'œuvre de la maison de Dieu. C'était là, sans doute, le mode de perception recommandé par l'autorité dont jouissaient les membres de la tribu sacerdotale demeurant épars parmi le peuple et par la relation naturelle et étroite qui les rattachait d'autre part à la maison de Dieu. — 1 Chron. XXVI 30, 32,

nous lisons qu'une famille de lévites, les Hébronites, qui avaient leurs établissements au-delà du Jourdain, étaient préposés, dans les territoires de Ruben, de Gad et de Manassé « à toute l'œuvre de Jéhova et au ministère du roi «, ** à toute affaire de Jéhova et du roi r».

Joas éprouva les inconvénients qu'une pareille organisation pouvait présenter. La restauration du temple subit des retards qui n'étaient point sans doute à imputer à la tiédeur du peuple ; le zèle dont celui-ci témoigna bientôt est de nature à le faire supposer. << Les lévites ne firent pont diligence « dit l'auteur des Chroniques. Le livre des Rois se contente pareillement de constater que les réparations à la maison de Dieu se faisaient attendre. Il est permis de croire que des abus se commettaient.

Le roi inaugura donc un autre système de perception, plus rudimentaire mais plus sur. Désormais c'est au temple même que les contribuables verseraient directement les offrandes et les tributs sacrés. Ils pouvaient le faire à l'occasion des pèlerinages qui les réunissaient périodiquement à Jérusalem. Une sorte de tronc, une caisse dont le couvercle était percé d'un trou, fut établie, suivant le livre des Rois à côté de l'autel, suivant celui des Chroniques auprès de l'entrée même de la maison de Jéhova, au dehors. Klostermann est d'avis que dans le texte du livre des Rois il se pourrait qu'on doive lire niITlSn b2Sa* au lieu de raran blA ; il est difficile d'admettre, dit-il, que les portiers auront constamment dû quitter leur poste pour aller déposer dans le tronc i)lacé près de l'autel, les offrandes apportées (i). La manière générale dont il est dit que le tronc était établi à droite quand on entre dans le temple, plaide pour la conjecture de Klostermann. C'est l'entrée du parvis, accessible au public, qui semble visée.

Quoi qu'il en soit, l'institution de Joas resta. L'innovation introduite sous son règne consista dans la suppression des perceptions locales d'impôts ou contributions quelconques pour le temple. On voit la mesure que ce roi avait inaugurée per-

sister encore sous le roi Josias. Sous le règne de ce* dernier on dut procéder également à la restauration de l'édifice sacré. Cette fois on ne voit plus, dans le livre des Chroniques, les lévites chargés de recueillir les fonds dans les villes de Juda. Lorsque lés envoyés du roi se présentent au temple, on leur temet l'argent que les lévites <* gardiens du seuil v (donc au temple même) avaient recueilli de Manassé et d'Ephraïm et de tout le reiste d'Israël et de tout Juda et de Benjamin et des habitants de Jérusalem (i).

C'est la modification apportée au système de perception des offrandes en faveur du temple, qui fait tout l'intérêt de la relation des mesures prises par Joas, lors de la restauration que l'on accomplit sous son règne. Dans le récit des Chroniques la chose est présentée très clairement. Le livre des Rois ne laisse pas, lui non plus, de doute à cet égard. Mais ici plus d'une obscurité semble avoir été introduite dans la reproduction des données de la relation primitive. Outre le désordre résultant de la communication abrupte d'un extrait des recommandations royales, et l'absence de tout renseignement sur le dénouement de l'œuvre, il se pourrait fort bien que les termes dans lesquels les contributions à percevoir sont énumérées au v. 5, se soient ressentis, plus qu'il n'aurait convenu, de l'intervention du rédacteur.

Jusqu'à Joas, comme on peut le conclure des premières mstructions données par ce roi, la perception des impôts pour le temple était directement confiée aux ministres du culte, qui recueillaient les offrandes parmi la population. Il semble, d'après les données du livre des Rois, que les opérations se faisaient de manière que les prêtres levaient les contributions pour leur propre compte à charge pour eux de pourvoir aux travaux de restauration. Le temple ayant besoin de réparations urgentes sous Joas, le roi avait rappelé au clergé sa mission.

(1) 2 Chix)n. XXXIV 9. A la fln du verset les Massorètes lisent : et ils retournèrent à Jériisalem. Us partent de la supposition inexacte, que les lévites ont recueilli Tardent dans leâ diverses localités du pays, comme ils avaient été chargés de le faire, en une circonstance analogue, sous Joas.

Mais les percepteurs se trouvèrent en défaut. <* Les réparations ne se faisaient pas »» dit Fauteur des Rois. « Les prêtres et lévites n'apportaient pas l'argent à Jérusalem ?» dit celui des Chroniques. L'accusation est voilée également dans les deux relations. Le résultat des agissements suspects des ministres du culte, fut l'institution d'un nouveau mode de perception des contributions destinées au temple. Désormais le roi se réserva directement le contrôle des fonds recueillis et de leur emploi.

Encore un mot touchant Thistoire de la restauration du temple sous Josias, un fait analogue à celui dont nous venons de parler (2 R. XXII, 2 Chron. XXXIV). Wellhausen suit en ce dernier endroit, v. 9, le qeri des Massorètes et cela sans ajouter un mot de justification (i). Cette lecture est contraire au sens évident du passage, puisque ce sont les léviies-portiers qui sont mis en scène, qu'il est donc manifestement supposé que l'argent a été recueilli à l'entrée même du temple. La construction de la phrase condamne d'ailleurs la lecture à l'imparfait ...^^Uà^l à la fin d'une proposition relative dépendant de rp5n"rifc^ ! Suivant les Massorètes, qui s'écartent ici du texte écrit, il faudrait entendre la notice du v. 9 en ce sens : « Et (les envoyés du roi) vinrent trouver Helcias le grand prêtre, et ils comptèrent (2) l'argent offert au temple, que les lévites gardiens du seuil avaient recueilli de Manassé et d'Ephraïm et de tout le reste d'Israël et de tout Juda et Benjamin et ils retournèrent à Jérusalem (!) ; et ils le donnèrent aux directeurs des travaux, w etc. C est cette lecture que Wellhausen préfère au kethib. Le seul avantage que présente le qeri^ c'est que, moyennant cette lecture plus ou moins absurde, le récit des Chroniques se trouve mis en contradiction avec celui des Rois.

(1) ProL p. 206.

12) IDDH"''! au lieu de ISTl'^l.

On reproche ici encore au Chroniste de s'être complètement mépris sur le sens de l'histoire. C'est l'institution de Joas^ et elle seule, qui explique la démarche de Saphan, envoyé au temple par le roi, et mis au courant à cette occasion de la découverte du livre de la Loi ! Le Chroniste n'a pas reconnu cela ! Il a de nouveau recours à la supposition de dégâts subis par le temple sous les règnes des rois précédents ! etc. — Mais, nous le demandons encore aux critiques qui se montrent si acharnés à prendre le Chroniste en défaut, qu'entendent-ils par VinstitiUion de Joas ? Sont-ils sûrs qu'ils s'en rendent bien compte eux-mêmes? On croirait vraiment, à liie leurs commentaires, que Yinstitution de Joas a eu pour objet d'attacher au temple un corps permanent d'architectes, de tailleurs de pierres, de maçons, de charpentiers et de forgerons, chargés du soin d'une restauration perpétuelle, et de l'achat non interrompu de bois et pierres polies ! N'est-il^pas évident, d'après le livre des Rois aussi bien que d'après celui des Chroniques, que sous le roi Josias, comme autrefois sous Joas, on exécuta réellement au temple des réparations ? N'est-il pas évident dès lors qu'il devait y avoir des dégâts à réparer ? Pourquoi en veut-on au malheureux Chroniste de le constater ? Au reste dès le début de la relation du livre des Rois, on reconnaît aussitôt que le narrateur songe à des fonds recueillis exprès, sous le règne de Josias, pour couvrir les frais de la restauration. ^ Le roi envoya Saphan.... lui disant : Rends-toi chez Helcias le grand prêtre afin qu'il compte (i) V argent entré au temple^ que les portiers ont recueilli du peuple, et quon le donne aux directeurs des travaux (2) «, etc. Le récit des Chroniques

(1) DrPT afin qu'il fixe le montant, le compte complet. Klostermann

pi'opose "pn^l suivant XII 12. Nous ne comprenons pas pourquoi W. tmduit und schûttet das Silber aus ; peut-èti'e pour montrer comment l'institution de Joas était restée en vigueur ?

(2) Pourquoi W. traduit-il : und gehet ^5...? Encore pour faire affirmer à l'auteur du 1. des Rois la suprématie royale? C'est inutile. Ici comme dans le récit concernant le règne de Joas le Chroniste met l'autorité du roi et de ses envoyés beaucoup mieux en relief que l'historien qu'on lui oppose comme moins clérical.

— ii6 —

V. est conçu dans les m^es termes. De quel argent s'agitil ? Dans la pensée du narrateur, il est parfaitement déterminé. A-t-il voulu parler de toutes les offrandes faites au temple depuis la dernière fois qu'on avait eu à faire des restaurations î Il est clair dans tous les cas que 2 R. XXII 4 il est question de t argent t\t/SrrT^ recueilli par les <* gardiens du seuil » pour l'œuvre qu'on allait entreprendre. Cela est évidemment supposé dans le récit des Rois comme dans celui des Chroniques. C'est pour cette raison qu'on commencera par établir le montant des sommes reçues et quon remettra celles-ci, intégralement, aux mains des directeurs des travaux.

Ce n'est pas le Chroniste, ce sont ses critiques inconsidérés qui se méprennent sur la portée de l'institution de Joas. Celleci avait consisté, nous le répétons encore, dans la substitution à la collecte des offrandes faite personnellement par les prêtres dans leurs districts respectifs, de la perception à faire désormais au temple. La comparaison du récit de 2 R. XII avec celui du ch. XXII dans le même livre le montre à l'évidence. Au premier endroit Joas n'avait pas dès l'abord donné mission aux gardiens du seuil ; ceux-ci n'entrent en scène qu'à la suite des nouvelles mesures prises par Joas. Ils ne furent préposés à la perception des offrandes qu'après que Joas eut signifié aux prêtres que dorénavant ils ne recueilleraient plus le tribut «* parmi leurs relations »» DD"'"©^ Tsï^^ (v. 8). Au ch. XXII, il n'est plus question pour les prêtres de recevoir l'argent T^yù r\t<'2 UJ^fc^, « chacun de son cercle » ; les gardiens du seuil sont supposés seuls compétents. La relation des Chroniques à son tour ne nous montre plus les lévites collectant l'argent dans les villes de Juda ; ici comme 2 R. XXII l'envoyé du roi vient se rendre compte de l'argent entré au temple, «< que les lévites gardiens du seuil avaient recueilli de Manassé et d'Ephraïm et de tout le reste d'Israël et de tout Juda et de Benjamin et des habitants de Jérusalem » (v. 9). L'innovation introduite par Joas fut fidèlement observée dans la suite, lorsque les circonstances réclamaient le paiement des contributions destinées à la restauration de la maison de Jéhova.

Les prêtres et les liévltes dans les doetÉmehts

préexi liens.

§ 1. Observations préliminaires .

Les données du livre des Chroniques sur les prêtres et les lévites préexiliens ne sont ]>as empruntées aux circonstances du temps de l'auteur ; elles ne sont pas une simple mise en œuvre des dispositions de la Loi. Elles ne peuvent être que l'écho des enseignements de l'histoire que l'auteur a recueillis dans des documents dont l'origine remonte, au moins indiréc* tement, à l'époque préexilienne. Nous concluons provisoirement de l'étude que nous en avons faite, qu'avant l'exil l'organisation du sacerdoce comportait la division des ministres du culte en deux groupes bien distincts : celui des prêtres proprement dits et celui des ministres de mng inférieur. Il faut en outre qu'à l'époque dont la situation se reflète dans les relations du livre des Chroniques, ces derniers jouissaient d'une grande considération ; qu'ils occupaient au point de vue religieux et social une position très élevée dans la nation ; qu'ils y exerçaient une influence continuelle et profonde. Il est manifeste que les documents utilisés par l'auteur du Midrasch, lequel servit de source aux Chroniques, eurent leur origine dans un milieu sacerdotal. L'intérêt marqué et prédominant qu'ils ne cessent de témoigner pour les choses du culte en fait foi. S'ils associent bien souvent les lévites aux prêtres de la façon la plus étroite, s'ils vont jusqu'à appliquer la dénomination de prêtres aux deux groui)es réunis des Aai^onides et des simples lévites, en général cependant la distinction y est suffisamment accusée pour prévenir toute confusion. Les Aaronides se distinguent de lem-s fi'ères les lévites par leur origine même. Certes, ils font tous partie de la même tribu ; mais au sein de cette tribu le sacerdoce proprement dit est héréditaire dans la seule descendance d'Aaron ; les autres membres, bien

que chargés eux aussi de fonctions importantes dans la célébration du culte, sont exclus du sacerdoce. Le lecteur ne pourra s empêcher de faire la remarque que, sous la plume d'un auteur aussi épris des institutions liturgiques, aussi conscient d'ailleurs de la distinction originelle et profonde entre les simples lévites et les Aîironides, aussi clérical, en un mot, que celui dont les écrits servirent, en cette matière, de source indirecte au Chroniste, l'association intime des ministres subalternes aux prêtres, telle que nous lavons caractérisée plus haut, n'a pu se produire que grâce à l'influence impérieuse d'un usage généralement reçu parmi le public. La manière dont les lévites sont traités ici nous avertit que la ligne de démarcation entre eux et les prêtres, pourrait bien se trouver moins nettement tracée dans d'autres documents, émanés, avant l'exil, de certains milieux plus étrangers au service de l'autel ; dans des écrits ou des discours adressés directement au peuple ou destinés à son usage. Plus d'une fois, dans la source sacerdotale même du livre des Chroniques, les lévites sont mis sur le même rang que les prêtres, leur service est désigné en des termes réservés par le code sacerdotal au ministère des Aaronides ; le nom même de prêtres leur est attribué. A plus forte raison et dans mie plus large mesure pourra-t-on rencontrer les mêmes phénomènes ailleurs.

Les livres des Juges, de Samuel et des Rois ne sont point, de par leur nature, appropriés à nous fournir des renseignements précis sur l'organisation du culte public aux époques auxquelles se rapportent les récits qu'ils renferment. Sans doute, en bien des endroits, il y est question d'actes de piété posés par les héros dont ils retracent l'histoire. Nous avons déjà eu à le constater ; et plus loin nous aurons encore à examiner la portée de certiiins faits qui se trouvent mentionnés ou racontés notanmient dans les parties relatives aux premiers siècles après l'établissement des Israélites en Palestine, pour arriver à une juste appréciation des origines du sacerdoce lévitique. Mais il n'en est pas moins évident que ces livres ont pour objet principal d'exposer la suite des événements

politiques qui marquèrent la vie de la nation ; que leurs auteurs n ont i^oint eu en vue d'instruire le lecteur en matière d'institutions ou de coutumes liturgiques ; qu'ils étaient même absolument étrangers aux préoccupations de ce genre. Ce qui résume pour eux tout le côté religieux de la vie publique d'Israël, c'est l'attitude du peuple dans la lutte entre Jéhova et les autres dieux ; la fidélité d'Israël envers Jéhova ou sa défection, voilà le grand objet qui absorbe toute leur attention. Dans le livre des Rois (à partir de 1 R. XII) ce point de vue se confond avec celui du droit exclusif du temple de Jérusalem en face des bâmôih^ présentées comme autant de sièges d'un culte idolâtrique et schismatique. La prospérité du peuple ou son malheur, ses succès ou ses revers, dépendront de son attachement au Dieu qui l'a fait sortir de l'Egypte, ou de sa coupable prostitution au culte des idoles sur les hauts-lieux. C'est là qu'est tout l'intérêt ; encore cette alternative n'est-elle d'ordinaire indiquée que par des formules générales. Nous trouvons çà et 1.^, mêlés au tableau des événements qui se déroulent suivant la trame de la succession des juges ou des rois, des épisodes pleins d'intérêt qui nous permettent d'arrêter un moment le regard sur la situation intérieure de la nation. Mais même alors ce n'est point le sanctuaire, c'est tel héros, c'est la foule, c'est la cour qui occupe l'avant-plan de la scène. Du prêtre il n'est question que dans ses rapports avec le monde profane. Nul ne s'attendra p. e à le voir intervenir dans Thistoire de Gédéon, de Jephté, de Samson. Même Eli et ses fils, qui semblent mis en si vive lumière, ne servent pourtant que d'introduction à Samuel et par Samuel à wSaûl ; Nob et ses prêtres sont pour le narrateur un détail de l'histoire de la rivalité entre Saûl et David. Abjathar et Sadoq ne nous apparaissent que dans le rôle qu'ils remplissent au service de David et de Salomon ; Joïada n'a pour fonction que de renverser Athalie et d'élever Joas sur le trône ; puis de servir d'auxiliaire à ce dernier dans le zèle qu'il témoigne pour la restauration de la maison de Dieu. Assurément, dans ces conditions, les données positives que les récits des livres des Juges ou des Rois

fourniraient touchant l'un ou l'autre point du sujet que nous traitons, auraient d'autant plus de valeur qu'elles seraient moins suspectes d'émaner d'un dogmatisme tendancieux. Mais il importe aussi de ne pas oublier qu'il convient ici de n'user qu'avec une réserve et une prudence toutes spéciales de l'argument négatif, tiré du silence des documents.

Ces observations ont été faites bien souvent ; elles s'imposent d'ailleurs à l'esprit le moins attentif, mais dans la pratique on n'en tient pas toujours suffisamment compte. Personne ne saurait critiquer Wellhausen de ne s'être point laissé arrêter par l'insuffisance des renseignements contenus dans le livre des Rois, pour attribuer aux prêtres du royaume du Nord une influence très considérable. Cette absence de données, comme il le remarque avec raison, s'explique delà manière la plus naturelle par le fait que l'auteur sacré vise surtout à mettre en relief l'action du prophète sur la marche de l'histoire d'Israël (i).

Pour ce qui regarde le clergé du royaume du Sud, le livre des Rois renferme plus d'un aperçu qui nous permet de mesurer la situation éminente que ce corps devait occuper au sein de la nation. Cependant ces aperçus, comme nous l'avons dit, sont purement occasionnels ; et si les détails manquent, cette sobriété d'information s'explique d'une façon analogue aux considérations que l'on peut faire valoir pour l'histoire du royaume de Samarie.

Les écrits des prophètes Amos et Osée, Isaïe et Michée, Jérémie, témoignent que de leur temps le culte se célébrait avec grande pompe et splendeur, qu'il prenait une place très grande dans la vie populaire. Les deux premiers parlent surtout pour les habitants du royaume du Nord ; mais il est facile de se rendre compte qu eux non plus ne perdent pas de vue Jérusalem et son temple. Les prophètes sont obligés de protester contre la confiance excessive et aveugle que le peuple place dans les manifestations purement extérieures de sa piété

(1) I^olegomena p. 135.

envers Jéhova, dans les fêtes solennelles, dans les innombrables sacrifices, dans la présence du temple et de l'autel. Il est inutile de rappeler ici ces passages de leurs discours. A leur propre point de vue, ils exigent avant tout la pratique de la vertu, la fidélité aux lois de la justice ; ils accordent cependant, dans le tableau idéal qu'ils tracent de l'avenir, une jilace considérable aux magnificences du culte. Israël lui-même constitue à leurs yeux « les j)rémices que Jéhova s'est choisies parmi sa récolte « (i). ** Si vous m'écoutez, dit Jéhova, et que vous ne portiez pas des fardeaux par les portes de cette cité le jour du sabbat et ne le violez par aucun travail,... l'on viendra des villes de Juda et des environs de Jérusalem et de la terre de Benjamin, de la plaine et des montagnes et du midi, apportant l'holocauste et l'offrande et l'encens et l'on viendra au temple offrir le sacrifice d'action de grâces « (2). De même qu'aux jours du prophète on arrive au sanctuaire, pour y accomplir les devoirs religieux, de toutes les villes du Juda (3) ; de même on viendra, quand l'épreuve aura purifié la nation coupable, se répandre en allégresse sur la montagne de Sion ; les foules aflBueront au siège de la bonté de Jéhova pour célébrer ses dons (4) ; elles apporteront leurs offrandes votives à sa demeure en chantant : Louez Jéhova des armées, car Jéhova est bon et sa miséricorde est éternelle ! (s). — Certes, les cantiques et les sons de la musique sacrée, les sacrifices et les holocaustes, n'empêcheront pas la justice divine de faire son œuvre et d'arracher à sa terre la nation prévaricatrice, comme au désert les sacrifices n'ont pas empêché Israël d'en rester exclu pendant quarante ans (6) ; car les troupeaux de bcjeufs et de moutons ne suffisent point à l'honneur de Jéhova (7) ; ce n'est point par

(1) Jér. II 3.

(2) Jér. XVn 24, s.

(3) ibid. XXVI 2.

(4) ibid. XXXI 12.

(5) ibid. XXXUI 11.

(6) Amos V 22-27. Voir notre dissertation Le lieu du culte p. 77 s. Cfr. Is. 1 11 88. Jér. VII 21 88. etc.

des hécatombes de taureaux, par des milliers de béliers et des myriades de torrents d'huile que Ton peut se procurer sa faveur ; ou ne l'obtiendrait même pas par l'offrande de son premier-né (i). Mais un jour, lorsque le repentir du peuple aura mérité le pardon de Dieu, la montagne du temple verra accourir, pour y présenter leurs hommages à Jéhova, non seulement comme nous lavons entendu, les habitants de Juda et de Benjamin, mais les nations elles-mêmes converties à sa Loi et à son culte (2).

Le livre des Rois, où Ion ne rencontre qu'incidemment l'une ou l'autre notice relative au culte célébré dans le temple (3), ne nous permettrait pas à lui seul de nous faire une juste idée du développement que devaient avoir pris, suivant les ])aroles que nous venons d'entendre, les institutions liturgiques. 11 n'est pas étonnant que les renseignements qu'il nous donne, en de rares occasions, sur la situation du personnel attaché au service du sanctuaire, soient eux aussi extrêmement maigres.

Si l'on fait abstraction des récits où l'auteur s'abstient même de mettre en scène les prêtres et où, en conséquence, on n'est point en droit d'attendre la mention des lévites inférieurs, il y a en réalité, dans la section des livres des Rois qui commence au ch. XII du T" livre (4), deux endroits où il y aurait eu lieu spécialement de voir apparaître ces derniers. C'est tout d'abord le passage dont nous avons déjà parlé plus haut (5), relatif à la restaui'ation du temple sous Joas 2 R. XII ; puis la description de la réforme de Josias, notamment au v. 4 et surtout au v. 2 du ch. XXIII, où nous lisons que le roi se

(1) Mich. VI, 6. Vr notre étude sur le Vœu de Jephté p. 13 s.

(2) l8. II 1 s., Mich. IV 1 ss. etc.

(3) Comme 2 XVI 15.

4) C'est à dire dans V Histoire des rois d'Israël et de Juda.

(5) pp. 101 ss.

rendit au temple, suivi des prêtres^ des prophètes (i) et du peuple entier. En ces deux occasions, pas plus qu'ailleurs dans toute la section en question des livres des Rois, les lévites ne sont point nommés, du moins sous ce titre. Ce qui est à remarquer en outre, c'est que 2 R. XII 10 les ministres chargés de la garde des portes du temple sont appelés wîOn '•H^TZÎ D'^sriSn : * les prêtres gardiens du seuil ". Aux chapitres XXII v. 4, XXIII v. 4, XXV v. 18 (2), les mêmes fonctionnaires sacrés sont désignés sous le titre plus simple CjOn "'■^MUi. D'autre part il semblerait d'après 1 R. XII 31, que ce soit l'origine lévitique, et non pas l'origine aiironienne, qui constitue le titre du sacerdoce légitime.

Chez les prophètes même silence sui* les lévites. Ici cependant ce silence est encore moins surprenant que dans le livre des Rois. Bien qu'ils parlent assez souvent des cérémonies du culte, les prophètes ne mettent généralement le prêtre en scène qu'en le considérant d'une manière abstraite au point de vue de sa situation morale vis à vis du reste du peuple. Lorsque Isaïe XXIV 2 proclame qu'au jour du châtiment le prêtre sera traité comme le peuple, le maître comme le serviteur etc., il n'y avait évidemment pas lieu de nommer les lévites. Or les textes des prophètes où il est question des prêtres, en laissant de côté ceux où il s'agit de personnages déterminés, sont presque tous analogues au passage que nous venons de rappeler. Il est évident que là où le prêtre ou les prêtres figurent dans le discours comme représentant l'institut des ministres du^ culte, soit en regard de l'ordre des prophètes, soit en opposition avec le peuple, les lévites aussi seraient à considérer éventuellement comme compris sous cette désignation (3). On pourrait d'autant moins s'étonner de voir les prêtres

(1) A rendrait parallèle des Chroniques nous lisons : .... des prêtres et des lévites .... (2 XXXIV 30)

(2) Cfr. Jér. LU 24.

(3) /*. XXVni 7 : Jér. L 1,18 ; H 8, 26 ; IV 9 ; V 31 ; VI 13 ; Vm 1, 10 ; Xffl 13 ; XIV 18 ; X VIU 18 ; XIX 1 ; XXHI 11, 33, 34 ; XXVI 7, 8, 11 ; XXVH 16: XXVm 1. 5: XXIX 1, 25 ; XXXI 14; XXXH 32; XXXIV 19; Osée IV 4, 9 ; V 1 ; VI 9 (ce prophète d'ailleurs vise surtout le royaume du Nord) ;

seuls nommés ea des occasions comme Is. XXXVII 2, Jér. XXIX 25, que le même phénomène s'observe, sans que personne y trouve le moindre sujet de surprise, chez Ajçgée II 11, 12, 13^ et Zacharie VII 3, 5, à une époque où les lévite» étaient sans aucun doute distingués des prêtres d'un rang supérieur.

Cependant, ici comme dans Y histoire des rois d^ Israël et de Juda, on relève à côté du silence des documents, un phéno* mène qui. apporte une donnée positive à 1 étude de notre problème. Jér. XXXIII 18 les ministres du culte sont caractérisés par lepithète de prêtres lévitiqueSy ce qui rappelle 1 R* XL! 31 ; et ce qui est plus digne d'attention encore, au v. 21 Tordre des termes est renversé et les lévites, c'est à dire les membres de la tiibu de Lévi, sont appelés prêtres ! Un assez grande nombre d'auteurs contestent l'authenticité, soit de tout le passage 14-26, soit en particulier des versets indiqués. Il nous semble que ceux-ci n'offrent aucun caractère de nature à lesrendre suspects. Que Jérémie y présente les sacrifices comme un élément de la restauration futuœ, la chose n'a rien d'étonnant ; il parle dans le même sens ailleurs des cérémonies du culte. Qu'il y mette en relief l'origine lévitique du sacerdoce, alors qu'il s'abstient de le faire dans tout le reste de son livre, encore une fois il n'y a pas lieu d'y trouver matière à une objection sérieuse. Dans les versets en question le prophète envisage précisément les prêtres sous un rapport tout spécial ; il 1^ considère dans 1 exercice do lem' ministère sacré ; sa parole prend en quelque sorte le ton de l'apothéose. Et quant au fait que Jérémie fut en lutte perpétuelle à Jérusalem avec les. prêtres de son temps, nous ne voyons pas que cela dût» l'empêcher do proclamer à l'occasion les titres de noblesse historiques du corps sacerdotal, d'autant plus qu'il en faisait lui-même partie.

Quoi qu'il en soit de l'authenticité de Jér. XXXIII 18^ 21,

^fich,U\. IL DAns les Lamentations ot chez JoH le point de vue est le

— ia5--

an passage que d'ailleurs il faut prendre en considération en toute hypothèse touchant son origine, les parties deutéronomiques de THexateuque offrent au môme point de vue un sujet d'étude particulièrement intéressant. La tribu de Lévi y est présentée comme appelée, dans iensemble, aux fonctions sacerdotales Deut. X 8, 9 ; voir encore XVIII 1 ss., XXI 5, XXVII 9, XXXI 9, XXXIII 8, 10. De distinction ente^ Mronides et autres lévites il ne semble pas y avoir de trace. De même que nous avons trouvé, au livre des Rois, le titre de prêtres donné aux >« gardiens du seuil y» , de même ici les « porteurs de l'arche « qui dans le code sacerdotal et dans les Chroniques sont des lévites, s'appellent prêtres; voir Deut. XXXI 9; /os. III 3 etc.

Malgré les réserves que nous avons formulées touchant la valeur de largument négatif que Ion pourrait tirer du silence des prophètes et de Thistoire des rois d'Israël et de Juda, contre l'existence, avant l'exil de Babylone, de l'institut des lévites distincts des prêtres ; il y a dans tous les cas ici un problème à éclaircir. Comment expliquer que dans les écrits dont nous venons de rappeler sommairement le témoignage, il ne soit question que de prêti^es lémtiques ou fUs de Lévi^ jamais de prêtres fils dAaron ; que les offices attribués ailleurs aux simples lévites sont ici remplis par des prêtres f

Nous avons suggéré à cette question une réponse appuyée sur les données du livre des Chroniques. D après les documents utilisés par Tauteur de ce livre, les lévites avant l'exil devaient avoir acquis des privilèges considérables. Leur prestige était tel que jusque dans les cercles ecclésiastiques d'où les documents en question sont issus, ils étaient traités avec autant d'égards que les prêtres aaronides eux-mêmes. Sans doute dans les récits des Chroniques la distinction entre les deux éléments du clergé est loin d'être effiicée. Mais conmie il a été dit plus haut, le rapprochement qui se manifeste ici devait tenir à une situation dont les indices ne pouvaient manquer de s'accuser plus franchement dans des écrits provenant de milieux plus pro&nes. La prédication des prophètes ne simpi-

rait pas assurément des préoccupations hiérarchiques des ministres du culte. Il est ceitain aussi que ce n'est point l'esprit sacerdotal qui anime les relations du livre des Rois. Quant au Deutéronome qui, à notre avis, subit vers la fin de l'époque préexilienne une rédaction nouvelle, à laquelle au reste l'influence des prophètes ne fut point étrangère, il est à noter pareillement que non seulement il s'adresse directement au peuple, mais que dans toutes ses prescriptions et recommandations relatives à la célébration du culte et aux devoirs religieux, il se tient constamment au point de vue populaire. Le Deutéronome est écrit pour le peuple et ne prête aucune attention aux affaires intérieures du clergé. A plus forte raison faut-il en dire autant des parties du livre de Josué que des liens spéciaux d'affinité littéraire rattachent au Deutéronome. Dans l'hypothèse que durant les derniers siècles qui précédèrent la captivité de Babylone on en était venu en dehors des sphères du temple, à assimiler pratiquement les lévites aux prêtres, à les confondre tous sous la dénomination commune de prêtres lévitiques, on s'expliquerait sans peine que cet usage eût été suivi dans les livres qui nous occupent.

Ce qui montre d'ailleurs, abstraction faite des indices relevés dans les Chroniques, que notre supposition touchant l'usage en question n'est point arbitraire ; c'est que certains récits, comme celui de la révolte et du châtiment de Qorah (iVbmbres XVI), nous ont en effet conservé le souvenir des difficultés que provoquèrent dans les rangs du clergé les envahissements ou les prétentions des lévites. Lors de la restauration ceux-ci se virent ramenés à la condition qui leur était assignée par la Loi. Ils ne cessèrent depuis lors, comme nous l'avons vu, de baisser en importance et en considération.

Ne serait-il pas étrange toutefois qu'il ne fût resté dans les livres de Samuel et des Rois, dans le Deutéronome ou dans d'autres écrits préexiliens, nulle trace de la distinction primordiale qui, malgré tout, subordonnait les simples lévites aux prêtres proprement dits ? Nous allons voir si les données de l'hifitoire répondent à cet égard aux prévisions.

§ 2. Les parties Jéhovistes et Elohistes de V Hexateuque.

Dans la législation du livre de l'alliance, il n'est fait aucune mention explicite des prêtres. La loi d'Ex. XX 24 ss. relative à l'autel de terre ou de pierres non taillées, ne vise point, comme nous l'avons exposé ailleurs, le culte public et oflBciel, à célébrer par l'entremise des prêtres. Elle règle les conditions dans lesquelles devaient s'accomplir les actes du culte populaire, — d'ordre domestique ou privé, — qui accompagnait toute immolation de bétail. L'usage en question remontait selon toute probabilité aux générations antérieures à la fcwrmation même du peuple hébreu ; on le retrouve chez d'autres peuples sémitiques. Nul animal, bœuf ou brebis, ne pouvait être abattu pour la consommation, sans que le sang en fût répandu sur un autel et que les parties grasses fiissent brûlées en l'honneur de la divinité (i). Lorsque le culte national iut organisé, l'arche d'alliance et son sanctuaire, son sacerdoce, son rituel modelé en certains points sur la coutume traditionnelle, vinrent en quelque sorte se superposer à celle-ci. L'antique institution continua à subsister à côté de l'institution nouvelle et à faire l'objet de la sollicitude du législateur. En regard du culte établi pour le sanctuaire de l'arche elle se trouvait dans un rapport analogue à celui de la vie des familles ou groupes de familles vis-à-vis de la nation. Du jour où s'ébaucha l'unité nationale des tribus, Jéhova apparut comme le Dieu souverain de tous les fils d'Israël ,* l'arche, symbole de sa présence, fut également sacrée aux yeux de tous ; sa demeure fut le centre religieux du peuple entier. Mais, nous le répétons encore, l'exercice local du culte domestique tel qu'il se pratiquait parmi des cercles plus restreints, n'en fut point supprimé du coup. 11 semble que certaines précautions furent prises en vue de prévenir toute atteinte au prestige du sanctuaire national. Il était prescrit que Tautel où, à l'occasion des immolations ordinaires, devait

(1) Lév. m 16-17 ; VII 22 ss. ; cfr. Le lieu du culte.... p. 35 ss.

se répandre le sang des victimes, serait fait de terre ou de pierres non taillées ; les proportions devaient en être modestes, il était défendu dy monter par des degrés. Parfois on se servait à cet effet d'une grosse pierre. La loi d'Ex. XX 24 ss., comme nous venons de le rappeler, ne suppose en aucune manière l'intervention du prêtre dans les actes qui s'y pratiquaient. Les recommandations renfermées en ce passage s'adressent manifestement et directement au peuple lui-même ; chacun est compétent pour s'approcher de l'autel de terre. Celuici n'exige point chez le ministre qui veut y officier, un caractère spécial, non plus que des vêtements distinctifs et sacrés. — Les autels affectés suivant leur destination primitive à l'immolation ordinaire du bétail, contribuèrent pour une bonne part à introduire ou à favoriser l'abus des sanctuaires idolâtriques et schismatiques des bâmôth. Aussi se trouvent-ils radicalement supprimés dans la législation que nous expose le Deutéronome dans sa forme actuelle.

Le livre de l'alliance renferme aussi des prescriptions qui se rapportent au culte public ou national. Ex. XXIII 14 ss. nous lisons la loi qui impose à tous les hommes en Israël l'obligation de se présenter devant Jéhova trois fois par an, aux fêtes solennelles des Azymes, de la Moisson et de la Récolte. Comme nous l'avons établi ailleurs (i), ces pèlerinages devaient se faire au sanctuaire de l'arche. Ex. XXXIV 18 ss. ils font encore l'objet de recommandations pressantes. Le législateur rappelle que Ton ne se présentera pas devant Jéhova « les mains vides » (XXIII 15, XXXIV 20) ; on apportera à la maison de Jéhova les prémices des fruits de la terre (XXIII 19, XXXIV 26). En un autre endroit (Ex. XXII 28) la même loi prémunit le peuple contre toute négligence à livrer «* sa plénitude et son jus « à Jéhova, c'est-à-dire k apporter au sanctuaire les redevances prélevées sur l'aire et le pressoir. — Ces prescriptions supposent la présence au sanctuaire, d'un clergé percevant les redevances en question pour les administrer et

(1) Lieu du culte p. 2 ss.

en jouir. Elles ne nous fournissent aucune donnée touchai^t l'organisation du sacerdoce. Ce n est point le rituel du culte, ce sont les obligations du peuple que le législateur a ici en vue.

Les livres de THexatenque et notamment l'Exode, renferment bien des récits, ne se rattachant ni au groupe deutéronomique, ni aux documents sacerdotaux, qui compensent à cet égard le silence du « livre de l'alliance «. Sans doute pour l'époque patriarcale, les traditions recueillies dans les relations bibliques ne mettent point en scène des prêtres spécialement appelés au ministère du culte. Ce serait s'abuser d'une manière étrange d'appliquer les traits sous lesquels est décrite la vie religieuse à cet âge reculé, à la période de l'établissement du peuple hébreu dans le pays de Canaan, après l'Exode. Les exigences de l'histoire aussi bien que la nature même des institutions, défendaient aux narrateurs de dater l'origine du sacerdoce organisé d'une époque antérieure à la formation du peuple. Le sacerdoce ne pouvait être envisagé par eux que comme TefBorescence et le couronnement de la, nation constituée. Aussi les mêmes récits qui nous montrent les patriarches du peuple Israélite offrant leurs sacrifices sans l'intervention du prêtre, ne font-ils point difficulté de nous parler, par exemple, des prêtres égyptiens. Rien n'empêche, à ce point de vue, que l'épisode du prêtre cananéen Melchisedeq, Gen. XIV, soit d'origine très ancienne. De même que les auteurs sacrés ont égard à la différence de pays et de peuples, de môme il n'était que juste qu'ils eussent égard, pour le peuple hébreu, à la différence des temps.

Au ch. XXXII V. 26 ss. de X Exode nous apprenons dans quelles circonstances la tribu de Lévi reçut la promesse de l'investiture des fonctions sacrées. Répondant à l'appel de Moïse, après l'incident du veau d'or dans le désert, tous les membres de cette tribu s'étaient rangés contre les Israélites coupables et avaient tiré une sanglante vengeance du désordre auquel ceux-ci s'étaient livrés. Dans la Bénédiction de Moïse Deut. XXXIII 8, 9, le lévite est loué pour avoir dit à son père et à sa mère : je ne vous regarde point ! pour n'avoir

point eu égard à son frère et n'avoir point connu ses fils. Généralement on est d'accord à établir un rapport entre la narration du ch. XXXU de l'Exode et le passage de la Bénédiction de Moïse que nous venons de rappeler. Mais le rapport n'est pas conçu de la même façon par tout le monde. Kuenen était d'avis que dans le récit de l'Exode, les vv. 25-29 se laissent le mieux comprendre comme une représentation sous la forme d'un fait sensible, de l'idée exprimée Deut. XXXI II ; et du coup comme préparation à la théorie deutéronomique touchant l'élection de la tribu de Lévi (i). Le morceau de l'Exode serait donc à placer pour l'époque de sa composition entre la Bénédiction de Moïse et le Deutéronome. Wellhausen partage cette manière de voir. Ex. XXXII 26-29 est conçu, dit-il, au point de vue deutéronomique (2). Ailleurs il fait observer que les vv. 21-29 doivent être pris et jugés en bloc ; il reconnaît en même temps qu'il n'y a aucune raison intrinsèque pour y voir une addition faite après cou]) (3). Les critiques s'entendent asse^ généralement pour nier l'harmonie entre les diverses parties du récit du ch. XXXI 1. Notre pas sage en particulier, dit-on, ne répond ni à ce qui précède, ni à ce qui suit.

Ce que nous tenons à faire observer pour notre part, c'est qu'en toute hypothèse sur la composition du ch. XXXI 1 (4)

(1) HCO. p. 240.

(2) Proleg. p. 142, 105.

(3) Compas, p. 94.

(4) Parlant de la section comprise aux vv. 21-29, Reuss écrit : « Ce paragiaphe n'est pas de Tautour qui a écrit les v. 7-14 où Moïse demande grâce pour le peuple ; il n*est pas davantage de la main de celui qui représente (V. 20) Moïse comme se contentant d'une punition beaucoup moins cruelle, qui i)arlera plus loin (v. 33 suiv.) d'une punition émanée directement de Dieu et qui (v. 32) lui met de nouveau dans la bouche une demande de pardon, absolument inconciliable avec la fureur qu'il déploie dans notre texte >» (LHist, S. et la Loi, in h. 1.). On peut lire des considérations analogues chez Wellh. Die Composition 1. c. et chez d'autres auteurs. — D'après notre récit Moïse avait obtenu de Jéhova, irrité contre le peuple, qu'il n'exécutât point la menace de destruction qu'il avait d'aboitl prononcée (vv. 7-14). Descendu de la montagne Moïse est témoin du culte sacrilège auquel on se livre. Il brise les tables de la Loi et pour témoigner son mépris de l'idole, pour faire

il est impossible de voir dans les vv. 21-29, un simple développement de Deut. XXXIII 9. L'auteur de la Bénédiction, d'après Wellhausen, met en relief, en ce dernier passage, l'idée générale, d'ordre purement moral, du détachement professé par les lévites exclusivement consacrés au service de Jéhova, à l'égard des affections naturelles les plus sacrées et les plus intimes. Mais on ne voit nullement comment cette idée aurait pu donner lieu à la conception d'un massacre des Israélites par les lévites. Ce n'eût point été là présenter l'idée morale sous la forme d'un fait sensible, mais la dénaturer complètement et taffaiblir au lieu de l'accentuer. Apprenons- nous au ch. XXXII de l'Exode comment les lévites ne considèrent plus ni père ni mère, comment ils n'ont plus égard à leurs propres enfants ? En aucune façon. Pour concrétiser une idée pareille dans un fait sensible, on aurait dû nous montrer un lévite, ou des lévites, prenant vis-à-vis des membres de leur propre famille l'attitude qui est attribuée dans notre récit à toute la tribu de Lévi vis-à-vis des Israélites coupables. Un fait de ce genre-ci ne peut avoir été inventé pour servir de commentaire historique à la parole de la Bénédiction de

sentir au peuple tout ce qu'il y avait d'aberration insensée dans sa conduite, il réduit le veau d'or en poudre, mêle les restes à de l'eau et fait boire ce mélange aux fils d'Israël (v. 20). Ceci n'est pas un châtiment, comme le croit Reuss ; c'est une mesure destinée à démontrer la vanité du prétendu dieu d'or. Aaron est invité à rendre compte de sa conduite (v. 21-24). Mais le peuple ne se soumet point. Moïse s'aperçoit *^ que la foule était sans frein ; car Aaron lui avait ôté le frein pour murmurer contre ceux qui lui résistaient »» (V.. 25). C'est alors que Moïse indigné, pour rétablir la discipline, rassemble autour de lui un noyau d'hommes fidèles Avec le concours des lévites il rétabUt l'ordre par une mesure d'une l'igueur extrême. Après ce châtiment Moïse intercède de nouveau pour le peuple ; c'est la gi-andeur du crime qui motive cette nouvelle démarche. Le pardon qu'il implore aux vv. 30-32 comme 7-14. ce n'est pas l'impunité, mais la préservation, le salut final du peuple coupable. Cette insistance de Moïse à demander à Jéhova qu'il n'inflige point à Israël une destruction complète, est de nature à faire sentir toute l'horreur du crime commis (v. 30). Le v. 35 ne forme point la suite au v. 20, comme Wellhausen incline à le croire. La punition rappelée au V. 35 est le massacre raconté dans le passage qui précède ; cette interprétation est parfaitement compatible avec l'attribution qui est faite à Jéhova lui-même du châtiment infligé à Israël (voir nos Obset^vations crit. su?' les récit» concernant Biléam p. 14). Les vv. 21 ss. rappellent absolument vv. 1 88. ; compai-ez d'autre pai^t les vv. 4 et 8, 1 et 7, XXXIII 1-2 et XXXII 34, 13.

Moïse. — Par contre, le fait étant supposé, on conçoit parfaitement que l'auteur de la Bénédiction en y faisant allusion et voulant à ce propos exalter la fidélité de Lévi envers Jéhova, ait renchéri sur les circonstances réelles, en prônant le détachement absolu, sans restriction aucune, des enfants de Lévi, à l'égard de tous liens naturels. En réalité, d'après le récit, les lévites n'avaient témoigné leur indépendance que vis-à-vis du lien qui unissait les tribus en une même nation ; dans le langage hyperbolique de la Bénédiction, cela pouvait devenir l'indifférence pour les liens domestiques les plus sacrés, du moment que la cause supérieure de Jéhova est en jeu. Le récit prêtait d'autant mieux à ce pompeux éloge, que dans l'ordre donné par Moïse, v. 27, il était dit aux lévites qui s'apprêtaient à faire justice et à rétablii* la discipline, d'égorger tout, « frères, amis et prochains », c'est-à-dire, suivant le commentaire très juste de Reuss : sans ménagement aucun, sans distinction de personnes. Au v. 29 également, où l'ordre de Moïse est rappelé, après la mention de l'exécution, en termes qui indiquent en même temps la récompense accordée aux lévites pour leur fidélité, nous lisons : « Et Moïse disait (i) : Remplissez votre main aujourd'hui pour Jéhova (2), serait-ce chacun en ses fils et en ses frères, afin d'attirer sur vous aujourd'hui une bénédiction ». — Que de fait Deut. XXXIII 9 suppose le récit de l'Exode, cela résulte, nous semble-t-il, très clairement des termes mêmes dans lesquels le verset est conçu. 11 n'y a j)as ici l'énoncé d'un principe abstrait, mais une allusion à un fait historique : ^ (ton homme fidèle) (3).... qui a dit

(1) Reuss.

(2) Témoignez votre dévouement généreux envers Jéhova.

(3) Les premiei*s mots de la Bénédiction de Lévi sont assez obscurs. Bickell a raison, croyons-nous, dans ses Carmina veteris TestamerUi metrice (1882), d'en appeler à la leçon des LXX. Celle-ci met hoi*s de doute, par le parallélisme entre les deux pi'emiers membres du v. 8, que le ■jn^'OH tf'^S « V homme pieuœ n, équivaut au collectif Lévi :

« Donne à Lévi tes Tummim et tes Vrimék ton lK>mme pieux.... ». Malgré

de son père et de sa mère : je n'y ai point égard ! qui ne considéra point son frère, ne connut point ses enfants ; mais qui (— les lévites) observèrent ton commandement et gardèrent ton pacte ». Le v. 8 venait déjà de rappeler, au sujet de la tribu de Lévi, un souvenir se rapportant à l'époque du séjour au désert. Au v. 9 il nest pas douteux qu'il y ait un écho d'un événement associé par la tradition aux mêmes circonstances historiques ; dans le second membre, ce n'est point la consécration de la tribu lévitique au service de Jéhova, mais sa fidélité au devoir qui est exaltée ; c'est en se montrant les observateurs zélés de la volonté divine que les lévites ont eu à manifester leur détachement des liens naturels. Ce renoncement n'est donc point proposé ici comme un caractère habituel de leur état ; c'est un acte posé par eux qui leur vaut l'éloge prononcé par Moïse. — Il est évident du reste que, comme note inhérente à la nature même de la vocation lévitique, il eût été excessif d'attribuer aux ministres du culte la conduite ou l'attitude austère décrite en notre passage. Comment et en quel sens comprendra-t-on que le lévite ait dû, par profession, à une époque antérieure au T siècle, pratiquer le renoncement à toutes les affections naturelles, n'avoir aucun égard à son père et à sa mère, ne point connaître ses frères, se détacher de ses propres enfants ? Il est diflBcile de se faire de cela une idée quelque peu arrêtée.

Nous pensons que quiconque envisage la question avec attention et sans parti-pris, partagera l'avis de Dillmann, à savoir que c'est le récit d'Ex. XXXlI 21-29 qui est visé Deut. XXXIII 9(1).

les objections que ron pourrait soulever contre la justesse des références qu'elles impliquent, il n'y a qu'une manière de comprendre les paroles qui suivent :«.... (ton homme pieux) qite tu as tenté à Massa^ avec lequel tu entras en dispute aux eaux de Meriba ; — qui a dit à son père.... »• etc. Jéhova tenta Lévi à Massa, lorsqu'il peimit que le peuple fit entendre des murmures contre Moïse, repi-ésentant de la tribu de Lévi (Ex. XVH 2-7) ; il entra avec Lévi en dispute aux eaux de Meriba, lorsqu'il porta contre Moïse et Aaron, représentants de la tribu de Lévi, la sentence d'exclusion de la terre promise (Num, XX 12, XX VU 14).

(1) Driver croit lui aussi que l'auteur de la Bénédiction a voulu faire allusion au rédt de l'Exode (Deuteronom^ p. 401).

Il faut en conclure qu'avant l'époque à laquelle remonte la composition de la Bénédiction de Moïse, donc en toute hypothèse avant le septième siècle, la vocation et la compétence spéciales de la tribu de Lévi pour le service du culte, étaient d'institution publique reconnue.

Dans le récit de l'exploit accompli par les lévites, l'ordre de Moïse est répété, au v. 29, en ces termes, suivant la traduction que nous avons adoptée tout à l'heure : «* Remplissez vos mains pour Jéhova, serait-ce en vos fils et i^os frères,.. ». La formule remplissez vos mains en ce jour pour Jéhova,., est analogue à celle qui sert à signifier la consécration des prêtres. L'application spéciale qui en est faite en ce dernier cas devrait son origine, d'après une opinion plausible, à une action symbolique qui accompagnait l'investiture ou l'initiation des nouveaux prêtres ; on leur remplissait la main en leur remettant une offrande à déposer sur l'autel (i). Ce serait donc la consécration à l'office sacerdotal proprement dit, au ministère de l'autel, qui serait à la rigueur signifiée par notre formule. Eston en droit d'en conclure qu'au ch. XXXII de l'Exode tous les membres de la tribu de Lévi qui ont pris part à la répression des Israélites coupables, reçoivent la promesse ou l'investiture du sacerdoce ? (2) Nullement. Il est à considérer que la formule en question a pu être et a été en effet appropriée par extension à signifier en général une consécration quelconque au service du culte. Ezéchiël 43, 26 va jusqu'à dire que durant sept jours << on remplira la main « à l'autel. Ensuite dans le passage qui nous occupe, il n'est pas précisément question de << remplir la main aux lévites r» . Ce sont les lévites eux-mêmes que Moïse engage « à 5e remplir la main w pour Jéhova (3). Ces termes ne doivent pas nécessairement s'interpréter comme équivalents à l'expression technique fréquemment employée pour signifier rinitiation des prêtres ; ils peuvent très bien s'entendre d'un

(1) Cfr. 2 Chron. XUl 9. — Voir plus loin.

(2) Dillmann — Ryssel p. 370 ; Wellh. ProL p. 142.

(3) Cfr. cependant 1 R. XIII 33. — Klosterm. comprend le roi comme sujet in 1. «

don quelconque à offiir en hommage à la divinité (i). Dillmann donne de notre v. 29 le commentaire suivant : « Préparez un sacrifice (en vue de recevoir l'investiture sacerdotale) ; car, un homme contre son fils et son frère ! voilà la devise que vous avez suivie et qui est exigée au service de Jéhova ». — Nous doutons que ce commentaire puisse trouver beaucoup de partisans. Moïse se serait exprimé d une façon par trop énigmatique en énonçant l'idée que lui prête Dillmann, en ces termes : « Remplissez vos mains pour Jéhova ; car : un homme contre son fils et son irère ! « A notre avis Reuss a mieux compris le passage en y voyant une répétition de Tordre donné par Moïse aux lévites avant le massacre. Cette répétition s'explique d'une manière très naturelle, l'auteur y trouvant le moyen de rattacher à la fidélité de Lévi et de mettre en relief la bénédiction dont cette tribu privilégiée fut l'objet. Ensuite les termes dans lesquels l'apostrophe de Moïse est conçue sont mieux respectés dans la traduction que nous en avons proposée ; la préposition D devant *03 et VHH a pour fonction d'indiquer la chose dont les lévites doivent « se remplir la main » envers Jéhova, qu'ils doivent lui donner : au besoin ils donneront à Jéhova leurs fils et leurs frères, en les immolant pour défendre son honneur et accomplir sa volonté. « Moïse disait : Montrez-vous généreux envers Jéhova, fiit-ce chacun en (lui livrant) son fils et son fi*ère ! «

On ne peut donc trouver dans la formule du v. 29 une preuve ou un indice que les lévites y seraient indistinctement envisagés comme appelés au ministère de l'autel (2).

D'autre part, dans les textes que tous s'accordent à considérer comme appartenant à des documents^ pré-deutéronomiques de l'Hexateuque, Aaron et sa famille remplissent déjà un rôle éminent et dont le privilège du sacerdoce rendrait très

(1) 1 Chron. XXIX 5.

(2) Contre Baudissin p. 59 s.

bien compte. Ex. IV 14 Aaron, en regard de son frère Moïse, est appelé le lévite, un titre équivalent, dans les cirœnstances où il se présente, à celui de chef de tordre ou de la tribu lévitique. Certes Aaron ne se distingue pas toujours par une conduite également glorieuse. Au ch. XXXII de l'Exode dont nous venons de parler, c est lui qui avait présidé à l'érection et au culte du veau d'or (vv. 1 ss.). On a cru reconnaître en cet épisode, non seulement la condamnation de la taurolâtrie qui se pratiquait dans le royaume du Nord, mais l'attestation du fait que les prêtres de Samarie rattachaient leur origine à Aaron. C'est comme ancêtre prétendu de ce clergé idolâtre, que le frère aîné de Moïse serait ici exposé au blâme du chef de la nation et à la manifestation de la colère divine (i). Que les prêtres de Samarie fissent remonter leur généalogie à Aaron, ce serait là un témoignage important rendu à la tradition biblique. Aaron comme souche de Tordre sacerdotal ne serait donc point une invention d une époque récente ; il aurait été reconnu en cette qualité depuis des temps reculés. On comprendrait que les prêtres de Samarie se fussent prévalus d'une origine constituant, à l'époque où ils se l'attribuèrent, un titre de légitimité. On ne comprendrait point que plus tard les prêtres de Jérusalem eussent adopté comme ancêtre un personnage que la tradition judéenne elle-même leur aurait simplement appris à considérer comme le tjrpc et le père d'une race schismatique et réprouvée. Les théories où l'on prétend expliquer comment cette transition se serait accomplie (4), se condamnent suffisamment elles-mêmes par leur caractère chimérique et par les contradictions auxquelles elles amènent leurs auteurs. Au reste le récit du ch. XXXII, s'il nous montre Aaron dans son rôle de prêtre, abusant de l'influence que sa dignité lui confère, est loin de le traiter comme représentant attitré du clergé de Samarie. C'est le peuple et non pas Aaron qui s'attire le courroux de Jéhova (vv. 7 ss.) ; dans les reproches mêmes

(1) Kuenen H. C. 0. 1 p. 238 — Cet auteur considère Fépisode du veau d'or comme une addition judéenne faite à Ë, lequel serait d'origine Israélite.

(2) Qu'on lise Oort De Aaronieden (Theol. Tijdseh. XVIII p. 289 ss.).

qu'il lui adresse, Moïse semble ménager son frère coupable, il attend de lui une justification ou une explication de sa conduite (v. 21) ; Aaron présente des excuses qui impliquent un désaveu de lacté qui vient d'être commis (v. 22 ss.). Ceux qui prêtent à notre récit l'intention de viser la corporation sacerdotale de Samarie, devraient l'interpréter en ce sens que, d'après Ex. XXXII, les prêtres du royaume du Nord furent d'avance reniés au désert par celui-là même dont ils prétendaient descendre. Ils devraient reconnaître dans l'histoire du veau d'or une critique, n'admettant la faute du premier prêtre que pour mieux faire ressortir, par l'aveu même qu'il en fit, la conduite criminelle des prêtres idolâtres. Aaron resterait le prêtre, mais non pas le patron du culte et du clergé de Samarie. Michée VI 4, pour ne point parler de 1 Sam. XII 6, 8 ou des autres éléments prédeutéronomiques de THexateuque, montre bien d'ailleurs qu'aux yeux de la tradition judéenne Aaron était autre chose que l'ancêtre des prêtres du royaume du Nord.

En tels endroits du Jéhoviste, dit Wellhausen, Aaron (Ex. IV 14, XXXII 1 ss.) et Moïse (Ex. XXXIII 7-11, Deut. XXXIII 8) sont tenus pour les pères du clergé (i). Moïse ne figure sans doute ici que pour empêcher Aaron d'occuper la place à lui seul. Deut. XXXIII 8 les Urîm et Tummîm ne sont point attribués à Moïse (2) ; ailleurs Wellhausen exprime l'avis que dans le passage en question les instruments de l'oracle « sont encore le véritable et universel insigne de l'ordre sacerdotal » (3) ; Tune de ces deux interprétations est aussi gratuite que l'autre. Quant à Ex. XXXI II 7-11, le rôle rempli par Moïse comme confident de Jéhova, comme organe des volontés divines vis-à-vis du peuple, est sans doute, de sa nature, d'ordre sacerdotal. Mais chez le Jéhoviste, pas plus que dans le code sacerdotal où Moïse est investi de la même prérogative, il n'est permis d'en conclure que celui-ci réalise

(1) Prolegomena p. 142.

(2) Cfr. Gort 1. c p. 319.

le type du prêtre. Cette prérogative lui est attribuée à titre extraordinaire en sa qualité de fondateur des institutions nationales (i).

Dans les récits touchant la mission de Moïse à la cour de Pharaon et les plaies d'Egypte, il est souvent fait mention d'Aaron. On admet généralement que même dans les parties jéhovistes ou élohistes de ces relations, Moïse se présente accompagné de son frère. Nous ne nous attarderons pas à un examen inutile de la composition et de lorigine des ch. IV ss. de TExode. Contentons-nous de rappeler que dans les passages attribués au code sacerdotal, aussi bien que dans les autres, Aaron figure comme le porte- voix de Moïse (VII 1 ss., coll. IV 14 ss., 16) (2). Aaron fut choisi en vue de son ministère futur, quand Jéhova lassocia à Moïse pour lui servir d'organe devant le peuple et devant Pharaon.

Nous avons entendu tout à l'heure que, Ex. IV 4, XXXII 1 ss., Aaron est désigné et figure comme prêtre- Ces passages sont attribués par la critique tantôt au Jéhoviste, tantôt à TElohiste (3), A côté du nom d'Aaron nous lisons ceux de ses deux fils Nadab et Abihu dans un passage, Ex. XXIV 1, 9, que Kuenen attribue en partie à l'Ëlohiste (4) de même que Wellhausen (5), et Dillmann-Ryssel au Jéhoviste (e). Nous lisons ici que Jéhova convoqua sur le Sinaï Moïse, Aaron avec ses deux fils Nadab et Abihu, et les soixante-dix Anciens. Ce sont les représentants de la nation. A côté de Moïse et des Anciens, Aaron et ses fils représentent le peuple en leur qualité de prêtres. On se demande en vain à quel titre Nadab et Abihu se trouveraient ici associés à leur père, si l'auteur ne les avait considérés comme partageant ses fonctions et sa

(1) Sur le l'Ole de Moïse comme prêtre, voir Ex. XXIX 10-28. Lev. VIII 14- 29 : coll. Ps. 99, 6.

(2) Cfr. Baudissin Gesch. des Altt. Priest. p. 62.

(3) W. les attribue à TEloh. dans Die Comjwsitmi des Hex. p. 198 s.

(4) 1. c. p. 139, cfr. p. 150, 322.

(5) Ou plutôt, Ex. XXIV 1, 2. 9-11 sont d'après W. une addition à rElohiste 1 c. p. 91.

(6) Eœ.-Lev. p. 285.

dignité. Il est vmi que suivant la tradition, comme nous l'apprendrons aussitôt, Aaron avait d autres fils ; mais les relations sacerdotales, dans lenumération qu elles en font, nomment elles aussi Nadab et Abihu en première ligne, comme les aînés (Ex. VI 23, Num. XXVI 60, III 2). Le privilège dont ils jouissent Ex. XXIV s explique donc sans aucune peine. — Jos. XXIV 33 nous donne la succession Aaron- Eléazar-(Pinohas). Le passage est attribué à TElohiste : « chez TElohiste aussi Aharon le lévite figure comme le prêtre aux côtés de Moïse (Ex. IV 14, XXXII), et Eléazar ben Aharon comme le prêtre aux côtés de Josua (Jos. XXIV 33) » (i). Comment se fait-il qu'Eléazar se trouve en cet endroit rattaché immédiatement à Aaron, comme son fils et successeur, et que de Nadab et d'Abihu il ne soit tenu aucun compte ? Le code sacerdotal présente le même phénomène. Nadab et Abihu sont les fils aînés d'Aaron ; mais les prérogatives conférées au père se transmettent dans la double lignée de ses deux autres fils Eléazar et Ithamar. La raison ici en est très simple. Au ch. X v. 1 s. du Lévitique nous apprenons que Nadab et Abihu ayant transgressé, en otïrant lencens, les règles prescrites, furent punis de mort. Les données d'Ex. XXIV rapprochées de Jos. XXIV 33 (Deut. X 6), ne supposent-ils pas une explication analogue { Nous entendrons un peu plus loin qu'au commencement de Tépoque des rois les membres de Tordre sacerdotal étaient partagés en deux races ou deux maisons. L une comprenait les fils d'Eléazar (1 Sam. VII 1; et était représenta par Sadoq sous David et Salomon ; de l'autre nous retrouvons dans le premier livre de Samuel les noms connus de Eli, Achimeiek ou Achija (s) et Abjathar. Dans la tradition ancienne Eléazar nous est présenté conmie l'héritier privilégié d* Aaron ; suivant cette même tradition, la lignée d'où Eli et ses descendants étaient issus ne [louvait donc, selon ioaU: vraiw^mblance, se ramener à la souche commune, élue en Egypte (1 Sam. II 27)» par le moyen d'Eléazar lui-même ou d'un frère aine d'ELéazar.

(1) Wemi. CompoMitUm p. 196 s.

i2) Voir plus loin.

L'enseignement du code sacerdotal qui divise la descendance d'Aaron en deux lignées, celle d'Eléazar et celle d'Ithamar, ne saurait être d'origine très récente et il n'y a pas lieu de reprocher à l'auteur des Chroniques de l'avoir arbitrairement appliqué à l'histoire préexilienne.

Au ch. XVIII V. 12 de l'Exode, Aaron en compagnie des Anciens, prend part aux sacrifices de Jéthro.

Ex. XXIV 5 il est raconté que Moïse, à l'occasion de la lecture solennelle du « livre de l'alliance «, fit célébrer des sacrifices sur un autel élevé au pied de la montagne. Il députa pour remplir les fonctions sacrées les bmÎD^ ''Si ''*IS3. Déjà les anciennes versions voient dans ces « neârîm des enfants d'Israël j» \&% jeunes gens, toùç veavt^xxouç twv ulwv lo-paT^X (LXX), juvenes de filiis Israël (Vulg.). Les commentateurs et les historiens modernes suivent encore la même exégèse (i). Baudissin rapproche de ce passage la parole d'Ex. XXII 28 où Jéhova ordonne au peuple d'Israël de « lui donner les premiers-nés de ses fils » (2). Nulle part, dit-il, dans le livre de l'Alliance il n'est question du rachat du premier-né de l'homme. Mais nulle part non plus dans la Bible on ne trouve la trace du sacerdoce exercé par le fils aîné. Il est bien vrai que d'après la Loi les lévites sont consacrés à Jéhova à la place de tous les premiersnés ; mais il n'est pas dit ni insinué que c'est comme remplaçants des premiers-nés qu'ils reçoivent pour mission l'exercice des fonctions sacrées. Au reste le contexte montre suffisamment que dans Ex. XXII 28 il s'agit de tout autre chose que de l'investiture des prêtres. D'autre part les termes de la notice d'Ex. XXIV 5 ne permettent pas de croire, nous semble-t-il, qu'il s'agisse en cet endroit des fils aînés des familles, ou en général des ^ jeunes gens » . Les neârîm visés sont des fonctionnaires dont la mission répond à une institution établie ;

(1) Su hatte damais (vor Mose) jedes Haus g^ern seineneignen Priester. .. jaoigere unschuldige Knaben (!) scheint man fUr die tauglichsten gehaiten zu haben (Ewald Dîe Alterthûmer des V. I Zw. Ausg. 1854 p. 301). L'auteur cite Ex. XXIV 5, coU. Jud. XVH 7-13, XVUI 3.

ce sont « les » ne' àrîm (bsnîïr ''33 ■**iy 3 PR) qui sont chargés doflrir les sacrifices. La description de la scène défend de supposer qu'ils fussent en grand nombre. Les victimes sont immolées sur un seul et même autel, à l'occasion d'une cérémonie déterminée. Moïse reçoit la moitié du sang dans un vase, afin d'en asperger le peuple, il répand le reste par terre. . Peut-on s'imaginer que l'auteur ait songé en l'occurrence à un office rempli par les jeunes gens du peuple, sans distinction ? La manière dont il les désigne nous obligerait à lui prêter l'avis que tous les jeunes gens avaient été convoqués pour prêter leur concours à la solennité, en qualité de sacrificateurs. Une pareille supposition ne cadre en aucune façon avec les circonstances de la scène décrite, ni avec le contexte. Les burivr ^33 "^tM sont simplement les ministres des fils d Israël. Ce sont les prêtres, les sacrificateurs dC office^ qui sont nommés ainsi. Et ils pouvaient l'être, soit en un sens absolu comme ministres du culte constitués parmi les enfants d'Israël^ soit comme serviteurs du peuple dans la célébration du culte divin. C'est ainsi à notre avis, que dans 1 Sam. II 13, 15 la construction 'iHiDn "^3 nous oifre le second de ces deux termes en apposition au premier. Il ne s'agit pas ici du serviteur du prêtre, mais du prêtre lui-même ; c'est manifestement en son propre nom et à son propre profit que le "inDri 13?3 agit ; c'est le même sujet aux vv. 13, 14 qui est appelé tantôt ^TOH "V3 tantôt "jrDn (i). Au v. 17 les D''"^3 sont les fils de Eli et ce nom leur est donné non pas à raison de leur âge, mais à raison de leur ministère, conformément à la terminologie des vv. 13, 15, où l'expression signalée ne peut signifier autre chose que le ministre-prêtre. Il n'est pas nécessaire, en ces deux derniers versets, de considérer ^niDn comme étant au génitif ; ce terme peut avoir ici la valeur d'un attribut ; l'absence d'article devant

(1) Lorsque le "pST^ "tIP3 demande, au v. 15, •* de la viande crue à cuire pour le prêtre « ce dernier ne représente pas un siget distinct, comme le membi*e suivant et le v. 16 le montrent. Le prêtre à rendroit en question n'est qu'un terme abstrait. Le principe du droit du prêtre en général est impliqué dans la demande, comme justification.

le nom principal est un phénomène qui se présente encore ailleurs dans des conditions analogues (i).

Nous croyons quEx. XXIV 5, aussi bien que IV 14, XXXII, XXIV 1, 9, etc., il est supposé que dès avant la vocation de la tribu de Lévi, le culte de Jéhova avait ses ministres attitrés.

Cette manière de voir ne serait que plus plausible si l'on pouvait affirmer, à la suite de Wellhausen (2), que le passage Ex. XXIV 3-8 appartient à la même source (J), que XIX 20- 25. Ici il est à deux reprises question des prêtres^ des prêtres qui s'approchent de Jéhova (vv. 20, 24). Sous la plume d'un auteur qui met expressément en scène « les prêtres », il ne saurait être douteux que les bH"^to'' "*3n ■'1]?3 mentionnés XXIV 5 soient en réalité à identifier avec ces derniers. Rien n'indique du reste que les prêtres d!Eœ, XIX 22, 24 soient en général les lévites. L'état fragmentaire de la notice en question, à laquelle on ne trouve pas de suite dans les récits environnants, nous empêche de reconnaître avec certitude le caractère du sacerdoce dont l'institution y est supposée. Au v. 24 Aaron est appelé sur la montagne avec Moïse, tandis que les prêtres et le peuple devront se tenir à distance. Bien que pour la circonstance Aaron soit mis en opposition avec les prêtres^ il y a cependant dans ce rapprochement même une donnée digne d'attention. La mesure formulée en cet endroit nous rappelle Ex. XXIV 1, 2 où Jéhova dit à Moïse : « Monte vers Jéhova, toi et Aàron, Nadab et Abihu et soixante-dix des Anciens et vous adorerez de loin ; Moïse seul s'approchera de Jéhova et eux ne s'approcheront pas, et le peuple non plus ne s'approchera point avec lui ». Il y a un parallélisme réel entre XIX 22 ss., et XXIV 1, 2, malgré la différence de version touchant Aaron. I^a comparaison des deux passages est de nature à confirmer l'identification des prêtres mis en scène dans le premier, avec les fils d' Aaron. Notons à ce propos que

(1) Wynkoop-van den Biesen, Hebt^ew Syntax 1897 p. 20.

(2) Composition des Heœat, p. 90.

Kuenen (i) et Dillmann-Ryssel (2) entre autres, rapportent en effet à la môme source les passages Ex. XIX 20-25 et XXIV 1,2,9-11.

Au reste les documents prophétiques de THexateuque connaissent si bien un sacerdoce organisé, qu'Ex. XIX 6 le peuple dlsraël est appelé par métaphore un royaume de prêtres ; cette expression équivaut dans le contexte à celle de peuple saint, d'héritage divin pris d! entre tous les peuples (vv. 5, 6).

Nous avons dit plus haut que dans la relation sacerdotale aussi, Aaron paraît aux côtés de Moïse, déjà avant l'Exode, comme préludant tout au moins à ses fonctions sacerdotales. Sans doute Ex. XXVIII 1 et ailleurs dans la suite, nous apprenons qu'Aaron et ses fils durent être solennellement consacrés au ministère du tabernacle. Mais cette investiture nouvelle, motivée par l'institution du sanctuaire et l'organisation du culte qui devait s'y célébrer désormais, ne saurait servir à prouver qu'aux yeux de l'auteur Aaron n'était point attaché au service de Jéhova avant sa consécration. Sa lutte avec les devins et les sages de l'Egypte, la victoire qu'il remporta sur eux, sont la glorification du sacerdoce Israélite.

Les considérations auxquelles nous ont amené les textes examinés dans les pages qui précèdent, montrent que les parties antédeutéronomiques de l'Hexateuque connaissent un clergé chargé au sanctuaire national, de l'administration des choses du culte (Ex. XXIII 14 ss.) ; elles connaissent la prérogative accordée à la tribu de Lévi (XXXII 26 ss.), et le rang spécial qui, au sein de la tribu, revient à Aaron et ses

fils.

Le lecteur aura remarqué que nous ne sommes entré dans aucune discussion au sujet de la distinction et de l'âge relatif des sources dont nous avons tâché, dans le présent paragraphe, de recueillir et d'inteiprôter les témoignages. C'est à dessein

(1) Hist, Crit. Ond. p. 150, 322 (JE).

(2) Eœ.'Levit. p. 217, 285, 287 (nach J). — Sur Ex. XXIV 1 le commentaire de Dillm.-Ryssel dit : Aaron mit Nadab und Abihu... stellen die Priester dar... {Sam, fUgt hier und v. 9 Eleazar und Ithamar hinzu).

que nous nous en sommes abstenu, tout d abord parce que l'examen du problème nous avait donné la conviction qu'il nous aurait été au moins aussi difficile qu'à d'autres d'arriver à un résultat satis&isant ; ensuite et surtout parce que, pour l'objet que nous avions en vue, la chose était entièrement inutile. Certains critiques, tels que Baudissin, ont essayé de faire une répartition des textes suivant l'attitude qui y est observée à l'égard de l'institution du sacerdoce. Le système le plus simple, d'après cet auteur, serait d'attribuer à J : Ex. IV 14 ;

XIX 22, 24 ; XXXII 26 ss., coU. XXIV 1, 9 ; — à E : Ex.

XX 24, XXII 28, XXIV 5, XXXIII 11 ; dans ces conditions, Éyoute-t-il, J supposerait un sacerdoce établi, d'origine lévitique, tandis que Ë n'aurait point connaissance d'un ordre sacerdotal (i). Le procédé est sans doute d'une simplicité extrême ; mais c'est ce qui en fait le défaut. Nous rappelons tout d'abord, pour ce qui est des passages mis sur le compte de J, qu'Aaron et ses fils ne seraient point ici à confondre avec les lévites en général. D'après Ex. IV 4 Aaron est le chef de l'ordre lévitique ; Ex. XXIV 1, 9 lui associe d'une manière spéciale ses fils (aussi bien que Jos. XXIV 33) («) ; les prêtres mentionnés XIX 22, 24 seront à identifier avec ces derniers. Le sacerdoce est établi et existe au sein du peuple avant que la tribu de Lévi ait reçu la promesse de sa vocation XXXII 26 ss.

Quant aux notices dont Baudissin fait honneur à E, Ex. XX 24 n'a aucun rapport avec la question, puisqu'il y est parlé, non pas du culte officiel et national à célébrer par l'entremise des prêtres, mais du culte populaire qui était de la compétence de tout le monde et qui, dans le code sacerdotal lui-même, est parfaitement distingué du premier (3). Ex. XXII 28, il s'agit de l'offrande, de la consécration que l'on doit faire à Jéhova de tous les premiers-nés ; c'est une opinion sans aucun fondement que ces premiers-nés seraient ici appelés au

(1) Altt. Priesterthum p. 60.

(2) Voir plus haut.

(3) Voir notre étude sur Le lieu du culte dam la légUl. rit. des Hébreux.

sacerdoce. Nous avons vu pour XXIV 5, où il n'est d'ailleurs pas dit un mot des premiers-nés, que les bHito'' *3n ^'\VZ y sont manifestement des fonctionnaires, des ministres ou desservants supposés connus, et que rien n'empêche que les prêtres fussent désignés de cette manière. 1 Chron. XII 28 Sadoq est appelé *^r, non pas, semble-t-il, à raison de son âge, puisqu'il reçoit en même temps le titre de b'^n 11^3 homme puissant, et qu'il figure à la tête de sa famille ou de sa race qui comprend vingt deux princes. — Dans Ex. XXXIII 7-11, Josué nous est présenté comme accompagnant Moïse au tabernacle et même comme y montant la garde. Mais dans cette notice, encore une fois, il est impossible de découvrir un argument sérieux à Tappui de l'opinion de Baudissin. Le rôle attribué à Moïse en cet endroit, nous le répétons, est le même qu'il remplit dans rOhel-Moed du code sacerdotal, en parfaite harmonie avec les fonctions qu'Aaron et ses fils sont appelés à y exercer (i). Quant à Josué, il accompagne Moïse et reste dans la tente, non pas en qualité de prêtre ou à l'effet de s'y livrer à des actions quelconques ayant un caractère sacré, mais simplement comme aide et serviteur de Moïse (2),

(1) Ex. XXV 22, XXrX 42. XXX 6, Lév. passim. Num. VII 89 etc.

(2) Certains récits du Pentateuque nous donnent du tabernacle de Valliance une l'eprésentation qui semble bien différente de celle des documents sacerdotaux. Les notices en vue, qui sont attribuées par la critique à TElohiste, sont Ex. XXXIII 7-11. Num. XI 16, 24-30, XII. Le problème soulevé par ces passages est ti'cs complexe. Il n'est pas à nier qu'ils présentent certains caractères communs parfaitement reconnaissables. Peut-être, toutefois, n*a-t-on pas suffisamment tenu compte, pour une exacte détermination (le Tétat de la question, de certaines autres données qui peuvent ici avoir leur prix, a) On sait qu'Ex. XVI 32-.34, faisant partie du récit sur la pluie de la manne et des cailles, se trouve en dehors de sa place naturelle ; le tabernacle du code 8acei*dotal y est déjà supposé ; à) de même Num. XI 1-32 où est i-acontée la seconde pluie des cailles et l'institution du conseil de 70 Anciens, devrait figurer avant Ex. XVIII, 12 XXIV, 1, où ces 70 Anciens sont déjà supposés connus, puisqu'ils y sont associés tantôt à Aaron, tantôt à Moïse et à Aaron avec ses fils, comme représentants du peuple, c) Ajoutons à cela que Deut. IX 22. le fait raconté Num. XI 1-3 se trouve rappelé avant celui qui est raconté Ex. XVII 7. — 11 n'est pas supposé Ex XXXIII 7-11 que le tabernacle mentionné en cet endroit serve déjà d'abri à l'arche ; non

§ 3. Les livres historiques.

Nous allons, dans ce paragraphe, ajouter quelques observa-

seulement Tarche n*y fait pas Tobjet de la moindre allusion ; mais, tandis que d*aprôs cette relation, comme d*après les passages Num. XI, XII. le tabernacle est situé hors du camp, TElohiste dit aiUeurs que V arche se trouve au milieu du camp Num. XIV 44 ; c'est une tournure familiôi*e à r£lohiste de présenter Jéhova comme se tenant « au milieu d'Israël *• (Kuenen, H. C. 0. p. 151). Ne pourrait-on inférer de ces rapprochements, en présence des interversions signalées tout-à-l'heure, que les passages relatifs au tabernacle situé hors du camp, sont antérieurs â ceux qui supposent la présence de Tarche ? L*ordre à établir parmi les récits pourrait se concevoir ainsi :.... Ex. XV, XXXIII 7-11, XVI 1, Num. XI 1 32 XII, Ex. XVII.... ; — (...Num. X), Ex. XVI 2-36, Num. XI 33-34, XIII.... Au ch. XI des Nombres les vv, 66-9. concernant la manne, proviennent de la Réd. comme Dillm. Tadmet à partir du V. 7. Cette addition a été occasionnée par Ex. XVI. L'usage de la manne étant déjà reçu, suivant la disposition actuelle des documents, il ne fallait pas que le peuple eût Tair de n'en tenir aucun compte. La substitution de Num. XI 1-32 à Ex. XVI 2-36 et vice-versa se justifie par l'analogie que présentent l'objet et les circonstances des deux narrations ; on s'explique ainsi que dans Ex. XXIV 1 (Ëlohiste) les 70 Anciens sont supposés connus, alors que Num. XI (Ëlohiste) en raconte l'institution ; on comprend de même que Ex. XVI 32 ss., le tabernacle sacerdotal est supposé, etc. Notons encore, à l'appui de notre hypothèse, que dans Ex. XXXUI 7 ss., il semble que l'on ait à faire au tabernacle ou à la tente de Moïse lui-même. Dans le texte masorôtique il est dit v. 7 que Moïse ayant pris la tente la dressa pour lui hors du camp : ibTltSSl ; l'expression lb ne peut se rapporter qu'à Moïse. Pour ce qui regarde le membre précédent du môme verset, les LXX nous offrent la vei-sion que voici : Kal Xa^wv Mci>u9t;c tr.v <jx7iv>iv aCrtoO..,. ; ils auront lu "îbnXTS. Tous ceux qui avaient une affaire à régler venaient â la tente, pour recevoir le jugement de Moïse qui siégeait à part (Ex, XVIIl 14) et dont la sentence avait une autorité divine (Ex. XXXIII 7. XVIII 15). Ex. XVIII 12 ss. suppose XXXUI 7 ss. Jéhova descendait, sous le voile du nuage, à l'entrée de la tente, pour y communiquer ses volontés à Moïse. En somme l'Ohel Moëd d'Ex. XXXUI 7 ss. n'est pas encore l'habitation de Jéhova, c'est la tente de Moïse et Jéhova vient y trouver Moïse quand celui-ci y est entré. D'après les récits du code saceMotal, Jéhova lui-même eut sa demeure parmi les Hls d'Israël à pai*tir de la seconde année de l'Exode (*) L'Ohel Moëd du code sacerdotal, tout en sei*vant d'habitation à Jéhova et de sanctuaire, était du reste affecté au même service que celui de l'Elohiste. Sur rohel Moëd sacerdotal aussi, le nuage descend et la gloire de Jéhova y fait son apparition pour communiquer avec le chef du peuple. Vr. p. e. Ex. XXIX

C) Cp. Num* XYin tt. 11 semble y avoir ici une aUusion à un autre okêi moëd auquel le peuple lui-même avait accès.

tions à celles qui ont déjà été faites plus haut (i), touchant les données que fournissent sur le sujet qui nous occupe les livres historiques proprement dits.

Pour ce qui regarde les actes de Salomon, nous renvoyons

le lecteur à lexamen de la relation de la dédicace du temple, au § 5 du ch. I de la présente section de notre étude (2), où nous avons comparé entre eux les récits parallèles des livres des Rois et des Chroniques. Nous avons été amené à conclure que la mention des prêtres et des lévites 1 R. VIII 4, n'était point due à une interpolation récente.

Dans l'histoire antérieure les lévites sont nommés 1 Sam. VI 15, 2 Sam. XV 24. On pourrait se demander au sujet de ces passages, si les lévites mis en scène y sont envisagés comme faisant partie d'un coi'ps distinct des prêtres ? Même à une époque et dans des documents où la ligne de démarcation entre les deux classes est nettement tracée, nous trouvons cependant les prêtres nommés lévites en leur qualité de membres de la tribu de Lévi. Ne pourrait-on reconnaître dans les « lévites « dont il est parlé aux deux endroits en question, des prêtres désignés sous le titre qui signifiait leur origine ou le lien quelconque qui les unissait en face des autres éléments du peuple d'Israël ? Nous croyons que non. Il est à remarquer en eflfet que 1 Sam. VI 15, 2 Sam. XV 24, il n'est point question des lévites en termes abstraits ; les ministres du culte nous y sont présentés sous ce nom, non point comme formant un corps établi au sein de la nation, non point comme appartenant à une caste ou

42 ; Num. XVII 7, XX, 6 etc. — Deut. XXXI 15 la terminologie du code saceixlotal (K^^l) se mêle à celle de TElohiste CjS^n "IVJ^). On voit qu'ici Josué ne reste plus dans TOhel-Moëd ; il y est convoqué ensemble avec Moïse.

Contrairement à l'interprétation que nous avons donnée autrefois à Num. XIX 1 88. (Le Lieu du culte p. 81) il n'est pas supposé en cet endroit que rOhel Moéd est situé hors du camp. Pour faire Taspersion dans la direction du sanctuaire, il n*était pas nécessaire qu'Ëléazar se trouvât dans son voisinage immédiat.

(2) p. 78 sa.

une tribu distincte en Israël, comme membres du clergé en opposition avec les laïques ; mais simplement comme un groupe d'acteurs occupés à l'exercice d'une fonction sacrée déterminée. Il est tout naturel de supposer que c'est à raison même de leur ministère qu'ils sont appelés lévties ; et dès lors on ne comprendrait point que l'auteur des passages ne les eût pas nommés prêtres^ s'il n'avait eu à les distinguer de la classe des ministres auxquels ce dernier titre était plus spécialement réservé. Au reste la fonction que nos lévites remplissent dans les deux occasions auxquelles se rapportent les textes indiqués, était celle de porter l'arche. C'est précisément le rôle attribué aux simples lévites, distincts des prêtres d'un ordre supérieur, dans les documents où les attributions des deux grandes divisions du clergé sont expressément réglées et décrites.

Ceci ne touche que le sens du témoignage renfermé aux deux endroits cités des livres de Samuel. Il nous les faut étudier de plus près au point de vue de leur autorité.

2 Sam. XV 24, dans l'histoire de David, les lévites^ sous la conduite de Sadoq, s'apprêtent à accompagner le roi dans sa fuite. « .... Et voilà que Sadoq aussi (s'en vint) et toiLS les lévites avec lui portant l'arche d'alliance de Dieu » etc. L'importance du passage saute aux yeux. La circonstance même que des lévites il n'est plus question dans la suite (v. 29) est de nature à en augmenter la signification ; elle montre que les lévites ne sont ici qu'un élément dont la présence et le ministère peuvent être sous-entendus ; qu'ils ne faisaient, en portant l'arche, que remplir une fonction qui leur était propre et dont l'exercice est supposé là où il est question du transport du meuble sacré. S'ils sont mentionnés v. 24, c'est que le narrateur avait en cet endroit à relever la solennité, le caractère imposant de la scène.

Cependant Wellhausen est d'avis que nous sommes ici en présence d'une glose (i) ; il considère notre verset comme

(1) Prol. p. 147.

interpolé (i). Ce jugement ne s'applique pas au verset tout entier qui, en un autre endroit, fournit au môme critique la preuve qu'à l'époque de David Tarche était encore portée à la guerre (2) ; il est d'ailleurs évident que les vv. 25, 29 supposent la mention de l'arrivée de l'arche. C'est donc à la faveur d'une corruption du texte primitif que les lévites auraient été introduits dans notre notice. Wellhausen dit (3) qu'il a suffisamment établi cet état de corruption dans ses observations critiques sur le texte des livres de Samuel (4) ; et encore une fois, il est mani* feste que 1 Sam. XV 24 a subi, en effet, un dérangement. Celui-ci toutefois ne touche en aucune façon le membre de phrase où sont nommés les lévites. Wellhausen lui-même, à l'endroit indiqué de son commentaire sur les livres de Samuel, se contente de signaler dans notre passage la trace d'un effort tenté en vue d'éliminer Abjathar. Cet effort n'aurait qu'imparfidtement réussi, les mots ■^H'^afc^ b^l étant demeurés, bien qu'en dehors de leur place, comme un débris du texte primitif. Le critique allemand avait d'autant moins le droit de se contenter d'un simple renvoi à son commentaire pour justifier le jugement qu'il porte sur les lévites du v. 24, que dans ses notes sur ce passage il suppose que les mots .... ip^X^I et ils déposèrent t arche.... (5), appartiennent au texte. Sont-ce Sadoq et Abjathar qui déposèrent^ l'arche d'alliance ? Il est rapporté V. 25 que David donna ordre à Sadoq de reconduire l'arche à Jérusalem, au v. 29 que Sadoq et Abjathar l'y reconduisirent ; mais qu'ils l'aient portée eux-mêmes, c'est chose tout au moins extrêmement invraisemblable et que rien dans le texte ne nous autorise à supposer. Au ch. IV v. 4 du 1*^ livre de Samuel, ce ne sont même' pas les fils de Eli qui portent l'arche : - Le peuple envoya donc à Silo et on emporta de là l'arche d'alliance de Jéhova..., et les deux fils de Eli étaient là avec l'arche... ».

(1) ibid. 151.

(4) Voir Der Teœt der BB. Samuelis p. 197.

(5) Der Teœt der BB. Sam. 1. c

Hophni et Pinehas accompagnent l'arche, mais ils ne la portent pas eux-mêmes. 2 Sam. VI 13 le texte ne vise pas Abjathar et Sadoq comme porteurs de Tarche ; car en ce cas il les aurait nommés (i). Quant au passage qui nous occupe, 2 Sam. XV 24, la constitution du texte actuel, malgré les difficultés qu'il présente à un autre point de vue, ne fournit pas l'ombre d'un motif de suspicion au sujet des lévites porteurs de Tarche. La seule raison que l'on pourrait alléguer pour en attribuer la mention à un interpolateur, qui aurait p. e. changé le nom de D^DilD en celui de Clb, c'est qu'a l'époque de l'auteur les lévites étaient inconnus. Mais pour le moment c'est ce qui est tout au moins en question.

Au reste, il est difficile d'essayer une reconstruction quelque peu plausible de notre verset pour la partie qui trahit réellement une modification de la teneur ou de la forme primitives. Driver (2) constate comme Wellhausen que les mots "'H'^nK bv^ interrompent la suite du discours ; à moins toutefois, ajoute-til, qu'il n'y ait eu à l'origine TC^y '^ bT^ « Et Abjathar offrit des «ocre/îc^, jusqu'à ce que tout le peuple eût passé.... »».. ; — une conjecture très hasardée. Klostermann (3) s'appuyant sur les mots àitè pat^àp que les LXX présentent après la première mention de tarche d'alliance de Dieu, suppose que l'hébreu répondant à cette version n'a pu être que "2lA b^a ; les mots •^n^Dït h'S^^ du texte masorétique n'en seraient qu'une forme corrompue et ne se trouveraient plus d'ailleurs à leur place véritable. Il faudrait donc traduire : Et Sadoq était là avec tous les lévites, qui avaient amené l'arche de chez Aljathar.,.^ — une solution qui, franchement, nous plaît encore moins que l'idée suggérée par Driver. Il se peut que les mots «tto BaiTop répondent à '^H'^nK hT^ ; mais c'est la leçon représentée par le grec que nous n'hésiterions pas un instant à regarder comme fautive. Peut-être môme serait-on autorisé à y voir une correction intentionnelle destinée à prêter un sens quelconque au

(1) 1 R. n 26 il faut lire ephod, (Cfr. Baud. Alttest. Priesterthum p. 209).

(2) Notes on the hebrew teœt of the hooks of Samuel in 1.

(3) Sam. und KOn. in h. 1. Cfi*. Poels Hist. du sanet. de l'arche p. 268.

membre de phrase en question, qui n'en offrait plus d'acceptable du moment qu'il se trouvait reporté en dehors de la place qui lui revenait dans le contexte.

Il n'est pas impossible que le désordre soit uniquement résulté du désir, chez les rédacteurs ou copistes plus récents, de donner à Sadoq le pas sur Abjathar. Ne pourrait-on admettre que dans le récit primitif le bout de phrase qui dérange complètement aujourd'hui la notice du v. 24, se soit simplement trouvée en tête de la relation : bS"! pM2 03 nsm in'^SK bm „,,ir» D'^lbn? Abjathar nommé avant Sadoq offusquait le prestige de ce dernier. Pour supprimer l'inconvénient il n'y avait pas de remède plus simple que de transposer les mots in'*afc< bT^ ; ils furent reportés tantôt après la notice touchant le transport de Tarche par les lévites, où les LXX semblent en avoir gardé la trace dans airo Ba'3ap ; tantôt après le membi'e de phrase suivant, où, dans le texte masorétique, dont celui des LXX a subi l'influence, ils interrompent manifestement la suite du discours.

Quant au terme ip'^S'^l il est probable qu'il faut lire *0'*S''1 (i).

1 Sam. VI 15 les lévites interviennent dans l'histoire du retour de l'arche de chez les Philistins. Malheureusement, ici plus encore que dans le passage dont nous venons de parler, l'état du texte commande la prudence et la réserve. Essayons de nous éclairer sur la valeur du v. 15'.

Au V. 19 la répétition de y^ en tête des deux membres de phrase qui se suivent, est d'autant plus de nature à inspirer la défiance, que la version grecque nous offre en cet endroit une leçon entièrement difierente : xal oùx i^j(r(xévt(rav ol ulol le^ovtou év ToC; àvSpa^t.... Généralement on s'accorde à reconnaître que la tournure originale de cette notice plaide en sa faveur ; nous souscrivons volontiers à ce jugement, du moins en ce sens

(1) Driver 1. c.

purement négatif, que le traducteur n'aura pas ajouté ces mots de sa propre autorité. L original qu'il avait sous les yeux devait renfermer une phrase à laquelle ait répondu ce que nous trouvons dans la version grecque. Quant à savoir si celle-ci garantit la teneur du texte primitif, c'est une question que l'on ne saurait tran(îlier. C'est pareillement peine inutile de chercher à reconstruire le texte primitif hébreu ; on peut à cet égard se permettre des conjectures, qui ne sauraient jamais dépasser les limites du possible ou du plausible. Ce que l'on peut affirmer avec une certitude suffisante, c'est que le premier membre constatait en termes généraux que des ou les habitants de Bethsemes éprouvèrent les effets du mécontentement divin ; cette conclusion nous est imposée par le second membre qui énonce le motif de ce qui venait d'être dit dans le premier :.... parce qxiils avaient regardé t arche. — Inutile d'insister sur la difficulté que présente au même endroit la manière dont le nombre des victimes est indiqué.

Il n'est pas trop étonnant qu'au v. 19 le texte ait subi une altération. Le passage qui précède immédiatement, au moins depuis le v. 17, a tout à fait les allm^es d'une glose. L'énumération des cinq villes philistines qui avaient eu à déposer leur offrande à côté de l'arche, est un développement du v. 4, où l'auteur n'avait pas éprouvé le besoin de rapporter les noms de ces villes ; il est même à remarquer que d'après v. 18 toutes les villes, tous les bourgs quelconques des cinq districts philistins avaient offert un rat d'or, tandis qu'au v. 4 il est question seulement de cinq rats (t). Il n'est pas probable non plus que Tauteur lui-même aura interrompu son récit par l'observation que « la grande pierre (2) sur laquelle on avait déposé l'arche se trouve encore aujourd'hui dans le champ de Jehoschoua le Bethsémite »» (v. 18).

Ceci nous rapporte au v. 14. Les vaches qui traînaient l'arche,

(1) Les LXX ont corrigé le v. 4 d'après le v. 18. Cfr. Wellb. Der Text der BB. S(tm. p. 62 s.

(2) Lire "pX au lieu de b!lK ; et avant ce dernier mot li^l au lieu de 1>**,

arrivées à Bethsemes, s'avancent jusqu'au champ de Jehoschoua, «* et il y avait là une grande pierre »» . La raison pour laquelle l'auteur fait mention de la grande pierre, est indiquée aussitôt ; «* ils fendirent donc le bois du char (i) et ils offrirent les vaches en holocauste à Jéhova ». Cest à ce sacrifice qtce la pierre doit servir. Au v. 14 la version grecque oflFre une leçon qui s'écarte du texte massorétique et qui pourrait bien être la vraie. Nous y lisons : xal eonotrav éxet rcap olùtt^ X»1&ov (liyav.. « (Et le char entra dans le champ de Jeschoua le Bethsémite) et ils placèrent là... une grande pierre » (2) ; ce qui suppose comme texte hébreu '3 pK ..D^ IT'^J'^I. Dans tous les cas le contexte indique clairement que le bois du char fut brûlé et les deux vaches consumées en holocauste sur la pierre faisant office d'autel iniprovisé. Or la suite ne répond pas à ces données. Nous apprenons au v. 15** que « F arche et la châsse renfer^nant les offrandes des Philistins furent déposées sur la grande pierre. Et les Bethsémites, poursuit notre texte, ofiFrirent en ce jour des holocaustes et immolèrent des victimes à Jéhova ». Nous avons trouvé la même idée exprimée au V. 18 ; ici nous avons dit qu'elle devait son origine à une glose. Le désordre aux vv. 14, 15 est évident. Au premier de ces deux versets le char est mis en pièces et brûlé ; au second, d'après la teneur actuelle du texte, les lévites descendent t arche du char déjà détruit et la pUicenl sur la pierre^ — qui sert et autel ! Les holocaustes et les victimes du v. 15* ne s'accordent que difficilement à leur tour avec le châtiment infligé, d'après le v. 19, aux Bethsémites qui avaient regardé l'arche. Nous n'hésitons pas à affirmer que les passages relatifs à la déposition de l'arche sur la grande pierre (vv. 15, 18) doivent leui' origine à un malentendu. 11 est au reste probable que le V. 18 suppose déjà la teneur actuelle du v. 15, à moins que la tnéme main n'ait été à l'œuvre aux deux endroits. Au v. 15 les Bethsémites offrant leurs sacrifices ne font que compléter

(1) Non pas les Philistins comme Klostermann trouve tout naturel de le supposer, mais les Bethsémites, mis en scène v. 13. («) Cfi*. 1 Sam. XIV 33 s.

la notice touchant l'arche placée sur la pierre ; Tinterpolateur ou le rédacteur ne pouvait laisser l'arche exposée ainsi sans façon ; il lui fait rendre les honneurs qui lui sont dûs.

Nous disions que c'est à la suite d'un malentendu que la rédaction actuelle de notre morceau fait placer l'arche sur la grande pierre. Cette pierre, nous le répétons, figurait dans le récit comme autel ; seulement elle n'était présentée en cette qualité que d'une manière implicite, comme on le voit au v. 14. Que faut-il penser à présent du premier membre du v. 15, où les lévites se présentent sur la scène ? A notre avis, c'est précisément l'équivoque à laquelle prêtaient par eux-mêmes les termes employés ici, qui donna lieu ou tout au moins contribua pour une part à la méprise. Nous lisons en cet endroit : ....'" "jins-n^^ 1T-nn D-'lbm; le verbe iT-nn signifie littéralement : les lévites firent descendre l'arche. Celui qui n'aurait eu sous les yeux que les seules données du v. 14 n'aurait pas eu de peine à comprendre que la pierre devait avoir servi d'autel. Mais voici les lévites qui font descendre l'arche et la châsse renfermant les offrandes des Philistins. Le malentendu dont nous parlions tout à l'heui^e aui-a consisté en une fausse représentation du rôle attribué aux lévites. On aura compris leur intervention comme ayant eu pour objet la déposition de l'arche ; il était en effet tout naturel que l'arche eût été déposée du char (bien entendu avant que celui-ci fut mis en pièces !). Une fois déposée, l'arche devait avoir été établie quelque part, et non pas laissée sur le sol. Le récit ne disait rien de la manière dont l'arche fut traitée après qu'on l'eût fait descendre ; mais la pierre du v. 14 était là, semblait-il, comme un trône, tout prêt à la recevoir. C'est évidemment là que les lévites devaient l'avoir placée ! Le récit fut complété conformément à cette interprétation. — Or les mots ... IT'IIH D'Albin avaient en réalité un sens différent, il n'était pas nécessaire de les entendre du déchargement du char. Ils voulaient dire simplement, suivant une signification d'ailleurs usuelle de l'expression, que les lévites emportèrent l'arche : dediixerunt arcam,.. Quand le char eut été mis en pièces et les vaches immolées, l'arche elle-même fiit emportée et conduite en lieu sûr.

Le V. 15 à partir du verbe V;2"b^'! (sans complément !) et tout le passage qui suit, comme nous lavons exposé plus haut, ne sont qu'un développement d'origine plus récente. Il est probable toutefois que la donnée du v. 16 appartient au récit primitif.

Les informations que nous fournissent sur notre problème les récits des événements antérieurs au schisme des dix tribus, sont, comme le lecteur Ta vu, passablement maigres. Nous répétons à ce propos l'observation que nous avons déjà faite au sujet des livres des Juges, de Samuel et des Rois en général, et en particulier sur le tableau que nous trace de l'histoire des rois d'Israël et de Juda la partie de cette compilation qui commence 1 R. XII. L'intérêt de l'historien ne ne se porte pas aux choses du culte. On a dit que c'est l'histoire de la religion d'Israël qu'il a voulu exposer. Il faut s'entendre. Sans doute il attache une importance capitale à l'attitude du peuple vis-à-vis de son Dieu ; mais les affaires intérieures du culte, le détail des prescriptions traditionnelles ou autres en matière de sacrifices, de fêtes, de cérémonies rituelles quelconques, l'organisation du personnel du temple, ne font de sa part l'objet d'aucune attention spéciale. Rappelons p. e. le fait déjà signalé plus haut, que dans la description du transport de l'arche par David, il s'abstient de toute mention, non seulement des lévites, mais aussi des prêtres ; il ne songe point à accorder une place dans cette solennité unique ni à Sadoq ni à Abjathar. Il ne considère dans cette manifestation éminemment religieuse que le grand fait du changement de séjour de l'arche et de l'érection de Sion, par les soins du fondateur de la dynastie Judéenne, en centre religieux du peuple d'Israël. Le jjoint de vue est suffisamment large et élevé, î^ans doute, pour que le narrateur eût le droit de s'y arrêter ; mais il faut qu'on en tienne compte pour apprécier d'une manière équitable la portée de sa relation et pour ne point abuser de son silence touchant des choses dont il n'entrait point dans ses intentions d'entretenir le lecteur. — Nous avons constaté pareillement, en comparant son récit de la dédicace du

temple de Salomon à celui des Chroniques, que le Rédacteur préexilien du livre des Rois n'hésitait pas, là où certaines considérations dont la nature nous échappe lui semblaient réclamer quelque inversion, à sacrifier des passages où, selon toute apparence, les prêtres et les lévites étaient mis en scène dans le document primitif.

Il nous reste à nous demander si la partie du livre des Rois qui commence 1 R. XII, au schisme des dix tribus, ne renferme aucun indice au sujet de la distinction entre les prêtres proprement dits et une classe inférieure de ministres du culte. Il a été dit plus haut déjà que, dans les occasions à la vérité très rares où l'historien sacré aurait pu parler des lévites, il ne nomme point ceux-ci ; qu'au contraire il appelle prêtres des membres du clergé qui, dans la Loi comme dans les livres historiques d'origine postexilienne, sont appelés lévites, à savoir les « portiers » du temple.

Les «* chantres « sont mentionnés, suivant la lecture probable des LXX et de la Vulgate, 2 R. XI 14 (i) ; un passage qui rappelle 1 Rois X 12 où nous lisons que Salomon fit faire, de bois précieux, des kinnorôth et des nehalîm pour « les chantres »» ; les instruments nommés ici sont ceux qui furent toujours en usage, chez les Hébreux, à côté de la cymbale, dans la musique sacrée (2). Nous ne doutons point qu'il ne s'agisse en ces endroits d'une classe de ministres du sanctuaire qui avaient à rehausser par la musique et le chant les cérémonies du culte. Nous avons entendu chez les prophètes l'écho des chœurs religieux qui célébraient, aux sons de l'orchestre, la bonté et la grandeur de Jéhova, pendant qu'on offrait les sacrifices de louange en son honneur (Jér. XXXIII 11). Cet usage était antérieur au temple de Salomon 1 Sam. VI 5, 15. Le prophète Amos VI 5 atteste la renommée des œuvres lyriques de David.

(1) Voir plus haut p. 97.

(2) ptus haut p. 45.

Ces passages, môme ceux qui parlent en termes explicites des « chantres », ne nous renseignent pas à eux seuls, dune manière précise, sur l'existence d'une catégorie de lévites inférieurs «ux prêtres ; ils ne peuvent emprunter leur signification pour le sujet que nous étudions qu'au rapprochement avec d'autres descriptions et relations plus détaillées.

Nous croyons cependant avoir à relever même dans V histoire des Rois d'Israël et de Juda une donnée positive plaidant pour la distinction des prêtres et des lévites. — 2 R. XXV 18 nous lisons qu'après la prise de Jérusalem, en 586, le général babylonien s'empara de Seraja le grand prêtre, de Sephanja appelé TlSÛU ^nS, et des «* trois portiers ». La notice se retrouve formulée dans les mêmes termes Jér. LU 24, sauf qu'en ce dernier endroit nous lisons n3îD^n"]n5 avec l'article. Généralement on est d'avis que ce qualificatif exprime la dignité de secotid chef hiérarchique de Tordre sacerdotal ; Sephanja nous serait présenté ici comme le vice-prêtre suprême. Cette interprétation est-elle exacte ? Les trois portiers associés à Seraja et à Sephanja ne représentent pas, assui^ément, le corps entier des gardes du temple. Il y avait sans aucun doute plus de trois portiers ; eu égard aux fonctions que ces ministres avaient à remplir, ils auraient été par trop surchargés. Il faut, dans le passage que nous venons de rappeler, considérer les trois portief^s comme les trois chefs respectifs des groupes de ministres sacrés préposés à la garde des entrées de la maison de Dieu. Le livre des Chroniques nous apprend en effet que les portiers étaient divisés, au point de vue des relations de parenté (i) en trois corporations : une pour les côtés est et nord du temple, une pour le côté sud, une pour le côté ouest. Nous avons le droit de nous demander, en présence de ces observations, si Sephanja à son tour ne serait pas désigné ici comme le chef d'une catégorie de ministres du culte ? Sans doute le titre qui lui est donné signifie littéralement le second prêtre ou le prêtre de second rang. Sans doute encore la circonstance

(1) Voir plus haut, p. 23.

qu immédiatement avant ce dignitaire figure le pontife Seraja, dont le titre de grand prêtre ou de prêtre en chef exprime formellement et d une manière absolue une dignité personnelle, serait de nature à suggérer une interprétation analogue pour le qualificatif qui accompagne le nom de Sephanja. Mais il reste toujours vrai que malgré la signification naturelle des termes, malgré le caractère personnel de la qualité attribuée à Seraja, les trais gardiens du seuil, énumérés sur la même ligne que Seraja et Sephanja, sont à prendre comme « les chefs des trois corporations de gardiens ». Pourquoi dès lors le prêtre de second rang ne pourrait-il être pris pareillement comme le chef des prêtres de second rang ? Ce qui semble prouver que cette interprétation est non seulement possible, mais vraie, c'est que 2 R. XXIII 4 nous voyons, dans une énumération parallèle à celle dont nous venons de parler, figurer, à la suite de Helcias le grand prêtre, les prêtres de second rang et les portiers. Ce passage prouve à l'évidence qu'au ch. XXV v. 18 Sephanja n'est point nommé comme un dignitaire unique en sa qualité de second prêtre : il y avait « des prêtres de second rang >» ; Sephanja, le prêtre de second rang, est donc nommé ainsi comme le principal d'entre eux ou comme leur chef. C^s « prêtres de second rang « sont-ce des vice-prêtres suprêmes, une sorte de lieutenants ou d'assistants du pontife? On n'a aucune raison pour l'affirmer. Interrogeons les textes.

Le Sephanja de 2 R. XXV 18 (Jér. LU 24) semble bien être le même que Sephanja ben Maasia, le prêtre, dont il est question en plusieurs autres endroits du livre de Jérémie, à savoir XXI 1, XXIX 25, XXXVII 3. D après XXIX 25 s. U était Pa^d ou ^ Inspecteur » de la maison de Jéhova, et il l'était devenu « à la place de Joïada le prêtre. » Ce Joïada n'est pas le grand prêtre du règne de Joas, comme le dit Giesebrecht (i) ; car en ce cas il faudrait évidemment conclure que Sephanja nous est présenté ici comme grand prêtre à son tour. Le pluriel D'^T'pB du texte massorétique doit être maintenu ;

(1) Dm Buch Jeremia in b. 1.

les versions s'en sont écartées pour plus de facilité. Le titre est appliqué à la fois à Joïada et à Sephanja ; il indique la fonction dont les deux personnages ont été investis successivement par l'autorité divine ; de sorte qu'il faut traduire : «* Jéhova t'a établi comme prêtre à la place de Joïada le prêtre afin que vous soyez peqîdim de la maison de Jéhova .... » Cette façon de parler, dont l'irrégularité au point de vue littéraire explique la divergence des anciennes versions, en même temps qu'elle garantit la leçon du texte massorétique, tient simplement à ce que dans l'idée de l'auteur le choix divin est conçu par rapport aux deux prêtres qui en ont été l'objet l'un après l'autre. Sephanja était donc paqîd de la maison de Dieu ; en cette qualité il était chargé à titre spécial de maintenir l'ordre dans le temple et ses dépendances : les excitiitions contre Jérêmie que Schemaja le Nehelamite adresse en général à toits les prêtres, sont spécialement adressées au paqîd Sephanja.

Or Jér. XX 1 un autre dignitaire, à savoir Paschhur ben Immer, nous est présenté comme investi des fonctions de paqid dans la maison de Dieu. Giesebrecht, à la suite d'autres critiques, émet l'avis que le titre porté par Paschhur sous Joïaqim aura passé soiis Sédécias, à Sephanja (i). Mais Jérémie ne prononce point contre Paschhur une menace de disgrâce ou de mort prochaine : le châtiment qui atteindra le persécuteur du prophète sera la déportation à Babylone après la ruine complète de Juda (v. 5) ; c'est là, dans la terre de l'exil, qu'il mourra lui et ses amis ; ceci ne laisse pas place pour un Successeur de Paschhur sous le règne de Sédécias (2). Remar-

(S) La question de savoir si le passage en question du livre de Jérémie ainsi que les discours qui s'y rattachent, se rapportent à Tépoque de Joïaqim ou à œlle de Sédécias, est très discutée parmi les auteurs (Kuenen HCO. n p. \Sb s). Ceux qui défendent la première opinion aUèguent comme argument t>rincipal précisément la circonstance que sous Sédécias nous voyons Paschhur remplacé par Sephanja dans les fonctions de paqid : nous dirons aussitôt f)ue les textes ne justifient pas cette assertion. Quant au silence gardé par Jérémie aux chap. XVin-XIX. sur une déportation antérieure quelconque, aliénée qui ne permettrait pas de croire qu'au moment où ces discours Airent

quons en outre que Paschhur n'est pas appelé simplement paqîd, mais pat^ nagtd^ une épithète que Giesebrecht rend très justement par inspecteur en chefd) ; Sephanja n'est pas appelé nagîd. Nous trouvons cette dignité mentionnée encore Néh. XI 11 (1 Chron. IX 11), où elle est portée par un membre d'une famille sacerdotale influente. D'après le 2® livre des Chron. XXXV 8 trois negîdim sont en fonction à l'époque de la grande Pâque célébrée sous le roi Josias ; ce sont les chefs de l'ordre sacerdotal strictement entendu, en tant que distinct de celui des lévites (vv. 8, 9) (î). — Il est vrai que Jérémie appelle Sephanja-ben-Maasia, le prêtre; de même que le Sephanja de 2 R. XXV 18, Jér. LII 24 est nommé le prêtre de second rang. Mais nous avons de très bonnes raisons de croire que cette appellation de prêtre donnée avant l'exil, dans certains cercles, à tous les membres du clergé, ne prouve rien contre la distinction, même pour cette époque, entre prêtres proprement dits et simples lévites (3). Notons en outre que le

prononcés Joïachin fût déjà coQduit en captivité, on doit considérer tout d*aboi*d que p. e. aux cti. XXI 1-10, XXIII 9-40, qui datent du régne de Sédécias, on ne lit pas non plus la moindre allusion à Texil de Joïachin ; ensuite, que sous le règne de Jolaqim le prophète aurait pu rappeler aussi bien la déportation de Sellum (« .loachaz) dont il parle XXII 10-12 ; enfin, qu'au v. 6 du ch. XX il s*abstient de mentionner le roi dans la menace de déportation prononcée contre Paschhur et ses amis. La ressemblance entre le contenu du ch. XIX et les paroles rapportées Vil 29-Vin 3 ne prouve rien non plus en faveur de la thèse en question ; la date de ce dernier discours n'étant pas suffisamment certaine (Kuenen p. 180) et la ressemblance au point de vue de la forme pouvant dans tous les cas s'expliquer par Tinfluence que VII 29-VIII 3 aurait exercée sur la rédaction de XIX. Voir d'ailleurs pour l'appréciation des rapports entre les deux passages Giesebrecht Buch Jer, p. 108 ss.

Ce qui plaide d'autre part pour la date du règne de Sédécias c'est, outre la place même qu'occupe le discours (immédiatement avant XXI), la relation établie ent{*e l'exil de Paschhur et la destruction totale, définitive, de la nation et de la ville sainte (XX 4 ss. XIX, 11).

(1) Oberaufseher (in XX, 1).

(2) Jer. XX 1 Paschhur est nommé paqid nagîd, sans l'article.

(3) Au reste de notre interprétation il ne résulte en aucune maniera que personnellement Sephanja ne put appartenir à Tordra des pi*étrcs proprement dits, b'aprèd le code sacerdotal, aussi bien que d'après les données des livres historiques, les lévites étaient placés sous la conduite de prêtres fils

chef des lévites à Jérusalem portait précisément le titre de paqîd (Néh. XI 22).

Voici donc les conclusions principales qui se dégagent de l'ensemble des textes. Pendant les dernières années avant lexil Paschhur ben Immer était paqid nagid dans la maison de Dieu ; en même temps Sephanja ben Maasia était paqîd ; la seule comparaison des deux titres semble indiquer que le second occupait un poste subordonné à celui du premier. Cependant Sephanja était à la tète d'un groupe de ministres du culte appelés préïres de second rang (2 R. XXIII 4), puisqu'il est nommé le prêtre de second rang par excellence (2 R. XXV 18, Jer. LII 24). Ces «* prêtres de second rang « ne sont pas nommés ainsi comme occupant, dans la hiérarchie sacerdotale, le degré immédiatement inférieur à celui du grand prêtre ; car au-dessus du paqid Sephanja, il y avait les negîdûn, parmi lesquels Paschhur. Ce n'est donc pas au point de vue de la constitution hiérarchique des autorités sacerdotales que les ministres visés 2 R. XXIII 4 sont appelés prêtres de second rang ; mais au point de vue de leur qualité même de prêtres. — On peut rapprocher, encore une fois, de cette conclusion le langage de Philon qui, dans son traité des revenus sacerdotaux, parle lui aussi des prêtres de premier rang et de ceux de second rang ; les premiers sont les prêtres proprement dits, fils d'Aaron ; les autres les lévites. Nous serions d'autant mieux fondés à voir dans ces dénominations l'écho d'un usage antique, qu'au temps de l'écrivain juif les lévites étaient profondément déchus de leur ancien prestige, que les fonctions qu'ils avaient à remplir au rapport même de Philon, étaient en partie des plus viles et nullement propres, de leur nature, à justitier le titre de prêtres d'un rang quelconque pour ceux qui en étaient chargés.

Encore un mot au sujet de 2 R. XXIII 4. Il n'est pas

d'Aaron. Ce n'est pas nécessairement la qualité personnelle de Sephaiîja, mais plutôt la nature des fonctions dont il était investi, qui est indiquée par lépithète de « prêtre de second rang » xax' ê;o/^iiv (= chef des prêtres de aeoond rang).

croyable que Tordre donné ici par Josias s'adresse exclusivement aux autorités sacerdotales, et à la fois à toutes les autorités. « Le roi ordonna à Helcias le grand prêtre et aux prêtres du second rang et aux portiers de jeter hors du temple de Jéhova tous les objets fabriqués en l'honneur de Baal, d*Aschera et de toute la milice céleste et il les brûla hors de Jérusalem », etc. Il ne fallait pas pour assurer l'exécution de la mesure édictée par Josias le concours de toute la hiérarchie du temple ; si le grand prêtre est nommé, c'est que, naturellement, la purification du sanctuaire devait s'accomplir sous sa surveillance et sa direction. Pour le reste, on s'attend à ce que le message royal charge avant tout de la besogne ceux qui devront la faire. « Les gardiens du seuil »» ne sont pas seulement, cette fois, les chefs des trois corporations de portiers ; ce sont en général les membres de ces corpomtions ; de même « les prêtres du second rang » ne sont pas des dignitaires, appelés à prêter en cette occasion leur concours au grand prêtre ; ce sont, avec les portiers, les exécuteurs des ordres de Josias. Nous le répétons, l'objet de la notice réclame cette interprétation, d'autant plus que l'exécution n'est mentionnée que d'une manière implicite dans les termes mêmes qui énoncent l'édit royal. Ce n'étaient pas apparemment les chefs du clergé qui transportèrent du temple à la vallée du Cédron les emblèmes idolâtriques proscrits ; mais bien plutôt les membres du clergé inférieur. Cette considération ne fait que confirmer notre manière de voir touchant « les prêtres du second rang »» . Ces prêtres forment la division inférieure du clergé du temple. Ce sont ceux qui ailleurs sont nommés les lévites.

En jetant un coup d'œil sur l'ensemble des données que nous avons relevées dans les récits historiques remontant de l'avis commun des critiques à des sources préexiliennes, nous constatons qu'avant lepoque du schisme des tribus, les ministres du culte dont les attributions avaient surtout consisté autrefois à porter l'arche d'alliance, sont appelés simplement lémtes et sont, comme tels, distingués des prêtres. Peu à peu, comme

l'examen du livre des Chroniques nous avait déjà autorisés à l'affirmer, les lévites virent leur importance et leur prestige s'accroître, si bien que la dénomination de prêtres leur fut accordée aussi bien qu'à leurs frères qui occupaient un rang plus élevé, sans que, toutefois, la distinction fut jamais oubliée. Deux circonstances surtout auront contribué à cette évolution. Tout d'abord l'organisation de la tribu sacerdotale en rapport avec les divers services du nouveau temple ; les règlements établis à cette fin, en déterminant les rôles nouveaux et les fonctions à remplir par les lévites, associèrent ceux-ci d'une manière plus régulière et plus intime aux prêtres proprement dits. Ensuite l'opposition qui se manifesta dans le royaume du Nord contre le clergé attaché au service du sanctuaire central de Jérusalem, aura eu également pour effet de mettre en relief les titres communs des prêtres et des lévites au droit exclusif d'exercer le ministère du culte. Jéroboam établit comme prêtres de ses sanctuaires officiels, « des gens qui n'étaient point des fils de Lévi »» (1 R. XII 31). Cette mesure constituait une violation non seulement des titres particuliers aux prêtres, mais de ceux, plus généraux et plus fondamentaux, de toute la tribu lévitique. Il devait en résulter nécessairement que l'originie lévitique gagna en importance comme marque de légitimité et d'aptitude à l'exercice des fonctions sacerdotales ; et, par voie de conséquence, qu'au point de vue de leurs attributions sacrées, les prêtres et les lévites eurent à affirmer avec plus d'insistance ce qui les unissait que ce qui les distinguait entre eux. Les lévites ne purent que profiter de ce mouvement d'idées. Ils se virent insensiblement considérer et traiter en prêtres, bien que d'un rang inférieur. Mais les milieux sacerdotaux conservèrent malgré tout le sentiment très net de la distinction originelle.

Dans le récit de la restauration du temple sous Joas 2 R. XII 10 « les gardiens du seuil »» sont appelés « prêtres » ; ils sont prêtres de second rang. Il semble que plus tard le titre en question n'était plus donné à cette classe de fonctionnaires. 2 R. XXII 4, XXIII 4, XXV 18, les 7pn ^"Tùt figurent sans

ce titre. Nous constatons précisément que Fauteur du livre des Clironiques, qui d'ordinaire ne distingue point les lévites des portiers dans son histoire de la période préexilienne, établit pourtant cette distinction pour Tépoque de Josias (2 Chron. XXXV 15). Les «* prêtres de second rang »» et les portiers, sont pareillement distingués dans Thistoire du règne de Josias 2 R. XXIII 4 (i). Lors du retour de l'exil la distinction était pleinement en vigueur.

A l'étude que nous avons faite des rapports entre prêtres et lévites d'après les livres historiques, il convient de rattacher l'examen d'un passage très important du V livre de Samuel, dont l'origine préexilienne ne peut être mise en doute. On s'accorde généralement à reconnaître que le discours par lequel l'homme de Dieu reproche à Eli sa conduite et lui annonce le châtiment divin (1 Sam. II 27-36) date d'avant la captivité. A notre avis, d'ailleurs, ce morceau est intimement lié tant au récit qui précède qu'aux données principales de l'histoire qui va suivre. Il forme en quelque sorte le nœud des relations qui nous ont été conservées touchant les événements tragiques qui marquèrent l'histoire du sacerdoce depuis la fin de l'époque des Juges jusqu'au règne de Salomon. Nous ne nous attarderons pas à justifier cette manière de voir.

Voici le passage, que nous reproduisons tout au long, avec les deux ou trois changements de lecture auxquels l'état corrompu du texte nous oblige : v. 27 Et un homme de Dieu vint à Eli et lui dit : ainsi parle Jéhova : Ne me suis-je pas manifesté à la maison de ton père quand ils étaient en Egypte, (serviteurs) de la maison de Pharaon (2), 28 et ne Tai-je point choisi d'entre toutes les tribus d'Israël comme prêtre pour monter à mon autel, pour me brûler l'encens, pour porter

(1) Se rappeler ce qui a été exposé plus haut, p. 31 s., touchant certaines mesures de réorganisation du personnel du culte, prises par Josias.

(2) ovT(ov auTcov.,.. 8ouX(i)v T^ otX()) 4^paco (LXX).

l'éphod devant moi? n'ai-je point donné à la maison de ton père toutes les offrandes des fils d'Israël ? 29 Pourquoi foulezvous aux pieds mon sacrifice et mon oblation que j'avais prescrits à mon peuple (i), et honores-tu tes fils plus que moi pour vous engraisser des prémices de toute oblation d'Israël devant mes yeux ? (i). 30 C'est pourquoi, parole de Jéhova, le Dieu d'Israël : j'avais dit que ta maison et la maison de ton père iraient devant moi toujours ; mais à présent, parole de Jéhova, il n'en sera point ainsi ; car ceux qui m'honorent je les honorerai et ceux qui me méprisent seront couverts d'ignominie. 31 Voici que des jours viennent où j'abattrai ton bras et le bras de la maison de ton père, de sorte qu'il ne restera plus de vieillard dans ta maison ; 32 et je comblerai de biens ton rival à cause de tout le bien qu'il fera à Israël (2) (mais il n'y aura plus de vieillard dans ta maison à jamais) (3). 33 Je n'arracherai personne pour toi d'auprès de mon autel (4) pour que tes yeux s'éteignent et que ta vie se consume, et la plupart des tiens mourront j)ar le glaive des hommes (5). 34 Un signe pour toi, c'est ce qui arrivera à tes deux fils, à Hophni et Pinehas : le même jour ils mourront tous deux. 35 Et je me susciterai un prêtre fidèle qui agira suivant mon cœur et mon dessein, et je lui élèverai une maison durable et il ira devant mon oint à jamais. 36 Et il se fera que quiconque restera de ta maison, viendra lui faire houunage pour obtenir une pièce d'argent et un morceau de pain et dira : reçois-moi, je t'en

(1) (le changement de personne répond à la construction de la phrase dans le texte original). — Nous croyons devoir reporter l'expression *12yb

immédiatement api*ès le v. **n'^1^, à la place de I^^V^ qui n'a pas de sens.

A la fin du verset au lieu de ■'?j5'b, les LXX ont lu autre chose (e(JL7rpo(T^év

|jLou) ; peut-être leur texte portait-il ''2''53 qui aura pu passer sous la forme

corrompue '11?TI à la fin du pi'emier membre.

(2) Cfr. nos Nouvelles études sur la restauration juive.., p. 311.

(3) Les derniers mots semblent faire double emploi avec ceux qui précèdent.

(4) C'est-à-dii'e : je protégerai contre la vengeance des hommes ceux dont le glaive donnem la mort aux tiens (?).

(5) cv ^0(JLcpa'4 àvopwv (S).

prie, à l'un des ministères (i), afin que j'aie un morceau de pain à manger. »»

La prophétie vise avant tout l'élévation de Sadoq (2). Elle reçut son accomplissement définitif lorsque Abjathar, représentant de la maison de Eli, subit la disgrâce de Salomon et assista au triomphe de son rival. Nous avons signalé déjà en une autre occasion l'impossibilité absolue, l'absurdité qu'il y aurait à vouloir trouver ici la proclamation de l'origine laïque, non-lévitique de Sadoq. A toutes les époques de l'histoire et dans toute la littérature biblique, notamment dans le Deutéronome et dans la Bénédiction de Moïse, la tribu de Lévi se présente comme la tribu sacerdotale ; partout le service de l'autel et de l'arche d'alliance forme l'apanage exclusif de Lévi ; toujours aussi les titres de la tribu sont reportés aux origines mêmes de la nation. Il n'y a nulle trace d'une tradition quelconque en vertu de laquelle les prêtres de Jérusalem et le grand prêtre à leur tête, se seraient jamais fait gloire d'être étrangers à la tribu de Lévi. Où trouvera-ton un temps et un milieu où une idée pareille aurait régné parmi les rangs du clergé ? Là où le caractère héréditaire des fonctions sacerdotales est affirmé ou supposé, leur caractère lévitique l'est en même temps ; le premier ne se conçoit qu'en conséquence du second. Pour l'auteur du morceau que nous venons de traduire, le sacerdoce se transmet dans une même race de père en fils ; cette institution remonte à l'époque du séjour en Egypte ; elle est d'une rigueur absolue : c'est à la maison choisie par Jéhova et à elle seule que toutes les offrandes des enfants d'Israël ont été données en partage. Peut-on s'imaginer qu'une théorie aussi fermement établie ait pu se former antérieurement à la conception du sacerdoce lévitique ou à côté et en dehors de celle-ci ?

(Certes, ce n'est point l'intention de l'auteur de nous faire voir en Sadoq un étranger à l'antique race sacerdotale ; et les récits des livres de Samuel ne font que confirmer à cet égard

(1) Ou */6'>/ (lan« Tune des divisions sacerdotales (?)

(2) 11 n*y a pas lieu d'appliquer à Samuel la paiolc du v. 3.5, comme le ront> Thenius et Graf.

là conclusion contraire qui se dégage du discours de l'homme de Dieu. D'après les récits en question Sadoq ne doit point ses titres à la faveur du roi ; il n'est point créé prêtre par un acte de David. Du premier moment où nous le voyons sur la scène, il apparaît comme investi de plein droit du caractère sacerdotal.

Ces observations, nous le savons, n'expliquent point le langage du prophète qui fait entendre à Eli les menaces de Jéhova ; elles ne mettent que mieux en lumière la difficulté très sérieuse soulevée par les vv. 28-30. Le discours comprend deux parties. La première est consacrée à stigmatiser l'indignité de Eli et de ses fils (v. 27-29). La seconde annonce la vengeance que Jéhova s'apprête à tirer des prêtres prévaricateurs (30-35). Cette vengeance se manifestera d'une double manière : d'une part la maison de Eli sera frappée d'un malheur qui n'y hiissera que peu de survivants ; d'autre part elle se verra supplantée par un adversaire triomphant. Les deux manifestations de la colère divine sont énoncées ensemble aux vv. 31 32. Elles sont ensuite exposées distinctement : la maison de Eli essuiera un massacre dont elle ne pourra point poursuivre la réparation ; c'est une allusion au massacre des prêtres de Nob par Saûl. Le signe précurseur de cette calamité sera la mort de Hophni et de Pinehas (33-34). Une nouvelle lignée sacerdotale remplacera celle de Eli ; les descendants de Eli se trouveront dans une condition subordonnée aux prêtres de la maison de Sadoq (35-36).

L'intérêt pour la question que nous étudions réside dans le fisdt que « la maison de Eli et la maison de son père » semblent envisagées en bloc comme formant la seule maison sacerdotale, depuis l'époque du séjour en Egypte jusque aujourd'hui. C'est sur cette maison, élue en Egypte, que le châtiment divin va fondre ; c'est cette maison qui sera supplantée par Sadoq et ceux de sa race. Tout le monde reconnaîtra qu'à prendre les expressions au pied de la lettre, la lignée de Sadoq devrait être tenue comme entièrement nouvelle ; comme avant succédé à celle qui, seule, avait exercé le sacerdoce depuis l'origine.

A nous en tenir strictement aux termes de la harangue de l'homme de Dieu, cette interprétation serait sans aucun doute la plus naturelle. Mais, comme nous l'avons remarqué tout à l'heure, elle est incompatible avec le fait certain que le caractère héréditaire de la vocation et des fonctions sacerdotales est inséparable, d'après la loi comme d'après la tradition historique du peuple hébreu, des titres établis à l'origine par le choix de Jéhova. Quels qu'eussent été en fait les ancêtres de Sadoq, du jour où l'on en vint à considérer le sacerdoce comme se transmettant par droit d'hérédité, Sadoq dut sans aucun doute être considéré comme issu de la souche à laquelle la prérogative du ministère sacré avait été attribuée par Jéhova ; et l'organisation du culte, notamment en ce qui concerne la constitution du sacerdoce, était datée des origines mêmes de la nation. Le prêtre fidèle dont la maison remplacera la maison déchue de Eli, devait aux yeux de l'auteur de 1 Sam. II 27 ss., être apte par sa naissance même à remplir les fonctions sacerdotales.

Le sens des paroles rapportées dans le passage en question, ne peut être que celui que nous avons exposé dans nos Nouvelles études sur la Restauration juive. C'est la maison de Eli en particulier, et non pas toute la race sacerdotale, qui essuiera directement le châtiment divin. La maison de Eli fut élue en Egypte, non pas isolément, mais en tant que renft^rmée dans la souche qui fut, déjà alors, marquée par le choix de Jéhova. C'est en ce sens seulement qu'à l'époque du séjour en Egypte la maison de Eli put être api^lée par Jéhova au service de son autel. Cette vocation est rappelée par l'homme de Dieu, parce que, sans être restreinte à la seule famille coupable, elle n'en avait pas moins été pour celle-ci un bienfait aggravant la faute des prêtres prévaricateurs. Eli et ses fils se sont montrés indignes de la faveur qui avait été accordée à la race dont ils sont issus ; ils ont été ingi*ats envers Jéhova. Pour mettre cette ingratitude en relief, il fallait envisager l'élection de la race sacerdotale dans sa relation spéciale avec la famille de Eli. Les châtiments annoncés par le prophète visent manifes^

tement la seule maison de ce dernier, c'est à-dire la maison que des rapports de parenté assez proche groupaient sous lautorité dii^ecte de Eli : c'est dans la maison de Eli qu'il ne restera pas un vieillard ; c^est pour Eli, c'est-à-dire pour venger ceux de sa famille, que Jéhova n'arrachera personne de l'autel ; c'est la majeure partie de la maison de Eli qui périra par le glaive ; c'est Eli (=- la maison de Eli) dont la vie se consumera au lieu de se perpétuer à jamais, c'est la mort de ses deux fils qui sera le signe précurseur des calamités à venir ; ce seront ceux qui resteront de sa maison qui viendront faire hommage à Sadoq (= à la maison de Sadoq) pour obtenir une pièce d'argent et un morceau de pain. Or il est manifeste que l'auteur ne pouvait pas considérer la maison dont Eli était le chef naturel, comme ayant représenté exclusivement à elle seule, jusque au jour de la réprobation, la race élue à l'origine. Et de même que les membres survivants de la famille de Eli, malgré leur déchéance, n'en resteront pas moins prêtres (v. 36), de même ceux qui remontaient par quelque autre lignée à la souche commune à l'époque de l'Exode, devaient avoir, aux yeux de l'auteur, conservé par droit de naissance leurs titres à l'exercice du ministère de l'autel. Il n'y a donc dans les paroles mises dans la bouche du prophète, rien qui puisse nous obliger à admettre que Sadoq est présenté en cet endroit comme un nouveau venu dans les rangs du clergé.

Demandons-nous à présent si, du discours de 1 Sam. Il 27 8S., il est permis de conclure quelque chose relativement à l'organisation de la tribu sacerdotale. Nous l'avons dit, la doctrine sur le caractère héréditaire des fonctions sacrées, proclamée en ce passage, suppose déjà reconnue la compétence spéciale de la tribu de Lévi. Lorsque l'homme de Dieu rappelle à Eli la faveur dont sa maison, la maison de son père, fut l'objet de la part de Jéhova, est-ce l'origine lévitique de cette maison à laquelle il fait allusion i La race dans l'élection de laquelle se trouva impliqué le bienfait dont Eli et ses fils se sont montrés indignes, est-ce la tribu de Lévi i On pourrait être tenté de l'inférer de la parole du v. 28 : « J'ai élu (ton père

ou la maison de ton père) d'entre toutes les tribus d'Israël comme prêtre à mon service, pour monter à l'autel » etc. (i). Cependant la conclusion ne serait pas justifiée. De même que d'après le Deutéronome le lieu unique du culte sera choisi par Jéhova d'entre toutes les tribus, et que dans le livre des Rois Jérusalem est la ville choisie d'entre toutes les tribus (1 R. XI 32), de même une famille déterminée pouvait être choisie d'entre toutes les tribus d'Israël. — Nulle part nous ne retrouvons la moindre trace d'une tradition rapportant à l'époque du séjour en Egypte l'élection de la tribu de Lévi. Les plus anciens documents qui nous fournissent quelque donnée relative à la vocation de la tribu, la font dater du désert. Or 1 Sam. II 27 affirme avec insistance que ce fut déjà auparavant, alors qu'elle était en Egypte, que la maison de Eli, la maison de son père, tut choisie par Jéhova. L'auteur doit avoir eu en vue des faits antérieurs à l'Exode. L'histoire des événements qui précédèrent et préparèrent la délivrance du peuple asservi, met en scène, comme instruments de Jéhova dans l'accomplissement de l'œuvre. Moïse et Aaron. C'est de l'époque de la servitude que date l'élection d' Aaron ; et encore une fois, tels textes de l'Hexateuque dont tous s'accordent à reconnaître l'origine ancienne, rapportent déjà, comme parfaitement fixée, la succession d*Aaron-Eléazar(-Pinehas), établie en possession héréditaire du sacerdoce. Au reste le sujet élu par Jéhova comme vrêtre à son service, pour monter à l'autel, pour porter l'éphod, etc., ne peut être une maison ou une race, mais un personnage ; or ce n'est point au patriarche Lévi, au père de la tribu, mais bien à Aaron que cette donnée s'applique.

C'est donc, semble-t-il, dans la race d' Aaron que l'auteur de 1 Sam. II 27 ss. considère la maison de Eli et de soù père

(1) Verworpen weitl de familie die van don aanvang af by de ark vin Jahveh den piiesteiniienst had waargenomen. Docb destam die in en met haar boven aile andere stammen tôt de bel lige bandelingen werd uitvei-koren, bleef in het bezit zijner voorrecbten. Nict uit die familie, maar uitden stam I^evi was Zadok gesprot^n ; enz. (Kuenen Zadok en de Zadokiclen Tbeol. Tydschr. III p. 486).

comme ayant été gratifiée à l'origine de l'honneur du sacerdoce. C'est la race d'Aaron, en conséquence, qui serait supposée en ce passage être la race sacerdotale proprement dite. Nous trouvons cette conclusion confirmée par la suite de l'histoire du livre de Samuel, qui raconte l'accomplissement graduel des menaces prononcées contre la maison de Eli. Lors de la catastrophe où les deux fils de Eli trouvèrent la mort, l'arche était tombée aux mains des Philistins. A son retour dans le pays d'Israël elle fiit établie sur la Gibea, près de Qiriath- Jearîm, dans le domaine d'Abinadab. Pour garder l'arche, dit le texte ch. VII v. 1, «* on consacra Eléazar son fils »» "^TI^bS'rH 13S, à savoir le fils d'Abinadab. Mais plus loin les deux fils d'Abinadab qui conduisent le char portant l'arche, s'appellent Uzza et Ahio (2 Sam. VI). Au lieu de 13n iTJb»-n« il faut lire sans le moindre doute : *^T5b»"^Da"nK les fils dC Eléazar (i). La prophétie contre la maison de Eli, au double point de vue que nous y avons distingué plus haut, entra en voie de réalisation dès la malheureuse bataille d'Eben-ha'ezer. Les deux fils de Eli restent parmi les morts ; c'est l'extinction de la famille sacerdotale de Silo qui commence. L'arche, captive des Philistins pendant quelques mois, revient en Israël pour être confiée à dautres prêb'es ; c'est la déchéance de la maison de Eli, l'exaltation d'une autre maison sacerdotale ; c'est de celle-ci que sortira «* le prêtre fidèle »» dont le triomphe consommera la ruine de la famille maudite. Celle-ci parvint à ressaisir, un moment, son ancienne situation ; nous en retrouvons bientôt, en eifet, les représentants attachés au service du sanctuaire. On s'explique aisément un revirement de ce genre à la faveur des circonstances politiques. Entre les prêtres de Silo et Saûl, Samuel devait servir de trait d'union. Les prêtres à qui la garde de l'arche avait été remise au moment de son retour en Israël, furent dépossédés par Saûl soumis à Imfluence de Samuel ; et la maison de Eli, parmi laquelle Samuel avait grandi, recouvra

(1) Cfr. Pools Le sanctuaire de Qiriath-Jearim 1894 p. 62 ; HUt. crit, du ianct. de l'arche 1897 p. 239; et nos Nouvelles études sur la Rest juive^ 1896, p. 99 8.

son prestige. Mais ce relèvement fut de courte durée. On sait dans quelles circonstances la maison d'Achimelek, héritière de celle de Eli, tomba à son tour dans la disgrâce de Saùl. Après le massacre de Nob, Abjathar se réi'ugia auprès de David avec Téphod. C'est également aux côtés de David que nous voyons bientôt Sadoq apparaître spontanément sur la scène (2 Sam. VIII 17) (i). La lutte qui s engagea pour la prépondérance entre Sadoq, descendant et chef des fils d'Eléazar, et Abjathar, survivant de la maison de Eli, se termina sous Salomon par la chute d' Abjathar.

(1) Nous croyons que •« les flls d'Eléazar », les premières victimes de la défaveur de Satil, avaient, avant Abjathar, embrassé la cause do David D'après 1 Sam. XXII 19 tous les habitants de Nob [)érirpnt par le glaive ; les âls d'Eléazar semblent ne plus avoir été là en ce moment ; il n'est tait aucune mention do leur préservation. On conçoit du reste sans peine qu'après Télé vation de la maison d'Achimelek, héritière de celle de IH, les piètres dépossédés de Qiiiath .leaiim n'aient point voulu reconnaître la suprématie de la famille riviUe, alors même que le choix leur en fût resté. La disgi'âce qui les atteignait, en les éloignant de SaUl, les rapprochait naturellement de David dont ils n'auront plus abandonné le parti. Si dans la suite nous voyons Abjathar constamment aux côtés de David, c'est quMl était porteur de TEphod. Sadoq ne jouissait pas d'un moindre prestige et ce n'est point au service de Satil, qu'il aura, après la mort d'Achimelok, préparé sa fortune futuiu Durant les dernières années de Satil, le sanctuaire public, d'après notre manière de concevoir la suite des événements, n'aura plus été régulièi'ement desservi par le clei-gé. Cette suspension de la célébration du culte éUiit la suite naturelle du désordre que causèrent, après la mort de Samuel, les guerres avec les Philistins et surtout les dissensions intestines : les iils d'Eléazar, supplantés par la maison d'Achimelek, s'étaient i^etirés ; de la maison d'Achimelek il ne resta plus, après le massacre de Nob, qu'Abjathar réfugié chez David. Le livre des Chroniques rapporte un écho significatif de cette situation : ** Durant les jours de Satil, dit David, nou^ n'avons point rendu le culte d l'arche - (1 Chi*on. XIII 3). L'époque visée par cette parole est celle qui suivit la mort de Samuel David commença par réorganiser le culte. Par une mesure provisoire U sépara l'arche de l'autel. Il avait besoin de garder auprès de lui Abjathar, porteur des instruments de l'oracle divin. 11 confla donc à Abjathar la garde de l'aiche ti*ansportée â Jérusalem. Ne voulant point donner à Sadoq une position subordonnée à celle de son rival, il laissa l'autel des holocaustes au sanctuaire de Qiriath-Jearim avec Sadoq comme ministre suprême du culte. — On trouvera un exposé différent des faits chez Poels Examen critique de V histoire du sanctuaire de V arche p. 250 ss.

Cet ensemble de faits et leur rapport avec la prophétie de 1 Sam. II, supposent qu'au sein da la tribu de Lévi les fonctions sacerdotales proprement dites formaient l'apanage héréditaire de certaines familles d'un ordre plus élevé, dont la tradition faisait remonter l'origine commune à Aaron (1. c. V. 27).

§ 4. Le Deutéronome.

Nous avons entendu plus haut (i) que le Deutéronome et les parties du livre de Josué qui présentent avec le Deutéronome des affinités bien définies, donnent aux ministres sacrés chargés de porter l'arche, le nom de prêtres "jl^isn ^^W D'^SHS (Deut. XXXI 9 ; Jos. III 3, 6, 8, 13, 14, 17 ; IV 9, 10, 11, 16 ; VI 4, 6, 8, 12; VIII 33). C'est une explication peu sérieuse de dire, comme certains exégètes l'ont fait, que dans les circonstances visées en ces passages, les prêtres portaient l'arche par mesure exceptionnelle. Quand nous lisons Deut. XXXI 9, que Moïse remit la Loi écrite «* aux prêtres fils de Lévi qui portaient t arche d'alliance de Jéhova et à tous les Anciens d'Israël »», il ne peut évidemment pas être question d'un ministère extraordinaire rempli par les prêtres. Les fils de Lévi ne sont pas considérés ici dans l'exercice effectif de leurs fonctions, comme porteurs de l'arche ; ce n'est pas tandis qu'ils portaient l'arche que Moïse leur remet le livre de la Loi ! Cette fonction est donc mentiormée simplement comme attribut habituel des prêtres fils de Léoi. On ne saurait alléguer, pour expliquer des textes comme celui que nous venons de rappeler, que les prêtres prenaient part au transport de l'arche et qu'ils sont nommés do préférence aux lévites en leur qualité de membres supérieurs du clergé. Le prédicat porteurs de t arche exprime manifestement dans notre passage, une fonction propre aux ministres en vue, et l'on ne conçoit point que l'auteur, s'il avait songé à une classe de membres supérieurs du clergé, eût choisi pour les caractériser, un attribut appar-

tenant au moins à titre égal aux membres de la classe inférieure. Il serait d'ailleurs tout aussi étonnant que dans les passages cités du livre de Josué, il eût toujours et exclusivement nommé les prêtres comme porteurs de larche, s'il avait eu le souci de distinguer de ces prêtres d'autres ministres du culte, ayant pareillement pour mission spéciale de porter l'arche d'alliance. Enfin il faut considérer, en regard du fait particulier que nous venons de signaler, ce phénomène plus général que dans le Deutéronome les prêtres sont nommés non point fils d'Aaron, mais fils de Lévi, ou encore prêtres lévitiques (XVIIl 1, XXI 5, XXVII 9, XXXI 9) ; la tribu de Lévi tout entière semble appelée indistinctement aux fonctions sacerdotales X 8, XXXIII 8-10. Le lecteui' se rappellera aussi Jer. XXXIII 21.

Il n'y a pas à discuter la réalité patente de ce fait : dans les parties deutéronomiques de THexateuque, le nom de prêtres n'est pas exclusivement réservé à une portion spéciale de la tribu lévitique.

Driver remarque très justement que dans la terminologie du Deutéronome il y a une différence, sans doute, entre «* prêtre »> et ** lévite »» (i). Le lévite c'est le membre de la tribu de Lévi, sans détermination ultérieure ; ce nom n'implique par lui-même aucune notion d'infériorité. Le prêtre, c'est le lévite quelconque en tant qu'investi du droit à l'exercice des fonctions sacrées. La différence est nettement marquée XVIII 3, 6. Il est manifeste, au v. 6, que ** le lévite »» qui, de la ville où il demeure, arrive au lieu choisi par Jéhova pour s'y engager au service du culte, n'est pas le simple lévite au sens où celui-ci se distingue du prêtre (2). En d'autres endroits il en est de même. Lorsque, p. e. Deut. XII 12, 18, 19, ** le lévite « est recommandé à l'attention du peuple dans la destination donnée aux produits qui forment la part de Jéhova, pour le motif qu'il

(1) Deuteronomy p. 219.

(2) D'autre part le simple lévite ne doit pas non plus être censé exclu de la disposition foimulée en cet endroit ; se rappeler ce qui a été dit plus haut, p. 26 ss.

n'a point d'autre part parmi ses frères ; cette raison s'appliquant en général à toute la tribu lévitique (XVIII 1-2), montre que la recommandation vise tous les membres quelconques de la tribu qui vivent dispersés sur le territoire. Rien ne justifierait dans les passages en question une interprétation du nom de lévùe en un sens plus restreint.

Cependant des observations qui précèdent il ne faut point tirer des conclusions qu'elles ne renferment point. Dans les écrits sacerdotaux le titre de prêtre est réservé aux filsd'Aaron ; l'appellation de lévite est plus spécialement donnée aux autres membres de la tribu. Mais par l'emploi différent qu'il fait de ces deux termes, le Deutéronome ne montre en aucune façon que la distinction entre fils d'Aaron et autres ministres du culte lui est inconnue. La diversité dans l'emploi des termes s'explique parfaitement par la différence des points de vue. Les fils d'Aaron qui appartenaient, en somme, à la tribu de Lévi, pouvaient certes être appelés, en ce sens, lévites, ou prôti'es lévitiques. Pourquoi, d'autre part, dans la langue populaire par exemple, le titre de « prêtre >• n'aurait-il pu servir en général à désigner le ministre du culte comme tel, sans distinction de degrés ? Nous avons appris, par d'autres témoignages, que la distinction entre Aaronides et simples lévites était parfaitement compatible avec l'attribution du titre de prêtres à ces derniers. Tout ce qu'il est possible de voir dans le Deutéronome, c'est que le nom de prêtre s'y présente en un sens plus large, dans une acception peut-être plus populaire (i) que dans le code sacerdotal ; que le nom de lévite y est employé régulièrement dans sa signification générique de membre de la tribu de Lévi. Les deux phénomènes sont corrélatifs. Ils s'expliquent d'autant plus aisément que les circonstances, ainsi que nous l'avons exposé, avaient favorisé le développe-

(1) DiUmann Num. DetU. Joëua p. 324.

ment du prestige et des prérogative^s des simples lévites, bien avant 1 époque où le Deutéronome reçut sa forme actuelle ; que les lévites s étaient vu attribuer des fonctions de plus en plus rapprochées de celles de leurs frères ; qu'ils avaient été introduits au service même de Tautel (i).

Dans le code sacerdotal, disions-nous, le nom de prêtres est réservé aux seuls fils d'Aaron ; celui de lévites y sert à désigner les autres membres de la tribu. Il convient cependant de remarquer que cette règle n'est pas sans exception, du moins pour ce qui regarde le second point. Num. XXXV 2, 6, 8 « les lévites »» comprennent aussi les prêtres proprement dits ou les fils d'Aaron. Il en est de même Jos. XIV 4, XXI 8. Au ch. VI de l'Exode l'origine lévitique des Aaronides est expressément inculquée vv. 16 ss. ; la table généalogique est suivie, au v. 25, de cette notice qui s'applique aux ancêtres de la race sacerdotale aussi bien qu'aux autres personnages énumérés : «* ceux-là sont les chefs des lignées des lévites, suivant leurs familles «. Num. XVII Aaron apparaît en qualité de chef et de représentant de la tribu de Lévi en regard des autres tribus. Il ne suffit donc point de signaler dans un document l'eujploi de la formule ** prêtres lévitiques « ou « fils de Lévi « pour être en droit de lui attribuer une origine antérieure au code sacerdotal, bien que la formule en question ne porte point la marque de l'esprit propre à ce dernier. Notons en passant qu'à la lumière des textes que nous venons de citer, le titre de lévite par excellence donné à Aiiron Eœ. IV 14, ne laisse pas de doute sur sa véritable portée. — D'autre part, nous rappellerons encore que dans son histoire des rois de Juda, le Chroniste va jusqu'à appliquer en commun le titre de prêtres aux Aaronides et aux simples lévites («). Le prophète Malachie, après l'exil, parle de la tribu de Lévi comme d'une tribu de prêtres (II 4, 8 ; III 3). Nous avons entendu un écho de cet usage jusque chez Philon distinguant les prêtres de

(1) 2 Chi*ou. XKIX 34 ; XXXV, 3. Voir plus haut p. 2.5 ss.

(2) plus haut, p. 28 s.

premier rang de ceux de second rang ; les tenues dont se sert le philosophe juif se comprendraient le mieux, avons-nous dit, comme un vestige conservé dans le langage, de la considération dont les ministres d'ordre inférieur jouissaient en des temps plus anciens et nous rappellent en particulier 2 R. XXIII 4. Serait-il impossible ou très surprenant, que le Deuléronome qui s'adressait au peuple et lui était destiné, eût, dans sa seconde rédaction datant probablement du septième siècle (i), suivi l'usage de comprendre les lévites aussi bien que les prêtres d'un rang supérieur, sous la désignation commune de prêtres, prêtres lécitiques ou fils de Lévi ? Nous avons cru devoir inférer des relations conservées dans le livre des Chroniques, que cet usage régnait avant l'exil ; et les données recueillies dans les livres historiques préexiliens n'ont fait que confirmer notre opinion à cet égard.

Signalons à ce propos un passage particulièrement intéressant, Jos. XVIII 7. Les chapitres XVIII-XIX du livre de Josué renferment la description du partage du territoire entre les sept tribus qui n'avaient point jusque là reçu leurs lots respectifs. Le récit commence XVIII 1 et finit XIX 54 par des notices qui trahissent chez leur auteur la connaissance des institutions sacerdotales. Cependant, comme nous l'avons déjà relevé ailleurs, il est des critiques tels que Wellhausen et Kuenen, qui rapportent les morceaux XVIII 2-6, 8-10 à une source plus ancienne que le v. 1. Le v. 7 serait une addition deutéronomique pareillement plus ancienne que le v. 1. Cette appréciation n'est pas admissible. Le v. 1 constitue la transition nécessaire des chapitres précédents au récit qui va suivre ; au ch. XIV v. 6 on se trouve encore à Gilgal, tandis que XVIII 8-9 on est à Silo ; la présence de l'arche est supposée vv. 6, 8, 10 ; la mention de l'arrivée à Silo et de l'établissement du tabernacle en cet endroit, se trouve donc parfaitement à sa place au v. 1. Dire que notre v. 1 doit être considéré comme une interpolation empruntée à P* pour remplacer la

(1) Vr. notre étude sur le Lieu du culte,., p. 47.

transition primitive propre au récit des vv. 2 ss. ; prétendre que primitivement le passage XVIII 2 ss. aura été précédé de la notice XIII 1, 7 (où les «ep^ tribus auraient été remplacées dans le texte actuel par neuf et demie), tandis que le V. 1 du ch. XVIII trouverait sa place naturelle avant XIV 1-5, ce sont là des opérations arbitraires et contraires à toute vraiseml)iHnce (i). Reuss préférait reconnaître que XVIII 2 ss., aussi bien que v. 1, appartenait au code sacerdotal (t). Dans tous les cas la relation a été composée dans sa forme actueUe par un auteur ayant à sa disposition les éléments fournis par ce dernier document ; en d'autres termes, c'est l'auteur même des vv. 2 ss. qui a placé la notice du v. 1 en tête de son récit, et qui a clôturé sa description par XIX 54.

Que penser à présent de XVIII 7, où nous lisons que « les lévites n'ont point de part parmi les enfants d'Israël ; que le sacerdoce de Jéhova est leur héritage » ? S'il faut y voir une addition deutéronomique, il en . résultera, conformément aux conclusions auxquelles nous avons été conduit par ailleurs, que les institutions du Deutéronome ne sont pas antérieures à celles du code sacerdotal.

On pourrait demander si, en aucun endroit, les parties deutéronomiques de THexateuque n'affirment la distinction hiérarchique et native établie par le code sacerdotal entre les Aaronidos et les simples lévites ? Certains passages du Deutéronome sont cités assez communément en témoignage de la connaissance que l'auteur aurait eue de cette institution. Nous n'aurions pas le droit de nous étonner que le livre renferm&fc des données de cette nature, puisque nous avons de très bonnes raisons de croire que l'organisation en question existait è l'époque où il fut composé ou refondu. Mais, de fait, aucun texte deutéronomique napporte à cet égard un témoignage

(1) Vi'. notre Lieu du culte p. 81 s.

(2) Lhist. sainte et la Loi I p. 216 s.

précis et irrécusable. La considération générale que nous avons exposée plus haut, à savoir que les dénominations de prêtre et de lévite sont employées dans le Deutéronome en un sens plus large que dans les documents sacerdotaux, établit d'avance, pour les cas particuliers où le texte pourrait prêter à l'équivoque, une présomption en faveur d'une interprétation analogue. Si nous n'avions que le Deutéronome, il serait, certes, impossible de fournir la preuve que la tribu lévitique était divisée en une catégorie de ministres supérieurs auxquels était exclusivement réservé le sacerdoce proprement dit, et une autre catégorie de membres, subordonnés aux premiers, et qui n'étaient appelés prêtres qu'en un sens plus large.

Ainsi au ch. XXXI v. 24 ss., nous lisons : ^ Quand Moïse eût achevé d'écrire ces préceptes de la Loi dans un livre, il donna ordre œux lévites qui portaient t arche d'alliance de Jéfiova, disant : prenez ce livre de la Loi et déposez-le à côté de l'arche d'alliance de Jéhova votre Dieu ». Ici «* les lévites »» sont expressément mis en scène comme porteurs de l'arche. Mais au V. 9 le même rôle est attribué aux « prêtres fils de Lévi y>. Comme nous l'avons dit, en ce dernier endroit le qualificatif de " prêtres » donné aux ministres sacrés, ne prouve point que l'auteur ignorait la distinction entre Aaronides et autres lévites ; ces derniers pouvaient être, ici comme ailleurs, compris sous ce titre entendu au sens plus large. D'autre part au V. 25, personne ne saurait démontrer qu'il s'agisse dans ridée de l'auteur de lévites d'un rang inférieur aux prêtres proprement dits. Non point précisément pour la raison alléguée par Dillmann (i) et reprise par Driver (2), à savoir que les lévites du code sacerdotal ne pouvaient point entrer dans le Saint des Saints ; car Moïse, en notre passage, pouvait confier aux lévites la charge en question dans le même sens où, d'après 2 Chron. XXXV 3, le roi Josias leur tenait ce langage : « Laissez (3) l'arche sainte dans la maison que bâtit Salomon

(1) Num, Deut. Jos. p. 391.

(2) Deuteronomy p. 343.

(3) Littéralement : Déposez,,, 13n,

fils de David ...» ; — mais pour le motif bien simple que le parallélisme entre les vv. 9 et 25 nous oblige à reconnaître aux termes employés dans les deux passages, la même valeur objective. Au V. 9 les prêtres fils de Lévi sont les lévites (-» les membres de la tribu de Lévi) ; au v. 25 les lévites sont les prêtres fils de Lévi ou tout au moins les comprennent. Encore une fois, on peut soutenir, pour des raisons empruntées à d'autres sources, qu'il y avait une catégorie de ministres inférieurs du culte, spécialement désignés sous le nom de lévites dans les cercles sacerdotaux, et qui, parmi leurs attributions, avaient eu surtout, à l'origine, celle de porter l'arche d'alliance ; mais on ne saurait le démontrer par les termes dont le Deutéronome se sert XXXI 25, vu que le nom de lévites en ce livre est généralement employé au sens plus large de membres de la tribu de Lévi (i).

Le rapprochement entre les vv. 9 et 24 ss. rious offre cependant un avantage dont il faut tenir compte. Aux vv. 24 ss. nous apprenons pourquoi l'auteur, au v. 9, nous présente « les prêtres fils de Lévi »> comme ^ porteurs de l'arche » . Ce n'est point que cette fonction lui semblât surpasser en importance les autres prérogatives sacerdotales ; mais simplement à raison de Tordre qui. sera donné aux mmistres sacrés, de déposer le livre à coté de larche. Bien qu'on ne puisse pas la justifier par le Deutéronome lui-même, celui-ci ne s'oppose pas non plus à l'explicîition qui voit dans les « porteurs de l'arche » en question, des prêtres de rang inférieur. Aux endroits cités plus haut du livre de Josué, Tépithète «< porteurs de l'arche » donnée à plusieurs reprises aux prêtres, s'explique pareillement par la circonstance que les prêtres en vue se trouvent précisément associés à l'arclie elle-même dans le récit.

De Deut. XXVI I 9 comparé à 12, 14, il est tout aussi inutile de chercher à tirer aucune conclusion positive, en faveur de la distinction entre prêtres aaronides et simples lévites. Les « lévites « (lu v. 14, « les prêtres lévitiques »» du v. 9, sont de

(l) Se rappeler XVIII 6.

part et d'autre les membres de la tribu de Lévi chargés de proclamer à haute voix les malédictions que le peuple devra ratifier. Le reste de la tribu a sa place marquée parmi les autres, v. 12.

Le V. 8 du ch. X, mis en regard de XVIII 5, pourrait suggérer l'idée qu'au premier de ces deux endroits l'office de porter l'arche est, d'une manière implicite mais pourtant positive, recomiu à des ministres de rang inférieur. Au ch. XVIII en effet, là où il est expressément question du prêtre au sens rigoureux (v. 3), nous lisons, v. 5, qu'il a été élu ^ pour se tenir en station, afin d'exercer le ministère au nom de Jéhova «. Tandis que, X 8, où il s'agit de la tribu lévitique tout entière, l'énumération, conçue suivant un ordre de gradation ascendante, commence par un office parfaitement distinct : la tribu de Lévi a été élue « pour porter l'arche d'alliance de Jéhova, pour être en station devant Jéhova, afin d'exercer le ministère et de bénir en son nom ». — Il est possible que rinterprét'ition suivant laquelle le premier des offices énumérés serait implicitement réservé ici à des membres inférieurs du clergé, réponde à l'idée de l'auteur ; mais on ne saurait guère le prouver. Au ch. X v. 8 les offices sont attribués en commun à toute la tribu de Lévi ; d'autre part au ch. XVIII v. 5, il s'agit uniquement, semble-t-il, de motiver l'attribution faite aux prêtres de la part qui leur revient dans les offrandes sacrées ; à cet effet il aurait pu paraître superflu de parler de leur vocation comme « porteurs de l'arche ». Cependant, étant donné que la distinction des deux ordres du clergé est attestée par ailleurs, il faut con- "venir que la diffîérence observée entre X8et XVIII 5 s'harmonise bien avec la situation.

La Vulgate distingue en termes explicites les lévites des prêtres au v. 1 du ch. XVIII : ^ sacerdotes et levitae »». Mais le texte massorétique n'a pas la particule conjonctive et porte B^lbn D'^înSn, les prêtres lécitiques, ce qui est conforme à la terminologie habituelle du Deutéronome (i). Le contexte ne

(1) plus haut. p. 174.

permet point de trancher la question à l'avantage de la leçon de la Vulgate. Au v. 1 lexpression générale toute la tribu de Lévi ■•ib ttQIIJ bS qui est mise en apposition aux termes en cause, peut aussi bien se comprendre comme renchérissant sur les <* prêt7^es lévitiques « que comme résumant « les prêtres et les lévites « : non seulement les lévites engagés au service du sanctuaire, mais tous les lévites quelconques, même ceux qui vivent dispersés sur le territoire, n'auront ])oint de part ni d'héritage en Israël ; ils vivront des offrandes à feu et de la part de Jéhova. — Il n'est pas exact que dans les versets suivants (3, 6 ss.) les prêtres et les lévites soient considérés comme deux catégories distinctes de ministres ; comme il a été remarqué plus haut, il est manifeste qu'au v. 6 le terme lévite ne s'applique pas au ministre inférieur à l'exclusion du prêtre proprement dit.

Au ch. X V. 8 du Deutéronome, dit-on, les membres de la tribu lévitique sont indistinctement reconnus aptes au ministère sacerdotal. Qu'on prenne garde, en partant de là pour conclure à l'absence de distinction entre Aiironides et autres lévites, de fonder un argument sur une équivoque ou une confusion. Il est vrai qu'en ce passage, du moins à le prendre isolément (i), on ne voit nulle trace de distinction entre les membres de la tribu lévitique et qu'à toute la tribu, prise en commun, sont attribués les offices qui s'exercent dans la célébration solennelle du culte. Mais s'en suit-il qu'au sens de notre texte chaque membre de la tribu soit reconnu également apte, en droit, à tous les offices du ministère i La réserve qu'il convient ici d'observer se trouve justifiée d'une manière toute spéciale par Deut. XXXIII 8 ss. En cet endroit, ce ne sont pas seulement les holocaustes et les offrandes d'encens, ce

(1) Suivant (îcrtains auteurs, coiiimo nous venons de le rappeler à la page pi'écédeiilo, le rappnxîlienient avec WUl 5 permettrait (l'interpréter autrement le passage en question.

n'est pas seulement en général la mission d'enseigner la Loi, qui font l'apanage de Lévi ; mais l'insigne de l' Urîm et Tumtnîm, la consultation de l'oracle divin est également énumérée parmi ses privilèges (i). Or l'histoire nous apprend que cette consultation était le privilège exclusif et caractéristique du chef de l'ordre sacerdotal (2). D'autres livres d'ailleurs nous ont familiarisés avec des généralisations d'apparence plus grave. Qu'on relise à ce propos les passages du livre des Chroniques dont nous avons parlé plus haut, p. e. 2 Chron. XI 14 ; XXIX 4, 11 ; XXX 15, 22, 27, XXXI 2 etc. (3). Il ne doit pas nous surprendre, en présence de ces textes, que le Deutéronome lui aussi ait pu attribuer en commun à toute la tribu lévitique, les diverses fonctions qui ont pour objet le ministère du culte.

Au chap. X V, 6 du Deutéronome le sacerdoce d'Aaron et de son fils Eléazar est mis en relief et distingué de la vocation de la tribu de Lévi. Dans l'hypothèse que la notice en question soit de la même main que le v. 8 (4), il y a lieu de signaler l'attestation formulée dans ce passage, de la situation spéciale occupée par les Aiironides au sein de la tribu lévitique. La maison d'Aaron était déjà investie des prérogatives sacerdotales quand la tribu de Lévi fut appelée. Cette observation serait de nature à confirmer la conjecture qu'au v. 8 la mission de porter l'arche est mentionnée comme le rôle propre des lévites étrangers à la race d'Aaron (5). Nous avons vu que dans les autres parties de l'Hexateuque, ainsi que 1 Sam II 27, l'élection de cette dernière est pareillenient rapportée avant la vocation de la tribu de Lévi.

(1) Voir plus haut p. 132 s.

(2) Voir notre Lieu du culte p. 13 (et plus loin dans la présente étude) ; — cfr. Driver Deuteronomy p. 220.

(3) Voir p. 27 8., 30, 31.

(4) Vr notre dissertation Le lieu du culte,., p. 79.

(5) Voir p. 181.

Ce qui est encore à prendre en considération, c'est l'affinité que présentent avec des passages deutéronomiques bien caractérisés, certains règlements exposés dans les Chroniques au sujet des lévites. Nous avons entendu qu'au rapport des Chroniques il y avait, avant l'exil, une section de lévites apjjelés à remplir dans les villes d'Israël les fonctions de D'^DSTDI D'^tBTD de magistrats et déjuges. Ces deux termes, en raison de leur association assez fréquente, nous ont paru devoir se rapporter à des fonctions présentant entre elles une certaine analogie et répondre à une institution bien déterminée. Ce n'est pas à l'époque même du Chroniste que les lévites remplissaient dans les villes juives le rôle dont il s'agit ; la donnée doit avoir été recueillie par l'auteur à des sources plus anciennes. Or il se fait précisément que dans les parties deutéronomiques de l'Hexateuque nous trouvons la même association des D'HDTB D''ttStt3\ Nous lisons p. e. Deut. XVI 18 : ** Tu te donneras des juges et des magistrats dans toutes tes portes »» (i). Il semble que nous soyons en droit de faire valoir ce rapprochement comme un nouvel indice de la justesse de notre appréciation, qui rapporte à l'époque préexilienne les documents où le Chroniste puisa ses informations touchant les lévites formant la section des D'^DSItil D'^nDtt},

I^es prêtres et les léwites dans le llwre d^EzéeblëL

§ 1. La réforme de Josias 2 Rois XXIII 8 s, et le règlement

de Deutér. XVIII 6 ss.

Dans l'histoire de la réforme de Josias, nous lisons, 2 R. ch. XXIII vv. 8 s., que le pieux roi « fit venir des villes de Juda (à Jérusalem) tous les prêtres ; qu'il profana les bâmôth sur lesquelles les prêtres offraient l'encens depuis Geba jusqu'à

(1) en- .los. vni 33, xxra 2, xxiv 1.

-Scheba.... ; que toutefois les prêtres des bâmôth ne purent ^loint monter à lautel de Jéhova h Jérusalem, mais qu'ils furent <s=idmis à manger les mnzzôth parmi leurs frères »» .

On a mis en regard de la mesure prise par Josias un passage olu Deutéronome XVIII v. 6 s. : «* Si un lévite vient de Tune oie vos villes, en tout Israël, où il avait sa résidence, et qu'il "tienne dans toute l'ardeur de son âme au lieu que Jéhova <3hoisira, et qu'il y exerce le ministère au nom de Jéhova son X)ieu comme tous ses frères les lévites qui se tiennent là devant Jéhova; ils mangeront des parts égales, etc.. « D'ay)rès Oort <3e passage renfermerait une invitation et une promesse à X'adresse des prêtres des bamôth (notamment ceux de Samarie), '^our le cas où ils voudraient venir à Jérusalem ; Oort affirme <qu à cet égard tous les exégètes sont d'accord. Remarquons en jjassant que ceci n'est pas exact. Il ])our8uit en constatant que, ^'après 2 R. XXIII 8, la promesse reçut son accomplissement ^;ous Josias. Dans tout cela Oort trouve la preuve principale à appui de son opinion, que la réforme de ce roi fut secondée par es prêtres du royaume du Nord (i). Cette opinion n'a aucune raisemblance et cherche en vain un fondement dans les ^*extes. A l'endroit cité du livre des Rois il est dit en termes exprès que ce furent les prêtres des villes de Juda que Josias fit "^enir à Jérusalem ; quant aux prêtres du Nord, ils essuyèrent, ^après le même récit, un tout autre traitement (v. 20 coll. :i R. XIII 2).

D'autres que Oort ont voulu trouver dans la recommandation formulée Deut. XVIII 6 ss., une précaution visant les ^prêtres judéens que la destruction des bâmôth, réclamée par la législation nouvelle, allait priver de leurs ressources, et sont ^'avis que la mesure attribuée à Josias fut prise en exécution ^e la disposition deutéronomique. Il n'y a rien do moins plausible que cela. Il n'y a pas, au ch. XVIII du Deutéronome, ïombre d'une allusion aux prêtres des bâmôth. Dillmann fait ^rès justement observer que jamais le législateur n'aurait, en

(1) De Aaronieden Th. Tijdsch. XVm p. 301 s.

principe, proclamé Tégalité de ces derniers avec leurs frères ; qu'il n'aurait point pu compter, avec une aussi entière contiance, sur l'empressement du clergé de Jérusalem à recevoir les nouveaux venus. Notons qu'il est supposé, au v. 6, que «* le lévite w arrive à Jérusalem, au lieu choisi par Jéhova, pour y exercer les fonctions sacrées. Suivant la construction de la phrase lapodose ne commence pas au v. 7, mais au v. 8 (i). Il s'agit de «* lévites « qui quittent spontanément, « dans toute l'ardeur de leur âme », le lieu où ils demeurent, pour venir prendre part à la célébration du culte. Qu'y a-t-il de commun entre ces lévites et les prêtres que Josias obligea à venir à Jérusalem et qui n y purent point monter à F autel ?

Les vv. 6-8 du ch. XVIII du Deutéronome font suite très naturellement aux vv, 1-5 ; c'est le môme thème qui fait l'objet de tout le passage. 11 y est question des revenus, de l'entretien des ministres sacrés ; aux vv. 1-2 il est rappelé que la tribu de Lévi n'a pas d'autre part en Israël que celle de Jéhova ; les vv. 3-5 énoncent certaines obligations spéciales à l'égard des ministres du culte, en insistant encore sur le privilège dont le choix divin a investi la tribu lévitique. Les vv. 6-8 disposent que tous les lévites, du moment qu'ils viennent prendre service au temple, ont droit à des parts égales (2). Il est aisé de se rendre compte de la situation supposée en ces versets. Les membres de la tiibu vivent dispersés sur le territoire ; cependant le service du temple est assuré par la présence régulière d'un personnel suffisant. Celui-ci, nous le savons, était amené à la maison de Jéhova, suivant un système de relais périodiques, par groupes successifs. Les règlements concernant les classes appelées à se relayer au temple, n'embrassaient point la tribu tout ontièie, sinon il eût été superflu d'insister sur le droit de ceux qui demeuraient au loin ; ils ne s'appliquaient qu'aux familles engagées au service actif. Ces familles s'étaient naturellement rapprochées autant que possible de l'endroit où leurs

(1) Cfr. Dillmann in I.

{2) Curtiss Levit, l^riests p. 45 s.

fonctions les appelaient fréquemment ; elles devaient être fixées en grand nombre dans la ville sainte elle-même et dans les environs. Le Deut. XVIII 6 ss., pose en principe que les lévites ayant leur séjour habituel en d'autres villes, pourront toujours, quand ils le voudront, s'engager au service actif du sanctuaire ; ceux qui sont en possession ne pourront point les écarter. Certes, il ne faut point interpréter la parole du Deutéronome en ce sens qu'un lévite arrivé de n'importe où, eût pu prétendre à tout moment, sans autre titre que celui de son origine et des prérogatives qui y étaient attachées, en quelque sorte de sa propre autorité, à l'exercice immédiat des fonctions sacrées. Il a le droit de se faire enrôler^ afin de prendre part à la célébration du culte, quand son tour sera venu, avec la classe dans laquelle ses relations de famille l'auront fait incorporer. Le nouveau venu aura les mêmes droits que ses frères déjà engagés au service. Il est inutile de chercher ici une préparation quelconque au fait raconté 2 R. XXIII.

Nous avons dit plus haut que «« le lévite » de Deut. XVIII 6 n'est pas le lévite au sens restreint, le simple lévite distingué du prêtre. C'est, en général, le membre de la tribu de Lévi. [1 s'en faut, d'autre part, que le passage exprime l'égalité de 'ang pour tous les membres de la tribu. Ils sont tous aptes à « servir au nom de Jéhova », mais il ne s'ensuit point qu'ils soient tous également aptes à tous les offices. C'est ce que 3ort relève à bon droit, bien qu'il professe un avis tout spécial 3ur le motif de la réserve observée par le Deutéronome. «« La promesse du Deutéronome envers tous les lévites est conçue, iit-il, en termes équivoques (nous dirions ])lutôt en termes généraïujc). Us peuvent «« servir au nom de Jéhova ». Cela renferme t-il les offices supérieurs, notamment l'offrande des sacrifices ? On peut l'en déduire, car cela n'est point exclu ; mais la chose n'y est point explicitement énoncée. Ailleurs non plus le Deutéronome n'enseigne point que chaque lévite ait droit à cet office. Sans doute, 18, 1 et ailleurs, il est dit que les offrandes à feu (i) sont l'héritage de la tribu entière

(1) Le texte ajoute : (les offrandes à feu) et la part de Jéhova.

de Lévi ; mais quand, 10, 8, Télection de Lévi est proclamée, le mot «* prêtre » ^HD est évité ; tout le long du livre, lévites et prêtres lêvitiques sont choses parfaitement distinctes (i). Comme fonctions honorables qui font l'objet de la vocation et de la compétence de tous les lévites, sont énumérées celles de porter l'arche, de se tenir devant Jahwe pour le servir, de bénir le peuple. Pourquoi le législateur ne mentionne-t-il pas à cette occasion l'otifrande des sacrifices 1 r> (i). Nous ne sommes point disposé à souscrire à ce jugement sur l'attitude du I)eutéronome ; le lecteur a vu plus haut comment nous croyons devoir la caractériser pour notre part. Lorsque le législateur a en vue la tribu dans son ensemble, rien ne devait l'empôcher de lui attribuer l'apanage du sacerdoce considéré même dans ses offices les plus élevés. Ce que Oort a raison de signaler à l'attention, c'est qu'au ch. XVIll v. 6 s., la généralité de la formule employée (3) ne permet aucune conclusion touchant l'absence de degrés dans la compétence des lévites.

§2. La réforme dEzéchiël ; son vrai caractère.

Nous abordons une question à laquelle les discussions actuelles ont donné une importance capitale. La donnée de 2 R. XXIII vv. 8 s. a donné lieu à un second. rapprochement, intéressant au plus haut point l'histoire du sacerdoce lévitique. Un grand nombre d'auteurs sont d'avis que ce furent les prêtres dépossédés des anciennes bàmôth, qui, après l'institution prétendue de l'unité de sanctuaire, devinrent les lévites d'ordre inférieur, distincts des prêtres proprement dits et subordonnés à ces derniers. C'est le prophète Ezéchiël, dans la constitution de l'Israël nouveau qu'il expose dans la dernière partie de sa prophétie, qui aurait été le premier à donner cette organisation

(1) Comp. ce que nous avons remarqué à <*e sujet à la suite de Driver, plus haut p. 174. Se rappeler également ce qui a été dit sur XVIII 5, p. ISl.

(3) Sur la portée des termes en question (les mômes qui désignent roffii»e sacerdotal au v. 5;, vr. p. 174 not. 2.

à l'ordre sacerdotal. Avant lui, on n'aurait point connu la distinction native, héréditaire, entre prêti^s et simples lévites. Le code sacerdotal, où le système ébauché par Ezéchiël est savamment élaboré dans les détails et rapporté à Moïse, dut, dit-on, son origine aux réfonnes introduites par le prophète de l'exil et ne fut achevé et promulgué qu'assez longtemps après lui. Le passage d'Ezéchiël qui sert de fondement principal à la théorie se Ut au ch. XLIV vv, 6 ss. « ... Tu diras à la rebelle maison d'Israël : ainsi parle le Seigneur Jéhova : Toutes vos abominations dépassent la mesure, maison d'Israël ! car vous avez introduit des étrangers, incirconcis de cœur et incirconcis de chair pour être dans mon sanctuaire, pour le profaner, tandis que vous offrez (i) ma viande, la graisse et le sang ; et vous avez violé mon pacte par toutes vos abominations ! . . . . Vous (les) avez établis (2) comme ministres de mon culte dans mon sanctuaire. Ainsi parle le Seigneur Jéhova : nul étranger incirconcis de cœur et incirconcis de chair n'entrera dans mon sanctuaire, de tous les étrangers qui sont au milieu des fils d'Israël. Mais les lévites qui se sont détournés loin de moi lorsque Israël se livrait à ses écarts, qui se sont égarés à la suite de leurs idoles, (ceux-là) porteront leur iniquité ; ils seront dans mon sanctuaire desservants des postes auprès des portes du temple et desservants du temple. Eux ils tueront l'holocauste et la victime pour le peuple et ils Se tiendront devant eux (les fils d'Israël) pour les servir, r^arce qu'ils se mirent à leur service devant leurs idoles et cju'ils ont été pour la maison d'Israël un scandale d'iniquité, ^ cause de cela j'élèverai ma main contre eux, parole du Seigneur Jéhova ! et ils porteront leur iniquité. 11 ne se présente- Xx)nt point devant moi pour exercer en mon honneur le ministère

(1) Cornill (Dus Buch des Propheten Ezechiel 1886) préfère lire DU'^'^pi

tandis qu'ils présentaient ...» à savoir ces serviteurs étrangers qui auraient

donc eu aussi pour fonction d'apportei* les offrandes à mettre sur TauteL

Kous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de s'écartei* de la leçon du texte

:Kna80i'étique.

(2) Cornill : DIlS'^iDni ce qui dans tous les cas exprime certainement le

sacerdotal et pour s'approcher des choses saintes . . . . , mais ils porteront leur ignominie et la peine des abominations qu'ils ont commises. Et je ferai d'eux des ministres attachés au service du temple pour tout emploi y afférent et pour tout ce qui devra s'y faire. Les prêtres lévitiques fils de Sadoq qui ont veillé au culte de mon sanctuaire alors que les fils d'Israël s'écartaient de moi, ceux-là s'approcheront de moi pour me servir et se tiendront devant moi pour m'offrir la graisse et le sang, parole du Seigneur Jéhova. Ceux-là entreront dans mon sanctuaire, ceux-là s'approcheront de ma table pour me servir », etc....

Dans ce discours Ezéchiël reproche aux fils d'Israël d'avoir profané le temple en y introduisant des serviteurs étrangers ; à l'avenir il n'en sera plus ainsi, nul étranger ne mettra plus le pied dans le sanctuaire ! Les offices qui avaient été . confiés à des incirconcis seront désormais remplis par des membres de la tribu de Lévi. Les lévites qui se sont mis au service da peuple dans l'idolâtrie seront ainsi dégradés ; en punition de leur conduite coupable ils ne pourront plus exercer le ministère sacerdotal, mais seront chargés, comme portiers, abatteurs des victimes etc., des emplois inférieurs au service du peuple. Seuls les fils de Sadoq resteront prêtres au service de Jéhova. Antérieurement à la mesure dont Ezéchiël prend l'initiative, tous les lévites, dii-on, fils de Sadoq ou autres, devaient être prêtres ; sinon Tinterdiction des offices sacerdotaux n'aumit point constitué pour les coupables une déchéance et un châtiment. Leur subordination, dans une condition inférieure, aux prêtres fils de Sadoq, marque la première origine de la distinction entre prêtres et lévites ; car le prophète, en dehors des lévites dont il parle et qui comprennent les anciens prêtres dégradés et les fils de Sadoq seuls maintenus au rang de prêtres, ne connaît pas d'autres employés au temple que les incirconcis dont la présence constituait un abus et qu'il en exclut pour l'avenir. — Le sens du passage, dit Stade, échappe à toute méprise, si tenté que l'on pourrait être de s'y méprendre (i).

Il convient, d'autre part, de ne pas oublier que les méprises sont plus aisées et plus fréquentes touchant les textes qui ont lair plus clair. Les apparences peuvent tromper. Soyons donc sur nos gardes et examinons de près.

Car tout n'est pas également lumineux dans le passage que nous avons mis sous les yeux du lecteur. Une question que Ton se pose tout d'abord est celle de savoir quelle était la situation légale quEzéchiël suppose antérieurement à sa réforme f De fait, il reproche à la maison rebelle d'Israël d'avoir introduit des étrangers au service du temple ; on admet généralement qu'il est fait allusion ici aux «< Nethinim » , probablement des descendants des Gibéonites dont la tradition rapportait les privilèges ou les charges à l'égard du sanctuaire, à l'époque même de l'établissement du peuple dans le pays de Canaan. L'intrusion de ces étrangers, du moins dans la mesure où le prophète accuse ses compatriotes de l'avoir permise ou organisée, est stigmatisée comme un crime de lèse-majesté divine, comme une violation du pacte avec Dieu. Mais de droite à qui Ezéchiël suppose-t-il que les fonctions abusivement remplies par ces étrangers, auraient dû être confiées ? Il n'y a que deux hypothèses possibles : ou bien à des Israélites Laïques, ou bien à des membres de la tribu de Lévi. Or, il est i^ertain que la première hypothèse n'est pas celle d' Ezéchiël ; Les termes dans lesquels il réprouve l'immixtion des incirconcis ne laissent pas de place non plus à des laïques quelconques ; en admettant les étrangers aux emplois en question, la maison d'Israël les a établis, virtuellement, comme •« ministres du culte divin dans le sanctuaire »» : "^lîlplûa "•nniaiÛ^ "''l^aizîb ^v. 8). Cette formule exprime des fonctions qui ne conviennent qu'aux membres de la tribu de Lévi. C'est pour avoir exercé £dèlement le ministère ^ du culte du sanctuaire >» "nî< "VCOé) ("WTpl^ n"ra;z:0 (v. 15), que les fils de Sadoq sont loués, Ezéchiël suppose donc maniiéstement que les fonctions dont l'attribution à des étrangers était une abomination, une souillure, une transgression de l'alliance, auraient dû être, conformément aux termes de l'alliance, remplies par des membres de la tribu

de Lévi. A présent se pose la question de savoir si, au sens du prophète, tous les membres de la tribu de Lévi avaient les mêmes titres natifs et les mêmes obligations relativement aux diverses fonctions ([ui étaient de la compétence du clergé i N y avait-il pas une distinction réservant les fonctions les plus élevées, celle notamment d'officier à l'autel et d'offrir les sacrifices, à une classe privilégiée, et dispensant ceux qui appartenaient à cette classe des emplois d'ordre inférieur ? Il faut répondre affirmativement à cette question, sous peine d'enlever toute signification au discours d'Ezéchiël. Notons que le châtiment qu'il inflige aux membres en cause de la tribu de Lévi n'est pas énoncé, dès l'abord, sous forme négative ; ce n'est pas la privation du droit d'approcher de l'autel qui constitue l'élément principal, positif, de la peine qu'ils encoui'ent : «* Mais les lévites qui se sont écartés de moi.... porteront le poids de leur fetute ; ils seront dans mon sanctuaire desservants des postes aux portes du temple et desservants du temple ; ils immoleront l'holocauste et la victime pour le peuple et ils se tiendront devant les fils d* Israël pour les servir. Parce qu'ils se sont mis à leur service devant leurs idoles... je lèverai la main contre eux et ils porteront leur faute »». L'interdiction de monter à l'autel est énoncée ensuite comme conséquence de la mesure proclamée aux vv. 10-12, puis au v. 14 il est encore répété avec insistance que ces prêtres seront désormais attachés au service (matériel) de la maison. Mais si le fait d'être astreints désormais à la garde des portes, au service matériel du temple, à l'office d'abatteurs des victimes, constituait une dégradation pour les prêtres coupables, il faut bien que de droit, jusque-là, ils avaient occupé une position plus haute ; que de droit ces emplois ne leur avaient jamais incombé ; sinon, dirons-nous à notre tour, la mesure n'aurait pas eu à leur égard le caractère d'un châtiment, comme Ezéchiël suppose manifestement qu'elle la, de sa nature même.

Le point essentiel dans l'observation que nous venons de présenter, c'est que la peine infligée aux prêtres infidèles consiste formellement dans leur dégradation au rang de portiers,

de desservants de « la maison », de ministres au service du peuple. Nous le répétons, le châtiment est là, abstraction faite de la défense de monter à Tautel ; et la preuve irrécusable, c'est qu après l'annonce du châtiment au v. 10, le verset 11 en expose la nature sans parler de l'interdiction d'offrir les sacrifices, et que le motif de la mesure formulée au v. 11 est encore répété au V. 12 avant la mention de cette défense. Les vv. 10- 12 forment un dispositif complet renfermant l'intimation solennelle, l'énoncé et la justification deux fois répétée de la mesure prise contre les lévites coupables. Sans doute au v, 13 le prophète ajoute que les prêtres ainsi dégradés ne s'approcheront plus de Jéhova pour exercer leurs fonctions sacerdotales, mais il est clair que la privation de c^ droit n'est présentée ici que comme le corollaire immédiat et naturel, ou si l'on veut comme Taspect négatif de la peine prononcée au v. 11. Pour fîzéchiël ces deux choses sont équivalentes : d'être astreint au Service de gardien des portes...., et de n'avoir plus le droit de lïionter à l'autel. La preuve encore une fois, outre celle que nous venons de signaler dans Tenchainement des vv. 10-12, Ci'esl qu'au v. 14 la proclamation de la déchéance est résumée ^n cette conclusion positive : ** et je les établirai comme iifiiiûstres du culte de «« la maison », pour tous les emplois qui y ^iont attachés et pour tout ce qui s'y fera ». — Or, comme nous A 'avons remarqué plus haut, le ])rophète considérait sans aucun doute ces emplois comme revenant de droit à des membres de la tribu de Lévi ; l'histoire préexilienne atteste d'ailleurs que Xes fonctions de gardiens des portes, p. e., avaient toujours été dionfiées à des membres du clergé ; sous le règne de Joas, nous i^avons entendu, les portiers sont appelés " prêtres » ; sous czielui de Josias, ils sont associés au grand prêtre et aux prêtres de second ordre dans une même énumération (2 R. XXI II 4). l,e discours d'Ezéchiël suppose donc, tout au moins en théorie, l'existence de deux catégories bien distinctes de ministres du «ulte au sein de la tribu de Lévi ; l'une comprenant les lévites auxquels les emplois inférieiu's revenaient de droit ; l'autre comprenant ceux qui, de droit, n'étaient point astreints à ces

emplois, puisque l'obligation de les excercer désormais constituait pour eux une déchéance et un châtiment.

Il est très probable que le prophète, en proclamant la destitution des prêtres qui s'étaient mis au service d'Israël dans son idolâtrie, aura songé aux prêtres des bàmôtli que Josias avait réunis à Jérusalem de toutes les villes de Juda ; mais les termes mêmes dans lesquels il s'exprime nous défendent de rapporter à son initiative la première origine de la distinction entre prêtres et lévites.

Au ch. XLVIII V. 11, Ezéchiël parle de l'héritage qui sera réservé aux prêtres dans le territoire de l'Israël nouveau ; cette portion, dit-il, « appartiendra aux prêtres sacrés (i), fils de Sadoq, qui ont été fidèles à mon culte, qui ne se sont point égarés lorsque Israël s'égarait, comme l'ont lait les lévites. » Ici les préti'es sont nettement distingués des lévites ; la répartition du terrain entre les deux groupes (9-12, 13-14) montre que la distinction est parfaitement arrêtée et complète, radicale. Mais n'est-il pas manifestement rappelé en cet endroit que les lévites ne sont autres que les prêtres dégradés de XLIV 10 ss. ? Oui. Et que làut-il en conclure i Non pas qu'avant Ezéchiël il n'y avait point de lévites en dehors de Tordre sacerdotal proprement dit. Contre une pareille interprétation le discours même du ch. XLIV proteste. D'ailleurs, si la mesure exposée en ce dernier passage avait eu pour objet de créer la distinction inconnue auparavant, le prophète n'aurait point pu parler au ch. XLVIII V. 11 de prêtres opposés comme tels aux lévites ; car les prêtres sadoquides eux-mêmes, d'après le prophète, étaient et restaient lévites (XLIV 15) ; les dénominations employées au v. 11 devaient avoir un sens spécial, bien déterminé par la tradition, pour qu'Ezéchiël pût s'en servir comme il le fait en cet endroit. Déjà avant le discours du ch. XLIV, Ezéchiël ne coimaii d'autres prêtres attachés au ministère de l'autel, dans le sanctuaire dont le plan lui est révélé dans ses visions extatiques, que les fils de Sadoq (XL 46, XLIII 19) ;

(1; LXX ; — D'^TClpQ au lieu de lïJipa ; clr. CornUl, Smend.

et à lendroit cité du chap. XL il mentionne déjà, à côté de

ces fils de Sadoq, une autre catégorie de ministres sacrés

employés aux offices plus bas (v. 45). Ici le prophète suppose

la distinction connue et admise de tout le monde ; elle trouve

son expression dans une terminologie technique qui na pas

besoin d être expliquée et qui, dans sa tournure concise, offre

la marque évidente d'une institution déjà parfaitement établie

et depuis longtemps en vigueur : il y a les ministres chargés

du serrice de la maison y T\^2n riTJlD^ ■'"l^ti ; et ceux chargés

élu serrice de V autel n^T^PI mittlÛ^ *ll3ti . Les mots hébreux

ont une signification si bien spécialisée par lapplication qui en

«st faite à l'institution en vue, qu'il est impossible de les

traduire exactement. Ezéchiël fait de ces formules un usage

Cîonstant ; c'est la langue du temple de Jérusalem qu'il parle.

« Le service de la maison «, ** le service de l'autel » : ces

simples indications, dont la portée très complexe est supposée

suflSsamment comprise de tout le monde, servent de base à un

groupement de deux classes de ministres du culte que personne

parmi le public d'Ezéchiël ne sera tenté de confondre. Remar-

cjiions qu en ce passage l'identité des prêtres sacrificateurs avec

les fils de Sadoq n'est énoncée qu'après coup, dans une notice

supplémentaire v. 46*" ; mais le cadre dans lequel ces fils de

^5adoq sont placés, le principe même de l'organisation de la

tribu en deux catégories de membres, ne sont point présentés

par Ezéchiël comme d'institution nouvelle. La disposition même

du temple, conçue d'après le plan du temple de Salomon, y est

adaptée sans que rien trahisse à cet égard une innovation

quelconque. Au ch. XL v. 45 les ministres inférieurs sont

nommés prêtres, comme les portiers de l'époque de Joas sont

nommés prêtres dans le livre des Rois ; d'autre part les fils de

Sadoq au v. 46 nous sont présentés comme fils de Lévi, Au

ch. XLIII V. 19 encore l'origine lévitique des fils de Sadoq est

rappelée ; il en est de même au ch. XLIV v. 15. Malgré cela au

ch. XLVIII, comme nous le faisions remarquer tout à l'heure,

les dénominations de prêtres et de lévites se présentent dans une

acception tout à fait spéciale, la première équivalant à celle

de prêtres de premier rang, chargés du service de l'autel ; la seconde à celle de prêtres de second rang, chargés du ministère de la maison. Ici, encore une fois, nous sommes en présence d une terminologie consacrée par une tradition déjà établie.

Mais nous n avons point répondu à la question formulée tout à l'heure. Si Ezéchiël suppose déjà reconnue en droit l'organisation de la tribu lé\'itique en deux classes, comment se fait-il que dans son système les lévites sont purement et simplement les anciens prêtres idolâtres, destitués de leurs fonctions sacerdotales (XLVIll 11, coll. XLIV 10 ss.)? Nous avons déjà insinué la solution que nous croyons la seule conforme aux données de lapocalypse ézéchiélienne : la forme. Vidée de l'organisation i\ donner au personnel du culte est empruntée par Ezéchiël aux institutions existantes ; mais la matière est de lui. Le clergé du temple est divisé en deux gi*andes corporations ; l'une a dans ses attributions le ministère de l'autel, l'autre les offices inférieurs : ce principe n'est pas introduit par Ezéchiël, il est au contraire manifestement supposé dans tous les endroits où le prophète parle des ministres du culte et notamment au ch. XLIV. Mais qui seront les prêtres appelés à offrir les sacrifices ? qui seront les simples lévites gardiens des entrées du temple, abatteurs des victimes ? Dans le culte réformé dont le prophète nous trace le tableau grandiose et mystérieux, la répartition des fonctions sacrées aura une signification morale ; c'est la dignité, le mérite, la sainteté des ministres qui servira de base à l'organisation hiérarchique. Le souvenir des infidélités d'un grand nombre de prêtres était encore présent à toutes les mémoires ; les bâmôth avaient vu le§ membres de la tril)u de Lévi offrir aux faux dieux un encens idolâtre. Ces défections fournissent à Ezéchiël un trait important, sur lequel il revient avec plus ou moins d'insistance à plusieurs reprises, de son rituel idéalisé ; les prêtres appelés à s'approcher de l'autel seront ceux qui restèrent fidèles au milieu de rai)Ostasie de la maison d'Israël et qui sont désignés comme fils de Sadoq ; les ministres d'ordre inférieur seront ces prêtres, ces lévites, qui ont prêté aux Israélites coupables le

concours sacrilège de leur ministère. La vocation au service de l'autel, lobligation de rester au service de « la maison »», deviennent une récompense et un châtiment de signification morale, indépendamment de tout titre généalogique.

Ce dispositif, disions-nous, porte un cachet d'idéal pur et simple, malgré les traits historiques qui lui servent de cadre ou de motif. Ezéchiël lui-même n'eut jamais l'intention de l'imposer comme un règlement positif et pratique. Cette manière d'envisager l'idée développée par le prophète n'a rien que d'absolument conforme au caractère général de la seconde partie de son livre, dans laquelle il expose le rituel qui lui fut dicté dans ses extases.

Sans doute le temple qu'il décrit, avec toutes les mesures et dans tous les détails que comporte un plan architectural, est modelé dans les grandes lignes sur le temple de Salomon ; mais il suffit de se rappeler le fleuve purifiant qui sort du sanctuaire (XLVII), pour être édifié sur la nature du tableau. Les tribus d'Israël sont une réalité historique ; mais qu'on lise le ch. XLVIII sur la division de la terre entre les diverses tribus avec le territoire réservé aux prêtres, lévites, prince, sanctuaire, ville etc., et l'on verra avec quelle liberté Ezéchiël mettait en œuvre les éléments fournis par l'histoire pour donner un corps à ses visions. 11 faudrait être d'une bonne volonté extrême et prêter au prophète une bonne dose de simplicité, pour s'imaginer que son « prince »» nébuleux est une réalité voulue par lui. Nous laissons cette exégèse à ceux qui y trouvent plaisir. Maybaum admet, dit-il, que dans la description qu'Ezéchiël nous offre, il y a bien des points touchant lesquels il aurait lui même concédé «* que la chose pouvait être ainsi et aussi autrement « ; il admet qu'il faut faire la part de l'imagination débordante ; mais il n'en serait pas moins hors de question que le prophète aurait cru à la possibilité de la mise en pratique de sa constitution théocratique, qu'il aurait positivement composé celle-ci dans l'intention qu'elle servit de règle lors de la restauration de l'état et du culte. L'auteur en trpuve la preuve dans le soin avec lequel sont indiquées, dans

le plan du futur temple et de ses diverses parties, les mesures au sujet desquelles le prophète commande une scrupuleuse observation des données qu'il expose ; il en trouve une preuve de même genre dans lenumération détaillée des anciens poids et mesures (i). Comme si, au ch. XLVIII, Ezéchiël ne mettait pas le même soin à indiquer les mesures des lots qui seront attribués aux tribus, aux prêtres, aux lévites, à la ville et à sa banlieue, etc. ! et comme s'il n'insistait pas ailleurs (XLV 8 s.) sur l'inviolabilité absolue de ces dispositions, dont le caractère définitif se trouve en outre garanti par la défense faite aux lévites et aux prêtres de rien aliéner de la part qui leur est assignée ! (XLV 111 14).

De même que pour tracer le cadre de son tableau idéal, Ezéchiël s'inspire naturellement dans une certaine mesure de la tradition historique, de même |)0ur le remplir il emprunta en grande partie ses matériaux à la législation existante. Son rituel n'est juis un code original. Ici encore la réalité et l'imagination se coudoient et s'entremêlent d'une manière significative. Que l'on com[)are et qu'on essaie d'harmoniser à ce point de vue les dispositions touchant les sources de subsistance des prêtres et leur situation vis-à-vis des autres tribus, XLIV 28- 30, XLV 1 ss., XLVlll 8 ss. ; il est facile de discerner ce qui vient d'Ezéchi(4 et ce qui vient d'ailleurs. Le principe est clairement énoncé : les prêtres n'ont pas d'héritage en Israël, parce que Jéhova est leur héritage. Dans la législation sacerdotale ce principe est appliqué d'une faron très naturelle et très consér quente : la tribu de Lévi vit dispersée parmi la nation, elle n'a j)as de territoire propre. Chez Ezéchiël il n'en est pas ainsi ; la tribu de Lévi a son territoire spécial à l'égal des autres tribus ; seulement ce territoire est la part de Jéhova ! voilà comment Ezéchiël entend que les prêtres n'auront point d'héritage ni de possession en Israël, parce que Jéhova est leur héritage et leur possession (XLIV 28).

Au ch. XLIV v. 7 s. le prophète en aj)pelle explicitement au

(1) Entwickel. des altt. Priest. p. 41.

pacte de Jéhova avec Israël relativement à la célébration de son culte, aux préceptes dont lobservation doit assurer le respect des choses saintes. Là où le rituel ézéchiélien entre en contact avec le code sacerdotal, il n est pas difficile de reconnaître que c'est de ce côlé-ci que se trouve la priorité. Cela ressort tout d'abord d'une manière générale de l'ensemble de la prophétie à partir du ch. XL. Dans la description du temple, XL-XLIl, le prophète mentionne une foule de dispositions dont il s'abstient d'indiquer le but ; on ne conc;oil point (jue ce plan détaillé ait été élaboré et ex})osé sans que l'auteur et ceux à qui il s'adressait eussent connaissance d'un rituel également détaillé auquel le temple décrit pût correspondre. Lorsque Ezéchiël ajoute quelques mots sur la destination de telle ou telle partie de l'édifice ou sur l'accomplissement de Oertains actes du culte, il le fait encore en termes qui supposent \xne organisation très bien connue XL 38 ss., 44 ss ; XLU 13 (eoll. XLIV 19) ; XLIII 18-27; dans ce dernier verset nous trouvons un renvoi implicite au rituel existant. Dans le })assage S^LIV 17 ss. relatif aux obligations spéciales des ])rêires, nous n^emarquons les vv. 23, 24 : les règlements sur la distinction du J3ur et de l'impur sont à trouver ailleurs ; le v. 26 ne juge pas ^nécessaire de dire, fût-ce par un mot, comment le prêtre doit ^tre purifié, ni le v. 27 ce qu'il doit ofFrh' ; l'elmmération que :nous lisons au v. 30 est très sommaire, pas un mot des dîmes ; ^i le v. 31 était autre chose qu'un emprunt fait à un code existant il serait venu après le v. 25 ou 27. Au ch. XL II v. 14 Ezéchiël :«i'avait pas cru devoir dire ce qu'il entendait par les vêtements ^sacerdotaux ; s'il est plus explicite XLIV 17, ce n'est pas la :«iouveauté du précepte qui en est amse. Les sacrifices à ofltrir -«tux différents jours de fête sont une matière que le pr(»phète ai'éprouve aucun besoin de traiter en détail XLV 17. Au <îhap. XLIII 21 nous lisons que la victime immolée pour le jpéché doit être brûlée en un endroit spécial de l'édifice hors du sanctuaire : c'est le taureau qui a été offert à l'occasion de la consécration de l'autel ; au ch. XLIV 29 au contiuire il est rappelé que les prêtres doivent consommer la viande des \'ic-

times offertes pour le péché, pour la coulpe, etc. Ezéchiël ne s'explique pas sur la différence que présentent ces prescriptions. La raison de cette différence nous est donnée ailleurs ; il résulte en effet de lensemble des règlements sacerdotaux sur la matière, notamment Lév. VI- VII que la victime offerte pour le péché, dans les cas où son sang servait à l'expiation ou à la purification des choses saintes, devait être consumée tout entière par le feu ; — qu'elle devait être consommée par les prêtres dans les autres cas.

Au chap. XLV vv. 17 ss., le prophète expose sommairement les obligations qui incombent au prince en vue des solennités du culte. Ce n'est pas le but d'Ezéchiël de nous donner ici rien qui ressemble de près ou de loin à un code pratique. Il se borne à quelques indications dans lesquelles le manque d'originalité se montre d'une manière palpable. Ainsi il n'est pas accordé une simple mention à la féto des Semaines entre celles des Azymes (21-24) et des Tabernacles (25) ; comme Cornill le fait très justement remarquer, la fête des Semaines est sacrifiée au parallélisme entre les deux moitiés de l'année. Ce procédé ne trahit-il pas à l'évidence l'absence de tout souci de législation I Au V. 21 le texte prête à un rapprochement instructif avec le livre des Nombres : D5b n-^n*» DV ^ÎD:? îlWlSirU ]ym^'^

^bsn nrj O-t-' Wnir Sr ncsn ; ce qu'il faut traduii-e : « Au premier (mois), le quinzième jour du mois, il y aura pour vous la Pâque, solennité ; pendant sept jours vous mangerez des azymes y^. Outre que la construction 3" rcsn ne satisfait point, on remarquera que la célébration des Azymes sert ici à expliquer le concept de la Paque, qui en est pourtant distincte. Le passage d'Ezéchiël rappelle Num. XXVIII 16, 17 où nous lisons en termes i)lus complets et plus précis : tÔTna^l

Dv ito^ niT/^ûn^T mn-^b nos tmb nr nto^ nsnn«n ^mrn bSK" n*;::^ ù'^'û^ n:pn^ an nir. tirb : Au premier mois, le

14^ jour du mois, il y aura Pesah en l'honneur de Jéhova ; et le IS^'jour de ce mois solennité .pendant sept jours on mangera des azymes.

Puisque nous sommes engagé dans la question du rapport à établir entre Ezéchiël et le code sacerdotal, il ne sera pas inutile de dire quelques mots du ch. XLVI 17, où il est question de tannée de la libération llinn KiL comme d'une institution établie ; ici le rapprochement avec le Lévitique est décisif. En cet endroit Ezéchiël dit que si le prince accorde de son domaine un don à l'un de ses fils, celui-ci pourra le garder comme bien héréditaire ; que si le don est fait à un serviteur, il n'aura pas le caractère d'une cession perpétuelle : la terre concédée retournera au prince en Vannée de la libération^ elle n'appartiendra au donataire que jusqu'à cette époque TÙii *W

De quelle année, de quelle époque s'agit-il ici ? Le terme derôr, dit Smend, signifie libération ; il en appelle à Isaïe L.X1 1 ; de même d'après Jér. XXXIV 14-15, def^ôr signifie la libération des esclaves en la T année. D'après l'Exode en effet XXI 2, ainsi que d'après Deut. XV 12, l'esclave hébreu ^'endu à un maître ne pouvait être retenu contre son gré que pendant six ans ; il recouvrait sa liberté en la 7®, c'est-à-dire en la septième année comptée à partir de l'entrée en service de l'esclave en question. — D'autre part le Lévitique parle d'une année fixe, l'année du jubilé, revenant périodiquement tous les 50 ans pour tout le pays, en laquelle les biens domaniaux retournaient aux propriétaires et chacun dans sa famille (XXV 10). En cette année, comme il est disposé aux vv. 39 ss., l'hébreu qui s'était engagé au service d'un autre, contraint par le besoin, recouvrait sa liberté. Au v. 10 le Lévitique dit que la 50® année « doit être sanctifiée par la proclamation de la libération ("il"!!) pour tous les habitants du pays «. — La question est de savoir si Ezéchiël en parlant de l'année du derôr a en vue la V année d'Ex. XXI 2, Deut. XV 12, Jér. Ji.XXIV 14-15, ou bien la 50* dont il s'agit dans le Lévitique. Smend est d'avis qu'Ezéchiël ne songe pas à l'année jubilaire, parce que, dit-il, il ne l'aurait pas, sans doute, appelée TÙW l'T^in. Pourquoi pas ( Toute la raison que l'exégète en donne, c'est que derôr signifie libération ; que c'est le terme en usage

pour signifier la libération des esclaves ; que notamment chez Jérémie il est employé pour signifier cette libération. Il faut donc admettre, conclut-il, qu Ezéchiël, contemporain de Jérémie, aura entendu par la l'imn nDir, la V année de l'Exode et du Deutéronome, et non pas la 50® année du Lévitique. — On a de la peine à saisir la portée de l'argumentation. Admettons que derôr signifie « libération «, et plus spécialement encore libération des esclaves. Pourquoi la 50® année, l'année jubilaire du Lévitique, n'aurait-elle pu être appelée l'année de la libération l Le Lévitique n'établit -il pas qu'en l'année du jubilé la « libération « ou le derôr devait être proclamé pour tous les habitants du pays i N'établit-il pas qu'en l'année du jubilé toiLS les esclaves fiébreicœ qui s'étaient engagés au service dCun maître recouvraient leur liberté ? 11 n'en faut pas plus pour que l'année du jubilé pût parfaitement s'appeler "^T»"!»^ IZS, en admettant même le sens étroit que Smend attribue au mot derôr et qui en aucun cas ne trouve d'application précise dans le texte en c^use du prophète Ezéchiël. On nous fait remarquer qu'Ezécliiël est contemporain de Jérémie ; il faut donc que chez Ezéchiël tannée de la libéi^ation soit la T année, puisque Jérémie appelle derôr la libération de l'esclave en la V année de son service ! Mais le petit code lévitique (XVII ss.), d'après l'école dont Smend fait partie, eut son origine dans l'entourage même d'Ezéchiël ; tous sont d'accord à reconnaître que le même esprit anime les derniers chapitres d'Ezéchiël et les chap. XVII ss. du Lévitique ; ne serait-ce donc pas plutôt d'après ceux-ci qu'il faudrait interprêter Ezéchiël i Au reste Jérémie ne parle pas de tannée de la libération : "**'^irî 'Ô ; il s'agit chez ce pi'ophète de la septième année de service relativement à la date de l'engagement pour chaque esclave en p^irticulier, et non pas d une année fixée uniformément pour tout le pays, comme c'est le cas chez Ezéchiël et aussi pour le derôr dont parle le Lévitique. A tous les points de vue les rapprochements éUiblis par Smend sont contraires aux textes. Pour Jérémie derôr signifie Ibrmellcment la libération des esclaves, mais Ezéchiël appelle "T^lH tt l'année en laquelle les propriétés

retournent aux familles ; donc pour lui derôr ne signifie pas ici, d une manière formelle, la libération des esclaves ; il emploie lexpression « année de la libération » tout au moins en un sens plus large.

Il est de la dernière évidence qu^Ezéchiël ne peut avoir en vue que la 50® année. Tannée jubilaire du Lévitique. En effet 1^ Ezéchiël parle d un terme qu'il suppose connu ; il s'agit donc d'une année dont le retour était déterminé par la Loi ; 2" c'était une année revenant périodiquement pour tout le pays ; cela résulte de la manière dont Ezéchiël la désigne ; c'est une année solennelle "i1"^nn Tù'w, Le prophète est censé indiquer la date même à laquelle le fond devra retourner au prince ; si cette date n'avait eu d'autre détermination que celle d'une période relative à l'acte de donation, c'eût été une tautologie puérile de dire que la propriété devait être restituée en l'année de la restitution ! L'année du derôr est une année commune, un terme fixé d'une laçon absolue pour tout le monde à la fois. D'où il 5^uit que l'année visée par Ezéchiël a un tout autre caractère, osl d'une tout autre nature que le terme fixé par l'Exode et le Deutéronome pour la libération des esclaves hébreux. 3*" Il ïie s'agit certainement pas non plus de l'année sabbatique qui revenait périodiquement de sept en sept ans. Celle-ci était institiuée en vue de tout autre chose et n'avait aucun rapport avec le retour des biens domaniaux à leurs anciens propriétaires ; ^ aucun titre elle ne se prêtait à l'appellation de ^y^ltl 'ttï,

Il ne reste que l'année du jubilé et celle-ci remplit toutes les

conditions ; elle s'appelle à bon droit "ililH 'ttJ, comme nous l'avons constaté plus haut. C/était une année célébrée périodi- ^-juement dans toute l'étendue du territoire. D'après le Lévitique lui-même elle marquait non seulement le terme du service des esclaves hébreux, mais encore celui du retour des propriétés, <le façon qu'à ce point de vue aussi elle répond parfaitement aux exigences du texte d'Ezéchiël. C'est donc sans le moindre doute cette année-là que le prophète a en vue ; et, pour reprendre une parole de Kuen.en à l'adresse de Curtiss, nous pouvons dire que ceux qui sont empêchés par leurs systèmes de recon-

naître cela, sont à plaindre. — Au premier abord, du reste, il devait paraître invraisemblable qu Ezéchiël eût conçu Tétrange disposition consistant à faire retourner au prince, après un terme de sept ans, ou à la tin de la période septennale pendant laquelle elles auraient eu lieu, les concessions de propriété foncière accordées aux serviteurs. Des actes de ce genre ne s accommodent point, de leur nature, d'une période aussi restreinte.

Mais nous voici entraînés bien loin des prêtres et des lévites. Nous aurions pu nous abstenir de toutes ces considérations qui n ont avec notre sujet qu'un rapport indirect, s'il n'y avait eu intérêt à montrer l'harmonie entre les vues que nous avons exprimées touchant le véritable caiactère de la réforme soidisant introduite par Ezéchiël dans le personnel du temple et les autres éléments de son rituel. En réalité, pour démontrer l'antériorité des institutions sacerdotales, nous n'avions qu'à comparer les mesures proclamées par le prophète de l'exil touchant le droit désormais exclusif des fils de Sadoq, avec les dispositions de la Loi. Ezéchiël exclut du sacerdoce tous les prêtres qui n'appartiennent pas au groupe des « fils de Sadoq r, ; il les dégrade au rang de lévites subalternes ; d'après les critiques dont nous examinons la théorie, ces anciens prêtres dégradés seraient les lévites du code sacerdotal. Il est impossible qu'il en soit ainsi. Le code sacerdotal, à côté et en dehors des lévites, attribue le ministère sacerdotal à tous les descendants d'Aaron, et dès le début il partage la race d'Aaron en deux branches, celle d'Eléazar et a^lled'lthamar(Num. III). En divisant, dès l'époque mosaïque, la famille d'Aaron en deux branches, le code sacerdotal témoigne qu'il est com])lètement étranger à la restriction formulée par Ezéchiël. En vertu des dispositions de la Loi, il devait être admis en piincipe qu'en dehors des simples lévites, bien d'autres que les « fils de Sadoq » avaient accès au sacerdoce. En vertu des dispositions d'Ezéchiël au contraire, •* les fils de Sadoq « seuls y auraient

eu accès, les simples lévites n'auraient été autres que tous les anciens prêtres distincts des •« fils de Sadoq » ! Il n'est rien de plus incompatible avec l'institution du code sacerdotal. Il n'y aurait eu rien de plus contraire au principe même de l'institution d'Ezéchiël que la manière dont la Loi aurait consacré les droits des «« Sadoquides ». Reconnaître deux branches sacerdotales remontant à l'époque mosaïque, n'était-ce pas supprimer le titre même de ces derniers ? Comment en seraiton jamais venu à s'imaginer que « les fils de Sadoq » représentaient deux lignées issues d'Aaron ? Pourquoi cette double lignée, à seule fin de faire remonter le sacerdoce de Sadoq à Moïse ? .C'eût été d'une absurdité flagrante. Le code sacerdotal ne représente évidemment pas la mise en système de l'exclusivisme d'Ezéchiël ; le premier est plus large que l'autre. Il est donc impossible d'identifier les prêtres dégradés d'Ezéchiël avec les lévites du code sacerdotal. Ces observations sont d'autant mieux fondées, que dans les documents préexiliens Ëléazar est pai^faitement connu comme fils et successeur d'Aaron ; Sadoq ne pouvait être, même aux yeux d'Ezéchiël, qu'un descendant d'Eléazar (i).

De tout ceci il résulte une fois de plus qu'il n'y a qu'un moyen d'interpréter la réforme du prophète. Ce n'est pas une ï*éforme pratique, mais d'ordre purement idéal. Le principe de l'organisation du personnel du culte, la distinction fondamentiale entre prêtres et lévites, constituent le cadre fourni par les institutions existantes. Ezéchiël met cette donnée en œuvre ^iniquement à l'effet d'accentuer le caractère de sainteté qui régnera, qui dominera tout, dans le temple et son culte tels c^u'il les contemple dans ses visions. Plus d'étrangers au sanctuaire ! Plus d'autres prêtres à l'autel que ceux qui ne se sont

(1) Schtirei- (II 188. citant Wellh. Die Pharisàer u. d, Sadduc&er p. 48) «idmet qu'outre les Sadoquides, il est supposé par •« le Chroniste » que d'autres avaient le privilège du sacerdoce (Ithamar) : «• Man hat also anzunehmen dass die Théorie Ëzechiels zwar in der Hauptsactié aber docli nicht rein <iui'ciigedrungen ist ». — Mais la HaupUache consistait pi'écisément dana le privilège exclusif des Sadoquides !

point souillés au culte des idoles ! Quant aux prêtres dont tradition rapportait les infidélités, ce seront eux désorraai qui feront l'office de lévites ; ils n'auront plus qu a monter garde aux portes et à veiller au service de la maison. Si !'< nous demande ce que devenaient dans ce système les lévil historiques, ceux dont parlait la Loi, nous répondons que nature de la théorie d'Ezéchiôl le dispensait d'en tenir auci compte et les protégeait eux-mêmes contre toute conséquent désagréable ; de même p. e. qu'Ezéchiël pouvait passer la fé des Semaines sous silence et sembler ignorer l'existence d'i:m chef de la hiérarchie sacerdotale, sans les compromettre e?J aucune façon.

Par le côté plastique et le détail de ses descriptions, par son air de programme étudié et minutieusement élaboré, l'apocalypse du prêtre Ezéchiël se distingue nettement des tableaux prophétiques de l'Israël futur que nous offrent d'autres pages de l'Ancien Testament. Mais en somme, et au point de vue des réalisations d'ordre pratique ou matériel, ses oracles sur la constitution du clergé n'ont point un caractère essentiellement différent de la parole d'Isaïe LXI 6, annonçant que les étrangers, en ces temps-là, feront, au service d'Israël, les pasteurs, les laboureurs et les vignerons ; tandis que les Israélites euxmêmes s'appelleront « les prêtres de Jéhova r, « les minisires de notre Dieu », vivant de la substance des nations et se parant de leur gloire. Ou encore de cette autre prédiction du même livre, LXVI 21, où Jéhova proclame qu'il se choisira aussi des prêtres dans les rangs des gentils convertis à sa loi.

En ce dernier passage la construction de la phrase a donné lieu à des discussions qui seraient intéressantes pour noire sujet si l'on pouvait espérer les voir aboutir à un résultat certain. Dans le texte massorétique nous lisons : ** Et parmi eux aussi je m'en choisirai D'^lbb D'^Dnsb ». Ces paroles ont été diversement interprêtées. Baudissin p. e. traduirait, en supposant la vocalisation massorétique : »* ... je m'en adjoindrai (à

associer) aux prêtres^ aux lévites ?• ; les léfifes se tix)uvei>iient mis ici en apposition aux prêtres, de sorte que le sens Si^mit : « d'entre les gentils aussi je m'en adjoindrai aux prétreslévites » (i). Mais, suivant la remai*que du même autour, on sattend plutôt à apprendre comme quoi les élus sei\>nt choisis, non pas à qui ils seix)nt associés. Il faudrait donc lii*e D'^STîDb D'^lbb : (je m'en choisirai) comme prêtres^ comme lévites (t) ; Baudissin soupçonne que la vocalisation massorêtique pourrait bien dériver à lorigine d'une préoccupation sacerdotale (:j). Mais en ce cas comprendrait-on encore le terme lévites comme une simple apposition explicative au terme prêtres f Est-il croyable que le prophète eût fait dire à Jéhova qu'il se choisirait parmi les gentils des prêtres léviiiques f Dans Thypothèse, en réalité la seule satisfaisante, que la formule D'^lbb D'^SnDb indique le tenne direct du choix, il faut absolument, nous semble-t-il, et quoi qu'en dise Baudissin, que les prêtres et les lévites aient été conçus par le prophète comme deux éléments distincts ; dans ces conditions seulement il était possible de faire abstraction pour le dernier nom, de sa signification généalogique. D'ailleurs si l'intérêt sacerdotal (ou l'amour-propre national) a pu donner lieu à un changement de vocalisiition, n'aurait-il pu amener, au besoin, dans le môme but, la suppression de la particule copulative entre les deux noms prêtres et lévites (4) i Grâce à cette suppression les deux termes pouvaient être considérés comme se trouvant en apposition l'un vis-à-vis de l'autre, et moyennant cette interprétation lu vocation sacerdotale des gentils était positivement exclue. 11 ne manque pas d'auteurs qui voient en notre j)a88ttge les prêtres et les lévites mentionnés comme deux catégori<58 dis-

(1) Geschichte des altt. Priest. p. 249 s.

(2) Les LXX n'ont pas l'article.

(3> Le targum de Jonathan donne la paraphraHe : ... Je m'en (^hoiMirai au service des prêtres léviiiques. De ménie Jos. Kiiuchi ap. I)eiltz»rh.

(4) La particule est de £ait représenti^e danh plunieuni nianuiicritif. Il etit évident qu'on ne saurait de là rien mnclure de certain. Il faut considérer toutefois que la suppresaion de la particule favorluait rexéf(AM timdandeuM des commentaires Juiâ.

tinctes de ministres du culte (i). Klostermann modifie le texte et lit : D'^'^bb D-SriS.... « (parmi eux aussi) je me choisirai des prêtres (à adjoindi^e) atuv léoUes » (==» aux prêtres lévitiques) (2). La modification ne nous parait pas justifiée.

§ 3. La réforme (ïEzéchiêl en regard de Vhistoire.

Il s'opéra en réalité pendant lexil, et peut-être déjà durant les dernières années qui le précédèrent, un travail de réorganisation dans les rangs du personnel du culte ; mais ce ne sont point les visions d'Ezéchiël qui en furent le point de départ ou la règle. Pendant la période des Rois les lévites s'étaient peu à peu élevés ; ils étaient montés en prestige ; leurs fonctions s'étaient notablement élargies ; entre eux et les prêtres la distance était allée diminuant toujours, si bien que, comme on peut l'inférer sans peine des témoignages qui nous sont parvenus, ils devaient être couramment associés à leurs « frères » qui occupaient un rang supérieur, sous une dénomination commune. Il est possible que la réunion, à Jérusalem, sous lei règne de Josias, des prêtres dépossédés des bâmôth, fut le premier motif qui provoqua chez les chefs du clergé l'idée de réviser les situations et de rétablir l'harmonie entre la pratique et la Loi ; car les ressources ne s'accroissaient point en proportion de l'augmentation des besoins et des exigences à satisfaire. Dans tous les cas un mouvement de ce genre put être occasionné, ou dut être puissamment favorisé, par l'exil. Une fois le culte suspendu, l'obstacle que les positions acquises et la tradition établie opposaient à la réforme, était supprimé, ou tout au moins considérablement aplani. Désormais on pouvait impunément procéder à la réorganisation des cadres sans tenir compte d'autres titres que ceux consacrés par la Loi ; on pouvait abolir les privilèges ; la seule chose que l'on eût à considérer était le droit. Le clergé supérieur avait intérêt à y

(1) s. Curtiss Levitical Priests, p. 130, 205 ss. ; Delitzsch Das Buch Jesaia 4* Aufl. p. 637 ; Olieyne Theproph, ofisaiah t. U, p. 131.

(2) Deuterqjesaja hebr. u. deutsch mit Aumerkungen. 1S83, in h. 1.

conformer les faits ; la perspective de la position qui lui serait faite lors d'une restauration du culte à Jérusalem, pouvait ne point paraître très brillante et il importait de prendre des précautions. Les lévites ne manquèrent pas, sans doute, de protester ; mais leur résistance, sexer^-ant en quelque sorte dans Je vide, ne s appuyant plus sur la réalité etfective des services auxquels ils étaient employés, ne pouvant pas en appeler à la Loi, restait nécessairement stérile. L'exemple de Qorah, dont la révolte est racontée dans une relation mêlée dans notre texte à l'histoire de Dathan et Abiram Nujii. XVI, et qui, phénomène remarquable, n'est point associé à Dathan et Abiram Deut. XI 6, était bien fait pour les ramener à la raison.

La teneur de la notice du Deutéronome ne saurait toutefois servir à prouver par elle seule, que le récit de la révolte et de la punition des Qorahites est de composition plus récente. Les parties sacerdotales de THexateuque forment un code qui était destiné aux prêtres ; qui avait, dans tous les cas, spécialement en vue les intérêts du culte et les obligations, les privilèges, l'organisation du clergé. A ce titre sa publicité aura sans doute été restreinte généralement aux milieux lévitiques. Le Deutéronome se rattache plus directement aux autres documents ; on ne peut donc conclure, de l'absence de références que l'on relèverait dans le Deutéronome à l'égard de certaines données du « code sacerdotal »>, que celles-ci sont postérieures à la rédaction de celui-là. Nous avons rappelé au début de cette étude (p. 10 s.) des preuves réelles de l'ancienneté du « code sacerdotal r*. D'autre part, comme nous l'avons fait observer dans notre, dissertation sur Le Lieu du culte, p. 48 s., rien n'empêche que l'application plus détaillée, l'appropriation plus efficace, Tinculcation plus vive des principes des institutions mosaïques, aient donné lieu ici, dans la suite des siècles, de la part de ceux qui étaient investis de la mission de continuer l'œuvre divine du fondateur, à des développements réclamés par les circonstances. — Quant- à l'épisode de Qorah et de ses adeptes, où les lévites sont traités d'étrangers vis-à-vis des Aiironides (Num, XVII 5, coll. Ecoles. XLV 18), alors que

Num. XVIII 2 ils sont appelés leurs frères, nous sommes tenté de croire qu'il fut inséré par l'auteur lui-même dans le morceau qui racontait l'histoire tragique de Dathan et Abiram. La moralité du récit, qui affirmait l'hégémonie de la tribu lévitique dans la personne de Moïse et d'Aaron, reçut, par l'association de Qorah et des siens à Dathan et Abiram, une détermination plus spéciale visant le droit exclusif des Aiux)nides au sacei*doce.

Lors du retour sous Zorobabel les familles sacerdotales et lévitiques se présentent dans une organisation parfaite ; leurs attributions respectives, leurs relations réciproques, sont une question réglée ; grâce à l'exil la Loi a fait son œuvre ; le droit est rétabli et appliqué dans toute sa rigueur ; toute confusion, dans les dénominations comme dans les rôles, est proscrite. Il est presque inutile de dire que d'Ezéchiël et de sa théorie idéale, il n'y a pas ici de traces. Personne, après l'exil, au moment du retour ni plus tard, ne connaît « les fils de Sadoq » ; il n'en est nulle part question (i), si bien que l'idée s'impose que ces «« fils de Sadoq » pourraient bien n'avoir été qu'une création symbolique du prophète. Ce serait encore le meilleur moyen de comprendre la faveur que celui-ci leur témoigne, l'éloge qu'il en fait, alors qu'ils auraient dû être les principaux , auteui-s, en leur qualité supposée de prêtres du temple de Jérusalem, des prérogatives sacrilèges accordées aux incirconcis, une abomination si sévèrement condamnée par Ezéchiël ("i). Les Neihînîm et les Fils des serviteurs de Salomon rentrent en scène et reprennent leurs postes, comme si Ëzéchiël ne s'était jamais occupé d'eux. Ils faisaient d'ailleurs partie de la communauté juive et devaient être par conséquent circoncis, comme on le voit Néh. X 29. Les lévites et les portiers sont si loin d'être identifiés aux anciens prêtres, dégradés pendant l'exil, qu'ils forment même des groupes distincts entre eux. Celui des chantres figure à leurs côtés, bien qu'Ëzéchiêl eût

(1) Kuenen Zadok en de Zadokieten, Tbeol. tgdscb. III p. 487 ss.

(2) Lire aussi Ezech, vm sur les abus qui se commettaient dans le temple de Jérusalem.

oublié den parler (i). Les portiers et les chantres faisaient partie du corps des lévites ; ce dernier nom était cependant réservé d'une manière plus spéciale à une catégorie déterminée de ministres, comme il a été exposé plus haut (2). Une organisation pareille devait tenir à un ensemble de circonstances dont le principe remontait plus haut qu'Ezéchiël. Dès le début de la Restauration, non seulement les lévites, les portiers et les chantres, aussi bien que les prêtres, sont distingués par familles, mais leurs attributions reposent exclusivement sur des titres de famille ; dire chantres, c'est dire p. e. les fils (tAsaph (Esdr. II 41, III 10 etc.). Nulle allusion ne se rencontre à des mesures d'exclusion des rangs du sacerdoce pour cause d'infidélité des ancêtres, mais seulement à raison d'impuissance à produire des titres généalogiques (Esdr. II 62 s.). Et ce qui est particulièrement remarquable, ces principes n'étaient pas seulement en vigueur à l'égard de ceux qui avaient consenti à reprendre le chemin de la mère-patrie et à prendre service au nouveau temple ; ils s'appliquaient également aux lévites qui étaient restés en Orient. Ceux-là aussi se voyaient traiter en simples lévites à raison même de leur origine et ils se reconnaissaient comme tels. Malgré les motifs qu'ils avaient de se plaindre, Esdras n'a pas besoin, pour en décider quelques uns à l'accompagner, d'atténuer la différence de condition qui les sépai-ait des prêtres ; même en Orient les lévites en étaient déjà arrivés à se sentir plus près des Nethînîm que des prêtres (Esdras VIII 15-20). Les prêtres qui se trouvaient parmi les caravanes parties sous Zorobabel étaient au nombre de plus de quatre mille ; dans la liste des émigrants ils sont divisés en quatre groupes ; nous avons déjà dit que le nom de «« fils de Sadoq « ne servait à désigner ni le corps des prêtres dans son ensemble, ni aucun des groupes ; il n'est pas dit en cet endroit où les quatre groupes en question plaçaient leur souche commune la plus rapprochée. Mais ce qui est cer-

(1) Sur XL 44, cfr. Cornill.

tain, encore une fois, c'est que pendant ce temps il restait en Orient des prêtres, non enrôlés au service du temple, qui rapportaient leur origine les uns à Pinelias(-Eléazar), les autres à Ithamar (Esdras VIII 2). — Ne peut-on dire, en présence d'une pareille situation, que ces faits échappent à toute méprise, si tenté que l'on pourrait être de s'y méprendre ?

Pour montrer le rapport qui rattache la situation du clergé postexilien aux dispositions d'Ezéchiël, on signale le petit nombre de lévites qui, à Tépoque de la Restauration, retournèrent de Babylone à Jérusalem. Comment expliquer cette abstention des lévites, sinon par la répugnance qu'ils éprouvaient à se soumettre à la condition inférieure que leur avaient imposée Ezéchiël et ses disciples ?

Nous rappelons à ce propos que les chiffres qui nous sont transmis par la liste des émigrants, ne sont pas suffisamment garantis (i). Il est à noter ensuite que l'on s'expliquerait parfaitement les hésitations d'un grand nombre de lévites sans recourir à Ezéchjiël. Pendant l'exil la situation des ministres de rang inférieur fut amoindrie ; elle fut ramenée aux termes du droit strict. Et même indépendamment de l'accueil que de semblables mesures devaient recevoir chez ceux qui en étaient l'objet, les lévites n'avaient-ils pas, plus que d'autres, tout lieu de redouter les conséquences dun retour dans la mèrepatrie J Pendant lexil ils s'étaient trouvés dans les mêmes conditions que leurs compatriotes, prêtres ou laïques. Ils avaient dû chercher, et avaient réussi sans aucun doute à trouver, leur subsistance ailleurs que dans les revenus du temple. Se rapatrier, c'était s'exposer à la misère, pour eux surtout, car les prêtres allaient vivre les premiers de l'autel et de la part de Jéhova, les lévites ne viendraient qu'en seconde ligne. Beaucoup peuvent avoir préféré l'indépendance relative que leur avait value la vie à l'étranger et la situation plus sûre qu'ils s'y étaient acquise. Ils n'étaient que trop fondés à craindre que dans les épreuves et les misères inséparables de la Restau-

(1) plus haut p. 05 s.

ration, leurs intérêts ne fussent sacrifiés aux exigences des prêtres. Les familles sacerdotales, investies de prérogatives et de garanties plus grandes, avaient moins que les lévites sujet de redouter les chances de l'avenir. I/événement d'ailleurs ne fit que justifier les appréhensions dont nous venons d'exposer la parfaite légitimité chez les familles lévitiques. Nous savons par les actes de Néhémie que les droits des lévites ne furent pas respectés. Les dénis de justice dont ils furent victimes nous expliquent parfaitement l'abstention totale dans laquelle ils se renfermèrent d'abord, lors de l'expédition d'Esdras. Dans la suite, comme nous l'avons déjà vu, leur condition à Jérusalem ne fit qu'empirer ; ils finirent, selon toute apparence, par être confondus avec les Nethînîm dans une même classe d'hiérodules.

On a souvent attiré l'attention sur le développement que représente, vis-à-vis des institutions du code sacerdotal, l'organisation du personnel du culte sous le second temple et déjà antérieurement à l'exil. De portiers et de chantres la Loi ne parle point. Dans l'exercice du culte, le rituel du désert ne connaît ni instruments de musique ni chants sacrés ; le phénomène n est-il pas à lui seul un indice sérieux de la haute antiquité des traditions consignées dans le code i

Un point également digne de tout notre intérêt, bien qu'à un autre point de vue, est celui du groupement des familles sacerdotales. D'après la Loi les Aaronides se divisent en deux })ranches, celle d'Eléazar-Pinehas, et celle d'Ithamar. Nous avons trouvé cette division observée à une époque très reculée de l'histoire, au commencement de la période des Rois. Nous la trouvons encore pratiquement reconnue au temps d'Esdras (Esdr. VIII 2). Dans le cours des siècles les familles sacerdotales eurent naturellement à poursuivre et à compléter par des sectionnements plus détaillés ce système d'organisation nidimentaire. Nous trouvons, après l'exil, deux modes de classification subsistant côte a cote. Il v avait d'abord la

division en vingt quatre classes dont les noms ont varié, du moins en partie, à diverses époques. Au témoignage du 1 livre des Chroniques, XXIV, on çn rapportait l'origine à l'époque de David ; sur les 24 classes seize appartenaient à la branche d'Eléazar, huit à la branche d'Ithamar. Cette division, dans tous les cas, était en vigueur après l'exil (Néh. XII) et se maintint jusque aux tout derniers jours de 1 état juif (1 Mac. II 1, Luc. I, 5, Jos. Vita 1).

Suivant un autre ordre conçu à un point de vue plus large, le corps sacerdotal était partagé en quatre grandes sections. C'est ainsi que sont groupés les prêtres dans la liste des colons revenus de la captivité Esdr. II, Néh. VII. A l'époque d'Esdras la même division est en vigueur {Esdv. X 18 ss.). Josèphe en parle comme d'une institution encore existante de son temps (i). Schûrer estime que le texte en ce passage est corrompu et qu'au lieu de quatre il faut lire vingt qiiatre (2). Mais, comme il se l'objecte à lui-même, le chiffre de membres attribué à chacune des quatre sections, à savoir plus de cinq mille hommes, ne s'accorde pas bien avec cette supposition. Dire, comme Schùrer, que dans ce nombre sont sans doute aussi compris les lévites, et même, peut-être, les femmes et les enfants, n'est point une réponse satisfaisante. Rien ne permet de croire que Josèphe vise les lévites en même temps que les prêtres ; dans le même contexte il parle de ces derniers au sens rigoureux, quand il rapporte que dans la quatrième cour ne sont admis que les seuls prêtres « revêtus de leurs ornements sacerdotaux », quand il dit que les prêtres se succèdent au temple a pour les sacrifices ». Qu'il n'y ait point de place non plus pour les femmes et les enfants, cela semble clairement résulter de l'objet même de tout le passage. Josèphe démontre l'absurdité de la légende suivant laquelle Antiochus aurait trouvé dans 1er temple un captif grec, que les- Juifs y nourrissaient pour l'offrir^ ensuite en sacrifice. Il prouve par les règlements auquel le ser—

(1) C. App. U 7. éd. Havercamp.

(2) G.JOd. V. II p. 184.

vice du temple est soumis, que c'est là une calomnie stupide. Et tout le monde, ajoute-t-il, est témoin de l'observation stricte de ces règles, tout le monde sait ce qui se passe à l'intérieur du sanctuaire et que p. e. on n'y introduit point des aliments : « Car bien qu'il y ait quatre divisions sacerdotales et que chacune d'elles comprenne plus de cinq mille hommes, les rôles cependant sont réglés d'après des jours fixes », etc. C'est-à-dire, malgré le grand nombre de prêtres, tout s'accomplit dans un ordre si parfait, que chacun peut contrôler les allées et venues des membres du clergé appelés au service. Evidemment les femmes et les enfants pouvaient rester ici hors de compte. Il est d'ailleurs à noter que Josèphe n'avait point à grossir le nombre des prêtres, puisque, au point de vue de son argumentation, ce grand nombre donnait lieu à une difficulté à résoudre.

Pour ce qui regarde l'époque préexilienne, on n'a point de témoignage direct et explicite, en dehors de celui de l'auteur des Chroniques, sur le détail de l'organisation du corps sacerdotal. Notons cependant que sous le règne d'Ezéchias il est question des D^'Snsn ""Spi, des Anciens des prêt7^es (i), ce qui fait supposer des groupements basés sur les relations de famille. Dans un passage se rapportant au règne de Joas, 2 R. XII vv. 4 ss., nous apprenons qu'en vue au moins de certains services les membres du clergé se répartissaient les rôles suivant les cercles de leurs relations, c'est-à-dire, comme il résulte de l'enchaînement du récit, suivant les districts auxquels les rattachaient des liens sociaux particuliers (2).

Nous trouvons une donnée plus intéressante et plus distinctement en rapport avec ce que nous apprennent les documents postexiliens, chez le prophète Ezéchiël VIII 16. Après avoir été témoin, en extase, des abominations idolâtriques que commettent dans le temple, notamment les 70 Anciens d'Israël, puis les femmes qui se livrent aux lamentations sur Tammuz,

(1) 2 R. XIX 2 (Is. XXX vu 2; cfr. .1er. XIX 1.

(2) plus haut, p 107 ss.

le prophète est mis en présence d'un spectacle plus révoltant encore : dans le parvis intérieur, entre le vestibule du temple et lautel, vingt cinq hommes tournés du côté de l'orient adorent le soleil. Le chiffre vingt cinq est celui du texte massorétique ; la version grecque (Va t.) lit vingts et Cornill préfère cette dernière leçon à cause de la particule -• qui précède le nom de nombre et <* introduit celui-ci comme un chiffre rond » ; or, dit-il, vingt cinq, chez les Hébreux, n était pas considéré comme chiffre rond. Nous admettons en effet, contrairement à l'interprétation de Smend (i), que si le prophète parle VIII 16 de vingt cinq hommes, comme XI 1, il faut que ce chiffre ait eu une signification, une raison du côté de l'objet. Si l'auteur sacré n'avait voulu exprimer que l'idée générale d'un groupe^ il n'aurait pas employé le chiffre vingt cinq ; il aurait dit vingt ou trente conformément à l'usage des Hébreux. Mais la particule Z fait-elle obstacle à ce que le chiffre vingt cinq soit maintenu i offre-t-elle un appui réel à la leçon du Cod. Vat. < Il est évident que s'il s'agissait ici d'un fait réellement arrivé, si la scène décrite avait été contemplée par Ezéchiël non seulement en extase, mais matériellement, il aurait pu se faire que le groupe fit sur le spectateur l'effet d'être un peu plus nombreux que vingt, un peu moins que trente, et cette impression aurait pu être rendue par un hébreu, comme par tout autre homme au monde, par l'expression envi^^on vingt cinq. Seulement Cornill a très bien senti que le cas est entièrement différent. Ezéchiël nous fait assister à une vision extatique ; le choix du chiffre ne l)eut être réglé ici que, ou bien par l'usage reçu, en vue de signifier un groupe plus ou moins nombreux ; ou bien par l'exigence de l'objet décrit, par la signification qui s'attache au chiffre. Si Ezéchiël n'a voulu qu'exprimer l'idée générale d'un groupe, on comprend qu'il ait fait usage de la particule D ; miais on aurait k préférer pour le chiffre la leçon des LXX à celle des Massorèles. Si le chiffre a été dicté à Ezéchiël par l'exigence de l'objet décrit, il peut avoir été vi^igt cinq, mais s'explique-t-on

(1) Proph. Ezech. p. 53 s.

encore lemploi de la particule ? Si le prophète voulait nous mettre en présence d'un groupe défini, comprenant vingt cinq membres, pouvait-il avoir la moindre raison de jeter sur ce chiffre une nuance d'indétermination { Nous croyons qu'un instant de réflexion suflit pour faire répondre oui. Notons que le prophète n indique pas non plus VIII 16 la qualité des hommes mis en scène ; pourtant c'étaient des Anciens IX 6. Au premier endroit, VIII 16, le prophète ne précise pas, il ne parle pas en termes ouverts ; il insinue, il veut suggérer par une désignation suffisamment claire, mais pas explicite, quels hommes il a en vue, ainsi que nous le verrons tout à l'heure. L'horreur même du crime qu'il stigmatise pourrait avoir contribué à laire choisir au prophète cette tournure, qui semble laisser au lecteur le soin de reconnaître les coupables tout en les désignant d'une manière non équivoque. C'est là l'impression que fait sur nous la pai*ticule D ; et elle nous dispense de recourir à la supposition d'une corruption peu vraisemblable du texte. Les vingt cinq de VIII 16, dit Cornill, seront le résultat «* d'une addition empruntée à XI 1 , où il s'agit de tout autre chose. y> C'est parce qu'il s'agit évidemment de tout autre chose en ce dernier endroit, qu'il ne faudrait pas tant s'empresser d'attribuer aux copistes l'opération en question. Il est plus aisé d'admettre et beauc^oup plus probable que les cinq du texte massorétique ont pu disi)araiire par omission de certains exemplaires.

Au reste, au ch. VIII 16, Ezéchiol a en vue un collège, un corps déterminé ; car, comme nous l'avons rappelé tout à l'heure, ce sont des personnages de marque, des hommes qualifiés qu'il vise ; IX 6 il les appelle : «« les Anciens qui se trouvaient devant le temple »». Tâchons de reconnaître quel corps, quel collège d'Anciens est en cause ; le choix entre le texte massorétique et les LXX pourra du coup s'en trouver rendu plus facile. Les hommes qui adorent le soleil se trouvent « à l'entrée de l'édifice du temple, entre le portique et l'autel ». C'était un endroit saint par excellence ; c'est là que Joël (II 17) nous montre les prêtres implorant pour le peuple la miséricorde

divine. Les adorateurs du soleil chez Ezéchiël ne sont-ils pas un collège de prêtres ? La circonstance du lieu de la scène ne semble pas laisser de doute à cet égard.

On dit qu'avant Texil le parvis intérieur était également accessible aux laïques (i). — Que le roi eût le privilège d y entrer et de se présenter devant l'autel, du moins en certaines circonstances, cela pourrait sembler indiqué par des passages comme 1 R. VIII 22 s. (3). Quant aux soldats de 2 R. XI 4-15, nous avons dit plus haut qu'il y en eut beaucoup moins dans cette histoire que certains ne le croient (3). Et lorsque Joïada convoqua dans l'enceinte sacrée quelques centurions choisis pour délibérer secrètement avec eux, sa conduite lui avait été dictée sans doute par l'avantage qu'offrait pour l'entrevue un lieu où ils seraient à l'abri de toute surprise ou de toute surveillance indiscrète. D'ailleurs les actes posés en des circonstances aussi extraordinaires que celles dont il est question 2 R. XI 4-15 ne sauraient servir à rien prouver. Lorsqu'on sollicitait Néhémie à une entrevue dans le temple (4), c'était sans doute dans l'espoir de l'y amener ; l'habile gouverneur devina, il est vrai, qu'on lui tendait un piège ; mais si la proposition eût été sincère, le motif fondé, et que Néhémie s'y fût rendu, cela eût-il prouvé quelque chose contre la sainteté du temple ? 2 R. XXIII, 2 s. il n'est pas dit du tout que le peuple se réunit dans le parvis intérieur.

Pour éviter la conclusion qui se dégage d'Ezech. VIII 16 Wellhausen se livre à deux pages de considérations, assez étrangères à la question, pour faire voir que le Chroniste en racontait sur le clergé préexilien plus long qu'il ne savait (5) ; il va jusqu'à demander si Hitzig avait bien lu Ezech. XLllI 7 ss., XLIV 6 ss., lorsqu'il poussa la fantaisie jusqu'à reconnaître des prêtres dans les vingt cinq adorateurs du soleil.

(1) Smend p. 53.

(2) Comp. cependant 2 Chron VI 13 (2 R XXIII 3) coll. VU 7 et I R. VIII 64. (.3) p. 93 S8.

(4) Néh. VI v. 10 ss

(5) Prol. p. 228.

Nous avons lu ces passages d'Ezéchiol ; dans le premier nous ne voyons rien qui ne se retrouve chez des prophètes antérieurs, p. e. Jér. Vil 30, XXXI I 34 s. etc. ; lorsque Ezéchiël et d'autres avant lui reprochent au peuple d'avoir souillé la maison de Jéhova, ils ne parlent point d'actes qui étaient considérés comme licites par leurs auteurs. De même XLIV 6 ss., quand le prophète accuse Israël, en termes d'une véhémence extrême, d'avoir violé l'alliance avec Jéhova en profanant la sainteté de la demeure divine, il suppose qu'il y avait une alliance qui exigeait le respect de cette sainteté ; sinon, il ne dit rien du tout. L'idée de la sainteté du temple règne également chez Isaïe et chez Michée, ainsi que dans le récit de l'inauguration du temple par Salomon.

Mais toutes ces discussions sont superflues. Il est par trop manifeste qu'au ch. VIII Ezochiël a pour intention de stigmatiser les pro/hnaHons saaHlèges du lieu saint dont l'Israël apostat s'est rendu coupable. Il commence par la statue de la Jalousie qu'il voit, ])ar la porte septentrionale, dans le parvis extérieur ; puis dans les vestil)ules des j)ortes conduisant aux parvis extérieur et intérieur du côté Nord, il aperçoit les décors et représentations idolâtriques dont les murs sont ornés, les septante Anciens offrant l'encens ; les femmes se lamentant sur Tammuz. Enfln il se retourne vers le parvis intérieur où il se trouve ; il est certain que c'était là un lieu plus saint que la cour extérieure. Cette sainteté plus grande était sa seule raison d'être. Ceux qu'Ezéchiël y offre en spectacle, sans dire qui ils étaient, doivent occuper un rang plus élevé que les 70 Anciens, ils doivent se trouver dans un rapport plus étroit avec les choses du culte, ils doivent être reconnaissables par les circonstances dans lesquelles ils nous sont présentés. Au-delà de l'autel des holoamstes, à rentrée du temple, entre V autel et le vestibule du temple, le prophète voit des hommes qui adorent le soleil ; c'était dans la cour intérieure le point le plus sacré ; c'est là, comme nous le rappelions tout à l'heure, que Joël nous fait assister au spectacle des prêtres réunis pour implorer Jéhova. Mais les hommes. d'Ezéchiël ont le dos tourné vers le temple et regardent

l'orient pour adorer le soleil. Pourquoi Ezéchiël les place-t-il en cet endroit i Rappelons-nous que ces hommes forment un coi'ps ; ils sont un collège d'Anciens ; ceci ne prouve pas, comme Smend le pense, qu'ils n'étaient pas prêtres, car les prêtres aussi avaient leurs Anciens (2 R. XIX 2). L'endroit qu'ils occupent ne leur est assigné qu'à raison d'un rapport spécial qu'ils avaient avec lui, car pour adorer le soleil ils n'avaient pas besoin de se trouver entre le temple et l'autel. Ils sont là parce que cest leur place ; mais au lieu d'adresser leurs hommages à Jéhova, ils lui tournent le dos. L'interprétation de Hitzig, que Movers avait déjà proposée (i) et d'après laquelle ce collège d'Anciens comprend les représentants des vingtquatre cL'isses sacerdotales avec le grand prêtre à leur tête, ne nous semble j)as seulement ingénieuse, mais vraie.

(1) Krit. Unters. ueber die bibl. Chronih p. i^A CtV von Orelli Bas Uuc^ Ezéchiël etc. p. 37.

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