‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'historie des HébreuxChapitre 8 sur 14 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

Le caractère héréditaire des fonctions sacerdotales

chez les anciens hébreux.

« C'était chose très ordinaire dans l'antiquité, écrivait A. Kuenen, que tous les prêtres d'un sanctuaire appartinssent à la même famille » (i). Robertson Smith voyait dans ce fait une preuve du caractère en quelque sorte familial de la religion à l'origine : « La connexité primitive de la religion avec les liens de parenté est attestée par l'existence de sacerdoces composés d'hommes d'un même clan, d'une même famille, qui en bien des cas n'était point du même sang que les simples fidèles. Des cas de cette sorte sont fréquents, non seulement parmi les Arabes, mais aussi parmi les autres Sémites et en général dans l'ancien monde. Dans ces cas le clan sacerdotal représente souvent le groupe familial originel qui ftit d'abord en possession exclusive du culte du dieu et continua à le desservir après que des fidèles du dehors avaient été admis à la même religion » (2). La coutume, on le voit, est ici rapportée à des temps très reculés. Le passage que nous venons de transcrire fait naturellement songer au sacerdoce hébraïque tel qu'il est établi par la Loi ; la tribu de Lévi répond assez bien aux conditions générales que l'on expose ici, de l'organisation du sacerdoce chez les peuples de l'antiquité. Il arrive que certains critiques le constatent dans la même phrase où ils soutiennent le contraire. •* Nous avons déjà vu..., dit Stade, comment il s'est fait que ces fonctions (sacerdotales) furent confiées de préférence à des membres de la tribu de Lévi et qu'en conséquence tous les prêtres, qui pourtant se recrutaient parmi toutes

(1) Zadok en de Zadokieten, TheoL tgdscli. m p. 469

(2) Religion ofthe Sémites ^ edit. 1894 p. 47 s.

les classes du peuple comme le montre l'exemple de Samuel et des fils de David et comme Deut. 33, 9 le trahit, rapportaient cependant leur origine à Lévi, et cela par l'intermédiaire de Moïse En effet il est absolument conforme à la règle partout observée dans le monde ancien, que l'auteur d'une religion nouvelle, ou, pour parler à l'antique, celui qui introduisait un nouveau culte, transmît ])ar voie héréditaire dans sa postérité, le sacerdoce du culte en question j» etc. (i). Ainsi, le sacerdoce en Israël n'était pas héréditaire durant les premiers siècles, puisque les membres s'en recrutaient parmi tous les éléments de la nation ; cependant tous les prêtres faisaient remonter leur origine à Lévi et cela en vertu d'une institution universelle dans le monde ancien, à savoir le pjnncipe de t hérédité des fonctions sacerdotales qui était également en vigueur chez les Israélites.

Nous verrons dans les pages qui suivent, quels étaient les principes fondamentaux de la constitution et de la mission du sacerdoce chez les anciens Hébreux.

Les eonditions essentielles de Fétat saeerdotal

dans Fantiqulté hébraïque.

§ 1 . Le principe du sacerdoce héréditaire.

Il n'est pas possible de mettre en doute que tout au moins vers la fin de la période préexilienne, l origine sacerdotale était considérée chez le peuple hébreu comme une condition requise pour l'exercice du ministère de l'autel. Le Deutéronome suppose la tribu de Lévi, une des douze tribus d'Israël, parfaitement constituée et reconnue comme la tribu sacerdotale (X 8 etc.). A plusieurs reprises le Deutéronome rappelle avec insistance que la tribu de Lévi n'a pas de territoire en Israël, à l'instar des autres tribus, pour la raison que Jéhova est sa part. Il est

(1) Qeêchichie I p. 473.

tout à fait évident que d après le Deutéronome la tribu lévitique est, au point de vue de son origine, une tribu israélite au même titre et dans le même sens que les autres tribus, XVIII 1, XXVII 12 ss. etc. Il est puéril d'écrire par exemple que «* dans le Deutéronome la tribu spirituelle du Lévite se présente encore avec réserve, mais que le code sacerdotal prend la chose franchement au sérieux ». Il était difficile qu'il prit la chose plus au sérieux que le Deutéronome. Nous le répétons ; au T® siècle le sacerdoce se compose, dans le royaume de Juda, exclusivement des membres de la tribu de Lévi, et cette tribu est considérée comme formée par les liens du sang, ainsi que les autres tribus. Cette situation est manifestement aussi supposée par Ezéchiël ; elle est supposée dans la notice de 2 Rois XXIII 8 où il est raconté que les prêtres des bâmôth de Juda furent rassemblés ])ar Josias à Jérusalem pour y manger les azymes parmi leurs frères. Les prêtres des bâmôth d'Israël eurent un sort moins heureux ; ils furent mis à mort (v. 20), comme les intrus (C^raS) l'avaient été en Juda (v. 5).

Le corps sacerdotal était divisé en familles au rapport de 2 Rois XIX 2 (i) où nous lisons qu'Ezéchias envoya à Isaïe, comme faisant partie d'une députation, les Anciens des prêtres D'^SnDn "wp!. Nous avons déjà d'ailleurs rappelé plus haut (2) qu'à l'époque du retour de la captivité, l'ordre sacerdotal était parfaitement organisé, divisé en groupements fixes dont les relations de parenté formaient la base. Le principe de cette organisation, non seulement remontait à l'époque préexilienne, mais devait être de tradition déjà ancienne et était maintenu avec rigueur, comme on le voit au fait de l'exclusion de certaines familles qui furent provisoirement écartées du sacerdoce sous Zorobabel, comme n'ayant pu produire leurs titres généalogiques.

Nous avons entendu Stade nous dire tout à l'heure que Deut. 33, 9 trahissait l'usage de recruter le clergé parmi toutes les

(1) Cfr. Is. XXX Vn 2 ; Jer. XIX 1.

classes de la nation. Wellhausen nous assure lui aussi que la Bénédiction de Moïse, qu'il considère comme un document originaire du royaume du Noi-d et datant par conséquent au plus bas du 8® siècle, fait dériver l'unité de la caste sacerdotale non point des liens du sang, mais, au contraire, d un commun renoncement aux liens du sang. Nous avons déjà eu l'occasion plus haut (i) d'exprimer notre avis sur cette interprétation de Deut. 33, 8-11. Elle nous paraît insoutenable. Quand même nous n'aurions que la seule Bénédiction de Moïse, nous pourrions en conclure avec la plus entière certitude qu'au moment où ce document fut composé Lévi était considéré comme une tribu, parfaitement distincte des autres, constituée suivant le même principe que les autres parmi lesquelles elle est énumérée (2). Elle est une des tribus d'Israël bKite* ^tiJXt, annoncées au v. 5. Le texte ne renferme pas l'ombre d'un indice permettant d'établir une différence entre la nature ou le mode d'origine de cette tiibu et la nature ou le mode d'origine des autres. Le commentaire de Wellhausen sur le v. 9 (3) fait violence au contexte et est contraire au témoignage de l'histoire. Voit-on à une époque quelconque la moindre trace d'une obligation chez les prêtres de renoncer aux liens de la famille, de ne plus connaître leurs enfants i Nous répétons à cet égard la question que nous avons déjà posée : peut-on concevoir pareille obligation comme titre à l'admission dans la tribu sacerdotale ? Il est clair que déjà le v. 8 prépare l'exposé des motifs qui ont valu à Lévi le privilège dont il est investi ; or ce verset mentionne des faits arrivés certainement lors du séjour au désert. Dans l'idée de l'auteur le Lévi dont il parle, le Lévi distinct comme tribu des autres tribus d'Israël, existe déjà depuis TExode ! Alors même qu'il faudrait voii* au v. 9, non pas un souvenir accordé à des faits historiques du passé (Ex. XXXII 26 ss.), ce qui nous semble être le vrai sens du passage ; mais plutôt une allusion à certaines obligations ^

(2) Baudissin Alttest. Priest, p. 75.

(3) Prol. p. 140.

53péciales des prêtres ; on ne serait aucunement autorisé à prêter à lauteur renseignement que ces obligations fonnaient la condition première, le fondement même de letat sacerdotal. Il faudrait expliquer le passage, comme plusieurs le font, p. e. par les lois qui interdisaient aux prêtres certaines manifestations de deuil à l'occasion du décès de l'un ou l'iiutre membre de leur famille (Lev. X 6), ce qui est inculqué en particulier pour le grand prêtre (Lev. XXI 10 ss.) (i). - Dans tous les cas il est à nos yeux absolument certain que iJeut. 33, 9 la tribu de Lévi <ioit être entendue comme une tribu proprement dite, constituée par les liens du sang. Les interprétations qui s'écartent de ce sens sont imaginées pour le besoin d'une théorie ; mais au lieu de servir à celle-ci de i^ecommandation, elles ne font <(ue la compromettre. —Nous n'avons pas àrevenir plus longuement ici sur des faits et des textes qui ont été mis suffisamment en lumière dans la deuxième section de notre étude, notamment aux chapitres II et III.

Si, de l'époque des rois, nous remontons aux siècles antérieurs, nous trouvons encore le principe de l'hérédité des fonctions sacerdotales reconnu parmi le peuple hébreu. Aux ch.XVII s. du livre des Juges, nous lisons l'histoire d'un certain Jonathan, descendant de Moïse (XVIII 30), qui, en sa qualité de lévite, est jugé particulièrement apte à exercer le ministère sacerdotal, auprès de Mikha d'abord, puis à Dan. L'auteur ajoute que ce Jonathan fut l'ancêtre du collège de prêtres qui resta attaché au sanctuaire de Dan jusqu'au jour de la captivité (2).

Le récit des débuts de Samuel (1 Sam, I ss.) nous montre un sacerdoce héréditaire établi au sanctuaire de Silo. L'auteur n'y met en scène que Eli et ses deux fils, parce que c'est le jugement de Dieu sur la famille de Eli qu'il se propose de raconter dans la suite ; mais nul doute que les prêtres chargés de l'administration des choses du culte dans la résidence de

(l) Curtiss LevU. Priests p GO.

■ 2) La comparaison avec le v 31 suggère à certains auteurs la coiyecture ^uau V. 30 il faudrait lire 'T^xn au lieu de yiSH. Cfr. Poels Hist, du ^unctuaire de l'arche^ p. 57.

l'arche, ne fussent très nombreux. Un peu plus tard nous retrouvons à Nob un groupe de prêtres de la race dont Eli avait été le chef; Saûl en fit massacrer quatre vingt cinq mandés en sa présence (1 Sam. XXII 18). 11 a été montré plus haut comment, dans Tavènement de Sadoq et de la maison qu'il représentait, le môme principe de l'hérédité du sacerdoce trouva son application (i). Le lecteur se rappellera à ce propos ce passage du discours de l'homme de Dieu, dont personne ne conteste l'origine au moins préexilienne et où la règle en question est énoncée de la façon la plus expresse : « Ainsi parle Jéhova : Ne me suis-je pas manifesté à la maison de ton père quand ils étaient en Egypte, serviteurs de la maison de Pharaon ; et ne l'ai-je point choisi d'entre toutes les tribus d'Israël comme prêtre pour monter à mon autel et me brûler l'encens, pour porter l'éphod devant moi? N'ai-je point donné à la maison de ton père toutes les offrandes des fils d'Israël?.... » (1 Sam. II 27 s.). Nous entendrons plus loin les mêmes auteurs qui ramènent la composition de ce morceau aux dernières années avant l'exil, supposer une origine beaucoup plus ancienne à la suite du récit (1 Sam. 111), où le discours de l'homme de Dieu est pourtant manifestement connu (vv. 10-14). La disposition formulée Deut. XVI II 6 ss. en faveur du lévite qui viendrait s'engager au service de la maison de Dieu, nous a déjà fourni l'occasion (2) de présenter sur l'organisation de la tribu de Lévi une remarque qui aidera à mieux comprendre les données d'apparence très disparate que nous oflrent d'un côté l'histoire du lévite Jonathan, et de l'autre celle de Eli et de sa famille. Les membres de la tribu sacerdotale demeuraient dispei'sés sur tous les points du territoire. Tous étaient aptes à venir prendre part à la célébration du culte divin ; mais à Silo, bien plus que sous le régime davidique à Jérusalem, il s'en fallait que tous pussent être effectivement employés à cette fin. Ceux qui formaient, en nombre plus ou moins.

(1) Deuxième Section^ chap. Il, § 3 fin,

(2) Detcœiénie Section, chap. III, § 1.

considérable suivant les besoins et les ressources du culte aux différentes époques, le corps habituel des desservants de la maison de Jèhova, demeuraient dans les environs du sanctuaire. Le développement des bâmôth fut, d autre part, favorisé sans aucun doute par la part que prenaient aux cultes locaux les lévites dont le séjour habituel était fixé dans la province.

Les aventures du lévite Jonathan racontées Jug. XVII s. ont servi de prétexte à des théories plus que hasardées sur les débuts de l'organisation du sacerdoce chez le peuple hébreu. Wellhausen fait remarquer (i) lenorme différence entre la position de Eli et celle de Jonathan. Tous les deux sont prêtres de race, mais c'est tout ce qu'ils ont de commun. Eli représente un sacerdoce indépendant ; Jonathan, lévite nomade, est pris à gages par le propriétaire d un sanctuaire privé. C'est Jonathan, ajoute Wellhausen, qui sans doute nous offre le type de ce qui se pratiquait en règle générale ; Eli représente l'exception. Pourquoi ? « Un sacerdoce indépendant ne pouvait prendre pied qu'auprès d'un sanctuaire considérable et public ; celui de Silo semble avoir été seul de cette espèce ; les autres sanctuaires dont l'histoire fait mention étaient des propriétés privées. « Le lecteur voit qu'ici la question du lieu du culte revient à^ l'avant-plan. Nous ne savons si tous les sanctuaires distincts de celui de Silo étaient des propriétés privées ; ce que nous croyons savoir, c'est que le sanctuaire de Silo « qui semble avoh* été le seul considérable et public »», était aussi le seul où pût se pratiquer, suivant les institutions nationales, lo culte public et officiel par le ministère ordinaire des prêtres. Sans doute il y avait en Israël d'autres endroits, en grand nombre, où Ton pouvait et devait invoquer le nom de Jéhova et répandre en son honneur, sur l'autel de terre ou de pierre brute, le sang des animaux qu'on immolait ; mais ce n'était point la mission du prêtre d'intervenir dans les actes de ce culte populaire ; les laïques eux mêmes pouvaient les poser (2).

(1) ProL p. 130.

(2) Le lieu du culte pp. 19 ss., 23 ss.

L'état de désagrégation politique des tribus qui persista longtemps après l'établissement de la nation dans le pays de Canaan et qui résulta tantôt du mélange plus ou moins profond avec les populations anciennes, tantôt des efforts déployés sur tel autre point pour maintenir l'intégrité et la prépondérance de l'élément israélite, ne put manquer d'entraîner aussi un affaiblissement au point de vue de l'unité religieuse (i). Peu à peu les dieux étrangers prirent place à côté de Jéhova ; et à côté de la maison de Jéhova on vit s'élever les hâmôth, — développements abusifs des autels populaires, héritages recueillis des cohabitants cananéens, — où les lévites dispersés dans le pays vinrent trouver à la fois l'emploi de leurs prérogatives avec la considération qui s'y attachait, et les ressources que leur exclusion du partage du territoire et l'insuffisance des revenus de la maison de Jéhova, ne leur permettaient pas de se procurer autrement. 11 ne doit point s'agir ici de règle générale et A'excepiion ; mais bien plutôt de régulier et d'irrégulier ; il est trop évident que le sanctuaire de Silo, seul de son espèce, seul considérable et public, pouvait être aussi seul conforme à la règle, ou à la loi, et qu'à cette circonstance précisément ,^jt

il pouvait être redevable de sa prééminence. Au reste, le sanc- ^^2-

tuaire de Silo, résidence de l'arche, était sans aucun doute le --^^Je centre du culte de Jéhova pour tout Israël ; les prêtres qui y ^^^ y exerçaient habituellement les fonctions sacrées devaient être^^^-ive considérés comme un collège sacerdotal très important ; c'étaient^ -«-:Miit eux qui devaient réaliser aux yeux du peuple le type le plu».^LPiis élevé et le plus pur du sacerdoce de Jéhova. Nous voyons pi tard que ce n'était pas seulement* par leur position, mais enco: par leur nombre que ces prêtres formaient un corps consid rable. Il nous semble que les prêtres de Nob avaient plus titres à se faire valoir devant Israël comme « types -de règle " que le lévite-mercenaire Jonathan. Aussi, tandis les Danites emmènent Jonathan avec eux sans trop de façc=3V7,

(1) Sur les causes de la situation du peuple hébreu à Tôpoque des Jafifists, lire Texposé de Klosteimann Geschichte p. 121-188.

nous voyons les sicaires de Saûl, saisis de respect devant Achimelek et ses collègues, se refuser à exécuter les ordres du roi et à servir sa vengeance en les massacrant 1 Sam. XXII 17.

Rappelons en passant que les divers lieux de culte que Ion a coutume de citer comme des sanctuaires privés, ne présentent pas toujours en réalité ce caractère. L'établissement à Ophra d'un Ephod ou oracle de Jéhova avait pour but, de la part de Gédéon, de faire de sa ville le centre religieux de la nation, comme il voulait aussi y fixer le siège de sa royauté sur les tribus ; le nouveau sanctuaire était destiné à faire échec à la maison de Jéhova à Silo, comme plus tard celui de Béthel dans le royaume du Nord fut opposé au temple de Jérusalem. L'auteur biblique condamne la tentative de Gédéon comme sacrilège et schismatique (i). Quant à la Gibea, près de Qiriath- Jearim, où Varche fut déposée dans le « domaine » d'Abinadab, elle fut, après Silo, le lieu où Jéhova établit la demeure de son nom. C'étaient des prêtres lévitiques qui y exerçaient le miiMstère sacré ; sur la «* Gibea »» nous retrouvons l'appareil du culte qui auparavant était installé à Silo. C'est à Qiriath- Jearîm, ou plutôt sur la colline voisine de cette ville et de Gibeon, que David, lorsqu'il fit venir l'arche à Jérusalem, laissa l'autel des sacrifices ; c'est là qu'était «< la grande Bâma » où Salomon se rendait pour offrir ses hécatombes à Jéhova (2). Nous lisons dans l'histoire du lévite Jonathan que Mikha pour l'attaolier à son service, lui remplit la main T\^, . .SÎyù^^ ^\ZT\ T, et qu'ainsi le lévite devint son prêtre Jud. XVII 12. \jS, formule est employée ailleurs comme une expression technique signifiant la consécration, l'investiture sacerdotale. Ne ^enable-t-il pas, suivant le passage que nous venons de rappeleF, qu'elle dérive, à l'origine, du contrat par lequel les lévites, Ciomme celui de Mikha, étaient pris à gages ? Ce n'est pas du :r*écit des aventures de Jonathan que l'on pourra inférer cette

(1) Cfr. Poels Examen critique de V histoire du sanctuaire de Varche f>. 75 88.

(2) 1 K. III 4, 2 Chron. I. Voir sur 1 R. III 2-3 notre étude sur Le Heu du ^ultep,61.

explication ; les termes en question sont employés aussi, au V. 5, de rinstallation du fils de Mikha comme gardien du sanctuaire : *« et il remplit la main à l'un de ses fils et celui-ci lui servit de prêtre >» ; ils n'ont certainement ici aucun rapport avec un contrat à gages, mais ne signifient pas autre chose, comme partout ailleurs, que la consécration donnée au ministre du culte. D après Maybaum (i), Baudissin (2), Stade (3) etc. la formule devrait son origine à une action symbolique par laquelle on introduisait le nouveau prêtre dans l'exercice de ses fonctions. On lui ** remplissait la main r> en lui remettant une offrande à déj)oser sur lautel (4). Si cette explication est vraie, il n'y a pas lieu de signaler le complet oubli de la signification primitive par l'auteur du livre des Chroniques, qui emploie la tournure « remplir la main à quelqu'un d'un jeune taureau et de sept boucs ?» 2 Chron. XIII 9 (5). Ce passage pourra au contrahe être allégué à l'appui de l'explication proposée. Il n'en est pas moins vrai que le sens et l'application propres de l'expression ne furent pas toujours respectés ; Ezéchiël, parlant de l'inauguration de l'autel, dit qu'on le purifiera et lui remplira la main (ou les mains) pendant sept jours (XLIII 26).

Les mêmes auteurs qui voient dans le cas du lévite Jonathan l'expression de la règle en regard de la situation exceptionnelle de Eli et de ses fils, assurent avec le même aplomb, dans le même contexte, que, d'après le même récit où Jonathan leur apparaît comme le représentant de la règle, un prêtre de profession, un lévite, était pour un sanctuaire privé « chose extrêmement 7'are y> (eine grosse Seltenheit). Il est certain en effet que pour Mikha (Jud. XVII 13) et pour les Danites (XVIII 19), l'acquisition d'un prêtre lévitique est une bonne fortune très appréciée. Ne faut-il pas en conclure, demandons-nous, que

(1) Entwickelung etc. p. IV.

(t) Geschichte des Altt. Prie>t. p. 25, 183.

(3) Geschichte I p. 474.

(4) Voir hi cérémonie décrite i^:x. XXIX 22-25 dans roffrande du b'*ï^

D'^Sb'-. - i-ev. VIII 27.

(5) Baud. 1. c p. 167. — Cfr. 2 Chron. XXIX 31.

le service des sanctuaires distincts de la maison de Jéhova n'entrait pas dans les attributions des lévites ? Que malgré la compétence spéciale que l'on reconnaissait aux membres de la tribu de Lévi dans les choses du culte, malgré la préférence qu'on leur accordait, tous ne parvenaient pas cependant à en trouver qui fussent prêts à accepter leurs offres ? Ce qui étonne les Danites, ce n'est point de rencontrer un lévite, mais d'en rencontrer un dans le sanctuaire de Mikha : - qui t'a amené ici ? de quoi t'occupes-tu en cet endroit et qu'as-tu à faire ici ? r> (XVIll 3). La portée de ces questions est parfaitement claiie ; un peu plus loin les Danites nous en donnent eux-mêmes le commentaire : «* Viens avec nous et sois notre père et notre prêtre ; qu'est ce qui vaut mieux pour toi^ d'être prêtre dans la fnaison d'un homme^ ou (fêtre le prêtre dune tribu et d'une race en Israël 1 »» (v. 19). Puisque Jonathan a consenti à se mettre au service d'un sanctuaire local pour gagner sa vie (v. 4), les Danites lui font voir qu'il serait plus honorable et plus lucratif pour lui de venir exercer son ministère parmi eux. Jonathan reconnaît volontiers que la position chez les Danites lui conviendrait bien mieux ; c est le besoin seul qui lui avait dicté sa conduite.

Dans l'histoire do. l'autre lévite, Jug. XIX ss., le texte masorétique, s'il était suffisamment sur, nous offrirait la contrepartie du cas de Jonathan. Au vieillard qui lui demande, à Gibéa, d'où il vient et où il va, le lévite répond : «* Nous voyageons de Bethléem en Juda jusqu'au delà de la montagne d'Ephraïm ; c'est de là que je suis originaire. Je suis allé à Bethléem et à présent je me rends à la maison de Jéhova et personne ne veut me recueillir dans sa demeure r (XIX 18). D'après les LXX il faudrait lire : et à présent je me rends à ma maison,.,, ef; Tov oîxdv fxoj ; les deux Ie<;ons dérivent de la formule T"- en hébreu ; dans la leçon représentée par le texte masoré tique le ■^ final a été considéré comme l'abbréviation du nom divin r^T" ; dans celle suivie par les LXX comme le suffixe. Il est difficile de décider laquelle mérite la préférence. Le contexte semble plaider pour la leçon des LXX.

§ 2. Les fonctions caractéristiques du prêtre.

Quelle était, à lepoqiie reculée où nous transportent les récits des livres des Juges et d(^ Samuel, la fonction caractéristique de celui qui portait le titre de prêtre ? A en croire certains savants, celait non pas d offiûr les sacrifices et de servii' à lautel, mais plutôt de consulter Téphod et de rendre des oracles (i). Tout le monde se jugeait apte, dit-on, à offrir des victimes à Jéhova ; l'art propre du kôhen, cetait de faire connaître les desseins secrets de la divinité. Outre le témoignage de la tradition ancienne, le nom lui-même, si Ton en juge par sa signitication primitive, nous apprendrait qua l'origine le prêtre avait une mission analogue à celle du prophète.

Si l'on connaissait avec certitude la signification primitive de la racine qui a donné naissance au nom "ro, il serait très intéressant de rechercher le lien qui y rattache le concept exprimé par ce nom chez les Hébreux. En arabe Kâhin signifie devin, celui qui connaît les choses cachées, le voyant qui révèle aux hommes les mystères appris dans le commerce intime avec les esprits. Mais ce n'est évidemment pas là la signification première de la racine d'où le mot dérive ; ce ne peut être que par une appropi'iation , une application spéciale, qu'une racine khn a produit le kî\hin arabe. Sans doute le varbe kaliima à la V et à la S"" conjugaison signifie praesa^ givit ; mais dans cette signification h» verbe est denominatif ; le kdhin c'est le devin ; kahunn et takahhana, c'est faire le devin, prédire l'avenir.

Plusieurs auteurs considèrent la racine kahan comme équivalente à kûn ; le hô/ien serait en conséquence avant tout et suivant Tétymologie celui qui se tient debout, puis, d'une manière plus spéciale, celui qui se tient debout à l'autel (2). A supposer

(1) Wellhansen, Prol. p. 131; Kuenen Godsd. van Isr. I p. 101; Land Over den godsnaam enz. Theol. Tijdschr. 1S6S p 171 ; Robei'tson Smith Otd Test, in theJew. Church, p. 292 etc. : Stade Géschichte I p. 471 ; Baudissin AUteat. Pnest. p. 60 (clV. cependant p. 269 «. p. 25, 183 s.) etc.

(2) Baudissin Alttest, Priest. p. 269.

lexactitude de l'étymologie proi)osée, nous préférerions voir dans le kôhen non j)as précisément celui qui se tient debout àL Vautel, mais simplement celui qui se tient debout, au sens moral, devant Jéhova, rintermédiaire enti'e Thomme et Dieu. JL'idée de cette attitude du prêtre est exprimée aussi dans le verbe hébreu "î^5 employé pour désigner en général le ministère sacerdotal. Celui qui se tient devant la divinité, transmet sl Dieu les hommages de Thomme et à ce titre il est kôhen^ avec la note qui domine dans lusage traditionnel de TAncien Testament ; il transmet également à l'homme les oracles divins, €3t à ce litre il sera kâhin au sens de 1 arabe.

Ewald cherchait lui aussi dans la racine "pD lorigine du nom ■^r^^ ; seulement il avait recours à la forme hiphil : le prêtre, disaii-il, tient ce nom de son office de préparateur ("f") de la victime (i). Cette expliattion ne nous parait avoir aucune vraisemblance.

Movers exprime lavis que la signification fondamentale de

la racine "pS en hébreu est sans aucun doute celle de servir ;

» exercer le service ou le ministère sacerdotal », serait une

acception innnédiatement dérivée de celle-là. 11 rappelle à ce

propos lexpression H'^'O appliquée piireillement d une manière

spéciale au prêtre (•^). L'aral)e kâliin a aussi le sens d'homme

d'affaires de quelqu'un. Le kôhen serait <lonc le serviteur, et

^n i)articulier le serviteur vis-a-vis de la divinité. On pourrait

^approcher de cette explication, l'observation faite plus haut

Sur le nom de 1^'3, D'^l^D, doinié parfois à ceux qui exei^ient

A^is fonctions sa(*-erdolales (a). Dans l'hypothèse que nous venons

^"exposer, on comprendrait parfaitement, une fois de plus,

l*orifiine du hdhin arabe dans le sens de devin ; mais il n y

^.lirait nul besoin de passer par là pour arriver au kôhen de

ia terminologie ordinaire de l'Ancien Testament.

Pour justifier comme signification première et fondamentale cle ^riD celle de serciteur, Movers en appelait au verbe arabe

(1) Altef^humer )i. 1851 p. 301.

(2) UrUersuch. uher die hibl. Chron. p. 304 s

kahuna employé au sens de ministrare d'après le lexique de Meninski et il constatait que Gesenius, tout en niant la réalité de cette acception du verbe, la reconnaissait lui-même en reproduisant l'observation de Firusabadi, que ** le kâhin est celui qui est au service d'un autre et soigne ses intérêts. »

Kônig (1) semble vouloir rattacher la signification de sermteur à l'étymologie proposée par Ewald ; « le nom en question, dit- il, signifie simplement celui qui dispose, le préparateur, le serviteur xax iWfy\^, c.-à-d. celui qui est chargé du service le l)lus éminent, du culte de la divinité. >»

Stade (2) s'exprime en ces termes : ** Ces prêtres s'appellent kôhanîm, parce qu'ils se tiennent devant Jahwe comme serviteurs «. C'est plus simple et beaucoup plus satisfaisant. La notion du servileur est mise ici en rapport immédiat avec la forme Kalde "pS.

Hommel voit dans l'hébreu kôhen un terme emprunté au babylonien mushkînu (de mushkahmu) = qui adore, qui rend hommage à la divinité (3).

D'autres idées et étvmologies ont été i)roposées ; mais comme leur examen ne peut conduire à aucun résultat, il est inutile de nous y arrêter plus longtemps.

Le lecteur conclura sans peine des observations qui précèdent, que, malgré la signification de kâhin en arabe, l'étymologie ne nous oblige, ne nous invite même en aucune manière à voii* dans le kôhên hébreu, à l'origine, le distributeur des oracles divins plutôt que le sacrificateur. Que le kôhen soit celui qui se tient debout devant Jéhova comme intermédiaire entre l'homme et la divinité, qu'il soit le serviteur par excellence de Jéhova, qu'il soit le serviteur de la communauté vis-àvis (le Jt»h()va, la notion de ministre à tauiel se rattachera à ces notions-là aussi immédiatement que celle d'organe des rêvélafîons au des volontés divines (4). Les deux pourront d'ailleurs

\\) Haupipr, p. 88.

(2i Gesch ichte \ Vil : Dièse Priestcr hcisson. weil sie dienend vorJaliwe stehen, Kôhanim.

(3) Die altisrael. Uebey^lieferung 1897 p. 17. {\, Nous ne comprenons pas l'observation de Sprenger (Dcu L^^enund

se vérifier ensemble, malgré une prédominance plus ou moins marquée de Tune ou de l'autre. De fait, il est à noter que non seulement à lorigine, mais dans tout l'Ancien Testament, le prêtre nous apparaît en même temps comme le ministre public du culte, désigné par son élat pour offrir à Dieu les holocaustes et les victimes pacifiques, et comme l'interprète autorisé de la Tora ; le grand prêtre, dans la Loi, est à la fois le porteur de J'Ephod et le pontiié qui chaque année, au jour de l'Expiation, pariile le sanctuaire et l'autel.

iVous avons entendu comment Stade comprend le nom de ioLen. 11 fait suivre son explication du commentaire que voici : « Que ces prêtres (appelés kôhanim parce qxïils se a^rzneni devant Jéhora comme sei^viteurs) rendaient l'oracle, cla.jis les temps les plus anciens, non point par le sort, mais en état d'extase et de seconde vue, nous devons l'admettre parce q^ei le même nom est donné en arabe aux devins. Ce nom setuhle donc être passé de l'institut des voyants libres à un sacerdoce préposé au maniement dûment réglé d'un sort sacré ; ^u, si l'on veut, lancien sacerdoce Israélite semble être issu de 'ordre des voyants par suite de l'établissement de certains dVntre ceux-ci en des endroits déterminés. Ce qui s'harmonise parfaitement avec cette hypothèse, c'est que nous ne rencontrons les kôhanim qu'en des lieux où se trouve une idole ou ^'^ monument naturel considéré comme siège de la divi- 'nte 9* (1), etc. Ce n'est pas là de l'histoire, même conjecturale ;

^'^ Xjehre des Mohammad zw Ausg. I p. 255: Wie auf einen voni Glock

"^8tXiistigten Imperator iFoldherrii) eine î;eihe von Kaisern folgte, welche

*i«h iniperatores hiessen, so kaiiii auch ein Seher einen Priesterorden

stiften, wolcher den Titel Kàliin beibehalt, aber das umgekchrte ist nicht

^©nk|)ai.. leiï giaube daher, dass die Kâhine im ai'abischen Sinne alt<»r sind

^** ^e Kôhene ira hehraischen. — Faut-il absolument que les uns soient plus*

f*^^iens que les autres? Rt s'il fallait absolument établir enti'e les deux

^'^^es un rapport de dépendance, qui nous garantit que le hâhin arabe

^^^t pu être à Vorigine l'augure qui lisait la manifestation des décrets

j/^*ns dans les entrailles des victimes, ou celui qui consultait l'oracle ? C'est

^^"ifii de Ewald {Alterth. p. 301). ^

mais plutôt de la fantaisie. Si les kôhanim portent leur nom ^ qualité de serviteur en station devant Jéhova, pourquoi, pour quelle ombre de raison devrons-nous croire qu'ils ont été avant tout, ** dans les temps les plus anciens », des voyants libres^ 7'évélant les mystères en état dCextnse? Parce que le même nom est donné aux voyants arabes \ Mais Tusage arabe ne pourrait-il être de formation secondaire \ Le serviteur de la divinité, celui p. e. qui a pour office de transmettre à Dieu les hommages de l'homme, sera chargé en retour de porter aux hommes les messages divins ; de là à l'usage arabe qui appelle kàhin le voyant enthousiaste, la transition n'est pas difficile. Mais {personne ne prétendra qu'il faut passer par la notion de Tentiiousiiisme ou de l'extase pour rattacher à la notion de ^ serviteur présent devant Jéhova », celles de ministre de l'autel et de consulteur d'un oracle établi. Ne forçons point le kâhin arabe à remplir ici un rôle par trop encombrant et pour le moins superflu.

On pourrait avec plus de raison se demander a|i les voyants hébreux ne furent point les héritiei^ d'une fonction de l'ordre des kôhanîm qui possédait en soii sein l'oracle des Urim et Twmmîm attaché. à ÏEphod. A partir de l'époque de Salomon il n'est plus fait mention de la consultation des Urîm et Tummim (i). Et c'est à partir de cette époque aussi que l'ordre des pit)pliètes, comme instrument distinct et régulier du gouvernemont de Jéhova, s'organise et sVU'od. L'interprétation ou l'exposiiion de la To7m restai cependant toujours une des attribwtions k's plus en vue du sacerdoce et les prophètes eux-r mêmes ne manquèrent pas, a roccasion,dc dénoncer la négligence des prêtres dans l'accomplissemerit de ce devoir (i). A ce point de vue la mission du prophète confinait à celle du prêtre ou se confondait parfois avec elle (3) ; et l'on peut dire, avec beaucoup

(1) I/épliDd associé aux teraphim dont il est encore question Os. 111 4, U 'était pas 1 instrument de l'oracle i*éservé au prêtre. Voir plus loin à la do de la quatrième section.

(2) Osée IV 6 ss. ; Mal. U 5 ss. Cfr. Aggcc II U ss.

{'S) Zacit. VII 3. Sur les liens qui unissaient le sacerdoce et le prophôtisme eu Juda, voir Rob. Smith Old Test, in thcjcw. Church, p ;;92 s. ; Û'ellbausen Proleg/ùmena^ p. 415.

d'apparence de raison, que le prophétisme chez les Hébreux eut en grande ])artie son origine dans la fonction doctorale des kôhanim. Si renseignement religieux était considéré comme un côté important de la mission du prêtre à une époque où la prédication prophétique avait atteint son apogée, il n y a point lieu de s'étonner -q^u'il nous soit présenté, aux premiers siècles, avec le naême caractère sacerdotal. Moïse est appelé prophète (Deut. XVIII 15, Osée XII 14) et prêtre (Ps. XOIX 6) (l), principalement en sa qualité d'organe des décrets d« JéhoTa envers son peuple. Pour rendre compte de cette étroite connexion entre le sacerdoce et le prophétisme, il n'est point nécessaire, assurément, de faire du prêtre, à l'origiTie, \xn jeteur de 9orts ; et de la Tora^ la décision par le sort jeté, sous prétexte que les noms ""^112 {docteur) et rr^in (doctrine^ enseignement) dérivent du verbe ni* (jeter) (2). A la conjiagaison kiphil TnT\ signifie aussi en un sens absolu indiquerai de là enseigner (3) ; ri^i nem>pêche, apparemment, que le nom-participe môre et le nom abstrait tora se rattachent au verbe en question dans cette signification déterminée, sans dépendance afucune d'une signification antérieure quelconque. Il est contraire à la saine

(1) Voir plus haut p. 137 â.

(2) Cfr. Land ap. Kuenen, ïheol. tudschi*. VI p. 634 s. ; Wellh. Proleg. p. 412 et Texi der BB, Sam. in 1 Ham. XXXJ 3 p. 146. Se rappeler la lornmle b'^'U ni"' sortent misit {Jos, XVllI 6).

(3) Kst-il même bien sûr que cette acception se rattache étymdlogiquement à la notion de la décUtion par le sort t L,e v. nn**, en ce ca«, n'aurait^il point dû signifier - enseigner 9 â la forme kal aussi bien qu'à la forme hiphil ? D'autres disent que la signillcation de - montrer ", « enseigner » dérive de œUe de «jeter - moyennant l'idée de la main étendue poui- indiquei- un objet (?). Od pourrait aussi bien recouiir à la notion du but mai*qué par la âèchc lancée. Nous doutons beaucoup pour notice part que niin montrer^ enseigner ,

ait rien de commun avec n"1', niin jeter. Feut-étre y a-t-U un rappi-oohe-

ment plus fondé dans Fanaiogie signalée par Gesenius (r/i««. suh v. n*^*')

avec larabe vulgaire 'awr^à pour 'ar'à. Nous ne compi'enoncj pas que Homme! ait pu voir dans l'hébieu ton^a un mot emprunté au babylonien [^urtu et tértu) (Altisrael. Ueberl. l. c). Malgré Tirrégularité de la formation nous croyons que c'est au verbe nfi<n que se rattache le verbe rT^in dans le

aens de indiquer, montrer, enseigner (Plfi^Tl n*iÉtn n^fînj,

critique de chercher l'explication de ces deux termes, qui n'ont rien d'obscur, dans l'hypothèse tout au moins gratuite d'un usage généralement répandu parmi les kôhanfm des premiers siècles, de rendre des oracles au moyen du sort. Ajoutons que jamais le verbe H""* ou ÎT'ir; (jeter), ne sert à signifier en particulier la consultation des Urîm et Tummîm,

Ceci nous ramène à la question posée plus haut touchant la compétence des anciens kôhanîm en matière de sacrifices. L'enseignement de la Tora, nous venons de le rappeler, entrait sans aucun doute dans leurs attributions et en formait un côté très important. Mais il serait exagéré et contraire au témoignage de l'histoire, de prétendre que leur rôle comme ministres de l'autel était chose accessoire. La formule employée pour signifier leur investiture, montre que c'était là au contraire leur mission principale. Pour introduire le nouveau prêtre dans l'exercice de ses fonctions, on « lui remplissait la main «, c'està-dire qu'on lui remettait une offrande à déposer sur l'autel. Comme nous l'avons exposé ailleurs, en commentant la loi d'Ex. XX 24 ss., les laïques avaient, à la vérité, qualité pour accomplir sur les autels de terre ou de pierre non taillée qui pouvaient s'élever partout, les rites qui accompagnaient l'immolation des animaux destinés à la consommation ordinaire (i). Mais de cette coutume populaire et d'ordre local, dont les abus des bâmôth finirent par entraîner la suppression radicale, il importe de distinguer soigneusement le culte public, c'est-àdire celui qui devait être célébré suivant les institutions nationales, par l'entremise des représentants officiels de la communauté Israélite, dans le sanctuaire où Jéhova avait établi sa demeure. La loi du livre de l'alliance, aussi bien que les autres documents législatifs ou historiques de l'Ancien Testament, nous défendent de confondre ces deux points de vue. « La maison de Dieu « nous est présentée Ex. XXIII 15-19 comme le seul lieu, pour tous les Israélites, où puissent être tenues les panégyries solennelles du peuple. C'est le culte à célébrer dans la

(1) Le lieu du culte p 19-32, 34 as., 39 ss., 43-56.

maison de Dieu qui était réservé au ministère des prêtres ;

c'est par l'entremise des prêtres que devaient s'accomplir, dans

la maison de Dieu, les offrandes réglées par le rituel établi et

celles que des obligations s})éciales ou la piété amenaient le

peuple à venir présenter «* devant la face de Jéhova « (i).

Pour prouver que la fonction caractéristique du sacerdoce

n'était pas, à l'origine, d'offrir des sacrifices, mais bien plutôt

de monter la garde auprès des sanctuaires, de consulter TEphod

^t de lui soustraire des oracles, on allègue entre autres le

sacrifice de Gédéon Jug. VI 18 ss. Il serait difiîcile de montrer

^n quoi l'acte de Gédéon suppose l'absence à son époque ou à

l'époque du narrateur, d'un institut de ministres ordinaires de

l'autel ; mais nous n'insistons pas, pour le moment, sur cette

considération. Gédéon n'établit-il pas un éphod dans sa ville

<i'Ofra ? Mikha n'avait-il pas installé un éphod et des teraphim

<Ians sa chapelle, même avant d'avoir un lévite ( Etait-ce contre

les lévites qu'étaient dirigées les mesures de Saûl, proscrivant

les devins de toute l'étendue du territoire (1 Sam. XXVIII 3) î

Saûl lui-même ne consulte pas seulement les prêtres, mais la

femme d'Endor. Mikha, avant larrivée de Jonathan, avait

établi son fils comme gardien de son sanctuaire. A s'en tenir à

<iuelques faits particuliers, on arriverait aussi bien à conclure

^u'à l'origine tout le monde se croyait en droit de monter la

garde auprès des sanctuaires, de manier l'éphod, de rendre

<ies oracles. Les teraphim, souvent associés à Téphod, jouaient

sa.ns doute un rôle dans l'art de découvrir et de révéler les

<^lioses cachées (2) ; mais ce n'était pas exclusivement Aux

^'ïxains et dans les demeures des lévites qu'on les trouvait ! Il

<1) La loi sur Tunité de sanctuaire, était évidemment contraire aux cultes

^ Vii se célébi'aient régulièrement, par le ministère d*un sacerdoce constitué,

^^ des endroits distincts du siège de Tarche d'alliance; nous avons rappelé

us haut comment ces établissements s'étaient lormés Mais elle n'avait pas

»ur objet de condamner tout sacrifice qui se serait offert en dehors du lieu

^^onsacré au culte {Le lieu du culte p. 57 ss.). Seulement, par la nature

^^:àéme des choses, les sacriflces offerts dans ces conditions ne pouvaient être

^ Kl'exceptionnels .

(2) Cfr. Le lieu du culte p. 26 ; cfr. Rob. Smith Old Test. p. 292.

est très vrai qu'il est un Ephod dont la consultiition nous est présentée dans l'histoire comme le privilège exclusif du prêtre ; mais celui-ilà, comme nous lentondrons en parlant du grand prêtre, n'éitait pas parmi le clergé d un usage aussi répandu quon le suppose parfois. Les relations de sacrifices otferts par des laïques, même en des cas où Ion aurait attendu Tinterventfton du ministre attitré, n'autorisent pas à conclure que celui-ci n'était pas encore reconnu. C'est surtout dans l'histoire de la fetmille sacerdotale dont Eli avait été le chef, que nous apprenons toute l'importance pratique qu'avait parmi les fonctions du prêtre, celle de la consultation de l'Ephod. Mais c'est également dans l'histoire de cette famille sacerdotale que nous trouvons des renseignements précis sur certains autres côtés du ministère sacerdotal. Dans le sanctuaire de Silo Eli et ses fils sont les ministres de l'autel ; ce sont les abus commis dans l'exercice de cette fonction éminente qui attirent sur la maison de Eli, et sur tout Israël, les plus terribles calamités. La mission d'offrir les sacrifices, au sanctuaire, n'est-elle pas manifestement envisagée ici comme une prérogative sacerdotale? A Nob, où nous rencontrons Achimelek et ses confrères attachés au service du culte, il n'y a pas seulement l'Ephod ; les prêtres y sont chargés aussi du soin des pains de proposition ; c'est aux prêtres qu'il appartient de veiller au renouvellement de ces ofïmndes sacrées ; d'assurer le respect religieux avec lequel elles doivent être traitées. — La bénédiction de Lévi Deut. XXXIII 8i5s., où l'on trouve la preuve que les Urîm et Tunimîm étaient « le véritable et universel insigne de l'état sacerdotal «, démontre beaucoup mieux les vrais rapports du sacer doce avec l'encens et Tholocauste (v. 10).'

Le serviee du eulte publie en Israël réserwé à la

eompétenee du elerffé léwUique.

Les faits racontés au premier livre de Samuel montrent de la fitçon la plus évidente, que dès les premiers siècles sur les-

quels l'histoire d'Israël nous fouwiit de la lumière, il y avait au service de l'arche d'alliance et du culte dont elle était le c^itre, un sacerdoce organisé ; et la notion de ce sacerdoce est si bien liée à sa compétence en matière de sacrifices que ceux qui s'attachent à contester son rôle à cet égard se voient amenés, contrairement aux exigences de leurs propres théories, à effacer complètement ou peu s'en faut, pour l'époque en question, toute distinction entre prêtres et laïques et détruisent ainsi le fameux institut des Kôhanîm dont ils sont obligés à faire en même temps le dépositaire reconnu et traditionnel de l'Ephod, des Urîm et Tummim, de la Tora. Cest bien à ce résultat que tendent des arguments destinés à prouver que les fonctions du sacerdoce étaient ouvertes à tout le monde, sauf une certaine préférence accordée aux - descendants de Moïse » ; que des gens d'origine non lévitique y avaient accès aussi bien que les lévites et étaient appelés prêtres au même titre que ceux-ci ; que la distinction systématique entre choses sacrées et choses profanes était inconnue parmi l'Israël ancien ; que notamment le concept du caractère inaccessible du « saint » était parfaitement ignoré. Il devient difficile, dans ces conditions, de se faire une idée quelque peu arrêtée de la distinction qui pouvait exister entre personnes sacrées et laïques et par conséquent de la nature d'un état sacerdotal quelconque qui aurait existé à l'époque dont on parle.

Dans tous les cas et quoi qu'il faille penser des conséquences qui pourraient résulter de certaines interprétations pour telle ou telle théorie, il importe pour une connaissance plus parfaite dtw sujet que nous traitons, d'examiner les différents groupes do faits que Ton a coutume d'opposer aux conclusions que stLiggèrent ou qu'imposent des récits comme ceux des chapitres I ss., XXI s. du V^ livre de Samuel.

§ 1 . La distinction entre personnes et choses sacrées et profanes.

Le culte de t arche.

Au témoignage d'Ezéchiël XLIV 6-9 on ne faisait pas diffi- ^vtlté, avant l'exil, d'admettre des étrangers au service du

temple. Cela est très vrai. Le code sacerdotal lui-même d'ailleurs connaît Thistoire de la charge imposée aux Gibéonites par Josué. Ce n'était pas seulement avant Ezéchiël, mais encoK après lui, alors que le sacerdoce formait un ordre parfaitement constitué et organisé, que des étrangers furent admis au service du sanctuaire. Tout le monde sait que parmi les compagnons de Zorobabel, il y avait plusieurs familles de Nethînîm et di fils des serviteui's de Salomon, énumérés à la suite des prêtrei et des lévites, comme ministres attachés au temple, de ran^ très inférieur sans doute, et dont les noms seuls, même abstrao tion faite de l'orthographe, semblent, du moins pour un grand nombre, attester lorigine étrangère. Wellhausen incline i penser que ces serviteurs étiangers furent plus tard incorporel en masse dans les rangs des lévites. Nous tenons la chosn pour très probable (i) ; mais ])ersonne ne s'avisera d'en concluD qu'après l'exil, après Néhémie qui distingue encore les Nethi nim des lévites, il n'y avait pas de distinction bien tranché entre les personnes sacrées et les autres, ou que le sacerdoo n'était pas héréditaii'e. Cela prouve seulement que les principes même reconnus, ne sont pas cependant toujours applique dans toute leur rigueur. Les faits visés par Ezéchiël sont sti matisés pai' lui comme un intolérable abus, contraire à la Le Il serait absurde de prétendre qu'avant Ezéchiël il n'y av pas encore de distinction systématique entre choses saintes profanes. Il iaut plutôt conclure du passage d'Ëzéchiël c une époque où la tribu de Lévi avec ses privilèges et attributions était certainement constituée, comme le De ronome en fait foi, des étrangers parvenaient cependa' s'introduire où à se maintenir dans le sanctuaire ; et tirer rieurement de là cette utile leçon, que si cela pouvait ar à ré])oque d'Ëzéchiël, il n'y aurait pas lieu de s'étonner qu< fût arrivé à l'époque des Juges. Nous trouvons un fai grave consigné jusque dans les Mémoires de Néhémie, à l'usurpation par Tobie l'Ammonite d'une lischka et de for

(1) Voir plus haut p. 39 s.

importantes dans lenceinte du temple ; nous ne trouvons rien de pareil rapporté dans Thistoire du sanctuaire de Silo, de Qiriath-Jearim, de Nob. Se rappeler encore le rôle rempli comme administrateur du temple, par Simon, de la tribu de Benjamin, au rapport de 2 Mac. III 4.

A Nob, David reçoit d'Achimelek les pains de proposition (1 Sam. XXI) ; le procédé du prêtre, dit Wellhausen, ne passait nullement pour incorrect dans le cas donné, les consommateurs étant en état de pureté (i). La véritable note du récit est complètement méconnue par le critique allemand. Il 73 'est pas exact que l'usage fait des pains sacrés en cette circonstance soit présenté comme parfaitement licite et naturel, à r:É^ison seulement de Tétat de pureté de David et de ses com- ;>,^gnons. Le fait est raconté comme extraordinaire ; il est e:^^cusé en termes explicites comme un cas de nécessité : il ny a^^^ait pas d autres pains (vv. 5, 7). Les détails qui précèdent t^:ndent pareillement à la justitication de la conduite du prêtre ; E>^ivid s'est présenté comme l'envoyé de Saul, comme chargé l[>^^r le roi d'une mission pressante et secrète ; il se trouve donc, s<:>i-disant, dans l'impossibilité de s'adresser ailleurs et Achiir:i-^ek ne doit pas songer à résister ni à tarder. La remise. des p^3i^ins sacrés n'est pas plus envisagée ici comme un acte ordiii^xire que celle de l'épée de Goliath (v. 9 s.). Le narrateur nous ïri.ontre David faisant habilement sentir à Achimelek, dès le d^'hut, que tout manque d'empressement à le servir serait de nature à provoquer la colère du roi. Lorsque le prêtre, au v. 5, après avoir constaté qu'il ne disposait que de pains sacrés, s'enquiert de l'état de pureté de David et de ses gens, c'est ^manifestement parce que, malgré les considérations suggérées par le visiteur, il hésite à lui dornier les pains qui étaient con- ^crés à une tout autre destination. On peut trouver étrange ^l^e cette histoire soit alléguée comme preuve de l'absence. ^' lïne ligne de démarcation entre le saint et le profane ! Le ^int et le profane (br onb, ^"p Qrb) sont nettement opposés

^^) Prolegomena p. 132.

Tun à Tautre dans ce récit. Ceux qui abusent avec tant de légèreté d'un trait, mal interprêté, de l'épisode dont nous parfens, auraient pu y découvrir même ce « character indelebilis » des choses saintes, qu'ils se plaignent d'avoir vainement cherché chez le fils de Mikha où, naturellejment, il n'était pas à trou» ver (i) ; les pains qu'Achimetek n*accorde au soi-disant envoyé du roi qu'avec hésitation, pour cause de nécessité urgente, étaient déjà repiplacés par des pains frais (v, 7). lies pains enlevés n'étaient pas distribués à tout le monde, sous condition que les consiommateurs fussent en état de pureté ; non, ils demeuraient affectés, suivant la règle, à un usage spécial ; le récit de notre ch. XXI le tait entendre d'une manière non équivoque ; et l'usage spécial auquel les pains étaient destinés ne pouvait être autre que la consommation par les prêtres. L'histoire des pains de proposition de Nob, tout le monde s'en aperçoit au premier abord, montre que le culte à cette époque avait déjà ses cérémonies parfaitement établies, qu'il y avait un rituel et qu'on s'attachait, dans le sanctuaire, à l'observer. Notons encore ceci ; le récit du chapitre XXI se trouve en connexion étroite avec celuji du ch, XXI 1 9 ss. où est raconté le massacre des jxrêtres de Nob par Saûi ; or ici le caractère héréditaire du sacerdoce, les rapports de parenté qui unissaient les prêtres entre eux, se trouvent affirmés à plus d'une reprise (v. U, 16, 20, 22). De plus l'histoire du massacre des prêti^es de Nob se relie, du moins selon toute probabilité, à la prophétie de l'homme de Dieu contre la maison de Eli 1 Sam II 27 sa ; or ici, encore une iEbis, l'unité de l'ordre sacerdotal fondée sur les liens du ^apg est expressément mise en relief. C'est pousser un peu loin l'envie de reconstruire l'histoire, que de chercher dans lejs pain^ de proposition de Nob, la preuve qu'il ne pouvait y avoir, au t^nps de Samuel, de distinction bien arrêtée entre prêtres et laïques.

(1) Le ûls de Mikha (Jud. XVII 5), comme Jonathan à son tour (▼. 10 etc.), n*est appelé prêtre qu'à raison des fonctions auxquelles il est employé d'occasion. Le fait ne prouve pas l'absence à cette époque, de prêtres par droit de naissance.

La donnée du discours de rhomme de Dieu que nous venons de rappeler, trouverait surtout son application dans Texamen des conclusions que Ton prétend tirer du récit du ch. III contre l'existence d'un sacerdoce régulier. Il est évident en effet que les vv. 12 ss. de ce chapitre nous renvoient au discours du ch. II. Dire que l'auteur du discours a « harmonisé » le récit III 12 ss. avec son interpolation (i), c'est se tirer d'embarras par un expédient contre lequel proteste la factui^ littéraire d'une des plus belles narrations de la Bible ; de pareils procédés se condamnent eux-mémesi. Mais écoutons comment le récit de notre chap. III doit contribuer à montrer qu'à l'époque de Samuel il n'y avait nulle organisation sacerdotale strictement établie. L'histoire de l'arche mieux que tout autre chose, dit-on, fournit» « comme Vatke l'a observé à bon droit », plusieurs arguments à l'effet de montrer que le concept de « l'inaccessibilité des choses saintes " était ignoré parmi les Israélites du temps de Samuel. Wellhausen ne veut relever que le plus frappant de ces arguments, à savoir le fait que le jeune Samuel couchait chaque nuit à coté de l'arche, un endroit où, d'après Lév. XVI, le grand prêtre ne pouvait pénétrer qu'une fois par an ! (2) L'excessive familiarité attribuée à Samuel vis à vis de l'arche est en effet surprenante et l'étonnement du lecteur s'explique bien autrement que par les dispositions du code sacerdotal. Wellhausen lui-même, exposant pourquoi il ne saurait admettre que l'arche eût servi dès l'origine à l'enfermer les tables du décalogue« s'exprime en ces termes : « s'il se trouvait dans l'arche des pierres quelconques, il est difBcile de croire

(1) Kuenen H. C* I p. 382. 1/auteur, au ïaéme endroit, attribue l'origine de i Sam Mil à l'époque d'Ezéchias. — Wellhausen Die Composition p. 889 s. Be g^rûe bien de mêler Tinterpolateur à la composition du ch. III ; il prétend ^u contraire que les menaces prononcées ici prouvent Torigine étrangère du discours de l'homme de Dieu. Mais les menaces du ch- III s'énoncent «Ues-mémes comme la répétition de celles du ch. II. Notons encore que pour Cedi-e de notre récit, au ch. III, l'usage qu'il en fait, W. doit lui supposer une origine très ancienne. U est trop évident qu'au temps dlsalOi p. e., le cx>ncept de Vinaccessibilité du saint n'était pas inconnu.

(2) Prol, p. 132. Cfr. Rob. Smith Old Test in the Jexo, church, p. 270.

quelles eussent servi de matériel d'écriture ; car évidemment en ce cas on ne les aurait pas cachées, comme un arcane, dans

ï ombre mystérietcse du sanctuaire » (i) Il veut bien que des

pierres étaient déposées dans larche, mais leur signification était bien différente de celle quy attacha la tradition plus récente.... Kuenen nous fait connaître cette signification authentique (2) en sappuyant sur les données de l'histoire ancienne. Nous apprenons ainsi que Tarche était considérée comme la demeure de Jahveh, au sens grossièrement matériel ; que notamment la ])ierre y déposée était tenue pour le siège propre de la divinité ! ... Ce qui le prouve, c'est l'action terrible attribuée à l'arche et la crainte religieuse que celle-ci inspire : « Qui pourrait subsister devant la face de Jahveh, ce dieu saint i î» demandent les Bethsémites terrifiés. Les chérubins placés par Salomon devant le Saint des Saints dans le temple, avaient pour rôle, dit Kuenen, de représenter Jahveh et le sanctuaire où il résidait comme «« inaccessible ^ aux hommes... Uzza, foudroyé pour avoir porté sur l'arche une main auda* cieuse, pourrait lui aussi, à la rigueur, nous permettre de corn-prendre certaines dispositions de la loi sacerdotale, comme cell^ de Num. IV 19 ou de Lev. XVL Mais comment, au milieu d^ ces données de l'histoire ancienne signalées à notre attentior^ par Wellhausen et Kuenen, trouver une place pour Samuel se couchant sans façon là où se trouvait l'arche i il n'est mémo pas dit dans le texte qu'il se contentait de dormir à côté. Est-ce croyable ? Nous avons beaucoup de peine à le croire ; heureusement le texte ne nous y oblige en aucune manière. Il n'est pas — dit ni insinué que Samuel dormait à côté de l'arche. Il est diti^ que Samuel passait la nuit dans l'enceinte sacrée où se trouvai^^ ^ussi l'arche de Dieu. Les deux faits sont associés au comme 11 — cément du récit en vue de l'histoire qui va suivre. Jéhov:^© appellera Samuel pour lui communiquer ses desseins sur L-« maison de Eli. Cette idée explique parfaitement pourquoi, <^5.j]

(1) Prol. p. 411.

abordant la narration, l'auteur rappelle que Samuel prenait son repos la nuit dans un appartement de l'enceinte du sanctuaire, où l'arche d'alliance avait sa résidence. Il ne faut pas conclure de là que Samuel dormait à côté de l'arche ! Le contraire est supposé au V. 10 où il est raconté, avant le troisième appel, que Jéhova ^ vint et se présenta « , à savoir devant la couche de Samuel. Celui-ci ne se trouvait donc pas dans le voisinage immédiat de Tarche les deux premières fois, alors que, se méprenant aussi sur la voix qui prononçait son nom, il se croyait appelé par Eli et et accourait à lui.

Il est inutile de rappeler encore que les données des premiers chapitres du 1** livre de Samuel, sans faire de l'arche un fétiche ou l'écrin d'un fétiche, la présentent cependant, à raison de son caractère de sainteté exceptionnelle, comme un objet de culte religieux qui ne souffrait aucun contact profane. Les Philistins s'en aperçurent pendant les sept mois qu'elle passa dans leurs villes. Ils la renvoyèrent aux frontières sur un char neuf, construit exprès pour elle. Les Bethsémites éprouvèrent à leur tour qu'on ne pouvait pas impunément jeter sur l'auguste symbole des regards indiscrets (i). A Qiriath- Jearim « on sanctifia »» les fils d'Eléazar (2) pour garder l'arche (VII 1) ; ici elle se trouva entourée de prêtres comme elle l'avait été à Silo. Lorsque plus tard David lui donna une résidence nouvelle dans sa cité de Sion, c'est encore à la garde des prêtres, notamment d'Abjaihar, qu'il la confia.

Nous lisons 2 Sam. VI 10 s. qu'avant d'arriver chez David, l'arche eut pendant trois mois un séjour provisoire chez Obededom ; mais ce n'est point l'intention du narrateur de faire entendre que le meuble sacré fut déposé dans un appartement quelconque de la demeure de ce personnage ; tout le récit tend à inculquer le respect et la crainte dont l'arche devait être entourée. Si la maison d'Obededom fut bénie, c'est que l'arche y fut traitée comme il convenait à son caractère. Uzza avait

(1) Cfr. Wellh. Text der BB. Sam., in 1 Sam. VI 19. Voir plus haut p. 76.

(2) Comme les prêtres eurent toujours à se « sanctifier 1» avant d'exercer leurs fonctions (1 Chron. XV 14, 2 Chron. XXX 15, XXXV 6).

été frappé de mort pour lui avoir manqué ; David n'osa pas l'introduire dans sa ville de peur qu'il ne lui arrivât malheur à lui aussi ; il serait contraire à toutes les circonstances décrites en ce passage d'interpréter le v. 10 dans le sens d'un traitement familier dont l'arche aurait été l'objet. Nous ne sommes pas renseignés sur les conditions dans lesquelles elle se trouva installée dans les propriétés d'Obededom. Mais rien ne nous défend de supposer qu'ici, comme dans le domaine d'Abinadab, on eut soin de la mettre à couvert de tout regard sacrilège ; qu'on la tint cachée, comme il convenait à sa significatioa pleine de religieux mystère, dans l'ombre d'un sanctuaire improvisé (i) ; rien ne nous défend de supposer que durant ces trois mois, comme avant et après, elle n'eut d'autre entourage immédiat que celui des prêtres consacrés à son service, qui pouvaient l'approcher impunément. Le narrateur, rapportant la mort de Uzza, ne veut pas dire évidemment que pour bien feire on eût dû laisser tomber l'arche ; ce n'est pas le fait que l'arche fut maintenue sur le char qui constituait l'irrévérence ; mais la main qui la toucha n'avait pas mission pour le faire ; si les prêtres eussent été à leur poste, le malheui' ne serait pas arrivé. Aussi voit-on que pour faire le trajet de chez Obededona à la cité de David, l'arche n'est plus conduite sur un char, mais portée ; non pas, naturellement, par des personnes du genre de Uzza, mais par ceux qui étaient spécialement appelés à cette fonction . Ce qui fut fait pour l'arche pendant ce second trajet et lors de son installation dans la ville de David, avait été fait sans aucun doute pendant son séjour de trois mois chez celui qui fut béni avec toute sa maison.

1 Chron. XV 18, 21, 24 le nom d'Obededom est cité parmi les familles lévitiques. Dans le récit de la translation de l'arche

(1) Cfr. Wellhausen /. supra cit. Notons que d'après Lucien les LXX auraient rappoi'té aussi ces paroles de David (v. 12) : xai elicev Aauîî £::wtpc«yctf Ti}v ejXoyCav ctc tôv o\k6w (ioj Vet. Lat. : Ibo et reducam arcam cum benedictione in domum meam. — C'est bien le sens de la narration, cfr. v. 10- Cependant David ne songeait pas à introduire rarche sous son propre toitn puisqu'il lui avait préparé un tabernacle à part (v. 17). Elle avait été chef Obededom dans le même sens qu'elle fut chez David.

le personnage n'est pas appelé lévite, mais géthéen "rorî, et cela à plus d'une reprise ; son origine géthéenne semble avoir été un fait bien connu et particulièrement digne d'être relevé. L'épithète fait corps en quelque sorte avec le nom luimôme. Wellhauson écrit qu'Obededom était un capitaine de David, un Philistin de Geth. Klostermann de même est d'avis que c'était manifestement un étranger fiûsant partie de la garde de David et dont les quartiers étaient situés dans le voisinage de la cité davidique (i). La qualité attribuée au personnage dans ces commentaires n'est pas explicitement garantie, elle non plus, par le texte. Le nom d'Obed-Edom ne fournit pas de lumière. Les LXX l'écrivent 'Ape58apà, une forme répondant i)eut être à ■»"(»l)"aJ ou ""i(n)"îa>' et que Klostermann rapproche de ""îM"p ; peut-être aussi, comme le même âuteui* l'ajoute, la forme authentique du nom était elle llfc^^lSJ, Josèphe appelle le ])ersonnage U(3eSà{jio<; (2) — UT'OS (?) (3). Quant à l'épithète de T^n, il y a d'autres localités que la ville philistine qui s'appellent Geth, au moins comme élément partiel de leur nom ; il n'est pas impossible p. e. que nous ayons à songer à Geth-Rimmon, une ville lévitique de la tribu de Dan (Jos. XXI 24). Cela est cependant peu probable. Si Obed-Edom était philistin, comme la constante répétition de l'épithète l'insinue en effet, sa présence ou plutôt son établissement dans les états de David, s'expliquera le mieux par la supposition qu'il occupait un rang dans l'armée, comme chef d'une troupe

(1) In 2 Sam, VI 10. Cfr. Renan Hist, du peuple d'Israël n p. 25 et d'autres en grand nombre.

(2) knt, Vn, 4, 2.

(3) L'orthographe constante des Massorètes semble bien garantir, malgré tout, rautbenticité de leur lecture. Baethgen signale la présence du môme nom dans les inscriptions de Carthage (Beitra^ge zur semit. Religionsgeschichte p. 10). Plusieurs auteurs voient dans le second élément du nom d*Obed-Edom un nom divin (Stade Geschichte des V. Israël I p. 121 ; Robertson Smitb Rel. ofthe Sémites p. 42 s, ; Sayce Early history ofthe Hebrews 1897 p. 413 i G. A. Barton Native iàraelitish deities (in Oriental studies, Boston 1894) p. lOS, etc. D'autres rejettent cette interprétation, comme Baethgen, 1. c, Klostermann Die BB Sam. und d. Kôn., in 2 Sam. VI 10 (an Edom als Volks- oder Gottesnamen ist nioht zu denken (?)).

de ces mercenaires appelés Kereti et Peleti (i). Il n'y aurait là qu'une recommandation de plus à la conjecture que larche ne jfut pas constituée directement au pouvoir et dans la maison de l'hôte en question, mais qu'elle fut déposée, dans son domaine, à l'abri d'une tente Siicrée. On ne conçoit pas que le nationalisme religieux de l'Israël préexilien eût pu se faire à l'idée de Tarche sainte se plaisant dans les appartements privés d'un incirconcis, et encore une fois, les données mêmes du récit de 2 Sam. VI protestent contre cette supposition. L'auteur du livre des Chroniques n'affirme point l'origine lévitique d'Obed-Edom à l'occasion du séjour que l'arche fit chez lui. Il est même des auteurs qui doutent de l'identité d'Obed-Edom le Géthéen avec l'homonyme chef d'une famille lévitique (2) ; on pourrait supposer aussi bien que l'épithète de (iéthéen fut donnée au favori de David, non pas à raison de son origine étrangère ou de l'origine de ses ascendants paternels, mais de quelque autre circonstance. Ces explications et ces hypothèses ne sont pas plausibles. Mais il est dans tous les cas à noter que si Obed- Edom le lévite avait été une création de l'auteur des Chroniques, il serait très étrange que celui-ci n'aurait pas songé à mettre en relief ou à rappeler l'origine léviti([ue du personnage, précisément à l'occasion du fait dont elle aurait été appelée, dans son intention, à rendre compte ! Ailleurs Obed-Edom le lévite et sa famille sont mentionnés plusieurs fois dans les Paralipomènos ; outre les endroits cités plus haut, vr. 1 Chron XVI 38, XXVI 4-8. Ce qui est particulièrement remarquable, 2 Chron. XXV 24 la même famille est encore citée, d'une manière purement occasionnelle, comme chargée, à l'époque du roi Amasias, de l'administration du trésor. Il est parfaitement admissible que nous soyons ici on présence d'un phénomène analogue à celui que nous avons signalé plus haut à propos des deux divisions de lévites-chantres Ethan et Heman ; à savoir que le nom d'un personnage fameux eût été adopté

(1) Konan op. cit. p. 29.

(2) Cfr Richm Handto, p. 1102.

par une classe ou famille lévitique dont les diverses branches s y seraient rattachées sous forme de généalogie. Il se peut également que la maison d'Obed-Edom ait été incorporée dans les rangs de Tordre lévitique (i).

Tout ce que nous apprenons sur l'arche est de nature à prouver, non seulement d'une manière générale que le concept de « rinaccessibilité du saint ^ était parfaitement familier aux Israélites dont l'état religieux est dépeint dans les récits du premier livre de Samuel, mais en particulier que le seul objet sensible du culte public, dans le sanctuaire national, devait avoir et avait à son service un personnel spécialement consacré à ce ministère. Les profanes ne pouvaient pas regarder l'arche ni la toucher. Les prêtres que nous trouvons associés à l'arche, soit à Silo, soit à Qiriah-Jearîm, soit dans la cité de David, sont les membres d'une race sacerdotale dans laquelle les fonctions sacrées se transmettent par hérédité.

§ 2. Les sacrifices offerts par des laïques,

A. Ëtat de la question.

Malgré le principe, attesté par des faits certains, de la transmission héréditaire du sacerdoce depuis les premiers siècles de l'histoire des Hébreux, l'exercice de certaines fonctions sacerdotales semble assez souvent attribué, contrairement à la règle, à des personnages étrangers à la race des prêtres. Ici cependant il faut se garder de confondre des choses essentiellement distinctes. Il est évident, par exemple, que la conduite de Saûl faisant immoler par ses soldats, sur une grande pierre, les animaux pris comme butin, 1 Sam. XIV 33-35, n'a aucun rapport avec les privilèges ni avec les fonctions de la caste sacerdotale. Comme nous l'avons exposé ailleurs, il n'est pas question ici de sacrifices proprement dits (2) ; le passage

(1) .. in eai'lj' times guildes are hereditary bodies modifled by a right of adoption.., (Rob. Sraith Old Test. p. 359).

(2) Le lieu du culte, p. 31 s., et plus haut, p. 9, 127, 227.

nous décrit la manière dont Timmolation du bétail devait se pratiquer chez les anciens Hébreux, même en vue de la consommation ordinaire ; Faction religieuse qui accompagnait toujours Tabatage, était de la compétence des laïques ; Teflusion sur l'autel rudimentaire de terre ou de pierres non taillées, du sang des victimes, la combustion en l'honneur de Jéhova, des parties grasses (i), n étaient nullement réservées aux prêtres dont la mission avait pour objet le culte public à célébrer dans le sanctuaire. Pour la même raison le récit, 1 Sam. IX, du festin populaire qui se célébrait à Rama sous la présidence de Samuel, au moment où Saûl vint y consulter le prophète, n'avait pas à mettre les prêtres en scène. Il y avait ce jour-là, sur la bâana^ immolation de victimes pour les habitants de la ville ; mais c'est évidemment le côté humain qui dominait dans cette fête* Ce n était pas pour offrir à Jéhova des offrandes à la consommation desquelles les fidèles n auraient participé qu'en seconde ligne, ce n'était pas, disons-nous, dans ce but-là qu'on s'était réuni. La consommation des victimes par les invités était la chose principale, la seule dont le narrateur fasse mention ; on s'était réuni, à une trentaine, pour un grand repas où les viandes seraient abondamment servies, ce qui apparemment n'arrivait pas tous les jours ; et, comme d'habitude, les mets devaient être bénis avant que le festin commençât. Il est certain aussi, bien que la chose ne soit pas, à cette occasion, rapportée par le texte, que le sang des victimes avait été répandu sur l'autel de terre, et les parties grasses brûlées. Ces réunions avaient lieu sur les bâmôth situées dans le voisinage des villes, où les autels indispensables étaient élevés. La notice de 1 Sam. VII 17 sur l'autel élevé à Rama par Samuel, se rapporte sans doute à un autel de ce genre (2), Seulement la relation du festin célébré à Rama montre clairement que l'on n'avait pas même attendu l'arrivée de Samuel pour faire l'effusion du sang et la

(1) Ex XX. 24 88., Lev LU 16-17, VII 22-27.

(2) A moins que le mot TO,V!2 ne soit employé ici au sens dérivé de monument. Cfr. Delitzscb, ap. Rielim, Handto, a.vt, Âitar p, 49 a.— Vr. 1 R. XVUI 30, XIX 10.

combustion de la graisse. Encore une fois, tout le monde était apte à poser ces actes ; ici la part donnée à Jéhova était la chose secondaire bien qu'obligatoire ; tandis que dans le sacrifice proprement dit, la participation de l'homme n était que le complément de loiïrande faite à Dieu (i). A Rama, d'après 1 Sam. IX, tout était prêt avant l'arrivée de Samuel ; les convives étaient déjà réunis ; les portions étaient distribuées, car Saûl ne recevra que le i-este ; on n'attendait, pour commencer le banquet, que la bénédiction du prophète. Les données recueillies plus haut sur la mission et le rôle du prêtre n'étaient point de nature, évidemment, à nous faire attendre ou prévoir une intervention nécessaire de sa part en des occasions de cette nature (2).

Il est d'autres cas, où il s'agit de sacrifices proprement dits sans que, néanmoins, le prêtre dût apporter à l'oflfrande le concours de son ministère. Le narrateur biblique ne pouvait se douter assurément que des sacrifices comme ceux de Gédéon Jug. VI 18 ss. 26, 28 et de Manué Jug. XIII 19 ; celui de David sur l'aire d'Oman 2 Sam. XXIV 18-25 ; celui d'EUe 1 R. XVIII 30 ss. (3), réclamassent la présence des ministres du culte. Ceux-ci n'avaient régulièrement à s'acquitter de leur office que là où se célébrait le culte public ordinaire. Tous les règlements concernant l'exercice des fonctions sacerdotales, ainsi que les données de l'histoire qui nous montrent les prêtres établis dans leur rôle de sacrificateurs sans que leur conduite soit blâmée, se rapportent généralement aux cérémonies dont le sanctuaire ou la maison de Jéhova était le théâtre ; c'est directement au service de l'arche d'alliance que les prêtres étaient attachés. La seule question qui pourrait se poser au sujet des sacrifices dont nous venons de parler, est celle de

(1) 1 Sam. I 3, 4 s. n 13 sâ. VU 9 l'agneau offert par Samuel n'était pas destiné à être di$trîbué à tout le peuple assemblé ; 2 Sam. VI, 18 ss. etc.

(2) La pi'étendue fête à Bethléem qui devait servir de prétexte à rabsence de David, 1 Sam. XX 6, présente un cai*actêre analogue.

(3) L'acte d'Elisée 1 R. XIX 21 n'avait rien de cononim avec le sacrifice ; du cas de Naawan 2 R. Y 17 il est inutile de parler.

savoir si des actes de cette nature étaient permis en dehors di lieu consacré au culte national. A cet égard, comme nou lavons fait voir ailleurs, la loi ne se prononce pas d'un manière formelle ; ce qu'elle demande, c'est quil ny ait qi£u\ seul lieu affecté au culte public, à savoir la maison de Jéhova le s^mctuaire où résidait l'arche d alliance (i). La loi touchan l'unité de sanctuaire n'a pas i)our objet de défendre d*un manière absolue tout sacrifice en dehors du sanctuaire ; nou trouvons au contraire, dans le Deutéronome lui-même, de dispositions touchant un cas dans lequel le sacrifice devr s'offrir ailleurs (2). Mais il était entendu, il résultait de 1 nature même des choses, qu'un sacrifice extra-rituel n pouvait jamais être qu'une exception. Dans le sacrifice propn ment dit, la chose principale est l'hommage, l'offrande faite Jéhova ; et cette offrande, dans les conditions ordinaires, n peut naturellement lui être appliquée que là où il a fixé s résidence ; c'est là que les fidèles doivent se rendre pour li porter leurs dons et se présenter devant lui nirr* ''Ssb. Le actes attribués à Cfédéon, à Manué, à David aux endroits cité tout à l'heure, se justifient d'aut^mt mieux qu'ils s'adressaient Jéhova manifestant sa présence d'une manière sensible ( extraordinaire. L'arche d'alliance était le siège habituel d Jéhova ; c'est pom^quoi le peuple devait venir au sanctuaire d l'arche pour l'adorer et lui rendre le culte solennel ; mai Jéhova se manifestant ailleurs avait droit aux mêmes hou mages. Or, nous le répétons, du moment qu'un acte quelconqu du culte, et notamment le sacrifice, était à accomplir en dehoi de la maison de Dieu, il n'y avait nulle raison pour que ] prêtre seul eût qualité pour le poser ; le rituel du sanctuaii n'avait pas d'application en ce cas. Au ch. XXI v. 1 ss. d Deutéronome, ce ne sont pas les prêtres qui offrent la victime bien que leur présence et le rôle qu'ils ont à remplir ne laisser ])as de doute quant au caractèi*e de l'immolation. L'auteur d

{\) Le Heu du cvUe p* 57 s.

(2) Deut. XXI l 88. Cf r. 1. c. p. 58. Sui- Lév. XVII voir ibid. pp. 47-56.

livre des Chroniques 1, XXI 18 ss. raconte avec les mêmes détails, bien que pas tout à fiiit dans les mêmes termes, que 2 Sam. XXIV 16 ss., l'histoire de lautel élevé et des sacrifices offerts par David sur Taire d'Oman (i), sans éprouver le moindre besoin d y mêler un prêtre. C est s'abuser sans aucun doute, de croire que le Chroniste, aux vv. 28-30, qui d'ailleurs ne contiennent aucune allusion à l'absence du prêtre, cherche à excuser l'acte de David (2). Ceux qui interprètent en ce sens le passage en question, ne le comprennent pas bien. Le récit du sacrifice par lequel David obtient la cessation de fléau, se termine au v. 27. Les vv. 28 ss. renferment une notice sui' la conduite ultérieure du roi. " En ce temps-là, David, voyant que Jéhova V avait exaucé sur taire dHOman le Jébuséen (3), offrit en cet endroit. (Cependant) la tente de Jéhova que Moïse avait faite au désert et l'autel de l'holocauste se trouvaient alors sur la bâma à Gibéon. Mais David ne pouvait pas agir Selon son habitude (4) pour honorer Dieu, parce que le glaive de l'ange de Jéhova l'effrayait. Et David dit : Ceci est la maison de Jéhova, de Dieu ; et ceci est l'autel de l'holocauste pour Israël. « Ainsi donc, David voyant que son sacrifice avait été agréable à Dieu, continua à pratiquer le culte en ce lieu ^aint ; il n'alla plus à Gibéon, parce que l'aire d'Oman lui avait été indiquée par l'ange dont il redoutait le glaive exterminat:^ur. Il marqua l'endroit où il avait vu l'ange comme l'empla- Cîement du futur sanctuaire de Jéhova et de l'autel des holocaustes (5). — Il n'y a pas ici une explication ou une excuse du fait raconté au 2^ livre de Samuel ; c'est un épilogue qui manque au récit de ce dernier.

(1) Ou Orena ou Arauna. Orthographe incertaine.

(2) Kuenen H C 0, 1 p. 196.

(3) U est à remarquer que le v. 28 lui-même suppose déjà accompli le sacri- Cce propitiatoire qui arrêta le châtiment.

(4) Litt. non poterat procedere coram seipso...

(5) Gibéon ne fut pas détinitivement désaffecté ; car plus tard Salomon va 2/ oiïrir des sacrifices solennels.

B. La place accordée an roi daDS la célébratiou du culte.

Les termes dans lesquels il est fait mention, 1 Chron. XXI 28-30, du culte que David pratiqua par continuation sui' Taire d'Oman, nous amènent à une autre catégorie de témoignages, attribuant à des laïques loffrande de sacrifices, même au sanctuaire. C'est surtout à David et à Salomon que les textes, plus étendus pour ces deux règnes, semblent décerner l'honneur en question. 2 Sam. VI 17, 18, David offre des holocaustes et des victimes pacifiques devant Tarche introduite dans sa ville, comme il l'avait fait déjà pendant qu'on l'y transportait v. 13. A Gibéon Salomon oflfre des holocaustes à Jéhova 1 R. III 4 ; il le fait encore à l'occasion de la dédicace du nouveau temple à Jérusalem VIII 62-64. Il est intéressant de constater une fois de plus que l'auteur des Chroniques, lui aussi, décrit le rôle rempli par les rois dans la célébration du culte, en termes d'une vive sympathie ; il n'y voyait pas, évidemment, mie infraction aux privilèges des prêtres lévitiques. Dire que le livre des Chroniques ne mentionne les sacrifices de David que comme des «« exceptions » (i), c'est se contenter vraiment à trop peu de frais. Nous venons de voir que 1 Chron. XXI 28-30 renchérit sur le récit de 2 Samuëi en nous montrant le grand roi, le réformateur du culte, le premier auteur du nouveau temple, l'organisateur de Tordre sacerdotal et lévitique, consacrer aussi par les sacrifices qu'il continua à y offrir, l'aire d'Ornan comme emplacement de la future maison de Jéhova. En bien d'autres circonstances le livre des Chroniques complète en cette matière les renseignements contenus dans les livres historiques plus anciens. Qu'on lise la description de la Pâque solennelle célébrée à Jérusalem par le roi Josias 2 Chron. XXXV 1 ss., 18 ; l'histoire de la réforme célébrée par Ezéchias XXIX 20 ss., 23. Au ch. XXX v. 18 s. c'est Ezéchias qui intercède pour ceux qui célèbrent la Pâque d'une manière irrégulière. Pour ce qui regarde David et Salomon, le livre des Chroniques,

(1) Kuenen, 1. c.

aussi bien que ceux de Samuel, nous montre le premier revêtu de lornement sacerdotal (2 Sam. VI 14, 1 Chron. XV 27), revêtu même du b^^'TJ que le passage en question de 2 Sam. ne mentionne pas, et bénissant le peuple (2 Sam. VI 18, I Chron. XVI 2) ; il nous montre Salomon, devant l'autel, bénissant pareillement le peuple, implorant les faveurs de Jéhova pour le nouveau sanctuaire (1 R. VIII 22 ss., 2 Chron. VI 12 ss.). Ceux qui estiment que suivant le Chroniste Tintervention de David n a lieu qu a titre d'exception accidentelle, que pensent-ils de la manière dont ce même auteur raconte la dédicace du temple par le fils de David ? Le roi et toute la foule immolent des victimes sans nombre 2 Chron. VII 4 s. ; Salomon bénit le peuple VI 3, il sanctifie le parvis VII 7; c'est lui qui, en somme, préside à toute la cérémonie et célèbre l'inauguration de la maison de Dieu v. 8-10. Impossible de découvrir en tout cela Tombre d'une tentative d'excuser Salomon ; la description tout entière, ici comme au 1*"" livre des Rois, tend à sa louange. Lire encore 2 Chron. I 1-6. Chez Ezéchiël le prince est très bien traité également XLIV 3, XLV 7, 16, 17 ; ici, au v. 22 il est question du taureau que le prince doit offrir pour son péché et pour celui de tout le peuple ; vv. 23, 24 des holocaustes qu'il doit offrir tous les jours durant la fête des azymes ; au v. 25 ces prescriptions sont appliquées à la lete des tabernacles ; voyez en outre XLVI vv. 2 s., vv. 4 ss., 12 ss., où il est question de sacrifices à offrir journellement par le prince etc.

De toutes ces données il faut conclure que les auteurs bibli- <iues, ceux qui écrivent après l'exil comme ceux d'avant, ceux qui écrivent dans un esprit sacerdotal comme ceux qui reflètent plutôt les idées des milieux populaires ou laïques, s'accordent à reconnaître au roi un rang tout spécial, une autorité réelle même dans les cérémonies sacrées. Le prince temporel, par làmême qu'il est le chef suprême de la nation, est aussi chargé de l'administration souveraine des choses du culte ; il est, à titre universel, le représentant de Jéhova dans le gouvernement de tous les intérêts publics ; d'autant plus que, marqué

par Tonction, il a lui aussi un caractère de sainteté. Cependant, en dépit du rôle étendu qui lui est attribué, non seulement dans Torganisation et Tadininistration, mais même dans la célébration du culte, le roi n'est pas prêtre ; il régit Tordre sacerdotal sans en faire partie ; quand il en porte les insignes c'est à titre de privilège d*honneur. Nous verrons plus loin dans quel rapport se trouve à son égard le pontife suprême L'auteur du livre des Chroniques admet dans une très large mesure la participation active des rois issus de David aux performances de la religion oflScielle. Mais il connaît aussi la limite que les rois ne pouvaient franchir ; il est des actes relevant formellement et exclusivement de la fonction du prêtre : le roi Uzzia est châtié pour avoir prétendu offrir Tencens de sa main 2 Chron. XXVI 16 ss. L'offrande de l'encens est un office sacerdotiil.

Ce prhicipe ne se trouve certes pas méconnu dans le passage de Jér. XLl v. 5 qui parle des hommes de Sichem, de Silo et de Samarie qui venaient, portant dans la main des dons et de l'encens qu'ils voulaient offrir à la maison de Jéhova. Ils se proposaient de l'offrir par l'entremise du ministre du culte.

Bien des passages où l'offrande des sacrifices est attribuée aux rois, doivent pareillement de toute nécessité, de par les circonstances mentionnées dans le texte, s'entendre de la même manière. Ezéchiël, nous l'avons vu, met en termes aussi explicites et aussi nets que n'importe quel autre écrivain biblique, le prince lui-même en scène, personnellement, comme appeltâ à otïrir des sacrifices ; cependant il ne l'entend pas en ce sens que le prince devrait accomplir ces actes sacrés de sa propre main ; nous apprenons incidemment XL VI 2 que les prêtres interviennent. Lorsqu'il est raconté que le roi Salomon et In foule immolaient des victimes sans nombre (1 R. VIII 5,^^ » 62), il ne iàut naturellement pas se représenter tous ceux qu£: -^ prenaient part à la manifestation, se livrant à ces égorgements. Il serait puéril, pour la même raison, de citer l'exemple ^ « des Beth sémites » qui offrirent des victimes devant l'arche (^^)

(1) Vr. encore Jug. XX 26 etc.

1 Sam. VI 14-15, pour prouver que le rôle de sacrificateui^s n'était pas réservé aux prêtres. « Salomon immola comme victimes pacifiques vingt deux mille bœufs et cent et vingt mille brebis « (1 R. VI II v. 63) ; croira-t-on que le narrateur ait songé à mettre tout cela au compte personnel du roi, à l'exclusion de toute intervention des ministres du culte mentionnés TV. 3, 6, 10? Les mille holocaustes offerts à Qibéon par le même roi (1 R. III 4), ne l'ont certainement pas été de sa main. Wellhausen émet l'avis que lors de la dédicace du temple, Salomon aura sans aucun doute offert de sa propre main le preinier sacrifice (i). On peut croire cela, si l'on y trouve plaisir ; on peut aussi n'en rien croire. Si les vingt et un mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf bceufs qui restaient après l'oflTrande du premier, ont pu se dire offerts par Salomon alors qu'en réalité ils l'avaient été par d autres en son nom, le premier pourra l'avoir été aussi ; le texte n'en sait rien. Il n'y a nulle ombre de raison d'interpréter en un sens aveuglément littéral la notice de 1 R. IX 25 sur les offrandes faites annuellement par Salomon aux trois grandes fêtes. Nous ne croyons pas davantage que David ait distribué de sa propre main, à tout Israël, hommes et femmes, les menues portions qui mettaient tout le monde en communication avec les sacrifices offerts et nous ne croyons pas non plus que David ait offert de sa propre main les nombreuses victimes pouvant suffire à une pareille distribution (2 Sam. VI 18 s.). Les critiques qui appellent notre attention sur les sacrifices célébrés par David au cours du passage de l'arche de la maison d'Obed-Edom au Sion, devraient nous expliquer comment ces cérémonies, entendues suivant leur interprétation, étaient compatibles avec certains autres détails rapportés dans le même récit. Les victimes étaient offertes de six en six pas (2 Sam. VI 13) ; il est raconté en même temps que David dansait devant l'arche de toutes ses forces aux sons de la musique v. 14. Le narrateur s'est-il représenté la scène sous ces traits inconcevables, qu'à

(1) Prolegomena p. 134.

chaque fois que les porteurs avaient fait six pas, David interrompait sa danse pour immoler un bœuf et une autre pièce de bétail i Non, le récit du livre de Samuel doit être compris selon les termes employés 1 Chron. XVI 1, 2, où les sacrifices que ** /'on offinl »> sont en même temps attribués à David, le représentant du peuple entier en sa qualité de roi. Sans doute la narration doit être inter|)rêtée en ce sens que sur tout le parcours du cortège les victimes étaient disposées, prêtes à être offertes ; on les immolait au l'ur et à mesure du passage de Tai^che sans que le roi et la procession eussent à interrompre leur marche. Les sacrifices sont atribués à David, parce que David avait pris ces mesures, que c'était sur ses ordres et avant tout en son nom qu elles s'accomplissaient.

En toutes ces occasions, auxquelles on pourrait joindre encore les sacrifices offerts par Saùl au Gilgal (1 Sam. XIII 9 ss. coll. X 8), il n est pas plus nécessaire de concevoir le rôle du roi comme exclusif de l'intervention des prêtres, qu'il ne l'est en d autres passages où la consultation des Urîm et Tummim lui est personnellement attribuée, sans que personne songe a mettre en doute le caractère sacerdotal de cette fonction 1 Sam. XIV 37 ; XXIII 2 ; 2 Sam. II 1 ; V 19, 23 ; XXI 1. Dans le Lévitique I 2 etc. les sacrifices sont simplement attribués à ceux qui les Ibnt offrir, et cela avec d'autant plus de raison que ces derniers avaient également à intervenir dans les cérémonies. Nous convenons volontiers que les textes reconnaissent, en ces choses, une action plus considérable aux rois qu'aux autres laïques. Comme nous l'avons dit, cette participation spéciale aux cérémonies du culte dont les relations bibliques font honneur aux rois, ne leur revient pas seulement à raison du fait qu'ils ont p. e. à pourvoir aux besoins du service du temple, à fournir les victimes pour les sacrifices habituels (Ezech. XLV 17), mais à raison des privilèges d'honne que leur assure leur caractère sacré de chefs de la nation et d représentants de Jéhova, à raison de l'autorité dont ils sont*^ revêtus même dans l'ordre religieux. Certes les Hébreux n connaissaient pas la séparation des pouvoirs ; la société ecclé-

siastique chez eux se confondait avec la société civile. Il ne s'ensuivait pas que le prince pût usurper les fonctions que la constitution théocratique réservait aux membres d'une caste déterminée. Les rois pouvaient abuser de leur autorité et de leurs privilèges, soit en les exerçant d'une manière contraire à lesprit du Jahvisme, comme Achaz faisant établir dans le temple un autel façonné sur le modèle de Tautel idolâtrique qu'il avait vu à Damas (2 R. XVI 10 s.) ; soit en outrepassant positivement les limites que la Tora divine leur défendait de franchir, comme Uzzia prétendant offrir de sa main l'encens sur l'autel des parfums.

Quant à la conduite de Jéroboam I à Béthel (1 R. XII 33, XIII 1), il n'y aurait rien d'étonnant à ce que le récit biblique eût porté contre le [)ersécuteur des prêtres lévitiques l'accusation qu'il usurpa personnellement leur office ; mais, comme Klostermann le fait observer (i), le texte actuel ne peut être en cette • occasion suivi sans réserve. Nous croyons pour notre part que le V. 33 du ch. XII tout entier a été inséré pour servir de préparation à la scène décrite XIII 1, mal comprise d'ailleurs par l'auteur de l'interpolation. En ce dernier endroit Jéroboam était présenté comme "i'^'ûpnb TdTZrrh'S "'J:? ; ces mots ne signifient point que le roi était debout à l'autel, mais près de l'autel, pour offrir, c'est à dire pour s'associer au sacrifice que les prêtres offraient de sa part et en son nom ; le contexte montre qu'au moment où l'homme de Dieu fit entendre ses menaces contre l'autel de Béthel, c'étaient les prêtres qui y faisaient Toffice (v. 2). Au ch. XII v. 32 il avait été rapporté que « Jéroboam fixa au huitième mois, au quinzième jour du mois, la célébration du hag, à l'instar du hag de Juda ; et quil offrit des sacrifices sur r autel (nouveau). C'est ainsi, continue le récit, qu'il fit à Béthel pour offrir des victimes aux taureaux qu'il avait installés ; et il établit à Béthel les prêtres des bàmôth constitués par lui. « Cette notice se rapporte aux institutions ^ermanew^e^ introduites par Jéroboam. Au v. 33 nous

(1) BB. Sam. u Km. in 1 R. Xll 33.

trouvons une transition artificielle à la scène concrète exposée XIII 1. Les termes de la transition sont empruntés en grande partie au v. 32, mais les mots ''^n bv b5"*1 y sont repris dans un autre sens, le verbe bT^ étant cette fois entendu à la forme kal (i), et non à la forme hiphil comme au v. 32. L'expression finale "i-ûpnb XII 33 vient du ch. XIII v. 1. Le roi étant supposé debout sur les marches de laut^l pour offrir, d'après XIII 1, on a cru devoir ly faire monter d abord au vei*set précédent, intercalé ; la méprise était d autant plus facile qu'il s'agissait en tout état de cause d'un acte sacrilège condamné par le récit. En réalité, comme le contexte l'indique, le roi ne faisait qu'assister au sacrifice. Au v. 4 du ch. XIII, nous lisons dans le texte actuel qu'ayant entendu l'imprécation par laquelle l'homme de Dieu proclamait la destruction imminente de l'autel sacrilège, le roi étendit la main «* de lautel « rDTl2n bT2, en criant:... — Klostermann remarque très justement, croyonsnous, que primitivement le texte doit avoir porté '2^1 5^ « vers l'autel » ; au lieu de traduire les paroles suivantes prononcées par le roi : " emparez-vous de lui y» à savoir du prophète, il faudrait les entendre autrement : « tenez-le ! »» à savoir l'autel, pour conjurer la réalisation de la menace. I^ geste du roi avait en effet pour but de désigner un objet, comme la suite immédiate le montre ; or il est incroyable que le narrateur n'aurait pas exprimé dès l'abord cet élément essentiel de son idée. Il n'importait pas de dire d'où le roi fit le signe en question, mais de quel côté il le dirigea. — Quoi qu'il faille penser du cas de Jéroboam I, il semble certain que dans la notice 2 R. XVI 12 s. relative à Achaz, les verbes ^"'P"*!, b^^^l, doivent être compris à la forme hiphil. Il s'agit en ce passage de la consécration au culte, par l'autorité et l'initiative du roi, de - Tautel nouveau élevé dans la cour du temple. Le v. 15 rapports d'ailleurs que les sacrifices royaux devaient être comme letr^r .— * autres offerts par l'entremise des prêtres (2).

(1) Du moins à la lin du v. 33.

(2) Le V. 3 du même chap. ne nous oblige pas à croire p. e. qu'Achaz livc^ rn de ses proi^rcs mains son lllsau feu, en l'honneur du Ba'al-Molek.

En somme Targument que l'on tire, contre la compétence exclusive des prêtres en matière de sacrifices, des passages où les rois sont mis en scène comme faisant des offrandes ou immolant des victimes à l'autel du sanctuaire, pourrait aussi bien servir, suivant la remarque de Movers, à prouver que, d'après Gen. XL 22, les Pharaons étaient en Egypte les bourreaux en chef; et que d'après Jo. XIX 1, les proconsuls romains avaient le privilège de pouvoir appliquer de leur main le supplice de la flagellation au délinquant (i). Le fait que les textes parlent des sacrifices offerts par Achaz, dans les mêmes termes où ils le font de Saûl, David, Salomon, enlève du rest« toute importance à ces observations, pour le point en question ; il est trop évident en effet qu'à l'époque d'Achaz l'ordre sacerdotal était parfaitement constitué et ses fonctions et prérogatives héréditaires définitivement fixées. Ce n'est pas notre intention de soutenir qu'en Israël, plus qu'ailleurs, la pratique ait toujours été l'exact reflet et l'application pure des principes. Malgré ce que nous venons de dire sur la nécessité de compléter en bien des cas les renseignements sommaires fournis par les récits bibliques, nous sommes convaincu que sous l'Ancien Testament comme sous le Nouveau, chez les Hébreux comme chez tous les peuples, la rigidité des institutions n'était bien souvent que relative, surtout quand l'intérêt ou les prétentions des souverains étaient en cause.

C, Le rôle de Samuel comme prêtre.

11 est un cas où l'offrande d'un sacrifice, au lieu même du culte en une circonstance solennelle, semble attribuée formellement à un personnage étranger à la race sacerdotale. Samuel n'appartenait ni à la famille dont Eli fut le chef, ni à celle qui fut représentée un peu plus tard par Sadoq. Cependant 1 Sam. VII 9 s. il est raconté que sur la Mispa, où le peuple s'était assemblé pour adresser ses supi^ications à Jéhova, Samuel

(1) Untersuch. uhcr d. Chron. p. 276.

offrit un holocauste ; et les termes dans lesquels la notice est conçue l'ont bien Timpression quil l'offrit de ses propres mains (i). Pour Tauteur du récit Samuel exerce ici une fonction qui convenait entièrement à son caractère. Seulement il est à remarquer que le personnage est investi d'un rôle exceptionnel. Il n'est pas seulement juge d'Israël ; il est prophète et homme de Dieu ; et de plus, il avait grandi parmi les prêtres du sanctuaire de Silo. Grâce à sa consécration au service divin et à son éducation, il avait été en quelque sorte associé au collège des prêtres à Silo, comme membre d'adoption. Non pas que sa mère l'eût destiné à la carrière sacerdotale en l'offrant à Eli (2) ; d'une pareille intention il n'y a pas d'indice dans Thistoire de sa naissance ; l'enfant avait été voué au naziréat (1 Sam. I 1 1) ; il n'y a pas un mot non plus, soit au ch. II dans le discours de l'homme de Dieu, soit au ch. III dans les menaces renouvelées de Jéhova, d'où Ton puisse conclure que jamais on ait attribué à Samuel la succession de Eli ; en fait, de la maison de Samuel ou des héritiers de sa vocation, la tradition n'a gardé aucun souvenir. Que l'enfant portât comme ministre d'Eli l'éphod de lin (II 18), en cela il n'y avait pas une marque de destination au sacerdoce ; cet habit se portait aussi comme insigne d'une relation habituelle d'une autre nature avec l'exercice du culte ou comme livrée d'honneur, ainsi que nous le voyons par l'exemple de David (2 Sam. VI 14) ; et ceux qui insistent sur le petit pallium b''T2 que la sollicitude de sa mère procurait par intervalles au jeune Samuel (a), ne pourraient perdre de vue que d'après le livre des Chroniques, qui nmchérit en cela sur le récit de Samuel, David lui aussi portait le me'îl, outre téphod bad, lors du transport solennel de l'arche au Sion ; de cette donnée on ne conclura pas que l'auteur des Chroniques

(1) Il n'est pas impossible toutefois que l'acte de Samuel soit à compter parmi les sacrifices extra-rituels dont nous avons parlé plus haut. 11 n'^^st pas rapporté en termes explicites que le sacrifice fut offert sur l'autel du sanctuaire.

(2) Wellh. Composition p. 238 ss. ; Prol. p. 137

(3) WeUh. Prol. p. 137 ; Rob. Smith Old Test, p. 270.

considérait David comme prêtre ou comme pontife suprême. Dans la mission qu'il remplit parmi le peuple d'Israël, Sanmël ne nous apparaît point comme prêtre au même, titre que ceux qui appartenaient k la maison de Sadoq ou à celle de Eli ; il n'est point préposé à la garde ou à l'administration du sanctuaire, ou, si l'on veut, d'un sanctuaire quelconque ; il ne remplit pas une fonction ordinaire dans l'organisation religieuse de la nation ; jamais la relation de ses actes ne lui donne le titre de kôheyi. Mais il n'est point étonnafit que son enfance et les années de sa jeunesse écoulées à Silo, les marques exceptionnelles de la faveur divine dont il fut ici l'objet, lui communiquèrent, à côté de son pouvoir comme Juge et de sa vocation de prophète ou de voyant, une participation au prestige et aux privilèges sacerdotaux de sa famille d'adoption.

D'après des traditions reproduites par les Chroniques, Samuel était lévite de la famille de Qehath (1 Chron. VI 13, 18). La notice de 1 Sam. I 1 ne contredit nullement cett« donnée, même à prendre celle-ci au sens rigoureux. Les lévites, dispersés par le territoire, étaient rattachés naturellement, quand il s'agissait d'indiquer leur lieu d'origine, à l'endroit où leur famille était fixée (i). Samuel était originaire de la montiigne d'Ephraïm ; il était issu d'une famille venue d'Ephrata ; or la montagne d'Ephraïm était habitée par des lévites qui entretenaient des rapports avec Bethléhem (Ephrata) (Jud. XIX 1) et ici même, en effet, des lévites se rencontrent (Jud. XVII 7). C'étaient notamment les membres de la famille de Qehath qui avaient leur séjour sur la montagne d'Ephraïm (Jos. XXI 20 s.). Ces renseignements concordent en tous points avec l'information du livre des Chroniques sur Samuel (2). Baudissin conteste la valeur historique de la tradition consignée par les Chroniques, parc« que, dit-il, Samuel lévite n'eût pas dû être voué par sa mère au service de la maison de Dieu (3). Mais n'est-il pas

a^ Vr. Jug. XVII, 7. — D'après Klostermann Geschichte p. 136 la généalogie lévitique de Samuel exprimerait Tidée de Fincorporation de sa famille dans la tribu saci'ée. Voir plus haut p. 25, 39, 68. 242, -^50 s.

(2) Mo vers Unterstichungen p. 275.

(3/ Geschichte d. Alttest, Priest. p. 189.

évident, au contraire, que lorigine lévitique de la famille ne fait que mieux rendre compte de la forme que revêt pour le jeune Samuel sa consécration à Dieu ? A moins qu'on ne s'imagine que les enfants de lévites étaient généralement portés au sanctuaire, dès Tâge de trois ans. Sans doute, le fait qu'il a])partenait à la descendance de Qehath par Izhar, ne pouvait suffire à justifier, aux yeux du Chroniste surtout, le caractère sacerdotal attribué dans une certaine mesure à Samuel, et c'est ce qui protège la donnée généalogique en question contre le soupçon qu'elle pourrait n'être qu'une fiction tendancieuse. Il n'en est pas moins vrai, que son origine lévitique ne pouvait que contribuer à amener Samuel, à la faveur des circonstances qui marquèrent le début de sa carrière, au rôle d'un prêtre de vocation personnelle.

§ 3. Le titre de prêtre attribué à des laïques ; les fils de David.

Nous en avons déjà fait la remarque ; ce serait sans aucun doute une erreur de croire que, pour l'organisation et le recrutement de l'ordre sacerdotal, comme à d'autres points de vue, une régularité parfaite et un scrupuleux respect des institutions présidèrent toujours à la pratique chez les anciens Hébreux. Ce que certaines familles tentèrent inutilement de faire à l'époque du retour {Esdras II 01-63), d'autres, peutêtre moins fondées, auront pu le faire avec moins de peine et plus de succès en des temps plus pi^opices. Il est cependant l'un ou l'autre fait qui doit ici fixer notre attention et que l'on a d'ailleurs coutume de relever. Si les textes semblent reconnaître à Samuel un caractère sacerdotal sans lui donner le titre de prêtre ; d'autre part le titre est, dit-on. donné à des laïques que l'on s'étonne de voir ainsi inféodés au clergé. Outre les ^ cas prétendus dont il a déjà été question et sur lesquels nous .^= n'avons plus à revenir, on nous en signale encore deux on trois ^=s à l'effet de prouver qu'anciennement il n'y avait point de ligne^^ de démarcation nettement tranchée entre ])rêtres et laïques.

Remarquons avant tout qu'il faut encore ici se garder d^ -J

mêler des questions disparates. On sait que la tribu de Lévi n'était une caste sacerdotale que dans un sens large. La loi ne défendait pas p. e. aux lévites ou aux prêtres, ni même au grand prêtre, de prendre en mariage une fille d'une autre tribu (i). Il n'est d'aucun effet pour établir la confusion des rangs parmi - l'ancien Israël «, de citer le fait que le fils de Sadoq occupait une haute fonction dans l'administration du royaume, 1 R. IV 2 (2). Cela n'était nullement contraire à la Loi ni même aux usages postexiliens. Qu'on songe à Esdras lui-même qui revient de Suse à Jérusalem comme chargé de pouvoirs d'un roi païen et qui nous est en même temps présenté comme membre de la famille des grands prêtres. Les descendants de Mattathias furent à la fois grands prêtres, commandants d'armée et rois. Au livre des Nombres XXXI 6, Pinehas, le fils d'Eléazar, apparaît lui aussi comme chef d'armée. Le livre des Chroniques n'éprouve aucune difficulté à compléter les données du livre des Rois sur Benaja, le capitaine de David, en l'appelant fils de Joïada le prêtre (3). Nous nous demandons à ce propos si l'Achimaas, cité 1 R. IV 15 comme préfet du territoire de Nephtali, ne serait pas lui aussi à identifier avec son homonyme, fils de Sadoq ? Ce qui nous le fait penser, c'est qu'il était gendre de Salomon, et puis que son nom n'est pas accompagné d'une indication généalogique comme ceux des j)ersonnages parmi lesquels il se trouve énuméré. L'auteur semble supposer le nom bien connu ; or l'Achimaas bien connu, c'est le fils de Sadocj. Cet Achimaas, d'après la tradition, succéda à son père dans la dignité de grand prêtre. Rappelonsnous enfin la catégorie des lévites magistrats et jugeSy et notamment le passage 1 Chron. XXVI 30, 32.

Les cas de situation inverse sont plus intéressants à consi-

(1) Lev. XXI 14 : et pour la portée de l'expi*es8ion VÎ35- elr. vv. 1,4 — L'usage semble avoir l'enchéri sur la loi après Texil. Vr. la version des LXX Lev. XXI 13; Phil. de Mon. 2. 11 ; Jos. c. Ap. I. 7?

(2) Wellhausen Proleg. p. 133.

(3) 1 R. IV 4, 1 Chron. XXVli 5 etc. Ajoutons que dans le passage 1 R. le texte n'énonce pas Toâlce de Azarjahu iils de Sadoq, à moins de lui appliquer à lui aussi en même temps qu'eux deux suivants Tattribut de D^"1£C|

dérer. Zabud, le fils de Nathan (1 R. IV 5), Ira le Jaïrite (2 Sam. XX 26), les lils de David (2 Sara. VIII 18), sont nommés prêtres dans le texte, sans qu'on puisse voir ce que ces prêtres avaient de commun avec la tribu de Lévi.

Pour Ira aussi bien que pour Zabud, on pourrait hésiter à affirmer qu'ils étaient étrangers à la tribu lévitique. On ne sait au juste de quel Nathan Zabud est nommé le fils 1 R. IV 5. Wellhausen suppose que le Nathan en question n'est autre que le prophète (i) ; Baudissin assure que c'est un fils de David mentionné 2 Sam. V 14 (2) ; ne pourrait-ce pas à la rigueur être un troisième, inconnu ? Est-il sûr, d'ailleurs, que le prophète Nathan n'appartenait pas à la tribu de Lévi ? Pour Ira, on se demande s'il ne serait pas à identifier avec Ira le Jattirite nommé 2 Sam. XXIII 38; certains auteurs rappellent à ce propos que Jattir en Juda était une ville lévitique (3). Ces suppositions n'avancent pas la solution du problème. Ira pour David, Zabud pour Salomon, sont nommés prêtres dans les mêmes conditions que les fils de David 2 Sam. VIII 18. Il semble que les trois cas soient absolument de même nature.

Il est remarquable que les trois lois, les prêtres en question figurent dans une énumération do dignitaires où Sadoq et Abjathar viennent d'être mentionnés comme « les prêtres », c'est-à-dire les chefs de l'ordre sacv.^nlotal. 2 Sam. VIll 18 les fils de David sont séparés de Sadoq et Abjathar par deux autres titulaires ; 1 R. IV 5 Zabud en est séparé également par un autre ; 2 Sam. XX 26 Ira les suit immédiatement, mais il n'est pas compris avec eux dans le même énoncé ; l'attribut est appliqué séparément aux deux chefs de l'ordre sacerdotal d'un côté et à Ira de l'autre. Pourquoi L,, (4) Dans les conditions indiquées, les fils de David, Ira le Jaïrite et Zabud fils

(2) Alttest. Priest. p. 191.

(3) Baud. p. 192.

(4) D'autre part il est à l'emarquer que la particule D31 avant la mention (le Ira, introduit ce personnage comme prêtre au sens propre du mot (Dillmann-Ryssel Ex. Lev p. 503) : « Sadoq et Abjathar étaient prêtres ; (et Ira le Jaïiite atcssï était prôtre de David »».

de Nathan font assez étrange figure à côté de Sadoq et d Abjathar. Bien plus,tandis que ces derniers paraissent souvent sur la scène dans lexercice de leurs fonctions sacrées, jamais on ne trouve la moindre mention des fils de David p. e., dans une description ou un récit se rapportant à une cérémonie du culte. Ni comme ministres de lautel, ni comme gardiens de larche, ni comme consulteurs de l'oracle, ni comme administrateurs ou serviteurs d'un sanctuaii'e quelconque, les fils de David ne se font connaître ; leur père, à ce point de vue même, se signale beaucoup plus qu'eux. Cependant les princes de la famille royale ne peuvent pas avoir manqué d'occasions de se produire. Notons que Ira est nommé prêtre de David ; Zabud de même, prêtre ami du roi ; les fils de David sont nommés prêtres en termes absolus (i).

Il n est pas étonnant que les auteurs soient assez partagés dans les explications qu'ils proposent de ces notices embarrassantes. Il en est, comme nous l'avons dit, qui en concluent simplement à l'absence de distinction généalogique, en ces temps reculés, entre laïques et clergé. La conclusion n'est pas fondée ; il est clair que les textes en question eux-mêmes mettent les prêtres de l'espèce de Sadoq et d'Abjathar sur une autre ligne que ceux de l'espèce des fils de David, et les récits qui se rapportent aux règnes de David et de Salomon sont incompatibles avec cette théorie.

Ewald (2) pensait que les rois avaient la faculté de s'adjoindre, outre le pontife suprême, un prêtre domestique, comme «* ami 'j, lequel remplissait les ibnctions de ministre des intérêts spirituels. Il ajoute que c'était là certainement le rôle de Zabud auprès de Salomon ; et probablement aussi celui de Ira auprès de David. — Et les fils de David 2 Sam. VIII 18 i Pour que le prétendu ministre du culte, auquel cette hypothèse a recours, put être appelé « prêtre »», Ewald suppose sans doute qu'il

(1) Klosterm. dit que pour eux aussi il faut lire 2 Sam. VIU 18 "^SHS

iblSn ou ^ "rnS. 11 peut être vrai qu'il faille comprendre ainsi ; mais le texte n*ofli*e aucun indice en faveur du changement proposé par K.

(2) Gesch, d, V. Israël m (Zw. Ausg.) p. 335.

(levait être de la tribu de Lévi ; c'est pourquoi il sépare le cas des iils de David de ceux de Ira et de Zabud. Mais de la coutume dont parle cet auteur, il n'est nulle part fait mention dans l'histoire, on n'en retrouve aucune trace quelque peu reconnaissable. Auprès de David et de Salomon notamment, ce sont Abjathar et surtout Sadoq qui figurent toujoiu^ comme conseillers intimes. L'influence de Zabud aurait été nulle, à la cour de Salomon, à côté de celle de Sadoq ; autant comme « ami » du roi que comme ministre des intérêts religieux, son rôle eût été pour le moins superflu.

Ailleurs (i) Ewald, parlant des fils de David, estime que ceux ci étaient prêtres *« seulement quant à la dignité et à l'occasion d'assemblées solennelles, et encore quant aux insignes V ; il ajoute que les fils de Saûl n'avaient pas encore été l'objet d'une distinction de ce genre ; que la chose est mentionnée comme une nouveauté pour les fils de David. Il aurait pu ajouter que la soi-disant innovation disparaît après David sans laisser de traces. Baudissin n'hésite pas à affirmer que Zabud fils de Nathan aura été prêtre dans le même sens (i) ; le sacerdoce aurait été attribué aux princes de la famille royale et à d'autres dignitaires de l'état comme un titre d'honneur. Baudissin n'admet point l'assimilation de Ira le Jaïrite aux fils de David et à Zabud le fils de Nathan, pour la raison que Ira est présenté comme prêtre dans le même sens que Sadoq et Abjathar : ^ Sadoq et Abjathar étaient prêtres et Ira aussi était prêtre de David 5>. Fort bien ; mais Zabud est nommé prêtre absolument dans les mêmes conditions ; si la particule aussi lait défaut à côté de son nom, c'est grâce à la circonstance purement accidentelle que dans la liste de 1 R. IV 2 ss. Sadoq et Abjathar ne sont pas nommés immédiatement avant Zabud. Nous rappellerons tout à l'heure que la liste dans laquelle figurent les fils de David est absolument la même que celle où

(1) Altef'thûmer Zw. Ausg. 1854 p. 305 : Die SOhne Davids.... waren Priester : n^mlich bloss der WUrde und bei feierliche Versammlung, alâo auch der Kleidung nacli.

(2) AUtest. Priest, p, 192.

Ira est mentionné et que celui-ci y prend la place de ceux-là . Que le nom de kôhen ait jamais servi de titre purement honorifique chez les Hébreux, c'est une supposition difficile à admettre ; (?t c'est dans nos listes qu'on s'attendrait le moins à retrouver un écho d'un usage pareil, puisque ces listes nous offrent une énumération des tituhxires des principales charges publiques. Que chez les Phéniciens les membres de la famille royale remplissaient souvent les fonctions sacerdotales, c'est Li une institution absolument différente de celle que l'on prétend reconnaître dans les titres honorifiques dont les fils de David ou d'autres dignitaires auraient été porteurs. Nous savons au reste très bien que l'institution phénicienne n'exisUiit pas chez les Hébreux.

Pour établir que la dénomination de prêtre dans les textes qui nous occupent, doit être prise au sens propre du mot, Gesenius (i) part de la manière dont Ira est associé aux deux chefs de l'ordre sacerdotal. Il arrive ainsi pour Ira et Zabud au même résultat que Ewald. Pour les fils de David, il trouve que le cas est difficile et essaie de rendre compte de leur sacerdoce par cette considération, que peut-être ils étaient chargés du soin du culte privé de la maison du roi (forfasse saci^a j^rivata facientes). Il est d'abord à remarquer que par malheur c'est précisément pour les fils de David que le texte affirme le caractère sacerdotal en termes absolus. Pour Ira et Zabud il est dit qu'ils étaient prêtres du roi ; on pourrait peut-être, à la rigueur, voir une restriction ou une note de spécification dans cette formule. Mais les fils de David sont appelés prêtres purement et simplement : *• et les fils de David étaient prêtres >». Si l'auteur avait eu formellement en vue l'administration des « sacra privata »», n'aurait-il pas eu un mot pour marquer ce rôle tout spécial i Ensuite Ira, qui est mis, dit-on, sur le même rang, ou qui du moins est appelé prêtre au même sens que Sadoq et Abjathar, correspond absolument, pour la place qu'il occupe dans la liste où il figure, aux fils de David mentionnés,

(l) Thés, sub v. "jnD (p 663;.

nous le répétons, dans un autre exemplaire de la même liste ; il ne semble donc pas permis d'établir une distinction entre le sacerdoce de Ira et celui des fils de David. Enfin, il est fâcheux pour l'hypothèse que nous puissions si diflBcilement nous rendre com[)te (le ce que représentaient les « sacra privata » de la maison du roi, et surtout du rôle que les princes y pouvaient tenir. Les rois, apparemment, n'avaient pas d'autre sanctuaire que celui de l'arche qui s'élevait à proximité de leur palais ; c'est là qu'ils allaient adorer Jéhova, même pour satisiaii'e leur dévotion personnelle, comme David 2 Sam. VII 18, XII 20, Ezéchias 2 R. XIX 1, etc. ; et ce sanctuaire était desservi par les prêtres lévitiques ; ceux-ci d'ailleurs étaient à la disposition du roi pour tous les services comportant l'intervention des ministres du culte.

Il est des auteurs, comme Mo vers (i), qui croient que le mot hôhen n'est pas à entendre au sens de ^ prêtre « dans les passages en question de 2 Sam, et de 1 Rois. Appuyé notamment sur la signification de l'arabe kâhin, employé au sens de chargé dUiffaires de qqun, Movers pensait que les fils de David, Ira le Jaïrite et Zabud fils de Nathan sont appelés kôhanlm au sens propre et primitif de l'expression, comme serviteurs de la cour, ministres associés au roi. Klostermann de même traduit kôhen, aux trois endroits (2), par Vertreter, Stellvertreter, ce qui l'oblige à suppléer 2 Sam. VIII 18, la mention du roi qui manque dans notre texte. Gesenius se rangeait en partie à cette opinion, pour ce qui concerne les fils de David. Ces auteurs trouvent dans 1 Chron. XVIII 17 la paraplu*ase plus ou moins complète et exacte de la notion qui leur semble répondre au mot kôhen dans les passages en discussion. A l'endroit cité, parallèle à 2 Sam. VIII 18, l'auteur des Chroniques ne dit pas que les fils de David étaient - prêtres y^, mais qu'ils étaient « les premiers aux côtés du roi » ■]b-J»-î "î^b D-^SIttJK-^n. De même les LXX traduisent 2 Sam. VIII 18 : xal ol ulol AaulS auXâp-^at. Ticav, une ^•ersion sur laquelle

(1) Krit. Untersuchungen p. 303 s.

(2) B£. Sam. u. Kon. in 11.

Gesenius remarque toutefois prudemment que peut-être elle dépend de 1 Chron. XVIII 17. Il se peut que la signification primitive du mot kôhen soit celle de serviteur, de ministre ; mais dans l'Ancien Testament tout entier, dans les parties reconnues les plus anciennes comme dans les autres, il est toujours employé au sens déterminé de prêtre, de ministre du culte ; il lest notamment, pour Sadoq et Abjathar, dans les textes mêmes où l'on prétend découvrir une exception. L'interprétation de Movers et de Klostermann nous parait inadmissible.

Aucune des explications données n'est de nature à nous satisfaire ; nous avouons d'ailleurs volontiers que n'avons pas mieux à proposer que les autres. Seulement nous ne parvenons pas non plus à nous rallier aussi aisément que les auteurs dont nous avons rapporté les avis, à la supposition de la parfaite intégrité de ces bouts de liste, où, parmi les hauts fonctionnaires des cours de David et de Salomon, nous trouvons d'abord énumérés comme prêtres Sadoq et son collègue, puis les fils de David ou tel autre personnage également comme prêtres ! Il nous semble que Ton n'a pas suffisamment ])ris garde à ce que ce phénomène a d'étrange et de suspect (i). La chose est particulièrement choquante 2 Sam. VIII 17, 18 où Sadoq et son collègue d'un côté, les fils de David de l'autre, sont présentés en termes absolus comme chargés des fonctions sacerdotales. Quant à Ira, 2 Sam. XX 26, il est vrai que sa mention est rattachée à celle de Sadoq et d'Abjathar par la particule DjîI ; mais ce détail n'a pas la valeur qu'on est porté à lui attribuer au premier abord. En effet les dignitaires énumérés sont les mêmes, sauf l'orthographe d'un ou deux noms, 2 Sam. VIII 16 ss. et XX 23 ss. ; seulement en ce dernier endroit, Sadoq et Abjathar n'occupent pas le même rang dans la liste ; ils sont nommés cette fois en avant-dernier lieu ; il se peut très bien que le particule Djil doive son origine uniquement au change- Il) Rappelons toutefois Ta vis de Hitzig d'après lequel les D'^îilD en question

seraient le résultat d'une faute de copiste, pour D'^3IDC (Die Psalmen II 1865 p. 318).

ment amené dans Tordre des noms. Voici Ténumération telle qu elle se présente aux deux endroits parallèles :

2 Sam. VIII 16 ss.

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