‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'historie des HébreuxChapitre 9 sur 14 · Ira le Jaïrite, prêtre aussi · texte numérisé non relu

Ira le Jaïrite, prêtre aussi

La liste de 2 Sam. XX renfenne un nom de plus, celui de Adoram, forme corrompue de Adoniram, directeur des travaux, probal)lement emprunté à la liste des fonctionnaires de Salemon (1 R. IV 2 ss.) ; cette dernière renferme d'ailleurs d'autres noms figurant parmi les ministres de David 2 Sam. VIII ; il est possible qu' Adoniram soit aussi à sa place 2 Sam. XX. Pour tous les noms énumérés 2 Sam. VIII, les deux listes que nous venons de mettre en parallèle sont identiques, saut en ce qui concerne les prêtres distincts de Sadoq et d'Abjathar ! Dans le tableau du chapitre XX on remarque une tendance rapprocher les fonctions de même genre ; Benaja se trouv reporté immédiatement après Joab ; Sadoq et Abjathar son ramenés immédiatement avant l'autre prêtre. Dans le premieir" cas l'opération a occasionné une modification du texte pouKT l'énoncé de la charge de Joab ; il est nommé ici chef de touit^ larmée, à la dilFérence de Benaja qui est commandant du co de garde. Dans le second cas une modification analogue s'e&

(1) Le texte porte Achimelek fils d'Al^athar. 11 faut luterveilii* rapport enti-e les deux personnages.

produite par l'addition de la particule aussi à la mention de Ira. La surprise que Ion éprouve à voir énumérer, à côté de Sadoq et d'Abjathar, d'autres dignitaires chargés des fonctions de prêtre, augmente en présence de la circonstance que ces prêtres distincts sont les seuls personnages qui diffèrent entre eux dans les deux tableaux. Les fils de David avaient-ils été démis de leurs fonctions ou privés de leur titre de kôhanhn ? Notre attention est ensuite attirée sur les défectuosités du texte dans les deux passages. 2 Sam. VIII 18 nous lisons : et Benaja fils de Jehojada et les Kerethi et les Pelethi et les fils de David étaient prêtres ; au lieu de : Et Benaja... chef des (bs) Kerethi.... Au ch. XX le Kethib a ■*")D au lieu de Kerethi ; nous y trouvons ensuite Adoram au lieu de Adoniram ; Scheja (Qerê Scheva) au lieu de Seraja ; pour les deux chefs de Tordre sacerdotal, par contre, la simplification du texte a occasionné une correction réfléchie. On est amené à se poser la question ; que faut-il penser de t authenticité de la mention des fils de David, ou de Ira le Jàiriie^ comme prêtres ? Généralement on s'accorde à voir dans la leçon du livre des Chroniques rapportée plus haut, une paraphrase ou même un escamotage de la donnée de 2 Sam. VIII 18 ; le Chroniste, ajoute-t-on souvent, aurait éprouvé le besoin de supprimer la mention du sacerdoce des fils de David, comme incompatible à ses yeux avec la théorie de la compétence exclusive des fils d'Aaron ; et de la remplacer par cet attribut plus inofFensif : les fils de David étaient '^ les premiers auprès du roi »» D''D'l'Œ)ï<in ■^b^n Tb Nous avons déjà eu plus d'une fois à constater que l'auteur des Chroniques n'avait pas, en réalité, les scrupules et les finesses qu'on lui suppose avec tant de complaisance, le plus souvent sans aucun examen. Pour le cas présent, nous aflBrmons sans hésiter, bien que nous ne puissions en appeler à l'avis d'aucun critique, que le texte du Chroniste est beaucoup plus satisfaisant que celui du livre de Samuel ; non seulement parce que nous ne nous y heurtons pas à la deuxième catégorie de dignitaires-prêtres, mais à raison même de son énoncé. Les termes dans lesquels est exprimé 1 Chron. XVIII

17, le rôle rempli par les fils de David, sont entièrement conformes au ton et à la tournure des membres précédents de Ténumération, où Tattrihut se trouve toujours simplement juxtaposé au sujet, sans recours au verbe auxiliaire. La phrase employée 2 Sam. VIII 18 ])our les fils de David, tranche au contraire d'une façon manifeste sur le reste du tableau. Ce brusque changement de tournure ne se comprendrait que si les fonctions de prêtre avaient été envisagées par l'auteur comme ne tombant pas, de leur nature, dans la série des charges publiques dont la liste était à communiquer ; en d'autres termes, si la donnée relative aux prêtres avait eu le caractère d'un supplément ajouté à la liste. Mais tel n'est pas le cas, puisque Sadoq et Abjathar comme prêtres sont présentés sur la même ligne que les autres dignitaires ! Cette observation s'applique peutêtre avec plus de force encore à 2 Sam. XX 26 où l'association de Ira le Jaïrite à Sadoq et Abjathar, dans les termes où elle est laite, a plutôt l'air d'un hommage rendu à ce personnage que d'une simple réponse à la question, la seule supposée ici, de savoir quels étaient les titulaires des différents postes en vue. Si la leçon du livre des Chroniques avait figuré au livre de Samuel, et celle de ce dernier livi'e dans les Chroniques, nous croyons (jue nul n'aurait jamais songé à contester la donnée que les fils de David étaient bien les '7jn Tb D^SltiS"^; mais que plus d'un n'aurait pas manqué cette occasion de signaler Tincoliéi'ence du Chroniste.

Pour les raisons que nous avons indiquées tout à l'heure,, nous sommes d'avis en outre que les textes 2 Sam. VIII 18^ e1 2 Sam. XX 26 doivent être considérés comme issus d'un mém( texte primitif. L'élément commun aux deux passages, eu égarer -^ aux conditions générales des listes où ils figurent, ne s'accomaruttmode ])oint de leurs éléments divergents ; de même que l^' la divergence entre ces derniers ne fait qu'augmenter la suspicioczzDn contre l'élément commun. Quel était le texte primitif et cojrr:

ment le double changement peut-il s'y être introduit ? A cet^^:te question on ne peut répondre que par des conjectures ; no' —us avons déjà laissé deviner le nôtre.

Considérons à ce propos le phénomène déjà relevé 2 Sam. VIII 17. Nous avons constamment, dans notre exposé, parlé de Sadoq et d'Abjathar comme les deux chefs du sacerdoce sous David ; l'histoire nous oblige en effet à maintenir ces deux noms. Mais dans notre liste, au lieu de Sadoq fils d'Achitob et Abjathar fils d Achimelek, nous lisons : Achimelek fils dUAbjuthar, lia relation doit être intervertie ; la leçon actuelle est fautive. Or 1 Chron. XVIII 16, nous trouvons de même :

Achimelek fils d Abjathar, Il semble tout naturel, à

première vue, d'expliquer la leçon des Chroniques, comme dérivée de celle de 2 Sam. à l'endroit parallèle. Cependant cette manière de voir n'est pas, croyons-nous, conforme à la réalité. Plus loin, à trois reprises, l'auteur des Chroniques suit encore la version d'après laquelle Abjathar aurait été le ])ère d'Achimelek, et celui-ci le collègue de Sado(i sous David, 1 Chron. XXIV 3, 6, 31. 11 n'est |)as vraisemblable, quoi (ju'on en ait dit, qu'en ces derniers endroits le Chroniste a été simplement induit en erreur ])ar la notice de 2 Sam. VIII 18. Si mauvaise opinion que l'on ait de l'historien postexilien, on doit supposer qu'il savait lire et qu'il avait lu les livres de Samuel et des Rois, déjà parfaitement constitués et divulgués à son époque ; pas moins qu'aucun de nous, il a pu et dû s'apercevoir qu'Achirnelek y était présenté comme le prêtre du règne de Sai'il ; C|!i' Abjathar, dans une vingtaine d'endroits où il est (question de lui, y est toujoui*s connu comme le fils d'Achimelek et son successeur, comme le collègue de Sadoq, comme le prêtre du x*ègne de David qui fut frappé de disgrâce par Salomon. Ce n'est pas la mention isolée d' « Achimelek fils d' Abjathar » clans la liste de 2 Sam. VIII, qui aurait pu à cet égard lui donner le change sur toute la suite des récits touchant les règnes de Saûl, de David et de Salomon. Pour expliquer l'anomalie de 1 Chron. XXIV 3 ss., qui, soit dit en passant, n'affecte ^n rien les faits sur lesquels porte le jugement de l'auteur, il faut supposer que celui-ci a puisé sa relation à une source cjui offrait une version diiférente des événements qui marcjuèrent les premiers temps de la royauté ei qu'il reproduisit

cette version telle qu'il la trouva. Ailleurs en effet le Chroniste associe Abjathar à Sadoq 1, XV 11 ; cfr. XXVII 34. Un fait qui mérite d'être signalé à cette occasion, c'est que dans l'évangile de S. Marc II 26 la visite de David au sanctuaire de Nob est également supposée se rapporter au pontificat d' Abjathar au lieu d'Achimelek. Ici encore on peut reconnaître l'influence de la version, remontant sans doute à une époque ou un milieu où certains documents anciens étaient d'un accès moins aisé, suivant laquelle Abjathar figurait comme père d'Achimelek. La notice généalogique de 2 Sam. VIII 17 ne doit pas être portée, du moins pour sa reproduction en ce passage, au compte d'un copiste distrait ; elle remonte à une source commune avec celle de 1 Chron. XVIII 16, peu importe quelle ait été la cause de la méprise dans la source en question. Il devient dès lors plus que ])r()bable que les deux tableaux des dignitaires de la cour de David 2 Sam. VIII 16 ss. et 1 Chron. XVIII 15 ss. avec le récit auquel ils sont annexés, remontent à une source cx)ramune, la même d'où dérive 1 Chron. XXIV.

La notice concernant les fils de David leur attribuait le titre de ^b^P l'b Ù^V'^^') ; de Ira le Jaïrite il n'était pas question dans la liste primitive. Celle-ci aura été augmentée d'une glose, ayant pour objet, soit de suppléer le nom d' Abjathar comme collègue de Sadoq, lequel se trouvait associé à Achimelek dans 1 enumération qui précède, p. e. en ces termes : Ti'^^S T151 'ib "jnD rr^n (Abjathar aussi fut prêtre de David) ; soit d'apporter une restriction, en l'honneur de Sadoq, à la qualité^ dont le texte faisait honneur aux fils de David : "fl^'^as TWa^ TVib ins (les fils de David étaient les premiers.... au temps oi^ Abjathar était encore prêtre de David) ; soit encore d'indiqueiK: le rapport dans lequel se trouvaient, vis à vis des prêtres, cer ■ princes qui occupaient le premier rang : D*3nsn "^T» ri* ^^XS D3^ y^T\ (... ils étaient aussi les auxiliaires des prêtres). Il e^s inutile d ajouter que ces suppositions sur la teneur de la gIo^= sont do pures conjectures. Mais l'hypothèse que les divergenc^= constatées dans les différents exemplaires de la liste, s'expHfe quent par une addition de ce genre, nous semble parfaiteme- ti

fondée et même la seule rationnelle. Dans la liste 2 Sam. XX 23 ss., comme il a été remarqué plus haut, les deux prêtres en chef, désignés d'ailleurs exactement (i), Sadoq et Abjathar, ont éié ramenés vers la fin ; cette opération a occasionné l'élimination des fils de David ; la glose a passé dans le texte sous une forme corrompue ; un nouveau nom propre (suggéré comme lecture par 2 Sam. XXIII 38 ?) est introduit à la faveur de la difficulté du déchiffrement et d'une ressemblance matérielle de lecture 'ib fO tm '^-»X%n »n'^>' 031. — Dans la liste de 2 Sam. VIII 16 ss., au contraire, le texte, où il était question des fils de David, a été combiné avec la glose pour donner «* les fils de David prêtres » ; la confusion n aura été consommée qu a une époque récente, car les LXX traduisent encore xal ol ulol AaulS aûXàp^^at Tio-av. Le grec aûXàpya». répond exactement à lattribut '^n Tb D'»31TrK"n et nullement à celui de D-Sni. — Enfin la relation du livre des Chroniques, ici comme en d autres occasions, el notamment en plusieurs passages du chapitre auquel la liste des dignitaires est annexée, garda intact le texte primitif (2).

(1) V. plus haut, p. 275.

(2) Nous avons déjà entendu Gesenius exprimant Tavis que peut-être la vei'sion aJXàp^^at dépendait de 1 Chron. XVIII 17. En ce cas U serait étonnant que les LXX n'eussent pas suivi le texte de ce dernier endroit pour Benaja, au lieu de rémédier péniblement et sans succès au défaut de 2 Sam VIII 18 pai» Faddition d'un terme inutile, tout en maintenant le xal qui seul avait besoin d'être rectilié : xal Bavata; uloç 'ItotaSà cûpipouXo;, xorl 6 XeXe^l xal 6 4>8XeTl xal ol ulol Aaulô auXàp^^at rjcav. — - Il n'est pas sans intérêt de comparer dans toute leur étendue les chapitres XVIII de 1 Chron., et VIII de 2 Sam. ; cet exiunen tourne entièrement en faveur du livre des Chroniques, a) Chron. v. 1 ST^rSl*! M TK devient dans Sam. v. l : anî3 nï<

rnSï^n ; Ib) Sam. v. 2 : ... mTa''1 manque dans Chron.] c) Chron. v. 3

rexpi'ession figurée 1T^ S^Slïnb est gâtée Sam. v. 3 par rinintelligible

^''îinb ; d) les mille attelages et sept mille cavaliers de Chron. v. 4, sont changés en mille et sept cents cavaliei-s Sam. v. 4 ; cependant dans la suite les attelages sont supposés déjà mentionnés : e) ... "I^'iûl rn^DlÛI, ce qu'on traduit d'ordinaire : de Tibha et de Kûn, villes de Hadarezer (Chron. v. 8), a comme pendant, Sam. v. 8 : ... "^H^^MI (rQt312==)nSîa31. Gesenius rapproche de Kim, la ville nommée Connn dans Vitin. Anionini. Klostonn. traduit T'^Sti - von den Berothàem «, ce qui répond mal à l'apposition :

Quant à Zabud fils de Nathan, appelé « prêtre ami du roi », 1 R. IV 5, il se pourrait, comme quelques uns l'admettent, qu'il soit question ici d'un prêtre occupant la fonction de conseiller intime du roi. Le nom de Nathan figure deux fois au V. 5 comme désignation du père d'un dignitaire : Azariahou fils de Nathan ... Zabud fils de Nathan ... Nous ne savons qui étaient ce ou ces Nathan ni quelle était leur origine. Cependant les raisons que nous avons fait valoir plus haut contre le qualificatif de ** prêtres « attribué aux fils de David et à Ira le Jaïrite, s'appliquent aussi en partie à Zabud. En partie, disonsnous ; car ici l'attribut de prêtre est déterminé ultérieurement par celui de ^ ami du roi », ce qui permettrait de mieux comprendre, au point de vue de la constitution du texte, la mention de ce nouveau prêtre après celle de Sadoq et d'Abjathar ; puis, la tournure de la phrase reste ici h\ même que dans les autres membres de Ténumération . Mais il i*este vrai que le - prêtre-ami » de Salomon, à côté de Sadoq, est difficile à classer. Remarquons que les LXX lisent sim])lement : xal Zapoù5 'jIo; No^àv èraipoç toG Pac-Xéo)?. Le *n5 du texte massorétique ne serait-il pas le résultat d'une confusion avec le nom

villes de Hndarezer, Nous nous demandons si le texte des Chvon. ne doit pas être lu : ... Iimn ^^^ (XS\)TÙ'a^ n^iriDDi:*) : « Et David emporta

les autels (nniitDw au lieu de nirOT13 par mépris) et les supports (? cfr. 1 R. VII 27 S8.) des viUes de Hadarezer, une immense quantité d'airain -. Dans Sam, ces noms auraient été transforniés par erreur en des nom$ propres de villes; do là '^H'^D^ (d'r. Kzeoh. 17, ]<))aulieu de (ri)3*lM. L'observation des C/»row. sur l'usage que Salomon tltdecet airain pour le temple, laquelle manque dans 5«m., s'aceoi*de très bien avec notre supposition. Il semble d'ailleurs assez étrange qu'il ne serait fait mention que des dépouilles de deux villes, f ) Le nom du flls de Thôtt, Hadoram, Chron, v. lo, est lu avec moins de probabiUté D"<1'' Sam, v 10 ; g) Sam. v. 10 présente

une addition absurde, m "ÎT'DI ; h) l'addition "'T:?!!?! bblB^I Sam. v. 12 est pareillement en opposition avec le contexte ; i) la leçon de Chron. v. 12 : Et Ahschaï fil9 de Seruja battit Edom ... est préférable à ceUe de Sam. 13 où l'honneur est, à bon droit sans doute, attribué à David. Sui- le rôle remi>li par Abschaï dans ces guerres de David cfr. 2 Sam. X 10. j) Sam. v. u présente une répétition oiseuse : D*'3'*S3 DÎ& Dllb^ 533. — U n'est cei-tes pas surprenant que Chron. 17 b aussi ait mieux gai*dé que Sam v. 18 la leçon primitive.

"jW qui précède immédiatement et qui se présente d'ailleurs deux fois dans le même verset ( Le nom '1^: écrit deux fois de suite par le copiste serait devenu le ^nD de notre texte massorétique, à une époque assez récente, postérieure à la version grecque. Il semble que le titre d' « ami du roi « avait un caractère officiel ; mais ce n était pas nécessairement un prêtre qui en était décoré ; 1 Chron. XXVIl 33, nous trouvons renseigné comme ** ami « du roi David, dans une liste d'officiers publics, Chuschaï TArakhite, qui n'était pas prêtre.

§ 4. La signification de t épisode de Melchisedeq,

Dans sa dissertation sur le caractère prétendument fantaisiste du fameux récit du ch. XIV de la Genèse (1), Nôldeke a beaucoup insisté sur Tépisode de la rencontre d'Abraham et de Melchisedeq ; alors même, disait-il, que le reste du chapitre aurait une réelle valeur historique, nous n'en verrions pas moins en ce dernier personnage une création du génie de la poésie (2). Melchisedeq ne peut être qu'une figure idéale. Cependant, d'après le même auteur, le morceau où il en est fait mention, serait relativement ancien, antérieur à l'exil de Babylone. Le prêtre-roi de Salem y serait mis en scène comme prototype du roi de Juda. Le roi y paraît comme prêtre, sans doute en opposition avec la Loi, mais d'accord avec les faits (8). — Wellhausen, comme beaucoup d'auti^es, se rallia à la thèse de Nôldeke dans sa ])artie négative ; il n'accorde au récit de Gen. XIV aucun crédit au point de vue de l'histoire. Bien plus, il y voit un produit très récent de l'époque du second temple (4) ; ce n'est point le roi, mais le prêtre, le clergé de Jérusalem, qui est personnifié parla figure de Melchisedeq ; Abraham paie la dîme au prêtre-roi de Salem, comme les Juifs la paient aux ministres du temple de Jérusalem (5). — Bau-

(1) Die Ungèschichtlichkeit det^ Erzàhlung Gen. XIV; dans Untei*such- Uûgen zur Kritik des A. T. (Kiel 1869, p. 156-172).

(4) Die Composition des Heœateuchs pp. 26, 310 ss.

dissin ne peut concevoir que le récit de l'invasion des rois d'Orient et de l'expédition militaire d'Abraham, soit dû à l'invention du narrateur ; il croit au contraire que nous sommes ici en présence d'une relation vraiment historique quant au fond ; il est disposé à voir dans le ch. XIV de la Genèse, un des éléments les plus anciens de ce livre. Seulement il se pourrait bien, à son avis, que les vv. 18-20, relatifs à Melchisedeq, soient une interpolation récente (i). Sur le but de cette interpolation, Baudissin semble professer deux opinions ; tantôt, à l'endroit même que nous venons de citer, il pense qu'elle était destinée à la glorification du sanctuaire de Jérusalem et de son sacerdoce, à la façon de Wellhausen ; tantôt, parlant du psaume CX v. 4, où il est question du «* prêtre selon l'ordre de Melchisedeq », il fait remarquer que ce passage ne peut s'appliquer à l'un des rois Asmonéens, puisque pour ceuxci la dignité sacerdotale était héréditaire ; qu'il faut donc rapporter la louange à « la royauté préexilienne laquelle possédait aussi des privilèges sacerdotaux » (2) ; une observation qui nous ramène, pour l'interprétation de Gen. XIV 18-20, à l'avis de Nôldeke.

11 n'entre point dans l'objet de notre étude d'examiner en détail les arguments que l'on a fait valoir contre la valeur historique du récit de la Genèse. Hommel a montré, en se servant des résultats les plus récents des recherches assyriologiques, que les données du chapitre XIV sur la situation générale de l'Asie Antérieure et sur les rois alliés Kedor-laghomer d'Elam, Tid'al (-= Tudchul ?) des Goi, Amraphel de Sinear (de Babel), Ariokh d'EUasar (Eri-aku de Larsa), se trouvaient exactement confirmées par les monuments (3).

Quant à l'épisode de Melchisedeq, qui nous intéresse plus spécialement, le même auteur nous semble avoir réussi dans son essai de correction du texte, en éliminant la mention encombrante, et d'ailleurs inintelligible après le v. 10, du roi

(1) Geschichte des Alttest, Priesterthums p. 07 s.

(3) Die Altisraelitische Ueberliefef^ung iMancheii 1897 p. 147 ss.

de Sodome aux vv. 17 et 21 ; c'est Melchisedeq qui aura figuré dans le texte primitif en ces deux endroits. Le changement peut avoir été occasionné par une méprise touchant le sens du V. 23, où l'on a cru trouver l'idée que le butin rapporté par Abraham revenait de droit au prince qui était allé à la rencontre du héros vainqueur (i). Cette même méprise a fait mettre dans la bouche d'Abraham la protestation des vv. 22**- 23. Hommel a très bien vu que ces paroles ne sont que la suite du discours duv. 2P ; mais il n'a pas reconnu, croyons-nous, la cause de la confusion. A la fin du v. 23 nous sommes d'avis qu'il faut lire '*n'iiD:?n au lieu lieu de "nnuis^n ; la forme hiphil de -te? se présente ici dans le sens causatif de « faire payer la dîme à quelqu'un ». Déjà au v. 21, suivant notre hypothèse, basée entre autres raisons sur le parallélisme de 2P avec 23-24, le même interlocuteur, à savoir Melchisedeq, avait refusé l'offre d'Abraham ; il ne veut pc>int tirer profit de la victoire remportée par le patriarche. On ne comprend pas que celui-ci eût craint de garder une partie des dépouilles de l'ennemi, de peur qu'on ne lui reprochât de s'être enrichi au dépens des rois Cananéens. Le serment au nom de ■Jl^^bl^'bï^ et tout le ton du discours, plaident pour l'attribution des paroles du v. 23 à Melchisedeq. 11 faut donc comprendre le récit, à partir du V. 17 en ce sens : « Melchisedeq, roi de Salem, alla au devant

d'Abram ; et Melchisedeq offrit le pain et le vin ; car il

était prêtre de El-'Eljon ; et il bénit Abram et dit : Béni soit Abram par El-Eljon, seigneur du ciel et de la terre, et béni soit El-Eljon... ! Et (Abram) lui donna la dîme de tout ce qu'il avait rapporté. Mais M$lchisedeq dit à Abram : Donnemoi les hommes et garde le butin pour toi ! Je lève la main devant El-Eljon, le seigneur du ciel et de la terre, que je n'accepterai ni un fil ni un cordon de chaussure ni rien de tout ce qui est à toi, afin que tu ne dises point que moi foi fait payer la dîme à Abram ! Seulement ce que les gens ont mangé et la part des hommes qui ont marché avec toi ceux-là

(1) Voir encore plus loin une autre considération que l'on peut faire valoir pour expliquer la modiflcation.

Tauront pour leur part « . Melchisodeq s intéresse au sort des gens, au v. 21^ comme au v. 24, en sa qualité de souverain de la contrée.

Au ch. VII de l'épitre aux Hébreux, le sacerdoce de Melchisedeq est mis en parallèle avec le sacerdoce lévitique. Hommel a relevé là une donnée qu'il accompagne d un commentaire très intéressant (i). Au v. 3 il est dit de Melchisedeq le prêtreroi de Salem, qu'il est « sans père et sa7is mère » : aTcàxwp, à|jLTjT(i)p. Or parmi les lettres de Abd-Kliiba (2), roi de Uru- Salim (Jérusalem), au pharaon Aménophis (vers 1400), lesquelles font partie du dépôt de correspondances cunéiformes trouvées à Tell-el-Amarna, il s en trouve trois où le prince en question, un successeur de Melchisedeq à plus de 500 ans d'intervalle, s'applique avec emphase le même formule. « Vois, en ce qui concerne le domaine de cette ville de Jérusalem, ce nest point mon pè7^e ni ma mère qui me la donnée mais le bras du roi puissant me la donné « (a). Abd-Khiba, d'après l'interprétation de Hommel, veut rappeler qu'il tient sa souveraineté du roi des Hittites, auquel serait appliqué ici le titre de roi puissant. Mais la parole trois fois répétée : ce nest point mon père, m* ??? a wére.... apparaît, toujours suivant Hommel, comme une formule consacrée et solennelle, qui à l'origine doit avoir servi d'expression religieuse au principe, que les rois de Uru- Salim tenaient leur autorité du Dieu suprêine. Le « roi puissant V, sharru dannu, de Abd-Khib<i., ne serait donc qu'une substitution au ** El-Eljôn « de Melchisedeq, substitution d'autant |»lus facile à comprendre que les équivalents de El'Elj6n en assyrien. Bel asharidu, se représentent par des idéofrramines qui peuvent aussi bien être lus : sharru dannu (4). Iloinwi'îl conclut de ces observations que la donnée de Hebr.

it) Ii'aijtr<î« lisent Abd- (ou Ebed-) tob.

-i) \Uii'\. Il" 103 1. 25 8S. ; comparez B. n« U»2 1. ss. ; B. IP 104 1. 9 ss. (4; I>'a|)iï*> Sayee (Early hist.ofthe Hebreics, Loiidon 1897 p! IX), le sfiarru dannu 'les lettres du roi de Uru-Sîdim serait lui-même Dieu. 7?/-

VII 3 doit remonter, ou bien à un exemplaire de Gen. XIV dont le texte Tavait gardée, ou bien à une antique tradition fidèlement conservée par le clergé de Jérusalem.

Hommel voit dans le récit de Oen. XIV un morceau d'une très haute antiquité, dont loriginal, remontant bien avant Tépoque mosaïque, aurait été écrit en cunéiformes (i), conformément à l'usage dont les lettres de Tell-el-Amarna rendent témoignage pour toute l'Asie antérieure, et conservé à Jérusalem, jusqu'au jour où il fut traduit en hébreu, peu de temps avant l'occupation du pays par les Israélites. Il aurait de bonne heure passé dans la littérature sacrée de ces derniers. Le nom de Dan au v. 14, peut avoir pris la place de celui de Laïsch à la faveur d'une glose comme il s'en rencontre plusieurs dans le même chapitre ; le texte présente, d'ailleurs, des traits d'un caractère archéologique très prononcé (vv. 3, 7, 8, 10, 17).

Quoi qu'il faille penser des rapprochements établis par Hommel, les théories de Nôldeke et de Wellhausen sur* Melchisedeq sont insoutenables. Le personnage dont le caractère sacerdotal est affirmé en termes si solennels Gen. XIV 20, n'a pu être inventé comme type du roi de Jérusalem. Le prétendu « sacerdoce r> des rois de Jérusalem, n'est pas seulement contraire à la Loi ; comme nous l'avons vu, il est pareillement inconnu dans l'histoire. " Abram « lui-même, d'après le portrait que trayait de lui la tradition, aurait eu autant de titres que « le roi de Jérusalem « à être appelé prêtre ; et c'est visà-vis d' " Abram »», le patriarche, que Melchisedeq est rais en scène comme prêtre du Dieu très haut. Il n'est pas moins arbitraire de voir dans le prêtre-roi de Salem une personnification idéale du clergé du second temple, auquel on devait payer la dîme. La dîme du butin pris à la guerre n'aurait été, de la part d'Abraham, qu'un exemple très peu approprié aux obligations du peuple qui étaient d'une nature toute difierente. Le titre de ** roi de Salem « n'aurait pu se concevoir pour un représentant idéal du clergé de Jérusalem, qu'à l'époque asmo-

(1) p. 192 ss., cfi". Sayce Early history of the Hebretos p. 25 s.

néenne ; et il serait souverainement absurde de ramener la composition de Gen. XIV à cette date. Les Juifs eux-mêmes se rendaient compte du caractère extraordinaire, à leur point de vue, du sacerdoce de Melchisedeq, et éprouvaient le sentiment de ce qui le distinguait, non pas de ce qui le rapprochait, par analogie, du sacerdoce lévitique (ps. CX 4). Nous avons vu, du reste, que suivant la forme primitive du récit, Melchisedeq refuse la dîme qui lui est offerte par Abraham. Il ne serait pas impossible, de soi, que la modification du texte signalée plus haut eût été favorisée par une préoccupation comme celle qui, d'après Wellhausen, aurait inspiré la création de l'épisode. On poun^ait avoir jugé qu'il était d'un enseignement pratique plus salutaire de faire accepter à Melchisedeq l'offre qui lui était proposée ou de supprimer tout au moins la mention de son refus. Ce qui ne se comprend pas, c'est que l'intérêt sacerdotal eût pu servir de prétexte à la création de toutes pièces d'une histoire où Abraham aurait professé sa subordination à l'égard d'un prêtre Cananéen. Car remarquonsle bien ; ce n'est point à Dieu, ce n'est point à un sanctuaire consacré par lui-même au nom de Jéhova, qu'Abraham nous est présenté comme faisant hommage de la dîme du butin ; mais au prêtre-roi de Salem, l'allié, à certains égards, des rois de Sodome et de Gomorrhe. Les prêtres de Jérusalem, malgré la gloire qu'ils tiraient de leur origine aiironide, avaient certes conscience qu'Abraham était le père de la nation, qu'Aaron et Lévi eux mêmes étaient de son sang et n'avaient jamais jouï que de l'héritage des promesses dont Dieu avait comblé le patriarche. Pas un d'entre eux qui ne se fût trouvé arrêté devant le raisonnement du ch. VII de l'épître aux Hébreux ; un raisonnement qui, soit dit en passant, garde toute sa forcedans notre hypothèse sur la teneur originelle du récit. Abrahan^ se courbant devant Melchisedeq, lui faisant hommage de 1 dîme du butin, se faisant bénir par lui, attestait la supériorité d prêtre : ^ car sans conteste, ce qui est inférieur est béni par c qui est plus grand »» . Et dans Abraham Lévi lui-mênie s'humL — liait, ** puisqu'il était encore dans le sein de son père *» . Est-

vraisemblable que les prêtres lévitiques se soient mis dans cette posture, pour le plaisir de créer un précédent, d'ailleurs insignifiant, du paiement de la dîme? Si, comme Hommel le concluait de la coïncidence frappante avec la formule des lettres d'Abd-Khiba, le titre de àicdTcop, ijjLT^Twp, donné à Melchisedeq dans Tépître aux Hébreux, remonte à une source authentique, on n'en comprendra que mieux l'auréole mystérieuse dont la dignité du prêtre-roi de Salem était entourée aux yeux des Juifs et la différence radicale qu'ils apercevaient entre son sacerdoce et le sacerdoce héréditaire des fils d'Aaron. Du coup, la théorie qui prétend le transformer en type idéal des prêtres lévitiques ou des rois de Jérusalem, ne s'en trouverait qu'à un titre de plus classée elle-même dans le domaine de la fantaisie.

La tribu de Léwi ; son or lutine.

Un fait certain et qui est d'une importance capitale pour l'histoire du sacerdoce chez les anciens Hébreux, c'est qu'aux derniers siècles de la période des Rois, au 7* et au 8® siècle au plus tard, le ministère du culte public se trouve être l'apanage de tout un ensemble de familles reliées entre elles par les liens du sang, ayant leurs Anciens, formant une véritable tribu dans le même sens et au môme titre que les autres tribus, la tribu de Lévi. Les efforts tentés par l'esprit de système pour dénaturer ce fait, ne peuvent le supprimer ni le modifier. Les témoignages du Deutéronome et de la Bénédiction de Moïse résistent à tout essai d'explication tendancieuse.

D'autre part nous avons reconnu que dès le commencement cie l'histoire des Israélites, à l'époque des Juges, le sacerdoce ^tait héréditaire ; et ce sont, dans ces temps reculés, des individus appelés lévites qui sont considérés comme spécialement appelés à l'exercice des fonctions sacrées.

Quelle est l'origine de la tribu de Lévi, énumérée dans la

Bénédiction de Moïse sur la même ligne que les autres tribus ? Les lévites de la période des Juges formaient-ils déjà alora une véritable tribu ? Telle est la question dont nous avons à rechercher la solution.

Plusieurs savants, dans des vues et en des sens d'ailleurs bien ditféi'ents, soutiennent que le nom de Léti, de lévites^ ne fut point à Torigine un nom d'homme, ni un nom patronymique de tribu ; mais un titre de profession ou un qualificatif exprimant la relation dans laquelle se trouvaient ceux qui le portaient, avec une institution donnée ou quelque autre terme en vue. La racine TVb soit en hébreu, soit en arabe, signifie tantôt «« adhérer, s'attacher à quelque chose ou à quelqu'un », tantôt « tourner, plier quelque chose « . C'est à l'une ou l'autre de ces significations fondamentales que se rattacherait le nom de ''^*b, léirite. Le patriaixhe fils de Jacob que la Genèse nous présente sous le même nom, n'aurait été créé ou appelé ainsi, grâce à un procédé artificiel, qu'à une date postérieure à l'organisation même de la tribu lévitique.

Ainsi P. de Lagarde a exprimé l'avis que les lévites « auront été les Egyptiens qui se joignirent aux Sémites lorsque ceux-ci quittèrent la contrée du Nil pour rentrer en Asie « (i). Nous savons en effet par Ex. XII 38, Num. XI 4, qu'au moment de l'Exode une foule d'Egyptiens accompagnèrent les fils d'Israël. Liigarde s'appuyait sur Is. XIV 1, LVI 3, pour justifier la signification qu'il prétait, dans son hypothèse, au nom des lémtes. Cette hypothèse était appelée à rendre compte du fait, que Moïse, lui-même égyptien d'origine (!), trouva dans les lévites son principal appui ; elle permettait de comprendre pourquoi les lévites se chargèrent de la direction spirituelle du peuple ; pourquoi, dans la terre promise, ils n'eurent point d'établissement distinct comme tribu, etc. Kuenen a ajouté à ces considérations, certaines autres données concernant plus d'un nonm propre, mais relatives seulement à la famille d'Amram (2). Il n'hésitait pas d'ailleurs à rejeter la théorie de Lagarde,

(1) Ortento/ta U p. 20 s.

(2) Volkarel. u. WeltreL p. 313 s.

laquelle son auteur lui-même n'attachait pas grand prix. Elle n a en effet aucune vraisemblance. On s'expliquerait plus aisément que les lévites eussent été à l'origine le noyau authentique de la nation Israélite auquel se seraient réunies peu à peu diveraes tribus plus ou moins apparentées, ralliées au culte exclusif de Jéhova, dont les lévites furent et restèrent toujours les gardiens d'office.

D'après Land le nom de lévites, à rapprocher de l'arabe lawa, «* courber, tourner »», aurait été à l'origine celui dun parti, à savoir du parti de la «* conversion « au culte pur et sans mélange de Jéhova, en opposition avec le culte ancien, prédavidique, où les éléments empruntés aux cultes cananéens tenaient une grande place. Les "^ib ^72 furent donc d'abord les Israélites partisans du culte exclusif de Jéhova, les «* enfants de la conversion »», dont le triomphe date de l'installation de l'arche, comme centre religieux de la nation, dans la cité de David (i). Kuenen a longuement réfuté cette conception fantastique des origines de la tribu de Lévi (2) ; nous ne la rappelons que pour mémoire. Il faut avoir la tradition en bien grande horreur pour lui préférer de pareils produits de l'imagination. Evidemment, s'il était impossible de rien trouver de mieux, il De nous resterait qu'à avouer simplement notre ignorance.

Maybaum, s'élevant contre l'opinion de Lagarde, que nous venons de rapporter, remarque que nib signifie primitivement « se joindre, s'attacher, être client «, et arrive à conclure que les lévites étaient appelés de ce nom en leur qualité de clients du temple ; le temple est conçu comme le patron, qui « remplissait la main >» à ses serviteurs, qui leur accordait en d'autres ternies une part déterminée des oflTrandes, et les consacrait ctinsi au ministère de l'autel (3). Il est étonnant, en ce cas, que le temple, auquel les ministres du culte devaient leur titre de û^"*lb ou ** clients »» par excellence, ne nous apparaît nulle part

(1) De Gids, IV. De Wording van den Slaat en godsdienst in het onde ^MTaël,

(2) De Stam Levi, in Theol. Tijdsclu». VI.

(3) Die Entwickelung des altisrael, Priesterthums p. IV.

eu sa qualité de «« patron » . Maybaum dit très bien que le nib clieyit, répond au 7\^b'Z patron ; mais le lévite n*est jamais appelé nib, le temple jamais "iVr- H semble plus que hasardé dès lors d établir entre les deux termes la relation de patronage dont on parle. Les récits bibliques d'ailleurs font mention de lévites qui portaient ce nom antérieurement à leur consécration au service effectif du sanctuaire ; le lévite Jonathan mis en scène aux chap. XVII s. du livre des Jttges était un bien pauvre ** client » du temple.

Il est des auteurs qui cherchent à expliquer le nom des lévites par le rapport dans lequel se trouvaient vis-à-vis des prêtres proprement dits les ministres de second ordre. Herzfeld estime que les D'^'lb étaient ainsi nommés « comme auxiliaires des prêtres, à Tégard desquels ils devaient occuper une position analogue à celle que les Nethinim plus tard occupèrent vis-à-vis d eux-mêmes (i) y>. Baudissin dit que l'histoire des rapports entre prêtres et lévites rend cette hypothèse invraisemblable (2); une chose certaine en effet, c'est que dans toutes les parties de l'Ancien Testament (^ui nous offrent sur les lévites des données quelque peu explicites, le caractère lévitique est attribué aux prêtres eux-mêmes. Nous ne pouvons nous empêcher à ce propos de relever la confusion qui règne dans Texposé de Baudissin. A l'endroit même où il rejette l'opinion de Herzfeld comme invraisemblable, il renvoie pour l'étymologie du nom à la p. 50 de son ouvrage. Oi* ici il ne signale en fait d'étymologie que celle soi-disant proposée dans Nombres XVIII 2, 4, où les Ibnctions et le rang des ministres de second ordre sont précisément caractérisés par 1' « adjonction « de ces derniers aux prêtres, en qualité d'auxiliaires. Baudissin p. 50 infère en outre de ce passage que, hormis les membres de la famille de Qehath, les lévites ne sont pas considérés par l'auteur sacerdotal comme étant de la même tribu que les Aiironides ; cet auteur, dit-il, n'ignorait point que ses lévites avaient une origine

(1) Geschichte 1847, p. 394.

(2) Geschichte des Alttest, Priest, p. 74.

étrangère à tout titre généalogique, etc. ; toutes conclusions d'autant plus surprenantes que Baudissin lui-même, un peu plus loin, défendra Topinion que les lévites formèrent depuis l'origine une véritable tribu, que Moïse consacra toute une tribu au ministère de l'arche, et que cette mesure s'explique parfaitement par les circonstances du séjour dans le désert. Dire que les lévites, appelés d'après Num. XVIII 2, 4 à « s'adjoindre « aux prêtres, ne pouvaient pas, en conséquence, être destinés à leur service à titre de naissance (i), c'est vraiment d'une logique peu sérieuse. Il est inutile de rappeler que les textes sacerdotaux affirment de la façon la plus formelle et la plus constante qu Ailron et ses fils sont de la tribu de Lévi ; et que les autres membres de la même tribu, qui seront désormais ** les lévites » au sens restreint du mot, occupent dans le service du sanctuaii'e un rang inférieur. Cela est attesté d'ailleurs à l'endroit même où la subtilité étonnante de Baudissin a fait les découvertes inattendues que nous venons d'apprendre. Ces mêmes lévites qui doivent « s'adjoindre « aux Ailronides comme auxiliaires subordonnés, Jéhova les présente à Aiiron en ces termes : « tes frères, la tribu de Lévi, la race de ton père «. Est-ce en s'exprimant ainsi que l'auteur sacerdotal trahit la parfaite conscience qu'il a de l'origine étrangère à tout titre généalogique qui caractérise ses lévites ? (2). Ne cherchons pas des mystères profonds en des textes qui sont la clarté et la simplicité mêmes. Si l'auteur sacerdotal Num. XVIII 2, 4 envisage les lévites, c'est-à-dire l'ensemble des familles de la tribu de Lévi, comme « s'adjoignant « aux Aaronides, c'est que, au point de vue de la dignité hiérarchique les Aaronides sont les supérieurs, les lévites les inférieurs ; et que, au point de vue chronologique, la vocation et la consécration des Aaronides précèdent celles des lévites. Quant à l'emploi du verbe nibS, l'auteur sacerdotal n'a pas eu la prétention, en se servant de cette expression, de nous exposer une théorie étymologique ;

(1) Baud. p. 50.

(1) baua. p. 50.

(2) Lire Baudissin lui-même, p. 263, etc.

il n'y a là qu un simple jeu de mots comme on en trouve beaucoup du même genre dans la Bible. C'est aussi tout ce qu'y reconnaît Ewald (i), cité par Baudissin (2) ; et ce que celui-ci y reconnaît à son tour (3).

Antérieurement à l'explication que nous lui avons entendu proposer tout à l'heure, Land avait donné une signification bien différente au nom des lévites. Il avait vu dans les ''ib *'^ non pas « les enfants de la conversion « , mais «* les enfants de l'adjonction, de l'attachement »», à savoir au sanctuaire (4). P. de Lagarde lui aussi exposa cette interprétation à côté de l'hypothèse des lévites-Egyptiens (5) : « dans les temps anciens, dit-il, Israël se faisait précéder de l'arche ; celle-ci avait besoin d'une escorte : les D'^'^lb peuvent avoir été les attachés de l'arche ?' . C'est à cette même explication du nom que s'arrête Baudissin (6).

Les auteurs qui, comme Land et Lagarde, n'admettent point que les lévites aient formé dès le commencement une véritable tribu, auront de la peine à montrer quand ou comment, d'après leur théorie, la tribu aura pu se constituer. Supposons que les ministres ou attachés du sanctuaire se soient recrutés à l'origine parmi les diverses tribus d'Israël, alors que d'une tribu de Lévi il n'avait jamais été question. Avec l'esprit de fidélité aux traditions de famille et de race qui caractérise les Hébreux, les ministres en question auront continué à rattacher leur origine à la tribu d'où ils étaient issus, à laquelle il&

appartenaient, dont ils n'avaient nulle raison de se détacher

Certes nous n'entendons pas nier que pour des motifs d'intérê' ou à la suite de relations intimes et suffisamment prolongées* ^ des individus d'origine différente pussent se faire incorporte=^ 1 dans une tribu ou dans une famille à laquelle leurs ancêtn^^r;? '

(1) Alterthùmei' Zw. Ausg. p. 321.

(4) Dans les Godsdienstige bijdragen 1866 p. 426.

(5) Otientalia II 21.

(6) 1. c. p. 72 ss., 264.

n'avaient point appartenu ; nous admettons que dans bien des cas particuliers des profanes auront pu de cette manière être inféodés à la tribu de Lévi, dans la supposition que celle-ci ftit déjà constituée. Mais comment conçoit-on, dans la supposition contraire, que des familles engagées au service du sanctuaire en soient venues à renoncer à leurs traditions et à leur tribu, pour aiTiver peu à peu à former une tribu nouvelle ? La chose paraît d'autant plus invraisemblable qu a toutes les époques de l'histoire nous voyons les lévites non pas réunis autour du sanctuaire, mais disséminés par tout le terriroire ; et l'impossibilité ne fera que s'accroître s'il nous faut admettre que les sanctuaires eux-mêmes étaient, de droit, aussi nombreux que les familles sacerdotales. En cette hypothèse la diversité, ou même l'opposition des intérêts devaient empêcher la fusion dont on parle ; la communauté même du nom devient un mystère. L'arche ne pouvait avoir comme escorte que les minisires du sanctuaire où elle résidait. A quel titre les desservants des autres sanctuaires auraient-ils prétendu être eux aussi les « attachés »» naturels de l'arche, ses «« adjoints ^ attitrés i La conjecture que l'on nous propose n'offre aucune réponse à ces questions.

Baudissin consent à reconnaître que les lévites auront dès l'origine formé une tribu (i). Mais, tout en soutenant que rien n'empêche au point de vue de la forme et de la terminaison en t, que ^lb eût été un nom propre d'homme (2), il est d'avis, comme nous l'avons rapporté, que de fait ce nom exprime la "vocation à laquelle la tribu fut consacrée. Il est étonnant, dans ces conditions, que du nom primitif et propre de la tribu il ne soit resté aucun vestige. D'après l'ensemble des vues assez confuses que Baudissin émet sur les origines de la corporation

(1) p. 264 il semble vouloir revenir là-dessus, notamment en signalant le lévife Jonathan de la tiibu de Juda ; mais p. 206 il expose que les lévites, (= les metnhres de la tribu de Lévi) une fois dispersés sur le territoire, fui'ent rattachés aux tribus dans le territoire desquelles ils avaient leur séjour, et il allègue encore Texemple du même Jonathan, etc.

lévitique, nous pouvons ramener sa théorie à l'idée suivante. A Tépoque mosaïque, lors du voyage dans le désert, une des tribus d'Israël, celle à laquelle Moïse appartenait lui-même, fut investie de la mission de garder l'arche et de lui servir d'escorte ; de là le nom de D'^'^^b donné aux membres de cette milice sacrée. Après l'occupation du pays de Canaan, les lévites se dispersèrent parmi les autres tribus pour remplir aux quatre coins du territoire les fonctions de prêb^es dans les sanctuaires locaux. Le nom de lévites que leur avait valu le rôle autrefois rempli au service de l'arche, devint le nom propre de la tribu et par contrecoup le nom propre du patriarche auquel celle-ci faisait remonter son origine. — Mais, autant il est étrange que le nom primitif de la tribu ait disparu sans laisser de trace, autant il est difficile de comprendre dans cette hypothèse, la persistance du nom de lévites. Du moment que l'arche avait pris un séjour définitif dans un sanctuaire et que son escorte se fût dispersée partout, le titre de Q^^^b, aussi bien que la fonction qu'il avait servi à désigner, perdait toute raison d'être Une fois établis comme ministres du culte dans les sanctuaires du pays, les anciens levijim étaient devenus des hôhanim. Ce dernier nom devait nécessairement supplanter le premier, non seulement à raison de la dignité plus grande à laquelle il servait d'expression, mais comme se rapportant seul aux circonstances actuelles, comme désignant une fonction ordinaire et permanente, à la différence du premier qui n'avait jamais, signifié qu'une charge essentiellement passagère et provisoire- Comment donc n'aurait-on pas créé la tribu des kàhanîm a lieu de celle des levijîm, le patriarche Kohen au lieu de Lévi

Il a existé à l'origine une tribu politique du nom de Lév5 La preuve iip'éfragable s'en trouve dans la Bénédiction de Jacol" un morceau dont la haute antiquité ne fait doute pour personn Dans ce document Lévi se trouve énuméré parmi les autres fi 1 de Jacob, absolument sur la même ligne que Siméon auquel i

est étroitement associé ; et ce qui est dit de lui montre que l'auteur l'envisageait à un point de vue tout ditférent de son caractère d'ancêtre de la corporation sacerdotale : « Siméon et Lévi sont frères ; leurs glaives (?) sont des instruments de crime. Que mon âme n'entre point dans leur conseil ! que mon honneur ne s'unisse point à leur coalition ! Dans leur fureur ils ont égorgé l'homme, et dans leur passion ils ont mutilé le taureau. Maudite soit leur fureur à cause de sa cruauté ; et leur colère à cause de sa violence. Je les partagerai parmi Jacob et les disperserai en Israël (i) «. Les paroles prononcées contre Siméon et Lévi visent des faits racontés (len. XXXIV, de même que les strophes relatives à Ruben et h Joseph renferment des allusions à l'histoire bien connue de ces patriarches. Que le Lévi de Gen. XXXIV 25 ss., XLIX 5 ss., figure ou non en ces endroits comme le représentant idéal de la tribu, il est toujours évident qu'il est loin d'y apparaître comme type de l'ordre sacerdotal ; il n'est donc point, sous le nom même de Lét'i, une abstraction de l'institut des ministres du culte ; ce n'était donc point non plus comme ministres du culte, à un titre quelconque, que les lerijim portaient ce nom. Alors même que Léin aurait été le nom de la tribu avant d'être le nom du patriarche, il faudrait conclure du caractère prêté à ce dernier dans la Genèse, que le nom en question ne fut point donné à la tribu où à ses membres pour signifier formellement leur mission sacrée ; car en ce cas le Lévi patriarche aurait infailliblement reproduit les traits servant de fondement à une pareille désignation. Ainsi, puisque Gen. XXXIV, XLIX prouvent Texistence d'une véritable tribu de Lévi au sein de la nation Israélite dès les premiers temps de son histoire, et que cette tribu n'y est point envisagée comme la tribu sainte, il s'ensuit que Lévi existait comme tribu indépendamment de sa consécration au service divin.

Wellhausen (2), Stade (3), Kuenen (4) sont de cet avis. « 11

(1) Gen. XLIX 5-7. — (2) Prol. p. 146 s. — (3) Geschichte I p. 152 ss. (4) De 8tam Levi Theolog. tydschr. VI, p. 628, 652 ; Godsd. v, Isr. I p. 335 8S., 381 ss. 434 s. II 20 s., 77, 105 S. 208 s., 293 s. ; Volksrel. u. WeltreL p. 305.

est absolument impossible, dit le premier, de voir dans le Lévi de la Genèse un type réflexe de la caste, laquelle, ajoute t-il, vers la fin de la période des 'Rois, se forma de ragglomération des diverses familles sacerdotales de Juda «. Le lecteur le voit, si Wellhausen est convaincu qu'il exista à l'origine une vraie tribu politique de Lévi, il n'admet point que la tribu lévitique des ministres du culte puisse être identifiée avec celle-là. « Il est tout aussi impossible de faire dériver la caste de la tribu ; entre les deux il n'existe point de dépendance réelle. Tout trait d'union fait défaut ; la tribu a dispaf*u de bonne heure et la caste est ctorigine t?*ès récente et eut, comme on peut le prouver, des débuts indépendants »». L'auteur reconnaît que, dans ces conditions, l'identité des noms est très surprenante ; il ne croit pas qu'elle puisse s'expliquer comme l'effet du hasard. « Peut-être, dit-il. Moïse appartenait-il en réalité à la tribu de Lévi et la signification plus récente du nom de lévite doit-elle s'expliquer comme ayant en lui son ])oint de départ. Il semble en effet que ce nom ne s'appliqua tout d'abord qu'aux descendants et parents de Moïse et que plus tard seulement il passa aux prêtres en général, qui étaient complètement étrangers à Moïse par le sang, mais qui tenaient à se rattacher à lui comme à leur chef »». Il est impossible de faire dériver l'institut des prêtres lévitiques de l'ancienne tribu de Lévi ! entre les deux tout trait d'union fait défaut ! voilà certes des assertions très grosses pour être émises avec tant de confiance. Nous savons que d'après Wellhausen Sadoq était un parvenu d'origine laïque ; il en trouve la preuve dans un morceau où le caractère strictement héréditaire des fonctions sacerdotales est proclamé en termes formels ! Il est inutile de nous arrêter à examiner encore de semblables fantaisies. A nos yeux il est évident que le Deutéronome suppose la tribu de Lévi en possession universellement reconnue des pérogatives sacerdotales ; que dans la Bénédiction de Moïse la tribu sacerdotale de Lévi esD une tribu comme les autres parmi lesquelles elle est énumérée^ constituée par les liens du sang ; et nulle part, dans le counéî de l'histoire, on n'assiste à ces ** débuts indépendants » de \eL caste, dont Wellhausen parle sur un ton si assuré.

La manière dont ce critique s'explique la transmission du nom de la tribu à la « caste »» , ne valait guère la peine d être proposée, même à titre de conjecture. Pourquoi donc « semblet-il que le nom de lévites ne fut d'abord appliqué qu'aux descendants et parents de Moïse « ? En fait, nous n'avons connaissance que d'un seul lévite, Jonathan, issu de Moïse ; et encore est-il connu comme ancêtre du sacerdoce de Dan ; le fait n'aurait pas été de nature à recommander pour les prêtres en général une dénomination réservée d'abord aux descendants de Moïse. Les raisonnements et les rapprochements pénibles par lesquels on arrive à mettre Eli en rapport avec Moïse, ne sont pas sérieux. Que Moïse soit visé l Sam. II 27, c'est une pure supposition ; pourquoi ne pourrait-ce être Aâron (i) ( Eli-Pinehas-Eléazar (= Eliezer)-Moïse, c'est là une généalogie créée de toutes pièces pour le besoin de la cause. Le prêtre Eléazar ne nous est connu que comme fils d' Aâron et il figure en cette qualité dans des sources certainement préexiliennes. On peut rejeter la donnée si Ion veut ; mais maintenir le prêtre Eléazar en lui donnant un père nouveau, et cela pour établir sur une base aussi imaginaire une théorie touchant l'origine de la caste lévitique, c'est un procédé devant lequel l'auteur du livre des Chroniques aurait cei'tainement reculé. Où est-il raconté ou seulement insinué, qu'Eli était fils ou descendant de Pinehas ? Il avait un fils de ce nom ; mais en quoi cela nous autorise-t-il à supposer que le Pinehas fils d'Eléazar était son père où son ancêtre ? Au reste pourquoi et à quel titre aurait-on désigné en particulier les héritiers de Moïse sous le nom de la tribu à laquelle Moïse appartenait ? Moïse était-il seul de la tribu de Lévi ? Une dénomination formellement réservée aux seuls parents de Moïse, aurait dû être empruntée au nom de ce dernier. Lévites et Moschites ne pouvaient certes pas être synonymes. Et quand donc, ou comment, à la faveur de quel principe, le nom de lévites, d'abord donné aux seuls parents de Moïse, aurait il pu s'étendre dans la suite à tous les prêtres en général, môme

(1) Vr. plus haut p. 164 es., coll. 127 ss.

ceux qui étaient d'une autre race ? Sadoq, dont Tavènement marque la chute d'Abjathar, c'est à dire du prétendu représentant de la famille mosaïque, n'aurait eu apparemment aucun intérêt à consacrer le souvenir des prérogatives des descendants de Moïse ; la maison de Sadoq le laïque, le parvenu, dont la lignée nouvelle est soi-disant mise en opposition 1 Sam. II avec celle àes anciens prêtres désormais déchus, a-t-elle pu affirn^er ses titres à l'encontre des « lévites n ses adversaires, en prenant place elle-même dans les rangs des «* lévites >» î Sans doute, une conjecture ne doit pas s'appuyer sur une démonstration ; mais elle ne peut s'appuyer en aucun cas sur

un amas d'impossibilités.

Stade et surtout Kucncn s'y prennent autrement pour expliquer la transformation de la tribu de Lévi en caste sacerdotale. Lévi, soit à raison de sa faiblesse, soit par suite d'un désastre, n'avait pu, lors de la conquête, s'assurer un territoire distinct dans le pays de Canaan ; ses membres s'éparpillèrent parmi les autres tribus. Cependant, dit Stade, c'était de Lévi qu'était sorti Moïse le fondateur de la religion d'Israël ; c'est donc en Lévi que la tradition concernant l'œuvre mosaïque devait s'être le mieux conservée ; de Lévi on pouvait attendre qu'il aurait des aptitudes spéciales pour la pratique des cérémonies religieuses, et notamment pour la consultation de l'oracle. Il arriva ainsi qu'on aimait à choisir comme prêtres des membres de cette tribu. I) autre part la privation d'un territoire propre portait les familles lévitiques à profiter de la situation pour chercher leur subsistance dans l'exercice du culte. A partir d'ici Stade retombe dans les idées de Wellhausen. Il semble, dit-il, qu'anciennement ce n'était pas à Aaron, mais à Moïse que les familles en question se rattachaient. — Mais ne semble-t-il pas» plutôt que ces familles, qui constituaient la tribu de Lévi dispersée partout^ devaient comme telles se rattacher simplement à celle-ci et non pas à Moïse ni a Ailron ? Du moment, poursuit Stade, qu'un prêtre de race lévitique fut parvenu à acquérir un

prestige extraordinaire, on comprend que des prêtres d'autre naissance cherchèrent à se prévaloir de la même origine. Ainsi prêtre et lévite devinrent synonymes. Mais ce ne fut qu ta la suite de la réforme de Josias que les lévites se reconstituèrent réellement en tribu (i).

Les explications de Stade manquent de netteté ; nous ne parvenons pas du moins, pour notre part, à nous faire une idée satisfaisante et précise de la formation de la caste lévitique au moyen des éléments mis en avant par cet auteur. Les familles sacerdotales ne se reconstituèrent en tribu, nous dit-on, qu cà la suite de la réforme de Josias ; nous avons déjà dit pom'quoi cette assertion, en ce quelle a de restrictif, nous paraît contraire aux données de l'histoire. Mais, demandons à Stade quelle était, en principe, la constitution du clergé antérieurement à la réforme de Josias i Les familles de la tribu de Lévi étaient-elles réellement entrées en possession, à l'origine, de l'administration des choses du culte l La question, pour le moment, n'est pas de savoir si elles furent investies à cet égard d'un privilège exclusif. On nous dit que les membres de la tribu de Lévi, à laquelle Moïse avait appartenu, jouissaient à ce titre d'une préférence marquée pour les fonctions sacrées ; que d'autre part ils recherchaient eux-mêmes ces fonctions comme moyen de subsistance. Ces considérations ont sans doute pour objet ne nous apprendre qu'effectivement les familles lévitiques se chargèrent ou furent chargées du soin des intérêts religieux de la nation ? Naturellement ces familles n'eurent garde, dans la suite, de renier leurs origines ou d'en négliger la signification religieuse qui était leur titre le plus précieux à l'exercice du sacerdoce. Au contraire, nous assure-t-on ; les prêtres qui n'étaient pas de race lévitique se virent amenés, à la faveur de circonstances plus ou moins accidentelles, à rapporter à leur tour leur généalogie à la même source, «* à prétendre qu'ils descendaient eux aussi de Lévi >». Comment, dans ces conditions, la tribu a-t-elle jamais pu cesser d'exister l La

(1) Stade GescMchte I p. 155 s.

tribu de Lévi, pas plus que les autres, ne perdait son caractère de tribu en ouvrant ses rangs à de nouveaux membres. Le résultat du mouvement qui amena tous les prêtres en général, bien avant Josias (i), à se réclamer d'une origine lévitique, ne put être que d'ajouter au fait de la vocation de la tribu de Lévi, le principe de son droit exclusif. Comment conçoit-on dès lors qu'après la réforme de Josias il put être question pour les fomilles lévitiques de se reconstituer en tribu ? Nous avons déjà signalé plus haut (2) certains autres points faibles dans les idées émises par Stade sur l'organisation du sacerdoce chez les anciens Hébreux, notamment en ce qui concerne le principe de l'hérédité, de l'unité de race, qui présidait au recrutement du clergé.

D'après Kuenen (3) le privilège de la tribu de Lévi, dispersée par tout le territoire, aurait eu notamment comme point de départ l'établissement de la famille d'Aiiron au sanctuaire de l'arche d'alliance, qui était le centre religieux de la nation. Grâce aux origines lévitiques du fondateur des institutions nationales et du pontife qui préside aux sacrifices de la communauté, la conviction se répand que les membres de la tribu de Lévi sont spécialement appelés aux fonctions du ministère sacré ; de leur côté les lévites offrent leurs services en cette matière, à l'effet de pourvoir à leur subsistance. C'est surtout dans leurs rangs que se recrutent les prêtres. Peu à peu l'idée de la compétence exclusive des lévites se fait jour. Le Deutéronome reconnaît et consacre ce principe, etc.

Ceci se rapproche davantage de ce que nous croyons être la vérité. Nous pensons seulement que ce ne fut point par un acheminement graduel, mais en vertu d'une institution positive, que la tribu d'où étaient sortis Moïse et Aaron fut consacrée au service du culte. Ce qui nous sépare des explications de Kuenen, c'est au fond une question distincte de celle des origines du sacerdoce lévitique, mais avec laquelle celle-ci a de&

(1) stade p. 15G.

aflSnités étroites. Nous sommes certain, et nous avons confiance d avoir démontré ailleurs (i), que le principe de lunité de sanctuaire, de T unité du lieu de culte desseiv'i officiellement par les ministres sacrés, est primordial dans la religion d'Israël.

Etant donné le principe, établi par nous dans 1 étude que nous venons de rappeler, quil n'y eût, en droit, qu'un seul lieu où le culte public et national pût être régulièrement célébré par l'entremise des prêtres, jamais la tribu de Lévi, dans son ensemble, ne se serait vue investie d'un privilège aussi considérable que celui de la compétence exclusive dans les fonctions sacrées, si elle n'y avait été appelée, dès l'abord, par l'organisation religieuse donnée au peuple d'Israël. Car les conditions dans lesquelles les familles lévitiques eurent à pourvoir à leur établissement dans le pays, n'étaient point de nature à favoriser leurs rapports avec le sanctuaire national. D'autre part, le fait que toute une tribu nous apparaît, dans la tradition de l'Ancien Testament, comme favorisée de cette vocation extraordinaire, ne trouve pas d'explication suffisante dans les théories qui s'écartent du principe en question. L'origine lévitique de Moïse et d'Aiiron ne nous permet point à elle seule de comprendre que les tribus dotées de territoires distincts, ayant leur organisation sociale et économique propre, non encore reliées entre elles par des liens politiques bien définis, divisées souvent, au contraire, par des rivalités sanglantes, agissant d'ordinaire indépendamment les unes des autres, eussent préféré comme desservants de leurs sanctuaires des membres de la tribu de Lévi, à des prêtres issus de leur sein. Il est sans cloute aisé d'écrire ces choses ; on n'a aucune peine à en suivre l'exposé habilement arrangé par un auteur de talent. Mais lorsque du domaine de l'abstraction ou passe à la considération des situations concrètes et vivantes, on ne peut se représenter les faits en conformité avec la théorie. Les tribus Israélites avaient sans doute, suivant l'hypothèse, leurs traditions et

(1) Le lieu du culte etc. 1894.

leurs coutumes religieuses ; elles avaient leur culte et leur façon de le célébrer ; si parmi elles l'usage des oracles était en honneur, elles devaient avoir des hommes jugés aptes à les consulter ; lorsqu'elles s'approprièrent les autels ou les oracles cananéens établis dans le territoire conquis, ce ne put être ou bien qu'en y adaptant leurs croyances et en recevant en conséquence en leur sein le personnel qui y était attaché ; ou bien en les adaptant eux-mêmes à leurs propres coutumes traditionnelles. Mais, dans la supposition que les institutions mosaïques n'avaient rien fait pour leur imposer ou recommander un personnel nouveau, qu'à cet égard elles avaient gardé intacts leurs usages et leurs droits, on se demande en vain pourquoi et comment, en l'honneur de Moïse, elles en seraient venues à reconnaître pour le soin de lem^s propres affaires ou intérêts religieux, une aptitude spéciale aux membres de la tribu de Lévi ; pourquoi on se serait pris à s'imaginer, dans leurs rangs, que les lévites s'entendraient sans doute mieux à consulter les oracles ou à offrir les sacrifices que ceux qui l'avaient fait jusque-là.

Les données de la tradition sont les seules qui répondent ici aux exigences de l'histoire. Si les membres de la tribu de Lévi furent considérés comme spécialement aptes à l'exercice des fonctions sacrées, c'est que cette compétence spéciale lem* avait été attribuée par les institutions mosaïques.

La religion fondée par Moïse donna aux tribus l'unité de culte qui devait amener plus tard l'unité politique, le groupement sous l'autorité d'un pouvoir central, des éléments épars de la nation. Jého va sera donc le Dieu commun et unique de toutes les tribus. L'arche d'alliance est le symbole sensible de la présence de Jého va parmi son peuple ; elle est le point de ralliement auquel convergent les sentiments, les obligations et les hommages religieux de tous en Israël Un seul Jéhova, une seule maison de Jéhova. Jéhova a sa demeure là où repose l'arche d'alliance ; c'est là que le peuple doit se réunir, en des pané

gyries solennelles, pour offrir à son Dieu ses dons et ses sacrifices. La tribu dans laquelle le contact avec la civilisation égyptienne et probablement dautres circonstances encore (i), avaient favorisé d'une manière spéciale le goût et Tétude des traditions religieuses, qui s'était montrée depuis longtemps la plus attachée au culte de Jéhova, honoré dabord sous le nom de Ja ou de Jahu que Moïse transforma en celui de Jahve, cette tribu restera attachée au service des intérêts religieux. C'est le culte en vigueur au sein de la tribu de Lévi, développé et adapté à sa destination nouvelle, qui devient le culte de la nation, c est-à-dire le culte commun de toutes les tribus. Les familles lévitiques seront reliées au sanctuaire de l'arche, qui est avant tout leur sanctuaire à elles, j)ar les obligations du service divin. Les témoignages de fidélité que les lévites donnèrent à la cause de Jéhova pendant le séjour au désert, ne firent que confirmer le privilège qui était né, en quelque sorte, pour eux, de la situation même. Cependant les lévites n'occuperont point, dans la terre promise, un territoire distinct ; ils vivront dispersés parmi les autres tribus. C'est dans leurs rangs que se recrutera le personnel requis pour assurer le service régulier du sanctuaire ; les circonstances des temps décideront de l'organisation qu'il conviendra d'établir à cet égard. Mais les lévites pourront toujours, au milieu de leurs frères maîtres du pays, trouver leur entretien dans les redevances que ceux-ci sont obligés de leur fournir. Le prestige qui s'attache à leur vocation leur permettra en retour, de veiller d'une manière plus efficace, sur les divers points du territoire, aux intérêts religieux d'Israël.

Tels étaient les principes de l'organisation religieuse donnée au peuple d'Israël. Nous savons déjà comment la pratique s'en écarta. Déjà dès la période de luttes et de troubles qui précéda l'avènement de la royauté, le lien religieux qui unissait les tribus entre elles, sans disparaître complètement, se relâcha ; des cultes locaux s'organisèrent sous l'influence des

(1) Vr. plus loin.

usages cananéens ; les sanctuaires du pays attirèrent les enfants d'Israël ; de nouveaux sanctuaires s'établirent ; les autels rudimentaires destinés à Timmolation ordinaire du bétail et au culte domestique devinrent souvent des centres religieux ; les lévites, poussés par le besoin, s'étaient peu à peu engagés au service de ces lieux de culte illégitimes. Les abus persistèrent et allèrent même s'aggravant, malgré la résistance et les efforts de certains rois, jusqu'à l'époque de la captivité. C'était la vocation de la tribu de Lévi aux prérogatives du ministère sacré, qui assurait à ses membres un accueil empressé auprès des sanctuaires provinciaux, partout où les intérêts d'un culte quelconque appelaient le concours de prêtres attitrés. Ce fut cette même vocation qui la préserva de l'absorption par les autres tribus et qui, après les jours de réforme, et notamment après l'épreuve de l'exil, la ramena au service de la maison où Jéhova avait établi la demeure de son nom. Non seulement la caste lévitique dérive de la tribu de Lévi, elle fut toujours cette tribu même. Mais alors comment un lévite était-il chose si rare à l'époque des Juges i Nous avon& déjà répondu que rien ne prouve qu'un lévite fût chose rarfe à cette époque. Le cas de Jonathan montre seulement que l'on tenait, même dans les sanctuaires qui s'élevaient à côté d cehii de l'arche, à s'assurer le concours de l'un ou l'autr membre de la tribu sacrée (i).

Et la malédiction de Jacob Gen. XLIX 7, ne pmuve-t-elle point que la dispersion des Lévites parmi les autres trib doit être envisagée comme la suite d'un châtiment ; et non pa comme le simple effet de la vocation de cette .tribu au ministèr du culte i

D'après Stade (2) et la plupart des critiques, le récit de Ge XXXIV raconterait sous la forme d'une sanglante aventur

(2) Plus haut, p. 230 s.

(1) Qeschichte I p. 153 s.

arrivée à l'époque patriarcale, des événements datant des guerres de conquête après Moïse. Les tribus de Siméon et de Lévi se seraient rendues coupables d'actes de cruauté et de perfidie qui tournèrent à leur propre ruine et les mirent dans l'impossibilité de s'approprier un territoire. De là la malédiction prononcée contre elles dans le poème conservé Gen. XLIX et qui aurait été composé à l'époque des Juges. Cette hypothèse, malgré son air de simplicité, est sujette à des difficultés très graves. C'est un procédé arbitraire tout d'abord, de dédaigner le témoignage de la tradition qui rapporte aux temps prémosaïques les faits qui eurent pour les destinées de Lévi et de Siméon les conséquences signalées, d'autant plus que des données historiques sérieuses tendent à établir que déjà antérieurement à la conquête de Josué, certaines tribus Israélites s'étaient livrées à des guerres d'invasion dans le pays de Canaan (i). Le V^ livre des Chron. VII 20 ss., parle lui-même d'une expédition des Ephraïmites en Palestine pendant la période du séjour d'Israël en Egypte (2). Peut-on concevoir que la tribu qui avait donné à Israël le fondateur de sa nationalité et de ses institutions religieuses, aurait été l'objet, après coup, d une malédiction comme celle de Gen. XLIX 7 i Ce fut, diton, le prestige que donna à ceux de sa tribu l'origine lévitique de Moïse, qui valut aux lévites la préférence dont ils jouissaient pour l'admission aux fonctions du ministère sacré ; mais si, après Moïse, les lévites se fussent attirés par leur conduite abominable l'anathème de la nation, auraient-ils pu, en même temps, faire généralement reconnaître leur aptitude spéciale au service du culte ? La vocation sacerdotale de Lévi ne pouvait manquer d'être envisagée comme l'effet de la bénédiction et de

(1) Il est douteux toutefois, que les Chabiri des letties de Tell-el-Amai*na soient à identifler avec les Ibri7n ou Hébreux (Hommel Altisr, Ueberl, p. 230 ss.\

(2) Hommel (Altisraelitische Uehet'lieferung p. IX) rappoite à ce propos une observation faite pai' Fries. M. De Moor avait d^à attii'é l'attention sur la notice du livre des Chroniques dans plusieui's ailicles, entre autres Un épisode oublié de V histoire primitive d'Israël (1894).

la faveur de Jéhova {Ex. XXXII 29 (i) Deut. XXXIII 8-11 1 Sam, II 27). Cette faveur divine devait être nécessairement supposée comme condition de la valeur et de l'efficacité du sacerdoce lévitique. Dillmann croit pouvoir résoudre la difficulté en disant que dans les premiers temps après Moïse la consécration effective au culte divin était limitée à quelques familles lévitiques, tandis que le gros de la tribu était réduit à la misère (2). Mais du récit de Jud. XVII, cité à ce propos par Dillmann, il résulte que tout lévite quelconque était recherché et accueilli avec empressement comme desservant dun sanctuaire. Ensuite, à ne considérer que les quelques familles lévitiques dont parle Dillmann, à ne tenir compte par exemple que des familles lévitiques qui remplirent les fonctions du sacerdoce dans la maison de Dieu, devant l'arche d'alliance, comprend-on qu'à l'époque des Juges Lévi aurait été honteusement flétri, exposé au mépris de la nation comme chargé parmi ses frères de la malédiction paternelle ? C'est peu vraisemblable. Nous croyons que ceux-là ont raison qui attribuent au poème de la Bénédiction de Jacob une origine prémosaïque (3).

(1) « La bénédiction dont parle ici le prophète (Moïse) rappelait les dernières paroles de Jacob à Lévi et à Siméon ; elle relevait les Lévites de l*état de malédiction où les avait mis la cruauté de leur ancéti*e à l'égard des Sichémites et contenait une allusion aux privUèges qui allaient leur êti*e accordés. •* (Gard. Meignan U Ancien Testament ... De Moïse à David 1S96

(2) Genesis (1886) p. 454.

(3) Mncore récenaraent Honmiel, 1. c. p. 268 et Fries cité pai* Hommel p. IX. — Dans un remarquable article consaci»é à la Prophétie de Jacob (Revue Biblique, Oct. 1898 p. 525 ss.) le P. Lagi'ange écrit : « Le poème remonte ... â une très haute antiquité ; même à le supposer composé après les événements, il ne nous est pas permis de descendre plus bas que les premiers temps de Tépoque des Juges. C'est un teime qu'U impoi'tait de fixer en toute hypothèse ; mais on peut, nous Tavons dit, remonter plus haut » (p. 539). L'auteur insiste, p. 538, sur l'unité de la composition. - On ne peut guère, dit-il, suspecter comme retouche que la mention de Sidon v. 13 et l'exclamation v. 18. - Il est cependant à remarquer que les éloges sont en général prononcés sous forme de comparaison avec un animal ; c'est le cas pour /ucto, Issachar, Dan^ Nepthali (Massor.) Joseph (dont la bénédiction nous parut très bien inter-

Conformément au récit de Gen. XXXIV, les faits auxquels il est fait allusion dans le poème se rapportent en réalité, croyons-nous, non seulement aux temps prémosaïques, mais à lepoque des premières colonies Israélites dans le pays de Canaan. Il ny a dans cette supposition rien qui ne soit parfaitement plausible. Les tribus ne se sont pas constituées ou associées à l'époque de Moïse, ni même en Egypte. Malgré les expéditions séparées auxquelles elles se livrèrent, selon toute apparence, durant la période de leur séjour dans le pays de Gosen, elles ne perdirent point le sentiment de leur communauté de race et d'intérêts, ce qui nous oblige à faire remonter l'origine de la confédération plus haut dans le passé. Les chapitres XXXIII ss. de la Genèse parlent d'une tentative d établissement pacilSque des fils d'Israël, encore au début de leur développement, parmi les populations de la Palestine ; déjà alors les noyaux des tribus primitives doivent avoir formé un groupe compact. Dans une guerre de conquête comme celle qui eut lieu plus tard sous Josué, la violence ou la cruauté n'eussent pas été considérées comme criminelles ; mais dans les circonstances où les jeunes tribus se trouvaient, au temps de leur première formation, alors qu'elles étaient impuissantes à soutenir leurs prétentions ou à s entr'aider par

pi'ôtée pai' le P. Lagrange), Benjamin. U n'y a d'exception que pour Zabulon,

Gad et Ascher. Or précisément l'ordre d'énumération n'est pas obseiTé

quant à ces tribus. Zabulon devrait figurer après Issacliar ; Gad et Ascher

après Nephtali (Lagrange p. 540). Le nom de Zabulon seul est accompagné

d'une notice géographique. CeUe-ci ne répond d'ailleurs pas exactement aux

données de Jos. XIX 10-16 suivant lesqueUes cette tiibu ne touchait à la mer

d'aucun côté. Sei-ait-il téméraire de mettre en avant la possibilité d'un

x-emaniement en ce qui touche Gad, Ascher et surtout Zabulon ? Sur le v. 13

^ickell fait la remarque ; Stichum additicium esse patet, cum ceteroquin in

liac benedictione nunquam notiones geographicae determinatae occm'rant.

Cîette l'emarque ne serait-eUe pas applicable également aux deux premiers

:tiiembre8 ? Il ne serait d'ailleurs pas impossible non plus que Zabulon, en

^nêine temps que la tribu voisine Ascher, ait occupé son territoire dès le

i-ègne de Séti, le père de Ramsès II, et que le poème soit postérieur à cette

flate (Honuqel 1. c. p. 228, 265). L'invasion des tribus Israélites en Palestine

semble avoii' commencé longtemps avant Tépoque de l'Exode proprement dit.

la force, il importait qu elles s'appliquassent toutes à se ménager de bonnes relations avec les habitants. Siméon et Lévi compromettent l'œuvre commune par leur odieuse conduite. Les autres tribus abandonnent la cause des deux frères. Désormais les fils d'Israël ne rencontrent plus qu'hostilité de la part des voisins. Ils sont obligés de se retirer vers le sud. De nouvelles divisions s'élèvent parmi eux. L'émigration vers l'Egypte commence. Bientôt le gros des tribus suit le même chemin ; elles se fixent dans les possessions qui leur sont octroyées dans le pays de Gosen. Siméon et Lévi privés de l'appui des autres clans, s'étaient disloqués ; leurs familles avaient dû pourvoir à leur sécurité en se partageant parmi les diverses tribus ; c'était le châtiment de leur funeste campagne contre les Sichémites. Mais, une fois que l'on fut établi en paix dans la terre de Gosen, les deux groupes dispersés cherchèrent à se reconstituer. Siméon n'y réussit guère et sortit très affaibli de l'épreuve qu'il avait traversée ; il semble n'avoir plus été considéré que comme une annexe de Juda. Après la conquête il ne fut point systématiquement exclu du partage du territoire ; au contraire plusieurs villes lui sont assignées Jos. XIX 1-9, qui ailleurs toutefois sont portées en compte aux possessions de Juda (Jos. XV 26-32, 42). Dans la Bénédiction de Moïse il est passé sous silence (Deut. XXXIII). Quant à Lévi, il reprit à la longue plus de consistance vis-à-vis des autres tribus. La disgrâce dont il s'était vu atteint et l'aversiom qu'il continua sans doute d'inspirer à ses fi*ères, donnèrent à. son activité une orientation spéciale. Des familles influentes de la tribu entrèrent en rapport avec les Egjrptiens. On a remarqué que plusieurs noms propres égyptiens se rencontrent parmi les familles lévitiques ; tels ceux de Pinehas, de Putiël (Ex. VI 25) ; le nom de Moïse lui-même. Kuenen signale aussi la parole de l'homme de Dieu à l'adresse de Eli (1 Sam. II 27) à savoir qu'en Egypte les ancêtres de ce dernier avaient été «* les serviteurs de la maison de Pharaon », une formule qui n'est jamais appliquée à Israël dans son ensemble (i). Le

(1) Kuenen, Yolhsreh p. 314.

commerce avec les Egyptiens développa parmi les lévites une culture plus élevée. Les traditions religieuses de leur race trouvèrent parmi eux de zélés défenseurs ; ils donnèrent au Dieu des ancêtres ses partisans les plus fidèles (Ex. XXXII 26 ss.). Ainsi Lévi se préparait à prendre la direction spirituelle des autres tribus. Lorsque après les jours d'oppression Theure de la délivrance sonna, ce fut un lévite qui fut choisi pour sauver ses frères de la servitude et pour leur donner leur organisation religieuse, principe de leur unité et de leur future puissance. Les lévites furent tout désignés pour remplir, au sein de la nation nouvelle, les fonctions de ministres du culte ; ils restèrent attachés au service de Jéhova dont ils avaient assuré le triomphe. Les analogies que l'on a signalées entre divers éléments des institutions rituelles des Hébreux et des Egyptiens s'expliqueraient très bien par les circonstances que nous venons d'exposer.

Nous n'avons pas prétendu, il est inutile de l'ajouter, présenter au lecteur un tableau garanti authentique de la période prémosaïque de l'histoire d'Israël. Il est possible que les choses se soient passées autrement. Il s'agissait seulement de montrer qu'en rapportant la malédiction de Lévi à une époque antérieure à Moïse, on ne lui ôte pas nécessairement toute signification, comme le disait Dillmann (i). Ce jugement sur la date de composition du poème ne justifie pas non plus la conclusion de Hommel, qui distingue deux tribus de Lévi, l'une ancienne, à laquelle s'appliquerait l'anathème de Gen. XLIX 7 et qui aurait complètement disparu longtemps avant Moïse ; l'autre d'origine plus récente et absolument nouvelle qui aurait été la tribu sacerdotale (2).

Nous admettons volontiers que la dispersion de Lévi parmi les autres tribus après la conquête du pays de Canaan, ait pu être en partie la conséquence de la situation spéciale à laquelle ce groupe avait été condamné depuis les événements racontés

(1) Genesis p. 454.

(2) 1. c. p. 267. — Voir plus loin, p. 31 1 ss.

au ch. XXXIV 25 ss. et visés au ch. XLIX 7 de la Genèse (i). Ce qui nous paraît incroyable, c est que le sort fait aux lévites lors du partage du pays, ait été envisagé comme l'effet direct d'une malédiction dont ils auraient été l'objet à raison d'actes de cruauté commis pendant les guey^res de conquête sous Josuc, Indépendamment de la difficulté qui résulte, contre une pareille supposition, du prestige que le nom de Moïse dut prêter à la tribu et dont celle-ci se trouva effectivement entourée au témoignage de l'histoire, il est manifeste, autant par le récit de Gen. XXXIV que par l'allusion de Gen. XLIX 7, que le crime de Siméon et de Lévi consista en une violation sanglante de la paix, en une perfidie dont les autres tribus, impuissantes à se défendre, eurent à subir les conséquences. C'est par là que s'explique l'anathème prononcé contre eux au nom du père commun de la nation.

Baudissin, tout en affirmant que la malédiction de Lévi fut provoquée par des actes de cruauté dans la guerre contre les Cananéens, — une considération qui aurait pu valoir le même blâme à tous ses frères, — n'en soutient pas moins que dès. l'époque mosaïque toute une tribu fut consacrée au service de l'arche ; le sacerdoce des lévites, dit-il, ne se trouve pas exclu, par la donnée de Gen. XLIX 7 (2). Sans doute, nous sommes les premiers à le reconnaître, la dispersion des lévites, aprèss l'occupation, ne doit point se concevoir comme la suite natiL — relie de leur vocation au service du sanctuaire. Il est clair ausî^i^ que cette vocation ne dut point empêcher les lévites de preridL-^^.3

(1) Gett^ dispersion était en même temps pai'faitement adaptée à la missi^.z> m.i des lévites, comme trait d'union religieux entre les divei-ses tribus, l^^^^^;* lévites n'avaient, à la vérité, aucun titre officiel, basé sur les institutioi.:i ^, pour prêter leurs concours aux manifestations, même légitimes, du ciïl-Ci-e populaire II est évident néanmoins, comme l'exemple de Samuel le prou^«iF'e (1 Sam. IX, plus haut p. 252), qu'ils pouvaient en cette matière exercer iir :»e action salutaire et entièrement conforme aux exigences de leur vocatio m j. L'autorité du sanctuaire de l'arche ne pouvait d'ailleurs rien peindre à 'Mr présence de ses l'oprésenUnts naturels parmi les éléments épars de la \)o\)m^i' lation. Il faut encore considérer que les intérêts du Jahvisme ne se buroaiesit pas à la célébration du culte.

part aux longues luttes qui marquèrent l'invasion des Israélites en Palestine. Nous sommes parfaitement d'accord sur ces points. Nous ajouterons que si l'on prétendait que les mots : ^je les partagerai en Jacob et je les disperserai en Israël >», {Genèse^ XLIX 7) constituent un commentaire ajouté après coup aux termes qui énoncent la malédiction, nous n'y verrions aucun inconvénient au point de vue de l'histoire ; l'emploi de la première personne dans la phrase en question semblerait même mieux convenir à Jéhova qu'à Jacob. Mais, dans tous les cas, ce qui reste à notre avis inexplicable à une époque quelconque postérieure à Moïse ou à la vocation des lévites, c'est la malédiction même de la tribu de Lévi.

Il est clair que dans la tribu de Lévi, appelée au service de l'arche d'alliance, tous n'auront pas été investis des mêmes droits. Déjà dès l'origine, comme le remarque Baudissin, il doit y avoir eu une distinction entre prêtres proprement dits, chargés des fonctions principales, et simples lévites (i). Le même auteur ajoute que Moïse pourra avoir réservé le sacerdoce à sa propre famille ; mais un peu plus haut il s'était avec beaucoup de raison déclaré en faveur du caractère historique de la figure d'Aâron. « On a de la peine à comprendre, disaitil, qu'en des temps plus récents le clergé eût mis sa gloire à descendre d'un frère du législateur, i)lut6t que de ce dernier lui-même, qu'il aurait pu tout aussi bien se donner comme ancêtre (2) »».

Hommel distingue, comme Wellhausen, une double tribu de Lévi ; mais chez lui la distinction prend une portée absolument différente. D'après le professeur de Munich, l'ancienne tribu de Lévi aurait entièrement disparu déjà longtemps avant Moïse ; la tribu sacerdotale n'aurait rien de commun avec elle. Il ne s explique pas sur la manière dont celle-ci serait arrivée

(1) Le.

à se constituer. Seulement il rappelle, à propos des relations que Moïse eut avec Jéthro, le prêtre midianiie, un rapprochement très intéressant qui lui est fourni par une donnée des inscriptions minéennes trouvées par Euting n el-Ola. Il est question, dans deux ou trois de ces inscriptions, d'une classe de personnes appai'tenant au dieu Wadd, et qui sont désignées sous le nom de lawiu, au fém. lawfat. D. H. MùUer y reconnut des «* prêtres y* et des « prêtresses »» et Hommel met le nom en rapport avec l'hébreu levi (i). Mordtmann dit qu'il croit que c'est à bon droit (2). Sayce exprime son adhésion en termes plus formels (3). Il semble donc qu'au jugement de Hommel les levijim d'Israël n'auraient pas même tenu leur nom de l'ancienne tribu lévitique. Nous n'avons pas à rechercher jusqu'à quel point cette théorie est conciliable avec les vues émises par le même auteur sur la haute antiquité des institutions religieuses des Hébreux, telles qu'elles sont décrites dans la Bible et notamment dans la Loi. Il ne nous appartient pas non plus d'émettre un avis sur la signification du nom lawiu, lawiat, qui se présente dans les inscriptions d'el-Ola. Nous admettrons, sur l'autorité des savants compétents, qu'il est équivalent à prêtre, prêtresse, tout en avouant qu'à l'examen des passages où il figure nous n'avons pas ru la nécessité de cette interprétation. Nous ne pouvons pas cependant nous dispenser de présenter à ce sujet certaines observations.

Dans les inscriptions, notamment ME. XXIV 1. 1-2 (4), les personnes désignées par le nom en question, sont non seulement présentées comme appartenant à Wadd, mais mises en rapport avec lui au moyen du pronom possessif ajouté aa titre de r^lb : u sa prêtresse Salmaj, fille de sa prêtresse *Adat... »» Rien ne peut mieux faire sentir la différence entre la

(1) Aufsàtze u. Abhandlungen, 1892 p. 30 s. — Die altisraelitUche Vèberlieferung 1807 p. 278.

(2) Beitràge zur minneischcrt Epigraphik Weimai* 1807 p. 43.

(3) EfuHy hist, ofthe Hehrews 1897 p. 80 : Levi .... is a gentille noun and mtist be connected with tbe lau"â{n) or'piiest, of southern Arabia.

(4) Mordtmann p. 48 ss.

portée de rappellation lawiu^ lawtai dans ces textes, et celle du nom de levi dans TAncien Testament. Jamais il nest parlé d un levi de Jéhova. L'idée de prêtre est exclusivement représentée en hébreu par kohen. D'après les récits les plus anciens de la Bible aussi bien que d'après la Loi, la qualité de levi est supposée dans le sujet antérieurement à celle de prêtre ; la première indique une condition de naisssance, la seconde y survient à raison des fonctions auxquelles le levi est appelé, soit par un privilège de droit, soit d'occasion. Jonathan était levi indépendamment de toute notion d'un ministère sacré quelconque ; il devient holien au service de Mikha (Jud. XVII 10, 12). Même dans les livres où la qualité de prêtre est attribuée aux levijim en général, les notions exprimées par les deux noms sont parfaitement distinctes. Nous avons suffisamment montré, au cours de notre étude, les rapports établis entre elles dans l'Ancien Testament. Il s'ensuit que s'il existe entre le nom que portent les « prêtres »» ou les « prêtresses » des inscriptions de el-Ola et celui des levijim hébreux un rapport de dépendance, il est impossible que l'emprunt ait eu lieu de ce côté-ci. En Israël, après Moïse, la signification première du nom levi est celle de membre de la tribu de Lévi ; on ne conçoit point que ce nom employé au sens de prêtre chez les Minéens, eût passé aux Hébreux dans l'acception que nous venons de rappeler. Mais la tribu de Lévi ayant été appelée au sacerdoce, on comprendrait qu'à l'exemple et sous l'influence des Hébreux, le titre de levijim eût été attribué, chez d'autres peuples, à ceux qui exerçaient les fonctions sacrées.

Rappelons-nous à présent que le nom launu^ latmat est exclusivement propre, chez les Minéens, aux inscriptions de el-Ola, située au nord de Médine ; ailleurs dans les textes minéens, comme aussi dans une inscription sabéenne, ** prêtre » signifie 3?1^ (i).

On connaît l'essai de Dozy sur l'importance extrême qu'auraient eue, au point de vue des institutions religieuses, les

(1) Mordtmann p. IX ; id. p. 113. — Sayce ne tient pas compte de cette observation à l'endroit cité plus haut.

colonies Israélites qui seraient allées, de bonne heure, se fixer au fond de l'Arabie (i) Certes, nous sommes loin de partager toutes les conclusions de lauteur ; bien des considérations alléguées par lui sont exagérées ; d'autres absolument fantaisistes. Il en est plus d'une cependant qui mérite de fixer l'attention. Dozy rapporte, entre autres choses, une tradition, attestée par plusieurs écrivains arabes, d'après laquelle il y aurait eu aux environs de Médine des établissements Israélites très anciens (2).

Ce qui est plus important, c'est le témoignage que nous apportent ici les documents bibliques. 2 Chron. XXVI 7 ss. nous lisons une relation des guerres du roi Uzzia contre les Philistins et les Arabes. A deux reprises il s'agit là des Minéens. La Vulgate, il est vrai, a deux fois les Ammonites ; mais le texte massorétique porte la première fois D''3V12n (la seconde fois Ù^jVûyn ) et les LXX les deux fois toùç Mivaîouç et ol Mivaîbt. Il est certain qu'aux vv. 7, 8 c'est deux fois de suite le même peuple qui est nommé, ôt le contexte prouve que les LXX ont lu très justement les deux fois D*T:pan (3). Aujourd'hui surtout que nous savons que les Minéens avaient des établissements au N. 0. de l'Arabie, le sens du passage n'est pas douteux. «* Dieu aida Uzzia contre les Philistins et contre les Arabes .... et les Meînim ; et les Meînîm payèrent tribut à Uzzia ; et sa renommée alla jusgu*auœ frontières de t Egypte (4) ; ses victoires s'étendirent en effet encore plus loin {nbTUb ly) >». En regard de ce passage, lisons 1 Chron. IV vv. 39 ss. relatifs à une émigration de Siméonites sous le règne d'Ezéchias : « Ils allèrent du côté de Gedor (?) jusqu'à l'orient de la vallée (?), cherchant des pâturages pour leurs troupeaux. Et ils trouvèrent des pâturages gi*as et excellents ; la terre

{\) De Israelieten te Mekka.

(2) 1. c. (trad. allem.) p. 53 ss.

(3) Cfr. Hommel Aufsàtze u. Abliandlungcn . .. (1892), p. 48. La question de savoir si le nom même de Mi'^ofioi répond étymologiquement à celui de MaHn (ibid. p. 128), ne nous intéresse pas ici.

(4) Limite de l'horizon politique familier à Israël dans le sud.

était très étendue, tranquille et riche. Cétaient des descendants de Cham qui habitaient là auparavant. Ceux dont les noms précèdent arrivèrent donc au temps d'Ezéchias roi de Juda, et ils battirent les.... (i) et les Meînîm qui se trouvaient là et les frappèrent de l'anathème jusqu'à ce jour. Ils s'y établirent à leur place, car il y avait là des pâturages pour leurs troupeaux » Suit une notice sur une autre expédition, moins

importante, de Siméonites dans les montagnes de Séïr.

11 nous paraît évident que les relations de l Chron. IV et 2 Chron. XXVI se rapportent toutes les deux à des campagnes lointaines dans la région arabe. Uzzia étend ses victoires plv^ loin que les confins de l'Egypte ; les Siméonites s'établissent dans un pays occupé auparavant par les Chamites (2) et où se trouvaient aussi des Meînîm. Le caractère vague de la donnée empruntée à la population chamitique plaide pour la grande distance de l'endroit. D'autre part les termes dans lesquels la présence des Me'înîm est signalée dans la contrée où les Siméonites s'établirent, semblent indiquer qu'ils s'y étaient fixés eux aussi comme colons. 11 est à remarquer que el-Ola est précisément vantée pour la fertilité de ses terres (3). Ajoutons que, d'après les écrivains arabes dont il a été question plus haut, l'endroit occupé d'abord par les émigrants Israélites s'appelait du nom de famille Zohara ; or la tribu de Siméon comprenait une division appelée ins (Gen. XLVl 10, Ex. VI 14) ; une autre division de la tribu portait le nom d*Ohad (11. ce.) qui se retrouve pareillement dans la montagne Ohod aux environs de Médine. Gen. XXV 13-14 Mibsam et Mischma figurent parmi les fils d'Ismaël, 1 Chron. IV 25 parmi les descendants de Siméon, etc. (4).

Dans l'hypothèse qu'il y eût eu réellement dans la région où les inscriptions minéennes ont été découvertes, au nord de

(1) Le texte porte Dn''bnS"ri&<, qui n'a pas de sens ici. D s'agit des habitants, comme la suite immédiate le montre.

(2) Cfr. Oen. X 7.

(3) Mordtmann p. VI s.

(4) Dozy 1. c. p. 59 8S.

Médine, des établissements israélites, on concevrait très aisément quâ la faveur de leur influence religieuse le nom de lev^îm eût passé dans la langue de leurs voisins. Il est probable que les Siméonites auront amené avec eux des lévites, comme les Danites le firent au cours de leurs migrations racontées Jud. XVIII. Dozy fait remonter l'expédition dont parle 1 Chron. IV 39 ss. au règne de Saûl ; mais rien ne nous autorise à nous écarter du témoignage de l'auteur biblique qui la rapporte au règne d'Ezéchias. C'est la campagne militaire d'Uzzia qui aura ouvert la voie aux colonies siméonites ; comme Uzzia lui-même d'ailleurs avait été précédé par Salomon dont les flottes s'organisaient à Esiongeber, près de Elath sui* la mer Rouge. Il est probable qu'il y aura eu de bonne heure des stations connues aux Israélites, le long du littoral. D'autre part l'avis de Glaser et de Hommel sur la haute antiquité des inscri|)tions minéennes en général, n'est pas partagé par tout le monde. Les inscriptions sabéennes les plus anciennes datent de la seconde moitié du 8^ siècle. Mordtmann n'admet pas que les monuments minéens remontent à une époque antérieure ; il arrive à les classer dans leur ensemble entre les deux dates extrêmes occupées par les textes sabéens. Il constate en particulier des caractères graphiques d'origine relativement récente dans les inscriptions de el-Ola (i).

(1) 1. c. pp. 105 88., p. X.

Page 1