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LES PROPHÉTIES MODERNES. CE QU IL FAUT EN PENSER

Plusieurs Associés nous ont écrit pour nous témoigner leur étonnement de ce que le tiire de Notre-Dame du Sacré-Cœur et la Dévotion qui s'y rattache ne reposaient pas sur un fait surnaturel: une révélation ou une prophétie.

Voici notre réponse :

Puisque, d'après la sainte Eglise, tout nous vient par Marie (1), il est naturel que Celle qui a formé de son propre sang le Cœur Sacré de Jésus soit la Dispensatrice de ses trésors.

Il est naturel encore que, à l'époque où ce divin Cœur s'offre au monde pour être son salut, Marie soit invoquée ' sous un nom spécial qui marque sa coopération à cette régénération des âmes et de la Société par le Cœur de son Fils, et à cette nouvelle effusion des grâces dont il est la source; ce nom, mis en réserve par la Providence, est celui de Notre-Dame du Sacré- Cœur, qui exprime si bien le Ministère de la Très Sainte Vierge dans la distribution des dons du Cœur de Jésus. Il n'était donc pas nécessaire que le titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur fût révélé dans une vision céleste, et que la précieuse Dévotion que nous propageons vînt directement du ciel par un prodige éclatant. Le titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur se lie si intimement et si naturellement à la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus-, qu'il en sort comme la fleur de sa tige, comme le ruisseau de sa source.

(1) Omnia per Mariam.

Au reste, le Saint Siège n'a-t-il pas approuvé, par les documents les plus authentiques, ce beau titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur, et la Dévotion qu'il exprime? Nous trouvons donc dans cette sanction souveraine toutes les garanties que nous pouvons désirer.

Maintenant si nous voulions raconter tout ce qui nous a été dit, que de choses merveilleuses nous aurions à faire connaître....

Les apparitions de Notre-Dame du Sacré-Cœur et les prophéties n'auraient pas manqué si nous ajoutions foi à un grand nombre de nos correspondants. « Un jour, nous écrit-on, Notre- « Dame du Sacré-Cœur apparut à N... du diocèse de... Le Cœur d « l'Enfant-Jésus était brillant romme un soleil ; d'innombrables « rayons s'en échappaient et se concentraient sur Marie. L'au- « guste Vierge voulait les diriger vers la terre. Hélas! d'épaisses « ténèbres mettaient obstacle à cette diffusion, et Notre-Dame « du Sacré-Cœur pleurait. N... lui demande ce que signifiaient ces « rayons, ces larmes qu'elle versait, et ces épaisses ténèbres? Ces « rayons, dit-elle, signifient les grâces que je suis chargée de « répandre sur les hommes, mais leurs péchés s'y opposent: voilà « l'explication de ma tristesse. »

Une lettre de X... nous dit: « Notre-Dame du Sacré-Cœur en- « vironnée de gloire et de splendeur m'est apparue debout, sur « un globe terrestre. Du Cœur de son Fils jaillissait une source « abondante; mais cette source, au lieu de couler sur l'Europe, « semblait se détourner en grande partie de son cours, et tom- - bait en cascade, de roche en roche, pour aller sortir d'un côté « tout opposé, où se trouvait un sol aride et brûlé par le soleil. « Demandant l'explication de ce mystère, Notre-Dame du Sacré- « Cœur me répondit: « Oui, mon enfant, il y a là un mystère de « justice et d'amour. Les chrétiens ont abusé des dons du Cœur « de mon Fils ; ses grâces sont repoussées... Eh bien ! elles pren- « nent une autre direction et vont vers les peuples idolâtres, où « elles trouveront plus de docilité et de correspondance. »

L'année dernière, un excellent prêtre nous écrivait ce qui suit: « Dans ma paroisse, j'ai une àme privilégiée. Notre-Dame « du Sacré-Cœur lui apparaît souvent... Le £5 du mois de mars « dernier, elle la vit, environnée des Anges, au sein d'une lumière « éclatante; elle était comme dans un monde supérieur. La terre « paraissait ensevelie dans une obscurité profonde. Un faible

« rayon, traversant un point de cette obscurité, laissait entrevoir « un spectacle étrange. Des reptiles de toutes sortes s'agitaient « en sens divers, et paraissaient tout envahir. On aurait dit qu'ils « étaient Maîtres du monde que nous habitons. Cette armée d'un « nouveau genre était commandée par des dragous ailés et des « monstres à figures humaines. Au milieu des cris tumultueux qui « perçaient les airs, elle entendait des voix harmonieuses qui « montaient vers le ciel. Plus le concert se continuait, plus l'issue « qui donnait passage au rayon de lumière s'élargissait ; peu à « peu l'obstacle s'évanouit.

« La lumière devint alors resplendissante, et remplaça totalement les ténèbres; les reptiles avaient disparu. De tous les « points de la terre s'éleva l'hymne de la reconnaissance, et les « anges vinrent se mêler à ce chant du triomphe. »

La voyante demandant l'explication de cette vision, Notre- Dame du Sacré-Cœur lui répondit: « Ma fille, cette lumière dans « laquelle tu me vois plongée, c'est la figure de la grâce dont le « Cœur de mon Fils est la source; ces ombres qui couvrent la « terre représentent le mal qui a tout envahi; ces reptiles et ces « monstres sont les sectaires des sociétés secrètes qui régnent « partout en maîtres absolus: ce faible rayon qui permet aux «justes de voir ce qui se passe dans ces régions qu'ils habitent, « est une faveur insigne que j'ai pu leur obtenir par ma puis- « santé intercession ; ces voix harmonieuses sont les prières des « âmes pieuses qui, montant par moi vers le Cœur de Jésus, ont « forcé la fissure de s'agrandir pour laisser descendre la grâce « avec plus d'abondance; enfin cette lumière qui inonde le monde, « c'est le triomphe de l'Eglise, c'est la conversion des âmes, c'est « la joie, c'est la paix, c'est le bonheur. »

Que de révélations, que de visions, que de communications, « données comme célestes, regardant la Dévotion à Notre-Dame « du Sacré-Cœur, nous pourrions rapporter encore, mais nous « devons être circonspects et prudents. Puisque l'occasion se pré- « sente, disons donc un mot des prophéties modernes.

. Jamais siècle, peut-être, n'a vu circuler autant de prophéties que le nôtre. A d'anciennes prédictions, que des mains habiles

ont su rajeunir, beaucoup de nouvelles sont venues se joindre, <jt forment de nombreux volumes. Aujourd'hui, chaque diocèse, pour ainsi dire, possède son Extatique, et bientôt chaque paroisse aura sa Voyante. De tous les côtés, on nous annonce des événement^ heureux ou malheureux, selon les circonstances. On va jusqu'à leur assigner une époque déterminée, et souvent une date précise. Cette époque coïncide toujours avec la nôtre, cette date est ordinairement l'année que nous traversons; et si les prévisions sont déjouées, les raisons ne manquent jamais pour les remettre à un autre temps plus ou moins rapproché.

Cette soif du merveilleux, il faut en convenir, a toujours existé. La fièvre de connaître les secrets de l'avenir n'est pas une maladie nouvelle. Il y a quatre siècles, le pieux Gerson s'en plaignait déjà, et dans son traité de la distinction des fausses et des vraies révélations , il établit solidement que « cette curiosité affaiblit le bon sens et met la foi des faibles en danger. »

A l'heure qu'il est, nous sommes en pleine épidémie prophétique ; et le fléau tend encore à faire de nouveaux progrès. Des libraires spéculateurs et intéressés s'emparent de ces faits, les acceptent sans contrôle, les entassent dans des livres et les jettent avec empressement dans le public, toujours avide de ces nouveautés.

J'ai sous les yeux un prospectus dans lequel je lis ces lignes: «Grand Phare prophétique» « Tableau de l'avenir

d'après les voyantes modernes ... Ce tableau décrit les grands événements de l'avenir jusqu'au XXe siècle... Aucun français, digne de ce nom, aucun catholique ne peut, à cette heure, se dispenser de s'instruire sur l'immensité des prochaines catastrophes qui frapperont la France, l'Eglise et la Papauté etc.... »

Toutes ces prédictions sont-elles authentiques ? 11 est permis d'en douter.

Mais ce que l'on peut dire c'est que le don de prophétie n'a pas disparu de la Sainte Eglise. Dieu peut, quand il le juge à propos, révéler aux hommes ses desseins et leur faire connaître l'avenir.

Saint Paul, dans son épitre aux Thessaloniciens, recommande de ne pas dédaigner les prophéties: Prophetias nolite spernere, mais il ajoute qu'il faut les examiner, les éprouver, omnia autem probate.

Et saint Jean , de son côté , nous dit : « Ne croyez pas à tout esprit; assurez-vous s'il vient de Dieu, car il y a de faux prophètes (1).

Qui doit faire cette épreuve?.... Les juges ordinaires de la foi, c'est à-dire les Evêques. C'est à eux qu'il appartient d'apprécier et de juger les faits surnaturels qui se passent dans leurs diocèses; et s'ils croient nécessaire ou prudent de ne pas en parler, de ne pas les approuver, il y aurait témérité à les publier, sans leur autorisation.

Il est si facile de s'égarer dans une affaire aussi délicate, et de prendre pour une inspiration divine, une apparition céleste, une communication surnaturelle ce qui n'est que l'effet d'une hallucination, d'une imagination vive, ardente, passionnée, ou d'une pieuse rêverie. Qui ne connaît l'extrême sensibilité des certaines femmes, la délicatesse de leur constitution, parfois la vivacité de leur exaltation, l'action prodigieuse que les nerfs exercent souvent sur elles, et leur excessive impressionabilité; joignons à cela leur amour du merveilleux, leur tendance à se croire l'objet de certains privilèges, et nous comprendrons facilement qu'elles puissent quelquefois, même avec une solide piété et les meilleurs intentions, être le jouet d'illusions ou des ruses du démon.

Aussi le septième Concile de Latran, dans sa première constitution, prononce-t-il l'anathème contre ceux qui se font les propagateurs de prophéties et de révélations non approuvées par l'Evêque.

Le saint Concile de Trente, dans son décret sur le culte des saints, se montre aussi sévère et édicté la même peine.

Mais quelles règles devons-nous suivre dans cette grave question ?

Voici celles que nous tracent les théologiens : 1.° Aucun miracle ne doit être admis comme tel, aucune prophétie ne saurait être propagée sans l'assentiment de l'Autorité ecclésiastique.

2.° Quand un fait ne présente pas des caractères clairement divins ou diaboliques, il faut suspendre son jugement. 3.° Quand l'Eglise s'est prononcée sur la valeur d'une révélation,

(1) Nol.te omni spiritui credere, sed probate spiritus si ex Deo sint, quoniam

multi pseudoprophetae exierunt in rmindum. (1 Ioan. VI, 1).

d'une guérison surnaturelle ou d'une prophétie, il faut accepter pleinement sa décision.

i.° Si l'Ordinaire donne l'Imprimatur à des livres contenant des faits merveilleux ou des prophéties, nous devons considérer ces livres comme ne renfermant rien contre la foi ni contre les mœurs : cet Imprimatur ne garantit, en aucune manière, l'authenticité des faits rapportés, et ne nous impose point

l'obligation d'y adhérer.

Nous ne sommes pas tenus d'ajouter foi aux prophéties que l'Eglise n'a pas approuvées, c'est vrai, nous dira-t-on ; mais, si nous le voulons, sommes-nous libres d'y croire?

Nous pouvons ranger les prophéties modernes en trois catégories:

1.° Celles dont l'authenticité est douteuse et qui précisent les

dates ou l'époque de leur accomplissement. 2.° Celles qui sont dues à des personnages connus par leur piété. 3.° Celles qui ont été faites par des saints canonisés.

Les premières ne sauraient avoir aucune valeur; souvent elles sont l'œuvre de mystifications ou d'imaginations malades, quand elles n'ont pas le démon pour auteur.

On comprend le danger qu'il peut y avoir et pour la dignité de la Religion et même pour la foi, à accréditer de pareilles prophéties. Il ne faut pas cependant les confondre avec les prédictions fondées sur des inductions ou des connaissances historiques, qui permettent à leurs auteurs d'annoncer l'avenir, dans une certaine mesure. Ainsi un homme versé dans les saintes écritures et dans l'histoire de l'Eglise, en voyant les crimes qui se commettent, le débordement des mœurs, le mépris universel de Dieu et de sa loi, peut, à coup sûr, prophétiser des calamités, et des calamités d'autant plus effroyables que l'iniquité est plus audacieuse et plus étendue. Il peut aussi prédire avec assurance le triomphe de la Religion dans un temps plus ou moins éloigné.

L'abbé Margotti, en suivant d'un oeil observateur la marche des événements, comprit, en homme politique, où ils devaient fatalement aboutir-, et, le 23 septembre 1866, il annonçait, dans un journal de Turin, la chute de Napoléon III, comme Ioseph de Maistre avait prophétisé celle de Napoléon I. Il terminait son

article, en recommandant à ses lecteurs de garder soigneusement le numéro qui le contenait, afin de vérifier la justesse de ses conclusions. Heureux de ce succès, il se crut, sans doute, inspiré ; et, en septembre 1870, il prédit dans les mêmes termes et avec la même assurance, dans VUnità cattolica, le renversement du gouvernement italien et le triomphe final de Pie IX... Sa prophétie, cette fois, resta sans effet. Cette fausse prédiction nous donne le droit de conclure que si parfois des hommes instruits et sagaces peuvent pronostiquer l'avenir, il leur arrive souvent aussi de se tromper. En tout cas, de pareilles prévisions n'ont rien de surnaturel.

Examinons maintenant les prophéties dues à des personnages connus par leur piété, fixant des dates ou des époques approximatives.

Ces prophéties, sans doute, ne doivent pas être rejetées aussi facilement que les précédentes, mais il faut bien se garder cependant d'ajouter une foi trop prompte aux événements qu'elles annoncent.

D'abord, on n'est pas sûr, malgré les apparences, de la sainteté réelle des personnages qui se disent inspirés. Que de prétendues voyantes ont été le jouet de leur imagination ou l'instrument du démon!

Le Père Saint Jure cite l'exemple d'une religieuse qui trompa tout son siècle et les esprits les plus émin^nts de son temps, par des prodiges surprenants attribués à sa vertu, tandis qu'ils n'étaient que l'œuvre de Satan, comme elle le déclara aux juges ecclésiastiques chargés de l'interroger.

A toutes les époques un peu saillantes de notre histoire, la France fut inondée de prophéties de tout genre, qu'on ne manquait jamais de donner comme authentiques. En 1870, les Prussiens font le siège de Paris-, une héroïne, venue du Sud-Est de la France, se dit envoyée de Pieu; elle prophétise la délivrance de la capitale et la défaite de l'armée ennemie; elle pénètre jusqu'au général en chef pour lui transmettre les ordres du ciel ! Les âmes pieuses espèrent, et attendent avec confiance le résultat de cette mission qu'on dit être divine. Qu'est-il arrivé? Une amère déception.

Qui n'a entendu parler de la fameuse Prophétie do Blois ? Elle annonçait le salut de la France et le triomphe de l'Eglise. La capitale assiégée par l'étranger devait être délivrée etc. etc.

Tous ces événements étaient annoncés pour l'année 1870 ou 1871, M- l'abbé s'en portait garant.... Le monde pieux y croyait généralement. Quelle mystification !

En 1876, de pieuses religieuses nous communiquèrent une prophétie. Elle était faite, disait-on, par une sainte fille, favorisée de plusieurs apparitions de la Très Sainte Vierge. Tout était merveilleux dans sa vie, depuis son entrée en religion jusqu'à sa mort, qui arriva en 1S77.

Cette prophétie, après avoir annoncé avec précision, la révolution de 1830, de celle de 1870, disait que la persécution religieuse irait en augmentant, pendant dix ans, et qu'alors aurait lieu le triomphe de l'Eglise. Elle fut imprimée, en 1878, dans un livre sérieux; et les documents qu'on citait à l'appui, semblaient dissiper tous les doutes. Ce livre, nous l'avons parcouru; il nous fit impression. Beaucoup attendaient avec impatience l'époque déterminéù, 1880. Plusieurs même avaient ajourné des projets importants pour les années suivantes, tant ils comptaient sur ces prédictions

Eh bien, qu'est-il arrivé ? Au lieu de la paix et du triomphe, nous avons eu l'expulsion des religieux, la fermeture de leurs chapelles, la guerre au Christ et à la religion.

Qui pourrait compter toutes les prophéties mises en circulation dans ces derniers temp-;, annonçant, comme choses certaines, la restauration d'Henri V sur le trône de France, la délivrance de Pie IX et le triomphe de l'Eglise? Henri V est mort dans l'exil, Pie IX s'est éteint dans sa prison du Vatican, et l'Eglise est plus que jamais en butte à la persécution.

Que dire des prophéties attribuées aux Saints? D'abord elles sont rares; de plus, saint Thomas affirme que les Saints eux-mêmes peuvent quelquefois se tromper dans les prédictions qu'ils font. Les Saints qui reçoivent des communications surnaturelles ne sont point, par le seul fait de cette faveur, préservés de toute erreur. Ils peuvent se tromper en comprenant mal ce qu'ils voient ou entendent; ils peuvent être dupes des illusions du démon; ils peuvent mêler, sans le vouloir, leurs propres idées à celles qui viennent de Dieu; ils peuvent rendre d'une manière inexacte ce qui leur a été révélé. Il faut remarquer d'ailleurs que les prédictions sont "Z souvent conditionnelles, et que leur accomplissement dépend de la manière dont les condition* sont remplies. Aussi l'Eglise, lorsqu'elle approuve les révélations privées, ne fait autre chose

que déclarer, après mûr examen, qu'on peut les publier pour l'édification des fidèles, et qu'elles s'appuient sur des preuves assez solides pour qu'on les croie pieuses. Les écrivains sacrés ont eu seuls le privilège de l'infaillibilité pour recevoir les inspirations divines et pour les transmettre aux autres.

En 1847, vivait à Rome une sainte àme.... Elle avait 18 ans, lorsqu° Pie IX, monta sur le trône pontifical ; jouissant d'une parfaite santé, elle s'offrit en victime pour lui. Immédiatement elle fut saisie d'une maladie inconnue qui la cloua sur un lit de douleur jusqu'à sa mort: sa vie ne fut qu'un long martyre. Les extases étaient fréquentes. Toute la société romaine allait s'édifier auprès d'elle. Emporté par le courant, nous nous trouvons un jour au chevet de son lit; c'était en 1807, elle avait un ravissement; ayant repris ses sens, elle nous raconta des choses merveilleuses. Trois fois la semaine, le Souverain Pontife faisait demander de ses nouvelles Dans une audience particulière, nous obtenons du Pape la permission de dire la messe dans l'oratoire de la voyante. De son lit <dle apercevait le prêtre à l'autel. Nous lui portâmes la sainte communion, elle paraissait en extase; à notre approche, elle eut un tressaillement, et la sainte Eucharistie se plaça, pour ainsi dire, d'elle-même sur ses lèvres. Elle avait la réputation d'une sainte, et cette réputation, je le crois, était méritée. Quand on l'interrogeait sur les malheurs de l'Italie et sur la spoliation du Saint Père, elle affirmait que tout rentrerait dans l'ordre, et que Pie IX verrait le triomphe ! ! ! Héla-; !

La vénérable Anne Marie Taïgi, de sainte mémoire, n'avaitelle pas prédit, elle aussi, comme Marie Lataste, que les plans de l'impiété révolutionnaire, en ce qui concerne Rome, ne réussiraient jamais }. Elle avait également prophétisé le triomphe final de Pie IX! On sait ce qui est arrivé.

De fout ce qui précède on peut conclure que Dieu ne se révèle pas à ses créatures aussi souvent qu'on le dit, et que les véritables voyantes sont plus rares qu'on ne pense; en second lieu, que la divulgation ou l'acceptation trop facile de toute- les révélations ou prophéties modernes, non revêtues des caractères d'authenticité requis, et non sanctionnées par l'Eglise, est imprudente, dangereuse même, et peut, comme le dit Gerson, « affaiblir le bon sens, et mettre la foi des faibles en danger. »

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