S. JOAN., XIV
(2) Ipsa âutem aatura Dei est essentia bonitatis. Unde ad rationem Dei, iMpbto snmmi boni, pertinet quod summo modo se creaturae communicet. (S. Thom., p. 3. q. 1. art. 1, de Inc.).
(3) Invisibilia enim Ipsius, a creatura mundi, per ea quae facta sunt inteilecta, conspieiuntur. Rom., I, 20, - Hrb.. XI, 3).
que toute la Trinité est exprimée (1); il en sera de même au dehors.
Il décréta donc, de toute éternité, l'entrée du Verbe dans un monde à venir, c'est-à-dire, son union hypostatique ou personnelle à une nature créée. Par là, il se communiquait intimement à son œuvre, se la rattachait étroitement et y mettait une harmonie aussi parfaite que sublime; par là encore il s'assurait de sa gloire, fin suprême et nécessaire de ses opérations extérieures, car le reste de la création se détournàt-il de lui, le Verbe, uni à elle, resterait nécessairement fidèle, et, d'ailleurs, étant seul capable de rendre un hommage proportionné à son infinie grandeur, il ramènerait à son Auteur la création entière, et justifie- Fait ainsi l'œuvre et l'ouvrier (2).
Mais quelle nature créée le Verbe prendra-t-il pour la diviniser et la ramener à Dieu? La nature angélique, ou la nature purement matérielle ? Son choix libre ne se fixera ni sur l'une ni sur l'autre, car ces deux natures Lui parurent sans doute trop extrêmes dans la création. Sorti du Cœur de Dieu, comme nous venons de le voir, il convenait qu'il allât droit au cœur de la création, pour rayonner de là à tous les points de son immense circonférence et l'embrasser dans tout son ensemble. Et ce cœur de la création, quel est-il ? C'est la nature humaine (3), anneau central de deux chaînes d'êtres, dont l'une, part des extrémités de la matière informe pour monter par degrés vers la vie organisée, et dont l'autre s'élève jusqu'à la nature angélique dont la spiritualité est l'image créée la plus parfaite de la spiritualité divine.
Dès lors Dieu voulut donner une Mère immaculée à son Fils unique (4). « Il pouvait sans doute faire en plusieurs façons l'hu-
(1) Pater enim intelligendo se, et Filiura et Spiritum Sanctum et omnia îdia quae eius scientia continentur, concepit Verbum ut sic tota Trinitas Verbo dicatur. (S. Thom., p. 1, q. 34, art. 1 ad 3. - Vide etiam. Gonet, clyp. Tlyp. Thom., disp. 9, de Person. Filii).
(2) Voir Mgr. Gay: Elévations sur la vie et la doctrine de .V. S. J-C, 2. élévation, page 5 et suiv.).
(3) Quamquam Deus aliunde naturam humanam suscipere potuisset, quant ex Adam, convenientius tamen fuit, ad plenam pro peccato satisfactioneni, et majorem hominum dignitatem, et divinam potentiam ostendendam, ut ex illo humanam n;ituram assumeret. (S. Thom., de Incar., p. 3, q. 4, art. G), - Id., S. Franc, de Sales, Traité de l'am. de Dieu, liv. 2, chap. 4.
(4) Decens erat ut in ea puritate qua major sub Deo nequit intelligi, Virgo illa niteret, cui Deus Pater unicum Filium suum, quera de Corde suo oequalem
• inanité de son Fils, en le rendant vrai homme, comme par « exemple, le créant de rien, non-seulement quant à l'âme, mais « aussi quant au corps; ou bien formant le corps de quelque ma- « tière précédente, comme II fit celui d'Adam et d'Eve, ou bien « par voie de génération ordinaire d'homme et de femme, ou bien « enfin par génération extraordinaire d'une femme sans homme. « Il délibéra que la chose se ferait en cette façon; Il élut la Très- « Sainte Vierge, Notre-Dame, par l'entremise de laquelle le Sau- « veur de nos âmes serait non-seulement homme, mais enfant du « genre humain (1). »
Il convenait, en effet, que Celui qui est engendré de toute éternité dans la Virginité (2) fût aussi sur la terre le Fils de la Virginité, et que sa naissance, en ce monde, devînt une véritable nouveauté (3).
Ainsi Marie trouvait sa place dans le plan divin.
La Mère n'a donc pas été séparée du Fils dans l'élection divine (4), et sa Prédestination est de toute éternité comme celle du Verbe incarné. Marie a été prédestinée avant tout le reste de la création (5). Comme son Fils est le premier né, Elle est la première née de toute créature (6).
sibi (lenitum tanquam se ipsum diligebat, ita dare disponebat ut naturaliter esset unus idemque communis Dei Patris et Virginis Filius. (S. Anselm., de Concept. Vlrglnali, cap. 18).
(1) S. F. de Sales, Traité de l'am. de Dieu, liv. 2, chap. 4. - Cajetan, Goni r, Contknson, Htlluart. - S. Auo., de Trinit., XIII, 18.
(2) Prima Virgo Sanctissima Trinitas. (S. Athan.).
(3) Jerem. 31. - Nova autem nativitate genitus est, conceptus a Virgine, natus ••\ virgine, sine paternae carnis concupiseentia, sine maternae integritatis injuria. (s. LEON, serin. 2. de Nativ).
(4) Quando a Matre Filii sui oculos suos avertet Pater et Spiritus Sanctus, cum omnimoda conversione Pater sit in Filio, Filius in Pâtre, Spiritus Sanctus in Pâtre et Filio, nihilominus et in Matre et in Filio. (Pétri Cellensis sermones. BtbU. Pair, 'm, t. 23, serm. de Puriflcat., p. 653).
(5) Una et prima post Unitatem et Trinitatem. (Id. ibid.)
— Maria honorata est a Deo quia ah aeterno praedestinata et electa. (Ricard, a. S. Laurent., dr Laud. B. M. - S. Ant floren., Bibl. Virg., t 2, p. 4G6\)
(6) Te ante omnem creaturam in meute Dei praedestinata fuisti, ut Deura ipsuni hominem procreares. (S. Rern. sen., serm. 51, de B. V., cap. 4).
Mater honiinum dignitate, quia ipsa prnnogenita ante omnem creaturam. (Alb. mao. Sup. Miss., cap. 182).
Pendanl que l'Esprit-Saint Lui préparait tous les ornements et tous les charmes convenables à une épouse divine, le Verbe La prédisposait à Lui fournir de son sang virginal un corps humain et par cela même un Cœur où seraient renfermés tous les trésors du ciel, et d'où jaillirait la source de toutes les grâces et de toutes les bénédictions dont Elle serait elle-même le canal privilégié (1). Il L'associait par avance à son œuvre de régénération; Il L'y faisait entrer par amour comme partie intégrante, consentante et agissante, et La considérait non-seulement comme Mère, mais aussi comme Coopératrice et Dispensatrice de ses bienfaits (2).
Marie nous apparaît donc déjà le front ceint de cette nouvelle couronne que lui assure sa Prédestination à la Maternité divine. En effet, tout pour Elle découle de cette prérogative, comme nous le verrons dans la suite. L'auguste Vierge n'a été prédestinée, préparée, créée, comblée de tant de grâces que pour être la Mère du Verbe incarné (3), et fournir la substance qui devait former son Cœur adorable; autrement Elle n'a plus sa rai son d'être, puisque tout en Elle, la vie naturelle et ses dons, la vie surnaturelle et ses privilèges, ne lui ont été conférés qu'à cette fin (4).
Première née de toute créature, après son Fils, en dignité, en perfection, en grâce et en gloire (5). Elle en est par-là même avec Lui la cause finale (6). Pour elle, comme pour son Fils, toute
(1) Deus, qui Verbura suum, quod erat et est in Corde suo, mini totuni infudit, quomodo non etiam cum Illo mihi omnia donavit? (Rupert., lib. 1, in Cant.) - Quam Pater, ante saecula Deus, perpetuam praedestinavit in Virginera dignissimam ; Filius elegit in Matrem; Spiritus Sanctus omnis gratiae domicilium praeparavit. (S. Bern. sen., serra. 9, de Vïsît.).
(2) Maria tamen est primogenita et prima, in quam Deus conjecit oculos, quando misericordiae isto decreto statuit ad Filii sui similitudinem producere filius gratiae et adoptionis. (Barthol. de los Rios, de Hieravchia mariana, lib. 5, p. 506).
(3) Virginis primordia, uuo eodemque decreto, cum divinae sapientiae Incarnatione fuerant praestituta. (Butta PU Papae IX ad C once p. Immacul.).
(•4) Ordine dignitPtis ante omnes puras creaturas ab aeterno, in mente Dei, praeelecta, ut esset in tempore Dei Mater, ante omnes alias rerum ide;is praeconcepta, et in summitate eminentissimae sanctitatis et omnium virtutum ab aeterno ordinata fuit, quia Ipsa est opus magnificum, et fabrica divina, non unius horae, mensis, anni aut saeeuli, sed saeculorum omnium ^Paciuchellus, in psah LXXXVII, E.rercit. 5, in-fol., 1677, p. 29).
(5) Elegit Eam Deus et praeelegit Eam. Elegit ab aeterno praeordinando, et praeelegit Eam, idest, prae omnibus aliis excellentiorem disposuit facere (S. Anton, plor. bibl. virg., t. 2, 466).
(6) Licet in Dei electione non sit ordo temporis, quia omnia ab oeterno sunt
créature est faite; pour Elle a été créé l'homme, et tout ce qui a été fait pour l'homme : le monde entier (1).
Après son Fils, sans doute, mais néanmoins avec son Fils, Elle est donc la raison finale de toutes les créations (2). Avec et après son Fils, Idée éternelle de Dieu, Elle était appelée à la réalisation du plan divin, et, dans l'exécution, aux yeux des hommes. Elle y contribuera avant son Fils même, étant venue avant l'incarnation, quant à la priorité du temps et de l'office.
Prédestinée Mère de Dieu, Elle sera la Mère du monde entier, la source de la vie universelle (3). Dieu en La choisissant et La prédestinant à la Maternité divine, dépose en Elle seule toutes les grâces qu'il destine aux Anges et aux hommes (4), l'investit de toutes les prérogatives.
electa, est tamen ordo dignitatis; nam quidam electi sunt ad majorem graduai ei dignitatem quam alii; un de Virgo dicitur singularité!- ordinata et electa. Sed quia electa est ad maximain et singularem dignitatem propter quod de Illa canit Ecclesia: Elegit Eam Bexis et praeelegit Eam. Uude ad duo fuit electa: primo ut sit Mater l)ei, secundo ut sit mundi advocata (S. Thom. a ViLlaxov., p. 565).
(1) Propter Hanc totus mundus factus est. (In append., S. Bern., t. 2, i>> Mit. Salve Reg. serm. 3, p. 727).
— Totus mundus, post primorum nostrorum parentuin culpam, amore tantae Virginia a Deo praeservatus est. Maria namque, per multa millia annorum antequam nasceretur, primo et principaliter Adam et Evam, et totam eius posteritatem praeservavit in esse.... nec, ut merebantur, in nihilum sunt redacti. (S. Bern. Sen.. t. 4, 120. et p. 91).
— Id. Corn., in Eccl., XXVI, 26. - Suarez etc.
02) Fuit causa finalis cur Deus omnia creavit. (Oornel. a Lap., éd. Vives, t. 9, p. 618, col. 1).
(3) Corn, a Lap., in Eccl. Ego feci ut in coelo oriretur lumen tndefictens. (Eccl., XXVI, 6). Ad litteram: Ego fui causa, cur Deus creavit lucem, coelos, mare, flumina totumque universum. Huius enim creatio ordinata fuit ad justificationem ii >i(iiincationem sanctorum, factam a Christo, per L. Virginem, tanquam ad suum flnem: ordo enim naturae creatus et institutus est propter ordinem gratiae. Quia orgo B. Virgo fuit Mater Christi, ac consequenter fuit médium nostrae redemptionis, ac totius ordinis gratiarum a Christo instituti: hinc pariter fuit causa finalis creationis universi: universi enim finis est Christus eiusque Mater el Sancti: ut scilicet, Sancti in universo hoc per Christum et B. Virginem, gratia et gloria donentur. Quare creationis universi causa finalis fuit praedestinatio Christi, B. Virginis et Sanctorum. Licel enim universi partes quaedam sint Christus et B. Virgo, ideoque eo posteriores in génère causae materiales: tamen in geiiere causae finales sunt priores. Quare inter creationem universi, et Nativitatem Christi ac B. Virginis, est mutua quaedam contradependentia: nec enim Deus nasci voluit Christum ac B. Virginem, nisi in universo hoc; nec vicissini voluit universum hoc existere sine Christo et B. Virgine; imo propter illos illud creavit. Totum enim universum ad Christum et B. Virginem, ordinemque gratiarum, velut ad sui complementum et flnem referri et ordinarie voluit. (Vide Suarez, Vasquez, Valentiam, III, p. q. 1,
nisium, lilj. ô, Mariai., c. 6 et lib. 1, c. 12).
(4) B. Virgo ab ipso Pâtre oeterno recepit fontalem faecunditatem ad gène-
Puisqu'après le Verbe incarné la Très-Sainte Vierge est la cause de toutes les œuvre naturelles et surnaturelles, la prédestination de tous les élus se rapporte à la sienne. Elle est le vase de toute élection (1), à cause de la part efficace qu'Elle doit prendre à l'œuvre de la sanctification.... Dans la pensée de Dieu, Elle précède tous les êtres qu'il appellera du néant à la vie. Faut-il s'étonner maintenant que toute la Tradition chrétienne et l'Eglise elle-même, dans sa liturgie, appliquent à Marie ce qui a été dit de la Sagesse incréée: « Je suis sortie de la bouche du Très- « Haut, je suis née la première de toutes créatures. Le Sei- € gneur m'a possédée au commence ment de ses voies (2). » En effet, Marie n'est-Elle pas avec Jésus la première possession de Dieu (3)? Elle est possédée avant toute voie, même avant le Christ comme homme, selon la priorité du temps (4). Comme Verbe, Jésus est éternellement possédé dans le sein qui l'engendre, et comme homme aussi II est possédé dans le décret de sa création et de son union hypostatique, avec toute la plénitude de sa grâce et de sa gloire (5). Or, ce décret, et la possession qui en découle, ne se pouvant exécuter que par Marie, Dieu La possédait donc de toute éternité avec Celui qui devait prendre d'Elle la forme humaine. C'est pourquoi, poursuit Marie: « Dès le commencement « et avant qu'aucune chose fût faite, dès l'éternité, en un mot, «j'ai été ordonnée, conçue, engendrée, dans l'entendement di- « vin, (6) » pour devenir la Mère du Verbe incarné ; car « Celui
randum omnes electos et etiam ipsos Vngelos in aliquo gustu, et gradu, et experientia divinorum. (S. Bern. pen., t. 3, serm. 11, art. 2.)
(1) Vas electionis.
(2) Ego ex ore Altissimi prodivi, primogenita ante omnem creaturam. {Ecri. XXIV, 5). - Mystice haec verba Siracidis adaptes B. Virgini. (Corn, a Lap., etc.) - Virgo est primogenita ante omnem creaturam. (Alb. mag. sup. mis. • S. Axtox. . 4 p. tit. 15, c. 24).
(3) Dominus possedit me in initio viarum suarum. (Prov.. VIII, 22).
— Mystice Dominus creavit et possedit B. Virginem. utpote Christi Matrem, quasi principium viarum, id est operum suorum, quia, ut recte notât Suarez, 3 p.. t. 2, q. 27. dis. 1. sect. 3. Mater a Filio non fuit disjuncta etiam in electione divina. (Corn, a Lap.. in prov. VIII).
(4) Ipsa est principium Christi secundum humanitatem, qui est os Patris. (Rio. a. s. laur. de Laud. B. M.).
(5) Et verbum caro factum est.... et vidimus gloriam eius. gloriàm quasi Unigeniti a Pâtre plénum gratiae et veritatis. (S. Joax. , 1).
(6) Deus B. virginem mente concepit ac praedestinavit. (Corn, a lap. In prov., vin, 22).
— Creata siquidem fuit in mente divina ante saecula, id est, praedestinata ut esset Mater Dei. et inde Mater nostra. (S. Ant. flor., Bibl. Vîrg., t. 2, p. 459).
qui m'a créée a reposé dans mon tabernacle (1). Dieu n'avait pas encore fait la terre ni les fleuves, affermi le monde sur ses pôles, que fêtais déjà; lorsqu'il préparait les deux, fêtais présente; je me trouvais avec Lui et je réglais toutes choses (2), »
Or, c'est par Marie avec Jésus qu'ont été accomplies tant de merveilles, figurées et annoncées par l' Esprit-Saint dans la page que nous venons de traduire (3). Etant avec Jésus la fin de la création. Elle demeurait inséparable de Lui, Sagesse incréée; et pendant qu'il se récréait dans les œuvres divines de l'Incarnation et de la Rédemption qu'il devait accomplir avec sa Mère, et qu'il ■«• délectait dans les privilèges incomparables qu'il Lui préparait. Celle-ci était présente à ses côtés et se jouait avec Lui dans le monde des élus et dans la création projetée de la grâce et de la gloire (4).
Le ciel et la terre étaient à peine créés, le ciel pour TAnge, <jî la terre pour l'homme, que Dieu daigna faire une première manifestation de son plan, et le proposa comme épreuve à la création angéliqne (5). Il fit connaître aux Anges, suivant une opinion probable, non-seulement son Unité substantielle et la Trinité de ses Personnes, mais une de ces Personnes, le Verbe, s'in-
(1) Qui creavit me, requievit in tabernaculo meu. (Ec.cl. XII. 24).
(2) Prov.. VIII, 24, etc.
— Mystice haec adaptes B. Virgini. (Corn, a Lap., in prov., c. 8).
(3) B. Maria, tabernaculum a Deo formatum, in quo universa lex et prophetae reipsa sunt adimpleti, et in eo adumbratae typichorum characterum formae fuei-e deletao, speculis veritate dissolutis. (S. andr. Cret., Orat. I de Annunt. B. M.).
(4) In Israd haeredîtare et in electis meis raitte radiées. (Eccl., 24-13) - Mystice haec omnia adaptes n. virgini. (Corn, a Lap. in prov., c. 8, v. 30.)
(">) Deus revelavit Angelis suis quod eorum ordo repararetur.... dicens omnibus quod ipse crearet et formaret Virgineni, ex eius t'ructu tota civitas ista populabitur. Cogitate quomodo sancti Angeli conceperunt illam sanctam Virginem in mentibus suis, per quam ruina repararetur. (S. Vinc. Fer., serm. 4, de Conrep. M., t. 2, p. 12).
— Probab lis est multorum theologorum sententia, Luciferi peccatum et superbiam in coelo fuisse quod, cum Deus il 1 i revelaret Filium Dei assumpturum hunianain naturam, juberetque ut Chr sto homini se subderet, invideret Christo, quod BCilicel lionio sibi qui erat aobilissimus uigelus, praeferretur et assumeretur ad unionem hypostaticam cum Verbo: quare illam sibi ambiverit, ideoque contra Christ uni et Deiini rebellant. (Corn, a Lap., édit. Vives, t. 15, p. 120, col. 2, Item Suarez, de Ang„ 1.7, c. 13; S. Bern, serm. 17, in cant. ; Veoa, Theol. mar., n. 1525-1526).
carnant et se faisant homme dans le temps; et II leur enjoignit de L'adorer comme homme aussi bien que comme Dieu.
Avec cet Homme, Il leur montra une Femme qui deviendrait la Mère de son Verbe, et II La leur imposa pour Supérieure et pour Reine.
Cette Femme, Il La leur présenta, non en réalité, puisqu'Elle n'était pas encore, mais en signe ou en image.
N'est-ce pas le grand signe apparu dans le ciel (1), dont il est parlé au livre de l'Apocalypse?
Grand signe, en effet, signe d'obéissance et de révolte, de salut et de réprobation; semblable au signe de contradiction dont parlera le vieillard Siméon, en tenant l'Enfant-Dieu entre ses bras et en montrant sa Mère.
Quel est donc ce signe qui paraissait au ciel? Une femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles (2): c'est-à-dire Marie, revêtue du Soleil de justice, pénétrée de ses rayons, ayant sous ses pieds, avec la lune, la nuit du péché, tandis que son front baigne dans le jour de la grâce, et se couronne de toutes les vertus, comme d'autant de brillantes étoiles (3). Or cette Femme était montrée dans son état de maternité (4), source de sa sagesse et de ses grandeurs.
Les esprits angéliques comprirent aussitôt quel serait dans l'avenir le rôle de cette Femme qui verrait un jour le Fils de Dieu, devenu le sien, Lui obéir, L'associer à ses mérites, déposer entre ses mains sa puissance, Lui donner tant de pouvoir sur son Cœur divin, en faire le canal de ses grâces, L'exalter dans la gloire et tout soumettre à son empire (r>). C'est alors qu'un av-
(1) Signum magnum apparuit in eoelo: Millier amicta sole. (Apoc, XII, 1). — Alluditur hic etiam altéra ex parte ad mysterium incarnationis Verbi, et
ta partum B. Virginie, eiusque prolem, Christum. (Corn, a I.ap. in Apoc. XII, 1 et sequent.).
(2) Apoc. XII. 1.
(3) In te înanet (sol Christus) et Tu in Eo: et vestis Eura. et vestieris ah Ko. vestis eum substantia carnis, <•! vestit nie Te gloria suae majestatis. Vestis solem nnbe, et sole ipso vestiris. (S. Bern., serin, de B. Virgine circn hune Apoc).
(4) In utero habens. (Apoc. XII, 2).
(5) Qui enim Verbum suum, quod erat et est in Corde son, mini totum int'udit, quomodo non etiam cum Illo mihi omnia donavit? Non enim introductio qùaliscumque haec débet intellio-i. sed introductio cum jure possidendi, sicui jus est, sponsani legitimam cum tabulis matrimonii in dotem Buam introduci, (hupert. lib. 1, i" cant).
tre signe fut vu dans le ciel, un grand Irragon (1), c'est-à-dire Lucifer qui ne peut admettre que le Verbe se revête d'une nature inférieure à la sienne.
C'est pourquoi il entraine dans sa révolte la troisième partie des Anges (2). Puis il s'arrête devant la Femme, qui va enfanter, afin de dévorer son Fils aussitôt qu'Elle l'aura mis au monde. Mais la Femme est soustraite à sa fureur. Alors il se fait un grand combat dans le ciel. Michel et ses Anges, qui ont reconnu la Femme pour leur souveraine, combattent contre le Dragon et les compagnons de sa rébellion. Mais ceux-ci ne précalent pas, ils sont précipités sur la terre, et leur place ne se trouve plus dans le ciel (3), où la Femme du signe fut destinée, par les décrets divins, à être Reine pour l'éternité. Mais où cette femme ainsi prédestinée a-t-elle puisé les secours qu'Elle a fournis à ses glorieux combattants et qui L'ont rendue victorieuse? Dans la source même de la grâce, c'est-à-dire dans le Cœur de celui qui, dans les desseins éternels, devait être un jour son Fils; car ce Cœur divin lui était ouvert par anticipation. Elle y régnait par l'amour.
0 Vierge prédestinée à tant de grandeurs! puisque vous disposez à votre gré de toutes les grâces renfermées dans le Cœur de Jésus, combattez avec nous l'ennemi de notre salut, et rendez-nous triomphants.
Précipité sur la terre, le Dragon « poursuit la Femme qui
(1) Xjtor., ta., 3 et sequent.
(2) Dicitur Lucifer traxisse post se tertiam partem stellarum, id est angelorum. (Corn, a Lap., in Apoc, XII, 4).
— Draco hic, id est diabolus Lucifer. (Corn, a Lap. in Apoc, XII, 3).
— Ex his ergo multi raoderni Doctores scholastici, inter quos est Suarez, 3 p., t. 2, disp. 31, probabiliter opinantur Luciferi et asseclarum eius ambitionem in eo sitam fuisse, quod accepta a Deo revelatione de futura unione hypostatica Verbi cum humana natura, humanae naturae hanc dignitatem inviderit; videbat enim eam sibi et angelis. Quocirca illam sibi appétit, itaque voluit fieri Deus non per essentiam (hoc enim sciebat esse impossibile, et implicare contradictionem), sed per unionein hypostaticam. Idcirco enim insecutus est puerum masculum quem peperil Mulier, puta Christum, ob Eumque in coelo cum Michaele dimicavit, uti hic dicitur, volens Eum neci tradere, quia invidit Ei hanc unionem. Omne enim eius bellum esse contra Puerum hune, adeoque duellum quod cum Eo inchoavit in coelo, illud Ipsum continuât jugiter in terra. (Corn, a Lap. in Apoc, cap. XII, 4).
— Per quam (Mariam) tentator Diabolus coelo dccidlt. (S. Cyrtllus, homil. habita Ephesi p. 2, act. 1 concil. Ephesini).
— Item. (S. Bern., serm. 17, in cant.).
— Vide. Theol. Mari an., 2 vol. p. 266, n. 1525, p. 267).
(3) Apoc, XII.
vient d'enfanter un Fils (1). C'est l'histoire de Marie et de tous ceux qui naîtront d'Elle dans l'ordre de la grâce. Aussi dès que le Dragon verra la première femme réelle, après la Femme du signe, il la poursuivra encore, et vaincu de nouveau dans sa victoire apparente, puisque de Celle qu'il a vaincue, doit sortir le grand Vainqueur, il continuera de s'irriter contre la Femme, et il ira faire la guerre à ses autres enfants qui gardent les commandements de Dieu et ont le témoignage de Jésus-Christ (2). Mais ne craignons rien; comme les Anges fidèles, rangeons-nous sans crainte autour de cette Femme de bénédiction. Elle possède toujours les trésors du Cœur du Verbe incarné. Avec Elle nous remporterons la victoire.
Telle est la préparation éternelle de la Sainte-Vierge; telle est sa Prédestination ! Bien exposée et bien comprise, cette Prédestination renferme toutes les Splendeurs de la Théologie de Marie.
Prééminence, grandeurs incomparables, coopération aux œuvres divines, intercession toute-puissante sur le Cœur de Dieu, accumulation de toutes les grâces et dispensation aux hommes de tous les mérites de l'Incarnation du Verbe, de la Rédemption; tout, jusqu'à la gloire des Anges, l'espérance des justes, le triomphe des Saints, les devoirs des chrétiens et leur confiance illimitée, sort de cette Prédestination comme la conséquence du principe, comme l'effet de la cause.
Aussi saint Bernard, en contemplant ce mystère, s'écrait-il: « 0 Marie! c'est vers Vous, comme vers le Centre de la créa- « tion, l'Arche de Dieu, la Cause de toutes choses, l'Affaire de « tous les siècles, que se portent les regards de tous les habitants « du ciel et de la terre, des Anges et des hommes, des justes et « des pécheurs, des âges passés et des âges futurs. Voilà pourquoi
(1) Draco stetit ante Mulierem, quae erat paritura, ui, cura peperisset, Filium Eius devoraret. (Apoc, XII, 4).
(2) Et iratus est Draco in Mulierem; et abiit facere praelium cum reliquis de semine Eius, qui custodiunt mandata Dei, et habent testimonium .lesu-Christi. (Apos., XII, 17).
<• toutes les générations Vous proclameront bienheureuse, ô Mère « de Dieu. Maîtresse du monde, Reine de la céleste Cité! Oui, tou- « les les générations, et celles du ciel et celles de la terre, tou- « tes les générations vous proclameront bienheureuse, car, à tou- « tes. Vous leur ;ivez procuré la vie et la gloire. En Vous, pour « l'éternité, les Anges trouvent la joie, les justes la grâce, les « pécheurs le pardon. C'est donc avec raison que se tournent vers « Vous les yeux de toute créature, puisqu'en Vous, et par Vous, « et de Vous, la douce main du Tout-Puissan1 a recréé tout ce « qu'il avait créé (1). »
Pourquoi Dieu a-t-il ainsi tout concentré en Marie? se demande le même Docteur. « Parce qu'Elle est son trésor et que ce « trésor renferme son Cœur (2) » c'est-à-dire son Verbe, et que ce Verbe, fait homme, donne, à son tour, à cette Vierge bénie son propre Cœur et toutes les grâces qu'il contient (3).
Oh! qu'il est délicieux de confesser, d'exalter cette femme unique dans ses rapports avec le Cœur de Jésus!
Quel titre lui donnerons-nous, pour exprimer ces rapports ineffables! Celui de Notre-Dame du Sacré-Cœur:
Notre-Dame du Sacré-Cœur! Nom nouveau, si on veut, mais qui nous apparaît écrit en lettres d'or delà main de Dieu même, aux premières pages du livre (\t>* grandeurs do Marie!
(1) Et tune jam operabatur salictem nostram in meillo terrae, in utero videlicet Virginis Mariae, quae mirabili proprietate terrae médium, appellatur. Ad illam enim, sicut ad médium, sicut ad arcam Dei, sicut ad rerum causam, sicut ad negotium saeculorum, respiciunt, el qui in eoelo habitant, el qui in interne», et qui dos praecesserunt, et nos qui sumus el qui sequentur, et nati natoruin et qui na- BcentUr ab illis. Illi qui suut in coelo, ut resareiantur, et qui in Lnferno ut eripiantur; qui praecesserunt, ui Prophetae fidèles Lnveniantur ; qui sequuntur ut glorificentur.
Et beatam Tedicenl omnes generationes, Genitrix Dei, Domina mundi, Regina coeli. Omnes, inquam, generationes: sunt enim generationes coeli et terrae. Pater Spirltuum, ail Apostolus, ex qito omnis paternitas in, coelo et in terra nomiaatur. Es in»- ergo beatam Te dicenl omnes generationes, quae omnibus generationibus vitam et gloriam genuisti. in Te enim Angeli laetitiam, Jusli gratiam, peccatores veniam inveniunl in aeternum. Mer to in Te respiciunt oculi totius creaturae, quia in Te. el per Te, el de Te, benigna manus Omnipotentis, quidquid creaverat recreavit. (s. Bbrn. in festo Pentec, sermo, 2, n. 4).
(2) Annon thésaurus l>ri Maria ubicumque nia est. et «'or eius. oculi eius super Eam. (s. Bern., t. 1, serm. 3 In innunt. B. \i., p. 981).
(3) Aquae-ductus, qui plenitudinem tbntis Ipsius de Corde l'atris excipiens, nôbis edidit Illum, si non proul est, saltem prout capere poteramus. s. Bbrn., serm. de Aquaeductu, in prativ. it. V. Mariae).
— Totum paternum est quod de Corde Patris Christus attuUt nobis, nihil in Filio i>ei nisi dulce, nisi paternum, humani generis trepidatio suspicetur. (S. Bern. in festo Pentec, serm. 2 n. 3).