JOAN., IV
(3) Il s'agit ici des Missionnaires du Sacré-Cœur d'Issoudun établis à Rome et de leurs scolastiques qui suivent les cours de l'Apollinaire.
(4) Allocution prononcée par S. Km. le cardinal Pie dans l'église de Notre-Dame du Sacré-Cœur à Rome, le 10 avril 1880.
N'a-t-EUe pas conquis, Elle aussi, par ses attraits irrésistibles le Cœur du vrai Jacob, qui a lutté contre la justice de Dieu et a fini par remporter la victoire ? Il fut terrassé par l'Ange du combat et frappé au cœur; mais ce Cœur ainsi blessé, devient une source abondante de bénédictions, et c'est Marie qui a mission de les répandre sur le monde (1).
De plus elle est la Mère du vrai Joseph, dont le fils de Rachel n'était que l'image, de Jésus qui Lui aussi, trahi et vendu par ses frères, leur pardonne avec une générosité sans exemple, les nourrit du pain de la vérité et de sa chair sacrée, les enrichit de ses divins trésors, les arrache à la captivité de Satan et jes sauve de la mort éternelle. Tous ces bienfaits ont une source, et cette source d'où jaillit-elle? Du Cœur adorable de Jésus, Et de quelle substance est-il-formé, ce Cœur sacré? Delà substance même de Marie qui devient pour cela la Dépositaire de ses grâces et le Canal naturel de ses bénédictions.
Le Tout-Puissant prépare de grandes choses ; le cris des opprimés est monté vers son trône, et son Cœur s'est ému. Il veut arracher son peuple de l'esclavage où il gémit, et le conduire dans la terre promise. Il suscitera un libérateur qu'il armera de sa puissance et revêtira de son autorité. Ce libérateur d'Israël vient au monde; pour le soustraire à la fureur du tyran, sa Mère le dépose dans un berceau de jonc, que balancent les flots du Nil, et l'abandonne ainsi à la divine Providence. Un regard ami, cependant, est fixé sur lui, et ne le quitte pas. Comment appelezvous cet ange qui veille avec tant de sollicitude sur ce précieux dépôt, et qui couvre de sa protection celui qui doit être le salut des enfants de Dieu? Son nom est Marie; c'est la première fois que l'histoire en fait mention. Il dit la mission dont celle qui le
(1) Rachel décora facie fuit typus Mariae. (Morales, t. 1, p. 175).
— Rachel es formosissima, quae Josephum enixa est Egypti, Te mundi universi Servatorem. (Summa aur., t. 13, p. 97, édit. Migne).
— Tu Rachel es speciosissima; fac, amabo te, quae Salvatorem peperisti, ni salvus fiam in altitudine diei. {Id., ibid., p. 98).
— Tu amabilis Rachel, quae hydriam beneficentiae tuae Eliezeri et camelis, justis et injustis, effudisti. (Id., ibid., p. 256).
porte est investie. Oui, ce nom, qui sera précisément celui de la Mère de Dieu, est toute une révélation : il signifie Gardienne, Intendante, Préposée, Maîtresse (1). N'est-ce pas le rôle que remplit en ce moment la sœur de Moïse? Parce qu'elle a contribué à sauver de la mort cet enfant de bénédiction, elle aura une place à part dans son cœur, avec le double honneur de coopérer à sa mission, et de partager un jour ses mérites. Aussi la voyons-nous au passage de la mer Rouge guider les femmes israéliles, et entonner la première le cantique de l'action de grâces (2).
Voilà bien encore une des plus frappantes figures de Notre- Dame (3). Elle aussi s'appelle Marie, et nous savons ce que signifie ce Nom mystérieux. La Vierge qui le porte veille avec une anxieuse tendresse sur le berceau du vrai Libérateur du genre humain, lorsqu'il est en danger. Elle en a le dépôt sacré. Ce trésor du ciel et de la terre est confié par Dieu lui-même à sa sollicitude maternelle. Elle met à l'abri de la fureur d'Hérode le Verbe incarné, et par là, outre tous ses autres droits, Elle mérita de l'amour et de la reconnaissance du Sacré Cœur de Jésus d'être la Dispensatrice de toutes les grâces qu'il renferme, de nous faire triompher de nos ennemis, et de nous conduire, au milieu des dangers qui nous environnent, dans la vraie terre promise.
Débora, Jahel et Judith sont encore des types de notre auguste Souveraine (4) par les charmes dont Dieu les orna, la force dont il les revêtit et le triomphe qu'il leur fit remporter sur ses ennemis. Aussi sont-elles acclamées comme bénies entre toutes
(1) Tutrix, Magistra, Domina, Conductrix, etc. (Cornel. a Lap. in Exod., XV, 20, 21). - Vide Morales in cap. 1. Matth. t. lib. 3, tract. 5, p. 248, éd. Vives).
(2) Exod., XV, 20.
(3) Maria haec virgo typus fuit (uti docet S. Ambros., Exhort. ad Virgines) Virginie Matris, puta B. Mariae Deiparae. (Cornel. a Lap., id.).
(4) Ego vero in generatione mea ipsius serpentis caput contrivi. Et si Judith, Debora, Jahel laudatae ac benedictae vocatae fuerunt a génération ibus suae aetatis quia debellarunt inimicum particularem suae gentis. Ego autem cum vicerim ac BUpplantaverim universalein inimicum omnium generationum, quae fuerunt ab initio saeculi et erunt usque ad finem, beatani Me dicent omnes generationes, praeteritae, praesentes et futurae. (Summa aur., t. 13, p. 761).
— Tu nova es Jahel, quae caput Sisarae iufernalis ad terram affixisti; formosa Judith, quae gulam peccati confregisti. {Summa aur., id., p. 256).
les femmes, comme étant, la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël et l'honneur de la nation (1). Leurs éclatantes victoires sur Sisara et sur Holopherne, qui menaçaient de tout détruire, rappellent naturellement les triomphes de l'auguste Vierge, qui a terrassé le démon, détruit son empire, arraché de la servitude universelle tous les enfants d'Adam, en brisant leurs chaînes (2). Où va-t-elle puiser ces secours sans nombre qu'elle répand avec tant de profusion sur les hommes pour les soutenir dans la lutte et les rendre vainqueurs? Dans le Cœur adorable de Jésus, qui s'est donné à Elle avec tous ses trésors.
Nous ne pouvons passer sous silence Bethsabée. La voyezvous cette femme si aimée, si exaltée, siéger en souveraine dans le palais de son fils? Elle reçoit avec empressement les requêtes des sujets pour les remettre au Roi, et promet de les appuyer de toute son autorité (3); elle s'avance en effet avec assurance (4). A sa vue, Salomon reconnaît sa mère. Il se lève, vient au devant d'elle la salue profondément et la fait asseoir à sa droite, sur un trône à côté du sien (5). Alors elle lui dit: « Je viens vous adresser une demande; ne me refusez pas (6). » Le Roi lui répondit: « Ma mère, dites ce que vous désirez; car il ne serait pas juste de vous renvoyer mécontente (7). »
N'est-ce pas là l'histoire anticipée de Notre-Dame du Sacré- Cœur? Est-il possible de mieux désigner la puissance d'intercession, qu'EUe exerce sur le Cœur du vrai Salomon, c'est-à-dire de Jésus, son divin Fils (8).
(1) Judith., xv.
(2) Allegorice Holofernes lypus est diaboli, cujus caput vera Judith, id est B. Virgo contrivit, juxta oraculum a Deo editum, Gènes., III. At B. Virgo innumeras daemonum phalanges d'ello singulari prostravit, et in dies prosternit. (Cornel. a Lap. in Judith., XIII, 10 et reliqua).
(3) Bene ego loquar pro te Régi. (III Reg., II, 18).
(4) Venit ergo Bethsabée ad regem Saloraonem ut loqueretur ei. (Id., 9).
(5) Et surrexit Rex in occursum eius adoravitque eam, et sedit super thronum suum: positus est trhonus Matris Régis quae sedit ad dexterara eius. {Id.).
(6) Dixitque ei: Petitionem unam parvulam ego deprecor a te: ne confundas faciem meam. (Id., 20).
(7) Et dixit ei Rex; Pete, Mater mea, neque enim fas est, ut avertam faciem tuam. (id.).
(8) Eia ergo, B. Virgo, cui sedenti in throno ad dexteram Pilii incessante!-
Laissons la fille de Jephté et Anne, mère de Samuel, Ruth et tant d'autres, pour arriver à Esther, cette figure incomparable de la Reine du ciel et de la terre.
Comme Marie, elle est belle d'une beauté qui pouvait se passer de parure. Ses charmes sont si doux, ses attraits si puissants qu'elle fixe le cœur du grand roi; et, en la voyant, Assuérus est forcé de s'écrier: « 0 combien je vous trouve ravissante; vos grâces m'ont séduit. C'est à vous que je donne la préférence.... Je vous choisis pour régner avec moi. Je vous offre mon royaume avec mon cœur. Je veux moi-même déposer sur votre front le diadème royal (1). » C'est ce qu'il fit devant tous les grands de sa cour avec un éclat inusité, Puis il ordonna qu'on fit un splendide festin, où seraient invités tous les seigneurs de son palais, et qu'on distribuât des présents, dignes de la magnificence d'un prince, à tous les peuples de son empire (2). Mais hélas! les enfants d'Israël, heureux de cette alliance qui leur annonçait des jours de paix et de prospérité, furent bientôt plongés dans une tristesse profonde (3). Satan, jaloux du bonheur qui les attend et des hommages qu'ils rendent au vrai Dieu, inspire sa haine à l'impie Aman, et en fait l'instrument de ses vengeances. Un édit de mort est porté contre tous les Juifs du royaume, sous le pré-
ipse dicit, et praestantius quidem, quam Rex Salomon matri suae Bethsabee: Pete mater mea; nec enim fas est, ut avertam faciem tuam (III Reg., 11, 20), pro omnibus nobis intercède, omnium divitiarum Dei thesauraria es, nobis indigentibus liberaliter impertire, et communica. {Morales in Matth., t. 1, lib. 3, p. 338).
— Si Salomon omnia Matris postulata implet, multo magis Christus concedit Matri suae omnia quae pro nobis supplicando petit. Illam ergo adeamus, et per Illam omnia impetrabimus. (Cornel. a Lap. in III Reg., cap. 11, 20).
(1) Esther pulchra nimis et décora facie. (Esth , II, 7).
— Quae placuit ei, et invenit gratiam in conspectu illius. (M., II, 9).
— Erat enim formosa valde, et incredibili pulchritudine, omnium oculis gratiosa et amabilis videbatur. (Id., II, 15).
— ■ Et adamavit eam Rex plus quam omnes mulieres, habuitque gratiam et misericordiam coram eo super omnes mulieres, et posuit diadema regni in capite ••ius, fecitque eam regnare. (id., II, 17).
(2) Et jussit convivium praeparari permagnificum cunctis principibus et servis suis, pro conjunctione et nuptiis Esther. Et dédit requiem universis provinciis ac dona largitus est iuxta magniftcentiam principalem. (Id., II, 18).
(3) Planctus ingens erat apud Judaeos. (Esth., IV, 3).
texte mensonger qu'ils sont des conspirateurs ou des ennemis de la nation (1). Le décret d'extermination est affiché partout, et partout aussi la consternation règne parmi le peuple de Dieu.
Esther désolée et fondant en larmes, à la vue des malheurs qui menacent ses frères, se met en prière et demande au Ciel une inspiration. Sa résolution est prise; elle ira trouver le puissant et redoutable Monarque pour obtenir la grâce des Juifs condamnés à mourir (2). La voilà revêtue de ses plus riches ornements; elle s'avance tremblante vers le trône où siège Assuérus (3). Sa vue plut au Roi (4), et comme marque de bienveillance, il étendit vers elle le sceptre d'or qu'il avait à la main. « Esther, lui dit-il, que voulez-vouz? Ne craignez rien. N'êtes-vous pas mon Epouse privilégiée et la Souveraine de mes états, ou plutôt de mon cœur (5)? Quel est l'objet de votre demande? Parlez, que désirez-vous que je fasse ? Quand, vous exigeriez la moitié de mon royaume, je vous la donnerais (6), car, je vous le répète, vous avez tout pouvoir dans mon empire, comme sur mon cœur. » — « Si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, ô grand Roi, je vous conjure de m' accorder, si vous le jugez bon, ma propre vie et celle de mon peuple, pour lequel jHmplore votre clémence, car nous sommes condamnés à périr (7). » — « Esther, n'ayez aucune crainte, noli metuere, vous ne mourrez ni vous,
(1) Litterae missae surit per cursores Régis ad universas provincias, ut occiderent atque delerent omnes Judaeos, a puero usque ad senem, parvulos ac mulieres {Esth., III, 13).
(2) Et ego cum ancillis meis similiter jejunabo, et tune ingrediar ad Regem. (id., IV, 16).
(3) Induta est Esther regalibus vestimentis et stetit in atrio domus regiae. {Id., cap. V, 1).
(4) Placuit oculis eius, et extendit contra eam virgam auream, quam tenebat manu. {Id., V, 2).
(5) Calmez, Reine, calmez la frayeur qui vous presse: Du cœur d' Assuérus souveraine Maîtresse, Eprouvez seulement son ardente amitié.
Eh! se peut-il qu'un roi, craint de la terre entière, Devant qui tout fléchii et baise la poussière, Jette sur son esclave un regard si serein, Et m'offre sur son Cœur un pouvoir souverain?
(Racine, trag. A' Esther).
(6) Dixitque ad eam Rex: Quid vis, Esther regina? quae est petitio tua? etiam si dimidiam partem regni petieris, dabitur tibi. (Esth., V, 3).
(7) Si inveni gratiam in oculis tuis, o Rex, et si sibi placet, dona milii animarn meam, pro qua rogo, et populum meum, pro quo obsecro. {Id., VII, 4).
ni le peuple pour lequel vous intercédez, non morieris (1). » Il la relève en lui donnant les marques de la plus tendre affection, et lui accorde tout ce qu'elle désire (2).
O Marie, ô Souveraine du ciel et de la terre ! je me reporte à cinq ou six siècles avant votre apparition dans le monde, et je Vous vois figurée dans le palais de Suse. C'est Vous que je contemple sous les traits d'Esther. Comme elle, Vous avez gagné le Cœur d'un Roi puissant. Mais de quel Roi ? Son empire ne s'étend pas seulement de l'Inde à l'Ethiopie, mais sur tous les mondes. Vous étendez votre sceptre non pas sur cent vingt-sept provinces, mai* sur la terre entière, sur les Anges et les Saints, et, pour nous servir de la parole même de S.1 Bernard, sur Dieu luimême (3). Ce divin Monarque, pour célébrer avec Vous ses noces sacrées, invite la nature entière à re réjouir (4), et Vous voilà devenue comme le nœud mystérieux de l'union qu'il daigne contracter avec l'humaniié. Il descend les degrés de son trône immortel pour venir vers Vous et s'asseoir à votre table (5). Il se soumet à vos désirs et c'est Lui-même qui Vous sert (6). O prodige! Il Vous demande un Cœur formé de votre sang pour aimer les hommes et y déposer tous les trésors de la Divinité; et, en retour, 11 vous L'offre avec toutes ses richesses. Aussi, lorsque Satan nous fait tomber dans le péché, et que la justice divine prononce l'arrêt de notre condamnation, Vous faites, ô Marie ! comme la pieuse Esther: Vous Vous présentez devant le trône du Tout-Puissant. Votre vue le désarme. Le charme que Vous avez sur son Cœur est si grand qu'il Vous dit: « Que désirez- Vous? Parlez, je ne puis rien Vous refuser. Je ferai tout ce que Vous voudrez. » A votre demande, ô Vierge bénie, notre sentence de mort est révoquée; au lieu du châtiment que méritent nos pé-
(1) Non morieris: non enim pro te, sed pro omnibus liaec lex constitula est. (Eatr., XV, 13).
(2) Accède igitur, et tange sceptrum.... et posuit super collum eius et osculatus est eam. (Id., V, 14).
(3) Dec» Femina principetur (S. Bern., hom. 1. super missus). - B. Virgo habuit dominium materaum, seu potestatem patriam in Christum. (Mald., in cap. 2, I.kc. Veq , Theol. Mar. n. 1668). - Maria habet jus maternum in Deum. (Cornel. \ I.ap. in Prov., XXXI, 29).
(4) Veni e ad nuptias. (S. Matt., XXII, 4).
(5) Descendit de coelis et incarnat us est. (Si/rnb.).
(6) Et erat subditus illis. (S. Luc, II, 51).
— Imperio Virginis omnia famulantur, etiam Deus. (s. Bkrn. sen., serm. 111 di NonUne Mari).
chés, Vous obtenez notre pardon, et vous répandez encore sur nous, qui sommes votre peuple, le< bénédictions du Cœur de Jésus.
0 mon Dieu ! que vous êtes admirable dans vos œuvres! Quel ensemble parfait dans vos divines conceptions! Quelle harmonie sublime dans leur exécution! Vous ne vous contentez pas seulement de produire des figures de votre Verbe incarné et de sa divine Mère, afin de préparer les peuples à leur venue, mais vous allez jusqu'à nous faire connaître, par avance, les trésors de grâces qu'apporte au monde votre Fils qui s'incarne, et la puissance d'intercession, que sa Mère aura sur son divin Cœur.
Esther ici n'est pas seulement l'image de Marie (1) dans ses attributions, mais encore dans les diverses significations de son Nom.
Esther, d'après les interprètes, vient du mot Haclasa (2), Edissa ou Satar qui veut dire : Belle par excellence (3). Oui, elle était si belle qu'Assuérus la choisit pour épouse et 1 établit reine de son empire. Et la beauté de la Très-Sainte Vierge était également si merveilleuse, sa pureté si grande et sa sainteté si éminente qu'Elle captiva le Cœur du Roi des rois, qui La proclama Reine de l'univers.
Comme celui de Marie le nom d'Esther signifie Etoile (4)parce que celle qui le porte brille comme un astre de salut au firmament d'Israël, ou comme un soleil radieux au milieu des vierges qui l'environnent-
0 Notre-Dame! c'est bien Vous qui êtes V Etoile véritable (5). Au milieu des écueils ou des orages de la vie, nous jetons vers Vous un regard confiant, et Vous nous guidez vers le port. Au plus fort de la tempête, lorsque le désespoir nous envahit, nous implorons votre secours, car Vous êtes l'espérance des désespérés (6), et Vous nous sauvez de la mort.
(1) Allegorice, Esther est 13. Virgo. (Corn, a Lap. in Esth., II, 8).
(2) Esther, Haclasa, sive Edissa, hebraice idem est quod myrteo; ita ergo fuit appellata ob eximiam pulchritudinem. (Ici.).
(3) Tota pulchra est, arnica mea, et macula non est in te. Vulnerasti Cor meum, soror mea, sponsa. (Cant., IV, 9).
(4) Unde ab Esther dici aster, graece, id est stella, quae inde a Germanis dicitur sterre. Esther enim fuit astrum lucidius caeteris virginibus regiis; imo soi Israelis aeque ac Persidis. (Cornel. a Lap. in Esth., II, 8).
(5) Ave, Ma is Stella:
Stella matutina. (Lit. B. M. V.) - S. Bern., serm. 2, sup. Missus.
(6) Spes desperantium. (S Ephr.J - S. Bern., serm. 2, sup. Missus.
Esther vient encore de la racine es, qui veut dire feu, et Hier ou satar, cacher, renfermer (1).
Cette application Vous convient admirablement, ô Mère du Christ! N'avez-Vous pas caché, renfermé dans votre sein virginal le feu de la charité divine? N'est-ce pas de Vous, et par Vous, qu'il s'est répandu sur la terre pour purifier et embraser les aines (2) ? Et, ce feu sacré, où se trouve-t-il? Dans le Cœur de votre Fils. Votre mission est de nous faire participer à ses ardeurs.
Que veut dire encore le nom d1 Esther? Il veut dire application du remède. (Corn, a Lap.).
Le genre humain, blessé à mort par le serpent infernal, était étendu, avant la venue du divin Samaritain, sur le chemin des siècles, couvert de plaies, comme cet infortuné, que des voleurs avaient dépouillé et meurtri de coups sur la route de Jérusalem à Jéricho (3). Le Verbe de Dieu, touché de compassion, vient du ciel pour le guérir (4). Le remède qu'il offre est souverain (5). Il est tiré de son Cœur, source de toute bénédiction; et comme il fut préparé avec le concours de Marie (6), c'est à Elle qu'appartient le soin d'en faire l'application (7).
Étudiée dans la langue des Arabes, comme dans celle des Perses, dérivant l'une et l'autre de l'hébreu, la signification du nom d'Esther nous révèle de nouvelles prérogatives : il veut dire refuge et protection (8). Oui, la nièce de Mardochée a bien été
(1) Rursum, Esther, hebraice idem est quod ignis absconditus : Es enim est iffnis, satar abscondere. (Cornei.. a Lap. in Esth. II, 8).
(2) Ignem veni mittere in terram.... Quid volo nisi ut accendatur? (S. Luc, XII, 49).
(3) (S. Luc, X, 33).
(4) Ego enim Dominus sanator tuus. (Eœod., XV, 26).
(5) Dédit tibi Christum per Mariam, ut sanaret omnes inflrmitates tuas. Remedium est, quia ex Beo et homine, tanquam cataplasma divinum, confectum est. (S. Bern'., de Laud. B. M. V).
(6) Confusa sunt autem et commixtae istae duae species in utero Virginis, tanquam in mortariolo. (Id.).
(7) Mater est misericordiae, et Matris est suaviter et dulciter tangere puerum. Pueri sunt peccatores, quibus Ipsa novit levi manu, suavi attractu, tumorem premere, putredinem ejicere, ruinera circumligare. (Rien, a S. Laur., de Laud. B.M. F., lib. 4, cap. 26, p. 141).
(8) Verum quia Esther est nomen persicum, hinc et etymon eius ab Arabibus et Persis (quorum lingua vicina est, et utraque ab hebraea descendens) arcendum est. « Esther » ergo, Arabice et Persice, idem est quod Receptatrix et Protectrice. Satar enim est recipere, celare, abscondere, et protegere. Unde satir arabice est protector ; satar est receptator, qui servos fugientes recipit et occultât. (Corxel. a Lap. in Esther, cap. II, 8).
la protectrice du peuple juif et son refuge dans le malheur. Et Vous, 6 Notre-Dame! n'êtes- Vous pas aussi notre refuge? Si la justice divine nous poursuit et nous menace de son glaive vengeur, à qui viendrons-nous demander un abri? A Vous, qui êtes la Mère de la divine grâce; à Vous, qui tenez entre vos mains tous les trésors de la Miséricorde incarnée, c'est-à-dire, du Cœur de votre Fils.
N'êtes-Vous pas de droit et par devoir notre céleste Protectrice? C'est quand tout est désespéré que Vous plaidez avec plus d'ardeur notre cause et que Vous la faites triompher. Sjies desperatorum.
Enfin, Esther veut dire, dans la langue chaldaïque, joyeuse (1). Elle s'est réjouie, en effet, de la délivrance de ses frères destinés à périr et des privilèges dont ils furent l'objet de la part d'Assuérus. Marie, elle aussi, fut joyeuse d'avoir procuré au monde son salut, de répandre sur nous les bienfaits du Sacré Cœur de Jésus, de terrasser nos ennemis, de nous rendre victorieux, de uous couvrir de bénédictions, et de nous ouvrir le ciel.
(1) Exther, chaldaice idem est quod Hilaritas. (Id.).
— Docent doctores tui, Albertus mag. Bonav. Rie. a S. Laur. Bern., Estherem umbram tuani, Virgo clarissima, fuisse, palam est omnibus. (Summa aur., t. 13, p. 182).
— Per Dominam Esther Reginam intellige Mariam. (S. Bonav., Specul., cap. 3).
— Sicut Esther ad regnum illud persicum arcano Dei nutu evecta erat, ut in summae necessitatis ac supremi periculi tempore, genti suae praesidio salutique esset: ita de Te,o Virgo, Eeclesia sancta secrète orat: « Idcirco de praesenti saeculo a Deo fuisti ad regnum coeleste translata, ut pro peccatis nostris apud Eumdem flducialiter intercédas, et tanquam judicis Mater et Mater misericordiae, suppliciter et efficaciter salutis nostrae negotia pertractes. » (S. Bern., serin. 1, de Assumpt. • Summa aur., t. 13, p. 183).