‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 17 sur 176 · L IMMACULEE CONCEPTION · texte numérisé non relu

L IMMACULEE CONCEPTION

Si l'Évangile ne dit rien des parents immédiats de Marie, une radition constante et consacrée par l'Église, nous apprend qu'ils s'appelaient Anne et Joachim (1). Ils descendaient tous les deux du saint roi David (2), qui devait être l'ancêtre du Messie, selon la promesse divine, renouvelée plusieurs fois à Salomon: « Je pla- « cerai sur ton trône, dit le Seigneur, un Fils né de toi; faf- « fermirai sa puissance ; j'établirai pour toujours son règne « dans Juda et son empire sur Israël (3). »

Que le Messie dût naître Roi, c'est ce qui résulte également de tout l'Évangile (4). Le Christ lui-même l'affirme sans hésiter (5), Hérode, Pilate et les Juifs ne s'y trompent pas; et prenant ce titre au sens temporel et terrestre (6), ils placent sur la croix du Sauveur cette inscription : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs (7), qui devient comme une couronne rayonnante et immortelle. « Roi, voilà donc le titre de Jésus; titre inscrit sur les langes de son berceau (8) et sur l'instrument de son supplice ; titre

(1) Niceph., 1. 1, Uist. eccl., cap. 7 et 1. 2, cap. 3. - S. Epiph., Hoer., 78. - S. Damasc, 1. 9, cap. 15.

(2) Vide geneal. a SS. Matth. et Luc.

(3) De fructu ventris tui ponarn super sedem tuam. (Ps. CXXXI, 11).

— Regnum Ipsius omnibus dominabitur. (Ps. Cil, 19).

— Regnum tuum, regnum omnium saeculorum. {Ps. CXLIV, 13).

(4) Matth., II, 2.

(5) Matt., XXVII, 11.

(6) S. Joan., XIX, 3 et 15.

(7) S. Joan., XIX, 3 et 15.

(8) Matth., II, 2.

qui résume ses droits et sa destinée, sur la terre comme au ciel, et devant lequel les siècles et les mondes, les Anges et les hommes s'inclinent, en répétant, non plus d'une façon dérisoire, mais en sincère adoration: Salut, 6 Roi!

« Or ce droit royal ne Lui pouvait venir que par Marie, qui le tenait et de son père et de sa mère (1) qui ne l'avaient reçu que comme descendants directs et dans l'ordre de primogéniture ou d'aînesse de Nathan et de Salomon, tous les deux fils de David (2). »

Marie n'est pas seulement de race royale. Elle est aussi de race sacerdotale par Sainte Anne, sa mère, fille du prêtre Bethléémite de la tribu de Lévi (3).

« Cette double noblesse, dit saint Thomas, était comme re- « quise en la Mèrj de Celui qui devait être Prêtre aussi bien « que Roi (4). »

Cette illustration de Marie s'arrètera-t-elle à David? Non; elle va plus loin. Elle remonte jusqu'à Abraham, et allant plus haut encore, saint Luc repart d'Abraham pour s'élever, par une échelle ininterrompue d'ancêtres, jusqu'à Dieu. Qui fuit Dei (5). Et quels ancêtres! tous Patriarches, Juges ou Chefs de peuples, Rois ou de famille royale, Législateurs ou Prêtres, tous remettant leurs droits à Marie, chargée Elle-même de les remettre au Christ, son Fils.

« Eh bien, toute cette splendeur d'antiquité, de grandeur et de gloire, tout cette noblesse revient, après le Christ, à Marie, puisque c'est par Elle qu'une telle généalogie a été si prodigieusement préordonnée et dirigée par Dieu, et c'est par elle que tout cela a fait retour au Christ d'abord, puis à toute la race humaine.... Il y a plus: on peut dire que Marie tient à la race de Dieu même par un lien de consanguinité, c'est-à-dire au Verbe de Dieu en tant que subsistant dans la nature humaine. Sans doute, ses ancêtres ont quelque affinité ou parenté éloignée avec

(1) Beata Virgo per matrem Annara naturaliter descendebat ex Salomone; per patrem vero Heli sive Joachim, descendebat ex Nathan. (Cornel. a Lap. in Luc, c. 3, t. 16, 95, 2, éd. Vives).

(2) Vie de la Sainte- Vierge, par M. l'abbé Meynard.

(3) H. Virgo secundum maternam stirpem ex Levi. (ici., t. 2, 388, 1).

(4) D. Tora. 3, part., quaest. 31, art. 3 ad 2; et Suabez, t. 2, in 3. part., quaest. 27, art. 1, dup. 2, sect. 3.

(5) Luc, III, 38.

le Christ ; mais comme, à Marie, ils cessent de toucher au Christ par la voie ordinaire de génération, ils n'ont pas sur Lui une influence prochaine et immédiate, ni, par conséquent, avec Lui une parenté proche et rigoureuse. C'est le privilège de la seule Marie, qui, comme Mère du Christ et vraie Mère de Dieu, prête, sans nul partage paternel, le concours propre à toutes les mères dans la formation corporelle du Christ, et contracte une parenté et une consanguinité prochaine et unique avec Dieu-Homme (1).

« Jésus-Christ, comme chef de toute l'humanité, comme maître souverain de toutes choses, a voulu donner la noblesse à sa Mère, pour la recevoir d'elle. Mais de la noblesse II n'a pris que ce qui la constitue essentiellement, et II en a dédaigné la pompe extérieure; Il a préféré son appareil intérieur et spirituel, consistant dans le divin cortège des vertus de pauvreté, d'humilité et d'obéissance.

« C'est cette double noblesse du sang et de la pureté intérieure (2) qu'il a procurée à sa Mère, voulant en recevoir par Elle la double transmission (3). »

Anne et Joachim, quoique deshérités des biens de la fortune, avaient dans une honnête aisance, pratiquant toutes les vertus (4). La Tradition nous dit qu'ils faisaient trois parts de leur

(1) Maria est consanguinea SS. Triritatis. (Cornel. a Lap., V, 230, 1, éd. fivés). Quare Deo Patri consanguinea est Deipara; eumdem genuit Filium, quam ît Deus Pater, eumque naturalem, non adoptivum. (Ht., in Prov. Salom., c. VIII, 23).

— B. Virgo vere est consanguinea Deo, quatenus subsistenti in natura huîana. Ita P. Vasquez t. 1, in 3. part, disp, 99, cap. 1, num. 2. - Pineda, in advertentiis ad decretum régis Joannis, advert. 7, § 2. - Christ. Vega :n Theol. marian. îum. 1582. - Canisius, lib 5, cap. 15.

1. Cognatio matris ad filium est vera, et propria consanguinitas in primo ,'radu, quia est vera et proxima sanguinis unitas; sed B. Virgo est vere et proprie dicenda Mater Dei; ergo B. Virgo est vere consanguinea Deo. B. Virgo arctiori irinculo, et perfection consanguinitate copulatur cum suo Filio, qui verus Deus est, quam reliquae matres cum suis filiis, quia Christus habuit substantiam suam a sola latre, non ut alii filii a pâtre et matre. Ergo, etc. - Vigil. Sedlmayr, Bened. Profes. (vide Summa anrea, tom. 7, part. 4, sectio 1, art. 6, num. 1530 et sequent.).

(2) Omnis gloria Filiae Régis ab intus. (Ps., XLIV, 14). - Isla omnia spiritualia sunt, aeterna sunt, in corde requirenda sunt. (Corn, a Lap. in Ps. XLIV, 15).

(3) 2. part. Vie de la Sainte- Vierge, par M. l'abbé Meynard.

(4) Virginis Parentes sanctissimi, Joachim et Anna, honestae conditions spe-

modique revenu. La première était consacrée à l'entretien du Temple et des Prêtres; la seconde au soulagement des pauvres, et la troisième, qui était la moindre, à leurs modestes besoins (1).

Après vingt ans d'un mariage stérile, ils virent leurs ardentes prières exaucées, lorsque tout espoir était perdu sans retour (2). Et Marie, cette espérance des désespérés, devint comme la fleur et le fruit de leur éminente sainteté.

Cette enfant de bénédiction leur fut annoncée par un Ange, qui leur révéla ses glorieuses destinées avec le nom symbolique qu'Elle devait porter (3). Anne et Joachim crurent à la parole du messager céleste. Leur foi fut récompensée (4). Agissant sous l'action de l'Esprit- Saint qui les purifia de plus en plus, ils vivaient plutôt au ciel que sur la terre; et Marie, qui devait enfanter un jour l'Auteur de toute pureté, fut la fille de leur àme plus que de leur corps, de la grâce plus que de la nature, la Fille de la Chasteté, comme Jésus devait être le Fils de la Virginité (5).

ctataeque vitae apud Deura et homines irrépréhensibles erunt. (S. Greg. Nys., in orat. de Ch. Natlv. - Niceph., lib. 1, Hist. eccl., cap. 7. - Canisius, lib. 1, de Virg.. cap. 4).

(1) Omnem substantiam suam trifariam diviserunt, scilicet templo, peregrinis et pauperibus et suae familiae usibus persévérant justitia, pace, et charitate maritale (S. Hieronym., lib. de Ortu Virg., t. 4).

(2) Metaphrast., de Vita Virg. - S. Ildephons, serm. de Xativ. • Andr. Oret., etc. etc. - Per vigenti annos integros in matrimonio conjuncti, absque ulla proie vixerunt, in operibus pietatis detenti semper et occupati. (S. Hieronym., de Ortu Virg. - Christ, a Castro, in Hist. Deip., cap. 2, 5, 1. - I). Damasc, orat. 1. de Natir. Virg.).

(3) Angélus conceptionem Virginis Parentibus nunciat. (D. Damasc. in orat. 1 de Dormit. Virg.)- Divinitus revelatum luit Parentibus nomen Maria. (D. Hieronym., lib. de Ortu Virg.).

(4) S. Epiphan., orat. de Laud. M. - S. andr. Cret., Can. in B. Ann. Concept.. od. 4 et 6, 2 vol. - Surius, Giry, etc.

(5) Quoniam futurum erat, ut Dei Genitrix Virgo ex Anna oriretur, natura gratiae germen autevertere minime ausa est: verum tantisper expectavit donec gratia l'ructum suum produceret. Siquidem oportebat Eam primogenitam in lucem edi, quae rerum omnium conditarum Primogenitum paritura erat. (S. Joan. Damasc, orat. 4. de Virg. M. - S and. Cretens., orat. 4. in Nativ. B. M., t. 97, p. 875, éd. Migne).

— Decebat enim et illos (Joachim et Annam) tanta nobilitate animi praestantes, tanta justitiae laude norentes, tanto ardore Deum rébus omnibus praeferentes, tanta mentis deiformitate vigentes, non alium, sed hanc generare prolera, et ipsam, cuius beatam excellentiam praetermittit oratio, quia non potest exprimere, non alios sed hos habere parentes. Decebat enim illius congressus, qui concipiendae Virginis caussa fuit, primordialem et antecedentem caussam non esse aliud quani Dei congressum, ut qua fieri potest, sola purissima, propheticum quoque illud evitare potest, in iniquitatibus conceptus sum, potest de seipsa affirmare, solam non in peccatis concepit me mater mea. (S. Germ., orat. 2, in Deiparae praesent., XIII, 36. -

Il était convenable que la conception qui préparait Y Immaculée fût elle-même merveilleuse. Oui, il était convenable qu'une naissance, qui allait être le principe de tant de prodiges, fût prodigieuse elle-même.

Après Marie, Anne n'eut pas d'autres enfants (1), disent les saints Docteurs, pas plus que Marie n'eut d'autre fils après Jésus. Marie fut pour sa mère « la Colombe unique et parfaite, » qu'avait annoncée le Cantique (2).

Marie, dans sa Conception même, sera l'objet d'une autre faveur bien plus étonnante, d'un miracle unique, incommunicable, réservé à la seule Mère de Dieu: l'exemption du péché originel et de ses suites désastreuses dans le corps et dans l'âme (3).

Par un privilège spécial, par une grâce particulière d'exemption accordée en vertu des mérites anticipés de son divin Fils, Elle fut mise à l'abri de la souillure commune à tous les enfants d'Adam, par la transmission d'un sang coupable; et dès lors, dans ce premier instant, sa Conception a été immaculée. C'est un dogme de notre foi (4).

La première Eve était sortie pure des mains de Dieu ; la seconde, à plus forte raison, devait jouir de la même prérogative. En effet, il convenait que la malédiction prononcée contre Adam

Isidor. Tessal., serai, in Praesent. B. M. V., t. 139, p. 51-54). - Hoc praestante Dec-, ut sine ullo inquieto ardore libidinis foetus gigneretur. (S. Aug., lib. 9, c. 3, de Gen. t. 34, p. 395). - Magis voluis>ent mori, quaui carnali amore convenire et voluptas in eis erat mortua. Convenerunt carne contra voluntatem suam es divina dilectione, non ex concupiscentia. (S. Bric, lib. 1, Révélât.).

— Maria Virgo de Anna sterili, et de Petre jam sene, extra consuetudinem mulierum, post ret'rigescentem calorem, et sanguinem jam tepidum in pectore refrigescentem, et omr.em amorum libidinis discessum, mundo corde, et corpore ab muni pollutione carnali orta est, sic enim Dorainus voluit ut de tali vasculo Mater sua nasceretur. (S. Il-def., Arch. Toi., in serm. de IVativ. 3/.).

(1) Te Unigenitam ac Primogenitam hodierno die ex stérile pâtre produxit. (S. .Toan. DaMASC, orat. de Nativ. Virg.).

Sic, Andr. Cretens., encomi. de 1 Dormit. Deip. orat. - S. Germ. Const., serm. de Oblat. M. in Templo - De Laud. M. - S. Thom. in cap. 1, ad Galat. - Suarez, t. 2, in 3. part., disp. 5, sect. 4, etc.

(2) Unica est columba mea, etc. {fiant., VI.) Haec igitur, ait Spiritus S., unica est Matri suae Annae, aperte, innuens B. Annam nullam sobolem aliam procréasse. (Canisius, lib. 1, de B. Virg., cap. 4. - Ita Rupert. Theodoret, cit. a Yicga, Theol. Mar., n. 926).

— Maria quae unica erat Joachimi et Annae filia. (Cornel. a Lap. in Luc. III. \. 23, tom. 16, p. 95, 4.).

(3) Solus enim Filius Virginis fuit ab originali culpa immunis et ipsa Mater fins \irgo. (S. Bonav., de B. M. Virg., serm. 2, édit. Vives, t. 14, p. 111).

(4) Bulla Pii IX ad deftn. Im. Concep. B. AT. Virg.

et sa postérité ne regardât ni ne put atteindre Marie, antérieure, prîmogenita, et non postérieure à Adam dans les décrets divins. « Fille d'Adam, il est vrai, dans l'ordre physique, Elle est sa Mère dans l'ordre moral, dans l'ordre supérieur de la grâce (1), car c'est d'Elle et par Elle, comme Mère du Verbe incarné et rédempteur, qu'il a reçu toute grâce, la première aussi bien que la seconde. Adam n'est donc pas le chef moral de Marie; et de lui, Elle n'a rien à recevoir, ni justice, ni tache originelle. Marie, première née de toute créature, n'a que Jésus-Christ pour chef, pour auteur de sa grâce et de tous ses dons surnaturels ; et Adam ne peut se jeter entre Elle et Lui pour en arrêter la libre et pleine effusion (2). » Il convenait que Votre Conception, 6 Marie, fût immaculée; c'est ce que proclament les gloires de votre Prédestination, comme les grandeurs de vos destinées.

Marie est choisie de toute éternité pour être la Mère du fils de Dieu; « et à ce titre, comme nous le lisons dans les actes de « l'apôtre Saint André, Elle devait être exempte de la tache ori- « ginelle. Le premier homme ayant été créé de la terre imma- « culée, il était nécessaire que d'une Vierge immaculée naquît « l'homme parfait, destiné à réparer cette vie éternelle que les « hommes avaient perdue par Adam (3). »

(1) Maria fuit a Deo praedestinata ante omnes creaturas. (Cornkl. a Lap., .-.lit. Vives, t. 9, p. 617., col. 2.).

— Fuit a Deo ab aeterno praedestinata, non solum ut esset sancta, sed et Mater sanctorum. (Id., t. 5, p. 232, col. 1.).

— Est prima creaturarum. (T. 9, p. 571, col. 2.)-

(2) 2. Partie, Vie de la Sainte- Vierge, par M. l'abbé Meynard.

(3) Et propterea quod ex immaculata terra creatus fuerat primus homo, necesse erat ut de immaculata Virgine nasceretur perfectus homo, qua Filius Dei, qui ante condiderat hominem, vitam aeternam, quam perdiderant homines per Adamum, repararat. (Marty. S. Andreae Apost., apud Marcelli).

1 — Sicut primus Adam ex terra immaculata, ita et Christus ex Virgine immaculata. (D. Andréas ap. apud Rartholom. Pisanum, lib. 5, de Land. Virg. fructu, VIII).

— Sicut Adam formatus ex terra, antequam esset maledicta, ita et secundus Adam ex terra virginea nunquam maledicta. (D. And. ap. apud Achaiam Presbyt. in Vit. ejusd. apost.).

— Idem apud Abdiam in gestis div. Andreae, lib. 4.

— Ex illibata virgine terra formavit Adam, sic pro alia terra, ut ita dicam, munda hac prorsusque immaculata de natura tota electa Virgine novus Adam Adae flctor evasit. (S. and. cret. orat. in iXativ. B. M., II v., p. 817, éd. Mign.).

« Le Verbe, qui avait résolu de s'incarner, s'écrie Yves de « Chartres, sanctifia la chair de sa Mère; et voulant la faire « sienne, Il L'éleva jusqu'à la pureté divine, en La préservant de « toute trace de péché, tant originel qu'actuel (1). » « Il ne pou- « vait en être autrement, dit à son tour saint Fulbert, car Celle « qui était destinée à mettre au monde la source même de toute « sainteté, devait être sainte, immaculée dans sa Conception (2). »

« En effet, répond Bossuet, la Conception de Marie est comme « la première origine du sang de Jésus. C'est de là que ce beau « fleuve commence à se répandre, ce fleuve de grâces qui coule « dans nos veines par les Sacrements, et qui porte l'esprit de vie « dans tout le corps de l'Église. Et de même que les fontaines, se « souvenant toujours de leurs sources, portent leurs eaux en rejaillissant jusqu'à la hauteur qu'elles vont chercher au milieu « de l'air; ainsi ne craignons pas d'assurer que le sang de notre « Sauveur fera remonter sa vertu jusqu'à la Conception de sa « Mère, pour honorer le lieu d'où il est sorti. »

Chacun de nous subit, en quelque sorte, sa mère, mais, si nous avions le droit de choisir la nôtre, et la puissance de l'orner de toutes les vertus, de faire briller en elle l'innocence et la sainteté d'un éclat merveilleux, et d'en faire, en un mot, un chefd'œuvre incomparable de la nature et de la grâce, hésiterionsnous? Évidemment non. Eh bien! Jésus a choisi la sienne, et L'ayant choisie, Il a dû, pour répondre au désir de son Cœur, La dispenser de la loi qui La soumettait au démon, La séparer de la contagion générale, La prévenir de toutes les faveurs et L'embellir de toutes les vertus (3).

O Marie ! Vous êtes bien le Tabernacle qui n'est pas de cette création, par lequel il convenait que le Pontife des biens futurs, Jésus-Christ, saint, immaculé, entrât dans le monde (4).

(1) Quomodo Matrem carnis suae sanctificaverit (Verbum) audiamus, ut inde laetetur catholicus, et haereticus confundatur. Omnera quippe naevum tam originalis quam actualis culpae in Ea delevit, sicque carnem de Ejus carne sumens iu divinam munditiam translbrmavit. (Ivo Carnot., serm. de Nativ, Christi).

(2) Electa insignis inter filias quae immaculata semper extitisti, ab exordio tuae creationis, quia paritura eras Creatorem totius sanctitatis. (S. Fulb. Carnot., serm. 3, de Nativ. Mariae).

(3) Sapientia, quae Dei erat, et Deus erat, de sinu Patris ad nos veniens, aediflcavit sibi do muni, Ipsam scilicet Matrem suam, Virgineni Mariam. (S. Bern., serm. 52 de Div., n. 2. - I.ect. de festo Transla. Alm. Uom. B. M. V,, 10 decemb., In Brev. Rom., in suppl. pro alio loc).

(4) Christus peramplius et perfectius tabernaculum non manufactura, id est

« Oui, vous êtes la brebis immaculée, mère de V Agneau sans tache (1). » Aussi êtes- vous l'objet des prédilections de l'adorable Trinité.

Dieu renverse pour Elle les lois de la nature, l'exempte de la souillure originelle, et ne permet pas qu'Elle soit atteinte par le mortel poison, qui infecte tous les hommes, lorsqu'ils apparaissent à la vie; et, par cette faveur insigne, la grâce la saisit, l'enveloppe, la transporte hors de l'atteinte de l'ennemi, jusque dans la sainteté la plus éminente (2).

« Encore que le torrent de l'iniquité originelle, dit saint Fran- « çois de Sales, vînt rouler ses ondes infortunées sur la Concep- « tion de cette sacrée Dame, arrivé là, il ne passa point outre, « mais s'arrêta court, comme anciennement le Jourdain, du temps « de Josué, et pour le même respect; car le fleuve retint son cours « en révérence du passage de l'Arche de l'alliance, et le péché « originel retira ses eaux, révérant et redoutant la présence du « vrai tabernacle de l'éternelle alliance. » (Saint François de Sa- « les, Traité de l'amour de Dieu, liv. 2, c. 11).

Cette première grâce en appelle d'autres {3). Elles sont si prodigieuses, si multipliées, que Dieu seul peut en connaître toute l'étendue (4).

non hujus creationis (introivit semel). (Heb. IX, 11). - (Maria) Tabernaculum Dei sanctum, non manufactura, in quo Rex noster, Rex gloriae factus est Pontifex, etc. (Div. Dion. Alex, in epist. contra Paul. Samosat. - Jd. S. Germ., serm. in Nativ. B. V.).

(1) S. Andreae apostol. - Ovis immaculata, quae peperit Agnum Christum. (S. Epipiian'. , serm. de Laudib. B. V.).

(2) (Maria) Omnibus ab'indavit gratiis: et causam explicans, div. Athanas. inquit: Ex Te prodivit Deus noster, omnem Tibi largiens gratiam. (S. Athanas.. serm. de S. Deipara).

— Caeteris per partes, Mariae autem se totam infudit gratiae plénitude (Sophron., serm. de Assumpt. qui inter opéra Hieron. habetur).

— Mariae tota plenitudo gratiae supervenit. (S. Petrus Dam., serm. de Assumpt. Vlrg.).

(3) Abyssus abyssum invocat. {rs. XIJ, 8).

(4) Quapropter Illam ita miriflee cumulavit, ut Ipsa eam innocentiae et sanctitatis plenitudinem prae se ferret, quam praeter Deum nemo assequi cogitando potest. (Bid. PU IX ad def. Imm. Concept. B. M. V.).

— Tanta igitur fuit perfectio Eius, ut soli Deo cognoscenda reservetur. (S. Bern. Sen., de jmmac. Conc. B. M. V., serm. 4, art. 3, c. 1).

Elles dépassent tout ce qui fut accordé au plus élevé des Saints et au plus sublime des Anges (1). Marie commence où les autres finissent. Cette cité est bâtie sur les hauteurs (2). Où les montagnes ont leur sommet, Elle a ses fondements. Si dans la création d'Adam, qui ne devait être qu'un simple serviteur de Dieu, les trois divines Personnes, entrant en une sorte de conseil, dirent entre Elles : « Faisons l'homme a notre image et à notre ressemblance (3). » quel langage n'ont-Elles pas dû tenir, lors de la formation de Celle qui devait être la Mère du Fils de l'Eternel ! Elles ont dû employer tout leur amour, toute leur puissance, toute leur sagesse, afin de L'élever à la plus haute, à la plus éminente perfection et d'en faire un chef-d'œuvre unique (4). Tous les fleuves de la grâce débordèrent dans cet Océan. Dès le premier instant de sa Conception, Marie reçut â Elle seule plus de grâces que n'en possédèrent et n'en posséderont jamais tous les hommes et tous les Anges réunis (5). Voilà pourquoi Saint Bernardin de Sienne l'a nommée la Magnificence de Dieu; « parce- « que, dit-il, cette divine Vierge glorifie Dieu elle seule plus que « toutes les créatures ensemble (6). »

(1) D. Aug. I. de Xat. et Grat., c. 36. - Ici. Suarez, t. 2, in p. disp. 3. - Id. c. 1.

(2) Ps. LXXXVI, V, 1. - Addo, pium et verisimile esse credere, gratiam virginis in prima sanctificatione, intensiorem fuisse quam supremam gratiam inqua consummantur Angeli et homines. Solet et ad hanc accomodari illud Ps. LXXXVI: fundamenta eius in montibus sanctis; quia fundamenta sanctitatis Virginis po sita fuerunt ubi alii sancti consummantur. (Suarez in 3. p. D. Thom. IX, 27. Disp. 4, sect. 1. Ita D. Thom. - Laur. Justin. - Joan. Damasc. - Vinc. ferr. - S. Bern., etc.).

(3) Gen., I, 26.

(4) Prius enim Altissimus sibi Eam quasi mundum specialissimum creavit. (S. Bern., t. 2, serm., p. 961).

— Deus Pater cujus Maria opus est spéciale. (Rich. a S. L., de Laud. B. M. F.> lib. 12, c. 1, p. 329).

— Beatissima Virgo est Christo propinquissima, habebit etiam ipsa animam omnibus caeteris hominibus perfectiorem. (Theol. Mariana, Vega, n. 73v).

Ipsa autem sola gratia plena, quia majorem gratiam non potuit habere, nisi etiam ipsa Divinitati uniretur: hoc enim est, nisi ipsa esset Deus, non posset major gratia intelligi, quam quod ipsa esset Dei Mater. (D. alb. Mac. sup. Ev. Missus est).

— Tanta fuit in ea gratia, ut in creatura non unita Divinitati major non possit intelligi. (S. Bonav., de B. M. V., s. 2, in ord. 38).

('>) Gratia Mariana jam pro primo Conceptionis instanti, superat gratiam consummatam omnium sanctorum hominum, et Angelorum simul snmptorum. (Theol. Mar., n. 656, p. 318. - Ita Suarez, t. 2 in 3, p., disp. 3 de c. 1. - Ita D. thom., p. 3, q. 7 ad 10).

(6) Singularis magnificentia Dei fuit B. Virgo, quia in eius exultatione plus

Quel privilège! Examinons-le, quelques instants, pour la gloire de notre Mère.

Qu'est-ce donc que la grâce ? C'est la vie même de Dieu communiquée à une âme, non pas en image, si ressemblante que cette image puisse être, mais réellement et en vérité (1). Par la grâce, nous sommes pénétrés de Dieu, imprégnés de Dieu, nous vivons en Lui et de Lui, nous participons à sa nature, comme le fer rouge participe à la nature du feu, et tout en restant fer, devient feu, brillant et brûlant comme le feu. De là ces expressions si connues et si peu comprises, que, par la grâce nous sommes fils de Diou (2), membres de Jésus Christ (3) et dieux nous-mêmes (4), expressions qui ne sont pas de simples figures mais qui renferment, dans leurs insondables profondeurs, des réalités aussi merveilleuses que certaines.

Tel est le mystère de la justification ; par la grâce nous sommes déifiés. C'est la plus grande œuvre de Dieu (5).

« L'acte créateur est certainement moins magnifique, quoique, « par sa nature même, il soit exclusivement divin : cet acte n'abou- « tissant jamais qu'à faire une créature, celui-ci fait de cette créa- « ture un Dieu (0). »

Mais cette grâce, une fois reçue, la conservons-nous toujours au même degré, sans qu'elle puisse, en nous, se développer et grandir? Nullement! En elle-même, c'est vrai, la vie divine est infinie et ne peut prendre d'accroissement, mais dans la créature, elle est nécessairement bornée et par là même, susceptible de progrès. Quelque soit le degré de cette vie de Dieu en nous, nous pouvons nous plonger en Lui davantage, nous pénétrer davantage de sa substance. Si haut que nous soyons, notre édifice peut s'élever

magnificatur.... plus magnificat Dominum quam omnis creatura alia simul sumpta. (S. Bern. Sen., serin, in Assnmpt. B. V. art. 1, c. 2).

(1) Ter gratiam, adipischnur ipsum Spiritum Sanctum, ejusque naturam divinam. (COBNEL. a Lap. in Ose, c. I, v. 10 Tota ergo Trinitas personaliter et substantialiter venit (per gratiam) in animam quae justificatur et adoptatur. (Id. ibid.).

(2) Videte qualem caritatem dédit nobis Pater, ut Filii Dei, nominemur et

M111US. (JOAN. 1. F.p. c. 3, v. 1).

(3) Vos estis corpus Christi et membra de membre (Ep. 1, ad Cor. c. XI, v. 27).

(4) Ego dixi: Dei estis et Filii Excelsi omnes. (Ps. I.XXXI, 6).

(5) S. Thom. I, II, q. 113, art. 9.

(6) Mgr Gay, De la vie et des vertus Chrétiennes, I, 5, p. 38 in 8. - Cfr. S. AUC, Tract. 72, in Joan. et S. Thom. 1, 2, q. 113, 9, 10).

encore (1), et si brillante que soit notre lumière, elle peut devenir plus brillante (2).

Cette croissance est même pour nous un devoir et le plus impérieux, puisqu'il résume tous les autres. Que le Juste se justifie encore ! que le saint se sanctifie encore (3) !

Point d'obligation plus universelle et plus constante. Ajoutons que pour la remplir, tout peut devenir un moyen, le repos comme le travail, la joie comme la souffrance. Dès qu'un acte, fait en état de grâce, est bon en lui même, c'est-à-dire selon l'ordre, il constitue un mérite, et tout méiïte est un accroissement de grâce.

Ces principes posés, voici dans quelles proportions peut grandir en nous la vie divine. Je prends une âme, en état de grâce; elle produit, je le suppose, un acte parfait, c'est-à-dire que cet acte étant bon par lui-même et dans son objet, elle y met, de plus, l'intention la plus pure, toute l'énergie de sa volonté, toute l'intensité de son amour, et l'attention nécessaire. Quel sera pour elle le résultat de cet acte? Aussitôt, dans son cœur, la grâce sera doublée (4).

. Sans doute, si l'acte n'est pas parfait, qu'il s'y mêle quelques défauts, le mérite ne sera pas aussi grand, mais l'acte produira toujours un effet proportionné; et s'il n'est pas absolument sur que, dans ce cas, la grâce méritée soit donnée à l'àme sur le champ, du moins, c'est plus vraisemblable (5).

Quels trésors de vie divine, une àme même vulgaire, peut accumuler en elle, pour peu qu'elle vive en état de grâce! Et parmi les âmes, combien reçoivent, dès le principe, des grâces immenses et y répondent parfaitement ! Quelle n'est pas leur croissance !

Et la multitude des âmes, vivant et grandissant ainsi dans la grâce, qui pourra l'apprécier? Combien dans le passé!... Combien aujourd'hui!... et dans l'avenir!... Quel nombre que celui des saints que l'humanité doit donner à Dieu.'...

(1) In quo (Christo) omnis aedificatio constructa crescit in templuni sanctum iu Domino. (Eph. II, 21).

^2) Justus semita, quasi lux splenden's, procedit et crescit usque in perfectum diem. (Prov. IV, 8).

(3) Qui Justus est justificetur ad'.iuc, etc. {Apoc. XXII, 11).

(4) (Suarez, in 3. p. l>isp. 18, q. 3>', art. 4, sect. 4, 5, 6. Ed. Vives. Toiu. 19, ]). 291. - Cornel. a I.ap. in Luc. gratia plena. Tom. 16, p. 17. Ed. Vives).

(5) Suarez, id. id. n. 5. p. 291-292, id.

Et qui dira les flots de vie divine épanchés sur eux?

Avec les saints, voici les Anges!... Ils sont sans nombre.

Et sur eux comme sur nous, s'est déversée la grâce; en quelle proportion? Nous l'ignorons, mais certainement avec une surabondance qui surpasse toute expression.

Et maintenant laisserons-nous notre imagination rêver un instant? Regardez cette poussière d'astres, qui, au souffle de Dieu, tourbillonne en des espaces sans fin. Ne sont-ils pas habités, ces astres? N'avons-nous pas, dans ces soleils lointains, des frères, des sœurs, inconnus, innombrables, que nous verrons plus tard? C'est possible. N'est-ce pas probable?... Beaucoup le croient aujourd'hui (1) ! Et en effet, comme il est bien plus beau, bien plus grand et plus digne de Dieu, cet univers habité par des êtres intelligents, capables de connaître, d'aimer, de servir le Créateur! Or, s'ils existent ces êtres intelligents, c'est probable, qu'eux aussi sont appelés à la grâce, et par la grâce à la gloire ; comme nous, ils sont membres du Christ (2), préservés par lui, comme les Anges fidèles, ou rachetés par lui, comme les hommes pécheurs. N'est-ce pas pour son Christ et par lui que Dieu a tout fait?

Donc sur eux aussi s'épanche la vie divine.... Et qui dira le nombre et la grandeur et la beauté, et le degré de sainteté de ces élus que les astres, comme la terre, envoient au Ciel? Quel ensemble déjà! Les saints, les Anges, et peut-être des myriades encore d'autres élus!... Quel spectacle!...

Voici cependant un spectacle plus beau, un astre plus resplendissant, un abime plus profond; voici un monde incomparable, unique, c'est Marie!

« Marie, Dieu l'aime plus que toute l'église réunie (3). »

Or les bienfaits de Dieu sont proportionnés à son amour; et le bien-fait de Dieu par excellence, le bien qu'il aime le plus à

(1) « Des esprits, à qui plait l'analogie, trouvent de la difficulté à concevoir « que tous les globes dont la nuit orne son front, et qui nous regardent toujours * invisibles à travers la lumière du jour, n'aient d'autre rôle à jouer que celui des « lampes chinoises dans une illumination. Le dogme de l'Incarnation n'est com- « promis par aucune des opinions sur la pluralité des mondes. » (Le P .Faber. - Bethléem, II, 89-90).

(2) Si les autres mondes ont été ou sont habités par des êtres moraux, il est de la plus haute probabilité qu'ils ont pour chef la Sainte Humanité de Jésus. </d., pag. 92).

(3) Deux plus amat solam D. Virginem quam totam Ecclesiam, id est, quam omnes homines et Angelos simul sumptos. (Cornel. a Lap., in Luc. I, 28).

faire, c'est-à-dire à communiquer, c'est Lui-même, Lui Dieu, se donnant ici bas par la grâce, au ciel par la gloire; parcequ'il est le bien, le seul bien désirable, le seul infini, le seul vrai Bien.

Donc Marie, plus aimée que toute l'Eglise, a reçu, Elle seule, plus de grâces, plus de vie divine que tous les Anges, que tous les saints ensemble (1).

Prenez des vases d'or de grandeurs diverses; au milieu, en voici un plus beau, plus grand, dont la capacité surpasse celle de tous les autres réunis ; c'est de ce vase que s'est épanchée la liqueur divine dont tous les autres sont pleins (2); pas une goutte dans ceux-ci qui n'ait été dans celui-là; et en donnant ce qu'il a donné, ce vase auguste ne s'est point appauvri ; une source intarissable le remplissait lui-même incessamment. Ces vases d'or de grandeurs diverses, ce sont les anges et les saints; ce vase plus grand qui les remplit tous, c'est Marie, et la source, c'est Jésus, c'est son Cœur (3)!...

Impossible pour nous de mesurer, de compter, les torrents, les fleuves, les océans de vie divine répandus en Marie, au premier instant de sa conception; il n'y a que Dieu seul, encore une fois, qui puisse les connaître.

Marie est donc déjà au début de sa vie, comme le réservoir de toutes les vertus, ou plutôt l'abime où toutes atteignent une profondeur incommensurable (4). Non-seulement Elle les possède

(1) (Maria) Sanctior Chérubin, sanctior séraphin, et nulla comparatione caeteris omnibus superis exercitibus irloriosior. (S. Epiph. cité par Suarez, tom. 11, page 291, éd. viv.). - Flumina sunt charismata Spiritus Sancti; omnia ergo flumina intrant in mare, dum omnia charismata sanctorum intrant in Mariant. Flumen etiam gratiae Angelorum intrat in Mariam, et (lumen gratiae patriarcharum et prophetarum intrat in Mariam, et flumen gratiae apostolorum intrat in Mariam, et flumen gratiae martyrum intrat in Mariam, et flumen gratiae confessorura intrat in Mariam, flumen gratiae virginum intrat in Mariam, omnia flumina intrant in mare, id est, omnes gratiae intrant in Mariam. Quid mirum, si omnis gratia in Mariam confluxit, per quam tanta gratia ad omnes defluxit. (S. Bonav. in spec. Lut. 3).

(2) In Virgine ut in aquaductu congregantur omnes gradus gratiae qui ad rivulos (sanctos scilicet) derivantur. (Suarez, loco citato, n. 12, p. 215).

(3) Cor Jesu, fons omnium gratiarum.

(-1) In te tota gratia pariter veniet plenitudo. (S. Pet. Chrys., serm. 140, de Annunt. B. M. V).

— Huic vero Virgini se infudit plenitudo gratiae. (S. Ildeph., Ar. tol.de Ass. B. M. V., serm. 6, t. 12, p. 5S5).

— Maria dicitur mare, quia omnibus, gratiis semper plenissima est; quia sicut in mari est omnium aquarum congregatio, ita in Ipsa, congregatio omnium gratiarum. (Alb. Mao., Bibliae B. M. V., t. 1, p. 485).

— Omnes enim aquae, id est, gratiae, quae sub coelo sunt, id est sub Deo,

toutes, dit Saint Thomas, mais Elle les pratique dans une perfection que l'œil de l'homme ni celui de l'Ange n'apprécieront jamais (1). Elle commença à les augmenter, dès le sein de sa mère, où Dieu lui donna la jouissance complète de toutes ses facultés, ajoute S. Bernardin de Sienne (2). Que seront-elles, au jour de sa naissance, de sa Maternité divine, et surtout à l'heure de sa mort bienheureuse, si on se rappelle que chaque instant qui s'écoule augmente ses mérites. 0 altitudo!

Voilà l'immaculée Conception de Marie, et les grâces qui l'accompagnent. C'est la concentration de l'innocence, de la sainteté, de tous les dons, de toutes les vertus, autant qu'elle peut avoir lieu dans une simple créature; c'est le miroir fidèle de la pureté divine, où Dieu aime à se contempler; et dans la joie qu'il en éprouve, Il s'écrie: « Que vous êtes belle, ô ma bien-aimée! Mon regard, qui découvre des taches jusque dans les Anges, ne remarque en vous que splendeur incomparable. Aussi vous êtes la privilégiée de mon Cœur (3).

« Je vous donne la préférence sur toutes les créatures (4).

congregatae fuerunt in locum sacrum, id est in animam Beatae Virginis. (Rien. de S. Laur., de Laud. B. M. V., 1. 8, c. 1, p. 228).

(1) B. Virgo omnium virtutum opéra excrcuit. (D. Thom., opusc. VII, 64).

(2) Beata Vlreo, etiam dura erat in utero Matris, habuit usum liheri arbitrii, atque lumen perfectum in intellectu et ratione. Proinde secundum quosdam, tune fuit in sublimiori eontemplationis statu, quam unquam fuerit aliqua creatura humana in perfecta aetate. Et lieet in utero Matris suae, sicut et caeteri infantes, doriiiiret, attamen somnus, qui abyssat et sepelit in nobis rationis et liberi arbitrii actus, et per consequens actum merendi, non credo quod talia in Ipsa fuerit operatus, sed anima sua libère ac meritorio actu, tune tendebat ad Deum. Unde illo tempore contemplatrix, quam unquam fuerit aliquis alius, dum vigilavit. Unde et Ipsa ait: Ego dormio et roi- meum vigilat. (Cant., V, 2). Scilicet in contemplatione perfecta a nulla actione debilitata. (S. Bern. Sen., t. 4, p. 83. - Item Suarez, t. 2. in 3 part. disp. 14. - Vasquez, disp. 119, t. 2, in 3 part. c. 3. - Diony. Carth., lib. de Laud V., art. 12. - Rich. a S. Laur., de Laud. M., c. 98).

— S. ant. Klor., Sum. theol., part. 4, tit. 15, c. 19, § 1.

— S. Biro., lib. 1 lier ri., c. 51.

— D. Alb. Magn.. c. 96 Marialis.

— Gerson, super Magnif. Alph. 7. litt. 2.

— Theolog. Mttr. a V. Skdi.mayr.. n. 621, p. 309. - Idem Vboa, Theol. .iforian., n. 738.

(3) Tota pulchra es, arnica mea.... macula non est in Te. (Cant, IV, 7).

(4) Tu supergressa es universas. (Prot)., XXXI, 29).

"Vous l'emportoz dans mon esprit sur toutes les richesses de la terre, sur tous les royaumes du monde (1). Aussi je veux m'unir à vous par les liens les plus étroits (2), car je me plais dans votre société (3). Les vierges auront le privilège de suivre l'Agneau sans tache partout où II ira-, mais Vous, mon Immaculée, vous Le précéderez (4).

« Je Lui ai donné toutes les nations en héritage, je L'ai établi le Roi immortel de tous les siècles. Eh bien ! parce que Vous avez été conçue dans l'innocence et la sainteté, Vous l'aurez pour ami, ce Roi universel (5), c'est-à-dire Vous régnerez sur son Cœur par l'amour. »

En effet, où l'amitié véritable réside-t-elle ? Au fond du cœur. Et qui possède toute notre amitié possède ordinairement tout notre cœur, use de notre cœur, puise dans notre cœur ; et pour tout dire, en un mot, il a tout pouvoir sur notre cœur.

Voilà les privilèges de la Vierge immaculée. Sa beauté intérieure était si remarquable, si exceptionnelle, elle resplendissait d'un si vif éclat, elle éclipsait tellement toutes les autres, elle était si incomparable, si unique en son genre, si au-dessus de la terre et du monde angélique (6), si semblable à celle de Dieu dont elle était le reflet véritable, que le Roi Jésus (7), gagné par ses charmes, fît de Marie sa préférée et la bien-aimée de son Cœur, la Reine de son empire et la Dépositaire de tous ses divins trésors (8).

Voilà pourquoi, dans une apparition célèbre, une enfant de bénédiction, éblouie de la splendeur de Celle qui se manifestait à ses regards émerveillés, osa Lui demander qui Elle était? Il lui fut répondu : Je suis V Immaculée Conception. Ce mot, aussi profond qu'il parait simple, nous donne la clef de bien des mystères.

(1) Omnis ponderatio auri non est digna continentis annnae. (Eccl. XXVI, 20).

(2) Incorruptio autem facit esse proximum Deo. (Sap., VI, 20).

(3) Qui pascitur inter lilia. (Cant.. II, 16; VI, 2).

(4) In laudibus Virginum siugulariter canitur, quod sequuntur Ag"um quoi unique ierit. Quibus ergo laudibus judicas dignam, quae etiam praeit? (S. Bern. serm. 1 su p. Missus est).

(5) Qui diligit cordis muuditiam habebit amicum Regem. (Prov.. XXII, 11)-

(6) Erunt sicut Angeli Dei in coelo. (S. Matth., XXII, 30).

(7) Jésus Rex. (Mattu., XXVII, 37).

(8) Arnica mea. (Cant.).

— Adamavit eam Rex plus quain omues mulieres. - Habuitque gratiani corani eo, et posuit diadema regni in capite eius, fecitque eam regnara (Esth., II, 17).

C'est le 8 décembre 1854, dans l'insigne basilique du Vatican, que le Vicaire de Jésus-Christ, le souverain Pontife, Pie IX, entouré du collège des Cardinaux et d'une immense assemblée d'évêques, de prêtres, de fidèles, définissait solennellement et proclamait dogme de foi l'Immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge Marie.

Cette définition jeta l'univers entier dans l'allégresse; et la terre, faisant écho au Ciel, redisait avec enthousiasme: Bénie soit la sainte et Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie! L'Église, contemplant sa Mère et sa Reine, toute resplendissante d'une nouvelle beauté, ne cessait de lui offrir, dans sa liturgie sacrée, le tribut de ses louanges. Elle lui chantait dans ses solennelles antiennes: Vous êtes toute belle, ô Marie, et il n'y a point de tache en Vous. — Votre vêtement est Uanc comme la neige, et votre visage radieux comme le soleil. — Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, l'honneur de tout votre peuple. — Vous êtes bénie, ô Vierge sainte, par le Dieu Très-Haut ; et sa bénédiction Vous élève incomparablement au-dessus de toutes les femmes de la terre. — Attirez-nous après Vous, ô Vierge Immaculée; nous courrons à l'odeur de vos parfums (1). » En même temps, elle implorait son secours, aussi puissant que grande était sa beauté, en Lui disant dans ses hymnes sacrées: « Insigne Gardienne des vierges, Mère sans tache du Sauveur, Porte de la sainte Cité, notre Espérance et la joie du Ciel, Lis virginal épanoui dans les roses, Colombe aux formes ravissantes, Tige aux plus belles fleurs, soyez le remède à tous nos maux. Tour inaccessible à l'ennemi, défendez-nous de ses embûches; Etoile amie du voyageur, guideznous par vos célestes feux, dissipez les ténèbres, écartez les périls, dirigez et assurez notre route au milieu des vagues sour levées par la tempête (2).

Jamais, sur terre, manifestation plus solennelle et plus éclatante n'avait eu lieu en l'honneur de la Vierge Marie, dans cette

(1) Offlc, (le hnm. Concep. 8 déc.

(2) Id., ibid.

Église catholique, arrivée au dix-neuvième siècle de son existence. Partout, sur tous les points du globe, les enfants célébraient avec amour la gloire de leur Mère, les triomphes de son Immaculée Conception.

Triomphe ! ce fut vraiment le mot propre de ces grandes solennités, comme c'est le mot propre des fêtes célébrées chaque année, au jour anniversaire de la définition dogmatique.

L'Immaculée Conception de Marie n'est-elle pas, en effet, le triomphe de cette auguste Vierge ; le triomphe aussi de l'amour de son Dieu? Et l'époque, choisie par la divine Providence pour la définition du dogme, n'est-elle pas comme l'aurore de ces temps de triomphe, où l'Eglise verra à ses pieds, je voudrais dire à ses genoux, ses ennemis vaincus ?

Marie triomphe en son Immaculée Conception; Elle triomphe du Démon. L'ennemi ne se réjouira pas à son sujet. Le Tout- Puissant L'a revêtue d'une force invincible. Elle tient écrasée sous son pied virginal la tête du serpent. Elle triomphe aussi de son œuvre qui est le mal, le mal suprême, le péché. Quand le saint Auteur des Psaumes demande : « Qui donc a l'intelligence du péché? » Il faut lui répondre: une seule créature après Jésus- Christ, Marie! Et cette horreur du péché, la Vierge l'eût assurément étendue jusqu'au péché originel, bien que ce ne soit pas un péché commis, mais simplement contracté, si Elle eût dû, dans sa Conception, en subir la souillure. — Mais non, ô Marie! le Démon fuit loin de Vous, devant l'abîme de grâces de votre sein immaculé. La virginité, qui Vous fut si chère, ne sera pas moins l'ornement de votre âme que celui de votre corps; et, du reste, cette double virginité est nécessaire à votre future dignité de mère de Dieu?

J'ajoute, avec un docte et pieux auteur, que la grâce de l'Immaculée Conception n'était pas pour laisser Marie dans une pureté négative, c'est-à-dire dans une complète absence de tout mal; mais « qu'elle fut dans l'âme de la Vierge ce que sont, dans notre « atmosphère, la transparence et la limpidité. La transparence de « notre atmosphère terrestre est, en définitive, la liberté donnée «et le passage ouvert aux illuminations du soleil; de sorte que « cette pureté, dès qu'elle existe, se trouve transformée en splen- « deur: de même, parce qu'Elle est Immaculée, Marie est toute « ouverte et toute livrée à ce qui vient d'en haut. Dieu peut de-

« scendre et L'envahir jusqu'à La combler. Où qu'il aille, il « trouve la place faite; quoiqu'il veuille opérer, le sujet est prêt « et soumis. Dieu est moins maître du Ciel et de la terre visibles, « qui ne sauraient pourtant lui résister, que de cette libre et « humble Vierge. Toute grâce peut affluer, et affluera, en effet, « en Elle; l'abîme peut tout contenir. Ce mystère est caché sous « ces paroles de l'Ecclésiaste : « Tous les fleuves entrent dans la « oner, et la mer n'en regorge -point (1). »

Quel triomphe donc pour Marie que cet Immaculée Conception qui L'enrichit de tant et si incomparables grâces; qui La soustrait, Elle seule, au Prince de ce monde, et qui L'élève audessus de toutes les créatures humaines et angéliques dont Elle devient la Reine, si haut, si haut, qu'Elle monte jusqu'à Dieu pour en recevoir le Fils, en qualité de Mère, dans son sein doublement virginal !

Aussi quelle reconnaissance sort à flots pressés, depuis le premier instant de son existence, du Cœur si pur et si humble de la Vierge Immaculée, pour le Dieu qui L'a élevée à de telles hauteurs, qui L'a revêtue d'une telle beauté? Son Magnificat incessant et immense, remplissant, embrassant la terre et le ciel, rend fidèlement, amplement, à son Dieu, toute la joie et toute la gloire accidentelles qu'il peut recevoir.

L'Immaculée Conception n'est pour Marie un triomphe, qu'après avoir été un triomphe pour Dieu, et particulièrement pour le Dieu fait homme, pour son Cœur Sacré.

Dieu est saint; et sa gloire est de déverser sa sainteté au dehors, et son triomphe est de former des saints. Mais, hélas! quelle barrière le péché oppose à ces épanchements de la divine Sainteté! La vérité c'est que, dans la malheureuse race humaine, depuis la chute d'Adam, Dieu n'a pas la première place en ses créatures. Satan occupe cette place. Il a pu s'emparer, pour les corrompre, des sources de la vie humaine, et il y règne en maître. Bien que ces âmes puissent ensuite être lavées, régénérées, sanctifiées parla grâce toute-puissante de Dieu, néanmoins, elles auront passé un temps plus ou moins long sans être son temple. Toute conception est maculée par l'extension et la communication de la tache originelle. N'y a-t-il pas là pour Dieu comme

(1) Mgr Gay.

une défaite perpétuelle que Satan inflige à son œuvre; et cettcdéfaite n'appelait-elle pas une souveraine victoire, un éclatant triomphe !

Ce triomphe de Dieu, c'est l'Immaculée Conception de Marie. Son àme est la terre toute pure du Seigneur, terre que l'ennemi n'a pas foulée, même l'ombre d'un instant; elle est le jardin fermé, absolument réservé au Roi du Ciel, et où le souffle empesté de Satan n'a jamais passé; elle est son palais d'ivoire, son trône d'or, son temple très saint, le lieu de ses parfaites délices.

Mais, ainsi que l'Église nous l'enseigne, dans l'oraison de la fête, c'est par la vertu anticipée des mérites de Jésus-Christ, le Dieu fait homme; c'est eu égard au sang divin répandu dans la Passion, que Marie a été préservée de la tache originelle. L'Immaculée Conception est donc très particulièrement le triomphe de la Rédemption de Jésus-Christ, parce qu'elle est, pour la Vierge, une rédemption originelle, et, par là-même, absolument parfaite.

Or, cette Rédemption incomparable fut l'œuvre de l'amour, incomparable aussi, de Jésus pour Marie; lequel amour de Jésus n'est autre chose que l'éternel et essentiel Amour apporté à la terre par le Fils de Dieu en son Incarnation, et ne fait qu'un, par conséquent, avec l'amour du Père et du Saint-Esprit, pour s'épancher, dans une divine unité, sur l'Immaculée Vierge.

Rappelons-nous maintenant que l'amour de Jésus-Christ a pour siège, pour organe et pour symbole, son Sacré-Cœur; de plus, que, de toute éternité, ce Cœur était vu par la très sainte Trinité comme le radieux foyer du divin Amour au milieu des hommes: et alors, nous pourrons comprendre et dire que la grâce de l'Immaculée Conception, le plus beau des fruits du Sang rédempteur, est sortie, par anticipation, avec ce précieux sang, du Cœur de Jésus, de ce Cœur dont elle a été la douce, glorieuse et éternelle pensée, je dirai aussi le soutien le plus fort et la consolation la plus suave au milieu des inexprimables tourments de la Passion. Jésus sur la croix payait de son sang, avant toutes les autres grâces des Anges et des hommes, l'Immaculée Concep-

tion de sa Mère; et alors son Cœur Sacré lançait ce sang avec bonheur dans ses plaies béantes, d'où il inondait Marie au pied de la Croix, et par Elle, les hommes, et la terre, et l'univers entier dont Elle est l'auguste Reine.

C'est donc, en dernière analyse, du Cœur de Jésus qu'est sortie l'Immaculée Conception de Marie. Et n'est-ce pas ce qu'a voulu expressément signifier la Vierge Immaculée, en prenant son beau titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur?

Au nom général, que ses enfants Lui donnent, Notre-Dame, elle a voulu ajouter son titre de noblesse, le Nom du lieu sacré d'où Elle est originaire, où Elle a été conçue dans sa suprême beauté par le divin Amour; et ce lieu mille fois saint, c'est le foyer même de cet Amour, c'est le Sacré Cœur de Jésus. C'est pourquoi, étant vraiment notre Dame et notre Mère, Elle demande que nous lui disions, pour La qualifier tout entière en un seul mot: Notre-Dame du Sacré-Cœur.

Et remarquons bien quand et comment la Vierge Immaculée a invité ses enfants à La nommer ainsi. C'est au jour même de la promulgation du dogme de son Immaculée Conception. Elle a voulu qu'en ce jour prit naissance, très directement et très manifestement sous ses auspices, une petite Société, vouée spécialement au culte du Sacré Cœur de son Fils, et dans laquelle Elle serait honorée sous le Titre qui dirait à tous d'où procédait son Immaculée Conception; sous le Titre qui renverrait toute sa gloire au Sacré Cœur de Jésus, et qui la voilerait Elle-même, en quelque sorte, et l'ombragerait sous les magnificences de ce divin Cœur.

Quel merveilleux lien entre l'Immaculée Conception et le beau Titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur ! Et afin que ce lien fût plus évident encore, c'est le même Pontife qui avait défini l'Immaculée Conception, le saint Pontife Pie IX, qui approuva la Société des Missionnaires du Sacré-Cœur, et qui couronna solennellement la Vierge, dans leur église d'Issoudun, sous son nouveau Titre de gloire. — L'Enfant Jésus triomphant montre, d'une main, sa Mère Immaculée, et de l'autre, son Sacré Cœur d'où est sortie la grâce de l'Immaculée Conception, fondement du majestueux édifice de toutes les autres grâces de Marie: et la Vierge sans tache, triomphante aussi, montre son Fils bien-aimé, dont le Cœur, c'est-à-dire l'amour, L'a faite si belle, et L'a rendue,

par son Immaculée Conception, digne de devenir sa Mère, avec tous les charmes, toutes les prérogatives et toutes les puissances de la Maternité.

Complétons maintenant notre pensée, en montrant que cette définition de l'Immaculée Conception de Marie, qui a donné naissance à la Dévotion de Notre-Dame du Sacré-Cœur, est le présage et l'aurore du triomphe de la sainte Église.

Nous venons de dire que Marie, illustrée en son Immaculée Conception par son Fils et par le Vicaire de son Fils, avait voulu rapporter à ce Fils, à son divin Cœur, la gloire qui rejaillissait sur Elle, et que son Nom seul de Notre-Dame du Sacré-Cœur, traduisait cette pensée. Mais, fidèle à ce que signifiait son nouveau Titre, Marie n'a pas cessé, depuis 1854, de travailler de toute manière à l'établissement du règne du Sacré Cœur de Jésus. Car on doit voir et suivre son inspiration et son action dans tous les faits qui, depuis vingt-sept ans, se sont rapportés à la gloire du Sacré-Cœur.

Il fallait d'abord que la Dévotion à ce divin Cœur triomphât de toutes les contradictions, et que les splendides manifestations du XVII siècle, qui l'avaient établie, cessassent enfin d'être combattues. C'est le but qu'atteignit la Béatification de la Vierge de Paray-le-Monial. Puis, le Pontife de Marie, le Pontife de l'Immaculée Conception, devenant le Pontife du Sacré-Cœur, invita tous les fidèles du monde catholique, sur la demande réitérée des Missionaires d'Issoudun et des enfants de Notre-Dame, à se consacrer ensemble, dans un sublime élan et une majestueuse unité, à ce divin Cœur. Et depuis ce temps, le culte du Sacré-Cœur va partout grandissant tous les jours. Chaque église possède un autel dédié à ce Cœur adorable-, et, dans notre chère France, où a pris naissance cette sainte Dévotion, le temple immense et national de Montmartre s'élève en l'honneur du Cœur de Jésus comme une protestation contre l'impiété, un acte de réparation, un témoignage d'amour.

Eh bien! je le répète, c'est Marie, Reine de la France, c'est Notre-Dame, c'est la Vierge de La Salette et de Lourdes, la Vierge du Sacré-Cœur, qui pousse ainsi ses enfants vers leur

Roi, vers Jésus, vers son Cœur si miséricordieux. Et quand la France se sera plongée pleinement dans les abîmes d'amour de ce Cœur sacré, quand elle en sera sortie transformée, rajeunie, elle sera encore, n'en doutons pas, entre les mains de sa Reine immaculée, Notre-Dame du Sacré-Cœur, l'instrument des plus grandes choses dans ce monde, pour la gloire de Dieu et le règne de Jésus-Christ.

La sainte Église chante, en la fête de l'Immaculée Conception: « Immaculata Conceptio tua, sancta Dei Genitrix Virgo, gaudium annuntiavit universo mundo. » — « Votre Immaculée Conception, 6 Vierge, Mère de Dieu, a été une annonce de joie pour le monde entier. » Elle ne saurait se tromper.

Outre la joie de la propagation merveilleuse de la Dévotion au Sacré-Cœur, d'autres joies sont encore sorties de l'Immaculée Conception de Marie; notamment celle de l'extension du culte de saint Joseph et de sa déclaration de Patron de l'Église universelle. Marie, qui ne voulait pas grandir aux yeux des peuples sans que grandit en même temps Jésus dans le mystère d'amour de son Sacré Cœur, voulait aussi ne pas grandir sans que grandit encore son saint Epoux; et Joseph, à la parole de Pie IX, est apparu, aux yeux des peuples, à sa vraie place de Protecteur, près de cet autre Nazareth où vivent toujours Jésus et Marie, et qui est la sainte Église. A côté de cette joie, il y a eu aussi celle de ce grand Concile, où le Pontife de Marie Immaculée a reçu, à son tour, de la Reine de l'Église une couronne: celle de l'Infaillibilité Pontificale. Il en est encore bien d'autres que nous ne pouvons énumérer, mais que des yeux et des esprits attentifs saisissent facilement en promenant leurs regards sur ce monde, où la foi catholique se ranime, se fortifie et s'étend en divers pays et dans un grand nombre d'âmes, à proportion même des attaques dont elle est l'objet; et où des merveilles de grâce surgissent en tant de lieux, pour défendre les justes contre les séductions d."s doctrines de l'Enfer.

Oui, ce sont là des joies. Mais ce ne sont encore que les joies de l'aurore; nous attendons les joies du plein jour: et ce plein jour sera quand Jésus régnera pleinement sur ce monde. Car c'est lui qui <>st la lumière-, en dehors de laquelle il n'y a que des ténèbres (1).

(1) Ego sum lux mundi: qui sequitur Me non ambulat in tenebris. (S. .Toan., VIII, 12).

Ah! si les ennemis de l'Église étaient tenus, eux aussi, ù Marie, comme le Serpent, sous votre pied virginal; si te Cœur de Jésus pouvait, comme il le voudrait, s'épanouir librement dans ce monde, par vos mains maternelles, en flots d'amour et de grâce, quel triomphe nous verrions!

0 Vierge Marie! ce triomphe, votre Immaculée Conception ne nous l'annonce-t-elle pas? Les paroles que chante la sainte Église, ne comportent-elles pas ce sens ? Cette joie dernière, en attendant la joie éternelle, nous manquerait-elle? — Nous ne le croyons pas; nous espérons, au contraire, que, des joies annoncées par votre Immaculée Conception, nous allons voir bientôt les plus complètes et les plus ravissantes ; et que le Cœur de Jésus, après avoir versé, à votre prière, sur la terre si coupable, des torrents de miséricorde, régnera, du fond de tous ses tabernacles, sur cette terre purifiée et soumise aux douces lois de son amour.

C'est Vous, ô Marie Immaculée, ô Notre-Dame! c'est Vous qui êtes toute la raison de cette espérance. C'est pourquoi nous nous pressons à vos pieds, et nous nous jetons dans votre sein maternel. Entendez nos prières, exaucez nos vœux ; et vienne le jour où tous les enfants qui Vous ont été donnés ne feront, avec Vous, qu'wn cœur et qu'une âme, pour louer et glorifier, en tout et partout, le Cœur Sacré de Jésus!

Page 1