CHAPITRE VIL
LA MATERNITE DIVINE.
C'est sur le fondement sacré et inébranlable de la Maternité divine, que reposent toutes les gloires, toutes les grandeurs de Marie (1). Et si les supplications de cette Vierge immaculée sont toutes-puissantes sur le Cœur de Jésus, dit, après tant d'autres, Mgr de La Tour d'Auvergne, archevêque de Bourges, c'est en vertu de cette auguste prérogative.
« Par cela seul que Marie, au jour à jamais béni de l'Incarne nation, est devenue la Mère de Dieu, Elle a obtenu sur sa per- « sonne un véritable domaine, une autorité légitime, une juri- « diction naturelle, un droit sacré et incontestable : le droit ma- « ternel, jus maternum, comme l'appelle si éloquemment un des « plus doctes commentateurs de la sainte Écriture (Corn, a Lap.); « droit maternel plus grand que celui des autres mères, car c'est «c d'Elle seule que son divin Fils a tiré toute sa substance; droit « maternel en vertu duquel Elle peut lui commander, lui ordon- « ner : jus quo ei, quasi Filio, potest praecipere et imperare {là.) ;
(1) De quâ natus est Jésus. Quid amplius quaeris? Quid ultra requiris in Virgine? Sufficit tibi quod Mater Dei est: quaenam pulchritudo, quaenam virtus, quae perfectio, quae gratia, quae gloria Matri Dei non congruit? Tantum auge, quantum vales, tantum adde, major est ista Virgo, excellentior est haec Virgo. superior est Virgo ista. Totum in hoc clauditur breviloquio de quâ natus est Jésus. (S.Thom,. VII, p.569).
— Omni laude dignissima: quia ex Te ortus est Sol justitiae Christus Deus noster. (Miss. vot. Salve sancta Parens, in offert).
Si quis consideret Virginei consensus ad tantum mysterium finalem terminum, clare intelliget, quod omnis dignitas et perfectio inclusa in hoc quod est esse Matrem Dei tam mente quam carne, comprehendantur in eo. (S. Bern. Sen., serm. pro concept. Jm. Virg. art. 3. c. 1).
« droit maternel qui a arraché à Saint Bernardin de Sienne cette « magnifique assertion : A l'empire de la Vierge toute puissance « obéit, même Dieu; vous n'avez qu'à vouloir, ô Vierge, et tout « se fera! droit maternel, enfin, que Notre-Seigneur lui-même a «reconnu, auquel il s'est volontairement soumis, non par néces- « site de nature, mais par humilité et par amour; les trente an- « nées de Nazareth sont là pour l'attester ! Et erat suMitus Mis « et il leur était obéissant. » (Luc, II, 51) (1).
Ces paroles pourraient suffire : elles disent tout si brièvement et si bien!
Ce qui suit n'en sera que le commentaire.
Mais auparavant, nous ferons remarquer qu'il ne s'agit pas ici de droit, ni de juridiction, ni de domaine absolus; ni de quoi que ce soit qui ait une relation, vraie ou intime, avec la signification du mot droit ou jus ; Marie n'est qu'une simple créature. C'est Dieu qui lui a tout donné, comme étant la source de tout (2). Ce qu'Elle possède, Elle le tient évidemment de la libéralité divine. Elle n'a d'autre autorité sur son Fils que celle qu'il a bien voulu lui accorder, dans la mesure que cet adorable Sauveur a jugée convenable. Cette autorité, quelque étendue qu'elle soit, n'est donc qu'une autorité librement concédée, une autorité lato sensu, et à laquelle Jésus s'est librement soumis ; ce n'est qu'une autorité de supplication', c'est V omnipotentia suppleœ que l'Eglise reconnaît à la Mère de Dieu.
Telle est la nature des droits et des privilèges de Marie dont nous aurons, plus d'une fois, l'occasion de parler dans la suite.
Une Vierge doit être la Mère du Verbe fait chair (3). Aussi sera-t-elle le chef-d'œuvre de la puissance et de l'amour d'un Dieu. « O Marie, s'écrie saint Thomas de Villeneuve, quelle gloire
(1) Extrait du Mandement de Mgr de la Tour d'Auvergne, Archevêque de Bourges, pour le couronnement de Notre-Dame du Sacré-Cœur, le 8 septembre 1869.
(2) Quid autem habes quod non accepisti? (I. Cor., ad IV, 7).
(3) Te ante omnem creaturam in mente Dei praedestinata fuisti, ut Deum ipsum hominem procreares. (S. Bern. Sen., serm. 51, de B. M. V., c. 4).
— Maria honorata est a Deo quia ab aeterno praedestinata et electa: elegit Eam Deus ab aeterno praeordinando. (S. Ant.de F , t.2, p. 466. -Rich.a S.L., de L.B.ir. Y.).
« pour Vous d'avoir un Fils commun avec Dieu, car Vous avez en- « gendre dans le temps Celui qu'il engendre de toute éternité (1). »
Pour opérer donc ce grand mystère, Il ne veut pas imposer sa volonté. Eve a perdu le monde librement; c'est librement que .Marie le sauvera, en enfantant son Rédempteur.
« Le prix de notre salut, s'écrie saint Bernard, Vous est of- « fert, ô Marie; si Vous consentez, nous sommes aussitôt sauvt's. « O divine Maîtresse, hàtes-vous de donner votre réponse (2). « Voici Adam inconsolable, exilé du Paradis terrestre avec toute «sa postérité; voici Abraham et David; voici les autres saints, « vos aïeux, qui habitent la région de l'ombre de la mort; voici « le monde entier prosterné à vos genoux! O Vierge, dites un « mot qui est attendu de la terre, des Enfers et du Ciel; êtes-vous « celle à qui cela est promis, ou devons-nous en attendre une au- « tre? Oui, c'est vous, et non une autre. Hatez-vous donc de ré- « pondre à l'Ange, ou plutôt à Dieu par l'Ange. Dites une pa- « rôle, et recevez la Parole du Père; proférez votre parole, et « concevez le Verbe divin, émettez une parole passagère et ren- « fermez dans votre sein le Verbe éternel (3). »
Dieu lui demande son consentement ! Et c'est librement qu'Elle le donne, ce consentement ; « et si librement, ajoute un pieux et «savant théologien, que si Elle l'eut refusé, comme Elle le pou- « vait, le Verbe ne se serait pas fait chair.... C'est donc à Marie « que Di°u, en un certain sens, doit de s'être fait homme (4). » O merveille incomparable! Quelle gloire pour l'auguste Vierge!
(1) Communem ergo cum Deo Filium habebis, o Virgo! (S. Thom. a Vile, in fest. Annunt. B. M. r., ronc. 2, n. 5).
(2) Et ecce offertur Tibi pretium salutis nostrae: statim liberabimur si consentis.... Da, Virgo, responsum festinanter, o Domina. (S. Bern. sup. Miss., hom. 4, n. 8).
(3) Hoc supplicat a te, o pia Virgo, flebilis Adam cum misera sobole sua, exul cl ■ paradiso; boc David, hoc caeteri n'agitant sancti Patres, Patres scilicet tui, qui et ipsi habitant in regione umbrae mortis, hoc totus mundus tuis genibus provolutus exportât.... O Domina, responde verbum, quod terra, quod inferi, quod, expédiant et superi: tu es cui hoc promissum est, an aliam expectamus? Imo tu ipsa non alia.... Responle itaque citius angelo, imo per angelum Domino. Responde Verbum, et suscipe Verbum: profer tuum, et concipe divinum; emitte transitorium, et amplectere s^mpiternum. (S. Bern. serm. 4, in Mîssus est).
(4) Maria Virgo Verbum genuit, in quantum hominem, non necessario, sed libère. Nam si Maria, vt potitit, consensum suum non praeberet, Verbum non fiei'ft caro. ... Ergo Deus débet Mariae quod homo sit. {De ornatu et vestibus Aaron, auct. Dm.vco del Castillo Artiqa, ii fol. 1637, p. 431. - Id expressit Bernardus homil. IV, super Mîssus est, n. 8).
Tous les hommes sont morts en Adam.... Tout est corruption, tout est chaos. L'humanité semble vivre, et, comme un blessé à mort, elle dort au fond d'un sépulcre, dit le Prophète. {Ps. LXXXYII, 6).
Un mot de Marie, et tout revient à la vie, et une nouvelle création s'opère. « 0 Souveraine, dit encore saint Bernard, lais- « sez tomber de vos lèvres cette parole que le ciel et la terre « attendent avec anxiété Le Seigneur lui-même désire votre ré- « ponse. Oh! dites ce mot d'adhésion et la joie est dans tous les « cœurs (1) ! » Marie peut-Elle prononcer ce mot sans en comprendre la signification? « Non, s'écrie saint Bernardin de Sienne; « car ce mot, si Elle le prononce, Lui faisant enfanter le Sau- « veur, La cloue sans pitié à sa croix, et La voue aux exi- « gences implacables de la justice divine. Il est donc rationnel, « qu'Elle ne le laisse tomber de ses lèvres que dans une plé- « nitude de connaissance, entraînant à son tour la plénitude de « sa volonté (2). »
« Voilà pourquoi toute la cour céleste interviendra, ajoute « le même saint. A l'heure donc où Gabriel doit être envoyé vers « Marie, tous les esprits bienheureux comprennent que de l'issue « de cette ambassade dépend le salut universel de tous les élus. « Aussi tous les Anges, sans exception, réunissent tous leurs dé- « sirs, redoublent tous leurs efforts pour aider la Vierge, par leur « puissante intercession, a donner son consentement à la propo- « sition qui va lui être faite, c'est pour cela qu'ils adressent au « Très-Haut d'instantes prières. Les séraphins, recevant immédia- « tement de Dieu le secours voulu, le communiquent aux Chéru- « bins, les Chérubins aux Trônes, les Trônes aux Dominations, les « Dominations aux Vertus, les Vertus aux Puissances, les Puis- « sances aux Principautés, les Principautés aux Archanges, les « Archanges aux Anges et les Anges à Gabriel, Gabriel annonce
(1) O Domina, rasponde verbum quod terra, quod exspectant inferi et Superi. Ipse quoque omnium Rex et Oominus desiderat responsionis assensum. (D. Bern., sup. Missus est, hom. IV, n. 8).
— Responde jam, Virgo sacra, vitam quid tu eas mundo. (S. Auc, serm. 120, E. R. app.).
(2) Oportet quod meritoria perfectio huius consensus l'uerit perfectioni sui tormini comproportionata. Ex lus igitur collipi potest, quod Virgo Bcata in Conception is Pilii Dei consensu, plus meruit, quam omnes cr^aturae. (S. Bern. Sf.n., de Immac. Concep. B. M. V., serm. 4, art. 3, c. 1).
« à Marie, au nom de tous, le mystère ineffable, et lui fait présent « de tous les trésors du Ciel (1). »
« Je vous salue, pleine de grâce, lui dit-il, le Seigneur est « avec Vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes. « Le Mes- « sager céleste ne dit rien de lui-même; il n'est ici que l'organe « du Tout-Puissant dont il exprime les pensées et les sentiments « personnels: c'est donc Dieu lui-même qui salue Marie. Jamais « rien de semblable ne s'était vu ni sur la terre ni dans le ciel. « Ce salut contient, en la dépassant, la complaisance intime que « le Créateur avait prise à regarder le monde, après que ses mains « l'eurent tiré du néant. Marie occupait en effet, avec Jésus qui « devait naître d'Elle, la cime et le centre des choses. Elle était « comme le cœur de cette création que Dieu déclarait bonne et « excellente. Puis il L'appelle Pleine de grâce. Lui seul peut sa- « voir tout ce que ces mots signifient et supposent. Cette grâce «dont II dit que Marie est remplie, c'est positivement toute « grâce : oui, toute celle dont une pure créature est capable. Non « que la grâce ne doive s'accroître et se développer dans la Mère « du Sauveur; elle ira grandissant toujours au contraire, et dans « des proportions qui ne se peuvent point mesurer. Mais outre « que Dieu voit déjà les fruits dans leur germe, et la consom- « mation des choses dans leur premier début, telle est la grâce
(1) Ad hune consensum, per promerentiae viam, in adjutorium cooperans fuit totus caetus praecedentium sanctorum, qui utique vel implicite vel explicite, super omnia apud Deum, desideraverant Salvatorem eorum in vitam aeternam. Ergo eo ipso omnium intentiones, sive sancta desideria virtualiter concurrebant ad salvatorem impetrandum et introducendum a Deo, atque, per consequens, ad illam et ad adventum eius, per quam et in quam dandus erat Salvator mundi. (S. Bern. Sen., de consensu virginal, serm. 2, art. 3, c. 4). - Ad hune consensum ministerialiter pperatus est influxus hierarchicus omnium Angelorum, quorum ministerio, secundum Dionysium, tot.a nostra regitnr hierarchia. Constat autem quod in toto eorum ministerio circa nos, nihil tantum aptabant et intendebant sicut universalem electorum salutem atque salvationem. Sed in horâ quâ Gabriel missus est, omnes noverunt quod, per Virginis consensum, lbrmandum erat a Deo caput et principium nostrae salutis, Christus scilicet, in quantum homo. Ergo, in illa hora, tota angelica curia, seu hierarchia, totis desideriis et conatibus intendebat in Virginem suo ministerio adjuvandam, ad tantum opus débite suscipiendum atque perficiendum. Et hoc tam apud Deum totis viribus pro hac re orando, quam etiam in ipsam, secundum proportionem hierarchici ordinis, influendo. Nam Seraphini, taie pdjutorium suscipientes a Deo, îllud influebant in Cherubim, Cherubim in Thronos, Throni in Dominationes, Dominationes in Virtutes, Virtutes in Potestates, Potestates in Principatus, Principatus in Archangelos, Archangeli in Angelos, Angeli in Gabrielem, Gabriel in Virginem benedlctam. (S. Bern. Sen., de consensu virginal, serm. 2, art. 3. c. 3).
« de cette sainte Vierge, au moment où Dieu Lui parle ici par « son Ange, que, vu l'ensemble et l'ordonnance de ses desseins « sur Elle, Elle ne pouvait pas actuellement en avoir plus qu'Elle « en avait. La grâce de Marie comprenait donc tout un monde « de grâces sanctifiantes et de grâces gratuites : grâces pour tou- « tes les circonstances de la vie, pour tous les devoirs, pour tous « les ministères. Puis, par-dessus celles-là, il y avait des grâces « singulières, spéciales, nouvelles, transcendantes, et qui nous « sont tout-à-fait inconnues. Tout cela, avec toutes sortes de dons « et de biens ineffables, entrait dans le trésor intime de la fu- « ture Mère du Messie, et formait cette plénitude auguste que « Dieu saluait en Elle.... Il La fait entrer si avant dans ses œu- « vres, que c'est en Elle, et en Elle seule, qu'il entend trouver « tout d'abord le moyen de se déclarer, de se communiquer au « monde et de s'y glorifier : Elle est l'issue et l'instrument de ce « mystère du Christ, où Dieu donne et reçoit tout ce qu'il peut « donner et recevoir au dehors. Tout cela fait partie de la grâce « de cette Vierge incomparable, et, comme le Lui dit l'Archange, « Elle en est toute pleine. Dès son Immaculée Conception, Dieu « L'en a remplie jusqu'au comble; et en se dilatant toujours de- « puis l'heure de ce premier don, Elle est demeurée toujours com- « ble, sa plénitude suivant fidèlement le progrès incessant de ses « dilatations.
« Le Seigneur est avec vous. C'est la seconde partie du Mes- « sage.... Ce n'est point là un simple souhait, c'est l'énoncé d'un « fait. Dieu ne se contente point d'enrichir cette Créature' unique « des dons les plus précieux qui soient dans ses trésors; Lui même « se donne à Elle, et lie son Être au sien. Leur relation est directe, « immédiate, vivante et personnelle.... Il est vrai, tout à l'heure, « Il va survenir (1). Par l'ineffable action de son divin Esprit, « son Verbe prendra chair en Elle; Il sera donc alors avec Elle « plus qu'auparavant. Il y était par essence, par présence, par « puissance; Il y était par complaisance, Il y était par préférence; « désormais il y sera, nous pourrions dire avec Saint Pierre Da- « mien, par identité (2), la chair de cette Mère Vierge devenant
(1) Spiritus sanctus superveniet in te.
(2) S. Petr. Dam. Quarto modo inest Deus uni creaturae videlicet, Mariae Virgini, identitate quia idem est quod Illa. (S. Petr. Dam. in Nativ. B. Y., serm. 1).
« la chair du Fils unique du Père (1). » Celte union de Dieu avec Marie remonte à l'origine des choses. Il L'avait eue toujours présente en sa pensée. Elle était avec Lui, Il était avec Elle (2) comme II n'avait été, comme II ne serait jamais avec aucune pure créature; Il y était principalement comme Seigneur. Dominus Tecum : « Dieu est avec Elle à ce titre, non-seulement parce « qu'Elle Lui est à Elle toute seule un univers très humble, très «docile et absolument livré; mais encore parce que le dessein « pour lequel II se L'est associée, allait à promulguer, à établir « et à faire accepter par toute créature, et d'abord par l'huma- « nité, ses droits suprêmes et infinis. Le mystère tout entier du « Christ est le mystère du règne de Dieu. Dieu avait donc dé- « crété de devoir à cette Femme l'investiture, le libre exercice « et la complète installation de sa royauté sur ce monde (3). » 0 Marie, quelle nouvelle auréole vient ceindre votre front! Quoi, le Souverain Maître du ciel et de la terre Vous sera redevable (4) ! C'est donc avec raison que les siècles à venir Vous appelleront Notre-Dame.
Enfin la Salutation mystérieuse se termine par ces paroles: « Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » O Marie, c'est-à-dire entre toutes les créatures dont Vous êtes la plus privilégiée, mais très spécialement entre toutes les filles d'Eve, parce que le principe et la substance de votre bénédiction, c'est que Vous enfanterez le Verbe Jésus, le Messie et le Rédempteur de tous. Qui vous donne cette bénédiction? C'est Dieu, par l'organe de l'Ange, ou plutôt c'est son Verbe, qui est sa Parole intérieure. Et cette Parole intérieure et substantielle du Père, grâce à Vous, manifestera bientôt au dehors les secrets de son amour, les mystères de sa charité et les miséricordes de son Cœur. Revêtue de l'humanité dans votre chaste sein, Elle redira à tous les échos du temps et de l'éternité les grandeurs de Dieu et l'immensité de ses bienfaits.
Et Vous, ô Marie, dans cette harmonieux et sublime concert, Vous serez le cantique créé de la Virginité et de la Plénitude de
(lt 6. Elév. sur la vie et la doct. de JV. S. J.-C, par Mgr Gay, page 55, 56.
(2) Cura eo eram cuncta componens. (Prov., VIII, 30).
(3) Voir Mgr Gay, G. élév. sur la vie et la dort, de X. 8. J.-C.
(4) Tibi autem etiam Me débet. (S. Methodus, de Pwrif. Virg., citât, a Didaco del Castillo, in fol. 1687, p. 431).
Dieu. En Vous saluant, Il Vous bénit; et en Vous bénissant, il Vous remplit. Aussi, par le mystère inouï, qui va s'accomplir en Vous, Vous aurez de moitié avec Lui sa Parole incréée, et son vrai Fils sera le vôtre. Cette bénédiction donc que vous recevez, pour devenir la Mère du Verbe, Vous fait, pour ainsi dire, entrer dans le sein même de la Paternité divine (1); et tout cela, par l'eflet de l'amour de son Cœur pour vous. Saint Antonin résume, en quelques mots, les grâces dont la libéralité divine a enrichi Marie. « En premier lieu, dit-il, elle a reçu toutes les grâces gé- « nérales et spéciales de tous les saints dans un suprême degré. « Puis elle eut des grâces qui ne furent jamais accordées à au- « cune créature. En troisième lieu, plusieurs de ces grâces furent « si sublimes qu'une pure créature n'était pas capable d'en re- « cevoir de plus grandes. Enfin, elle a renfermé dans son sein « virginal la Grâce incrée, la source de toutes les grâces, l'abîme « de toutes les grandeurs, c'est-à-dire, Pieu lui-même; c'est ainsi « qu'elle est devenue pleine de grâces (2). »
Une fois instruite des desseins du Très-Haut, l'humble Vierge de Nazareth donne son consentement en disant à l'Ange : « Qu'il me soit fait selon votre Parole (3). »
Aussitôt les cieux s'entrouvrent et le Fils de l'Eternel descend dans le chaste sein de Marie. « Tous les torrents de la grâce « l'inondent à cette heure solennelle, L'enveloppent de toutes «, parts et la portent dans des sphères si élevées et tellement au- « dessus de toutes les créatures, soit des Anges, soit des hommes, « dit Saint Bernardin, que Dieu seul peut comprendre jusqu'où « va son élévation (4). » « Elle reçut dans cette circonstance, af-
(1) Voir Mgr Gay, 6. èlëv. sur la vie et la doct. de N. S. J.-C.
(2) Beata Maria fuit plena graùa quadrupliciter. Primo, quia omnes gratias générales et spéciales omnium creaturarum habuit in sunimo. Secundo, quia illas gratias habuit a quibus omnis creatura vacua fuit. Tertio, quia sua gratia tanta fuit, quod pura creatura majoris gratiae capax non fuit. Quarto, quia etiam gratiam increatam, idest Deum, in se totam continuit et sic per omnem modum gratia plena fuit. (S. Anton., Summ. P. 4, lit. 15, c. 20, § 15).
(3) Fiat mihi secundum verbum tuum. (S. Luc. c. 1, V, 38). O Fiat potens, O Fiat efficax! O Fiat super omne, O Fiat venerandum! (S. Tiiom. a Villanov., de Annunt. c. 1).
(4) Virgo gloriosa, quae plus meruit in uno suo consensu, scilicet Conceptionis
« firme Saint Thomas, une plénitude de grâce aussi grande que « cela était nécessaire, pour qu'elle fût rapprochée le plus possi- « ble de l'auteur même de la grâce; cela devait être, puis qu'elle « allait renfermer dans son sein Celui qui est plein de toute « grâce, et qu'en le mettant au monde, elle répanderait, en quel- « que sorte, sur toutes les créatures, cette même grâce dont il est « la source (1). » « Aussi tout ce qu'il y a de plus excellent, de « plus relevé dans la grâce et dans la gloire, ajoute Saint Lau- « rent Justinien, a été déposé dans le Cœur de Marie (2), où Dieu « a mis la plénitude de (ont bien (3). »
Du sang virginal de cette Femme incomparable, l'Esprit Saint forme alors, par sa vertu toute-puissante, le corps du Verbe incarné; Il donne à ce divin corps, dont l'organisme, dès le début, est aussi complet que parfait (4), une âme incomparable avec la plénitude de ses facultés (5). Tout, dans cette merveilleuse formation, a été simultané et instantané. A peine conçue, la chair du Christ était déjà envahie par une âme créée et par la personnalité incréée du Verbe. Avec une succession quelconque dans la formation du Christ, ni le Christ n'aurait été toujours l'Homme- Dieu, ni Mari^ toujours la Mère de Dieu. Dieu s'est fait homme, mais à proprement parler, l'homme n'a pas été fait Dieu; c'est-
Filii t)ei, quam omnes creaturae, sive augeli, sive homines in cunctis suis actibus, motibus et cogitationibus. (S. Bern. Sen., t. 1, serm. 61). - Bulla Pii IX ad de fin. Immac. Concept. B. M. V.). - Tanta gratia Virgini a Domino data est, quanta uni purae creaturae dari possibile est. (S. Bern. Sen., serm. de Eocalt. B. V. art. 1, c. 10).
(1) B. V. Maria tantam obtinuit plenitudinem, ut esset propinquissima Creatori gratiae; ita quod eum qui est plenus omni gratia in se reciperet, et eum pariendo, quodammodo gratiam ad omnes derivaret. (S. Thom., part. 3, quaest. 27, art. 5, n. 1).
(2) Quidquid honoris, quidquid dignitatis, quidquid meriti, quidquid gratiae, quidquid est gloriae, totum fuit in Maria. (S. Laurent. Justin., De casto connut.
Verb. et animo, c. 9).
(3) Totius boni plenitudinem posuit in Maria. (S. Bern., serm. Xativ. B. M. Yde Aquaeduc).
(4) Ideo in primo instanti.... fuit perfecte formatum Corpus Christi et assumptum. (P. Thom., Sum. th., p. 3, q. 33, art. 1. - V. Suarez sur cette q., t. 19, p. 174, éd. Vives).
(5) Vir igitur erat Jésus, necdum etiam natus, sed sapientia, non aetate; animi vigore, non viribus corporis; maturitate sensuum, non corpulentia membrorum; neque enim minus habuit sapientiae, vel potius non minus fuit Sapientia Jésus conceptus quam natus, parvus quam magnus. (S. Bern., sup. Missus est, hom. II, n. 9).
— Christus in ipso momento couceptionis fuit vir perfectus, etc. (Rich. de S. Laur. de Laud. B. M. V., c. 13, 118).
à-dire que le Verbe n'a pas pris une humanité formée d'avance, pour l'élever ensuite à la Personnalité divine. Le Christ, dit la Théologie, a jailli tout entier, avec l'instantanéité qu'emporte un Fiat tout-puissant (1).
Marie est donc Mère de Dieu, parce qu'Elle est la Mère du Christ, qui a toujours été l'Homme-Dieu; Elle n'a pas seulement engendré la nature humaine, comme le voulait l'impie Nestorius. mais encore la propre Personne du Verbe (2) ; « La génération ne pouvant avoir pour objet que la personne (3), » et Jésus-Christ n'ayant qu'une seule Personne, Celle du Verbe, il s'ensuit que la Très-Sainte Vierge est véritablement Mère du Fils unique de Dieu, en qui s'unissent, du premier coup et inséparablement, la nature humaine et la nature divine (4). « Sans doute Elle n'a « contribué ni à la génération de la nature divine, ni à son « union hypostatique avec la nature humaine, mais Elle n'en est « pas moins Mère, et Mère de Dieu : Mère comme toutes les au- « très mères, qui ne sont pour rien ni dans la création de l'àme, « ni dans son union avec le corps; plus Mère que les autres mè- « res, parce qu'Elle a conçu, d'une façon à la fois surnaturelle et « naturelle, qu'Elle a conçu seule, et fourni seule le principe ma- « tériel de l'humanité du Sauveur (5). »
Le modèle d'une telle Maternité ne doit plus être cherché
(1) Hanc ergo carnera, tune es se natura Virginis concipientis exhibuit, cum in eam Deus concipiendus advenit; non est igitur aliquod intervallura temporis aestimandum, inter conceptae carnis initium, et concipiendae Majestatis adventum, una quippe fuit in utero Matris Virginis Conceptio Divinitatis et carnis; et unus est Christus, Dei Filius, in utraque natura conceptus. (S. Fulg., de Epist. XVII. c. 3, n. 7).
(2) Consil. Ephesin. - Chalcedon. - Sexta synod. id est, Constantinop. 3, art. 4, et 11. - Septima synod. id est, IS'icena 2. - Concil. Lateran. sub Martin. 1, can. 3. etc. - In instanti temporis in quo anima christi unita est corpori, concurrente beata Virgine, concursu materno.... animam et carnem Dei, ex vi actionis, seu concursu beatae Virginis, fuisse inter se unita. (Suarez, in 3. p. D. Thom. quaest. 27, tom. 2, disp. 1, sect. 1). - Si quis S. Mariam Deiparam non crédit, extra divinitatem est.... atheus est. (S. Greg. Vog., orat. 51).
(3) Filiatio proprie convenit hypostasi, vel personae, non autem naturae. (S. Thom., 3. p., q. 25, a. 3). - Concipi et nasci, personae attribuitur, et hypostasi, secundum naturam illam, in qua concipitur. (Id., quaest. 35, a. 4).
(4) Una quippe fuit in utero Matris virginis conceptio divinitatis et carnis; et unus est Christus, Dei Filius, in utraque natura conceptus. (S. Fulg., de Epist. XVII, cap. 3, n. 7).
(5) 2. Part. Vie de la Sainte- Vierge, par M. l'abbé Meynard.
— Ipsa sola fuit Pater et Mater Christi. (Cornel. a Lap. in Matth., I, 16). ■ Materiam corporis sola B. Virgo submiuistravit Filio suo. (Id. in Matth.. V, 19).
sur la terre: il est seulement au ciel. La génération éternelle du Verbe ayant été le modèle de sa génération temporelle (1), la Paternité du Père dans l'éternité sera le modèle de la Maternité de Marie dans le temps. De même, donc, que le Père seul a éternellement engendré son Fils de son sein et de sa propre substance, ainsi Marie a conçu seule, au milieu du temps, ce même Fils dans son sein virginal et de son propre sang. Fils unique dp Dieu, le Verbe, en tant qu'incarné, est le Fils unique de Marie (2). Ce Fils, bien qu'unique, le Père n'a pas voulu le garder pour lui seul; Il l'a donné à Marie, qui le possède au même titre que lui, non par adoption, mais par nature. Entre le père et Elle, il y a ainsi plus que similitude, il y a une sorte d'égalité (3).
Jésus, voilà le trésor de Marie! trésor immense, incomparable, trésor d'un prix infini. « Il renferme, et au delà, toutes les « richesses dont furent gratifiés et les saints et les Anges et Ma- « rie elle-même ( 1). » En lui sont accumulés, non-seulement tous ces océans de vie divine, que Dieu a répandus sur tous les Esprits
(1) Generatio temporalis imago est generationis aeternae. (at.b. Mao. in Mariait, cap. 238).
(2) Communem ergo cum Deo Filium habebis, o Virgo! et Illius Mater eris, cujus Deus Pater est: Filii Mater, Patris sponsa, Spiritus Sancti domicilium, totiusque Trinitatis sacrarium. (S. Thom. a Villanov. in festo Annuntiat. B. M. V., zone. I, n. 5, p. 580).
— Sic au te m et quod natum est ex ipso Pâtre, erit tuus, et quod nascetur ex Te, erit Eius; ut tamen non sint duo Filii, sed unus. Et licet aliud quidem ex Te, aliud ex Illo sit; jam non tamen eu jusque suus, sed unus utriusque erit Filins. (S. Berx., t. 2, sup. Miss. hom. IV, n. 4).
— Nec ita ut duo essent, unus videlicet Filius Dei, alius Filius Mariae; sed idem ipse qui Filius Dei, in una persona esset Filius Mariae ; et qui Filius Mariae, unus et idem esset in una persona Filius Pei. (S. Ans., I. de Exe. B. M. V., c. 3).
(3) Oportuit enim, ut sic dicam, Eam elevari ad quamdam aequalitatem divinam. (S. Bern. Sen., Pro Fest. V. M., s. 5, art. 1, cap. 12, de Nativ. B. M. - Vega Theol. Marian., n. 1169). - TJtique habet quamdam infinitatem esse Matrem Inriniti. (S. Thom. a Villanov., conc. III, de Xatlv. Vîrg. p. 1367).
— Status maternitatis Dei erat summus status, qui purae creaturae dari posset; ergo electrix Dei charitas altissimo modo pervenit, et movit cor Virginis ad hoc opus; ergo istud opus altissime participavit perfectionem atque influxum et deiformem similitudinem electricis amatricis charitatis Dei a quâ manabat. (S. Bern. Sen.. de contenait Virg., serra. 8, art. 3, cap. 1). - Hyperdulia exhibetur creaturis, quae habent specialem afflnitatem ad Deum, sicut B. Virgini in quantum est Mater Dei. (S. Thom., II, 2. quaest. 103, art. 4). Sola fines Deitatis propria operatione naturali attigit, dum Deum concepit, peperit, genuit et lacté proprio pavit. {Comment. Ca jetant, eodem loro).
(4) Christi gratia, tam ipsius Virginis, quam reliquorum sanctorum angelorum et hominum gra'ias etiam simul collectas plurimym superat. (Suarez, 3. p. disp. 18, q. 38, art. 4, n. 12).
célestes et sur tous les Prédestinés, quels qu'ils soient, mais bien d'autres encore, et plus vastes et plus profonds.
Que dirons-nous maintenant de son âme considée au point de vue naturel et surnaturel? Le P. Faber, s'inspirant de Saint Thomas (1), va nous répondre.
« En elle semblent se trouver et toutes les natures et toutes « leurs excellences, dit le P. Faber, en ce sens que cette àme « est le centre, la cause, le modèle, le complément, et la cou- « ronne de toute nature, soit angélique, soit humaine, soit raa- « térielle. Elle possède une perfection de nature assez achevée, « assez glorieuse, assez abondante, pour lui donner sur toutes les « natures un droit strict de souveraineté (2). » « Cette création, « l'àme de Jésus, est plus aimable que les intelligences des An- « ges, plus vaste que l'espace sidéral, plus variée que la nature « matérielle, et pour mieux dire, elle unit en soi et surpasse, au « delà de toute expression, toutes les magnificences actuelles de « toutes les autres créations, telles que Marie, les Anges, les hom- « mes, la matière (3). »
En un mot, rien n'est comparable à cette magnificence unique, pas même les magnificences réunies de tous les êtres. En effet, comment juge-t-on de la perfection d'une œuvre?
C'est par la fin de cette œuvre et son aptitude à l'atteindre. Or que l'âme de Jésus soit parfaitement apte à atteindre sa fin, on ne pourrait le contester sans blasphème. Quelle est-elle donc cette fin? C'est de mener une vie divine, nous l'avons vu-, l'àme de Jésus ne vit pas, comme la nôtre, d'une vie humaine, si parfaite qu'elle soit; sa vie est, dans toute la force du terme, la vie même de Dieu; c'est pour vivre de cette vie là, de cette vie de Dieu, qu'elle a été faite. Telle est sa fin, et elle est parfaitement appropriée à cette fin. Elle est tout un monde d'incompréhensibles merveilles. Or, parmi ces merveilles, n'en est il pas une plus grande que toutes les autres, en dehors même de l'union hypostatique?
(1) Christi anima et eius gloria magis Deo deligitur, et maioris est valoris quam omnes praedestinati. (Id. 3, q. 1, art. 4, disp. 5, art. 4, n. 18, t. 17, p. 245, édit. Vives). - Il y a deux degrés dans la beauté: la beauté naturelle ou ressemblance avec Dieu, et la beauté surnaturelle ou union avec Dieu, si belle que soit la première, la seconde l'embellit infiniment.
.2) Le P. Faber, Bethléem, ch. 6, àme et corps, t. 2, p. 106, in 12.
(3) Id. id. page 105.
Oui, c'est l'amour! N'est-ce pas, en effet, ce que nous mettons audessus de tout, dans l'âme humaine? Si développée que soit l'intelligence, qu'est-elle sans l'amour? un instrument néfaste. Voyez les coryphées de l'impiété! ils ne manquent ni de science ni de d'esprit! Voyez Satan, leur chef! Que sont-ils? Du reste, ne soyons point surpris de cette prééminence de l'amour. En voici la raison : « Notre âme est une trinité créé, faite à l'image de la « Trinité incréée. » Dieu est notre modèle. Or, en Dieu, le Père se connaissant, engendre sa pensée, sa parole, le Verbe, son Fils; et le Père et le Fils produisent l'Esprit-Saint, l'amour. C'est à l'amour qu'aboutissent, en Dieu, ces ineffables opérations qui constituent sa vie intime. Donc, en nous comme en Dieu, c'est à l'amour que tout doit aboutir. De là ce que j'appelle la prééminence de l'amour. En Dieu, c'est vrai, l'Esprit-Saint n'est en rien audessus du Père et du Fils; au sein de l'infini, il ne peut y avoir d'inégalité. Mais, dans la créature bornée, cette égalité disparait. Ce qui est but, en nous, ce qui est fin l'emporte nécessairement sur ce qui est disposé, ordonné en vu de ce but. Tel est l'amour. L'intelligence a pour fin de le provoquer, de l'éveiller en nous; c'est l'amour qui complète notre vie intime; notre âme est la tige; notre pensée la fleur, le fruit c'est l'amour. Que serait la tige sans fleur, la fleur sans fruit? Qu'elles sont vraies ces paroles: « malheur à la science qui ne tourne pas à aimer (1). » et celles-ci : l'amour est le tout de l'âme (2). »
Ainsi en est-il dans tous les hommes, ainsi en Jésus. Oui, en Jésus comme en nous, et beaucoup mieux, « l'âme est une tri- « nité créé, image de la Trinité incréé. » Dans cette âme si parfaite, rien n'est pensé qui ne tourne à aimer. L'amour est le tout de cette âme ! Voilà le trésor de ce trésor ! C'est pour l'âme que Dieu fait le corps (3), et le corps, Dieu le fait à l'image de l'âme pour l'unir à l'àme (4); et II y met d'autant plus de perfection, qu'il doit l'unir à une âme plus parfaite. Donc, aussi, parmi les corps, rien n'est plus parfait que le corps de Jésus.
Et dans son corps, quelle n'est pas la perfection de son Cœur?
(1) Bossuet.
(2) Gratry.
(3) Corpus ad eius (aniraae) esse trahitur. (Billuart. de Incarn., Dissert. 4, art. 4. - S. Thom., 1. p., q. 91, art. 3).
(4) Corpus hominis est imago mentis. (Corn,, a Lap., Com. in Gen. cap. 1, v2. 6.)
Prenons donc cette merveille imcomparable du monde matériel, le Cœur de Jésus; cette merveille incomparable du monde spirituel, Y âme de Jésus; et dans cette àme, Y amour: ce qu'il y a de plus merveilleux dans cette merveille. Unissons cette matière et cette àme, cet amour et ce Cœur. De ces merveilles sans nom, faisons une merveille unique. Voilà le Sacré-Cœur! Le Sacré-Cœur est donc l'organe parfait de l'amour créé le plus parfait, et, de plus, l'organe divin de l'amour incréé, infini, 'parce qu'il est le Cœur de Dieu.
0 Marie, quel trésor vous possédez! ! Quelles richesses inouïes vous donnez au monde ! ! !
Scrutons encore les abîmes de la Maternité divine; nous y trouverons de nouveaux prodiges.
« Le Verbe divin, dit Alcuin, en venant en Marie pour s'in- « carner, ne quitte pas le sein de son Père ; étant partout tout « entier, et partout parfait, il ne peut souffrir de partage dans « la plénitude de sa Divinité; il est tout entier dans le sein de « son Père et tout entier dans le sein de la Vierge (1). » D'où il résulte « que Marie a engendré véritablement, dans le temps, le même Fils que Dieu engendre de toute éternité (2). « Oh ! quel « profond abîme que celui de la Maternité divine ! s'écrie Saint « Pierre Damien ; quelle incomparable dignité ! l'œil effrayé ose « à peine en considérer toute l'immensité, car dans ce mystère, « Dieu se trouve dans la Vierge d'une manière spéciale, c'est-à- « dire par identité, parce que, en prenant sa chair, Il devient ce « qu'Elle est Elle-même (3). »
Ainsi donc, Dieu, en unissant la Personne de son Verbe à l'humanité formée par l'Esprit-Saint dans le chaste sein de Mali) Uterum Matris gïgnendus implevit, nec dimisit Patrem, cum venit ad Virginem. Ubique totus, ubique perfectus: nec plenitudo Divinitatis partiri potest, sed totus Filius in Pâtre, totus Filius in utero Virginis. (Alc. ab., de flde Trin., lib. 3, c. 11).
(2) Quem enim ipse genuit Peum, ego Eumdem generavi hominem. (Cornel. a Lap. in Luc. c. 1, v 46).
(3) Quarto modo inest Peus uni creaturae, videlicet Mariae Virgini, identitate, quia idem est quod Illa. Hic taceat et contremiscat omnis creatura, et vix audeat aspicere, tantae dignitatis immensitatem. (S. P. Dam., serm. 1, de Nat. B. Jlf. V.).
rie, Lui a donné par Elle une nouvelle manière d'être qu'il n'avait pas auparavant. Cette manière d'être nouvelle devint tellement propre et personnelle au Verbe, qu'il est littéralement vrai de dire de Lui, comme du reste des hommes: Il est né, Il a été visible, Il a souffert, Il est mort. Ce qui fait dire à Corneille de la Pierre « que, par l'Incarnation, Dieu le Père daigna « associer Marie à sa génération, afin qu'Elle devînt Mère du « propre Fils dont il est lui-même le Père. Le même Fils, qu'il « engendra comme Dieu est le même que Marie engendre comme « Homme (1). »
O grandeur! 0 sublimité sans exemple! O mystère insondable!!!
Je comprends maintenant que les saint Docteurs aient osé appeler Marie complément de la Trinité (2). Ils ne veulent pas dire par là, que la Trinité soit susceptible de complément en Elle-même, étant en tout sens infinie. Non; mais Elle peut se compléter au dehors par des relations nouvelles, et ces relations Lui viennent par Marie (3). Au Père céleste Marie donne empire, non sur les créatures, mais ce qui est bien plus, sur son égal, sur son Fils, devenu son inférieur en tant qu'Homme (4). Au Fils Elle donne un être nouveau, l'être de Rédempteur, de Médiateur de l'humanité, de Glorificateur de Dieu, et Elle Lui permet ainsi de rendre à son Père autant qu'il avait reçu, c'est-à-dire l'in-
(1) Magnificat anima mea Dominum, id est, primo, Deum Patrem, qui me dignatus est evehere ad suae generationis consortium, ut ejusdem Filii sim Mater, eu jus ipse est Pater: quem enim ipse genuit Peum, ego Eumdem generavi hominem. (Oornel. a Lap. in Luc, c. 1, v. 46).
— Pater sedenim aeternus ex cognitione adaequata, et comprehensiva Deitatis, Verbum générât; Virgo autem B. per comprehensionem totius Dei in utero contenti, ipsum Verbum gignit. (Vega, Theol. Marian., n. 1800).
(2) (Maria complementum Trinitatis) quandoquidem et Spiritus sanctus adveniebat et hospitabatur, atque Pater obumbrabat, et Filius utero gestatus inhabitabat. (IIe.sychius, serm. 2, de Laudib. Vira-).
(3) Picitur Trinitatis complementum, quia, ex Incarnationis mysterio in Maria peracto, Trinitatis opéra ad extra singulari luce enituerunt, ipsumque Trinitatis mysterium maxime patuit; quia très divinae Personae ad tanti myst-srii sacramentum coierunt. (Vega, Theol. Marian., n. 1781).
(4) Minor Pâtre secundum humanitatem. (Symb. Athan.).
fini (1). Au Saint-Esprit, qui semble seul stérile dans la Trinité. Elle procure une fécondité, lorsqu'il forme en Elle le corps du Fils de Dieu, et qu'il étend et prolonge, par son action sanctifiante, l'Incarnation dans l'espace et dans les siècles (2).
0 Marie ! quelle place tenez- Vous donc dans les desseins de Dieu? Dans quelle sphère faut-il aller Vous chercher? L'Ange du Seigneur Vous saluait pleine de grâce! et voilà que la Source même de toutes les grâces se donne à Vous et ss renferme dans Votre chaste sein! Vous en possédez- toutes les avenues. Puisque c'est dans votre propre fonds qu'elle a pris naissance, il est juste alors que Vous présidiez à la distribution de ses eaux mystérieuses, car n'est-ce pas à votre parole qu'elles ont jailli sur le monde pour le purifier, pour y porter la vie et la fécondité?
Aussi Dieu veut-il que cette Vierge incomparable ait sous sa dépendance cette fontaine sacrée oit tous les peuUes doivent venir puiser (3).
Il veut qu'Elle en soit pour toujours Y Intendante fidèle, en même temps que le Canal unique. Voilà pourquoi l'Église met, sur les lèvres de la Mère du Christ, ces paroles admirables de l'Esprit-Suint : 0 vous tous qui cherchez la véritable vie, la vie de l'éternité, venez à moi et vous la trouverez ! Si vous êtes altérés des biens célestes, le Seigneur étanchera votre soif et vous donnera le salut (4).
Quelle est donc cette source intarissable de toutes les grâces dont Marie nous a enrichis, et dont Elle a la garde sacrée? C'est JÉSUS que l'Apôtre appelle le Trône de la grâce, ou si vous l'aimez mieux, c'est son CŒUR adouable! Cor Jesu fons omnium gratiarum.
(1) Honorifico Patrem meum.(JOAX., VIII, 4P).- Pater gratias ago Tibi.(Id.,XI,41).
(2) Solus Spiritus Sanctus ut infoecundus, sic incompletus manere visus est, nisi se B. Virgini ea communicatione mirabiliter infudisset, producendo in Ea Filium. (Vega, Theol. Jlarian., n. 1783).
(3) In die illa erit fon-; patens domui David. (Zach., XIII, 1).
— Fons aquae salientis in vitam aeternam. (.Toan., IV, 14).
— Aperi eis fontem aquae vivae. (Xum., XX, 6). - Deriventur fontes tui foras, et in plateis aquas tuas divide. (Prov., V, 16).
— Ilaurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris. (Isai., XII, 3).
(4) Qui me invenerit, inveniet vitam, et hauriet salutem a Domino. (De Parab. Sa!oïn. c. 8, lect. 1. in fest. B. M. V. per annum).
— Si quis sitit, veniat ad Me, et bibat. (Joan., VII, 37).
— Qui sitit, veniat: et qui vult, accipiat aqaam vitae. (Apoc. XXII, 17).
— Per Te salutem hauriamus, Virgo Maria, ex vulueribus Christi. (Ex offlcio sept, dolor. B. M. V.).
Ainsi le TITRE de Notre-Dame du Sacré-Cœur, qui exprime le puissant crédit de Marie sur le Cœur de son Fils, et son amour pour les hommes, trouve encore sa justification dans ce que nous venons de dire de la Maternité divine (1).
A cette preuve, déjà si concluante, joignons le témoignage de Dieu lui-même.
L'auguste Vierge apparut un jour à Sainte Elisabeth, reine de Hongrie, et lui dit : « Interroge-moi en toute sécurité, je ré- « pondrai à tout. »
La Sainte hasarda cette question: « Dites-moi donc, Ma Dame, «c pourquoi vous aviez un si violent désir, lorsque vous étiez au « temple, de voir la Vierge qui devait enfanter le Fils de Dieu? » La Sainte-Vierge répondit: « Un jour, ayant ouvert le livre (des «divines Écritures), je tombai sur cette parole d'Isaïe: « Voici « que la Vierge concevra. » Je compris que le Fils de Dieu de- « vait choisir une Vierge pour tirer d'elle son origine, et aussi- « tôt je résolus dans mon cœur, par amour et respect pour cette « Vierge, de garder la virginité et de me donner à elle pour ser- « vante et de ne jamais me séparer d'elle... et je suppliais ardem- « ment le Seigneur de vouloir bien me prolonger la vie jusqu'à « ce que je puisse voir cette Vierge de mes yeux et la servir de « mes mains. Tout à coup, je me vois environnée d'une splendeur « plus éclatante que le soleil, et du milieu de cette splendeur, «j'entendis une voix me disant: Prépare-toi à enfanter mon « Fils. Sache que la soumission que tu veux faire à une autre «pour l'amour de moi, je veux qu'elle te soit faite par les « autres. Je veux que tu sois la Mère, la Dame et la Domina- « trice de mon Fils, en sorte que non-seulement tu l'aies, mais
(1) Summa praerogativa Mariae, cui nihil vult aut potest Filius denegare. Quia autem orat Patrem, aut jubet Natum, et sernper exauditur pro sua reverentia, etiam antequam petat. (Richard. S. Laurent., de Laud. B. M. V., lib. 6, c 13, p. 203).
— Euge. euge. Dei Mater, cui ille omnium cred'tor, debitor sit. Deo debemus omnes: tibi ipse obstrictus est. (S. Methodius, or. de Sim. et Anna, t. 28, p. 374, éd. Migne).
— Deo debemus omnes, Tibi Ipse. (Joan. de Cardenas, disp. 1, de inflnita Dign. mat. Dei, c. 7).
— redit autem in gloriam, quod, cum Matris sit debitor, velit Ei vices reddere, et pro rcddendo, omnia bona nobis conferenda committere; quia hoc et pietatem filialem commendat, et observantiam Christi erga Matrem extollit. (Tïeol. Marian. a Virg. Sedlmayr, n. 1741). - (Maria) quia Thésaurus Domini est, et thesauraria gratiarum ipsius. (Idiota, in Prolog, contemplât, de Virg. Maria).
« encore que tu puisses le donner a quiconque il te plaira. « Il n'aura point ma grâce, ni mon amour, ni la grâce et « l'amour de mon Fils, quiconque ne T'aimera pas.... et qui- « conque n'implorera pas ta faveur ne pourra avoir aucune « consolation de mon Fils (1). »
(1) Hist. univ. de l'Eglise, par Rohrbacher, t. 9, Gaume, Paris. - Edit. 4, vol. in-4. p. 468.
— Voici le texte latin de cette importante révélation:
— Et ecce quidam splendor clarior sole et de splendoris medio audivi vocem dicentem mihi: « Praepara te ad pariendum Filium meum. »
Et adjunxit certlssime: «Scias quod illa subjectio, quam, meî amore, alteri vis facere, volo quod ab aliis tibi fiât, et volo quod sis Filit met Mater, Domina et Domtnatrix, ut ipsum non solum habeas, sed omnibus quibus tibi placuerit îllum praestare possis. Nec meam gratiam, nec meum habebit amorem, nec Filii mei, qui te non amaverit, et qui te Filii mei matrem confessus non fuerit, in regnum meum non intrabir. » (Histoire de Sainte Elisabeth, par le Comte de Montalembert, 3. édit. in-8. de 1841, appendice, note 5, pages 362 et 363).
La collection authentique de ces Révélations, sous le titre: Revelationes Beatae M"ariae factae Elisabeth, flliae régis Hungariae, se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles; nous l'avons vue; elle occupe les deux tiers d'un volume in-folio de pièces diverses, consacrées aux Saints du 19 novembre.