GRANDEUR DES PRÉROGATIVES QUE CONFÈRE A MARIE LA MATERNITÉ DIVINE
Avant de traiter cette question, rappelons deux principes.
1. Quand nous parlons des privilèges de Marie, de son élévation, de ses grandeurs, de son autorité maternelle et de son intercession toute-puissante sur le Cœur de son Fils, nous ne voulons pas dire qu'Elle tire d'Elle-même toutes ces prérogatives; non, ce serait une grossière erreur. Au reste, nous nous sommes déjà expliqué sur ce point dans le chapitre précédent.
Marie, quelque parfaite qu'Elle soit, n'est qu'une simple créature. Tout ce qu'Elle a Lui vient évidemment de Dieu. Omne donum descendons a Pâtre luminum (1). Dieu est la source de tout don « Tout pouvoir, dit Saint Paul, vient de Dieu. » Non est enim potestas nisi a Deo (2).
2. Lorsque certaines dignités, comme celle de la maternité, par exemple, emportent avec elles certains droits, certaines prérogatives, c'est Dieu qui a réglé et voulu qu'il en fût ainsi, en attachant à ces dignités ces droits et ces prérogatives. Quae nvton sunt, a Deo ordinatae sunt (3). Et l'élévation d'une créature, quelque prodigieuse qu'elle soit, loin de diminuer la puissance du Créateur, ne sert, au contraire, qu'à la faire ressortir davantage.
Mais lorsque ces dignités, par une volonté expresse de Dieu, et par une exception aux lois de la nature, sortent de l'ordre
(1) Jac. I, 17.
(2) Rom. XIII, 1.
(3) Id. ib.
commun des choses, et s'exercent dans un ordre supérieur, les droits et les devoirs changent alors en conséquence, et n'ont plus d'autre mesure que celle assignée spécialement par le Très-Haut pour l'accomplissement de ses desseins.
C'est avec cette sage réserve et en adorant les profondeurs insondables du mystère de la Maternité divine, que nous empruntons à la dignité maternelle, telle que nous la connaissons dans l'ordre naturel, l'image bien imparfaite des droits et des prérogatives de Marie.
Les droits maternels qu'elle exerce sur le Verbe fait chair, devenu son Fils, sont bien plus des privilèges que des droits. C'est volontairement, par excès d'amour, et non par obligation que Jésus s'est soumis à sa Mère, mais la parole du Saint-Esprit n'en est pas moins vraie de fait, et erat subditus illis. Donc, l'autorité, que Marie peut avoir sur Jésus et sur son divin Cœur, n'est qu'une autorité concédée par bonté, par bienveillance et par amour, et qui n'affaiblit en rien l'autorité suprême de Dieu qui a tout accordé, tout reconnu.
Cette vérité établie, examinons maintenant les prérogatives de Marie.
Que va-t-il résulter pour cette auguste Vierge de cette Maternité divine? Une grandeur incommensurable, des prodiges de giàce incompréhensibles aux Anges et aux hommes, et connus de Dieu seul. Marie se trouve élevée à des hauteurs qu'on ne saurait mesurer (1). Rien n'approche, dans les êtres créés, de la plénitude de grâce qui Lui est départie; il faut monter, pour ainsi dire, jusqu'à la Divinité, s'écrie un grand Saint (2); et Suarez ne craint pas d'avancer, en descendant dans la profondeur du
(1) Si formam Dei appellem, digna existis. (S. ait,., de Assumpt. B. M.. serra. 208. de Sanctis).
— Si formam Dei appellem, digna existis. (S. Max., epts. Tauri, de Assumpt. B. .1/. Virg., serm. 1).
— Filio Dei in Eam descendent^, non solum lurainosa est jam effecta, sed tota est deiflcata. (Rtch. a S. Laur., de Laud. B. M., lib. 5, c. 1, p. 1Ô7).
(2) Oportuit enim, ut aie dicam, Eam elevari ad quamdam aequalitatem divin ara, per quamdam quasi inflnitatem perfectionnai et gratiarum, quant aequalitatem creatura nunquam eœperta est. (S. Bern. Skn\, pro fest. V. AT., serm. 5, c. 12, de Nativ. B. M).
mystère, que la Maternité divine appartient en quelque sorte à l'ordre de l'union hypostatique, à cause des relations si intimes qui unissent Marie à Jésus (1). Conçoit-on, en effet, quelqu'un qui soit plus à une mère que son fils? Quelle est donc la créature qui soit plus près du Verbe incarné que Celle qui Lui donne le jour? Aussi Marie est-Elle associée à tous les sentiments, à toutes les pensées, à tous les désirs de Jésus-Christ (2). Il La rend participante de tous ses trésors. « En contemplant ce grand my- « stère de l'Incarnation, s'écrie Saint Bernardin de Sienne, où la « Divinité tout entière, avec ses attributs, se renferme dans les « chastes entrailles d une Vierge, je ne crains pas de dire, qu'en « vertu de cette union, Marie possède une certaine juridiction « sur les effusions de toutes les grâces, puisque c'est de son sein, « comme d'un Océan divin, que s'en échappent tous les ruisseaux « et tous les fleuves (3). » « En sorte qu'Elle a entre les mains, « dit Albert le Grand, l'universalité de toutes les grâces, quelles « qu'elles soient (4); » « et que c'est de sa plénitude universelle, « ajoute Saint Bernard, que les hommes doivent tout recevoir (5).»
(1) Haec dignitas Matris est altioris ordinis; pertinet enim quodammodo ad ordinem unionis hypostaticae, illam enim intrinsece respicit, et cum illa necessariam conjunctionem habet. (Suarez, in III p., t. 19, disp. 1, sect. 2, n. 4).
— Huic autem unioni hypostaticae, quae facit hune hominem, puta Jesum, esse Deum, intime et proxime cooperata est B. Virgo, dum Verbum aeternum e suis visceribus corporavit, et carne sua induit. Maternitas ergo ejus proxime accedit ad Verbi incarnationem. Unde sicut nihil hac unione, sic nec Maternitate Dei quidquam praestantius, vel ab ipso Deo fieri potest, uti docet D. Thom., 1. p., quaest 25, art. 6, ad 4. (Cornel. a Lap., in Prov. XXXI, 29, édit. Vives, t. 6, p. 526, col. 1).
— Tu enim es proxima Deo, adhaerens Deo, coniuncta Deo. (S. Hildef., lib. de Virginit. B. M., c. 1, in Brev. rom., die 18 dec. in fest. Exp. Parties B. M. I*.).
— Nec a dominatione Filii mater potest esse sejuncta: una est Mariae et Christi caro. (arn. Carnoten., de Laud. Mariae, Bibliot. P., t. 22, p. 1282).
(2) Cum consensu Eius (Christi), omnes 111 iu s cogitationes et interiores actus intueri potest. (Suarez, in III p., disp. 21, sect. 3, n. 5, p. 321; t. 19, édit. Vives).
— Spiritali et corporali intus et extra Christi praesentia fruebatur. (S. Cypr.. serm. de Xativ.).
(3) Quum enim tota natura divioa, totum esse, posse, scire et velle divinum, intra Virginis uterum extiterit clausum : non timeo dicere, quod omnium gratiarum eflluxns quamdam jurisdictionem habuerit h?ec Virgo, de cujus utero, quasi de quodam Divinitatis oceano, rivi et flumina emanabant omnium gratiarum.(S.P.ERX. Ben., Pro Fest. V. M., s. 5, art. 1, cap. S, de yativ. B. M.).
(-1) Manifestum est, quod Beatissima Domina habuerit universitatem gratiarum gratuitarum et gratis datarum. Quod omnifarie credimus esse verum. (alb. Mag., sup. Miss., q. 160).
(!">) Singularem quod sola hanc inveneris plenitudinem generalem, quod de ipsa plenitudine accipiant universi. (S. Bern., in Annunt. B. M., serm. 3, n. 8).
Pourquoi ces privilèges inouis? Ah ! c'est qu'entre la Mère et le Fils tout devient commun. « En effet, dit Richard de Saint- « Laurent, quand le Verbe s'est fait chair, la B. Vierge et la di- « vine Sagesse furent alors un seul esprit et une seule chair; et «voilà pourquoi il est dit: Ils seront deux, à savoir le Christ « et Marie, clans une seule chair virginale; et tout ce qui se dit « de la divine Sagesse peut presque se dire de Marie et Lui être « attribué (1).
Oui, ô Jésus ! Vous tenez à l'immaculée Vierge par le plus intime de votre être, puisque Vous êtes la chair de sa chair et le sang de son sang ; et par Vous Elle tient à Dieu aussi parfaitement qu'il soit possible à une pure créature. Son Fils, qui est de sa substance, n'est-il pas en même temps de la substance de Dieu (2)? La Maternité de Marie, la Théologie l'appelle une dignité infinie en son genre, à cause de son union intime avec une personne divine. Dieu, dit Saint Thomas, ne pouvait conférer à un être créé une dignité plus haute (3).
Aussi Marie forme-t-Elle un ordre à part dans l'univers. Elle est à Elle seule une création merveilleuse, dont rien n'approche au ciel comme sur la terre. Elle n'est pas Dieu, sans doute, mais sa chair a servi pour former la chair d'un Dieu. Vérité qui inspirait à Saint Augustin et, plus tard, à Saint Pierre Damien, ces belles paroles: «La naissance unit tellement la Mère et le Fils, « qu'elle n'en fait qu'tm (4). » Ainsi quand la langue a prononcé ce mot: MÈRE DE DIEU, Mater Dei, le regard cherche en vain, en dehors du Christ, une élévation plus sublime (5).
(1) Quando Verbum caro factum est; et tune fuerunt beata virgo et divina Sapientia unus Spiritus et una caro.... idée- dicitur: Erunt duo, id est, Christus et Maria, in came una virjinali. Propter hanc convenientiam et multiplicem unionem inter Mariam et divinani Sapientiam, fere omnia quae dicuntur de divina Sapientia exponi possunt de Maria, et Ei eadem attribuuntur. (Rich. a S. Laur., de Laud. B. M. T'i/v/., lib. 1, c. 5, p. 21).
(2) Jésus Christus Dei filins, Deus et homo est. Deus est ex substantia Patris.... et homo est ex substantia Matris. [Syrrib. S. Athan.).
(3) Dicendum quod Humanitas Cbristi ex hoc quod est imita Dec... et beata Virgo ex hoc quod est Mater Dei, habent quaradam dignitatem infinitam, ex bono inflnito, quod est Deus. Et ex hac parte non potest aliquid fieri melius eis... (S.Tiiom., I, q. 25, art. 6. ail I).
(4) Nativitas unum effecerit Matrem et Filium. (S. Aug., homil. 4. in Assump.) - Caro Jesu caro est Mariae. (S. Aug., lib. de Ass. B. V., c. 5). - Habitat Deus in virgine, cum qua unius naturae habet identitatem. (S. Pet. Dam., in Nativ. B. V., s. 1).
(5) Hoc solum de S. Virgine praedicari quod Dei Mater est, excedit omnera
0 Bienheureuse Vierge, tout ce que je pourrais ajouter à vos louanges n'approchera jamais de la vérité.... Les hommes et les Anges ne sauraient mesurer l'étendue de vos grandeurs. Il n'y a que Dieu qui la connaisse.
Entre vous et Jésus, je ne vois aucun intermédiaire ; vous ne faites qu'im avec votre Fils. D'où il suit, que votre union avec la Divinité est tellement étroite et au-dessus de toute conception créée, que les esprits célestes les plus élevés ne sauraient la comprendre (1).
altitudinem. quae post Deum dici vel cogitari potest. (S. anselm., de Excel. B. V., e. 2. p. 135, col. 2. a. b.).
— Mater îitas Dei enim esc dignitas incomparabilis et incomprehensibilis. Ipsa enîm est eonsanguinitas cura Deo eaque proxima. summa et arctissiraa: quare per Eam B. Virgo elevata est, facta quasi ordinis divini, ut eumdem Deum habeat Filium sibi consubstantialem in bumanitate, quem Deus Pater sibi habet consubstantialem in divinitate. Quare sicut Ei dicit Deus Pater: « Filius meus es tu, ego hodie genui Te:-» sic idem Eidem dicere potest B. Vir^o. Ipsa ergo prae caeteris omnibus proprie est « Mater, Fïlia, Sponsa Dei. » Quid ergo quantumque est esse Matrem Dei? Est esse maternitate quodam modo superiorem Deo, est paiere et gignere Deum; est Deo dare suam substantiani. suam essentiam, suum corpus, suam caméra et sanguinem; est habere jus maternum in Deum, velut suum infantem et prolem; est Deum habere sibi subditum, ceu filium, ut Deus Eam vocet Genitricem suam. Eam colat ut Matrem, amet ut Matrem. Ei obediat ut Matri: rursus ut Eam exornet illis dotibus et t;ratiis, quae et Matrem Dei et Deum Filium décent: honor enim filii pendet ab honore matris. Quare sicut matrem régis decet esse reginam tant.o filio di?nam: sic pariter Dei Matrem d-cet esse Deo dignam. Sicut enim turpe esset régi habere matrem eo indignam, vilem et ab.jectam: sic pariter turpe esset, si Deus haberet Matrem se indignam, nec iis ornatam dotibus quae Deum décent. Ilinc Matris Dei decus obstupescens S. Bernardus exclamât, nom. 1, super Missus est: •:. Utrinque stupor, utrinque miraculum, et quod Deus feminae obtempéra, humilitas absque exemplo; et quod Deo femina principetur, sublimitas sine socio. » (CORNBL. a I.ap., in Prov. XXXI, 29, t. 6, p. 526, édit. Vives). - Dignitas Matris suo génère inflnita. (Suarez, de Die, p. 3, d. 1, s. 2, n. 7).
(1) Adeo niliil invenire est tuis laudibus offerendum quod possit prope accedere ad id quod Te concedet.... Quantum inter gloriam tuam, summumque Angelorum ordinem intersit, solus noverit Deus, captum vero humanum fugit omnino, adeo superior es universa natura Spirituum. Taceo enim j:enus nostrum mortale, quum Deo sis proxima, nihilque interraedium sinas inter Te tuumque Filium, quod demonstratione ulla indigere non arbitror. Nam si Tu vna cum Filio es (qui enim aliter?) ille vero cum Pâtre et Paraclito, liquet esse Tibi locum apud Illos, quo nullus sit dignior. Quare et ineffabih illorum gloriae tantam habes vicinitatem, quantam nec maximus coelestium mentium ordo. (EMMANUEL Pai.eologus, orat. in Dei p. dornu, p. 57, apud Maraccium, in op. inscripto Caesares mariant. • Ib., p. r>8 et 55-56).
— Quidquid de Te a mortali homine dicitur, celsitudinis tuae meritis non aequatur. (S. Pet. Dam., serm. 46, idemque 3, in Deip. Nattv.).
Que donne encore à Marie cette sublime dignité ? Une autorité maternelle sur le Christ (1). Comme Fils de Dieu, engendré de toute éternité, Jésus ne dépend et ne saurait dépendre d'aucune créature, pas même de sa Mère ; Il le prouve, du reste, en restant dans le temple sans qu'Elle le sache (2). Mais, selon la nature humaine, il est serviteur de son Père (3) et soumis à l'au^torité de sa Mère (4).
En effet, d'après les lois de la nature, le fils est soumis à la mère, dans les bornes tracées par la Providence, et la mère a droit à la soumission, au respect, à l'amour de son fils. Cette soumission est dans l'ordre; c'est Dieu qui l'impose (5).
En choisisant Marie pour sa Mère, Jésus a voulu lui devoir son existence humaine. Il ne vit, comme homme et comme homme Dieu, qu'en vertu de l'incarnation, laquelle, Dieu l'ayant ainsi voulu, n'a pu s'opérer qu'avec le consentement et la coopération de Marie. C'est Elle et elle seule qui a fourni toute la substance de son corps sacré. « Le don de la mère à l'enfant, comme le dit Mgr Gay, c'est ce qui devient l'enfant lui-même. Marie donne au sien en substance ces organes merveilleux qui serviront immédiatement les attributs divins, devenant les organes propres d'une Personne divine: ce Cœur, ce visage, ces yeux, ce front, ces lèvres, ces mains, ces pieds, tout ce corps enfin, d'où jailliront tant de lumières, d'où ruisselleront tant de grâces, d'où s'échapperont tant de miracles. Elle lui donne du sang: ce sang qui apaisera la justice et sauvera le monde; Elle lui donne des larmes: ces larmes qui en feront couler tant d'autres, et si douces et si sain-
(1) Reata Virgo habuit dominium maternum, seu potestatem patriara in Christum. (Theol. Marian., a Virg. Sedlmayr., n. 1581. - Ita Mald. in cap. 2 Luc, v. 51. - Vega, Theol. Marian., n. 1668. - Salazar, t. 1, in Prov., c. 8, v. 16).
(2) S. Luc, II, 49.
(3) Minor Pâtre secundum humanitatem. (Symb. S. Athan.).
(4) Erat subditus illis. (S. Luc, II, 51).
(5) Deus vult cuique suum jus servari: unde requirit, id est, severe jubet, exigit et punit, ut « judicium, » id est sententia et auctoritas matris, conservetur et fiât a filiis; atque hoc ipso sancit et confirmât matris jus, auctoritatem, sententiam et praeceptum apud filios. (Cornel. a Lap., t. 9, p. 115, col. 2. comm, in Eccl., III, v. 3, édit. Vives).
tes! Elle lui donne, d'une certaine manière, cette compassion, cette sensibilité, cette tendresse qui tiennent à notre nature, qui sont l'une de ses perfections, et que Marie possède en un degré où nul n'arrive, excepté Elle (1). »
D'où vient maintenant cet ordre admirable, qui soumet l'enfant aux parents, tant qu'il reste sous leur dépendance ? N'eslrce pas du Verbe qui est l'ordre par excellence?
Qu'y a-t-il d'ordonné, qui ne le soit par lui (2).
Or le Verbe fait homme, sans rien perdre de ses droits divins, a voulu se soumettre à cet ordre établi par lui-même, et, dans la mesure qui répondait à ses disseins de miséricorde infinie, obéir à sa mère ; « car entre la Vierge et le Christ comme homme, dit Suarez, il y a les mêmes relations, aussi réelles, aussi parfaites qu'entre les autres mères et leurs enfants (3). »
Aussi Corneille de la Pierre ne craint pas d'affirmer que Marie a eu sur Jésus un droit maternel plus étendu, plus parfait, que celui des autres mères sur leurs fils (4).
Que de témoignages nous pourrions apporter à l'appui de cette doctrine! «Par Marie, dit Saint Ildefonse, le Christ-Dieu « devint Homme, le Verbe se fit chair, et le Fils de Dieu, le Créa- « teur de toutes choses, devint le Fils d'une Mère qu'il avait for- « mée : en sorte que le Dominateur fut, en naissant, soumis à sa
(1) Mgr Gay, 13. élevât, sur la vie et la doctrine de N. S. J. C, t. 1, p. 114.
(2) Omnia per Ipsum et in Ipso creata sunt. {Ad Colos., I, 16).
— Omnia in Ipso constant, (ibid., I, 17).
— Omnia et in omnibus Christus. (Ibid., III, 11).
(3) In B. virgine relatio matris est tam realis et perfecta quam in aliis matribus, et ejusdem rationis; etiam in Christo quatenus homine, seu quatenus producto a R. Virgine, est etiam tam realis et perfecta relatio filii, quam in aliis filiis. (Suarez, Theol. S uni., part. 3, disp. 12, sect. 1, t. 19, p. 200, édit. Vives).
(4) Ilinc sequitur quod B. Virgo ma jus jus habuerit in Christum quam habent caeterae matres in suos filios. (Cornel. a Lap., t. 15, p. 60, col. 1, in Matth., I. 16).
— Id., p. 59. Virgo enim Deipara habebat jus et auctoritatem maternam in Christum, uti habent aliae matres in suos filios, quos genuerunt, imo plus quam aliae matres, quia Ipsa magis fuit Mater Christi, quam sint aliae matres suorum ûliorum.
— Magis est Mater Dei quam sint matres hominum: hae enim non dant totam BUbStantiam filio. (Cornel. a Lap., in Ercl., XXIV, 12). Ipsa sola fuit Pater et Mater Christi. (Id., In Matth., I, 16. - Cornel. a Lap., t. 9, p. 627, col. 2, et t. 15, p. 60, col. 1).
— Materiam corporis quam aliis filiis subministrat tam pater quam mater, hanc sola B. Virgo BUbministravit Filio suo. (Cornel. a Lap., in Matth., 1, 18, t. 15, p. 65. col. 1, éilit. Vives).
«servante, qu'il avait créée; et ainsi la servante eut puissance « sur le Seigneur, qui Lui était soumis (1). » Saint Bernardin de Sienne tient le même langage (2); et Gerson ne craint pas de s'écrier, dans son sermon sur l'Annonciation : « Nous ne pouvons « donner de Marie une idée plus élevée qu'en l'appelant Mère de « Dieu, puisque par là Elle a comme une autorité et un domaine « naturel sur le Maître de tout l'univers, et, à plus forte raison, « sur tout ce qui lui est soumis. « Aussi l'appellerai-je la Souve- « raine du Créateur Lui-même, c'est Saint Luc qui m'y auto- « rise (3). » « En sorte, dit à son tour Richard de Saint-Laurent, « que non-seulement Elle peut, comme les autres Saints, supplier « son Fils pour le salut de ses serviteurs, mais encore Lui com- « mander avec une autorité maternelle (4). » « Il est donc cer- « iain, dit encore Corneille de La Pierre, que Marie a eu sur « le Christ un droit et une autorité maternels, semblables au « droit et à V autorité que possèdent les autres mères sur leurs « enfants (5). Que dis-je? Bien plus que les autres mères, pour « les raisons apportées plus haut. D'où il résulte qu'Elle étend son « domaine sur tous ses biens (6).
De tout ce qui précède, il est facile de conclure combien doit être puissante et efficace l'intercession de Marie, en vertu de sa divine Maternité (7).
(Il Ut per hanc Virginem Ohristus Deus fleret homo, Verbum fleret caro, et Filius Dei factor omnium, fleret filius Matris, quam ipse lbrmaverat; essetque I)omiuator nascendo subditus ancillae, quam ipse condiderat; sicque haberet ancilla potestatem in subditum Dominum. (S. Hildef., lib. de Virginit. Mariae, cap. 8).
(2) Et iterum liaec est vera propositio: Imperio Virginis omnia i'amulantur, et Deus. (S. Bernard. Sen., Pro Fest. V. 3L, s. 5, art. 1, cap. 6, de Natlv. B. M.).
(3) Melius Eam appellare non possumus, quam Matrem Dei, quoniam per hoc habet veluti auctoritatem et naturale dominium ad totius mundi Dominum, et a fortiori, ad omne id, quod huic subjectum est Domino. (Gerson, serm. de Annunt., consid. 4, t. 3, p. 1366).
— Domina ipsius Creatoris, sicut Luc, 2. scriptum est: « Et erat subditus illis. » Proinde haec est vera: Deo subdita est omnis creatura, et P.. Virgo. B. Virgini subdita est omnis creatura et Deus. (S. Bernard. Sen., Pro Fest. V. M-, s. 3, art. 1. de (jlorioso Nomine V. M.).
(4) Quia pro sainte famulantium sibi non solum potest Filio supplicare, sicut alii sancti, sed etiam potest auctoritate materna Eidem imperare. (Rie. a S. Lauk., de Latid. B. il/., lib. 2, cap. 1, n. 21, p. 39).
(5) Virgo enim Deipara habebal jus et auctoritatem maternam in Christum, uti habent aliae matres in suos filins, quos genuerunt, imo plus quam aliae matres, ob rationem quam mox afferam. (counel. a Lap., t. 15, p. 59, col. 2. in ^^^lt!t., 1, 16).
(6) Habuit ob Filii Dei matemitatem dom nium in omnia. (Id., t. 5, p. 213, col. 1).
(7) Domina cujus omnipotens est auxilium. (Cosmat. IIieuosol. in Theogon., hvm. 6).
Voyons maintenant les relations de Marie avec l'Esprit Saint, qui est survenu en Elle pour opérer le grand et insondable mystère de l'Incarnation. Quel prodige de grandeur et de grâce!!! « Ce divin Esprit, dit Saint Amédée de Lausanne, en se commu- « niquant à l'auguste Vierge, s'est répandu en abondance, en af-
— Domina misericordiae et gratiae. (S. ansel., de Excellent. V. M., cap. 12).
— Domina juxta Deum, quem de suo utero Virgo Filium peperit, residens et jure materno coelo, terraeque cum eodem Filio suo praesidens. (S. Anselm., de
"t. V. i/.. cap. 9). - Domina beoedicta, cni ipse Rex gloriae principaliter obnoxius, ex propriae carnis collatione dignoscitur. (r.uiBERTUS abbas, de Lavd. B. .1/., cap. 13).
— Domina valenti^sima, cui nulla accedit impotentia. (Guibertus abbas, in tract, contra Judaeos, lib. 1, cap. 1).
— Domina nostra, quae gratia plena omni petenti se tribuit, in manu et potestate habens t.hesauros coelestes, et profundum divitiarum Dei semper penetrans, et erogans; nunquam tamen minuens, aut evacuans.... pro libitu propmabat, et quibus vellet, distribuera poterat. (Petr. Cellens., serm. 3, in Annunt.).
— Domina Dei Israël. (D. Bonav. in Cant. Psal. B. V., t. 14, p. 222, éd. Vives).
— Domina gloriosa, quam Deus Pater Filio. de Corde suo sibi consubstantiali genito praeparavit in Matrem, in qua Deus Filius corporaliter habitavit. (Albert. Mac, in PosUllis, super cap. 1, Matth., v. 19).
— Domina omnium creaturarurn, utpote Mater Cor.ditoris, adjutrix Redemptoris, Regina Creator is. (Albert. Mac, super Missus est, cap. 200).
— Domina, cni a Filio, tanquam Matri, data est omnis potestas in coelo et in terra, et subtus terram. (Ern. Prag., in Mariali, cap. 127).
— Domina gratiae. (Gerson Joan., tract. 4, sup. Magnif., t. 4, p. 287).
— Domina cui subditus fuit Dominus. (Dion. Cartii., in Cant., art. 24).
— Imperatrix clementiae ac misericordiae Regma quam Trinitas Deus in regni sui sumpsit consortem.... eu jus meritis etprecibus nihil decrevit esse negandum. Arnold. Bostius, de Patron, et patrocin. Deip. Y. in Carm. ord., cap. 4, § 1. In sperido Carmelitano, a Daniel a Yirgine (t. 1, p. 390).
— Regina coelorum, habens plenariam potestatem.... quidquid potest facere Filius tuus, tu illud potes ab Ipso impetrare tuis precibus. (idiota, de B. V., part. 9, contempl. 14).
— Ipsa enim regina est illius civitatis, cujus Filius suus rex.... Unde dicit cum Filio: «Data esl mihi omnis potestas in coelo et in terra. » (Matth., XXVIII, 18). In Jérusalem superna potestas mea, imperandi scilicet quod volo, virtutibus angelicis et animabus sanctis, et faciendi ad beneplacitum meum, et quos volo introducendi. (Rie. a S. Lai-r., De Land. B. 3/., lib. 4, cap. 29, p. 146).
— Maria regina propter significationem. Designatur enim per reginam Saba 3. Reir., c. 10, et 2. Parai , c. 9, et per Esther reginam. (id. ibid., lib. 6, cap. 13, n. 3, p. 200).
— Regina coeli, jus et dominium et usumfractum possessionis habens in rébus Filii sui. (Ai.n. Maon., super Missus est, cap. 105).
— Regina super patrimonium et proprietatem Filii sui. (D. Bernard. Sen\, Pro Fest. V. M., serin. 5, art. 1, cap. 3, de Ifativ. B. V.).
« fluence, en plénitude et en effusion, non-seulement en son àrae, j« mais en sa chair (1). » « Aussi, ajoute Albert le Grand, est-Elle J« devenue le Réservoir de toutes les grâces divines qui décou- « lent sur le genre humain (2).» « Par la présence du Saint-Esprit « qui survient en Elle, dit Saint Bernardin de Sienne, Elle re- !« çoit toute la plénitude de la grâce qui est dans le Christ, en U sorte que c'est par Elle que tous les trésors spirituels sont trans- !« mis dans l'Église (3). » « Il doit en être ainsi, dit Suarez, puis- [« que Marie en vertu de sa Maternité a un droit spécial aux biens «de son Fils (4). » « Lorsque l'Esprit-Saint vint en Vous, ô Mairie, vous étiez déjà pleine de grâce, s'écrie Richard de Saint- « Laurent ; que pouvait-il faire de plus ? Vous donner une plénitude, une surabondance, pour répandre sur les hommes; car « vous êtes le canal sacré qui, depuis l'incarnation du Verbe, est « uni d'un côté à Dieu et de l'autre à l'humanité (5). » « O Vierge « incomparable, dit à son tour Albert le Grand, vous êtes un océan, « un abîme, que l'Esprit-Saint a rempli de ses divines effusions (6). »
Si nous sondons encore le mystère de la Maternité divine, qu'y découvrons-nous? De nouveaux prodiges.
Dieu, en se connaissant lui-même, engendre, de toute éter-
— Comme nous l'avons dit plus haut, il ne faut pas prendre dans leur sens absolu les mots autorité, droit, juridiction, domaine, dont les saints Docteurs se servent pour exprimer le pouvoir de Marie sur son divin Fils. Tout ce que Marie possède, Elle le tient de Dieu. Donc son pouvoir, quelque grand qu'on le suppose, n'est qu'un pouvoir de concession; et sa puissance, quelque étendue qu'elle soit, n'est qu'une puissance de supplication. - OMNIPOTENTIA SUPPLEX.
(1) Homil. 3, de Virg. Concept.
(2) Ex fonte enim Huius plenae plenitudinis, profluit omnis beatitudo humani generis. (Alb. Mag., super Miss., cap. 198).
(3) In illa Spiritus Sancti obumbratione, qua B. Virgo concepit Filium Dei.... tota irratiae plenitudo, quae est in Christo, in Mariam venit, quamquam aliter: in Christo, ut in capite influente; et in Maria, ut in collo corpori Ecelesiae transfundente. (S. B. de S., Pro l'est. B. V., serm. 4, art. 3, cap. 1, de Immac. Conc. B. M. V.).
(4) Imo ratione Maternae dignitatis habet singulare jus ad bona Filii. (Suarez, in 3. p., disp. 1, sect. 2, n. 7, p. 10, édit. Vives, t. 19).
(5) Spiritus S. superveniet in Te, scilicet ut Te faciat inundare, et de tua plenitudine accipiant universi.... quia in utero tuo facta est conjunctio divinae et humanae naturae. (Rien, a S. L., de L. B. M. V., 1. 9, c. 3, p. 239; 1. 4, c. 2G, p. 141; 1. 5, c. 2, n. 38, p. 172).
(6) Maria, mare, in quo, omnium gratiarum congregatio. (Alb. Mac, se i>r,- Mss., q. 28, § 2, p. 31).
nité, son Fils unique, qui est sa Sagesse, son Verbe, l'Image de sa substance, infini comme lui et égal à lui; génération ineffable et toute spirituelle, par laquelle le Fils nait du Pèie, comme la science nait de l'esprit qui la conçoit et la produit sans l'amoindrir.
Ce Fils reçoit tout du Père qui est son principe-, il ne peut ni vouloir, ni penser qu'en Lui; il n'agit et n'opère qu'avec Lui; c'est de Lui qu'il a tout ; il ne saurait vivre sans Lui (1), car le Père est la puissance radicale, « la fontaine de la divinité, » comme l'appelle Saint Denis : Fontana Divinitas (2).
Cet acte, par lequel le Père engendre le Fils, n'est pas un acte transitoire, mais permanent, qui n'a jamais eu de commencement et qui n'aura jamais de lin.
« Aussi partout où Dieu le Père se trouve, dit Véga, Il en- « gendre son Verbe et lui fait ses communications ineffables (3). « Voilà pourquoi le même mystère, ajoute Saint Chrysologue, « s'est opéré dans les chastes entrailles de l'auguste Vierge, (4) » que Saint André de Crète appelle le sanctuaire des divines opérations (5).
Saint Bernardin de Sienne s'exprime à ce sujet de la manière la plus précise. Voici ses admirables paroles: « Dans le sein « virginal de Marie, dit-il, je remarque, pendant les neuf mois «que le Fils du Très-Haut y séjourna, plusieurs prodiges: Dieu « continua à L'y engendrer, comme il le fait de toute éternité, « et à Lui communiquer ses perfections adorables ; et le Verbe, « de son côté, y prenait en même temps une nouvelle naissance « en se revêtant de notre humanité, en sorte que, dans le sein
(1) S. Joan., III, 35. - V, 19. - VI, 37, etc. - VIII, 28. - X, 18. - XII, 49. - XIV, 10. - XV, 10, etc.
(2) S. Maximi scholia in lib. S. Dionysh, de Dit. Nom, t. 2, p. 226, éd. Migne.
(3) Itaque licet aeternus Pater, ubicumque est, Verbum producat, et F.lius ubicumque reperitur, cum Pâtre Spiritum sanctum spiret. (Christ, de Vega, Theol. Marina, v. 2, n. 1797, p. 464).
(4) Christi autem gêner atio sir erat: Cum esset desponsata Mater cius Maria Joseph, etc. (S ?.1atth., c. 1). Non dixit, sic facta est, sed sic erat, quia Christi generatio erat apud Patrem, quando gêner aba tu r ex Matre. Quod erat, semper erat; quod factum est, hoc reddebatur: erat Deus, reddebatur homo. (S. Chrysolog., a nu. 146).
(5) Andr. Oretens. appellat Mariam offtcinam in qua Pater et Verbum ad intra operantur. (In Dormit, s. M., Komil. i). Siquidera in Maria Christus Deus dicitur concipi, generari, seu nasci etiam ante externara de utero nativitatem, post novem menses peractam.... Quid ergo, an Christus ut Deus, et aeterni Patris Filius in Maria, in utero, inquam, ejus nascitur? (Ch. de Vega, Theol. Maria*., n. 1780).
;< de cette divine Vierge, il y eut une double génération: la génération éternelle du Verbe par le Père et la génération du Christ i par sa mère. Qui dira votre gloire, ô sein virginal de Marie?
< qui dira vos grandeurs? Vous êtes un temple sacré où l'adok rable Trinité opéra des merveilles (1). »
« O Marie ! que vous êtes grande dans ce mystère, s'écrie
< Saint Pierre Damien! Vous êtes toute revêtue à l'intérieur de k la Divinité qui habite en vous, avec tous ses attribut*, pour ,.< vous vivifier et vous animer de sa vertu toute-puissante. La i< majesté du Très-Haut s'est comme liquéfiée en Vous et répan- « due toute entière, d'une manière admirable, dans vos chastes k entrailles, où Dieu lui-même a daigné prendre une nature iden-
< tique à la Vôtre (2). »
Etant associée, dans cette génération temporelle du Verbe, là l'action merveilleuse du Père éternel (3), qui se communiquait ■à son Fils, au moment de son Incarnation, Marie toute déifiée (4), [selon l'expression de Richard de Saint Laurent, dut ressentir, dit 'le célèbre Alcuin, des effets prodigieux de ces manifestations mystérieuses (5), et en avoir toute la vue que pouvait comporter sa
(1) « Reperio, ait, in Rege nostro Jesu duas mirabiles dignitates: videlicet m quod sit aeternus Deus genitus ab aeterno, et aeternum Deura producat, eo quod < Spiritum Sanctnm spiret, et ipse clausus in virgineo utero, in aeternitate a beo m Pâtre Deus generabatur aeternus, et in eadem aeternitate ipse Puer in ventre Ma- « tris Deum inspirabat, et producebat. » (Pro fest. V. M., serm. 5, art. 1, c. 8, de .Vativ. B. 31.). Itaque in Virginis almae utero Christus concipitur, et in eodem a Pâtre nascitur, et in eodem Spiritus S. spiratur. Duplex ergo generatio in Mariae utero peragitur, et Verbi a Pâtre, et Christi a Matre, et etiara Jésus clausus spirabat Spiritum Sanctum. O virgineum Mariae uterum, totius Trinitatis oftïcinam admirandam! ubi arcanum S. Triados mysterium operatur! (Ch. de Vega, Theol. Marina., n. 1780).
(2) Habitat Deus in Virgine, habitat cum illa, cum quâ unius naticrae habet identitataui. (S. Pet. Dam., t. 2, p. 100, in Nativ. B. V., s. 1). - lu huius utero, Majestas Altissimi mirabiliter liquefacta. (S. Pet. Dam., serm. de Annunt.). - Quum cnirn tota natura divina, totum esse, posse, scire et velle divinum, intra Virginis uterum extiterit clausum. (S. Bern. Sen., Pro Fest. V. 3/"., s. 5, a. 1, c. 8, de Nativ. B. M.).
(3) Pater sedenim aeternus, ex cognitione adaequata, et comprehensiva Deitatis, Verbum générât; Virgo autem B., per comprehensionem totius Dei in utero contenti, ipsum Verbum gignit. (Christ, de Vega, Theol. Marian., n. 1S00).
(4) Tota est deificata. (Rie. a S. Latjr., de Laud. B. M., 1. 5, c. 1, p. 157. - Id. S. Pet. Dam., serm. 1, de Nativ. B. M. V).
(5) Ineffabili potentiae suae manifestatione, uttrum Matris gignendus implevit. (alcuix, de plu Trin., lit». 3, c. 11).
— Les théologiens enseignent que la vision béatiflque, dont jouissent les saints dans le Ciel, est une certaine participation de l'acte par lequel Dieu se voit et se
condition (1). Dieu l'avait donc choisie, non-seulement pour en faire sa demeure et la Mère de son Fils, mais encore pour se communiquer, par son intermédiaire, à ce même Fils, lorsqu'il devenait le fruit, béni de ses chastes entrailles (2), comme le suc de la terre se communique au fruit de l'arbre par la branche qui le produit. Quoique Marie n'ait pas produit de son propre fonds la Personne du Verbe, comme elle en a produit le corps, néanmoins Dieu a voulu se servir d'Elle pour donner au monde cette divine Personne et verser dans son Cœur adorable, dont elle a fourni elle-même la substance, tous les trésors de sa sagesse et de sa science (3).
« Marie n'est-Elle pas, en effet, cet arbre mystérieux du Père «.éternel qui devait produire le fruit de salut (4)?» «Dieu, dit « un pieux auteur, était en Elle, comme II est au fond de la
connaît. Visio intuitiva est quaedam pnrtiripatio illlus visionis, qua Dev.s seipsum videt. (Suarez, de Deo, lib. 2. cap. 19, n. 10, p. ILS, t. 1, éclit. Vives).
— Mais comme c'est par cet acte qu'il engendre son Verbe, il faut en conclure que tous les saints peuvent connaître et sentir quelque chose des communications ineffables que Pieu Lui fait perpétuellement. Or si de simples serviteurs ont ce privilège, peut-on le refuser à leur Reine, c'est-à-dire à Celle qui a véritablement engendré dans le temps, et pour la glorification de tous les bienheureux, ce même Verbe que Dieu engendre dans l'éternité? Non assurément.
^1) Affirmant aliqui bonae notae auctores Virginem Deiparam frequentius extasses et raptus passam fuisse mortalis vitae superstitem. (Theol. Marian.. Vega, n. 801. - Alb. Mag. super Miss., c. 167. - S. Ertg., Revel., lib. 7, c. 21. - Gerson, tract. 1, super Magnif., t. 4, p. 241. - Canisius, lib. 5, de Deip., c. 1).
— Dico ergo pie ac probabiliter credi posse, B. Virginem in hac vita interdum elevatam fuisse ad videndum clare divinam essentiam brevi tempore. (Suarez, in 3. p., disp. 19, sect. 4, n. 2, p. 304, t. 19, édit. Vives. - S. Ant., 4. p., 1 1. 15, c. 17, part. 1, - S. Bern., homil. 4, super Miss., n. 4).
— Dura ipsa virgo gratiosa habuisset Christum in utero, participabat et sentiebat cum Christo passiones et gaudia, amando proximum et dolendo de offensis. (S. Bern. Sen., Pro Fest. V. M., s. 11, art. I, de Purif. B. V.).
— Virgo gloriosa habuit etiam quatuor cogitationes dum T)ei Filium haberet in utero, etc. (S. Bern. Sen , ibid.).
— Sane et recte dici potest de contemplatione et visione B. Virginis in hac vita, etc. (Engelbertus, abb. admond., de Grat. et virt. B. M. V., part. 3, c. 43).
— B. Virgo in cognitione sua plura habuit privilégia, etc. (alb. Mag., super Miss., c. 149).
(2) Et Verbum caro factura est.... Statim omni gratia et virtute Infans repletus, omnium charismatum donis insignitus. (S. Thom. a Villanov., in Annunt. B. M. V., concio 1, p. 581).
(3) In quo sunt omnes thesauri sapientiae et scientiae absconditi. (Colos., II, 3).
(4) Maria, arbor aeterni Patris. Insevit enim velut in arbore ramum in Maria Filium, cum ex Ipsa carnem sumere voluit. (S. Epiirem., serm. de Margar. pretiosa. - Summa ai>r., t. 9, p. 910). - Arbor producens fructum vitae. (D. amed., homil. 7. de Laud. Virg.). - Arbor fructus vitae. (D. Bon., in spec. B. F., c. 16).
«. plante, le principe de cette vertu féconde qui donne au fruit, « par l'entremise de la tige, ses propriétés spécifiques et toutes « les qualités qui lui sont propres (1). » C'est donc alors par Marie, véritable tige de Jessé (2) « qu'il fit passer jusqu'au Cœur « de Jésus, fruit béni de ses chastes entrailles, les immenses ri- « chesses qui doivent composer son trésor, c'est-à-dire toutes les « grâces nécessaires à l'œuvre de la Rédemption, au salut des pé- « cheurs et au bonheur des justes, et tous ces dons inénarrables « de vertu, de sagesse et de gloire dont II jouit maintenant dans « le Ciel (3). »
Cette conséquence de la Maternité divine ainsi expliquée justifie, de la manière la plus satisfaisante et la plus complète, la doctrine des Saints Docteurs, qui nous disent que tout nous ment par Marie. Dans cet incomparable privilège se trouve la raison fondamentale des louanges que l'Église donne à l'auguste Vierge, lorsqu'elle parle de sa médiation toute-puissante, et qu'elle Lui attribue tout le bien qui arrive en ce monde (4). Car
(1) Sive vitem pubescentem, sive ficum geminantem, sive olivam turgidam, divitem hanc arborera appelles: medulla et virtus ex insitione supernae feracitatis incubuit in ea, et ad prolem divinam qua Patris feracitas coronatur, gravidatam reddidit et imbutam. Curne Angélus, ut Virginitatis negaret dispendium, foecunditatisque pignus sponderet, virtus, inquit, Altissimi obumbrabit tibi? Quasi dic;.t: Adhuc qua Virgo, virga informis, et inculta jaces; nec animaris in florem, nec pubescis ;n fructum ; sed omnem ad feracitatem respuis impulsum. Insita tibi arborea virtutis Altissimi medulla germinandi vigorem conciliabit : siaum nodo, surculove Pater insarciet, dura in tua viscera pignus absconditum immittet. (Joseph de la Zerda, Maria, effigies Trinitatis, acad. 3, sect. 2, p. 51).
(2) Egredietur Virga de radiée Jesse, et nos de radiée eius ascendet. (/s«i.,II,l).- Maria, virga quae florem hune Christum spirituali tantum infusione sine hominis corruptionis accessione produxit. (S. Hildef., lib. de Virginit. V. M., c. 3).
— Crede jam radicem Jesse ultro germinasse immarcessibilem florem vitae. (S. Proclus., orat. 6, de Laud. S. Mariae, n. 9, p. 733, éd. Migne).
(3) Cum hoc protulit verbum: Fiat mihi secundum verbum tuum, statim namque ad hujus verbi sonitum, Verbum caro factum est; subito ex purissimis eius sanguinibus, Spiritus Sancti opère, sanctum Domini fabneatum est corpus, subito organisatum, subito animatum, subito Dei Verbo unitum, statim omni gratia et virtute inians repletus, omnium charismatum donis insignitus, et clara Dei visione beatus: denique omni illa sapientia, et gratia, et gloria, qua nunc pollet in coelo, ditatus. (S. Thom. a Villanov., in Annunt. B. M. V., conc. I, p. 581).
— Ab instanti Conceptionis fuit in Christi anima totus actus internus, quo Deo, pro omnibus, satisfecit, et quo ad omnem poenam et mortein Deo placitam vel exactam, se promptissime exposuit, in suo velle interno. (S. Bern. Sen., Pro fest. V. M., serm. 8, art. 2, c. 1, de Consensu Virg.).
(4) Saint Cyrille avait compris ce grand privilège de Marie, quand il s'écriait «levant le saint Concile d'Ephëse: «Nous vous saluons, ô Marie, Mère de Dieu, Vous, «par qui la Trinité est glorifiée et adorée, par qui la précieuse Croix du Sauveur
si dans l'Incarnation, Dieu communique à Jésus, par sa Mère, toutes les grâces qu'il Lui destine, afin qu'il les verse ensuite de sa plénitude sur l'humanité, on comprend dès lors que Marie soit le canal et l'instrument universel, dont le Christ se serve pour distribuer toutes ses faveurs.
« Ainsi, pour nous servir des paroles mêmes de Mgr Gay, l'In- « carnation fait, pour ainsi dire, entrer Marie dans le sein même « de la Paternité divine; elle L'installe à la Source-, elle La fait « Source Elle-même, Source du Verbe, Mère de Dieu, comme on « l'a défini à Éphèse. Jésus est avant tout, et au-dessus de tout (1). « Jésus est le principe (2) et contient tous les biens (3). Or, Marie « est la Mère de Jésus. Ce qui nous vient de Jésus et par Jésus, « nous vient donc aussi de Marie. Le sacrifice avec tous ses ef- « fets, l'Eucharistie avec toutes ses grâces, les divers sacrements, « la doctrine, l'Eglise avec ses dons, ses états, ses vertus, ses tra- « vaux, ses souffrances, ses mérites, toute la cité de Dieu qui se « construit dans le temps pour être dédiée dans l'éternité, tout « découle de Marie, tout s'appuie sur Marie, Mère de Dieu et au- « teur du Christ (4). »
« Dieu, dit Bossuet, ayant une fois voulu nous donner Jésus- « Christ par la Très Sainte Vierge, cet ordre ne se change plus, « et les dons de Dieu sont sans repentance. Il est et sera toujours « véritable qu'ayant reçu par Elle, une fois, le principe universel « de la grâce, nous en recevions encore, par son entremise, les di- « verses applications dans tous les états différents qui composent « la vie chrétienne (5). »
« est exaltée et révérée, par qui le Ciel triomphe, les Anges se réjouissent, et les * démons sont chassés; Vous, par qui le tentateur est vaincu et la nature fragile «élevée jusqu'au ciel; Vous, par qui la créature raisonnable, qu'avaient infectée « les idoles, est venue à la connaissance de la vérité; Vous, par qui les fidèles « obtiennent le baptême, par qui toutes les églises du monde ont été fondées, et « toutes les nations ramenées à la pénitence. Que dirai-je davantage? Vous, par « qui la lumière du monde, le Fiis unique de Dieu, éclaire ceux qui étaient dans « les ténèbres, assis à l'ombre de la mort; par qui les prophètes ont prédit l'ave- « nir, et les apôtres annoncé le salut aux nations; Vous, par qui les morts sont « ressuscites; par qui les rois régnent. Quelle bouche peut donc louer dignement ■< l,i très louable Vierge Mario?» (Act. Concilii Ephes., homil. contra Nestorium. - Vide in Brev., die 15 sept, octav. >Tativ. B. M. V.).
(1) Coloss., I, 17.
(2) Joan., VIII, 25.
(3) Sap., VII, 11.
(4) Mgr Gay, G. Elév. sur la vie et. la doctr. 'le .V. S. J. C, p. 58.
(5) Bossuet, s. 3, pour la Concep., p. 60, éd. de I.ebel ; s. 1, sur la yativ., p. 111.
« Marie est la Coadjutrice de Dieu dans l'ordre de notre sa- « lut, dit encore Bourdaloue; et comme le salut a commencé par « Elle, et par son consentement à la parole de Dieu, c'est par « Elle et par sa coopération qu'il doit être consommé (1). »
« Cette Vierge bienheureuse est personnellement, et à toutes « sortes de titres, Dispensatrice des grâces que sa prière obtient. « Elle a, comme Reine du monde et Mère de Dieu, une suprême « intendance sur tous les fruits de vie et de sanctification que « les mystères chrétiens ont la vertu de produire, et Elle les di- « stribue Elle-même à ses dévots enfants.... Dieu l'a ainsi réglé « de toute éternité, et cela est devenu l'ordre même des cho- « ses (2). »
Ainsi ce privilège inouï de Marie, que nous venons de mettre en lumière, en sondant les abîmes de la Maternité divine, à l'aide du flambeau de la Tradition, est établi ou supposé par les Saints Pères et donne la clef de l'action universelle de cette incomparable Vierge sur l'Eglise et sur les âmes.
Aurions-nous dit cependant le dernier mot des grandeurs de
(1) Bourdaloue, t. 11, serra. 2, pour la fête de VAssompt., 2. part.
— Omnia bona quae illic sumraa Majestas decrevit facere, tu s manibus voluit commendare. Commissi quippe sunt T.bi thesauri et ornaraenta gratiaruni. (S. Hildef., de cor. Virg., c. 15).
— Per ipsam exivit quidquid unquara gratiae cr'eatum vel increatum, in liunc mundum venit. (Alb. Mao., super Missus, c. 186).
— Flumen enim gratiae Angelorum intrat in Mariam, et flumen gratiae Patriarcharum et Prophetarum intrat in Mariam. et flumen gratiae Apostolorum.... flumen gratiae Martyrum, Confessorum, Virginum.... id est, omnes gratiae intrant in Mariam.... Per manus hujus Dominae habemus quidquid boni possidemus. (S. Bonav., Spec, lect. 111, p. 238 et 241, t. 14, édit. Vives).
— O Femina plena et superplena gratia, de cujus plenitudinis exundantia respersa, sic reviviscit omnis creatura. (S. Ansel., orat. 51, ad B. M., citatus a S. Bonav., Spec, lect. 1, p. 234).
— Per Mariam nati sumus, per Illam nutrimur, crescimus per Illam. Per IIlam nati sumus, non mundo, sed Beo; per Illam nutrimur, non lacté carnis, sed illo, de quo dicit Apostolus: Lac vobis pot um dedi. Per Illam crescimus, non magnitudine corporis, sed in Virtute aniraae. Ideo nobis magis Mater, quam Mater carnis nostrae. (S. Aelredi Rievallis abbatis, in Natir. B. M., Bibliot. pat.Cister., t. 5, p. 212).
— Maria gratiarum fluenta jugiter haurit de fontibus Salvatoris, et amicis suis refundere nunquam cessât. Ipsa enim est tons misericordiae et puteus aquarum vivemium, quae a Christo ad Ipsam et ab Ipsa ad nos fluunt. (Rica, a S. Laur., de Laud. B M. V., Lb. 2, c. 2, p. 46; lib. 4, c. 22, p. 138).
(2) Mg. Gay, Elevât., t. 2, p. 296 et 289. - Per te, Regina clemens, gratine suae munera largiatur Jésus Christus, Filius tuus, Bominus noster. (S. Bern., serm. 4, de Assum.pt. B. M. V., n. 9).
la Mère de Dieu? « Non pas, s'écrie Bossuet, cette dignité reste «toujours inexplicable et inénarrable; elle renferme de si gran- « des grâces qu'il ne faut ni tenter ni espérer de les compren- « dre (1). » Il n'y a que Dieu seul qui ait ce pouvoir (2). Aussi, à l'exemple de Richard de Saint-Laurent, nous nous inclinerons avec respect et piété devant ce chef-d'œuvre du Tout-Puissant, dont les merveilles dépassent l'intelligence humaine (3).
Faut-il s'étonner maintenant, si les Docteurs nous disent que Dieu fait passer par Marie toutes les grâces qu'il nous destine? Non, car ne paraît-il pas juste que tous les dons que Jésus a reçus de son Père pour la Sainte Église et pour nous, par l'entremise de Marie (4), passent encore par Marie pour arriver jusqu'à nous (5)?
Nous contemplons, dans la Maternité divine, un autre prodige tout aussi merveilleux.
Il y a dans le Verbe un acte intérieur, immanent, éternel qui lui est commun avec le Père, je veux dire la spiration active de l'Esprit-Saint (6). Le Verbe engendré de Dieu le Père, de toute éternité, produit aussi avec Lui, de toute éternité, le Saint-Esprit. Cette divine production étant perpétuelle et ininterrompue, s'est continuée aussi dans le sein de Marie, nous dit encore Saint Bernardin de Sienne, lorsque le Fils s'ytenait caché pour y prendre sa sainte humanité.
(1) Bossuet, Edit. de Versailles, t. 13, p. 280; t. 13, p. 222.
(2) Pie IX, Bulle de l'Immaculée Conception.
(3) Sentiendum est etiam de tanta Domina in bonitate cordis, quod est illa omnia, quae de Ipsa non intelliguntur venerari et pie credere: nam infinita sunt circa B. Virginem quao excedunt intellectum liumanuni. (Riccard. a S. Laur., de Laudib B. M., lib. 2. c. 3. p. 60).
(4> Cujus utérus factus est via ipsi ad sanandum peccatorem venienti Salvatori. (Eadmer, de Excell. B. M. V.. c. 1, apud S. Anselm.).
(5) Totum nus habere voluit per Mariant, (s. Bern. , in Nativ B. M. F-, serm. de Aquaeduct., n. 7).
A tempore enim, quo concepit T>eum in utero suo quamdam, ut sic dicam, jurisdictioncm, seu auctoritatem habuit in omni temporali processione Spiritus
i. ita quod nulla creatura aliquam a Deo recipit gratiam virtutis, nisi secunduni dispensationem ipsius Virginis Matris. Quum enira Christus sit caput nostrum, a quo omnis influxus divinae gratiae in mysticum corpus nuit, Beata Virgo est colluin, per quod bic fluxus pertransit ad corporis membra.... Merito ergo dici potest gratt a plena, a qua omnes gratiae manant in Ecclesiam militantem. (S. Bernard. Sen., Pro Fcat. Y. -V., s. 6, art. 1, c. 2, de Annunt. Virg.).
(6) La génération est active considérée dans le Père qui engendre, passive dans le Fils qui est engendré: de même la spiration, considérée dans le Père et le Fils qui produisent le Saint-Esprit, se nomme spiration active, dans l'Esprit-Saint lui-même, elle est passive.
Que devient l'humanité de Jésus dans cet acte? D'abord elle est associée à la génération passive du Verbe; à quel point? nous n'en savons rien, si ce n'est que des théologiens ne reculent pas devant cette expression : le Christ, en tant qu'homme, est le Fils naturel de Dieu. Le Pape Adrien et le Concile de Francfort, d'après Suarez, semblent prouver ex-professo, qu'on peut employer cette expression, et il cite des textes à l'appui (1).
Sans doute, par l'incarnation, rien n'est ajouté ni diminué dans la génération éternelle du Verbe, cet acte est absolument immuable, aucun changement ne peut s'y produire, si léger qu'on le suppose; néanmoins, l'incarnation unit la nature humaine à cette génération divine, ou, si l'on veut, le Verbe qui n'avait auparavant que la nature divine, a depuis lors la nature humaine, et cette nature est aussi bien sa nature que la nature divine ; il est un dans ces deux natures comme auparavant dans une seule.
De même donc que la nature humaine est associée, en Jésus, à la génération du Verbe, elle l'est aussi, d'une manière analogue et dans les mêmes proportions, à la spiration éternelle de l'Esprit-Saint par le Père et le Fils. Pourquoi ? Parce que ce qui donne au Fils d'être, avec le Père, principe de l'Esprit-Saint, c'est son éternelle génération (2). Par la même, associée à cette génération, la nature humaine l'est aussi à la spiration qui en est la conséquence nécessaire. Elle n'ajoute rien à cette spiration, elle n'y diminue rien; elle est associée, voilà tout; ce qui se faisait sans elle, avant l'Incarnation, se fait, depuis, avec elle, ni mieux ni moins parfaitement, mais seulement avec elle et non plus sans elle. L'humanité en Jésus est comme un cristal absolument pur, interposé entre le soleil et nous; il n'ajoute rien, ce cristal, aux rayons de l'astre; il n'en diminue pas l'éclat, n'en modifie pas les couleurs ; nul changement, les rayons le traversent sans s'altérer; et c'est, pour ce cristal, une grande perfection de
(1) Ex professo probare vitlentur Christum, non solum secundum Divinitatem, sed etiam secundum humanitatem, esse Filium Dei naturaletn. Unde Adriaiius, pondi'rans verbum illud ad Rom. 8. « Proprio Filio non pepercit etc. » Sciraus, quia non est traditus secundum Divinitatem, sed secundum id quod verus homo erat, et inferius, exponens similiter illud: (Matth., 3 et 17). Hic est Fittus meus dilectus, inquit, super quem descendit Spiritus Sanctus in specie columbae; super Deuin? An super hominem? et infra: Secundum id quodliomo est. Spintum Sanctum super se venientem suscep:t, etc. (Suarez, in 3. p., disp. 49, sect. 1, n. 3, t. 18, p. 480, édit. Vives, et id., sect. 2, page 483).
(2; S. Thomas, I, q. 36, art. 3.
ne pas amoindrir la splendeur du soleil; de même, rien ne donne une plus haute idée de l'humanité du Christ que de la voir associée ainsi à tous les actes du Verbe.
Par là le Verbe veut l'honorer, parce qu'il l'aime d'un incomparable amour; et la raison de cet amour, la voici, me semble-t-il: c'est que, dans cette humanité, à la quelle II est hypostatiquement uni, le Verbe trouve le moyen d'honorer son Père, en s'abaissant, et avec son Père, c'est lui-même et l'Esprit-Saint, c'est la très sainte Trinité qu'il honore.
Etant la pensée, la Parole intérieure, la connaissance éternelle et infinie que Dieu a de lui-même, Il comprend, et seul, Il comprend parfaitement ce que Dieu mérite d'adorations.
Mais, Dieu lui-même, il ne peut adorer. Que faire? Voici son humanité; il la saisit, « s'anéantit, en prenant cette forme d'esclave (1) » et devient ce Dieu homme, ce Dieu adorateur, l'Adorateur par excellence. Que dis-je, il voit le péché, Dieu outragé, sa justice irritée, la nécessité d'une réparation infinie comme le crime, l'impuissance des créatures; sagesse infinie, s'il pouvait souffrir, Il souffrirait infiniment de ce désordre.
Grâce à son humanité, il peut réparer; avec elle il se précipite de douleurs en douleurs, et, du même coup, rétablit l'ordre et rachète les coupables.
De là son amour, j'allais dire, avec Mgr Gay, sa reconnaissance pour son humanité sainte (2). De là ce besoin de l'honorer, d'accumuler sur elle toutes ses faveurs, parce qu'elle lui donne le bienheureux pouvoir de s'abaisser et de souffrir, il veut l'élever le plus possible. Et parce qu'il est la grandeur même, il ne peut rien de mieux pour l'élever que de s'unir à elle par les liens les plus étroits.
Il la prend donc sur lui, cette humanité chérie, il la greffe sur son être divin, et l'associant à tout ce qu'il est, et à tout ce qu'il fait, il s'unit à elle jusqu'à l'unité, et par elle, il pourra manifester au monde son immense charité, et répandre sur les hommes tous les trésors renfermés dans le Cœur d'un Dieu.
Et cette humanité associée à de si grandes choses, où le Verbe l'a-t-il puisée?.... Dans le sein de Marie. Et pendant que Marie lui fournissait les éléments de son corps adorable, que se
(1) Semetipsum exinanivit formam soni accipiens. (Philip. II, 7).
(2) Mgr Gay, 92. Elév., t. 11, p. 221.
passait-il, se demande encore Saint Bernardin de Sienne? Nous l'avons vu : Il produisait le Saint-Esprit par une même spiration avec le Père. Puisqu'il en est ainsi, s'écrie ce grand Saint, il parait juste que Marie, qui fut le tabernacle auguste où se sont opérées ces merveilles ineffables, ait une certaine juridiction sur les effusions temporelles de cet Esprit divin et qu'Elle distribue
ses dons et ses grâces à qui Elle veut, quand Elle le veut, comme Elle le veut et autant qu'Elle le veut (1).
0 grandeur incomparable de la Maternité divine ! Abîme sans fond! océan sans rivage dont l'immensité n'est connue que de Dieu! je comprends aujourd'hui, mieux que jamais, que vous êtes la source de tous les privilèges, de toutes les prérogatives de Marie.
(1) Reperio namque, in Rege nostro Jesu, duas mirabiles dignitates, videlicet, quod sit aeternus Deus, genitus ab aeterno, et aeternum Denm producat; eo quod Spiritum sanctum spiret, et ipse clausus in Virgineo utero, in aeternitate a Deo Pâtre Deus generabatur aeternus, et in eadem aeternitate, ipse puer in ventre Matris, Deum inspirabat et producebat. Primarn Filii dignitatem, scilicet quod sit generatus a Deo, tam supremo modo Virgo benedicta participavit, quod Jésus non dicatur vérins Filius Dei, quam Filius Virginia: nec major, nec minor, nec dignior est Dei Filius in tbrono paterno sedens, vestitus claritate, quam habuit antequam mundus fieret, quam panr.is pauperibus involutus et intra foenum in praesepio reclinatus. Et quia talis est Mater Filii Dei, qui producit Spiritum sanctum: ideo oinnia dona, virtutes et gratiae ipsius Spiritus sancti, quibus vult, quando vult, quomodo vult, et quantum vult, per manus ipsius administrantur. (S. Bernardin. Ben., Pro Fest. V. M., s. 5, art. 1, cap. 8, de Nativ. B. M.).
— A tempore enim a quo Virgo Mater concepit in utero Verbum Dei, quamdam, ut sic dicam, jurisdictionem, seu auctoritatem obtinuit in omni Spiritus sancti processione temporali : ita quod nulla creatura aliquam a Deo obtinuit gratiam vel virtutem, nisi secundum ipsius piae Matris dispensationem. (S. Bernardin. Sen., ibid.).
— Deipara jurisdictionem quamdam, ut sic dicam, atque auctoritatem, in omnem divini Spii'itus temporalem processionem obtinuit. Mundus marian. a Laurent. Chrysogono, dise. 16, n. 39, t. 1, p. 531).