CHAPITRE IX
LES MYSÏEKES DE BETHLEEM.
Les temps sont accomplis. Le Sauveur promis doit apparaître au milieu de nous. La Vierge, prédite par les Prophètes, va donner au monde son Rédempteur et son Dieu.
D'après les oracles divins, c'est à Bethléem (1), maison de pain, la ville féconde (2), que doit descendre du ciel le vrai pain de vie (3), celui qui est destiné à servir de nourriture aux âmes affamées et à répandre partout la fécondité.
Mais celle que le Très-Haut a choisie pour être sa Mère réside à Nazareth! Que ferez-vous Seigneur? Vous vous servirez, pour l'accomplissement de vos desseins, du plus puissant des monarques, du César de Rome à qui la terre obéit.
C'est, lui qui sera, sans le savoir, l'instrument de votre volonté souveraine, l'exécuteur de vos décrets.
Voulant connaître le nombre de ses sujets, il ordonne à chacun d'aller se faire inscrire au lieu où se trouve le berceau de sa famille. Joseph et Marie, qui descendant l'un et l'autre de la maison de David, se rendent dans la ville qui en fut le berceau, c'est-à-dire à Bethléem. L'affiuence est si grande qu'il n'y a même pas de place pour les loger (4). Ils sortent de son enceinte et vont aux environs chercher un abri ; ils le trouvent dans une grotte
(1) Mien., V, 2. - Matth., II, 6-8.
(2) Cornel. a Lap., com. in Matth., II, 6. Ephrata idem est quod frugifer, id est lertilitas. - Bethléem s'appelait aussi Ephrata.
(3) Joan., VI, 41.
(4) S. Luc, II, 7.
ouverte, débris d'une ancienne forteresse que David avait fait construire autrefois (1). C'est là, au milieu de ces décombres, que vient au monde Celui qui doit relever toutes les ruines ; c'est là, sur cette terre de Jessé, où David dressa son premier trône (2), qu'apparaît l'héritier de son royaume; c'est sur ce sol béni, où le premier Roi de Judas fut sacré (3), que le Verbe incarné reçut, dans uDe consécration solennelle (4), un nom suradorable, un nom audessus de tous les noms, un nom qui doit faire fléchir tout genou au Ciel, sur la terre et dans les enfers, un nom plus resplendissant que toutes les couronnes, plus éclatant que tous les soleils, un nom qui révèle la grandeur et la gloire, la puissance et l'amour de celui qui le portera; ce nom est celui de Jésus qui veut dire Sauveur (5).
Marie pénètre dans la grotte que la divine Providence lui ménage. Sentant que l'heure est arrivée, où elle doit donner au monde son Sauveur (6), elle se jette à genoux, dit Sainte Brigitte. Aussitôt, elle se voit environnée d'une lumière resplendissante ; puis, inspirée par le Saint-Esprit, elle adresse à Dieu cette prière: « Père éternel qui m'avez fait l'honneur de me choisir pour la «Mère de votre Fils unique; qui avez renfermé dans mon sein « le trésor inestimable de votre Sagesse, et qui avez caché dans « mon corps, comme dans une coquille mystérieuse, la Perle sans « prix de Votre Figure, je vous prie de faire paraître présente- « ment au monde cette parfaite image de votre infinie bonté, afin « que, par elle, tous les hommes soient attirés à votre connaissance.
« Que le Créateur du Ciel et de la terre sorte de sa créature, « la source de son ruisseau, la racine de son rejeton, la vigne « de son sarment, le soleil de son rayon, et l'époux de son lit « nuptial. Que le monde voie son auteur, l'Ange son Roi, le juste « sa vie, le Pécheur son remède, le gentil sa lumière, le Juif sa « gloire et l'affligé sa consolation. Enfin que votre très humble « servante voie son Fils unique et son bien Aimé (7). »
(1) Les Petits Bollandistes, t. 12, 25 Décem., p. 394.
(2) Id. ibid.
(3) Id. ibid., p. 395.
(4) S. Epiphamus, adv. haereses, lib. 1, haeres. 20, p. 274, éd. Migne. - Nicephorus, Hist. eccl., lib. 1, cap. 10, p. 659, éd. Migne.
(5) S. Luc, II, 21.
(G) Id. ibid., v. G.
(7) S. Brig., Revel., lib. 7, c. 21. - S. Augustin., serra. 5, in Xat. Domini, serm. 187, éd. Migne.
Puis elle fut ravie en extase (1), et, pendant cet heureux moment, la splendeur du Père éternel, le rayonnement de sa gloire, sa Parole vivante, en un mot, son Verbe fait chair traverse le sein virginal qui le renferme, comme le rayon lumineux traverse un pur cristal, comme lui-même traversera plus tard, sans la briser, la pierre du sépulcre. Il en sort avec la même pureté que les pensées jaillissent de l'esprit, que les désirs naissent du cœur (2).
Un élan de son âme, un tressaillement d'amour, inspiré par le ciel, la tire de son ravissement et la rappelle à elle. Ses yeux s'abaissent, et elle voit l'enfant Dieu, le Messie promis au monde, le trésor des élus reposer doucement à terre dans les plis de son blanc manteau et sur son voile d'azur, qu'elle avait eu soin d'étendre dans la grotte (3).
Elle s'incline pour l'adorer; « elle l'adore en son propre nom-, « elle l'adore au nom de la création tout entière: Dieu seul a pu « mesurer la profondeur et la sublimité de cette première ado- « ration. Unie à celle que la très sainte âme de Jésus rendait « simultanément à son Père, et l'imitant d'aussi près que possi- « ble, cette adoration de Marie réparait les déshonneurs sans « nombre que les faux cultes, les idolâtries et les impiétés de « tout le genre humain avaient, depuis quatre mille ans, infligés « à la Divinité et lui devaient infliger jusqu'à la fin des siècles. « Elle résumait en outre, et couronnait, en la dépassant, l'ado- « ration de tous les justes qui avaient vécu dans l'antiquité, celle « de tous les saints à venir, et même celles des bons Anges. Cette « adoration de la Vierge avait d'ailleurs ici un caractère spécial « qui ne se pouvait point trouver, même dans celle de son Fils. « L'adoration du Fils va toute et purement à la divinité; l'ado- « ration de la Mère allait à la divinité apparue et vivant dans « la chair....
« Après qu'elle eut adoré Dieu dans cet enfant, elle le re- « garde. On ne peut penser à ce regard sans éprouver un impé-
(1^ Ead. iliid. Stabat, quasi in extasi contemplationis suspensa, etc.
(2) S. Augustin., serra. 8, in Nat. Domini, n. 2, serm. 191, éd. Migne. illud corpus Domini Intravît ad discipulos januis clausis, quod ad huraanos oculos per oativitatem suam clauso exiit utero Virgin is. (S. Greg. Mao., hom.il. 26 in Evan. n. 1). Virtus divina per humanum corpus, quasi lux per vitreas membranas, apparebat. (S. TUsilius, homil. in Christi générât., t. 3, p. 1475, éd. Migne).
(3) S. Brio., Revel. lib. 7, c. 21.
« rieux besoin de s'agenouiller et de se taire. Marie regardant « Jésus pour la première fois! Ah! quelle révérence, quelle piété, « quelle simplicité, quelle tranquillité, quelle candeur, quelle pé- « nétration, quel amour ! Ce regard devait ressembler beaucoup « à une caresse; il devait faire l'impression d'une onction. Il s'y « écoula, sans doute, quelque chose du regard ineffable de Dieu « sur sa Création, après qu'il l'eut achevée, et que, y trouvant « toutes choses très bonnes, il s'y complut amoureusement. Ce « regard de la Vierge traduisait encore toutes sortes d'admira- « tions humbles et de transports paisibles, selon qu'il est naturel « à l'àme d'en ressentir, quand, étant sainte, elle est divinement « émue. Depuis le commencement du monde, nul n'avait regardé « Dieu ainsi. Jésus en fut touché jusqu'au fond des entrailles. « C'est de quoi il dit dans le Cantique: Tu as blessé mon Cœur, «o ma Sœur, qui est aussi mon épouse; tu as blessé et ravi « mon Cœur par Vunique regard de tes yeux. Dieu avait décidé « que Saint Jean verrait bien, — (dans les profondeurs du Verbe « incarné); — Jean avait un œil d'aigle. Jamais cet aigle n'at- « teindra à ce que vit d'emblée l'œil de cette virginale Colombe. « C'était tout l'être de Marie qui regardait tout l'être de Jésus. « Les yeux ne faisaient ici que servir l'àme, et l'âme, allant par « eux, traversait, non sans ravissement, le corps, plus que mer- « veilleux, de cet enfant sacré; ce corps en qui se trouvaient, « avec un surcroit de douceur et d'éclat, les traits déjà si beaux « de sa bienheureuse Mère; elle pénétrait jusqu'à son âme, jusque « dans son Cœur adorable pour en contempler tout l'amour, tou- « tes les richesses, et, par l'énergie divine de sa foi, qu'illumi- « nait alors une clarté tout extraordinaire, elle s'élançait de là, « comme par un bond, jusqu'à sa personne qui est le Verbe, c'est- « à-dire, Dieu lui-même. Ce regard renfermait, en principe, tous « ceux que les saints Docteurs devaient jeter, un jour, sur le « Christ pour y chercher la vérité, la science, la sagesse et la « vie absolues. Il dut aussi contenir éminemment les regards de «tous les martyrs.... et des Confesseurs; les regards des Vier- « ges: regards si humbles, si purs, si pieux, si suppliants, si pas- « sionnés, si tendres ! Et il donna, à lui seul, plus de joie et de « gloire à Jésus, que tous ces précieux regards de ses saints ne « lui en ont procuré sur la terre.
« Enfin, qui pourrait en douter? Marie baisa Jésus. Peut-être
« qu'avant de le regarder, elle l'adora longtemps ; certainement « elle le regarda longtemps avant de lui donner un baiser de ses « lèvres. Il me semble qu'elle alla chercher ce baiser, non pas « seulement au plus intime d'elle-même, mais au delà, dans ce « Cœur même de Dieu, dont le sien était devenu le sanctuaire. « Il me semble que, sans y dépenser plus d'un instant, elle le pré- « para, comme le parfumeur prépare un baume exquis où il a « résolu de faire entrer toutes les essences. Ce premier baiser « dut être comme la récolte toute ramassée de son jardin inté- « rieur. Toutes ses puissances y contribuèrent, toutes ses grâces « s'y concertèrent, et pour ainsi parler, s'y surpassèrent. Ce bai- « ser était leur fruit.
« Rien de si solennel, ni de si doux ne s'était encore exté- « rieurement passé depuis l'origine des chosses.... Jésus ne serait « descendu ici-bas que pour y recevoir ce baiser que sa Création « lui donnait par les lèvres immaculées et brûlantes de sa Mère, « il eut tiré une joie immense de son incarnation et se fût ap- « plaudi de l'avoir décrétée.
« Pour achever de tout dire, il faudrait raconter encore ce « que l'enfant rendit à sa Mère pour ce qu'elle lui donna dans « ce premier moment; car on ne peut pas douter qu'il ne se fit « alors entre eux un admirable échange (1). » A cette heure, il dut la couvrir de toutes ses bénédictions et la rendre dépositaire de tous les trésors de son Cœur.
Marie enveloppe alors de langes les membres délicats de Jé<us et le dépose dans la crèche sur une poignée de paille. Voilà, le berceau de Celui que Saint Paul appellera le Premier-Né de Dieu (2).
« Il fallait bien, ajoute Saint Grégoire de Nysse, que la Sa- « gesse divine, qui est le pain de Vie, se mît dans l'auge des « animaux, puisque l'homme, dont II voulait se faire la nourri- « ture et la vie, s'était mis au rang des bêtes sans raison et qu'il « leur était devenu semblable (3). »
(1) Mgr Oay, Élevât, sin* la vie et la doct. de S. S.,élév. 15, p. 12S et suivantes.
(2) Heb., I, 6.
(3) In praesepi, quod est animalium ratione vacantium sedes, e coelo delapsus vitae panis proponitur, ut et quae a ratione remota sunt animalia, rationis cibo nutriantiir, atque ita ratione decorentur. (S. Oregor. Nyss., in Jfat. Chvisti, t. 3, p. 1143, éd Migne. - Ita S. Gregor. Thaum., homil. 1. In Annunt. V.At., p. 1154, éd. Migne. - Petits Bolland., 25 Dec, t. 12, p. 399).
0 Mystère insondable ! celui-là même qui, depuis l'origine du temps, tient sa main ouverte pour remplir de bénédiction toute créature vivante (L), Celui qui nourrit tout ce qui vit, « Celui dont le nom est l'amour (2), dont l'essence est la vie (3), dont l'action ici-bas se nomme la Providence, le voilà qui réclame, à son tour, l'aliment dont il a besoin; il demande à sa Mère le lait nécessaire pour soutenir ses forces et entretenir sa vie. Marie a tout compris. 0 spectacle étonnant! Que vois-je? la créature nourrir son Créateur; elle le nourrit de sa propre substance! Elle verse dans sa bouche enfantine, pour apaiser sa faim, un nectar plus doux que toutes les saveurs de la terre, une liqueur plus vivifiante que la manne du désert. Le Ciel tout entier demeure comme suspendu devant cette vision étrange. « Le lait de Marie est « comme la quintessence de tout ce qu'il y a de suave et de bien- « faisant dans le monde des corps....: comme l'Eucharistie hu- « maine de Jésus (4), » comme le moyen dont se sert toute la création pour faire retour à son Créateur, comme l'annonce du mystère de la croix. Marie savait, à n'en pouvoir douter, que tout se terminerait pour Jésus par une immolation sanglante. Le rocher de Bethléem lui représentait déjà celui du Calvaire. Donc elle n'ignorait pas que cette source de lait, qui coulait d'elle et passait en Jésus, y deviendrait ce sang qu'il verserait un jour jusqu'à la dernière goutte. Eclairée sur le grand mystère de la Rédemption, elle s'y trouve initiée à titre d'Associée.... et de Coopératrice.... Rien n'égale la sublimité du rang où Dieu l'élève en ce moment; rien ne se peut comparer à la grandeur du ministère qu'elle inaugure ici. D'office elle est au centre, au sommet, à la source; et c'est d'elle que jaillit la source. Tout dépend de Jésus, et Jésus dépend d'elle, du soin qu'elle prend de lui et du lait qu'elle lui donne. Résumant en elle-même.... le monde dont elle est, pour Dieu, et la fleur et le fruit, elle le donne en communion à Jésus par ce lait dont elle l'abreuve: puis ce Jésus, dont elle est la Mère et sur qui, à ce titre, elle exerce un pouvoir, ce Jésus à qui elle unit, en qui, pour ainsi parler, elle consomme ce monde qu'elle résume, elle le donne, comme lui-même se donne
(1) Ps. 144, 16
(2) I, Joan.. IV, 8.
(3) S. .toan., XIV, 6.
(4) Mgr Gay, 16. Elev., p. 139.
avec elle et par elle, en communion à Dieu (1). 0 Marie ! grâce à Vous, la terre a donc germé son Sauveur (2).
La source mystérieuse, dont parle le Prophète, et qui doit répandre partout la fécondité, vient de jaillir (3). Le Prince de la paix, annoncé depuis tant de siècles (4), a fait son apparition dans le monde.
Les idoles vont céder leur place au vrai Dieu, qui veut être adoré en esprit et en vérité (5), et les oracles resteront muets devant cette bouche de la Divinité, qui va s'ouvrir pour instruire l'humanité tout entière. L'histoire apporte son témoignage pour certifier ces vérités évangéliques.
Un ancien auteur raconte, en s'appuyant sur une antique tradition, que Romulus, en contemplant le premier palais, qui venait d'être construit par ses ordres, s'écria, après avoir consulté la Sybille, « cet édifice ne tombera que lorsqu'une Vierge enfantera (6). » Rome combattit, pendant sept siècles pour établir sa puissance sur le monde entier. César Auguste, fatigué de tant de luttes, ordonna à ses légions de cesser la guerre. Pour marquer cette ère de repos universel, il fit construire un temple qu'il dédia à la Paix. Il consulta Apollon sur sa durée. « Il durera, répondit l'Oracle, jusqu'à ce qu'une « Vierge enfante. » D'un enfantement impossible, il conclut à une durée éternelle ; puis il fit graver au fronton ces mots célèbres : Temple de la Paix pour l'éternité (7).
(1) Voir Mgr. Gay, 16. Elev., p. 138 et suiv.
(2) Isa'., XLV, 8.
(3) Zach., XIII, 1.
(4) Isai. IX, 6.
(5) Joan., IV, 24.
(6) P. Orosius, Adversus Paganos, lib. 6, c. 20-22. Vide etiam lib. 7, c. 3, p. 533 et 574, éd. 1582. - Niciph., Hist. eccl., lib. 1. c. 10, p. 659, éd. Migne. - Trombelli, Vit a B. M., t. 2, pars 1, dissert. 14, c. 2, n. 4. - S. Petr. Dam , Opusc. 36, c. 12. - Quaesierunt usquequo durare posset tam excellentes operis operosa constructio? Responsum est: Donec Virgo pareret. (Serm. de Nattv. Salvatoris, inter opéra S. Pet. Damiani, t. 1, p. 848, éd. Migne).
(7) Quura Romani toti Orbi dominareatur, et pax ubique regnaret, l'ecerunt Romani ipsi quoddam templum notabile, ubi statuam posuerunt Romuli primi Urbis aedificatoris, quem in Deum colebant, vocaveruntque istud Templum Parts; sciscitati quoque sunt per idolum Apollonis, quantum templum illud duraturum esset; qui eis responsum dédit, scilicet diabolus, per eum: Usquequo Virgo pareret: et Virgo permcmeret. Et quia visum est eis impossibile Virginem parère, (quod veruin est sccundum communem cursum aatura), scribi, vel sculpi fecerunt in valvis eius: Templum Parts aetevnum; aestimantes nunquam evenire posse : Quod pareret Virgo. Sed nocte, qufi natus est christus, templum illud funditus corruit, quia scilicet Virgo peperit tune Filium suura primogenitum. (S. axtoninus,
La fameuse inscription était à peine tracée que le même Empereur aperçut dans les nues une Vierge, assise sur l'autel d'un temple et tenant un enfant dans ses bras (1). Cette étrange vision le trouble. « Pour se rassurer sur le sort du monument qu'il « vient de construire, disent plusieurs historiens, il vint consulter « le célèbre Apollon de Delphes, qui ne répond rien. Pressé par «Auguste de déclarer la raison de son silence, il avoua: Qu'un « enfant Hébreux, Maître des Dieux, lui fermait la bouche et le « forçait de se taire (2). De retour à Rome, écrit Nicéphore (3), ce prince, apprenant que le palais de Romulus et le temple de la Paix s'étaient écroulés, fit dresser un autel au Capitole, avec ce titre fameux : Autel du premier Né de Dieu (4). C'est alors qu'on vit surgir, au sein de Rome, dans la cour de l'hôpital des anciens soldats, une fontaine d'huile qui coula, pendant 24 heures, sans qu'on sût d'où elle pouvait sortir (5). Les esprits sérieux, témoins de ce fait étrange, crurent à l'annonce d'un grand évé-
pars 4, tit. 15, c. 31. - Innocent. III, serra. 2, in Xativ. Domini. - Bartholom. Trsdenttn., Vita et actus sanctorum, c. 11, Nativ. D. N. J. C. et c. 153. - Trombelli, Vita B. M., pars 1, sect. 1, dissert. 14, c. 2, n. 4, nota).
(1) In die média circulus aureus apparuit circa solem, et in medio circuli Virgo pulcherrima puerum gestans in gremio. (S. Bonay., Opusc. de quinque festiv. pneri Jesu, 2. festiv., t. 14, p. 143, éd. Vives. Orostus, adv. Paganos, 1. 6, c. 20, p. 533, éd. 1582). Id autem contigisse in eb loco, aiunt, qui Ara coell dicitur a Romanis. Eclog. IV, v. 4. - Vide quae de Sibyllis tradit Bened. XIV, de serv. Beatif., lib. 3, c. 46, n. 8.
(2) Nicephorus, Hist. écoles., lib. 1, c. 17, p. 683, éd. Migne. - Suidas in verb. Augustus. - Cedrenus, in Compendio hist., p. 358, éd. Migne. - Baronius, in apparatu ad Annal, eccles., n. 25. - Trombelli, Vita B. M., t. 2, pars 1, dissert. 14, c. 2, i!. 6, p. 319.
(3) Me puer Hebraeus, divos Deus ipse gubernans, cedere sede jubet. (Nicephorus. Hist. eccles., lib. 1, c. 17, p. 683, éd Migne).
(4) Muratori cite des documents très curieux relatifs à cette tradition, entre autres le témoignage de Godefroy de Viterbe qui vivait en 1180 et qui s'en fait l'écho. « L'Empereur Octave Auguste, dit-il, après avoir consulté la Sibylle de dîmes pour savoir s'il devait accepter les honneurs de la Divinité qui lui étaient offerts par le sénat, eut une vision. Tout-à-coup le Ciel s'ouvrit devant ses yeux et l'enveloppa de lumière; il aperçut sur l'autel du temple une Vierge d'une rare beauté, tenant un enfant entre ses bras et disant: Haec ara fllii Dei est. Auguste se prosterna devant cette apparition; puis il revint vers les Sénateurs pour leur dire de renoncer à leur projet, car il n'était pas un Dieu. A cet endroit même, il fit dresser un autel avec cette célèbre inscription: Ara primogeniti Dei. - C'est sur les ruines de cet autel que s'élève aujourd'hui la fameuse Eglise qu'on appelle YAra-Coeli, ou Sancta Maria Ara-Coeli. » (M. Roiiaui.t de Fleury, la Sainte Vierge, études archéologiques, t. 2, p. 46).
(5) His diebus, trans Tiberim, e taberna meritoria fons olei terra exundavir. ac per totum di^m largissimo rivo fluxit. (Paul. Orosius, adv. Paganos, lib. 6, c. 18, p. 527, éd. 1582).^
nement (1). Ils ne se trompaient pas, car le jour même où ce prodige arrivait, naissait à Bethléem, comme au sein d'un hospice universel, le Messie qui devait être une source de bénédictions, pour le monde corrompu, un remède pour tous les maux et un baume pour toutes les plaies (2).
Les premiers Chrétiens, conduits par l'esprit de Dieu, élevèrent à l'endroit même, où ce miracle eut lieu, une magnifique Basilique à Notre-Dame, que l'on admire aujourd'hui, sous le titre de Sainte Marie en Transtevère, ou de Sainte Marie ad fonte m olei (3).
Le Visiteur y contemple avec joie un tableau ravissant, où l'enfant Jésus tient à la main son Cœur, comme étant la source de la grâce, dont l'huile est le symbole, et l'offre à sa divine Mère qui l'a formé de sa substance virginale. Il est permis d'y voir l'explication du fait merveilleux dont nous venons de parler et la signification du Titre si glorieux de Notre-Dame du Sacré- Cœur qui exprime admirablement cette doctrine.
A son entrée dans le monde, le Verbe incarné reçoit les premières adorations de Marie et de Joseph. Les Anges, témoins de ce spectacle et adorant eux-mêmes en silence le Nouveau-Né, laissent une garde d'honneur autour de son étrange berceau, et vont annoncer la bonne nouvelle, sans doute aux justes des Limbes, à la maison de Zacharie et, peut-être, à quelques autres saints de la terre. Parmi les privilégiés, l'Evangile ne mentionne que les Bergers et les Mages.
A cette heure solennelle, il y avait, aux environs de Bethléem, des pasteurs qui veillaient à la garde de leurs trompeaux. Ils étaient au nombre de trois, nous dit la Tradition (4), et le
(1) Quo signo quid evidentius, quam in diebus Caesaris toto orbe regnantis futura Christi Nativitas declarata est? Christus enim, lingua gentis eius, in qua natus est, unctus interpretatur. (Id. ibid., lib. G, c. 20, p. 533).
(2) Nonnulli.... tradunt fontem eum significasse Christi gratiam ex gentibus. (EOSEBIUS, Chronic. lib. 2, p. 521, t. 1, éd. Migne. - Trombelli, Vita B. M., t. 2, dissert. 14, pars 1, c. 2, n. 2. - S. Tiiom., III, q. 36, art. 3, ad 3).
(3) Alkx. RUFINT, Guide de Rome.- Trombelli, Vita B. M., pars 1, dissert. 14, c. 2, n. 2).
(4) Tromb., Vita B. M., pars 1, dissert. 20, c. 2, n. 11. - S. Bernard, in vigil.,
Messager Céleste, qui leur apparut, serait, d'après Saint Jean Chrysostome et Saint Jérôme, l'Archange Gabriel (1). Se voyant environnés, tout-à-coup, d'une lumière éclatante, ils sont saisis de frayeur. « Ne craignez-rien, leur dît l'Envoyé du Seigneur, car «.je viens vous annoncer une grande joie pour tout le peuple; « c'est qu'il vous est né, aujourd'hui, dans la ville de David un « Sauveur qui est le Christ Seigneur. Voici le signe auquel vous « le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. »
Au même instant, se joignit à l'Ange une multitude d'esprits célestes louant Dieu et disant: « Gloire à Dieu au plus haut « des deux, et, sur la terre, paix aux hommes de oonne vo- « lonté (2). »
Il est à croire que l'Evangéliste, dans ces deux mots, ne nous donne que le commencement de l'hymne que les Anges apportent du Ciel et dont ils font retentir les airs. Les Bergers, seuls, entendent ce sublime Cantique. Les magnificences qu'il leur dévoile et les divines mélodies qui frappent leurs oreilles les ravissent et les embrasent d'une sainte ardeur. Aussi, dès que les Anges les eurent quittés, ils se dirent les uns aux autres : « Passons «jusqu'à Bethléem, et voyons ce prodige qui est arrivé et que « le Seigneur nous a fait connaître (3). » Ils vinrent donc, en toute hâte, à la grotte, conduits par un esprit céleste ou dirigés par une lumière surnaturelle, et ils trouvèrent Marie, et Joseph, et l'enfant couché dans la crèche (4). »
Heureux Bergers ! pourquoi Dieu vous préfère-t-il aux hommes versés dans la science, aux sages de la terre, aux grands du monde, pour être les premiers adorateurs de son Fils? Ah, c'est que dans l'étable tout respire l'humilité, la simplicité et la pauvreté (5) ! Voilà une des raisons de votre choix !
Vous venez adorer le descendant des Patriarches, voué comme
Nativ. Domini, serm. 6, n. 8, docet tôt fuisse pastores, quot et Mages. - Id. Beda, de locis sanctis. c. 8. - Baronius, anno i Christi, n. 14.
(1) S. Cyprian., de Nativ. Dom., Toletus, Franciscus Lucas et alii, censent Angelum hune fuisse Gabrieleni. (Cornel. a Lap., in Luc, II, v. 9)
(2) S. Luc, II, 14.
(3) Id., v. 15.
(4) Id., ibid.
(5) Est quod omnia hic in Christi praesepio spirent paupertatem, et humilitatem, quodque pastores simplices, pauperes et humiles, magis placeant Beo quam Buperbi divites, etc. (Cornel. a Lap., in Luc. II, v. 9).
vous à la vie pastorale, et le bon Pasteur, qui empruntera plus tard à votre profession la plus touchante image de sa miséricordieuse et vivifiante mission (i). Votre foi naïve, votre vie d'innocence et de sacrifice, et la pureté de vos mœurs vous rendent plus aptes à reconnaître le Messie, dans le dénùment et les humiliations de la crèche. De plus, il était convenable, dit Saint Augustin, que Celui qui devait un jour s'offrir pour le salut du monde, comme un tendre agneau, se manifestât d'abord aux gardiens des Agneaux (2).
Ces heureux Pasteurs de la Judée reconnaissent leur Sauveur, aux langes grossiers qui l'enveloppent et à l'étable délabrée qui lui sert de berceau; mais ce qui les frappe tout d'abord, c'est Marie: invenerunt Mariam. Pourquoi? Ah! c'est parce qu'elle sert à' Ostensoir à son Fils; et il en sera toujours ainsi. Pour aller à Jésus nous devrons passer par Marie. Rien de plus juste, Marie étant l'arbre unique qui produit le fruit de vie, si nous voulons le cueillir, ce fruit, il faut aller à la tige qui le porte.
Voilà pourquoi Jésus fait éclater cette vérité au début de sa vie, comme il le fit à Hébron, au jour de la Visitation. Les premiers hommes qui viennent à lui, y viennent par sa très Sainte Mère, et les premières faveurs qui vont s'épancher de son Sacré- Cœur, le seront encore par elle. Les Bergers l'interrogent, cette divine Mère, sur le mystère de Bethléem ; et Marie, devenant l'organe de Jésus, son Fils, leur révèle les secrets de cette merveilleuse Naissance. Ses paroles portant la lumière dans leurs esprits et la grâce dans leurs cœurs, ils se jettent à genoux, se prosternent dans la poussière, et adorent dans le silence leur Sauveur et leur Dieu. « Puis ils s'empressent de raconter l'apparition « des Anges, les concerts célestes, l'évangile de gloire et de paix qui leur avait été annoncé.
« Marie les écoutait ravie. Elle se faisait un trésor de tou- « tes ces choses dans son cœur ; elle les conférait les unes aux « autres dans une magnifique harmonie ; car, seule, elle en avait « le sens plein, et elle gardait le tout, en dépositaire fidèle, pour « en faire plus tard la communication au monde (3). »
(1) Quia hi Pastores veterum Patriarcharum vitam sectabantur, scilicet innocentissimam artium agriculturam, vol potius pastoritiam. (Id. ibid.).
(2) lu hoc convenieiis ;ib Angelis peractus ordoj conspicitur, ut prius pastoribus natus Agnus et gregibus Pastor nuntiaretur. (S. August., de mirabilib. Sac. Saript., lib. 3, c. 3, t. 3, p. 2193, éd. Migne. - Cornel. a Lap., in Luc, II, v. 9).
(3) M. Maynard, vie de la Sainte Vierge, part. 2, p. 182.
Les Bergers s'en retournèrent, couverts de bénédictions, enrichis des trésors de la foi, glorifiant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et, surtout, entendu raconter par la Vierge d'Israël, qui seule pouvait les instruire, d'une manière complète, sur l'Incarnation du Verbe et le motif de ses abaissements, sur le but de sa venue en ce monde et le résultat de sa divine mission.
0 Marie, dans cette pauvre demeure, comme dans la maison d'Elisabeth, Vous êtes encore la Dispensatrice des bienfaits du Ciel, des trésors du Cœur de Jésus ! ! !
Lorsque vous mettiez votre Fils au monde, nous rapporte un de vos historiens, on vit une source jaillir au sein de la grotte où vous vous êtes retirée. Son eau pure et limpide coulait avec abondance (1). Ce prodige n'a rien d'étonnant; il nous rappelle celui de la montagne d'Horeb. Moïse, pour apaiser la soif de son peuple, qui traverse un désert aride et brûlant, frappe un rocher; de ses flancs s'échappe tout-à-coup une onde rafraîchissante, où chacun vient se désaltérer (2).
Voilà pourquoi le Psalmiste et Isaïe s'écrient : « De la pierre « est sortie une fontaine abondante qui coule comme un tor- « rent (3). » Cette pierre, d'après Saint Paul, est la figure du Christ, et la fontaine qui en découle, le symbole de sa grâce (4).
« Un temps viendra, annonce le Prophète Joël, qu'une source «jaillira de la demeure de Dieu (5) et qu'elle sera mise à décou- « vert dans la maison de David (6). » « C'est alors, dit le Seigneur, « que je répandrai son eau salutaire sur toute àme qui a soif (7). » « Ah, vous tous qui êtes altérés, venez; et que votre pauvreté ne « vous empêche pas d'accourir; je vous en distribuerai gratuitement autant que vous le voudrez (8). »
(1) Fontem aquae purissimae émanasse in ea spelunca, in quam sese abdidit Virgo. ut in ea Christum pareret, affirmât Beda. (De locis sanctis, c. 8. - Vide Tromb., Vita B. .v., pars 1, dissert. 14, c. 2, n. 1, p. 317).
(2) Eœod., XVII, 6.
(3) Quoniam percussit Petram, et fluxerunt aquae. (Ps. LXXVII, 20). - A quam ■!■■ Petra produxit eis, et scidit Petram, et fluxerunt aquae. (Isai., XLVIII, 21).
(4) Bibebant autem de spiritali, conséquente eos, petra: Petra autem erat Chri- (I Cor., X, 4).
(5) Et fons de Domo Domini egredietur. (Joël., III, 18).
(6) In die illa erit fons patens domui David. (Zach., XIII, 1).
(7) Effundam enim aquas super sitientem. (Isai., XLIV, 3).
(8) Omnes sitientes, venite ad aquas; et qui non habetis argentum, properate Venite. emite absque argento. (Isai., LV, 1).
Ce jour de bénédiction vient de luire.
A côté de la source qui jaillit du rocher de la grotte, la vraie fontaine de Vie sort en même temps du sein virginal de Marie (1). Jésus, la lumière des nations, Jésus la miséricorde incarnée ; Jésus, notre joie et notre salut, nous apparaît plein de grâce et de vérité (2). Aussi sa très sainte Mère, lui servant ici de bouche, nous dit: « 0 vous tous qui avez soif de la vie éternelle, venez à moi, je vous satisferai pleinement et sans qu'il mus en coûte (3). »
Depuis huit jours, le monde possède son Sauveur. Par sa naissance, le Fils de Marie s'est rangé lui-même au nombre des enfants des hommes. Venant sur la terre pour accomplir la loi, il ne tardera pas plus longtemps à se soumettre à ses prescriptions.
Dieu, voyant la corruption s'étendre et l'idolâtrie régner partout, voulut se choisir un peuple qui fit profession publique de le connaître, de l'adorer, de l'aimer et de le servir avec fidélité. Il prit Abraham pour en être le père. « Voici, lui dit-il, l'alliance « que je veux faire avec Vous et avec vos descendants, et le «pacte que vous devrez inviolaolement observer: Tout enfant « mâle sera circoncis au huitième jour. Celui qu'on n'aura pas " circoncis sera exterminé, parce qu'il aura violé mon al- « liane e (4). »
Dieu fit insérer plus tard ce commandement dans sa loi, lors-
(li Ex hoc perenni ac semper vivo fonte (Maria), progreditur perennis et vera lux mumli. Christus Tieus noster. (S. Oreg. Thaum., homil. 1, in Annunt., p. 1150, éd. Migne).
(Maria) Fons.... ex quo fons vitae manat. (D. Hteronymus, epist. IX ad Pau-
1 mu. de Assumpt. B. M., t. 11, p. 132, éd. Mi;jne). - Fons habens vitam. (S. andr.
-.. In i an. de Nativ. B. M.). - Fo:is vitae. (anast. Antioch., in orat. 1,
\nnunt. B. V. .'/.). - Fons aquae vivae. (S. Joan. Damasc, orat. 3, de Assumpt.
i;. .1/. V.). - Fons fontis viventis. (D. Pet. Dam., In carminib. de Assumpt. B. M.
- ri uni, i. 7). - Fons fontis vivi. (Id., homil. in Xativ. B. M. V.). - Fons omnino
plenuB gratiae Dei. (Joan. Gerson., serm. de Concept. B. M. V.). - vide Polyanthea
Mariana a Hippoly. Marraccio.
El Verbum caro factura est, et habitavit in nobis: et vidimus gloriam «iu>. gloriam quasi Unigeniti a Pâtre, plénum gratiae et veritatis. (joan. I, 14).
(3) Ego siii.mti dabo de fonte aquae vitae, gratis. (Apoc, XXI, 6).
(4) Ge»., XVII, 'J-1J
qu'il la donna à Moïse, sur le mont Sinaï (1). Aussi les Juifs se sont toujours montiés religieux observateurs de cette pratique. Ils regardaient comme une chose ignominieuse de s'en exempter, et traitaient avec dédain les autres peuples qui n'y étaient pas soumis; ils les appelaient des incirconcis, et ne voulaient avoir aucune espèce de rapport avec eux.
La circoncision était une grande marque de bonté de la part du Seigneur. Elle rattachait l'homme au Ciel qu'elle lui ouvrait en principe, grâce à la vertu du sang rédempteur dont elle annonçait et figurait de loin l'effusion. Elle n'était pas la cause efficiente de la grâce, de la régénération, mais le signe. Si elle n'enlevait pas par elle-même la tache originelle, comme le fait le saint Baptême par une vertu que Notre-Seigneur lui a communiquée, elle produisait, à peu près, le même effet (2). C'est Dieu qui opérait directement par elle, et qui, sans nul instrument, rendait à l'àme l'innocence perdue par le péché de nos premiers parents (3).
Il est certain que Notre-Seigneur, source de toute justice et de toute sainteté, n'était point sujet à cette loi de la circoncision, qui n'était instituée que pour les pécheurs. Cependant il était convenable, dit Saint Epiphane, qu'il s'y assujettît. Par là, il montrait que son corps était de la même substance que le nôtre; par là, il affirmait qu'il était de la race d'Abraham, puisque la Circoncision en était la marque et le signe perpétuel. Par cet exemple de soumission volontaire, il nous enseigne l'obéissance la plus généreuse et la plus absolue à la loi de Dieu (4).
De plus, en se faisant circoncire, il se met au rang des coupables, bien qu'il soit la sainteté même ; il se constitue publiquement pécheur, à la place et au nom de tous, pécheur par conséquent unique et universel, s'obligeant pour nous tous à la loi que l'éternelle justice a portée, dans le temps, contre l'iniquité humaine; « et cette loi terrible, il la met, comme dit David, au milieu de son Cœur (5). » Elle devient, par elle-même, le centre
(1) Levit., xii, 3.
(2) S. A.UG., contra Julianum Pelag., lib. 6, n. 20.
(3) Vide Cornel. a Lap, in Gen., c. 17, v. 10.
(4) Cornel. a Lap., in Luc, c. 2, v. 21. - S. Thom., III, q. 37, art. 1.
(o) T.unc dixi: Erre venio. In capite libri seriptum est de me ut facerem voluntatem tuam; Deus meus, volui, et legem tuam in medio cordis mei. (Ps. XXXIX, 8-9).- Fuit igitur Christus, non tautum peccator, ver-im omnium peccatorum maximus.
de sa vie, la règle de ses sentiments. Il prend donc, dans celte cérémonie, en livrant sa chair virginale au couteau, l'engagement de répandre, plus tard, son sang pour la Rédemption du monde-, et c'est là l'intime du mystère (1).
Où s'est-il passé, ce mystère de justice et d'amour? Dans quel lieu béni, les premières gouttes de ce sang divin ont-elles été versées? Est-ce à Nazareth ou à Jérusalem? Non; c'est à l'endroit même où le Verbe incarné est apparu à la lumière!
La grotte, qui entendit les premiers vagissements du Dieu Sauveur, reçut les prémices de son sang, et les anges, témoins de sa naissance, ont contemplé, avec autant d'admiration que d'effroi, ces gouttes plus belles que les émeraudes, plus brillantes que les diamants, plus précieuses que tous les trésors du monde (2).
Mais par qui l'Enfant-Dieu fut-il circoncis? Saint Epiphane et plusieurs Pères de l'Eglise n'hésitent pas à déférer cet honneur à Marie, qui fut assistée dans ce ministère par son chaste époux (3). En effet, disent-ils, il était convenable que la Chair sacrée de Dieu ne fut touchée que par des mains virginales, et que les prémices du sang rédempteur fussent offertes à la justice
ea rationeTqua peccata omnium in se expianda transtulit. (P. Salmeron. Comment, 'm Bvang., de Circum. Domini, t. 3, tract. 36).
(1) Adhuc tamen, antequam totum effunderet sauguinem, quod animarum pretium est, totius pretii reddendi, sanguinem in circumcisione, veluti arrham; veluti signum, ac pignus redemptionis nostrae, Patri obtulit, protestans integrum pretium in mensa crucis suo tempore enumerandum, ubi saeculum pecuniarum totum effudit: qui enim unica sanguinis guttula (quae infinki valoris erat ab infinito valore divinae personae) mundum valebat redimere, ne unam quidem sibi reservandam putaVit. Et sic haec sanguini| arrha, in circumcisione exhibka, non tantum arrhae rationem praecise, sed etiam partis, imo, et totius pretii natura valoris rei et oblationis considerata sortitur. (Morales, in c. 1, Matth.. Hb. 5, tract. 3, vol. 2. p. 95, col. 2. - Cornel. a T.Ai\, i il Luc. c. 2, v. 21. - Suarez, in 3. p., q. 40. art. 3, disp. 28, sect. 2).
(2) Christus circumcisus fuit in ipsa spelunca in qua natus est. (Cornel. a [,ap., in Luc, c. 2, v. 21. - Morales, in c. 1, Matth., lib. f», tract. 3, vol. 2, p. 93). - In e? ipsa speluuca Puer circumcisus fuit. (Chryst. ue Castro, Hi.st. Deip. V. ftf.^ pars 1. sect. 2. c. 7). - Circumciderunt illum in spelunca. (S. Epiphan., Adv. haere.t., lib. 1. haeres. 20, p. 271. éd. Migne. - Nicephor., Hist. eccl., lib. 1, c. 12, p. 667. <'d. Migne. - Tromii., Viln B. M., pars 1, sect. 1, dissert. 21, q. 2).
(3) Putanl ]ùi viri aonnulli Jesum a Matre sua Virgine circumcisum, quia scilicet Qullus alius dignus «'rat Christi sacratissimam carnem attincere: ut quidem in Sepbora circumcidente tilium suum fuerat praefiguratum. (P. Salmeron., Cornaient, in Evanff., de Ctrcumcis, Domini, t. 3, tract. 36). - Christus octavo die circumciditur a Matre. (s. Uieronym., epist. 19, de vcra Circumcis., n. 18, 1. 11, p. 206, éd. Migne). - Virgo Christum genuit, lactavit, octavo die circumcidit. (Auctor tract. de la nient. Virg,, S. Bern. ascripti).
divine par la propre Mère de la Victime, par celle-là même qui, d'office, se trouverait un jour associée au sacrifice de la croix, et deviendrait la Corédemptrice du genre humain. Marie, seule, avait fourni le sang qui coulait dans les veines de son Fils, à elle seule appartenait le droit de le faire jaillir dans cette cérémonie et de le présenter au Ciel, pour les péchés des hommes, comme une rançon anticipée; elle seule avait le privilège d'intervenir, au nom du Sauveur dont elle emprunte les sentiments et dont elle devient l'organe et la bouche, pour dire à Dieu: « Seigneur, puisqu'il est impossible que le sang des taureaux efface les péchés, et que les victimes vous soient agréables, me voici! recevez V ablation que je vous fais aujourd'hui; elle est pure et sans tache, et telle que la réclame votre souveraine justice (1). » 0 Marie, que vous êtes grande dans cette circonslance! plus grande que tous les pontifes de l'ancienne loi ! Le sacrifice que vous offrez est d'un prix infini; il l'emporte autant sur celui des holocaustes, que le ciel l'emporte sur la terre!! Il nous découvre les horizons de l'avenir (2); en lui, nous trouvons le sommaire de la vie du Christ et l'abrégé des prérogatives qui vous sont réservées dans le cours des âges. Ah! faites descendre sur nous les premières bénédictions du sang de votre Fils! de ce sang précieux, dont il a déposé tous les mérites entre vos mains; de ce sang adorable, dont son Cœur est la source sacrée et qu'il a puisé dans votre sein béni.
Un nom, révélé par le Ciel, apporté par un Ange, résumant toutes les grandeurs du Messie et la sublimité de sa mission régénératrice, doit être imposé à l'Enfant circoncis, comme une consécration solennelle de tout ce qui vient de s'accomplir. Ce Nom est celui de Jésus. C'est un Nom qui est, dès l'origine, baigné dans le sang, et qui, plus tard, sera encore inondé de sang sur l'arbre de la Croix. Le Nom de Jésus est donc un Nom de
(1) Holocautomata pro peccato non tibi placuerunt; tune dixi: ecce venio.... Impossible enim est sanguine taurorum et hircorum auferri peccata.... unam pro peccatis offerens hostiam. (Heb., c. X, 4, etc.).
(2) Primitias prius sanguinis Christus obtulit, totum postea in cruce etfudit. (P. Barra d as, t. 1, lib. 9, c. 4. - Morales, in c. 1, Mattii., lil>. ô, tract. 3).
sang. Voilà pourquoi il veut dire Sauveur (1). Mais le sang dont il est imprégné, ne le rend que plus beau, plus glorieux. Il brille d'un éclat incomparable, il devient un signe de ralliement, un signe de salut (2). Et l'Auteur de ce Nom suradorable qui doit faire fléchir tout genou au Ciel, sur la terre et dans les enfers (S), c'est Dieu!!! A lui seul appartenait de le donner, parce que lui seul connaît Jésus-Christ (4), et que lui seul a puissance sur lui (5).
De plus, ce Nom de Jésus est le Nom propre du Verbe incarné, comme le nom du premier homme est Adam. Ce Nom signifie Sauveur, nous l'avons dit, mais Sauveur par excellence, parce que le salut qu'il procure doit s'étendre sur les corps et sur les âmes, sur les Juifs et sur les Gentils, sur les Vivants et sur les Morts, sur le temps et sur l'éternité; parce qu'il sauve par sa propre vertu et non par une vertu étrangère (0).
Est-ce tout? Non. Ce divin Nom produit encore dans l'âme qui le savoure des effets merveilleux. Ecoutez ce qu'en dit Saint Bernard. « Ce Nom, comme une huile répandue (7), est une lu- « mière, une nourriture et un remède. N'est-ce pas par la splen- « deur de ce Nom que Dieu nous a appelés des ténèbres où nous « étions plongés à l'admirable lumière de la foi, qu'il a fait bril- « 1er à nos yeux les vérités de la religion et qu'il continue à « nous éclairer dans les sentiers ténébreux que nous avons à par- « courir. Pour suivre ce chemin, qui nous conduit au Ciel, mal- « gré le flambeau qui l'illumine, et les secours qui nous sont of- « ferts, nous avons besoin d'être soutenus et fortifiés. Eh bien, toute
(1) Sine sanguinis effusione non fit remissio. (Heb., IX, 22).
(2) In nomine eius gentes sperabunt. (Matth., XII. 21). - Vitam habeatis in nomine eius. (.Toax.. XX. 31).
(3) In nomine Jesu omne genu flectatur coelestium. t-.'rrestium et int'ernorum. (Philip., il, 10).
(1) Nemo novit I'ilium. nisi Pater. (Matth.. XI. 271
(5) Nomen hoc novum. Jésus, a Pâtre, opinor, per Angeli vocera impositum est. (D. Cyril., lib. de recta flde ad Thcod., n. 29. t. 9, p. 1175. écL Aligne). - Innatum est ei nomen hoc, non inditum ab humana vel angelica creatura. (S. Rerx.. serm. 2, de Ctrcumcts., n. 3). - Cujus rei aperta est ratio: quia nomen imponere niiimis est habeatis auctoritatem in eum. cui imponitur. Sed nullus proprlvï.i jus. et auctoritatem habuit inChristum hominem. nisi Deus ipse; ergo ad eum proprie pertinuit nomen Imponere. (Morales, in c. 1. Matth., lib. 3, tract. 5).
(6) .T<'su< e^t salvator in actu perfecto. quia non tantum ipse salvavit boulines, sed et Apostolis similibusque vim salvandi alios attribuit. (Corn, a Lap., in Lue., II, 21).
(7) Oleum effusum Nomen tuum. (Cant., I, 2).
« nourriture de l'âme est sèche, si elle n'est pas trempée dans « cette huile mystérieuse; elle est insipide, si elle n'est assai- « sonnée de ce sel divin. Un livre n'a pas de goût pour moi, s'écrie « encore le Saint Docteur, si je n'y trouve le Nom de Jésus; un « entretien ne saurait me plaire, si l'on n'y parle de Jésus ; Jésus « est un miel à la langue, une mélodie aux oreilles; un chant d'al- « légresse au Cœur. Mais il est aussi un remède. Quelqu'un res- <,< sent-il la tristesse envahir son âme, qu'il invoque le Nom de « Jésus ! Ce Nom sacré n'est pas plus tôt prononcé, qu'il chasse « l'ennui, ramène le calme et la sérénité. Quelqu'un tombe-t-il dans « un crime, si le Nom de Jésus se met sur ses lèvres, la confiance «revient et l'espoir du pardon renaît dans son cœur; rien n'est « plus propre à arrêter l'impétuosité de la colère, à abaisser l'en- « flure de l'orgueil, à guérir les plaies de l'envie, à réprimer les « tentations impures, à éteindre le feu de la convoitise, à apaiser « la soif de l'avarice ou de l'ambition et à bannir tous les plai- « sirs honteux et déréglés (1). »
Enfin, ce Nom divin exprime et met sous nos yeux toutes les actions et toutes les souffrances de Notre-Seigneur, avec les fruits merveilleux qui découlent de son ministère, de sa passion, et de sa résurrection (2). En effet, il n'a jamais rien fait ni souffert que ne fut pour remplir la signification du Nom de Jésus et de Sauveur.
S'il est né dans une étable, s'il a souffert la rigueur de la Circoncision, s'il a fui en Egypte, s'il a passé trente ans dans une vie inconnue et méprisée, s'il s'est exposé à mille travaux et à mille fatigues, s'il s'est livré lui-même à l'infamie et à la cruauté du supplice de la croix, s'il est sorti glorieux du tombeau, s'il est monté à la droite de son Père, ce n'a été que pour être parfaitement Jésus, c'est-à-dire Sauveur. Ainsi, quand nous l'appelons Jésus, nous disons, en un mot, un Dieu-Homme, un Dieu pau-
(1). S. Bern., serm. 1, in Vigil. Natal. Dom., sed praecipue, serra. 15, in Cant., n. (J: « Nihil ita sicut hoc nomen Jésus, quia nomen Jesu lucet praedicatum, pascit recogitatum, invocatum lenit et ungit. Jésus mel in ore, in aure mélos, in corde jubilus. Aridus est omnis animae cibus, si non oleo nominis Jesu inlunditur; insipidus est, si non hoc sale conditur. Si scribas, non sapit mihi, aisi legero ibi Jesum. Si disputes, aut conféras, non sapit mihi, nisi sonuerit Lbi Jésus. Tristatur aliquis vestrum? Veniat in cor Jésus, et inde saliat in os; et aubilum omne diffugit, reddit serenura, etc. » Vide etiam S. Bern. Sen., de Nom. Jesu.
(2) Vide Orosium, t. 4, conc. 1, de Nom. Jesu.
vre et humilié, méprisé, souffrant et mourant, nous disons un avocat tout-puissant, qui intercède continuellement pour nous dans le Ciel. De même, tous les biens qui ont coulé de cette source, et qui se sont répandus dans le ciel et sur la terre, ne sont autre chose que des grâces de ce Sauveur. La fidélité et la persévérance des chœurs angéliques, dont le péché des démons avait diminué le concert, la délivrance des Saints qui étaient dans les limbes, la vocation des gentils, la foi des nations, la justification des pécheurs, le renouvellement du monde, la constance des martyrs, la lumière des docteurs, la dévotion des confesseurs, l'austérité des religieux, la pureté des Vierges, la fermeté de l'Eglise, la mort précieuse des Justes, le couronnement des Saints et la consommation de toutes choses appartiennent à la Mission du Sauveur et sont exprimés dans le Nom de Jésus qu'il porte (1).
Ce Nom de Jésus résume et renferme tous les autres noms donnés au Messie; il veut dire, par exemple, l'Emmanuel, l'Admirable, le Dieu fort, le Conseiller, le Prince de la paix, le Père <lu siècle à venir, etc. (2). Les noms que nous venons de citer sont tirés de la Cause du salut, qui est l'alliance de Dieu avec la nature humaine; car Dieu seul ne pouvait satisfaire, et l'homiii" sans Dieu était incapable de donner à ses mérites un prix infini. Il fallait donc un Sauveur qui réunît tout à la fois et la divinité et l'humanité, c'est-à-dire, la matière du salut, qui est le péché avec toutes ses suites; la voie du salut, qui est de nous éclairer, de nous justifier et de nous remplir de force et de cons- 'tance; enfin le terme du salut, qui est la paix éternelle et le bonheur sans fin. Or le Nom de Jésus, signifiant un Rédempteur parfait, s'étend généralement à toutes ces choses (3). Il nous exprime et nous représente Celui qui est Dieu et homme, qui détruit le péché, qui surmonte la mort, qui dépouille l'enfer, qui enchaîne le Démon, qui nous remplit de lumière, qui nous rétablit, dans la grâce et dans la dignité des enfants de Dieu.
(1) voir 1-'- Petits Bolland., t. 1, p. 15. - Vide Orostom, ibid., t. 4.
(2) In omnibus illis nominibus qiiudainmodo signirtcatur hoc nomen Jesvs, quod esl signiflcatitum salutis. (S. Thom., III, q. 37, art. 2, ad 1. - Hoc nomen .tpsu merito omnium nominum proprietates ac virtutes habet. (P. Salmeron., Continent, i» Evang., t. 3, tract. 37).
(3) In hoc nomine Jesn epilogum habemus omnium Christi operum, ac beneftciorum. (Orosius, t. 4. conc. 1, de Nomine Jexu).
qui nous fortifie contre les tentations, qui nous donne la persévérance, qui nous ouvre la porte du royaume des cieux, et qui nous y conduit heureusement, pour régner avec lui dans l'éternité. Ainsi, le Nom suradorable de Jésus renferme tous ces noms du Messie annoncé par les Prophètes, et il en est comme le précis et Yàbrégé (1).
Il ne faut donc pas s'étonner, si le grand Apôtre le répète si souvent dans ses écrits et s'il le portait si profondément gravé dans son aine. « Lorsqu'on lui eut tranché la tête, sa langue le prononça encore trois fois. Ce fut peut-être aussi la douceur de ce Nom qui changea en lait le sang qui devait sortir de son cou, lorsque la hache du bourreau lui eut tranché la tête » (2), Saint Ignace, évêque d'Antioche et martyr, l'avait si bien imprimé dans son cœur, que, lorsqu'on l'ouvrit après sa mort, on y trouva Jésus écrit en lettres d'or (3). C'est par la vertu de ce Nom que nos prières vont jusqu'à Dieu, pénètrent dans son Cœur et font descendre sur nous ses bénédictions; c'est encore par la Vertu de ce Nom que les Apôtres et les Saints ont fait de si grands miracles (4).
Qui a pénétré plus avant que Marie dans les profondeurs du Nom de Jésus?
Qui, après Dieu, en a mieux connu les grandeurs et les significations, les glorieux résultats et les merveilleux effets.
C'est donc à Elle qu'il appartenait de l'imposer à l'Enfant!!
« En effet, dit un pieux auteur, il convenait devant Dieu et « devant les Anges que ce fut la Bienheureuse Vierge qui impo- « sât le Nom de Jésus à son Fils, parceque de toutes les créa- « tures elle était la seule qui avait des droits véritables sur le « Christ (5). » Ayant seule fourni au Verbe incarné son humanité,
(1) Hoc nomen Jésus raerito omnium nominum proprietates, ac virtutes haliet. (P. Salmeron, Comment, in Evang., t. 3, tract. 37).
(2) P. Rolland., t. 1, p. 17.
(3) Inde nonnulli putant manasse id quoi vulgo dicitur, Jesu nomen, post mortem, in corde Ignatii litteris aureis inscriptum, inventum esse. (Corn, a Lap., in Ezech., c. XXXVI. 27). - S. Tiiom.. S. Anton., Morales et alii plures han tentiam .sect'ti sitnt.
(4) S, .Ioan., XIV, 13, etc.
(5) Secundum autem suavem divinae providentiae dispositionem, conveniens fuit, quod B. Virgo, quasi jure materno, hanc sibi imponendi nominis potestatem vindicaret. (Morales, in c. 1, Mattii., lit». 3, tract. 5, p. 244, col. 2, t. 1). Cum ergo H. virgo esset vera Christi Mater, et sola ipsa fuerit eius Parens, ad eam solam, hoc munus Filio nomen imponendi jure pertinuit. (Id., ibid.).
à elle seule appartenait le privilège de lui donner son Nom (1). Aussi lorsque l'Ange vint lui annoncer le mystère de l'incarnation, il lui dit: Vous enfanterez un Fils et vous l'appelerez Jésus (2).
C'est donc Marie qui reçoit, comme Mère, la mission de doni) r à l'enfant divin le Nom de Jésus; et lorsqu'elle vit, pour la première fois, le Verbe incarné, resplendissant de gloire dans la grotte, elle dut dire, au moins dans son cœur. « 0 Jésus, mon « fils et mon sauveur, je vous adore ! ! ! Et lorsque, dans le mystère de la circoncision, elle l'offrit à Dieu avec les prémices de son sang, il était naturel qu'elle le nommât de son Nom propre de Sauveur, c'est-à-dire Jésus.
0 Joseph! je ne veux en rien diminuer votre honneur ni amoindrir vos prérogatives. Je sais que l'ange vous a dit aussi que vous appelleriez Jésus, l'Enfant qui devait naître de votre virginale épouse (3). Présent à la circoncision et prêtant votre concours à Marie, vous avez, sans doute, comme représentant de Dieu le Père, mêlé votre voix à la sienne et imposé avec elle le Nom de Jésus au Sauveur du inonde (4). Au reste les gloires de la Vierge d'Israël, sont, en quelque sorte, vos gloires; publier ses louanges, c'est exalter les vôtres.
Nom béni de Jésus, que de merveilles vous renfermez ! A vous seul vous exprimez tous les titres, toutes les grandeurs, toutes les magnificences du Verbe incarné. Vous nous dites sa puissance, son amour, ses miséricordes, ses travaux, ses souffrances, ses humiliations, sa douceur, sa patience, ses triomphes et ses victoires. Vous êtes comme le précis de sa vie tout entière, le réservoir de ses mérites infinis, l'expression abrégée de tous ses mystères,
(1) Coram IVo autem et Angelis, ad solam Virginem Beatissimam haec divini oominis impositio spectabat, quia ipsa sola inter homines verum jus maternitatis Qaturalis babebat in Christian. (Morales, in c. 1, Matth., lib. 5, tract. 3, p. 97. col. 2, t. 2).
(2) Ecce concipies in utero, et paries Filium, et vocabis nometi eius Jesum. (S. Luc, I, 31).
(3) Vocabis noraen eius Jesum. (S. Matth.. I. 21).
(4) Nomen Jesu imposuerunt Deus, A.agelus, Maria et Joseph. Deus quidem, rem nominis praestando, Angélus praedicendo, Maria imperando, et Joseph exequeiulo. (Isolants, Summa de donis S. Joseph, pars 2, c. 11. - Ita Morales, in c. 1, Matth., lib. 3, tract. 8, vol. 1. p. 291. - Idem, lib. 4, tract. 12, vol. 2).
— Etiamsi enim nihil ad generationem conféras, sed intacta Virgo maneat; attamen quod est patri proprium. etsi virginitatis dignitatem non labefactet, hoc tibi confero, ut nato nomen imponas. Tu enim vocabis illum. (S. J. Chrysost., in Matth., ho,», 4. n. 6).
le trésor de toutes ses richesses, le rendez-vous de toutes ses gloires, le programme de toutes ses actions, le mémorial de tous ses bienfaits, le vase où sont concentrées toutes les essences de ses vertus et la traduction fidèle de tous les sentiments de son divin Cœur.
Voilà pourquoi l'Esprit Saint nous affirme que le Nom de Jésus est le seul qui soit donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés (1). Voilà pourquoi, aussi, Saint Paul s'écrie que le Nom de Jésus est un Nom unique, un Nom au dessus de tous les noms (2), un Nom d'espérance, de régénération, de force, de bénédiction, de joie et de salut (3).
Et ce Nom si grand, si saint, si sublime, si terrible, si puissant, si merveilleux est le Nom de Votre Fils. 0 Marie ! Puisque ce divin Fils a bien voulu dépeser entre vos mains tous les mérites de sa vie, de sa passion et de sa mort qu'exprime et renferme son Nom Sacré, Vous pouvez nous rendre participants de tous les fruits qu"il produit.
Ici encore, Vous apparaissez comme la Dispensatrice des dons de Dieu, et le Canal des grâces, dont le Cœur de Celui qui s'appelle Jésus, est la Source.
La nation Juive, dans la personne des Bergers, est la première appelée à reconnaître le Messie et à lui rendre ses hommages; cependant Dieu, étant le Père de tous les hommes et s'étant revêtu de la nature humaine pour les sauver, ne veut pas seulement se manifester aux enfants d'Israël, qui sont déjà éclairés par la loi et les Prophètes, mais aussi à la gentilité qui vivait dans l'ignorance et l'infidélité (4). Que fait-il alors ?...
(1) Non est in alio aliquo salus; nec enim aliud nomen est sub cœlo datum hominihus, in quo oporteat nos salvos fleri. (Act., IV, 12).
(2) Donavit illi nomen, quod est super omne nomen. (Philip., II, '.»)•
(3) In nomine eius gentes sperabunt, (Matth., XII, 21). - Ut eredentes vitam habeatis in nomine eius. (S. .Toan., XX. 31). - Nonne in nomine tuo daemonia ejecimus, et in nomine tuo virtutes multas fecimus? (Matth., VII, 22). - Ibant gauden- Ibb.... quoniam dignihabiti sunt pro nomine Jesu contumeliam pati. (act., V. 41). - Omnis quicumque invocaverit nomen Domini, salvus erit. (Act., II, 21).
(4) Pastores primum vocavit, postea Magos; Judaeis enim prinuun, gentibus postea, evangelium erat nuntiandum. (S. Auo., serm. 2, de Nattvit. J. C).
Au moment où les Anges invitent les Pasteurs de Bethléem à se rendre à la crèche, il fait luire, dans l'orient, une étoile miraculeuse, aussi remarquable par l'éclat et la beauté de ses feux que par l'appel mystérieux qu'elle semble adresser à ses contempteurs. Qu'était cette étoile? Un corps lumineux que Dieu venait de créer pour la circonstance (1)? ou bien la conjonction de plusieurs planètes, ménagée par la divine Providence, comme le pense le Docteur Sepp (2)? ou l'Esprit-Saint, selon l'opinion de Saint Augustin (3)? ou enfin un Ange revêtu d'une lumière éclatante (4)? Quoiqu'il en soit, ce fait est étrange et merveilleux; Dieu l'avait annoncé au monde quinze siècles avant son apparition. « Voici « ce que dit Balaam, fils de Béor; voici ce que dit l'homme qui « a l'œil fermé; voici ce que dit celui qui entend les paroles de « Dieu; qui a vu les visions du Tout-Puissant, et qui, en tombant, « a les yeux ouverts. Je verrai le Messie, mais non pas mainte- « nant, je le considérerai, mais non pas de près. Une étoile sorti tira de Jacob: un rejeton s'élèvera d'Israël' et il frappera les « chefs de Moab, et ruinera tous les enfants de Seth. Il possédera «l'Idumée; l'héritage de Seïr passera à ses ennemis, et Israël « agira avec un grand courage. Il sortira de Jacob un Domina- « leur qui perdra les restes de la cité (5). »
Dans ces contrées vivaient des hommes, héritiers de ces traditions (6) et versés dans la science des astres. « Ils choisirent « parmi eux douze sages, sous le nom de Mages, qui devaient at- « tendre l'apparition de l'étoile promise et la signaler à la terre. « Héréditaires dans une famille, leurs fonctions se perpétuèrent « jusqu'aux temps marqués par les oracles. Etablis au pied d'un
(1) Ilaec vero praedicta est ipsa nocte Nativitatis Christi. Nova ergo fuit, et nunquam antea visa, nec postea. (Cornel. a Lap., in Matth., c. 2, v. 2. - Ita S. Au- GUSTINOS, ('Outra Fai'Stum, lib. 2, c. 5).
(2) Doct. Sepp, Vie de JV. S. J. C. (Voir les Petits Bolland., G Janv., v. 1).
(3) S. Augustinus censet stellam hanc fuisse Spiritum Sanctum, qui sicut per columbam descendit in christum, sic per stellam direxit Mâgos. (De mlrabil. S. Scrtpt., lib. 3, c. 4. - Cornel. a Lap., in Matth., c. 2, v. 2).
(4) Origenes, Theophylactus, S. Chrysostomus et Maldonatus, putant stellam fuisse Angelum, quia scilicet \ngelus erat motor et quasi auriga stellae. (Cornel. a Lap., in Matth., c. 2, v. 2. p. 75, éd. Vives).
(5) Num., XXIV,, 15. etc. - Christ, de Castro, Hist. Deip., pars 1, sect. 2, c. 8.
(6) Magi autem fuere posteri v«j1 successores Balaam.... lia, ex Balaam et Sibylla, Magos cognovisse stellam hanc esse indicem Christi, censent S. Basilias, S. nieronymus, Origenes, S. Léo, Eusebius, Prosper, S Cyprianus, etc. (Cornel. a Lap., in Matth., c. 2, v. 2).
« mont fameux, appelé Montagne de la Victoire, chaque année, « après lepoque où les gerbes tombent sous la faucille des mois- « sonneurs, trois d'entre eux montaient jusqu'à la cime. Ils s'ar- « rètaient près d'une caverne pleine de mystère, entourée au de- « hors d'arbres séculaires, qui la protégeaient de leur ombre. Une « fontaine sacrée, dont les eaux avaient des propriétés merveil- «. leuses, l'arrosait à l'intérieur. Après y avoir fait plusieurs ablu- « tions, les Mages adoraient en silence la majesté du Seigneur « et continuaient à observer le cours des astres, pour découvrir « enfin Yétoile si longtemps attendue.
« Tout-à-coup, ils aperçurent, descendant de la voûte du Ciel, « une étoile d'une grandeur extraordinaire, qui paraissait s'ap- « procher d'eux ; à mesure qu'elle avançait, ils distinguaient, au « milieu de ses rayons, un enfant d'une ravissante beauté, qui « portait sur sa tête, dans une auréole de lumière, la forme « d'une croix (1). » En même temps, ils entendirent une voix qui leur disait: « Allez au pays de Juda; et là vous trouverez le Roi « qui vous a été promis et qui vient de naître » (l;).
Ces mages, nous disent les saints Père, joignaient à la science des astres la religion et la souveraineté. Ils étaient Prêtres ; ils
(1) Erat quaedam gens, sita in ipso principio Orientis, apud quos ferebatur quaedam scriptura, inscripta nomine Seth, de apparitura hac Stella, et rauneribus ei huiusmodi offerendis, quae per generationes studiosorum hominum, patribus referentibus filiis suis, habebatur deducta. Itaque elegerunt seipsos duodecim quidam ex ipsis studiosiores, et amatores mysteriorum eoelestium, et posuerunt seipsos ad expectationem stellae illius. Et si quis moriebatur ex eis, filius eius, aut aliquis propinquorum, qui eiusdem voluntatis inveniebatur, in loco constituebatur defuneti. Dicebantur autem Magi lingua eorura, quia in silentio, et voce tacita, Deum glorificabant. Hi ergo. per singulos annos, post messem trituratoriam, ascendobant in montem aliquenl positum ibi. qui vocabatur, lingua eorum, Mons Vtctorialis, habens in se quamdam speluncam in saxo, fontibus et electis arboribus amaenismuius: in quem ascendentes, et lavantes se, orabant, (alii, offerebant) et laudabant in silentio Deum tribus diebus, et sic faciebaat per singulas generationes, exspectantes semper, ne forte in generatione sua Stella illa beatitudinis oriretur, donec apparuit eis, descendens super montera illum victorialem, habens in se formam quasi pueri parvuli, et super se similitudinem cru eis: et locuta est eis, et docuit eos, et praecepit eis, ut profteiscerentur in Judaeam. (Auctor operis imperfecti in Matth., honiil. 2, inter opéra S. Chri/sostomi, t. (3, p. (337, éd. Migne. - Trombet.li, v,ta B. ,1/. V., pars 1, dissert. 23, q. 7, p. 384. - Cornel. a Lap., in Matth., c. 2, v. 2. - Rohaut de Fleury, la Sainte Vierge, études archéolog., t. 1, c. 7, P. 152).
(2) Magi enim, secretiori coelestis numinis afflatu instincti. hanc, quasi coeli linguam loquentem, natum esse in Judaea Christum audierunt, eamtpie, usque ad Bethléem et ad cunas Christi, prosecuti sunt. (S. Aug., serm.2, de Epiphan. - Cornel. a Lap., in Matth., c. 2, v. 2).
étaient rois (1). Chacun d'eux par la couleur de son teint, représentait une des trois grandes races humaines, comme ils étaient, à eux trois, les représentants de la gentilité (2). Eclairés par la grâce, ils comprirent le mystère qui se déroulait à leurs yeux (3), et crurent entendre résonner dans leurs cœurs, ces paroles de nos Livres Saints : « Les rois de Tharse et des îles offriront des présents: les rois d'Arabie et de Sàba apporteront leurs dons (4). » « Ils viendront de Madian et d'Epha sur des chameaux avec de l'or et de l'encens, pour adorer Le Messie promis à la terre (5). Toutes les nations le reconnaîtront, et se soumettront à son empire, et les rois de la terre se courberont devant lui (6). »
C'en est fait! L'étoile qu'ils remarquent est bien X étoile annoncée, l'étoile du Descendant de Jacob; Y étoile du Rédempteur (7). Il* n'en doutent point; et pour répondre ù la voix qui leur disait : « Allez au pays de Juda, et là vous trouverez le roi qui vous a été promis et qui vient de naître; » ils laissent tout et marchent à la suite du flambeau divin qui les guide; et lorsque, pour les éprouver, Dieu permet son éclipse à Jérusalem, leur foi, loin d'être ébranlée, n'en devient que plus forte. Ils vont résolument trouver Hérode et le prient de leur dire, où est né le Roi des Juifs, car disent-ils, nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer (8).
« Etant informés du lieu de cette naissance mystérieuse, ils « reprennent leur route, qu'éclaire de nouveau l'astre lumineux.
(1) Magi sapientes Astrologi fuerunt. (Anselm., Comment., in Matth. apud Suarez). - Magi enim erant Theologi et sacerdotes. (Sirmond., ad carni.,t. 1, p. 667). - I'orpiiyr., lib. 3. - Communis fidelium vox et sensus est, Magos nos fuisse reges. id est regulos, sive principes, idque diserte traduut S. chrysostomus, S. Cypriauu-. S. Basilius, etc. (Cornel. a Lap., in M'atth., c. 2, v. 2). - Eos numéro très fuisse docet S. aug., serm. 29 et 33, de tempore. (Id., ibid.).
(2) Venerab. Beda, iu collectaneis, t. 5, p. 511, éd. Migne.
(3) Id cognoverant eX instinctu et revelatione divina. (Cornel. a Lap., iu Matth., >■. 2, v. 2). - Pedit (Deus) aspicientibus intellectum, qui praestitit signum (stellae). et quod fecit iutelligi, fecit inquiri, et se inveniendum obtulit inquisitus (S. Léo, serin. 1, de Epiphan.. t. 1. p. 235, éd. Migne).
(4) Ps. LXXI, 10.
(5) Isa!., LX, 6.
(6) Ps. I.XXI, 11.
(7) Tanta enim claritas et majestas fuit stellae. ut diviuam esse, ac divinum (piid portendere Magi iutelligerent, scilicet Deum incarnatum esse, uti ei> suggfrpebal Spiritus sanctus. (Cornel. a Lap., iu Matth. II, v. 2).
(S) S. Mattii., II, v. 2.
« Et après treize jours d'une marche pénible, l'étoile s'arrête et « se fixe au dessus d'une étable.
« Les Mages, voyant une masure, au lieu d'un palais, se re- « gardent avec étonnement et ne peuvent s'imaginer que c'est là « la demeure du souverain Monarque qui leur est annoncé.
« Tout-à-coup le divin luminaire, qui leur sert de guide, jette « de nouveaux rayons d'une splendeur éblouissante, comme pour « leur dire : C'est ici que réside le roi que vous cherchez.
« Us descendent de leurs montures, s'approchent de la grotte, « l'un d'eux soulève le rideau qui en ferme l'entrée pour empê- « cher le froid d'y pénétrer. Puis ils s'avancent tous les trois et « demandent si c'est bien ici qu'est né le roi des Juifs, parce que, « disent-ils, nous voulons l'adorer. Une voix se fait entendre, c'est « celle de l'auguste Vierge qui vient de mettre l'enfant sur ses « genoux: elle leur répond: « Les Princes du peuple, les Docteurs « de la loi qui résident à Jérusalem, doivent le savoir. » Ces pa- « rôles de Marie enflamment leurs Cœurs.
« Ah ! c'est vous, sans doute, qui en êtes la Mère, lui dirent-ils-, « depuis quand l'avez-vous enfanté? Quel est son nom? « Oui, re- « prend la jeune Vierge, je l'ai mis au monde il y a 13 jours; il « s'appelle Jésus. » Les Mages, palpitant de joie, pénètrent plus « avant, et entrant dans la demeure bénie, « ils trouvent, en effet, « l'Enfant avec Marie, sa Mère (1). »
Oui, Marie est là, inséparable de son Fils: Elle est là, comme pour indiquer qu'on ne le voit, ce divin Fils, qu'on ne l'aborde et qu'on ne le possède que par Elle ! « Aussi le présente-t-elle «avec bonheur aux Rois Mages. Ceux-ci se prosternent etl'ado- « rent. Ils lui offrent avec leurs cœurs, de l'or, de l'encens et «de la myrrhe-, de l'or pour honorer sa royauté, de l'encens « pour reconnaître sa Divinité et de la myrrhe pour attester son « Humanité (^). 0 Souverain Maître, s'écrient-ils, quelle profonde « humilité ! Quoi, vous venez au monde dans une pauvre étable ! « Vous, le Dieu infini, vous vous renfermez dans un corps hu- « main! Vous, le Créateur de toutes choses, Vous vous faites créa-
Il) S. Matth., II, v. n.
(2) Divina inspiratione id factum est, ad significandam in Christo regiam potestatem (per aurum), divinam majestatem (per Unis), et humanam mortalitatem (per myrrham). (Glossa apud Coknel. a Lai-., in Matth., II, v. 11. - Ita S. A.mbros.. expos, evang., lib. 2, in c. 2. Luc, n. 41. - S. Grec, in evang., lib. 1, homil, lit. a. 6).
« tare ! Vous, l'immortel, l'impassible, vous vous assujettissez à « la souffrance, à la mort ! O Seigneur, quelle condescendance ! « Quelle immense charité. Puis, gardant tout-à-coup le silence, « ils déposent, avec autant d'amour que de respect, leurs lèvres « sur les pieds de l'Enfant Dieu. Ensuite, restant toujours dans « l'attitude de l'adoration, ils s'adressent à sa très sainte Mère, en « lui disant : O Marie, Vous êtes le Vestibule du Ciel, le Temple « de Dieu, le Sanctuaire de l'Esprit Saint, soyez mille fois bénie! « car c'est vous qui donnez à la terre son Sauveur (1). »
«Mages de l'Orient, que faites-vous là? s'écrie Saint Ber- «nard! O sages du monde, à quoi pensez-vous? Vous adorez un « enfant qui vient de naîtf'e, logé dans une vieille chaumière, et « enveloppé de pauvres langes. Quoi donc ! croyez-vous que cet « enfant soit Dieu ? Dieu est dans l'immensité du Ciel comme dans « le temple de sa gloire, et cet enfant est réduit à la demeure « étroite d'une étable, d'une crèche et du sein d'une Mère.
« Croyez-vous, encore une fois, qu'il soit roi?
(1) Reires autem mirabantur, cum non vidèrent ibi palatium nec magnam doiniim, et aspiciebant se mutuo dicentes: « Quid est hoc quod Stella non movetur? » Dicit Maœimus in sermone, quod Stella emittebat radios novos et clariores, quasi dicens Keaibus: Hic est Rex, quem quaeritis. Reges autem descenderunt de animalibus suis, et unus eorum veniens ad porticum, elevavit modicum flacciatam, sive coopertam extensam, ne frigus intret, dicens: « guis est hic? » Et acceudentes alii duo Reges, quando viderunt semper Virginem, statim habuerunt magnam devotionem, quae d xit eis: « Domini, quid placet vobis? » Qui responderunt: « Scitis Vus, nid eut, qui natus est Rex Judaeorum, quia volumus ipsum adorare?» Semper Virgo non d xit se nescire, sed dixit: « O Domini, hoc scire deberent magni Donîini et Rabini, et Rec'tores civitatis. » Et verum dicebat. Et intérim Reges totaliter in corde fuerunt calefacti; inde exeuntes, respexerunt stellam pulchriorem, quae stabat superius immobiliter, et iterum redierunt ad semper Virginem, et dixerunt ei: « Vos habetis Filium? » Quae respondet: « Ita, Domini. » Etilli: Estne diu quo peperistis?» Respondit: « Domini, hodie sunt tresdecim dies. » Dixerunt Reges: « o bona juvencula, ostendatis ipsum nobis. » Tur:c semper Virgo sciens, quod veniebant pro bono, accepit Filium de praesepio, et ostendit eis; qui dixerunt: « Quomodo vocatur?» Respondit semper Virgo: «.Jésus!-» Quo nomine audito, procidentes adoraverunt eum, dicentes: « 0 Salvator, Vos bene veneritis! o Domine, tanta est humilitas vestra, quod voluistis venire in stabulo hujus mundi miseri! Vos. qui estis infinitus in divinitate, estis restrictus in humanitate ! Vos, qui estis Creator, estis factus Creatura! Vos, qui estis solus immortalis et impassible, estis factus passibilis et mortalis! O Domine, tanta gratia est ista! Et silentes, osculantur pedes eius. Deinde adorantes, semper Virgini, id est Matri, dicebant: « o caméra paradisi, templum Dei, sacrarium Spiritus Sancti. O Benedicta! Vos portastis nobis Salvatorem. » (anton. de Ghislandts, ord. I'raedic, Opus aureum super evang., In Eptph. Domini, dub. 51, ex D. Vinc. Ferrerii, p. 36, éd. 1578. - Biblia Marian. a F. Josepii Miguel et Barco Burgensem, ex S. Mattheo, p. 268, in fol. 1749).
« Où est donc son palais royal ? Où est le trône de son Père ? « Où est le cercle de ses courtisans? Peut-être que l'étable est « son palais; la crèche son trône; Marie et Joseph ses courtisans;' « Comment est-ce que des personnes si sages se sont tellement « aveuglées et ont renoncé, jusqu'à ce point, au sens commun, que « d'adorer, comme Dieu, un enfant dont l'âge et la suite sem- « blaient n'avoir rien que de méprisable et d'infiniment éloigné « de la Divinité? C'est, sans doute, le Saint Esprit qui les aveugle « et qui leur inspire cette folie selon le monde, pour les rendre « sages devant Dieu ! (1) »
Oui assurément, la présence des Mages à Betlhéem est l'œuvre du Saint-Esprit; et Marie, qui est, en ce moment, l'organe de ce divin Esprit, leur explique le sens du mystère de la crèche; elle leur donne tous les renseignements qu'ils désirent et leur fait toutes les révélations dont ils ont besoin pour éclairer et fortifier leur foi (2).
C'est elle qui reçoit, au nom de son Fils, les présents qu'ils lui apportent et devient l'interprète fidèle des sentiments de son Cœur sacré pour eux (3). Elle profite de cette circonstance pour achever de les instruire. Voici les paroles que nous pouvons, sans témérité lui mettre sur les lèvres, en nous inspirant des pensées de Saint Ephrem:
« L'or que vous offrez, dit-elle, est le symbole de la royauté universelle que doit exercer l'Enfant que vous venez adorer. Toutes les nations lui sont données en héritage. Il vient au monde
(1) S. Bern. , serai. 1, in Epiphan. Domini, n. 5.
(2) Non dubium est Magos cum B. Virgine, per se Arabice (quia B. Virgo dono linguarum pollebat) vel per interpretem Hebraice, fuisse collocutos, ab eaque didicisse modum conceptionis, partus et nativitatis Christi, idëoque Çbristum, ut peum Deique Filium, adorasse, ac ei terna mimera obtulisse, sed majora ab eo spiritualia munei-a in mente récépissé, puta illuminationes, consolationes et ardores coelestes, ut pro Christo usque ad fatigationem laborare, cruciari et necari optarent. Pro auro eriro, quod obtulerunt, receperunt anumentum sapientiae et amoris ardentis; pro thure, donum orationis et devotionis; pro myrrha, studium purae et incorruptae yitae. (cornel. a Lap., in Matth , c. 2, v. 11).
(3) Ingredientes Magi, r,hesauros suos aperiunt; munera Christo Domino offerunt, quae tamen oblata sunt, sanctissima Virgine interveniente; nain, cum Christus Dominus, instar aliorum puerorum, in omnibus se gereret, non poterat propriis manibus hujusmodi dona acceptare, ac recipere; érgo hoc totum per Virginem exhipttum; per quod nobis innuit ur, quod opéra nostra,interventn Virginie, a&Deum ascendant. (P. Sylveira, Comment, in Evang., lib. 2, c. 4, q. 35. - Biblia Marian. a F. Joseph Miguel et Barco Burgensem, ex s. Mattheo, p. 269, in fol. 1749).
pour régner en maître souverain, sur tous les esprits comme sur tous les cœurs; son sceptre s'étendra sur toute créature et son règne n'aura pas de fin; il se perpétuera pendant toute l'éternité, comme celui de Dieu, car il est Dieu lui-même, puisqu'il est la splendeur du Père éternel, la figure de sa gloire, l'image de sa substance, sa pensée incréée, sa parole intérieure, son Verbe divin qu'il engendre de tout temps et à qui sont dues les adorations des Anges et des hommes : voilà ce que signifie l'encens que vous avez déposé à ses pieds. Quant à vos aromates, ils figurent l'Humanité sainte et la sépulture de mon Fils.
« Le Verbe de Dieu s'est revêtu d*une chair mortelle, par la vertu toute-puissante de l'Esprit-Saint, dans le sein d'une Vierge qui fut le mien. Il reçut un nom au-dessus de tous les noms: c'est celui de Jésus, qui veut dire Sauveur, parce qu'il vient sur la terre pour racheter tous les enfants d'Adam, notre premier père, les réconcilier avec Dieu et les conduire au Ciel, d'où ils étaient exclus pour toujours. C'est pour cela qu'il mourra un jour sur une croix, pour expier leurs crimes. Ses ennemis, après l'avoir crucifié, le mettront dans un tombeau; mais il en sortira glorieux et plein de vie. Puis il remontera vers le Ciel qu'il donnera en récompense à tous ceux qui auront observé fidèlement sa loi (1). »
« Nous le voyons, répondent les Mages à la Très Sainte Vierge, « Votre Fils est en même temps le roi du Ciel et de la terre ; c'est- « à-dire, le Roi des rois à qui tout obéit, le souverain Seigneur « de toute chose, la source de toute grandeur, de toute richesse « et de tout bien. Il déverse ses trésors sur le monde; il commande « aux astres du Ciel qui se mettent à sa disposition pour annon- « cer sa naissance ; et c'est par un de ces sublimes luminaires que « nous avons été conduits jusqu'ici.
« Ce Dieu éternel, par amour pour l'humanité déchue, s'est « fait petit enfant, et c'est lui que nous voyons en ce moment « sur vos genoux, comme sur un trône de gloire, recevoir nos « hommages et nos adorations. Il est sans diadème apparent, c'est « vrai, mais un temps viendra que toutes les couronnes se cour- « beront devant lui. Nous le contemplons dans la faiblesse et l'hu- « miliation, mais nous savons que c'est parce qu'il le veut, que les
(1) Vide Cornel. a Lap., in Matth.. II, v. 11: Non est dubium, etc. — An ru m régi congruit, Unis vero in Dei sacrifieium ponebatur, myrrha autem mortuorum corpora condiuntur. (S.Greg. MAGN.,ïn Evang., lib. 1, hom.10, n. 6).
« Anges du Ciel forment sa cour, qu'il est l'ancien des jours, le « premier de tous et qu'Adam lui-même est plus jeune que lui. »
« Découvrez-moi, reprit Marie, les merveilles qui se sont pas- « sées dans vos contrées. »
« Une grande étoile nous est apparue, beaucoup plus éclatante que toutes les autres; de sa lumière tout notre pays a « été illuminé, et elle nous a annoncé la naissance d'un Roi. Nous « pensons que c'est l'ange de votre Annonciation qui s'est montré « sous cette forme brillante, pour ne pas se faire connaître à «nous; il nous a révélé, comme à Vous, que Votre Fils est en « même temps le Fils du Très-Haut, que vous l'avez engendré, « en dehors de l'ordre de la nature, et qu'il est au-dessus de « tout....
« Hérode le redoute ; il voudra le faire mourir, nous l'avons « compris; les scribes et les prêtres de Jérusalem seront ses plus «cruels ennemis; mais ne craignez rien, ô divine Mère, Votre « Fils renversera le trône de celui qui conspire contre lui et bri- « sera son sceptre ; il confondra ceux qui méditent sa ruine, abo- « lira le sacerdoce de l'ancienne loi; et ne déposera sa vie que « lorsqu'il le voudra. »
«Eh bien! ajoute l'auguste Vierge, soyez, vous aussi, 1<js « messagers de la bonne nouvelle. Retournez dans votre pays, « chargés des bénédictions de mon Fils. Je vous les offre en son « nom. Répandez-les sur votre passage, et qu'elles vous accom- « pagnent jusqu'au sein de votre patrie. Que l'Assyrie tressaille « de joie à votre retour, et quand le règne du Christ se mani- « festera, qu'il s'établisse dans vos contrées. »
« Puisse le Ciel, ô douce Mère du Sauveur, reprirent les «saints Rois, exaucer vos désirs! Que pourrait-il vous refuser? « La terre, un jour, retentira de vos gloires; elle exaltera Votre « Fils et marquera ses triomphes (1). »
Cette scène, que décrit Saint Ephrem, est aussi touchante que vraisemblable.
Les Mages retournent dans leurs pays, comblés de faveurs célestes. Ils furent des Apôtres de la vérité et les propagateurs du règne de Jésus-Christ.
(1) S. Ephrem, Canticum de Maria et Magis, p. 601-602. graeco-lat., t. 3, éd. Assemani. - M. Roiiaut de Fleury, la Sainte Vierge, études archéolo?., c. 7, p. 153.
Saint Thomas leur conféra plus tard le Baptême et les confirma dans la foi qu'ils signèrent de leur sang (1).
Ainsi, nous l'avons vu, le mystère de Bethléem, est le centre et le point de départ des grandeurs et de la mission de Marie dans le monde.
« Unie de toute éternité à la prédestination de son divin Fils, « elle ne s'en séparera plus A la chute originelle elle est an- « noncée, par Dieu lui-même, avec le Rédempteur, comme devant « être l'instrument dont il se servira pour détruire l'empire de « Satan. Dans la suite des siècles, les Prophètes la contemplent « toujours, dans leurs sublimes visions, unie au Messie comme la « racine à son rejeton, la tige à sa fleur, l'arbre à son fruit, la «terre à sa germination, la nuée à la Rosée qu'elle répand, et « la Mère à son Fils.
« Si Jésus, dans l'étable, s'offre aux adorations des pauvres « et des grands, s'il reçoit leurs présents et leur accorde des fa- « veurs, c'est par Marte; s'il se présente au temple, comme une « Victime qui prend l'engagement de s'immoler un jour, c'est avec « Marte et par Marie; s'il se retire en Egypte pour fuir la per- « sédition, c'est avec Marie et par Marie; s'il vit à Nazareth, « c'est avec Marie, et c'est de Marie qu'il y reçoit tous les soins «nécessaires à son âge; s'il fait son premier miracle à Cana, « c'est à la prière de Marie; s'il prêche aux foules, c'est en pré- « sence de Marie; s'il est couvert d'opprobres et conduit au sup- « plice, Marie ne le quitte pas; s'il est attaché à la croix, Marie « est pleine de force et de courage pour compatir à ses souffran- « ces, et recevoir ses dernières recommandations ; s'il est détaché « de son gibet, Marie le reçoit, la première, dans ses bras et étan- « che le sang qui coule de la blessure de son Cœur, dont elle com- « prend tout l'amour; s'il sort glorieux du tombeau, c'est à Marie « d'abord qu'il apparaît; s'il remonte au Ciel, c'est Marie qui re- « cueille, la première, ses bénédictions avec tous les dons qu'il « laisse à la t^rre; s'il envoie, au jour de la Pentecôte, le Saint « Esprit à ses disciples, Marie se trouve au milieu d'eux pour « appuyer leurs prières et leur donner toute la perfection néces- « saire pour qu'elles soient exaucées; s'il est assis à la droite de « son Père, Marie se trouve près de lui, sur un trône à part, re-
(1) Morales, in c. 1, Matth., lib. 5, tract, i, p. 117, t. 2, éd. Vives.
« vêtue d'un manteau de gloire et le front ceint de la couronne « de sa royale Maternité.
« Enfin, lorsque Jésus viendra, à la fin du monde, juger les « vivants et les morts, nous contemplerons encore Marie à ses « côtés, car l'Eglise tout entière, figurée par les dix Vierges de « l'Evangile, viendra au devant de l'Epoux et de l'Epouse, c'est- « à-dire du Christ et de Marie.- En outre, le Fils et la Mère sont « tellement unis qu'ils semblent avoir les mêmes destinées; ainsi, « partout où l'empire de Jésus-Christ s'établit, nous voyons s'étende dre également celui de Marie. De tout ce qui précède, nous pou- «. vons donc affirmer, que les dons, les prérogatives et les privi- « lèges de Marie n'ont d'autres bornes que la Toute-Puissance « de Dieu; en sorte que tout ce qui n'implique pas de contradiction, « doit lui être concédé (1). »
Voilà pourquoi elle est au pied de la Crèche ce qu'elle sera
(1) Et intrantes donmm invenerùnt puerum cum Maria matre ejus. Semper Jésus cum Maria, semperque Maria cum .Tesu. « Est enim. ait P. Salmeron, ab aeterno praedestinatus Jésus; at non sine Maria.... Concipitur ex tempore in Nazareth; sed nonnisi in Maria assensum praestante. Nascitur in Bethléem, sed ex Maria; adoratus est a militia coelestis exercitus, sed prius a Maria quae prima lactat, ac fovet, educatque. Invenitur et a pastoribus et Magis, semper tamen adest Maria, quae conservât orania verba, conferens in corde suo. Exhibetur in Templo, at non sine Maria; secedit in Egyptum, fugiens Herodem; verura Mariae in uluis gestatur. Edit primum miraculum ad nuptias in Cana Galilaeae, sed postulante Maria; praedicat turbis, sed contendit audire B. Virgo. Pendet in cruce, sed prima jnxta crucem fortissima Maria exprimitur. Deponitur de cruce in sindone munda, sed hic elegans contemplator agnoscit eam feminam, quae vere munda circumdedit Virum. Sepelitur in sepulchro novo quod excisum fuerat de petra; sed quodnam est sepulchrum aliud, quam ipsa B. Virgo, quae excisa est de petra, hoc est, de Christo, sicut prima femina de costa viri.... Resurgens apparuit mulieribus, deinde discipulis, sed primo Virgini Matri. Ascendit Jésus Christus in coelum, sed ut prima et electissima dona accipiat Maria. Orant Apostoli pro adventu Spiritus Sancti, sed et ibi adest Maria, preces ipsorum fulciens, atque perfleiens. Sedet Filius ad dexteram Patris, sed et consedere fecit et Matrem, ut dignissimam Reginam in vestitu deaurato circumdatam varietate. Denique speratur Jésus venturus ad judicandum vivos et mortuo-; quis non contempletur ejus lateri adesse Mariam? Nam decem fcgines (in quibus repraesentatur tota Ecclesia) exierunt obviam Sponso et Sponsae, nimirum Christo et Mariae. » {Comment, in Evang., t. 3, tract. 40, in medio). Tum praeterea, quia cum nomen Jesu scriptum sit in libro vitae, nomen Mariae post illud immédiate etiam scriptum est. Et ideo duo haec nomina ita sunt similia adlmc in numéro litterarum, quod inter ea nullum signum distinctionis reperitur. Sunt etiam haec duo nomina, Jésus et Maria, ita connexa, quod ubicumque Christi imperium augetur, crescit etiam Deiparae nomen et imperium. Et tandem excellen- ■flsima Mariae dignitas per Chrlsti cxcellentiam cognoscenda est. Unde mensura donorum, praerogativarum et privilegiorum Mariae, est ipsa Dei omnipotentia, et sic illi concedendum est omne quod contradictionem non implicet. (P. Morales, in cap. 1, Matth., lib. 5, tract. 4, p. 112, t. 2, éd. Vives).
dans la suite des temps: le Canal des grâces que le Cœur de Jésus veut répandre sur les hommes, la Dépositaire de ses bienfaits et la Dispensatrice de tous ses trésors.
Sous quel Nom l'invoquerons-nous, pour marquer sa coopération à la diffusion de ces divines richesses? Sous le Nom mille fois béni de Notre-Dame du Sacré-Cœur!!!