‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 21 sur 176 · LE MYSTERE DE LA VISITATION DE MARIE · texte numérisé non relu

LE MYSTERE DE LA VISITATION DE MARIE

Le grand mystère du salut est opéré. Marie renferme dans sou sein virginal le Rédempteur du monde. Elle vient de Lui donner un Cœur qui contient la plénitude de la grâce (1). Cette grâce déborde et veut déjà se communiquer. Comme c'est par l'intermédiaire de Marie que Dieu la fit passer jusqu'au Cœur du Christ, c'est par Marie que le Christ la répandra de son Cœur adorable sur l'humanité (2).

La vie de Jésus-Christ est marquée par trois époques solennelles: son entrée dans le monde, sa mission publique et sa mort sur la croix. Eh bien ! son auguste Mère est là, associée à ces grands actes qui opèrent toute une régénération. Elle est là, comme le Sacrement de l'amour divin, comme Y Aide mystérieux de l'Adam nouveau dans une création nouvelle (3).

Sur le Calvaire, fécondée par le sang et la grâce du Christ qui s'échappent de son Cœur sacré, Elle enfante à Dieu tous les peuples (4).

A Cana, Elle obtient de son Fils le premier de ses miracles, établit les Apôtres dans la foi (5) et reçoit l'assurance de l'institution de la sainte Eucharistie et des autres sacrements (6).

(1) Plénum gratiae et veritatis. (S. Joan., I, 14).

(2) A tempore enim, a quo Virgo Mater concepit in utero Verbum Dei.... nulla creatura aliquam a Deo obtinuit gratiam, nisi secundum ipsius Matris dispensationem. (S. Rern. Sen., pro fest. V. M., s. 5, c. 8, de Nativ. B. M. et s. 6, a. 1, c. 2. de Annunt. Virg.).

(3) Faciamus ei adjutorium simile sibi. (Gen., II, 18).

(4) Ecce Mater tua. (S. Joan., XIX, 27). - Mater omnium spiritualium. (Alb. Mac, si>p. Miss., c. 184).

{')) Et crediderunt in Eum Discipuli eius. (S. Joan., II, 11).

(6) Desideravit prae caeteris Peipara hujus SS. Sacramenti institutionem, et

A Hébron, Elle porta le Sauveur, encore caché dans son sein, et fit descendre sur le Fils d'Elisabeth la grâce du salut.

L'Incarnation du Fils de Dieu est réalisée ! Marie quitte avec empressement Nazareth pour se rendre, accompagnée de son chaste époux (1), dans la maison de Zacharie. L'Ange vient de Lui apprendre les merveilles dont sa cousine est l'objet, et la destinée de l'enfant qu'elle porte miraculeusement dans son sein. Éclairée par une lumière surnaturelle, Elle comprend les désirs du Cœur adorable du Verbe incarné. Elle sera le premier Apôtre de sa grâce et le premier Missionnaire de son amour.

Il y a, sous le toit d'Elisabeth, un enfant dont les yeux ne sont pas encore ouverts aux clartés du jour; il sommeille dans la nuit du péché. Le sein qui le porte est son premier tombeau. Son âme, privée de la justice originelle, est plongée dans la mort. Or, cet enfant doit être, un jour, le Précurseur du Messie.

Ce n'est pas de loin, comme le faisaient les Prophètes, qu'il montrera le Sauveur, mais de près, en disant: Voici V Agneau de Lieu. Son rôle sera d'y conduire les peuples, pour qu'ils obtiennent la rémission des péchés, de frapper à la porte de leurs cœurs, pour les émouvoir et les détacher du mal, par la crainte de la mort éternelle et de la vengeance divine.

illam....postulavit.(RuTiLius BENZONTUs,in Magnificat Dissertât., lib.3, c.34,dub. 25, p. 248, éd. 1606).

— Ytni'ni non liaient. B. Virgo institutionem Sacramenti Eucharistiae desiderabat. [Biblta Marian., a F. Joseph Miguel et Barco Burgensem, in fol. 1749.

— S. Iren., adv. Haeres., lib. 3, c. 16. n. 7, - S. A.UG., serin. 3, de Nuptiis f'anae, in Append., p. 1144, éd. Migne.

— Append. S. Bern., t. 3, in Antiph. Salv. Reg., serm. 3, n. 4, p. 1070, éd. Migne.

(1) Comité Sancto Joseph, ut decentius ac verisimilius ab omnibus prudenter indicatum est. in montana perrexit Virgo. (Suarez, in 3. p., disp. 13, t. 19, p. 212, éd. vives).

— Et statim cum ipso Joseph abiit Virgo in montana, ut visitaret S. Elisabeth cognataro suam. (S. Bern. Sen.. serm. de S. Joseph, art. 2, c. 1).

— S. Bonav., in opusc. Médit. Vitae Christi, c. 5, in principio,t. 12, p. 516, ('■il. Vives.

— Pet. Morales, in cap. 1, Matth., lib. 4, tract. 1. Ad visitandam Elisabeth, Virgo non quidem sola abiit. sed cum S. Joseph sponso suo comitata. - Ita Gerson, serm. de Nativ. B. M. V., consid. 3.- Isolanus, Summa de donis S. Joseph, pars 2, c. 6, etc.).

Supérieur à la loi, dont la lumière ne dirige que les Juifs, il sera envoyé, comme un flambeau, destiné à éclairer toute l'Église par sa splendeur (1). Il rendra un témoignage éclatant au Fils de Dieu, afin que tous croient à sa venue dans le monde; et c'est par son ministère que ce même Fils de Dieu sera connu en Judée, et de la Judée chez les Gentils, par toute la terre.

D'où vient donc que cet enfant, que personne ne devait surpasser dans l'ordre de la grâce, que la Sagesse éternelle proclamera le plus grand des Prophètes, et dont Elle canonisera Ellemême les venus héroïques, reste, pendant six mois entiers, souillé par le péché, l'esclave du démon et l'ennemi de Dieu? Cependant, il est un des plus grands prédestinés, une des élections primitives et privilégiées du Verbe! Dieu aurait pu, sans doute, lui donner plus tôt la sanctification ; mais ayant résolu d'engendrer à la vie de la grâce, par Marie, tous ses enfants d'adoption dont Saint Jean doit être le premier, il attend, pour le délivrer du malheur de sa conception, que l'auguste Vierge soit réellement devenue, par l'Incarnation, la Mère de la divine grâce. Aussi en sera-t-Elle la Trésorière et la Dispensatrice officielle. Voilà pourquoi l'Évangile nous La représente marchant en grande hâte vers la maison où doit s'exercer le premier apostolat du Cœur de Jésus. Poussée ou plutôt portée par la charité, Elle n'est retardée ni par la longueur ni par l'aspérité du chemin. En entrant, son premier mouvement fut de saluer sa cousine, avec la formule usitée : La paix soit avec vous (2). La salutation de Marie, inspirée par le Cœur de son Fils, retentit jusqu'au fond des entrailles d'Elisabeth. Elle va réveiller au sein maternel l'enfant qui n'y a puisé que des germes de mort. Une seule parole de la Vierge de Nazareth le fait tressaillir de bonheur et de joie (3). Cette parole inonde son âme de splendeur, et l'illumine du double jour de la raison et de la foi (4). La lumière surnaturelle éclaire ses yeux, avant

(1) IUe erat lucerna ardens et lucens. (S. JOA.tr., V, 35).

(2) Es more gentis, Maria salutavit eam, dicens: Pacc tecum. (Vita Help. M. a Ciiiustoph. de Castro, c. 6, n. 3).

(3) S. Luc, I, 41.

(4) Easultàvtt in gaudio infinis in utero meo. Id est, Joannes habuii usuni Rtionis, libertatis et virtutis.... 1. Acceleratus ergo fuit Joanni semestri in utero B&atris usus rationis,ut, Deo révélante, Christum in utero Virginis incarnatum agnosceret, adoraret, diligeret.... Virginem salutantem resalutaret. 2. Joannes tum aceepit donum prophetiae de christu. 3. Joannes eodem instanti purgatùs est a peccato oriinnali. (Cornel. a LaP., Comment, in Luc., c. 1, 41).

même qu'ils soient ouverts aux rayons du soleil. Ne pouvant contenir les transports de son amour et de sa reconnaissance, il s'agite devant le Dieu caché qui lui apporte, par sa divine Mère (1), le pardon, la miséricorde et le salut, et tous les dons nécessaires pour accomplir plus tard sa mission (2). Il reçoit la plénitude de l'Esprit-Saint (3), et devient tout-à-coup ce prodige de sainteté qui fera l'admiration de tous les siècles (4). Il adore Celui dont il proclamera bientôt la Divinité à la face d'Israël (5), et il commence à accomplir, même avant de naître, le sublime apostolat auquel il est prédestiné. Ses saintes exultations sont le premier témoignage qu'il rend à la Vérité vivante. C'est le premier cri d'admiration que ce grand Prophète fait entendre, en apercevant dans son premier et véritable Ostensoir, qui est Marie, le Verbe fait chair (6). Comme Joseph, il est la limite des deux âges, et il a le caractère des deux lois: sévérité et douceur, grandeur et humilité.

Quelle destinée que celle de Saint Jean-Baptiste ! Il naît à la vie naturelle, dans le sein d'une femme stérile, et il s'éveille à la vie de la grâce, dans laquelle il est confirmé (7), à la voix d'une Vierge, qui lui confère le don de virginité.

Voilà le Précurseur du Sauveur! Le voilà avec toutes les merveilles dont il est l'objet. Mais, ne l'oublions pas, ces mer-

— Ita Origenes, in Luc, honiil. 7. - S. Ambrosius, expos, evang., lib. 2, in c. 2 Luc. n. 23. - S. Carysost. in concept. S. Joan., t. 2, p. 791, éd. Migne. - S. Maximus. in Nativ. S. Joan. - Theophyl., enarr. in Luc, c. 1, v. 41. - Euthymius. Comment, in Lire, c. 1, y. 4L - S. Bonav., expos, in c. 1 Luc. - S. Chrysoi.., de concept. S. Joan.).

(1) Disce hic quam utilis et efficax sit salutatio et praecatio.... B. Virginis, utpote quae, unico salutationis verbo, tam Joannem quam Elisabeth Spiritu sancto replevit, omnibusque eius donis cumulavit. (Cornel. a Lap., ibid.).

(2) Accepit gratiam non qualem qualem, sed eximiam, quae praecursorem Christi, mox futurum decebat, gratiam, inquam, cum omnibus virtutibus infusis. (Cornel. a Lap., ibid.).

(3) .loannes prius fuit repletus Spiritu S. (Cornel. a Lap., ibid. - Ita S. A.Mrros. - Orio. - Euthym. - Theophyl., in locis citatis).

(4) Non surrexit major Joanne Baptista. (S. Mattil, XI, 11).

(5) Vide prius, Cornel. a Lap., ibid. - Magna haec Joannis gloria, quod post Virginem sacram, primus Verbum incarnatum agnovit, et piïmus omnium promulgavit. (S. Tiiom. a Villan., de Msltat. Virg., p. 600).

(6) Christus fecit Mariant salut are Elisabeth, ut sermo ju-ocedens de utero Matris, "''i habitabat Dominus, per aures Elisabeth ingres>us, descenderet ad Joannem, ut illic eum ungeret in prophetam. (B iRnardin. de Bustis, in Mariai., p. 6., s. 1).

(7) Multi dicunt .loannem Baptistam fuisse confirmatum in gratia in utero matris. (Suarez, de Gratia, lib. 10, c. 8, n. 20, t. 9, p. 615, éd. Vives).

veilles se sont opérées par Marie (1) ! Bien que remplie du Saint- Esprit (2), et toute pleine, par conséquent, de l'intelligence du mystère, Elisabeth ne s'y trompe pas. C'est à la Mère de l'Homme- Dieu qu'elle rapporte toute louange, c'est à sa vertu efficace qu'elle attribue les prodiges de sanctification qui viennent de s'opérer dans son sein, c'est sa' venue, et non celle de son divin Fils, c'est sa voix, et non celle de Jésus, qui, dans sa pensée, ont fait tressaillir l'enfant, et l'ont comblé de bénédictions (3).

0 Marie! quel ministère remplissiez-Vous à cette heure solennelle? Vous faites ici l'office de Prêtre, de Pontife et d'Apôtre. En effet, Vous communiquez à Saint Jean la grâce du Baptême (4), Vous lui donnez une plénitude de l'Esprit du Seigneur (5), Vous lui faites connaître Jésus-Christ, source de la lumière et de la vie, et, avec Jésus-Christ, tous les Irésors de son Cœur (6).

C'est dans ce grand mystère de la Visitation que se manifeste, du premier coup, toute l'économie de la Rédemption dans la distribution de la grâce. Toute Rédemption, toute grâce nous viennent, sans doute, de Jésus, comme de leur seule cause opérante et méritoire, mais rien ne nous arrive que par la médiation de Marie (7), qui continue à donner les fruits de la Rédemption, après avoir donné le Rédempteur lui-même.

Ainsi donc, si Jésus-Christ, encore au sein maternel, répand, par Marie tous les dons qu'il destine au fils de Zacharie, c'est pour nous montrer qu'étant redevable à cette Vierge bénie de son

(1) Verba B. Mariae, velut quaedam instrumenta, fuerunt, per quae divina oranipotentia effecit in Joanne. (Theolog. Mariana a Virgil. Sedlmayr, a. 1631, p. 693).

(2) Et repleta est Spiritu sancto Elisabeth. (S. Luc, I, 41).

(3) Ecce enim ut l'acta est vos salutaticmis tuae in auribus meis, exultavit in gaudio infans in utero meo. (S. Luc, I, 44).

(4) Mater spiritualis genuit Joannem modo speciali, non solum levans eum de terra, quando natus est, quia praesens in partu eius; sed etiam, et magis quando (ut de saoro fonte, Spiritu sancto, et aqua gratiae baptizatus est .Toannes), in utero sanctificatus ad vocem Virginis, quando salutavit Elisabeth. (S. Anton. Florent., Biblioth. Vîrg., t. 2, p. 475).

(5) S. AMBR. - ORIG. - C'ORNEL. A I.A1'., iil LUC, I, 41.

(6) Ecce qunm magnae virtutis est B. Virginis salutatio, quae confert gaudium, confert Spiritum sanctum, confert et revelationem secretorum divinorum, confert et prophetiae actum. (Biblioth. Virg.,t. 1. - alexand. de Uales, sup. Missus est, et sup. Glossa Ma;/nif., p. 173).

(7) Ad Illam, sicut ad médium, sicut ad negotium saeculorum, respiciunt, et qui praecosserunt, et nus qui sumus, el qui sequentur. (S. Bern., in Pentec, serm. 2, n. 4).

humanité sainte, et par cela même, de son Cœur sacré, source de toutes bénédictions, Il ne veut accorder que par son entremise les grâces qu'il renferme.

Les effets merveilleux que le Cœur du Verbe incarné vient d'opérer, par la salutation de Marie, ne s'arrêtent pas seulement à Saint Jean, ils se produisent aussi dans sa Mère. A la voix de la Vierge, Elisabeth se sent tout-à-coup remplie du Saint- Esprit. Elle comprend le mystère accompli sur l'enfant, renfermé dans son sein, et les glorieuses destinées qui lui sont réservées (1). Les paroles de sa jeune cousine l'inondent de clartés divines. Elles font descendre dans son âme un fleuve de vie, de lumière et d'amour. L'épouse de Zacharie ne s'écrie pas, comme la femme de l'Evangile: Bienheureux le sein qui Vous a porté (2). Mais, s'élevant, pour ainsi dire, à toute la hauteur des vertus de la Mère du Christ, elle Lui dit: Vous êtes bienheureuse, parce que vous avez ci~u (3). Et, pénétrant soudain l'insondable mystère qui noue, dans l'unité d'une Personne divine, le Fils de Dieu et le fils d'Adam, elle ajoute: D'où me vient ce bonheur que la Mère de mon Dieu vienne à moi (4)! Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni (5).

Ainsi Elisabeth, éclairée sur les secrets du passé et sur les scènes de l'avenir, fait connaître à la terre les grandeurs incomparables de Marie: sa prédestination, son élévation au-dessus de toutes les créatures, le privilège unique de son Immaculée Conception, l'accumulation de tous les dons du Ciel dans son âme, les hommages qui lui sont réservés, dans la suite des siècles, la gloire dont Elle sera environnée, les acclamations dont Elle sera

(1) Tum ex vehementia spiritus et ardoris sibi a Spiritu sancto aspirât i, tum emovitate et admiratione mysteriorum sibi a Spiritu sancto revelatorum; puta incarnationis Verbi, conceptionis rs. virgiixis, saltus et sanctificationis Joannis in utero suo, etc. (Cornel. a Las., in Luc, I, 12).

— Spiritu sancto plena Elisabeth prophetavit ea quae in Evangelio scripta sunt; et in una hora tantos profectus habuit. (Origen., homil.9,in Lucam., t. 3, p. L822, éd. Migne).

(2) S. Luc, XI, 27.

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