CHAPITRE XL
l'intercession toute-puissante de marie.
Avant de prouver que l'intercession de Marie est réellement toute-puissante, commençons par bien établir une vérité capitale: à savoir que Jésus-Christ est le seul vrai Médiateur entre Dieu et les hommes, que Lui seul, dans la rigueur du mot, mérite d'être exaucé, que Lui seul a, par Lui-même, une puissance infinie, et que c'est de Lui seul que Marie reçoit tout ce qu'EUe possède.
L'homme s'était révolté contre le Ciel; ses crimes, sans cesse multipliés, criaient vengeance. Ils avaient établi entre Dieu et lui un mur de division (1). Dépouillé de ses prérogatives, exclu de l'héritage céleste, il devint odieux (2) à Celui qui l'avait créé et comblé de ses miséricordes.
Pour mettre un terme à ces inimitiés, que faut-il? Un Médiateur, expiant pour les hommes, et opérant ainsi leur réconciliation avec Dieu. Qui sera ce Médiateur et cette Victime tout à la fois? Jésus-Christ, et Jésus-Christ seul.
En effet, Jésus-Christ est Dieu-Homme et Homme-Dieu, unissant en sa Personne adorable l'humanité et la Divinité. Ces deux natures étaient nécessaires au succès de sa médiation. « Il fallait, « dit saint Augustin, que le Médiateur de Dieu et des hommes « ressemblât à la fois à Dieu et à l'homme. Entièrement semblable
(1) IiiiquiUtes vestrae diviserunt inter vos et Deum vestrum. (Isai., 54, 2).
(2) Rom., 1, 30.
«à l'homme, il eût été loin de Dieu; entièrement semblable à « Dieu, il eût été loin de l'homme; ainsi, il n'eût pas été Média- « teur (1). »
« Le péché ayant été commis par l'homme, ajoute le même « Docteur, c'est l'homme qui devait l'expier; mais ayant été cornac mis contre la majesté infinie de Dieu, qui ne peut trouver qu'en « elle-même une satisfaction digne d'elle, le péché ne pouvait « être expié que par Dieu (2). »
Jésus-Christ étant homme peut souffrir, offrant avec de grands cris et des torrents de larmes ses supplications et ses prières à Celui qui pouvait le tirer de la mort (3).
Étant Dieu en même temps, il donnait à ses souffrances un prix infini, et désarmait la justice divine (4). Aussi, Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde, n'imputant point aux hommes leurs péchés (5), puisque le Christ Médiateur s'est livré pour la rédemption de tous (6). C'est pourquoi il a plu au Père de se réconcilier par Lui toutes choses; pacifiant, par le sang de sa croix, tout ce qui est sur la terre et tout ce qui est ait ciel (7). Devenu notre paix, il a renversé dans sa chair la muraille de séparation, en tuant les inimitiés dans sa Personne; et, par Lui, nous avons tous les uns et les autres, dans un seul esprit, accès auprès du Père (8).
Voilà donc notre vrai Médiateur! Nous savons, en effet, qu'on s'entremet soit en priant, soit en proposant les conditions de l'accord à faire, soit en faisant satisfaction à la personne offensée pour celle qui a commis l'offense. Or, Jésus-Christ a prié Dieu son Père de pardonner aux hommes et a mérité d'être exaucé à cause de sa dignité (9). Il a transmis aux hommes les préceptes
(1) Mediator autem inter Deum et homines oportebat ut haberet aliquid simile Deo, aliquid simile hominibus; ne in utroque hominibus similis, longe esset a Deo; aut ir. utroque Deo similis, longe esset ab hominibus, atque ita Mediator non esset. (S. Aug., lib. 10, Conf.y c. 42).
(2) Peccatum Adae tantum erat ut illud non deberet solvere nisi homo, sed non posset nisi Deus. (S. Aug. citât, a Ventura: Restauration de l'Univers par V Incarnation).
(3) Heb>\, V, 7.
(4) Rom., V, 9.
(5) II Cm:, V, 19.
(6) I Tim., II, 5 et 6.
(7) Colos., I, 20.
(8) Ephes., II, 14, 16, 18.
(9) Exauditus est pro sua reverentia. {Hebr., V, 7).
et les dons de Dieu (1); mais surtout il a fait à Lieu satisfaction complète pour les hommes, en se livrant Lui-même pour les sauver (2). Et comme seul il avait le pouvoir, par la dignité de sa Personne, de faire cette satisfation, Lui seul est Médiateur, unus Mediator, non pas seulement dans le sens de conciliateur, d'arbitre, d'avocat (3), mais Médiateur réel, par ses propres mérites, par rédemption (4).
C'est donc Lui seul qui nous a mérité la grâce (5); c'est donc dans son Cœur adorable qu'elle se trouve, comme dans sa source (6); c'est donc là qu'il faut la puiser (7). Ce n'est pas à dire, pour cela, que nous ne puissions recourir à Marie pour obtenir cette grâce ; oh non ! l'Eglise et ses Docteurs nous enseignent le contraire (8). Elle peut, cette divine Vierge, nous l'obtenir par son intercession toute-puissante, et devenir notre Médiatrice auprès de son Fils (9). Mais, encore une fois, à Jésus seul dont le sang divin a réconcilié Dieu et le monde (10), à Jésus seul la gloire d'être notre unique Médiateur. A Lui seul la Toute-Puissance absolue d'un Dieu, et à Vous, ô Marie, la Toute-Puissance d'intercession d'une Mère bien-aimée (11). Cet incomparable pri-
(1) In quantum etiam est homo, convenit ei conjungere homines Deo, praecepta et dona Pei hominibus exhibendo, et pro hominibus Deo satisfaciendo et interpellando. (S. Thom., III, q. 26, art. 2).
(2) Mediator Dei et hominum, homo Christus Jésus, qui dédit redemptionem Semetipsum pro omnibus. (I Tint., II, 5 et 6).
(3) Ut sequester, arbiter, advocatus. (Peron., de incarn., pars 2, c. 5, prop. 2, n. 591
(4) Tradidit Semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis. (Ephes., V, 2).
(5) Per quem accepimus gratiam. (Rom., I, 5). Gratia Dei per Jesum Cbristum Dominum nostrum. (Rom., VII, 25).
(6) Cor Jesu fons omnium gratiarum.
(7) Adeamus ergo cum fiducia ad tbronum gratiae, ut miserieordiam consequaniur, et gratiam inveniamus in auxilio opportune (Hebr., IV, 16).
(8) Iste (est) hierarchicus ordo et defluxus coelestium gratiarum, ut prius a Deo defluat in Christi animam; deinde defluat in animam Virginis, inde in Se-
raphim demum in Ecclesiam militantem. (S. Bern. Sex., Pro fest. Y. M., s. 3.
ar!. ."), cap. 2, de Nùmine JTariae).
(9) Dico, Deipara Virgo recte vocatur omnipotens in impetrando. Ita commuais sensus SS. Patrum; quia B. Viriro id meruit de congruo, quod Christus de condigno ex supra dictis: ergo quia Christus Dominus propter hoc universale meritum, habet potentiam omnia impetrandi immédiate a suo Pâtre, habet etiam B. Virgo pro])fer suum universale meritum de congruo, potestatem omnia impetrandi per Christum. (Theol. Marian. a Virgil. Sedlmayr, n. 2089 et 2090, p. 859).
(10) II Cor., V. 1<>.
(\Y\ Al) omnipotente Filio omnipotens Mater est effecta. (Rie. a S. Laur., de laud. B. M. V., lib. 4, c. 29, p. 170).
vilège, concédé à Marie, bien loin de porter atteinte à la grandeur souveraine de Dieu, ne fait au contraire que l'exalter davantage ; et cette Toute-Puissance d'intercession qui lui est accordée devient une gloire immense pour le Tout Puissant luimême (1).
La prière, voilà pour Marie son moyen d'action. Or qu'est-ce que la prière? Et d'où vient son efficacité?
La prière est une cause seconde, un instrument qui tient, comme tout autre, son efficacité de Dieu seul.
Vous êtes malade, vous employez tel médicament, et la santé vous revient : le médicament employé est un instrument dont Dieu s'est servi pour vous guérir.
Ce serait absurde d'attribuer au médicament cette vertu curative, sans remonter à Dieu qui en est le principe.
De même pour la prière.
Nous prions pour obtenir une faveur, et de fait nous l'obtenons: pourquoi? Parce que Dieu avait décrété de toute éternité que nous obtiendrions cette faveur par telle prière. N'allons pas nous figurer que notre prière modifie la volonté divine, pas du tout: elle l'accomplit; elle était, cette prière, une condition exigée de Dieu; cette condition remplie par nous, l'effet que Dieu y avait attaché se produit, et la grâce demandée nous arrive (2).
(1) Non est dubium. quidquid in laudibus Matris proierimus, ad Filiuni pertinere; et rursum, eum Filiuni honoramus, a gloria Matris non recedimus. (S. Bern., 8up. Mis., hom, IV, n. 11.
— Honor Matris refertur ad Filiuni, quia Ipsa Mater est propter Filium adoranda; non tamen eo modo quo honor imaginis refertur ad exemplar, quia ipsa imago, prout in se consideratur ut res quaedam, nullo modo est veneranda. (S.Thom.. III, q. 25, art. 5, ad 2).
— Sicut ipsa Virgo per Christum orat, et sicut nos, cum Deum oramus, per Christum petimus, ita cum oramus Virginem, non aliud petimus, quam ut Christum ipsura pro nobis oret. vel Deum per Christum, et ut nostram indignitateni et infirmitatem suppléât, et ita totum redundat in gloriam Christi. Atque eadem ratione totum cedit in divinam gloriam. (Suarez, in III p., disp. 23, sect. 3, n. 3, t. 19, p. 336, éd. Vives).
(2) Non enim propter hoc oramui, ut divinam dispositionem immutemus. sed ut id impetremus quod Deus disposuit per orationes esse implendum : ut scilicet « homines postulaodo mereantur accipere, quod eis Deus omnipotens ante saecula disposuit donare, ut Gregorius dicit » in dialogorum, lib. 1, c. 8. (S. Thom., II, 2, q. 83, a. 2).
Expliquons plus à fond cette vérité capitale.
Dieu sait tout, par un seul acte de son intelligence. Pour lui ni passé ni avenir, tout est présent (1).
De même, tout ce qui se fera hors de Lui, par Lui et par ses créatures, tous les êtres et tous les événements, tous, absolument tous, les plus petits comme les plus grands, Dieu les veut ou les permet, par un seul et même acte de sa volonté (2).
Or, cet acte ne règle pas seulement que les choses arriveront, mais comment et par quelles causes. Il dispose tout, cet acte tout-puissant, l'enchaînement des causes et la production des effets (3).
Et, quand nous posons une condition que Dieu a prévue, voulue ou permise, l'effet, qu'il a prévu, qu'il a voulu ou permis comme sa cause, se produit; non pas, évidemment par une modification, mais par l'accomplissement de la volonté divine (4).
Redisons-le, la prière est une condition de ce genre.
Tel malade emploie, pour se guérir, tous les moyens naturels, il ne réussit pas; il prie tel saint, tel autre, même insuccès. Le voilà qui s'adresse à Marie; il fait neuvaine sur neuvaine, sans rien obtenir. Enfin un pèlerinage le guérit. Comment expliquer cette guérison? Dieu l'a refusée d'abord, il l'accorde ensuite: a-t-il donc changé? Pas du tout (5).
Voici ce qui est arrivé: de toute éternité, Dieu avait décrété que ce malade serait guéri, non point par des médicaments, ni par telle ou telle prière, mais tel jour, à tel endroit, par tel pèlerinage.
D'où vient, par là même, à ce pèlerinage son efficacité ? Évidemment c'est de Dieu, qui avait ainsi réglé les choses.
(1) Omnia, quae sub coelo sunt, respicit. (.Ion., XXVIII, 24).
— Pomino enim Deo, antequam crearentur, omnia sunt agnita: sic et post perfecturn respicit omnia. {Ecrit., XXIII, 29).
— Omnia autem nuda et aperta sunt oculis Ejus. (Ileb., IV, 13).
(2) Non ex hoc in illud cogitatione mutata. sed omnino incommutabiliter videt. Ipse vero haec omnia stabili ac sempiterna praesentia comprehendit. (S. An;., de Civit. Dei, lib. 11. c. 21).
(3) Res non sunt Ei futurae, sed praesentes: ac per hoc, non jam praescientia, sed tanlum scientia dici potest. (S. AUG., lib. 2, de div. quaest. ad Sim.pl., q. 2, ri. 2).
(4) Considerandum est, quod es divina Providentia non solum disponitur qui effectus fiant, sed etiam ex quibus causis, et quo ordine proveniant. (S. Thom., II. 2, .,. 83, art. 2).
(5) Apud quem non est transmutatio,nec vicissitudinis obumbratio. (S. Jac.1,17).
— Apud quem non est immutatio, nec momenti obumbratio. (S. AUG., tfe Civit. Dei, lib. Il, c. 21).
C'est-à-dire qu'il ne faut pas se figurer Dieu d'une manière tout humaine, comme un roi qui, n'ayant pas prévu telle chose, modifie sa volonté quand cette chose imprévue se produit. Encore une fois, Dieu prévoit tout, Dieu règle tout. Rien, dans ses décrets, ne gène la liberté de l'homme, mais rien non plus, dans les œuvres de l'homme, ne modifie ses .décrets (1).
Et ainsi, la puissance de la prière en général, de telle prière en particulier, faite à tel ou tel Saint, faite ici ou là, cette puissance ne vient, répétons-le, ni de la prière elle-même, ni du Saint invoqué, ni du pèlerinage accompli; cette puissance n'a pas d'autre source que la volonté suprême de Dieu-, les œuvres faites sont des conditions, des instruments, pas autre chose. Dieu pourrait s'en passer toujours, de fait il s'en passe quelquefois, mais d'ordinaire, c'est-à-dire dans l'ordre habituel, il ne s'en passe pas, non qu'il en ait besoin, mais parce qu'il lui plaît de s'en servir.
Maintenant, pourquoi cela lui plaît-il? Pourquoi cette prière puissante pour celui-ci, est-elle impuissante pour celui-là? Pour, quoi tel malade est-il guéri à La Salette, tel autre à Lourdes, celui-ci par l'invocation de Notre-Dame des Victoires, celui-là par l'invocation de Notre-Dame du Sacré-Cœur ? Pourquoi? Bien souvent Dieu laisse voir ou deviner les desseins qui le font agir ainsi ; mais nous les cacherait-il, nous savons, nous, qu'il le veut ainsi, qu'il a des raisons pour le vouloir, et que ses raisons ne nous regardent pas.... Je suis le Seigneur.... nous dit-il, Ego Dominus.
Or, ce principe posé, connaissant la prière en général, voyons maintenant ce qu'est, en particulier, la prière de la Très-Sainte Vierge.
En quoi diffère-t-elle de la nôtre au point de vue de la puissance et de V efficacité? Le voici:
D'abord, notre prière n'est pas toujours exaucée, dans le sens
(1) Inter alias autem causas, sunt etiam quoruindam causât- actus humani. Unde oportet homines agere aliqua, non ut per suos actus divinam dispositionem immutent, sed ut per actus suos impleant quosdani effectus, secuudum ordinem a Deo dispositum; et idem etiam est in naturalibùs causis. Et simile est etiam il*' oratione. (s. Thom., II, 2, q. 83, art. 2).
du moins où nous la faisons. Pourquoi? Parce que nous ne demandons pas toujours ce qui pour nous est le meilleur (1).
Ignorants, aveugles, nous prions selon nos idées, et Dieu nous exauce selon les siennes, infiniment meilleures pour nous que les nôtres.
Marie n'a pas cette ignorance (2); aussi sa prière est-elle, toujours et en tout, ce 'qu'elle doit être: et toujours Dieu l'exauce (3), parce qu'il n'y a jamais contradiction entre ses idées et celles de Marie, entre ses volontés et les volontés de Marie. En effet, il ne saurait en être autrement. Tout chrétien doit dire avec Jésus-Christ : 0 mon Dieu, que votre volonté s'accomplisse et non pas la mienne (4), Je ne suis en ce monde que pour me soumettre à la sagesse de vos décrets (5). Ce ne sont point mes désirs personnels que je dois chercher, mais les vôtres, car c'est la condition exigée pour aller au ciel. (6) Et quiconque fait votre volonté est regardé comme votre enfant de prédilection (7). De plus il est assuré de vivre éternellement dans la gloire (8). « Ce langage est aussi celui de Marie, dit Corneille de la Pierre (9). » On peut donc affirmer, en toute vérité, qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais contradiction entre la volonté de Marie et la volonté de Dieu.
« Et comment cette contradiction pourrait-elle exister, s'é- « crient les saints Docteurs? puisque la divine Sagesse, qui est « venue habiter en la Vierge, L'a remplie de ses grâces, inondée « de ses lumières, enrichie des trésors de sa science, en lui don- « nant la parfaite intelligence des créatures et du Créateur, au- « tant qu'il est possible de l'avoir (10)? » Entendez Saint Bernard:
(1) Petitis, et non accipitis, eo quod maie petatis. (s. Jac, IV, 3).
(2) Ostensum est R. Virginem intueri in Verbo quae hic geruntur apud nos.... certissimum est Mariam res nostras agnoscere. (Suarez, in 3. p., disp. 23, sect. 2, n. 4. t. 19, p. 334, éd. Vives).
(3) Iiaposslbile erat eam non exaudiri. (S. Anton. Flor., Bibltoth. Mrg., t. 2, p. 53G). Tu autem, quae materna in Deum auctoritate polies, etiam iis qui enormiter peccant, gratiam concilias. Non enim potes non exaudiri. (S. Germ. Const., serm. 2, in Dorm. Deip., p. 351, éd. Migne).
(4) S. Luc, XXII, 42.
(5) Hebr., X, 9.
(6) S. Matth., Vil, 21.
(7) Id., XII, 50.
(8) I Joan., II, 17. - S. Joan., VI, 38.
(9) Semper Dei voluntatem et gratiam attente (Maria) excepit. (Cornel. a Lap.\ (10) Vere autem alvus ille Mariae crater tornatilis, in quo erat Sap entia, quae
miscuit in cratère vinum suum, incleficientem piae cognitionis gratiam, divinitatis
« Qu'elle est donc cette femme que l'Esprit-Saint nous représente « revêtue du soleil, pénétrant, plus que je ne saurais le dire, dans « les profondeurs insondables de la Sagesse divine, et paraissant « unie à cette lumière inaccessible, autant que le permet la con- « dition de la créature?... C'est Marie (1)!!! » «0 Vierge augu- « ste, ajoute Saint Germain de Constantinople, du sein de ces « splendeurs, du sommet de ces clartés éblouissantes, vous obser- « vez tout, et votre regard s'étend à tous les hommes (2). » « C'est « le Verbe, dit Suarez, qui dévoile à Marie tous ces mystères. « Elle voit en Lui toutes les actions des hommes, leurs pensées et « leurs désirs, le but de leur création, qui est le ciel, et la vo- « lonté de Dieu à leur égard. La raison de ce privilège se trouve « dans le consentement de Marie au mystère de l'Incarnation, « source de tous les biens spirituels (3). » Voilà pourquoi Marie,
siuie plenitudinein snbministrans. (S. ambros., Lib. de Instit. Virginie, c. 14, n. 90. - Vide Suarez, in 3. part., disp. 19, sect. 2, n. 1, t. 19. p. 299, éd. Vives).
— Intravit Jésus in quoddam castellum: Christus est, ait Apostolus (I ad Cor., et ad Colos., II), Dei virtus, et Dei sapientia: et in eo sunt omnes thesauri sapientiae et scientiae Dei; Christus autem in Maria. Ergo omnes thesauri sapientiae et scientiae Dei sunt in Maria. (S. Axselm., in Jiom. sup. Ev. Lucae, c. 10. - Vide Suarez, ibid.).
— In prima sanctificatior.e, quantum ad rationem et intellectum, tanta enim sapientiae claritas a Deo superinfusa est. quod perfecte intelligebat creaturas et Creatorem , et spiritus, et omnia bona amplectenda, et mala i'ugienda. (S. Berx. Sex., Pro Fest. V. 31., s. 4, art. 1, c. 2, de Concept. B. 31. - Idem sentit Alb. Mag. si'.}/. Missus, q. 149. - Vide Suarez, ibid., p. 301).
— Neque Angelica tantum, verum etiam Filii jugiter visione ac colloquio exultavit; illi enim coelestis visio debebatur, cui incomparabilis gratiae inerat plénitude (S Laur. Justin-., serm. de Asaumpt. - Rupert., lib. 1, in Canttc, idem affirmât. - Vide Suarez, ibid., p. 305).
— Divinorum splendorum fons inexhaustus. (S. Andr. Cret., homil. 3, in Dormit. S. 31., p. 1091, éd. Migne. - Vide Suarez, ibid.).
(1) Jure sole perhibetur amicta, quae profundissimum divinae Sapientiae, ultra quam credi valeat, penetravit abyssum: ut quantum creaturae conditio patitur, luci illi inaccessibili videatur immeisa. (S. Berx., in serm. Signum magnum, n. 3, tractans illa (Apoc, XII): Et mulier amicta sole, et per illam, Virginem intellicens cum D. Augustino, in tract, de Symb. ad Catech.. c. 3, n. 6. - Vide Suarez, ibid. 321).
(2) Spiritus tuus semper vivit; omnes visitas, tuaque, Dei Mater, inspectio in omnes exsistit. (S. Germaxus, Const. arch., homil. 1, in Dormit. B. 31 , p. 346, éd. Migne).
(3) Videt Virgo in Verbo quidquid Deus per scientiam visionis, exceptis iis quae ad Christum singulariter pertinent.... liatio est.... quia omnia supernaturalia quodammodo per Virginem et propter Virginem facta sunt, ut Sancti loquuntur. Quia per Illam facta est Incarnatio, per quam seu propter quam facta sunt caetera omnia bona; mala enim sunt horum defectus, quae sicut privationes per habitus cognoscuntur; est ergo B. Virgo sub Christo veluti universalis causa Illi coniunctissima; ergo ad illius statum pertinet totum universum, et congruentiam
Mère du Christ et des hommes, ne saurait avoir d'autre volonté que celle de Dieu qui veut le salut de tous (1). « Aussi peut-Elle « demander tout ce qu'Elle voudra, dirons-nous avec Sainte Bri- « gitte ; Elle est sûre d'être toujours exaucée (2). » « Et son in- « tercession est si efficace, écrit un des Princes de la théologie, « qu'elle l'emporte sur celle de tous les hommes, de tous les Saints « et de tous les Anges réunis dont la puissance est plus ou moins « restreinte (:>). » La sphère de son action s'étend à tout et par- « tout. « Pas un genre de bien temporel ou spirituel qu'Elle ne puisse obtenir (4). »
« Dieu l'a voulu ainsi, nous dit Saint Liguori, pour honorer « sa Mère, et de plus, il veut encore que les Saints aient recours « à Elle pour obtenir les grâces qu'ils sollicitent en faveur de « leurs protégés. Cette doctrine, ajoute-t-il, est celle de Saint Ber- « nard, de Saint Anselme, de Saint Bonaventure, de Suarez et « d'autres encore (5). »
Enfin, différence capitale, Dieu accorde une immense quantité de biens que nous ne demandons pas, indépendants de notre prière, que nous recevons nous-mêmes, et que les autres reçoivent, sans que nous en soyons cause en aucune façon.
Telle n'est pas la prière de l'Auguste Vierge. Omnia per Mariam; tout par Marie; point d'exception. C'est ainsi que Dieu l'a décrété. Il a voulu que tout don, que toute faveur, qu'elle qu'elle soit, naturelle et surnaturelle, du temps ou de l'éternité, nous vînt
habet cum dignitate Matris Dei, Dominae ac Reginae rerum omnium, nihilque est quod illi obstare possit. (Suarez, ibidem, p. 320, n. 5; p. 321, col. 2, ratio 3).
(1) Deus omnes bomines vult salvos fieri. (I Tim., If, 4).
(2) Quod enim Tu vis, hoc factum est. (.S. Birg., Revel., lib. 4, c. 74).
— Vête quod vis: non enim inanis potest esse petitio tua. (S. Birg., Revel., lib. 6, c. 23).
(3) Existimo a B. Virgine in hac potestate et efflcacia, non solum Sanctos singulos, sed omnem etiam coelestem curiam superari. (Suarez, ibid., n. 5, p. 334).
— Majoris efficaciae et valoris apud Deuin, Virginis, quam reliquorum sanctortim omnium, oratio est. (Id., ibid.).
— Colligitur ex dictis, non solum intercedere pro nobis B. Virginem, sed etiam ejus intercessionem omnium efflcacissimam. (Id., ibid.).
(4) Totis medullis cordium Mariam hanc veneremur; quia sic est volnntas Ejus, qui totum DOS nabere voluit per Mariam. (S. Bern., de Aquaed., n. 7).
— Quaeraraus gratiam, et per Mariam quaeramus. (Id., ibid.).
(5) S. Lig., Gloires de Marte, explic. Salv. Reg., c. 5, p. 140, 1 vol. in-18, éd. Casterman. - Frustra alios sanctos oraret, quem Ista non adjuvaret. (S. Bern.). - Quod possunt omnes isti Tec.um, Tu sola potes sine illis omnibus. (S. ansi.lm., orat. 45). Voir S. LlG., ibid.
uniquement par Elle : cette cause seconde est absolument universelle: Totum nos habere voluit per Mariant (1).
C'est en Vous, ô Marie, s'écrie Saint Augustin, c'est par Vous et de Vous que nous recevons ou que nous recevrons tous les Mens que le Ciel nous destine; nous en avons la certitude (2), « parce que, ajoute Saint Bernardin de Sienne, vous avez été, de « toute éternité, établie par Dieu Dispensatrice, non-seulement « de toutes ses grâces selon son bon plaisir, mais encore de tous « les divins trésors de Votre Fils (3). » Voilà la doctrine qu'exprime si admirablement le Titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur.
Ainsi donc, lorsque nous aïîirmons que l'intercession de Marie est toute-puissante sur le Cœur de son Fils, nous voulons dire que sa prière est toujours exaucée, et que Dieu en a fait le canal unique de la grâce, comme Jésus est la source unique de tout bien (4).
« Aussi Saint Ephrem ne craint pas d'affirmer que tout ce « qui a été et que tout ce qui sera accordé de gloire, d'honneur, « de sainteté et de bénédictions, depuis le premier Adam jusqu'à « la consommation des temps, aux Apôtres, aux Prophètes, aux «justes, aux humbles de cœur, à toute créature, en un mot, l'a « été et le sera à la considération de Marie ou à sa prière (5). »
(1) S. Bern., serm. de Nativ. B. M. V., n. 7.
(2) In Te, et per Te, et de Te, quidquid boni recipimus et recepturi sumus, per Te recipere vere cognoscimus. (Serm. de Assumpt. B. M. V., Nov. Biblioth. Patncm, t. 1, p. 453).
(3) Ab aeterno ordinata sum. (Prov., VIII, 23): scilicet dispensatrix gratiarum coelestium. (S. Bernard. Sen., Pro Fest. V. 3/., s. 13, a. 2, c. 3, de Exalt. B. V.).
— Thesaurorum Filii Sui dispensatrix. (Id., ibid., s. 9, art. 2, c. 3, de Purif. B. V.).
— Omnium coelestium thesaurorum dispensatrix largiflua pro suae complacentia voluntatis. (Id. ibid., s. 12, art. 2, c. 3, de Assumpt. B. V.).
— Nullus, nisi per Te, cui donum indulgeatur. (S. Germ. Const., serm. de Zona Vire/,, p. 379, éd. Migne).
(4) In Christo fuit plenitudo gratiae, sicut in Capite influente; in Maria sicut in collo transfundente. (S. Hier., serm. de Assumpt. B. 3L).
— Per Eam exivit de coelis ad nos, quidquid unquam gratiae venit in muudum (S. Antonin., Biblioth. Vlrg.. t. 2, p. 558).
— Nulla gratia venit de coelo ad terram, nisi transeat per manus Mariae.(S.BERN. apud S. Bernard. Sen., Pro Fest. V. M., s. 5, c. 8, de Nativ. B. T.).
(5) Per Te omnis gloria, honor et sanctitas, ab ipso primo Adamo et usque ad consummationem saeculi, apostolis, prophetis, justis et humilibus corde, sola Immaculatissima, derivata est, derivatur ac derivabitur, atque in Te gaudet, gratia plena, omnis creatura. (S. Ephrem., orat. 4, ad Deiparam, p. 532, graeco-lat., t. 3, éd. Assernani).
En effet qui peut s'y opposer? Ce n'est point l'immutabilité de Dieu, puisque la prière de Marie, pas plus que la nôtre, ne change la volonté divine. Au contraire, la prière de Marie est toujours en harmonie parfaite avec cette très sainte volonté ; elle l'accomplit sans y rien modifier.
Dira-t-on qu'en faisant ainsi de la prière de Marie la condition de tout bien, Dieu semblerait abdiquer entre ses mains, et se donner à Lui-même une Souveraine? Comment! Dieu abdiquer, quand c'est Lui qui règle tout!... Dieu perdre en partie son pouvoir, parce qu'il se sert d'un instrument ? Car, après tout, c'est à cela que revient la difficulté. La prière de Marie, quelque efficace quelle soit sur le Cœur de Jésus, n'est qu'une cause seconde; dira-t-on que Dieu abdique sa puissance, parce qu'il emploie ce genre de cause (1)? Sa lumière est-elle diminuée, sa fécondité amoindrie, parce qu'il nous éclaire par le soleil, et féconde par les sucs terrestres les germes des plantes?... C'est vrai, dans notre idée, Marie est plus qu'une cause seconde, particulière, elle est la cause seconde générale et par excellence. Est-ce là ce qui répugne à la puissance de Dieu? Quoi ! Dieu qui fait de Jésus le centre de toutes choses créés (2), le moteur premier de tout mouvement, Dieu ne pourrait faire de Marie le second centre, le second moteur, dépendant du premier et unique, comme Lui (3)?
Sera-t-il moins cause première, parce qu'il y aura une cause seconde, recevant de Lui et transmettant tous les mouvements qu'il veut transmettre? Sera-t-il moins source première, parce que, avant de se diviser en mille canaux, ses eaux jailliront par un canal unique?
Mais en tout Dieu cherche l'unité-, l'unité c'est la condition essentielle du beau, du vrai, de la vie même et de l'être.
(1) Deus.... vult rcrari a Virgine pro nobis ad majorem sui gloriam, et charitatis Virginis ostensionem, et ut secundura Ipsum B. Virgo a nobis honoretur. (Suarez, in 3. part., disp. 23, sect. 2, n. 4, t. 19, p. 334, éd. vives).
(2) Omnia in Ipso constant. (Colos., I, 17).
(3) Ordo gratiarum, in quo primus est Christus et B. Virgo, est idea et exemplair juxta rpiod Deus creavit et disposuit ordinem naturae totiusqua TJniversi. (Cornel. a Lap., in EccL, c. 24, v. 2).
La science ne se croit-elle pas à la veille de prouver cette vérité ? Encore un pas, et peut-être aura-t-elle démontré que les innombrables forces du monde physique ne sont pas autre chose que la matière en mouvement (1). L'astronomie fait entrevoir que les astres, semés comme une poussière dans l'immensité, tournent autour d'un centre unique, soleil gigantesque, astre-roi qui imprime tout mouvement à tout ce qui se meut (2).
Eh bien! répétons-le, dans le monde spirituel, oui, il y a aussi un Astre-Roi, un Soleil, Centre unique, Principe de toute vie, de toute grâce et de toute gloire (3): cet Astre, c'est Vous, ô Jésus! Vous, réunissant, récapitulant en Vous-même toutes choses (4), comme le point central réunit tous les rayons de la sphère.
Et là, au centre, dans ce point, d'où rayonne et où converge tout ce qui est, Marie nous apparaît revêtue, enveloppée de toute la splendeur de ce divin soleil (5); Elle est là, non par droit de nature comme Jésus, mais par une faveur toute gratuite, et cette faveur, pour être gratuite, n'en est pas moins glorieuse pour Elle (6). Aussi, de même que Dieu n'est pas moins le premier moteur, parce que ce soleil central entraine tout autour de lui, de même Jésus reste Roi suprême, Maître absolu, bien que par sa libéralité, Marie ait sur son Cœur adorable une toute-puissance d'intercession (7).
(1) Unité des forces physiques, parle P. Secchi, p. 691-692; et Introduction ,p.l7 '.
(2) Astronomie populaire, par F. Arago, mise au courant du progrés de la science par M. J.-A. Barral. Le centre commun des astres.
(3) Invisibilia Ipsius, a creatura mundi, per eu quae facta sunt, intellecta, conspiciuntur. (Rom., I. 20).
— Invisibilia videntur per res creatas in mundo, id est per spéculum. (Cornel. a Lap., com. ad Roman., I, 20).
— Rêvera quae videntur manifestae sunt imagines eorum quae non videntur. (S. Den. Areop., epist. 10, Joanni Theol. apost. et evang., t. 1, p. 1118, éd. Migne).
(4) Omnia in ipso constant. (Colos., I, 17).
(5) Signum magnum apparuit in coelo, mulier amicta Sole. (Apoc, XII, 1). - Mulierem hanc nonnulli dixerunt esse Domini Matrem.... Sed et sole stipatam fuisse possumus accipere, quod beata V rgo sole spirituali sive Christo operta fuerit. (arethas, Caesareae Capp. Episc, in Apoc, c. 33, p. 659, éd. Migne).
(6) Totus mundus describit quamdam intelligibilem sphaeram, cujus centrum est Films Pei, Jésus C'hristus, quoniam Ipse est sicut centrum in circulo, a quo exeunt omnes lin£ae, id est, universae creaturae, s:cut ostendit B. Pionysius, de divinis yominibus, c. 4. Et inter omnia mwissimum facit circulum B. V. Maria, quae per mentis devotionem arctius eum constrinxit, et inter beata viscera clausit et portavit, ut Ipsa sit jam facta quasi orbis. (S. Bern. Sen., Pro Fest. V. M., s. 1, art. 2, c. 2, de Xomine Mariaé).
(7) Ab omnipotente Filio omnipotens Mater est effecta. (Richar. a S. Laur., de Lawl. B. jjf., lib. 4, c. 29, p. 170).
N'allons pas, en effet, nous représenter Dieu d'une manière trop humaine; n'allons pas croire que Marie, étant, pour ainsi dire, toute puissante sur le Cœur de Jésus, si Dieu veut telle chose et Marie telle autre, c'est Marie qui l'emportera, Non, certes, ce n'est là ni ce qu'on veut dire, ni ce qu'on dit (1).
Il ne peut pas y avoir, entre Dieu et Marie, différence de volonté.
Si Dieu accorde à Marie ce qu'il a refusé à tout autre, ce n'est pas que, ayant eu la volonté de refuser d'abord, il a changé ensuite; nullement, mais il a eu, de toute éternité, l'intention d'accorder par Marie et par Elle seulement (2).
Si la prière de Marie a sur le Cœur de Jésus la toute-puissance dont nous parlons, c'est que Dieu l'a voulu ainsi, comme un roi qui voudrait que tout fût fait par la reine, sa mère.
Dira-f-on qu'un roi ne pourrait pas toujours donner à sa mère cette autorité? Je le veux bien, mais pourquoi? Parce que son autorité à lui-même n'est pas absolue, parce qu'il dépend de la constitution, des lois; Dieu dépend-il de quelque chose?
Allons plus loin, et montrons que cette toute-puissance d'intercession de Marie est une très grande gloire pour Dieu (3).
— Redundat ad Filium quod impenditur Matri; transit honor in Regem, qui defertur in famulatum Reginae. (S. Hildef., lib. de Virginlt. S. M., c. 12).
(1) Nulla fit in hoc injuria Christo; sed totum potius in Illius gloriam cedit.... nam quando Virgo in nomine Ejus petit, Eum pro nobis orat, et per Ipsum impetrat quidquid impetrat. (Suarez, in 3. part., disp. 23, sect. 2, n. 4, t. 19, p. 334, éd. Vives).
(2) Deus, quidquid boni dat creaturis suis, per manus Matris Virginis vult transire. (Rich. a S. Laur., de Laud. B. il/., lib. 2. c. 3, n'. 4, p. 60).
— Omnia bona, quae illic summa Majestas decrevit facere, tuis manibus voluit commendare. Commisi quippe sunt Tibi thesauri.... et ornamenta gratiarum. (S. Hildef., de Cor. Virr/., c. 15).
— Per Ipsam, et in Ipsa, et de Ipsa, et cum Ipsa totum hoc faciendum decernitur: ut sicut sine illo nihil factum (S. Joan., I, 3), ita sine Illa nihil refectum sit. Traditur epistola Gabrieli, in qua salutatio Virginis, Incarnatio Redemptoris, plenitudo gratiae, gloriae magnitudo, multitudo laetitiae continetur. (S. Petk. Dam., serm. in Anmint. B. V. M.).
— Per Te omnis gloria, honor et sanctitas, ab ipso primo Adamo et usque ad consummationem saeculi, Apostolis, Prophetis, justis et humilibus corde, sola [mmaculatissima, derïvata est, derivatur, ac derivabitur, atque in Te gaudet, gratia plena, omnis creatura. (S. Ephrem., orat. 4, ad Deiparam, graeco-lat., t. 3, p. 532, éd. Assemani).
(3) Quidquid omnes homines, et Ipsa Virgo a Deo obtinent, per mérita Christi obtinent; sic igitur per Virginis intercessionem non obscuratur, sed illustratur potius Christi gloria, quandoquidcm tota illa oratio Virginis Christo nititur. (Suarez, in 3. part., disp. 23, sect. 2, n. 4, t. 19, p. 334, éd. Vives).
En effet, la gloire de l'auteur, c'est la perfection de son œuvre. Voilà pourquoi Dieu est plus glorifié par la force incalculable de certains agents, qu'il ne l'est par la force moindre de certains autres.
Donc, c'est une gloire pour Lui, que, ne pouvant faire une créature très puissante par elle-même, il la fasse aussi puissante que possible par lui; Marie est cette créature privilégiée, et son intercession toute-puissante sur le Cœur de Jésus glorifie d'autant plus Dieu, qu'elle est plus réelle et plus étendue (1).
« Elle va si loin, cette intercession, dit S. Anselme, que sou- « vent on a plutôt obtenu de Jésus-Christ ce qu'on lui demande, « en sollicitant sa Très Sainte Mère, qu'en s'adressant directement « à lui-même. Je ne veux pas dire par là, que Marie l'emporte « sur son divin Fils, en grandeur et en puissance! Non évidem- « ment ; n'étant qu'une simple créature, sa puissance lui vient « tout entière de Dieu, et ce n'est que par lui qu'elle l'exerce. « Mais je n'en maintiens pas moins ce que j'avance; en voici la « raison : c'est que Jésus-Christ son Fils, étant le Seigneur par « excellence et le juge suprême de tous les hommes, discernant « les mérites de chacun et pesant les justices mêmes, ne saurait
(1) Sicut Ipsa Virgo per Christum orat, et sicut nos, cum Deum oraraus, per Christum petimus, ita cum oramus Virginera, non aliud petimus, quam ut Christum ipsum pro nobis oret, vel Deum per Christum, et ut nostram indignitatem et innrmitatem suppléât, et ita totum redundat in gloriam Christl. Atque eadem ratione totum cedit in divinam gloriam. (Suarez, in 3. part., disp. 23, sect. 3, n. 3, p. 336).
— Quia Dominus potentissimus Tecum est, ideo et Tu es potentissima secum, potentissima es per Ipsum, potentissima apud Ipsum, ita ut vere dicere possis illud Eccl , XXIV, 15: In Jérusalem potestas mea. (S. Bonav., in Spec. Virg., c. 8, p. 256, t. 14, éd. Vives).
— Voluit Deus, ut nerao salvetur nisi lpsa Maria consentiente, imo adjuvante et dirigente. (Cornel. a Lap., Com. in Prov., VIII, 22).
— Quaeramus gratiam, et per Mariam quaeramus. (S. Bern., de Aquaed., n. 8).
— Per Te, o Maria, tuum Filium, ac Deum nobis propitium invenimus propter indefessas intercessiones tuas apud Eum. (S. Ephr., orat. 6, ad Deiparam, graeco-lat., tom. 3, p. 537, éd. Assemani).
— Oratio Sanctorum non innititur, alicui rei ex parte sui, sed tantum misepeordiae ex parte Dei; oratio autem Virginis innititur gratiae Dei jure naturali et JBStitiae Evangelii. Nam Eilius non tantum tenetur audire Matrem, sed et obedire, juxta illud Apostoli: Filii, obedite parentibus vestrts, quod est etiam de jure naturae; et ideo oratio Deiparae erat nobilissimus modus orar.di, tum quia habebat rationem jussionis, et imperii, tum quia impossibile erat Eam non audiri. (Theol. Mariana a Virgilio Sedlmayr, n. 2084, p. 858).
« exaucer, aussi vite qu'on le voudrait, les requêtes qui lui sont « présentées; tandis que le pécheur, en invoquant sa Mère, « bien qu'il soit indigne de toute faveur, se verra bien ac- « cueilli, non par ses propres mérites, puisqu'il n'en possède « aucun, mais à cause de ceux de cette divine Mère qui plaide « pour lui (1). »
C'est aussi la pensée d'un pieux et savant auteur.
« Il en est plusieurs , dit-il , qui , selon le cours ordi- « naire, devraient être condamnés par la justice du Fils, sont « délivrés et sauvés par la miséricorde et la bonté de la « Mère (2). »
« 0 Marie, s'écrie Georges de Nicomédie, comme Mère de «Dieu, vous avez une confiance qui ne peut être trompée; « Vous êtes revêtue d'une puissance invincible et d'une force « inexpugnable. Je vous en conjure, que nos péchés sans nom- « bre n'arrêtent pas votre immense miséricorde, et que nos « actions mauvaises ne détournent point de nous les effets de « votre incomparable bonté ! Quelle que soit la multitude de «nos iniquités, elles seront facilement effacées, si vous le « voulez.
« Rien ne résiste à Votre puissance, rien ne s'oppose à « Votre volonté; tout plie sous votre empire; tout se soumet à « vos ordres ; tout obéit à votre commandement. Votre Fils vous « a fait asseoir au plus haut des cieux et vous a placée au dessus « de toutes les créatures; et il prouve le rang de distinction au- « quel il vous a élevée, par les merveilles qu'il opère en faveur « de ceux qui ont recours à votre maternelle protection. Vous « obtenez, sans aucun travail, toutes ces faveurs; vous n'avez « pas besoin d'intermédiaire pour parler à Dieu, votre Créateur; « Votre intercession le flatte et vos demandes lui sont agréables.
(1) Velocior est nonnunquam salus, memorato nomine ejus, quam invocato nomine Domini Jesu, unici Filii ejus. Et id quidem non ideo fit quod ipsa major aut potentior eo sit; nec enim ipse magnus aut potens est per eam, sed illa per ipsum. Quare ergo promptior salus in recordatione ejus, quam Filii sui, saepe percipitur? Dicam quid sentio: Filius ejus Dominus est et judex omnium, dicernens mérita singulorum, dum igitur ipse a quovis suo nomine invocatus non statim exaudit, profecto id justo judicio facit. Invocato autem nomine Matris suae, etsi mérita invocantis non merentur, mérita tumen Matris intercedunt ut exaudiatur. (S. Â.N8ELM. veL Kadmerts. lih. de Excellentia Virg. Mariae, c. G).
(2) Saepe quos justitia Filii potest damnare, Matris misericordia libérât. (Idiota, in Prolog, contemplât, de Virg. Mariae).
« Votre Fils se garde bien de vous faire éprouver un refus, car « ses intérêts sont tellement unis aux vôtres, qu'il tient vo- « tre gloire pour la sienne, et qu'il croit remplir un devoir et « s'acquitter d'une dette, lorsqu'il s'empresse d'exaucer vos prière res (1). »
(1) Habes ut Mater indeprecabilem, ac nesciam repulsae apud Filium fiduciam; habes insuperabilem potentiam, habes vim inexpugnabilem. Ne, rogo, multa nostra peccata immensam tuae miserationis vim superent: ne absona nostra opéra incomparabilem misericordiam tuam impedierint. Quanta enim libet multitudine delicta increverint, facile dissolventur, dum tantura ipsa velis. Nihil enim resistit tuae potentiae, nihil répugnât tuae virtuti: cedunt omnia jussioni tuae; universa morem gerunt praecipienti: imperanti omnia serviunt. Te Filius tuus coelis celsiorem. ac universis praeposuit creatis; tuaeque illi praelationi, ex iis quae mirabiliter operatur, fldem astruit. Nullus tibi labor ut haec consequaris: nullo pro his medio Deum Creatorem alloqueris: placet ei petitio; intercessio delectat; non récusât implere; quippe suam ipse, tuam existimat gloriata; eaque tanquam Filius exultans, postulata ceu debitor implet. (Georo. Metropol. Nicomed., Orat. VI, in SS. Dei Genitricis ingressum in templ., p. 1439, éd. Migne).