‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 25 sur 176 · MARIE C'OOPERATRICE A L ŒUVRE DE LA REDEMPTION · texte numérisé non relu

MARIE C'OOPERATRICE A L ŒUVRE DE LA REDEMPTION

Nous avons prouvé que Jésus-Christ est le seul Médiateur entre Dieu et les hommes, et notre unique Rédempteur (1); cependant, nous venons affirmer que Marie, sa Mère, est sa coopératriee, et qu'à ce titre, Elle mérite d'être appelée Notre-Dame du Sacré-Cœur.

Dieu, dans sa souveraine sagesse, a voulu, dit Saint Paul, que la Rédemption s'accomplît d'une manière semblable à celle dont la prévarication elle-même s'était opérée. Adam nous transmit la mort, c'est Jésus qui nous donnera la vie (2). « Une femme nous a perdus, une autre femme nous a sauvés », ajoute Saint Augustin (3); « Eve fut la cause de nos larmes, Marie sera celle de notre joie. (4) » La Très-Sainte Vierge est donc la nouvelle Eve, comme Jésus-Christ est le nouvel Adam. Nous pouvons dire alors

(1) Un us enim Deus, anus et mediator Dei et hominum, homo Christus Jésus. (I Tin,., II, 5).

— Justificati gratis per Redemptionem, quae est in Christo Jesu. (Rom., III, 24).

— Dédit (Christus) Redemptionem semetipsum pro omnibus. (I Tih>., II, 6).

— In quo (Filio) habemus redemptionem per sanguinem ejus, remisskmem peccatorum. [Eph., I, 7. — Col., I, 14).

— Factus est justitia, et sanctificatio, et redemptio. (I Cor., I, 30).

(2) Et sicut in Adam omnes moriuntur, ita et in Christo omnes vivifieabuntur. (I Cor., XV, 22. — Ib., 45).

(3) S. aug., de Symb. ad C athée, c. 3, n. 10 et serm. 194, n. 1 et 2, de Sanctis, éd. Migne.

(4) 8. EpiphaN., advers. Haeres., Lib. III, Uaeres. 78, n. 18.

qu'Elle a coopéré à la réparation, dans le même sens que noire première mère a coopéré à la chute originelle et d'une manière analogue.

En effet, quelle part Eve eut-elle dans notre déchéance? une part très réelle et très efficace, en poussant Adam à la prévarication (1). Sans doute, Adam pouvait pécher sans y être excité par Eve, sans qu'Eve elle-même péchât, mais il n'en est pas moins certain que son péché a été commis, parce que sa compagne l'y a poussé et le lui a fait commettre par ses sollicitations. Donc, ce péché peut être attribué tout entier, dans un degré inférieur toutefois, à Eve, puisque c'est à son instigation qu'il fut consommé, en même temps qu'il demeure tout entier et uniquement l'œuvre d'Adam qui l'a commis : C'est par un homme, dit l'Apôtre, que le péché est entré dans le monde et par le péché la mort (2). C'est sur lui seul que pèse toute la responsabilité de la faute (3), c'est lui seul qui en est la vraie cause, la cause totale, nécessaire (4).

Et cependant nous sommes en droit de dire, avec l'Eglise et les saints Docteurs, « que c'est la première femme qui nous a perdus, qui nous a rendus esclaves du démon et qui nous a fermé les portes du Ciel (5). » Elle fut d'autant plus coupable qu'elle connaissait d'avance, et de la manière la plus certaine, les tristes conséquences de cette désobéissance à laquelle elle poussait son époux (6).

Il est donc avéré qu'elle a voulu notre perte, non pas directement, à la vérité, mais suffisament pour qu'il soit vrai d'affir-

(1) Gènes., III, G.

— Si vir cecidit per feminam, jam non erigitur nisi per feminam. (S. P.ern. serai. 2, super Missus est, n. 3).

(2) Propterea, sicut per unura hominera peccatum in hune mundum intravit, et per peccatum mors, et ita in omnes homines mors pertransiit, in quo omne-j peccaverunt. (Rom., V, 12).

(3) Caput mulieris, vir. (I Cor., XI, 3).

(4) Gènes., III, 17 et sequent.

— In quo omnes peccaverunt (Rom., V, 12).

(5) Sciebat enim Deus aeternaliter, quod quaedam mulier erat futura, scilicet Eva, quae esset initium et causa omnis mali; quia ipsa primo peccavit: « A mitliere initium factura est peccati, et per illam omnes morimur. » (Eccli., XXV, 33). Kx ista ratione proposuit Deus creare unam mulierem, scilicet Virginem Mariam, quae esset causa totius boni et initium. Deus sine muliere potuisset redimere et salvare hominem. (S. Vincenth Ferrerii, serm. IV, de Concept. V. M., t. 2, p. 12, éd. 1729).

(6) Gènes., III, 15 et sequent.

mer qu'elle l'a voulue. Aussi la ruine du genre humain lui est-elle imputable; et nous pouvons affirmer, sans exagération, qu'elle nous a légué la mort au lieu de la vie (1), et qu'elle a attiré sur nous la malédiction de Dieu, bien qu'Adam soit l'unique auteur de la transgression.

De même, pour la Rédemption, elle a été opérée par Jésus- Christ seul, qui est la cause véritable, la cause totale, nécessaire et pleinement suffisante, abondante même de toute notre justification et de tout notre salut (2). Bien que les mérites de Marie n'ajoutent rien à la valeur du sacrifice de son divin Fils, puisqu'il est infini, il n'est pas moins vrai de dire qu'Elle a coopéré à la Rédemption. Elle y a coopéré de la même manière et dans le même sens que nous l'avons dit pour Eve, par rapport à la prévarication; et si l'Église affirme que la première femme nous a donné la mort, elle dit aussi que la seconde nous a donné la vie. Comment cela? se demande Saint Thomas. « Par sa participation « aux grands mystères de notre régénération. Il fallait, dit ce « grand Docteur qui résume tous les théologiens qui l'ont pré- « cédé, il fallait le consentement de la nouvelle Eve à l'incarna- « tion du Verbe, afin que la rédemption du genre humain eût « son principe dans l'adhésion qu'une femme donnerait à la pro- « position de l'Ange, qui venait la saluer de la part de Dieu « comme la ruine de ce même genre humain avait eu son prin- « cipe dans le consentement qu'une autre femme avait donné à « la suggestion de l'Ange tentateur (3). »

Saint Bernard et Saint Augustin tiennent le même langage (4). Si Dieu, dans ses desseins impénétrables, a voulu que notre salut dépendit de la volonté de Marie, le consentement qu'Elle y donna est, donc une coopération très réelle à la Rédemption et aux

(1) Pep illam omnes morimur. (Eccl., XXV, 33).

(2) Si enim, eu m inimici essemus, reconciliati sumus Deo per mortem Filii ejus: multo magis reconciliati, salvi erimus in vita ipsius. {Rom., V, 10).

(3) S. Thom., in, q. 30, a. 1 et 2.

(4) S. Bern., super Missus, homil. 4, n. 6.

— S. Auc, serm. 194, de Sanctls, n. 3, éd. Migne.

— Quod damnavit Eva, salvavit Maria. (Innoc. III, serm. 2, de Assumpt. B. M.).

fruits qui en découlent, quoique cette Rédemption elle-même demeure, uniquement et entièrement, l'œuvre de Jésus-Christ.

« Mais, dira-t-on, était-il convenable que Dieu fit dépendre l'incarnation de son Fils et son sacrifice sur la croix de Celle qui serait choisie pour être sa Mère? Et si Elle eût refusé son consentement, comme Elle le pouvait, puisqu'Elle était libre d'acquiescer ou non, que serait-il donc arrivé? Le dessein de Dieu n'aurait donc pas eu son accomplissement? Pouvait-il convenir à sa souveraine Majesté de subordonner de la sorte, à une volonté humaine, une œuvre qui était, par-dessus tout, dans ses intentions miséricordieuses, tant pour sa propre gloire que pour le bonheur de ses créatures? » Oui, répondent les Saints Docteurs, il était convenable que Dieu agît ainsi; car il voulait que la rédemption s'opérât de la même manière qu'avait eu lieu la prévarication (1). De même qu'Eve avait, par son conseil, formellement coopéré à la désobéissance d'Adam, et, par cela même, rempli le monde de maux incalculables, ainsi Marie, nouvelle Eve, devait, par le consentement qu'Elle donnerait à l'immolation de Jésus-Christ, coopérer formellement à la Rédemption qu'il opérerait, et par là, ouvrir uue source divine d'abondantes bénédictions (2). »

« Il était convenable, dit saint Bernard, que les deux sexes « qui composent la nature humaine, après avoir concouru à la « prévarication, eussent aussi leur part réciproque à la réparation, « bien qu'il suffît, pour que nous fussions rachetés, que le Christ « opérât notre salut, puisque tout le mérite de la justification « vient de Lui (3). »

Dieu n'avait point à craindre que l'œuvre de notre justifi-

(1) Sicut in Adam omnes moriuntur, ita et in Christo omnes vivificabuntur. (I Cor., XV, 22).

(2) Per mulierem mala oriuntur, per mulierem bona scaturiunt. (S. Chrysost., in Annunt. B. V., t. 2, p. 795, éd. Migne).

— Si vir cecidit per leminam, jara non erigitur nisi per feminara. (S. Dern., serm. 2, super Missus est, n. 3).

— Quod damnavit Eva, salvavit Maria. (Innoc. III, serm. 2, de Assumpt. B. il/.).

— Sicut Eva inobediens facta, et sibi, et universo generi humano causa facta est mortis: sic et Maria Virgo obediens, et sibi, et universo generi humano causa facta est salutis. (S. Iren. Ep., Lugd., contra Haeres , lib. 3, c. 22, n. 4, p. 959, éd. Migne).

(3) Et quidem sufficere poterat Christus; siquidem omuis sufficientia nostra ex ipso est. Congruum magis ut adesset nostrae reparationis sexus uterque. (S.Bern., ex serm. de 12 Stellits, n. 1).

cation manquât, en la mettant ainsi entre les mains de la Vierge Immaculée. Marie, étant la plus parfaite des créatures, ne pouvait vouloir autre chose que ce que Dieu voulait; penser autrement serait un blasphème (1).

De plus, nous savons que Dieu, par l'efficacité de sa grâce, sans faire la moindre violence, sans porter la moindre atteinte à la liberté de sa créature, et même précisément en rendant cette liberté plus parfaite et plus semblable à la sienne, peut l'amener, sans la contraindre, à vouloir ce qu'il veut. Tous les théologiens sont d'accord sur ce point. C'est donc de la volonté parfaitement libre de Marie que sortit la Rédemption, lorsque cette divine Vierge acquiesça au mystère de l'Incarnation, qui lui était proposé par l'Ange. « Versée, comme Elle l'était, dans la connaissance « des saintes Écritures, dont Elle avait l'intelligence parfaite (2), « dit Albert le Grand, Elle savait que le Sauveur promis à la « terre répandrait son sang pour le salut de tous les hommes, au « milieu des supplices les plus affreux. » A ce titre encore, il était juste qu'Elle ne fut pas vouée malgré Elle, et assujettie, sans y avoir préalablement consenti, à la souffrance la plus indicible, au martyre le plus cruel qu'une mère puisse jamais éprouver, en assistant à l'immolation de son propre fils (3). Et puisque c'est Marie qui, par son consentement, nous a valu le Sauveur, nous Lui devons donc notre salut, et c'est pour cela que nous la nommons Notre-Danie. Oui; mais nous n'en sommes pas moins redevables à Notre-Seigneur qui nous a rachetés, au prix de son sang, et à la charité du Père Céleste qui, dans l'excès de son amour, nous a donné son propre Fils (4).

On nous dira, peut-être : « Mais, si c'est Marie qui nous a « procuré le salut, Elle n'a pas eu besoin de la Rédemption; ou « si la Rédemption Lui a été nécessaire, Elle ne saurait être alors « (oopératrice à cette œuvre de régénération! »

L'auguste Vierge, en prévision de la mort de Jésus-Christ, a été rachetée par anticipation, et elle doit aux seuls mérites de son Fils le privilège insigne de son Immaculée Conception, sa

(1) Voir le chapitre XI de cet ouvrage, p. 179 et suiv., n. 3.

(2) iiaec comprehendit perfectam cognitionem scripturarum. (abert. Maon., Miss., q. 149).

t3) S. Bern. Sen., Pro Fest. V. M., «. S. art. 2, c. 1, de roux. Yirg. (4) Sic enim Deus dilexit niundum, ttt Filium suum uni^enitum daret. (JOAN., III, 16).

sainteté surérainente, les grâces prodigieuses dont elle a été comblée et la gloire incomparable dont elle jouit dans le ciel : c'est un dogme de notre foi (1).

Mais il n'est pas moins certain qu'elle a coopéré, par son consentement, à l'Incarnation du Verbe et à la Rédemption (2). Aussi l'Eglise l'appelle-t-elle la cause de notre joie (3) comme elle appelle Eve la cause de notre tristesse (4).

La voyez-vous dans le Temple, au jour de la Présentation? Un enfant est dans ses bras. C'est le sien ! c'est sa propriété, son trésor; c'est la chair de sa cîiair, l'os de ses os. Elle l'offre spontanément, généreusement, librement, comme une victime qui doit un jour être immolée pour le salut du monde (5).

C'est pour cela que Dieu le Père Le lui a donné. Aussi en fait-Elle volontairement le sacrifice pour nous témoigner son amour. Sans doute l'Enfant-Dieu se présente Lui-même: Ecce venio (6), et de Lui-même à la divine Majesté, pour servir de propitiation pour les péchés des hommes (7). Semetipsicm obtulit (8), oUatus est quia Ipse voluit (9), mais, en même temps, Il est pré-

(1) Omnes norunt, quantopere solliciti fuerint Sacrorum Antistites. ..profiter i sanctissimam Dei Genitricem Virginem Mariam, ob praevisa Christ i Rederaptoris mérita, uunquam originali subjacuisse peccato, et idcirco sublimiori modo re- Oemptam. (Pius IX, Bul. ineffab.).

(2) Cooperatrix nostrae salutis. (S. Bern. Senens., Pro fest. V. M., s. 8, de Consens. Yirg.).

— Cooperatrix Redemptionis sive Incarnationis. (Idem, ibid.).

— Cooperatrix voluntaria, atque prompta mysterii Incarnationis. (Idem, ibid.).

— Cooperatrix Filio suo in Redemptione humana, et ruina angelorum reparution.'. (Claud. Rapin. Coelestin).

(3) Causa nostrae laetitiae. (Litan. Lartret.).

(4) Per illam (Evam) omnes morimur. (Eccl., XXV, 33).

— Eva, quae esset initium et causa omnis mali. (S. Vincent. Ferr., serai, i, jje Concept. V. M., t. 2, p. 12, édit. 1729).

(5) Hic Maria dilexit mundum, ut. Filium suum unigenitum daret pro sain'*' umndi. (Rie. a S. Laur., de laud. B. M. V., lib. 4, c. 18, p. 131).

((i) Heb., X, T.

(1) Heb., IX, 28.

(8) Heb., IX, 14.

(9) Isai., LUI, 7.

sënté par sa Mère, comme un bien qui est à Elle, et mis par Elle à la disposition de la souveraine Justice, pour le salut et la rédemption de tous; Ipsum offert DOMINO (1).

Elle le rachète, 'il est vrai. Ce n'est pas pour Elle seulement, mais pour le monde entier, afin qu'Elle en ait la garde et la possession, jusqu'à ce que vienne le temps de l'immolation et qu'Elle acquière de nouveaux droits sur tous ses biens (2).

Enfin l'heure vient de sonner ! La croix se dresse sur le Calvain1, Jésus-Christ y sera Victime et Prêtre tout à la fois. Victime, puisque c'est Lui-même qui est immolé ; Prêtre, puisque suivant sa parole, c'est de Lui-même et par sa libre volonté qu'il abandonne la vie (3). Les juges et les bourreaux ne sont que les instruments de son sacrifice qui est vraiment offert et accompli par Lui.

Eh bien, Marie partagera avec son Fils cette double qualité de Prêtre et de Victime, nous disent les saints Docteurs.

« Le Père Céleste m'a donné un Fils pour le salut du monde, « dit-Elle par la bouche de Saint Bernardin de Sienne, et moi, « je Le donne à mon tour.... Je Le donne, sachant tout le prix « du don que je fais. Je Le donne par amour pour les hommes, « pour qu'ils soient délivrés de leurs péchés et rendus partici- « pants des biens éternels. Et de plus je m'offre avec Lui (4). »

(1) Postqnam igitur ad altare ventum est, virgo sacra, genibus flexis, divino infiammata Spiritu plus quam Seraphim, Filium manibus tenens, ipsum offert Domino, munus et oblationem acceptabilem Deo, in hune modum orans: « Suscipe, « Pater omnipotens, suscipe oblationem liane, quam tibi offero pro toto orbe, an- •< cilla tua: suscipe communem Filium, tuum ab aeterno, meum ex tempore. Gra- « tias tibi immensas, quia sic nie sublimare dignatus es, ut sim mater, cuius tu « es pater. Suscipe nunç de manibus ancillae tuae sacrosanctum hoc sacrificium t> matutinum, Tibi quondam in crucis brachiis offerendum in sacrificium vesper- « tinum. Respire, Pater piissimé, quod offero tt attende pro quo offero. » (S. Thom. a Villanov., serm. de Purif. Virg., p. G12).

(2) Statutum est, veluti decreto, ut o?nrais primogenitus venderetur, (Exod.,13) ut ciiin ille primogenitus nasceretur, ipse quoque emeretur a matre, non sibi soli sed mundo, et per hanc ejus emptionem, in omnia lllius opéra actionem sortiretvr et jus. (S. Thom. a Vu.lanov., serm. de Purifie. Virg., p. 614).

(3) Ego pono animam meam.... Nemo tollit eara a me. (S. Joax., X, 17 et 18).

(4) Novi quid dono; novi quid facio; novi pro quibus dono: pro dilectis filiis jneis illuin offero.... Nec solum Filium meum, sed meipsam super hoc donum dono; atque ipsorum Advocatam, Genitricem, Tutricem, Excusatricem, et ab omnibus hi>s-

Voilà pourquoi Elle se tenait debout au pied de la Croix, s'associant librement à l'œuvre de la Rédemption et s'unissant à la divine Victime, par l'union parfaite de sa volonté, et s'immolant avec Elle (1).

Ainsi donc, lorsque Marie acquiesçait à la proposition de l'Ange, Elle savait très bien qu'Elle serait la Mère de Celui qui devait être holocauste pour le péché (2), la Mère d'une Victime de naissance et de prédestination; Elle savait très bien que la Croix serait la consommation d'un sacrifice commencé à la crèche. Elle l'a voulu ce sacrifice, non-seulement pour tous les hommes en général, mais pour chacun d'eux en particulier: autre caractère qui augmente encore le mérite de la coopération de Marie, et qui doit exciter en nous une plus grande reconnaissance.

Adam et Eve, en commettant le péché, n'ont pas voulu d'une manière directe et explicite la perte du genre humain. Ce qu'ils cherchaient, c'était leur satisfaction personnelle, mais cela n'em-

tibus defensatricem, nec non et thesaurorum Filii mei dispensatricem, charitate inviolabili repromitto. (S Bern. Senens., Pro Fest. V. M., s. 9, a. 2, c. 3, de Purif. B. V.).

— Imo certe in cruce cum Filio, ibi crucifixa eras secum. (S. Bonav., in Stimulo amoris, p. 1, c. 3, t. 12, p. 638, éd. Vives).

(1) Non decet igitur eum esse solum, sed me (Mariam) matrem suam secum juxta eum datam sibi in adjutorium in Redemptione per compassionem maximam. (S. Anton. Florent., Biblioth. Vlrg., t. 2, p. 681).

— Maria consors Passionis, Adjutrix facta est Redemptionis et Mater regenerationis. (Alb. Mac, super Missus est, c. 54).

— Dividunt coram Pâtre inter se Mater et Filius pietatis officia, et miris allegationibus muniunt Redemptionis humanae negotium, et condunt inter se reconciliationis nostrae inviolabile testamentum. Maria Christo se spiritu immolât et pro mundi salute obsecrat, Filius impetrat, Pater condonat.... Movebat enim Eum Matris affectio, et omnino tune erat una Christi et Marine voluntas, unumque holocaustum ambo pariter otterebant Deo: haec in sanguine cordis, lue in sanguine carnis.... In tabernaculo illo, duo videres altaria: aliud in pectore Mariae, aliud in corpore Christi. Christus carnem, Maria immolabat animam. Optabat quidem ipsa, ?d sanguinem animae, et carnis suae addere sanguinem. Sed hoc solius summi Sacfrdotis privilegium erat, ut de sanguine munus intra Sancta inferret.. . Coopefabatur tamen plurimùm secundum modum suum, ad propitiandum Deum ille Matris affectus; cum, tam propria quam matris vota, caritas Christi perferret ad Patrem; cum quod Mater peteret, Filius approbaret, Pater donaret.... Matre supplicante, Filio interpellante, Pâtre propitiante. (Arnoldus Carnutensis, abbas Bonaevallis, Ili/ilioth. Patr., t. 22, p. 1281, de Laitd. Mar., et p. 1268, de septe»i verbis Domini).

(2) Heb., X, 6.

pèche pas qu'ils ne soient responsables du désastre, qui est résulté de leur faute. Cependant, on comprend que, n'ayant voulu cette faute qu'implicitement et indirectement, la cause de notre déchéance est de moindre valeur que s'ils eussent agi autrement. Mais il n'en est pas ainsi du Rédempteur ni de la Coopératrice à la Rédemption. Notre-Seigneur a voulu, d'une manière explicite et formelle, l'œuvre de notre salut, et c'est dans cette vue et à cette intention qu'il s'est incarné et qu'il s'est offert comme victime; et par conséquent II est l'auteur de notre rédemption beaucoup plus et beaucoup mieux qu'Adam ne l'est de notre prévarication (1). Et de même, Marie, en consentant au grand mystère de la Croix, l'a voulu directement et explicitement, et c'est bien dans l'intention formelle que nos âmes soient rachetées, qu'Elle a embrassé le sacrifice par lequel elles devaient l'être. Elle aussi est donc la Coopératrice de notre rédemption, bien plus et bien mieux qu'Eve ne le fût de notre déchéance.

Mais ce n'est pas assez ; Notre-Seigneur ne s'est pas contenté de vouloir notre salut d'une manière directe et explicite, Il l'a voulu de cette même volonté pour chacun de nous en particulier, tout aussi spécialement que si chacun de nous en particulier eût été seul à racheter et à sauver: en sorte que tout homme a le droit de s'écrier comme Saint Paul: « Le Fils de Dieu m'a aimé et II s'est livré spécialement pour moi (2). »

Tous les Théologiens admettent, en effet, que, dès le moment de son Incarnation, Notre-Seigneur a eu, non pas seulement en tant que Dieu et dans son intelligence divine, mais aussi en tant qu'homme et dans son intelligence humaine, la parfaite connaissance de toutes les créatures. Ce n'est donc pas seulement de tous les hommes en général qu'il a voulu la rédemption d'une volonté expresse et formelle, mais aussi de chacun en particulier. — Il n'en est pas de même d'Adam pour la prévarication; on ne peut pas dire qu'il a voulu la perte de chacun en particulier, puisqu'il

(1) Ubi autcm abundavit delictum, superabundavit gratia. {Rom., V, 20).

(2) Qui dilexit me, et tradidit semetipsum pro nie. (Gai., il, 20). — Tradidit semetipsum pro nobis oblutionem. (Eph., V, 2).

n'avait pas la connaissance distincte de chacun des hommes qui devaient naître de lui jusqu'à la fin des temps. Nous pouvons dire la même chose d'Eve.

Mais à l'égard de Marie il n'en est pas ainsi. Ayant trouvé jusqu'ici une conformité parfaite entre le Fils comme Rédemp~ leur et la Mère comme Coopératrice sur tous les autres points, il ne saurait y avoir de différence sur celui-ci. — Et nous pouvons dire que la Très Sainte Vierge a voulu l'Incarnation et la Rédemption, non-seulement pour tous les hommes en général, mais encore pour chacun d'eux en particulier et qu'Elle avait, Elle aussi, par un don spécial de Dieu, la connaissance claire et distincte de chacun d'eux (1). Ce privilège, qui n'ôte absolument rien à la médiation souveraine du Sauveur, et qui n'en diminue en aucune manière ni la nécessité, ni l'excellence, ni le prix, perfectionne, au contraire, la coopération de Marie dans l'œuvre de notre salut. Car il est évident que cette coopération, ainsi 'comprise, est bien plus parfaite que celle où l'auguste Vierge n'aurait voulu le salut de tous les hommes que d'une manière générale, et Lui procure, par cela même, beaucoup plus de gloire. C'est le sentiment des Saints Pères et des théologiens qui ont traité cette question. L'un d'eux s'écrie: «Oui, la Mère du Ré- « dempteur a connu tous les hommes de l'avenir et ceux du «passé; et c'est en appliquant ses mérites spécialement à quel- « ques-uns, qu'Elle leur a obtenu des grâces efficaces, les méri- « tes et la gloire (2). »

« La glorieuse Vierge, dit Saint Bernardin de Sienne, au « premier jour de l'Incarnation, par un privilège spécial, eut qua- « tre connaissances: Elle connut d'abord toutes les créatures matérielles, dont Elle avait une parfaite intelligence; en second «lieu tous les hommes, les justes et les pécheurs; ensuite tous « les esprits célestes, tous sans exception; enfin Jésus-Christ, vrai « Dieu et vrai homme. Car il était juste que la glorieuse et sainte « Mère de Dieu eût la connaissance de toutes les sciences et de « tous les êtres, tant du monde visible que du monde invisible (3).»

(1) Le p. de Rhodes, Throlopie dogmatique, t. 2, p. 266.

(2) Osten.su m est B. Virginem intueri in Verbo quae hic geruntur apud no?.... certissimum est Mariam res nostras agnoscer3. (Suarez, in 3 part., disp. 23, sect. 2, n. 4, t. 19, p. 334, éd. Vives). - Voir la p. 84 de cet ouvrage.

(3, Virgo gloriosa habuit etiam quatuor cognitiones, dum Dei Filium haberet

Et Albert le Grand affirme, lui aussi, « que Marie, en vertu « d'un don particulier, eut la connaissance parfaite des hommes « et des choses, des Anges et de Dieu, autant que Dieu puisse la « donner à une simple créature; rien ne lui est demeuré inconnu « de tout ce qui a été, de tout ce qui sera jusqu'à la consom- « mation des temps (1). »

Richard de Saint-Laurent, Saint Thomas de Villeneuve, Saint Antonin de Florence, et beaucoup d'autres encore, tiennent le même langage (2).

« Il devait en être ainsi, ajoute un auteur aussi distingué par

in utero. Prima, quia habuit cognitionem totius creaturae irrationabilis creatae. quia sciebat, cognoscebat et intelligebat omnes creaturas irrationabiles : secunda, quia habuit cognitionem totius creaturae formatae, quia sciebat et cognoscebat justos et peccatores: tertia cognitio fuit, quia cognoscebat. sciebat et intelligebat omnes intelligentias, et habuit cognitionem omnem spirituum. Quarta cognitio, quia cognovit verum Deum et verum hominem, quia in ipsa gloriosa et pia Matre Dei fuit cognitio omnium scientiarum et rerum atque naturae creatae et increatae. (S. Bern. Senex., Pro Fest. V. M., s. 11, art. 1, de Purif. B. Y).

(1) Beata Virgo in cognitione sua plura habuit privilégia. Primum est, perfecta cognitio Trinitatis Dei sine medio, quam habuit in via per specialissimam tiam. Secundum est. perfecta cognitio mysterii Incarnationis, et hanc habuit per gratiam et singularem experientiam. Tertium est, cognitio suae praedestinationis, quam habuit per revelationem et causam. Quartum est, animae suae et spirituum per proprias species cognitio, quam habuit dispositive per naturam, complective per gratiam, et secundum hanc vidit Angelos, et animas, et daemones. Quintum est, perfecta cognitio omnium ad statum viae pertinentium, quam habuit per gratiae infusionem et inspirationem, et haec comprehendit perfectam cognitionem scripturarum, operandorum, et contemplandorum. Sextum est, cognitio circa se futurorum, quam habuit per revelationem, et in speculo lectionum. Septimum est, omnium ad statum patriae pertinentium cognitio quam habuit per contemplationis revelationem. Octavum est, omnium creaturarum stantium cognitio, quam habuit per naturam, et gratiam, et contemplationem. Nonum est, quod habuit matutinam et vespertinam cognitionem: matutinam per gratiam. vespertinam per naturam et gratiam. Decimum est, conclusio ex praedictis omnibus, quod nullius proprie habuit ignorantiam. Unde, objecta solventes, dicimus: quod Beatissima Virgo sufficienter perfecta fuit per habitum naturae et gratiae, potens in operationes exire et flnem consequi cujuslibet scientiae; et haec scientia exivit in actum et operationem, quando, ubi, qu aliter et quantum ordinabatur sibi in beatitudinem, et aliis in salutem.... Ex bis maniiVstum est, quod Beatissima Domina habuerit universitatem gratiarum gratuitarum, et gratis datarum: quod omnilarie credimus esse verum. (Alb. Mag., super Mtssus, q. 149 et 160).

— De necessaria consequtntiâ oportet dicere et tenere quod nullius rei ignorantiam, sed plenam scientiam et cognitionem habuerit omnium scibilium et co-

scibilium. (Encei.bertus, abbas admontex., de gratiis et vïrtutib. B. M. Y. pars 3, c. 43. Anerdot. Perli, t. 1, col. 682).

(2) Richard, a S. Laos., de Laud. B. M. Y., lib. 4, c. 30. p. 149.

— s. Tiiom. a Villanov., de Nativ. V. AT., conc. 3, p. 573-.">74.

— S. antoninus Plobent., Bi/>n>.rii. virginal., t. 2, p. 473 et 696.

— r.i.iuchellius, ordinis praedicaiorum, in Ave Maria, excitât. VIII, p. 247 et seq., in fol., éd. 1680.

« sa science que par sa vertu, puisque Dieu a établi Marie la « Mère spirituelle de tous les hommes, Il a du Lui donner, non- « seulement la connaissance distincte de tous ses enfants, mais « l'intelligence des besoins et des péchés de chacun d'eux, afin « qu'Elle puisse les secourir (1). »

0 Marie ! quelle reconnaissance ne Vous dois-je pas ! qu'il m'est doux de penser qu'en donnant Votre consentement à la Rédemption, Vous le donniez pour moi en particulier, aussi spécialement que si j'eusse été seul à être racheté et sauvé ! — Vous avez vu, ô ma divine Mère, ma pauvre âme enfoncée dans l'abîme du péché et de la damnation, Vous en avez eu pitié, et Vous avez dit à Dieu: «Pour que cette àme soit sanctifiée, je Vous offre mon Fils et j'embrasse avec Lui toutes les humiliations de sa vie et toutes les douleurs du Calvaire. » Oh ! soyez mille et mille fois bénie, Vierge Sainte ! Et faites que je puisse vous bénir encore pendant toute l'éternité!...

Notre réconciliation est donc opérée par les seuls mérites de la Passion et de la mort du Sauveur, mais avec la coopération de Marie ; nos âmes vivront désormais d'une vie surnaturelle et divine. Mais qui nous mettra en possession de cette vie surnaturelle et divine que nous procure l'immolation du Calvaire? L'Esprit-Saint, qui nous sera envoyé par Jésus-Christ pour habiter substantiellement en nous. Par Lui la grâce nous sera communiquée, et alors nos âmes seront réellement vivifiées (2). Mais

(1) Collige primo omui cum probabilitate affirmari posse beatam Virginem de peccatis uniuscu jusque nostrum doluisse et pro Mis lacrymas effudisse. Cum enim haec de statu futuro Ecclesiae fuerit per divinam revelationem instructa, consequenter etiam omnium et slngulorum hominum, tum praesentium et futurori',n, peccata cognovit. Quod etiam verisimilius est quod talis notitia videbatur illi ratione status débita. Erat enim Mater spiritualis omnium nostrum: « Fiât (inquit D. Augustinus, de sancta virginitaté) Mater spiritu non capitis nostri, sed plane mater membrorum ejus, quod nos sumus; quia cooperata est oharitate kuâ, ut omnes fidèles in Ecclesiâ nascerentur. » Par autem est, ut miseriae sin-

,,> filiorum matri innotescant, ut illis compati et pro viribus succurrere valeat. {De eminentiâ B. Virginia Marine, a .t. B. Novati, c. 5, q. 21, p. 180-181. t. 2, éd. 1637).

(2) Spiritus est qui vivifient. (S. Joan., VI, 64).

— In nationes gratia Spiritus Sancti diffusa est. (Art., X. ['>).

— CharitasDei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum Sanctum.(.Rom.,V,5).

cette application des mérites de la mort du Sauveur ne se fera pour chacun des hommes, dit Saint Antonin, que dans la succession des temps (1), par le ministère de Marie, au moyen des sacrements (2). Or cette application réelle ne doit commencer qu'après l'Ascension de Jésus-Christ, lorsque Lui-même, étant assis à la droite de son Père, enverra l'Esprit de Vérité pour opérer ces merveilles, selon la promesse qu'il en a faite à ses Apôtres (3). Voilà, en effet, que la Pentecôte arrive! Le Ciel s'ouvre pour laisser descendre l'Esprit-Saint; il s'ouvre pour ne plus se refermer jusqu'à la consommation des siècles: il s'ouvre, et le fruit du sacrifice, accompli sur le Calvaire et offert en même temps par le Rédempteur et sa divine Mère, est enfin donné aux enfants d'Adam et continuera à leur être donné sans interruption jusqu'à la fin.

O jour mille fois béni, où une nouvelle et véritable création s'opère, la création de la vie divine dans les âmes! Par cette création, les âmes deviennent le temple vivant du Saint-Esprit (4); elles sont tellement possédées par Lui, et, à leur four, elles le possèdent tellement, qu'elles sont réellement divinisées, rendues participantes de la nature même de Dieu (5) !

Mais quelle part aura Marie, dans cette donation actuelle de l'Esprit-Saint, qui complète la Rédemption en ce qu'elle en est le fruit? Il fallait, pour que ce divin Esprit fut donné, que Notre-Seigneur fût remonté au Ciel, offrit ses mérites à la divine Majesté et commençât cet office d'intercession souveraine qui doit durer, suivant l'Apôtre, jusqu'à la consommation des siècles (6). Mais il fallait aussi la demande de la Très Sainte Vierge, pour que Jésus-Christ intercédât (7).

(1) KhniU quantum ad virtutem causae, non simul quantum ad esse, sed diversis temporibus, quantum ad applicationem effectus ipsius passiouis. (S. Anton. ! i. <>k.. Bih. virginal., t. 2, p. 517).

(2) Omnis nempe £.rratia, quae huic saeculo communicatur, triplicem habet processum. Nain a Deo in Christum, a Christo in Virginem, a Virgine in nos ordinatissime dispensatur. (S. Bernard. Sen., Pro Fest. V. M., serm. 6, art. 1, c. 2, in Annunt. B. !'.).

(3) S. Juan., XIV, 16-26 et XVI, 7-13.

(4) I Cor., III, 16 et VI, 19. — II Cor., VI, 16.

(5) Per quem maxima, et pretiosa nobis promissa donavit: ut per haec efticiaraini d.vinae consortes naturae. (II Petr., I, 4).

(6) Semper vivons ad interpellandum pro nobis. (Haebr., vil, 25).

(7) Cum quod Mater peteret, Filius approbaret, Pater donaret... Matre supplicante, Filio interpellante, Pâtre propitiante. (arnoldus Carxutensis, abbas Bonaevallis, Biblioth. Patr., t. 22, p. 1268, De septem verbis Domini).

« C'est si vrai, s'écrie saint Vincent Ferrier, que les Apôtres, « rassemblés dans le cénacle, dirent à Marie: « 0 Vierge bénie ! « priez, Vous aussi, car nous savons que votre Fils Vous exau- « cera sans retard. » Alors la Mère de Dieu se mit à genoux, et « s'écria: Envoyez votre divin Esprit, et avec Lui les vertus et « les perfections, et tout sera créé, et Vous renouvellerez la « face de la terre, par la prédication. Et aussitôt un grand bruit « venant du Ciel se fit entendre; ce fut comme la réponse à la « prière de l'auguste Vierge. Et l'Esprit-Saint, remplissant la mai- « son tout entière, se communiqua, sous la forme de langues de « feu, à tous les assistants, qui se mirent à parler un langage « tout nouveau (1). »

« Mais par qui se fit cette communication? se demande Saint II- « dephonse. Par Marie !... Oui, c'est Elle, ajoute-t-il, et nous le « croyons sans hésiter, oui, c'est Elle qui reçut, pour les Apôtres, « cette grâce de l'Esprit-Saint, qu'Elle possédait dans sa plénitude, « depuis la conception même du Christ (2). » Aussi Saint Pierre Damien affîrme-t-il, avec Saint Thomas de Villeneuve, « qu'au « jour de la Pentecôte toute la plénitude des grâces de l'Esprit- « Saint fut d'abord donnée à Marie, et ensuite communiquée aux « autres par partie (3) » — « Il devait en être ainsi, puisqu'en « devenant Mère de Dieu, dit saint Bernardin de Sienne, Marie « obtint une certaine juridiction sur toute procession temporelle « de l'Esprit-Saint, en sorte qu'Elle distribue tous les dons, toutes

(1) Et dixerunt Apostoli Virgini Mariae: « Virgo benedicta, vos etiam oretis, quia statim audiet vos Filius vester. » Tune Virgo, flexis genibus, oravit dicens: « Emitte spiritum tuum, et creabuntur , scilicet virtutes et perfectiones, et renovabis faciem terrae, scilicet per praedicationem. » Subito factus est de coelo sonus, et fuit quasi vox responsiva Virgini Mariae. Et subito, ad instar venti, descendit de coelo, et ille sonus replevit totam domura, et tota donius repleta est igné. Sed ille ignis non comburebat, sed illuminabat, et divisit se ad instar linguarum, et repletl sunt omnes Spiritic Sancto. (S. Vincent. Ferrerii, serm. 100, de Pentec.oste, serm. 1, t. 1, p. 309, éd. 1729).

(2) Credimus eam interfuisse gaudiis Dominicae Ascensionis, et in die sancto Pentecostes cura sanctis Apostolis percepisse gratiam Spiritus Sancti, queni constat eam plenissime liabere, ab ipsa conceptione Christi. (S. Hildef. Toletan., de Assumpt. B. .V., serm. 5, Biblioth. Pat., t. 12, p. 584).

(3) Et si caeteris per partes Spiritus affluit, Mariae tamen tota plenitudo gratiae supervenit. (S. Pet. Damtanus, serm. 40, de Assumpt. B. M. V., 1. 1, p. 722, éd. Migne).

— In die Pentecostes, Spiritu Sancto jam plenissima, iterum eumdem Spiritum Sanctum peramplius, et plenius, quam Apostolicus ille coetus accepit, ut esset in ea abundans et surabundans gratia: cui non per partes, ut caeteris, sed tota se influit gratiae plenitudo. (S. Thom. a Villanov., de Assiamrt. Virg., conc. 4, p. 661).

« les vertus et toutes les grâces de cet Esprit vivifiant, à qui Elle « veut, quand Elle veut, comme Elle veut et autant qu'Elle le « veut (1). »

vin.

En outre, Marie, étant coopératrice de l'œuvre de notre salut, doit l'être aussi dans l'application de ses fruits. Par sa coopération, la médiation d'intercession que Jésus exerce au ciel, comme complément de la Rédemption, en offrant à Dieu, son Père, ses mérites et la vertu de son sang pour nous, ne perd rien de son efficacité. Jésus-Christ reste toujours l'unique Intercesseur, quoique sa divine Mère coopère véritablement et efficacement à son intercession, de même qu'il est le seul Rédempteur (2), bien que Marie soit réellement associée à l'œuvre de la Rédemption, comme nous l'avons expliqué plus haut.

Cette intercession de l'auguste Victime du Calvaire est, par Elle-même et par sa vertu propre, abondamment suffisante pour nous obtenir toutes les différentes grâces. Ce n'est que par Elle et par Elle seule, que les faveurs du Ciel nous sont accordées, depuis la première jusqu'à la dernière. Elle ne saurait être ni remplacée, ni suppléée, ni rendue plus efficace par aucune autre, pas plus par celle de la Très Sainte Vierge que par celle des Saints et des Anges.

(1) A tempore enim, a quo Virgo Mater concepit in utero Verbum Dei, quamdam, ut sic dicam, jurisdictionera seu auctoritatem obtinuit in omni Spiritus Sancti processione ternporali: ita quod nulla creatura aliquam a Deo obtinuit gratiam vc-1 virtutem, nisi secundum ipsius piae Matris dispensationem... Ideo omnia dona, virtutes et gratiae Spiritus Sancti, quibus vult, quando vult, quomodo vult et quantum vult. per manus ipsius administrantur. (S. Bern. Renens., Pro Fest. V". il/., s. 5, art. 1, cap. S, de Nat. B. M.).

— Quia non vult ipse Spiritus Sanctus, nisi per Eara communicari, sicut et Filius, a quo Spiritus Sanctus procedit, per Ipsam datus est nobis; figurataque fuit Virgo in fonte illo, de quo Gen. II, qui de terra ascendens Irrigabat univergam superflcicm terrae, et iterum Psalm. XLV, ait: Fluminis Impetus laetiflcat civitatem Dei, id est, Ecclesiani militautera. (S. L;ern. Senens., Pro Fest. V. M., s. 6, art. 1. cap. 2, de Annunt. Virg.).

— Quemadmodum \)r\ Filius, non per alium, quam per Virginem, Incarnationis administram, nobis datus est, ita et Spiritus Sanctus per Eam communiter datur. (S.ylmeron, Comment, in Evang., t. 3, tract. 8).

(2) Matre supplieante, Filio interpellante. Pâtre propitiante. (Arnold. Carnu- . abbas Bonaevallis, Biblioth. Patrum, t. 22, p. 1268, de septem verhis

Domini).

Jésus-Christ est l'unique Intercesseur (1), comme II est l'unique Rédempteur, et tellement 1' unique, qu'il n'est pas possible qu'il le soit davantage.

Mais il a voulu, dans sa souveraine sagesse, et pour des raisons profondes que nous avons fait connaître dans le cours de cet ouvrage, que son intercession se fit de concert avec celle de sa Très Sainte Mère. Du reste, puisque toutes les grâces n'ont été méritées par la Rédemption que moyennant le consentement de Marie à l'Incarnation, il était convenable qu'Elle intervînt, pour présenter au divin Médiateur les prières de ses enfants (2), et que rien de ce qu'Elle a acheté si cher ne fût donné sans sa coopération (3). Et c'est ainsi que dans l'œuvre de la Rédemption tout entière, c'est-à-dire dans ce qui a été fait sur la terre et dans ce qui se fait maintenant au Ciel, Jésus-Christ est l'unique Médiateur, l'unique Sauveur, l'unique Rédempteur, et cependant Marie est, comme nous l'avons vu, la Coopératrice de Jésus-Christ, et avec Lui Médiatrice. Et c'est ainsi que nous sommes redevables à cette divine Mère, à cause de son consentement qui, selon l'ordre actuel établi par la divine sagesse, était nécessaire, et de la Rédemption elle-même et de l'application qui nous en est faite, et qu'il n'y a rien de notre sanctification et de notre salut dont nous ne devions La remercier pendant toute l'éternité.

Mais la dette de reconnaissance que nous devons à Dieu et à Notre-Seigneur n'est pas diminuée pour cela, car toutes les grâces nous viennent de Dieu qui en est la première source (4); elles nous sont toujours départies en considération des mérites du Sauveur, et à cause de l'offrande qu'il fait de ses mérites à la divine Majesté; et cette offrande ne se fait que moyennant la coopération de la Très Sainte Vierge (5): Maire supplicante, Fi-

(1) Unus niediator Christus Jésus. (I Tira., Il, 5).

(2) B. Virgo proprie dioitur porta coeli, quia per Ipsam exivit quidquid unquam gratiae creatum, vel in créât u m in hune miindum venit. Omnium enim bonorum Mater est [Sapient., VII, 12), et Mater gratiaé, et Mater misericordiae; et et am ipsa sapientia increata, tanquam aquaeductus, exivit ab Tpsa, et venit in mundum. Item per Ipsara inlravit quidi|uid unquam boni de coelis in terram descendit, et e converso. Unde dicit Kilius: Venerunt mihi omnia bona pariter eum i'ia (Sap., VII, 11.) - alb. Mac;., super Miss., cap. 186.

(3) Per hanc ejus emptionem, in omnia illius (Jesu) opéra actionem sortiretur et jus. (S. Tiiom. a Villanov., serm. de Purif. Vîrg,, p. 614).

(4) Omne donum perfectum... descendens a Pâtre luminum. (S. .Jacob., I, 17).

(5) Omnis nempe gratia, quae liuic saeculo communicatur, triplicem habet

lio interpellante, Pâtre propitiante. Voilà la gradation, dans laquelle, comme on le voit, il y a trois volontés d'où nous viennent toutes les grâces: la volonté divine, la volonté humaine du Souverain Médiateur et la volonté de Marie (1); trois volontés intervenant de telle manière, que nous sommes redevables à chacune d'elles de toutes les grâces que nous procure l'application des fruits de la Rédemption, comme de la Rédemption elle-même. Et comme la médiation de Jésus-Christ n'empêche nullement que la bonté divine ne soit l'unique source de toutes les grâces, ainsi l'intercession toute-puissante de l'auguste Vierge n'empêche nullement que toutes les grâces ne nous viennent par la médiation de Notre-Seigneur.

De cette nécessité de l'intercession de Marie il ne suit pas que, dans nos prières, nous ne puissions jamais nous adresser directement à Notre-Seigneur. Non, évidemment. De même que la médiation du Sauveur, bien qu'Elle nous soit nécessaire pour que Dieu nous accorde ses dons, ne nous empêche pas cependant de recourir directement à Dieu lui-même toutes les fois que nous le voulons; de même aussi, quoique l'intercession de Marie nous soit indispensable, d'après l'ordre établi par la divine Providence, nous pouvons, en toute liberté et suivant notre attrait, notre inspiration, nous adresser directement à Dieu ou à Notre-Seigneur ou aux Saints, parce que Marie, par un privilège spécial, voyant, dans le Verbe où tout se reflète, tous les besoins et tous les désirs de ses enfants, unit immédiatement sa toute-puissante intercession à celles qui montent vers le trône de la divine Miséricorde (2).

processum. Nara a Beo in ehristum, a Christo in virginem, a Virgine in nos ordinatissime dispensatur. (S. Bernard. Sen., Pro fest. V. M., s. 6, art. I, c. 2, in Annv.nt. B. V.).

(1) Exaudiel utique Matrem Filius, et exaudiet Filium Pater. (S. Bern., in Nativ. B. M. V., n. 7t.

(2) Ostensum est B. Virginem intueri in Verbo quae hic geruntur apud nos... Certissimum est Mariam res nostras agnoscere. (Suarez, in III p., disp. 22, sect. 3, n. 4, t. 19, p. 334, édit. Vives)

— Deus vult rogari a Virgine pro nobis ad majorem sui gloriam, et charitatis Virginis ostensionem, et ut secundum ipsum B. Virgo a nobis honoretur. (Suarez, ibid.).

0 Marie ! nous comprenons, plus que jamais, la part précieuse que Vous avez eue dans l'œuvre de notre Rédemption et l'importance de votre médiation dans l'application des fruits qui nous en est faite ! Jamais, peut-être, nous n'avons saisi avec autant de clarté la raison d'être de votre intercession toute-puissante, de votre amour pour nous, de votre royauté sur nos âmes, et par cela même la légitimité de votre Titre de Notre-Dame du Sacré- Cœur, qui n'est que la signification de ces glorieux privilèges!

En effet, qu'exprime ce Titre? que veut-il dire? Que Marie est notre Reine, notre Mère et par conséquent Notre Dame. Il veut dire encore que les grâces qu'elle nous donne viennent du Cœur de Jésus, qui a bien voulu déposer entre ses mains tous les trésors de sa miséricorde (1).

Or toutes ces prérogatives ressortent de la coopération de cette auguste Vierge à l'œuvre de notre salut.

1. N'est-ce pas par Elle et en Elle que le grand mystère de l'Incarnation s'est accompli? Pour le réaliser, Dieu veut le libre concours de sa volonté. Que fait-il? Il Lui députe un Ange, pour Lui demander si Elle consent à devenir la Mère du Sauveur. 0 grandeur incomparable! 0 prodige ineffable ! Voilà Marie admise, pour ainsi dire, dans les conseils du Tout-Puissant; le Très-Haut Lui communique le secret de ses miséricordes, et semble faire dépendre de son adhésion le rachat de l'humanité, en La constituant Y Arbitre de nos destinées, et en déposant entre ses mains l'œuvre par excellence de sa sagesse et de sa puissance.

Le Verbe divin se soumet alors à Elle, et Lui offre son amour et son Cœur. Refuserez- Vous, ô Marie, ces dons précieux? Vous le pouvez, sans doute ! Mais si Vous acquiescez au désir qui Vous est manifesté, la Trinité toute entière Vous en saura gré, puisqu'Elle recevra par là un surcroit de gloire qu'Elle n'aurait pas eue sans Vous; Vous en serez comme le complément (2). Le Père

(1) In manibus tuis sunt thesauri miserationum Domiui. (s. Pet. Dam., serm. 1 in Nattv. B. M. V.).

(2) Maria universum Trinitatis complementum. (S. IIesichius, Patriarcha Hierosol., serm. 2, de Laud. Vlrg.).

se verra adoré par un autre lui-même ; le Fils, engendré de toute éternité dans le sein de son Père, où il demeure caché, naîtra dans le temps, et fera connaître au monde la pensée de Dieu et les secrets de son Cœur; le Saint-Esprit manifestera sa fécondité, en coopérant, par sa vertu toute-puissante à la naissance temporelle d'une Personne divine.

Le Rédempteur lui-même deviendra, en une certaine manière, votre débiteur (1), et tous les hommes vous devront leur salut.

C'en est fait: Marie s'incline avec respect; et par son fiât, Elle obtient du Cœur du Fils de Dieu, qui devient en même temps son Fils, les plus tendres témoignages de reconnaissance. On comprend, dès lors, que ce divin Cœur dépose entre ses mains toutes les richesses qui composent son trésor, et qu'il Lui dise: « Demandez tout ce que vous voudrez; Vous serez toujours exaucée (2). On comprend aussi que les pauvres enfants d'Eve aillent dans leurs besoins réclamer, avec une confiance illimitée, son intercession toute-puissante auprès de ce Cœur adorable, source unique de toutes les grâces (3), et L'invoquent sous son nouveau Titre, comme indiquant la source d'où elle reçoit ses prérogatives et son pouvoir.

2. Avançons avec Marie dans la série des mystères de sa vie. Nous La voyons, au jour de la Présentation de Notre-Seigneur au Temple, prendre un engagement solennel: celui de sacrifier son Fils pour le salut du monde. Il est vrai que Jésus s'offre aussi de Lui-même, mais c'est par les mains de sa Mère qu'il le fait ostensiblement, comme pour lui laisser l'initiative de ce grand acte qui doit bientôt procurer la Rédemption du genre humain.

3. L'heure de l'expiation est arrivée : la Victime monte sur le Calvaire, et, en présence du ciel et de la terre, Elle fait entendre de nouveau ces paroles mémorables: « 0 Père éternel! puisque vous n'avez point agréé les holocaustes pour le péché, Me voici (4). » Et Marie s'écrie de son côté : « O Dieu tout-puis-

(1) Deo debemus omnes: Tibi ipse oljstrictus est. (S. Metiiodius, or. de Sim. et Anna, p. 374).

(Z) Loquere, Domina, quia audit Filius tuus; et quaecumque petieris, impetrabis. (s. Rern., serm. de Paneg. Virg., a. 7, t. 3, p. 1014, éd. Migne).

(o) Cor Jesu fous omnium gratiarum. (Lit. SS. Cordis).

(4) Ilolocautomata pro peccato non tibi placuerunt. Tune dixi: Ecce veuio. (Heb., X, (3 et 7).

« sant, cet holocauste, qui se présente aujourd'hui, est mon Fils : « eh bien! puisqu'il le faut, je Vous l'offre, comme un bien qui « m'est propre (1). » « Par cette oblation volontaire, dit Saint Tho- « mas de Villeneuve, l'auguste Vierge acquiert de nouveaux droits « sur tout ce qui appartient à Jésus, et ce divin Sauveur, pour « lui témoigner son amour et sa reconnaissance, La rendra dé- « positaire des mérites de sa passion et de sa mort (2). »

4. Mais ce n'est pas suffisant. Qui donc rendra les hommes participants des fruits de la Rédemption, sortis du Cœur de Jésus comme de leur source naturelle ? Qui viendra leur en faire, dans la succession des temps, une application spéciale, à l'heure voulue, et selon leurs besoins particuliers ? Marie !

Pour cette jaison encore, Elle mérite d'être appelée Notre- Dame du Sacré-Cœur, parce que ce nouveau Titre ne veut pas dire seulement qu'Elle a été faite par son divin Fils la Dépositaire de toutes les grâces ; mais qu'elle aime à les répandre sur nous tous qui sommes ses enfants.

(1) Suscipe, Pater omnipotens, suscipe oblationem hanc, quam tibi offero pro toto orbe. (S. Thom. a Villanov., serm. de Purif. Tir g., p. 612).

(2) la omnia Illius opéra actioaem sortiretur et jus. (S. Thom. a Villanot., serm. de Purif. Yirg., p. 614).

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