‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 26 sur 176 · MARIE MERE DES HOMMES · texte numérisé non relu

MARIE MERE DES HOMMES

Marie est Notre-Dame du Sacré-Cœur pour deux motifs: parce qu'Elle est Mère de Dieu, nous l'avons vu précédemment, et aussi parce qu'Elle est Mère des hommes, ce qu'il faut maintenant établir.

Entrons, dès le premier mot, au cœur de cette question.

Le Christ, qu'est-il? La tête de toute l'Église (1).; et l'Église elle-même, qu'est-elle? Le corps mystique du Christ dont les chrétiens sont les membres (2).

Ce corps mystique, ce n'est pas simplement une société formée entre Jésus et nous par une communauté plus ou moins parfaite d'idées, de sentiments et d'oeuvres: prenons le mot corps dans un sens plus littéral. Membres de ce corps, nous vivons de la vie même de Jésus; non pas d'une vie, image de la sienne, si parfaite que soit cette image; mais bien de sa vie propre et réelle: Divinae consortes naturae. (II Petr., I, 4). « Je suis le cep et vous êtes les branches (3), » nous dit Jésus ; et Saint Paul : « Le Christ est la tête de tout homme (4). » N'y a-t-il pas la même

(1) Ipse est Caput corporis Ecclesiae. (Colos., I, 18).

(2) Sicut in uno corpore multa membra habemus, omnia autcm membra non eumdem actum habent: ita multi unum corpus sumus in christo. (Rom., XII, 4 et 5). - Vos autem estis corpus Christi, et membra de membro. (I Cor., XII, 27).

(3) Etro sum vitis, vos palmites. (S. Joan., XV, 5).

(4) Viri caput Christus est. (I Cor., XI, 3).

vie entre le cep et les branches, entre la tète et les membres? De même entre Jésus et nous. Christus.... cita vestra. (Colos., III, 4).

Cette communication, cet épanchement en nous de la vie divine se fait, ici-bas, par la grâce sanctifiante (1), dans le ciel, par la gloire (2). C'est-à-dire que, par la grâce et par la gloire, nous sommes pénétrés de Dieu, imprégnés de Dieu, nous devenons des dieux nous-mêmes (3), par anticipation, autant que nous pouvons l'être sans cesser d'être des créatures.

Ce n'est donc pas d'une simple adoption qu'il s'agit ici. Remarquons-le bien. Dans un sens, c'est vrai, nous sommes fils adoptifs de Dieu (4). C'est-à-dire que nous ne possédons pas ce titre naturellement et par droit, mais surnaturelle ment et par faveur et faveur gratuite.

Mais Dieu nous adoptant fait de nous ses fils, dans un sens tellement profond que nous pouvons redire avec l'Apôtre: Je vis, mais non, ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus- Christ qui vit en moi (5).

Ceci est vrai pour les chrétiens en état de grâce, et pour les Saints dans la gloire.

Mais, en ce monde, que d'àmes chrétiennes qui n'ont pas la grâce? Marie n'est-elle pas leur Mère? Elle l'est, hàtons-nous de le dire (6); ces âmes sont pour Marie des enfants qui ne vivent plus, il est vrai, mais qui peuvent revivre. Elles ont eu la grâce, ces âmes, et peuvent encore l'avoir; c'est assez pour que Marie les appelle ses enfants. Marie voit en elles comme des traces ineffaçables de leur grandeur d'autrefois, stigmates sacrés, traits de famille encore reconnaissables; c'est peu, mais il faut si peu pour qu'une Mère reconnaisse ses fils! D'ailleurs ne sont-ils pas l'image

(1) Gratiaest quaedam participatio Divin itatis in creatura rationali.(D.THOM.,III, q. 7. art. 1, ad 1).

— Lumen gratiae est participatio divinae naturae. (id., I-II, q. 110, art. 3).

(2) Id., II-II, q. 24, art. 3, ad 2.

(3) Per gratiam horao elevatur et fit ordinis non angelici, sed divini; adeoque consors, socius et particeps Divinitatis. (Suarez et Cornel. a Lap., in II Pet., I, 4).

(4) Misit Filium.... ut adoptionem filiorum reciperemus. (Gai., IV, 4 et 5. - JtOiû., VIII, 15).

(5) Vivo autem, jam non ego: vivit vero in me Christus. (Gai., II, 20). Unigenitus siquidem Uei Filius, suae divinitatis volens nos esse participes,

naturam nostram assumpsit, ut ho,, ânes deos faceret, t*actu< homo. (S. Thom., opusc. 57, lect. 1).

(G) Maria Mater pia peccatorum. (D. ant., pars 4, tit. 7, c. 2, § 5).

de son Fils, Notre -Seigneur Jésus-Christ ? Et si cette ressemblance suffit pour attirer sur l'homme toutes les haines de l'enfer, à plus forte raison suffit-elle pour attirer sur tous les pécheurs, si misérables qu'ils soient, l'amour maternel de Marie (1).

Sa Maternité s'arrête-t-elle ici? Non, elle va aussi loin que la Pate/miié du Christ. Expliquons cette pensée, Saint Thomas sera notre guide. Voici, d'après ce grand Docteur, les différents degrés dans lesquels Jésus-Christ est chef des hommes. Il l'est, en premier lieu et principalement, de ceux qui Lui sont maintenant unis par la gloire, par la charité et la grâce. Il l'est, après cela, de ceux qui n'ont d'union avec Lui que par le lien de la foi, comme sont les fidèles en état de péché mortel. Il l'est, en outre, de ceux qui Lui sont unis seulement par la possibilité de cette union, possibilité qui n'est point encore maintenant réduite en acte, mais qui doit cependant y être réduite un jour, selon le dessein de la prédestination divine. Enfin, et' c'est le dernier degré, Il l'est de ceux qui Lui sont unis seulement par une possibilité de cette union, qui ne sera jamais réduite en acte, comme sont les hommes qui vivent encore, mais n'arriveront jamais au salut, et qui, en sortant de ce monde, cessent entièrement d'être membres de Jésus-Christ, et perdent toute possibilité de l'être. Or, c'est aussi de la même manière, et dans ces divers degrés, si bien définis par ce saint Docteur, que la Sainte-Vierge est la Mère des hommes. Elle l'est donc, en premier lieu et principalement, de la manière la plus parfaite et dans le degré le plus élevé, des Saints qui sont maintenant dans la gloire. Elle l'est, ensuite, dans un degré inférieur à la vérité, mais qui est le plus excellent après celui de la gloire, de tous les fidèles qui sont en état de grâce, et qui, par cet état de grâce, vivent réellement de la vie surnaturelle. Elle l'est, après cela, mais dans un degré moins excellent, des fidèles qui sont dans l'état du péché, qui, par cet état du péché, sont privés de la vie, mais en retiennent le principe par la foi qu'ils conservent. Elle l'est, ensuite, de ceux qui n'ont pas même ce principe de la vie surnaturelle, mais qui peuvent cependant être amenés à cette vie divine pour en être mis en possession, et qui véritablement y seront amenés un jour.

(1) Ipsa B. Virgo S. Birgittae (lib. 4 RevcL, c. 138) revelavit se non tantum justorum, sed etiam peccatorum, qui ad bor.am frugem recipere se volunt, Matrem esse, eisque opem ferre. (CORNEL. a Lap., in Eccli., XV, 2).

Elle l'est, enfin, mais dans le moindre degré, de ceux qui n'ayant maintenant ni la vie surnaturelle elle-même, ni même le principe de cette vie divine, pourraient y venir, mais qui, cependant, n'y viendront jamais et n'en seront jamais mis en possession.

Marie est donc la Mère de tous les hommes indistinctement, de tous les enfants d'Adam, sans exception (1).

En Dieu, il n'y a ni passé, ni avenir: tout est présent. Dans sa prescience divine, Il embrasse tous les événements. De toute éternité ayant prévu la chute de l'homme, de toute éternité aussi il a décrété l'Incarnation de son Verbe et la Maternité divine de Marie (2). Il a décrété aussi qu'Elle serait notre Mère et que toutes les grâces nous viendraient par Elle (3). La première femme ayant donne la mort à tous les hommes (4), une autre leur donnera la vie. Voilà pourquoi Dieu, aussitôt après la faute originelle, promet un Sauveur (5), et annonce qu'une femme sera l'instrument de la régénération: Ipsa conteret caput tuum (6). Tous les peuples alors trouveront leur salut dans l'espérance

(1) Per Mariam nati sumus, per Illam nutrimur, crescimus per Illam.... Ideo nobis magïs Mater, quam Mater carnis nostrae.(S. Aelredus, Rieval. abbas, inNativ. B. M., Biblioth. Patr. Cister., t. 5, p. 212; et S. P. Damian., serai. 2, in Nativ. B. M. V-, t. 1, p. 743, éd. Migne).

(2) Sciendum, quod liber aeternalis est mens divina, in quo sunt omnia, quae fuerunt, sunt, et erunt scripta: ista scriptura est notitia Dei, quae est omnium rerum, non solum, quae facta sunt, sed etiam, quae fleri possunt, quae nunquam erunt. sed eorum, quae creata sunt, et creabuntur, seu erunt. Inter caetera, sunt in hoc libro aeterno scripti omnes electi Dei, praeordinati ab Eo in vitam aeternam, et omnia bona, quae eis collaturus est; de quo libro dicit Apostolus de quibusdam discipulis (ad Philip., TV): « Quorum nomina scripta sitnt in libro vitae. » In hoc libro non est prioritas temporis, ut scilicet prius mens divina unum cognoscat, et postea aliud, sed prioritas dignitatis, ut dicatur prius scriptum quod nobilius et perfectius est dispositum. Unde et de Ea cantatur: Elegit Eam Deus, et praeelegit Eam. Elegit ab aeterno praeordinando, et praelegit Eam, id est, prae omnibus aliis excellentiorem disposuit lacère. (S. Ant. Flor., Bibl. Mrg., t. 2, p. 466-467. - Id., S. Thom. a Villanov., de Nativ. V. il/., conc. 3, p. 565-566. - Id., S. Pet. Dam., serm. 2, de Nativ. B. M. V.).

(3) A-b initlo, inquit, et ante saecida creata sum, et usque ad futurum saeculuni non desinam. (Eccli., XXIV, 14). Creata siquidem fuit in mente divina ante saecula, id est, praedestinata ut esset Mater Dei, et inde Mater nostra. Nec usque ad futurum, id est, ad aliara vitam patriae, postquam fuit in mundo nata, non desinit pietatem et misericordiam exlnbere invocantibus Eam. (S. Ant. Flor., Bibl. Virg., t. 2, p. 459).

— Virginis primordia, uno eodemque decreto, cum divinae sapientiae incarnatione luerant praestituta. (Bulla Pii IX ad Conc. immac).

(4) A muliere initium factum est peccati, et per illam omnes morimur. (Eccli., XXV, 33).

(5) Gen., m, 15.

(6) Id., ibid.

du Christ Rédempteur et dans Celle qui Lui donnera le jour. Us ne pourront renaître à la vie de la grâce et redevenir enfants de Dieu que par Jésus et Marie, nous disent les saints Docteurs. Marie est donc la Mère de tous les hommes: Maria, mater viventium (1).

« 0 Dieu ! s'écrie saint Bernardin de Sienne, après la déso- « béissance de nos premiers parents, non-seulement vous deviez « les punir de mort, mais les anéantir pour toujours. Votre in- « flexible justice, qui s'est exercée d'une manière si terrible sur « les Anges rebelles et qui ne fait acception de personne, réclame «ce châtiment; et le monde, témoin d'un si grand crime, devait, « lui aussi, rentrer dans le néant. Mais non ! vous laissez la vie « et vous pardonnez encore, et le monde subsiste. Ah! pourquoi « cette immense miséricorde? qui vous l'inspire? C'est cette Vierge « bien-aimée, que vous voyez renfermée dans Adam, c'est Marie « de qui devait naître Jésus-Christ, votre Fils. Et si, dans la suite, « vous avez sauvé Xoé du déluge et Abraham du massacre que « lui préparait le roi des Élamites, si vous avez délivré le peuple « juif de la cruelle tyrannie de Pharaon et des dangers qu'il cou- « rait en traversant la mer Rouge, si vous l'avez arraché des « mains de ses divers tyrans, qui avaient conjuré sa perte, et de « tant d'autres périls, et si vous l'avez couvert de vos bénédictions.., « c'est à cause de cette jeune Vierge que vous aimiez déjà d'un « si grand amour et que vous aviez prédestinée à être la Mère « du Sauveur. »

Il est donc incontestable que Marie est la Mère de tous les hommes qui ont existé depuis Adam et qui existeront jusqu'à la consommation du temps, puisque c'est à Elle, après Dieu, que tous doivent la vie (2).

(1) Mater hominum dignitate, quia Ipsa primogenita ante omnem creaturam. (\lb. Mao., sup, M'ss., c. 184).

(2) Dictum est enim quod nulla gratta de coelo, nisi Ea dispensante, ad nos descendit. Hoc enim singulare oflîcium divlnitus ab aeterno adepta est, sicui Ipsa testatur, dicens: Ab aeterno ordinata sum (Prov., XIII, 23), scilicet, dispensatrix gratiarum eonlestium... Totus mundus, post primorum nostrorum paren'um culpam, amore tai tae Virginis a Dec- praeservatus est. Maria namque, per ni millia annorum antequam nasceretur, primo et prineipaliter Adam et Evam, et tam ejns posteritatem praeservavit in esse. Constat, nempe, quod ex propri;i transgressions, Adam et Eva, non solum nioriis, sed et annihilationis exterminium meruerunt. et divina ultio, quae personarum acceptionem ignorât, sicut nec culpam angelicam, sic nec etiam humanam dirni<isset impunem. Sed propter praecipuam reverentiam, et singularissimam dilectionem, quam habebat ad Virginem, praeser-

« Non-seulement le monde tout entier a été préservé d'une « ruine totale à cause de Marie, mais il fut créé uniquement à « cause d'Elle et pour Elle, nous dit saint Bernard (1). »

Quant aux réprouvés, ils cessent entièrement de Lui appartenir en qualité d'enfants, comme ils cessent entièrement d'être membres de Jésus-Christ.

Montons ensemble sur le Calvaire. C'est au pied de la Croix, dans la douleur et l'agonie, que ce Titre de Mère des hommes va recevoir sa solennelle consécration. C'est là que Marie, au milieu des tourments les plus indicibles, dit encore Saint Antonin, nous enfante à la vie de la grâce, et devient véritablement notre Mère (2).

L'Homme-Dieu, cloué sur l'arbre du salut, abaisse tendrement les yeux sur son auguste Mère; puis, ouvrant sa bouche adora-

vavit; quia Eam ab aeterno, super oranes creaturas Bec- uniendas, quae creandae erant, superexcessive dilexit;proptereapraeservati sunt protoplasti, nec, ut merebantur, in nihilum sunt redacti. Ratio hujus est, quia haec benedicta Puella in lumbis erat Adae, secundum serainalem rationem, potentiaque producendae Puellae in primis parentibus impressa erat, donec educeretur in actum. De Ipsa namque nasci debebat Dei Filius, Jésus Christus, qui secundum corpulentam suli tantiam in Adam existens erat solum de Virgine et de nulla alia educendus. Induisit ergo misericors Deus primis parentibus, nec eos annihilavit: quia sic non i'uisset exorta B. Virgo, nec per consequens Christus, sive Dêus, carnem vestiisset humanam. Ergo propter istam nobilem creaturam Deus salvavit parentes primos de prima eorum transgressione (Gen., III). Noe diluvio inundante (Gen., VII), Abraham de caede régis Chodorlahomor (Gen., XIV), Judaicum populum de Aegypto et de impia Pharaonis manu (Exod., XII), et de mari rubro (Exod., XIV, de vitulo in deserto (Exod., XXXIO, de manibus diversorum regum et tyrannorum, scilicet, Nabuchodonosor, Danielem de captivitate Babyloniae (Isa., XIII) et Assyriorum (IV Reg., XIX), Davidem de leone et urso (I Reg., XVII), de Goliath (eodem cap), de Saule (I Reg., XVIII). Et ut brevi sermone cuncta comprehendam omnes liberationes et indulgentias lactas in veteri Testamento, non ambigo Deum ftcisse propter hujus benedictae Puellae reverentiam et amorem, quibus Eam Deus in suam praedestinationem praehonorandam cunctis operibus suis ab aeterno praeordinavit. (S. Bern. Sex., Pro Fest. V. M., s. 13, art. 2, cap. 3, de exalt. B. V. M., et s. 5, art. 1, cap. 2, de Nativ. B. .1/.).

(1) Et ut breviter concludam, de Hac, et ob Hanc, et propter liane, omnis scriptura facta est, propter liane totus raundus factus est. (In Append. S. BERN., t. 3, in Ant. Salve Regina, serm. 3, p. 1060, éd. Migne).

(2) Mater nostra ob genituram; sicut Christus nos genuit verbo veritatis ad esse spirituale gratiae, quod perfectius est, quam esse naturale in cruce patiendo; ita et B. Virgo Maria nos genuit et peperit in maximis doloribus, Filio compatiendo, poenas immensas pro nobis patienti. (D. Anton., Biblioth. Virg., t. 2, p. 458).

ble, Il prononce ces paroles mystérieuses: « Femme, voilà votre Fils.» Mulier, ecce Filius tuus. (S. Joan., XIX, 26).

Tournant ensuite ses regards vers saint Jean, devenu son frère d'adoption, Jésus ajoute: « Voilà ta Mère. » Ecce Mater tua. (Ibid.) Ce qui veut dire: «0 Femme bénie entre toutes les femmes (1), la vraie Mère des vivants (2) ! 0 vous qui êtes VÈve nouvelle, comme je suis Y Adam nouveau! O ma Mère! Je vous investis en ce moment suprême d'une nouvelle maternité. Je vous associe à l'œuvre de la Rédemption. Vous serez la Mère de tous les enfants de la grâce, comme vous l'êtes de mon Disciple bienaimé. Votre médiation inséparable de la mienne, fera descendre sur l'humanité, régénérée dans mon sang, tous les fruits du grand sacrifice que j'offre à mon Père pour le salut du monde. »

C'est bien là, au pied de la Croix, qui est vraiment Y Arbre de la vie, que prend naissance la nouvelle postérité de Marie; c'est bien là que cette Mère bénie, enfante, dans les gémissements et la douleur, tous les enfants de la grâce et de la bénédiction (3).

En effet, les saints Docteurs enseignent que ces paroles du Christ mourant: Ecce Filius tuus, ecce Mater tua, renferment deux sens profonds: Voici votre Fils, voici votre Mère.Y,e pre-

(1) Benedicta tu in mulieribus.

(2) Ipsa ergo vera est fidelium Eva, id est, Mater viventium. (Corn, a Lap., t. XVI, p. 618, col. I, Coin, in Joan., cap. XIX, v. 27)

— Haec est (Maria\ quam adumbravit Eva, quae viventium mater quodam oenigmatis involucro nuncupatur. (S. Epiph., Adv. haeres., lib. 3, haeres. 78, n. 18).

— Virgo Maria nos genuit et peperit in maximis doloribus, Filio compatiendo, poenas immensas pro nobis patienti. (S. Anton. Flor., Biblioth. Virg., t. 2, p. 458).

— Parturivit juxta crucem non unum, sed multos fllios, simul quantum ad ▼irtntem causae, non simul quantum ad esse, sed diversis tomporibus. (Id., ibid., p. 517).

(3) Mater omnium bominum: quia nimirum, salutis omnium causam, tune sine dolore peperit, quando Deum, hominem factum, de carne sua genuit. Et nunc m:iirno dolore parturiebat, quando juxta crucem Ejus stabat. (Rupert., lib. 13, in Ioan., t. 3, p. 789, éd. Migne).

— Peperit primo B. Maria sine dolore, et peperit masculum suum Prinwftenitum, quem pannis involvit; parturivit postea juxta Crucem, dolorem immensum sentiendo cum Filio in Cruce, non unum, sed multos tilios, qui redempti sunt a Domino, simul quantum ad virtutem causae, non simul quantum ad esse, sed diversis temporibus. quantum ad applicationem effectus ipsius passionis. Quis audivit tantum gaudium ut in primo? Quis vidit tantum dolorem ut in secundo partu? Certe nullus. (S. Anton, flor., Biblioth. Virg., t. 2, p. 517).

— Mater nostra spiritualis, quae vivificat nos, quos prima occiderat. (D. Ant.j ibid., p. 674).

— Mater nostrae spiritualis generationis. (Ibid., p. 517). .

mier, qui est symbolique, nous dit que Saint Jean, devient le fils de Marie et réciproquement. «Mais dans ce Fils d'adoption, s'écrie Denis le Chartreux, il faut chercher un autre personnage. La Filiation du Disciple que .Jésus aimait, et la Maternité de Marie par rapport à Saint Jean, contiennent un mystère beaucoup plus élevé et bien plus important; le mystère de notre Filiation par rapport à Marie, et de la Maternité de Marie par rapport à nous, qui étions représentés par Saint Jean et compris en lui (1). »

En racontant la naissance du Christ dans l'étable de Bethléem, Saint Luc se sert d'une expression remplie de mystère. « Elle enfanta son premier-né, » nous dit-il, Et peperit Filium suum primogenitum. Pourquoi est-il fait mention d'un premierné1? La Mère Immaculée du Verbe fait chair, l'auguste Mère du Fils unique du Père, pouvait-elle avoir un second enfantement? « Oui, nous répondent les saints Pères. La Mère de la divine grâce devait enfanter, dans la douleur, la postérité surnaturelle du nouvel Adam. Et cet enfantement, accompagné d'inexprimables tortures, s'accomplissait au moment même où, du haut de l'arbre du salut, Jésus-Christ, Père du siècle futur, dit à la Femme par excellence, à Y Eve divine, à la Mère de tous ses fils d'adoption : « Voilà votre Fils; Mulier, ecce Filius tuus (2). »

La bienheureuse Vierge nous enfantera à la vie du Christ, comme Elle a enfanté le Christ à la vie de l'homme. Elle nous fera les fils et les frères d'un Dieu, comme Elle a fait d'un Dieu le Fils et le Frère de l'homme: Millier, ecce Filius tuus; et ad Discipulum: Ecce Mater tua (3).

Écoutons, sur cette question, Saint A.ntonin(4): «La Mère

(1) Discipulus iste electus désignât unumquemque fidelem, cum ergo Christus dixit Joanni: Ecce Mater tua, unicuique Christiauo dédit Matrem suam in matrem. (Dion. Carth., in Joan.).

— Intelligimus in Joanne omnes animas electorum, quorum p^r dilectionem beata Virgo facta est Mater. (S. Bern. Sen., de Passione Domini, serm. 51, c. 3).

— Joannes est nomen particulare, discipulus commune: ut denotetur quod Maria omnibus detur in Matrem. (Sylveira, in Evang., 1 il». 8, c. 17, q. 14).

(2) Primo ergo peperit Filium suum Primogenitum sine dolore, in sua Nativitate; postea peperit totam gentem simul in Filii passione, ubi factus fuit Ei in adjutorium simili- sibi; ubi ipsa Mater misericordiae, Patrem misericordiarum adjuvit; et una secum omnes homines regeneravit; unde et apud crucem stelil : et haec regeneratio cum summo dolore utique fuit. (alb. Mao., Bibl. B. V. Mariae, in Apocalyp., Biblioth. virginal., t. 1, p. 519).

(3) S. Joan., XIX, 26 et 27.

(4) S. Anton., Biblioth. virginal., t. 2, p. 517.

« de miséricorde, s'écrie-t-il, a été établie Coopératrice de notre « Rédemption, et Mère de notre naissance spirituelle. Et c'est de « cette double maternité de la Vierge qu'il est dit: Avant que « vînt pour Elle le temps de l'enfantement, Elle a enfanté un « Fils. Qui a jamais entendu parler d'une telle merveille (1), et « qui a jamais vu rien de semblable? La bienheureuse Marie, en « effet, a mis au monde, sans douleur, son Fils premier-né, qu'Elle « enveloppa de langes (2); et ensuite Elle a enfanté au pied de « la croix, en éprouvant d'immenses douleurs, une multitude d'en- « fants, tous ceux qui étaient rachetés par le Seigneur (3). Elle « les a enfantés tous à la fois en un sens, en ce sens que c'est « par un seul acte et en un seul instant qu'Elle a donné ce qui « est pour tous la cause de la vie, mais non pas tous à la fois « pour ce qui est de l'application faite aux âmes des fruits de la « Passion, application qui produit en réalité la vie dans chacune « des âmes, et qui se fait dans la succession des temps. Qui a «jamais entendu parler d'une aussi grande joie que celle du pre- « mier enfantement? Qui a jamais vu une aussi grande douleur « que celle du second ? Personne assurément. »

Si nous examinons maintenant cette nouvelle maternité au point de vue des privilèges et des devoirs qui en découlent, nous verrons qu'elle justifie aussi le Titre que nous voulons établir et la Dévotion, qui s'y rattache.

Nous sommes créés, avons-nous dit, pour être les membres du corps mystique du Christ, par la grâce dans le temps, et par la gloire dans l'éternité. Voilà notre fin!

Or, Marie étant Mère de ce corps mystique dont nous fai-

— Maria non solum spiritu, verum etiam corpore, et Mater est et Virgo.Et Mater quidem spiritu membrorum Capitis nostri, quod nos sumus; quia cooperata est charitate, ut Fidèles in Ecclesia nascerentur, qnae illius rapitis membra sunt: corpore vero ipsius Capitis Mater. ^3. Auo., de Sanct. Virg., c. 6).

— Parturivit summe condolendo in Passione Filii. (S. Anton., Biblioth. virginal., t. 2. p. r

(1) Isai., LKVI, 7 et 8.

(2) S. Luc, II, T.

(3) Ps., CVI. 2.

sons partie, nous pouvons et devons recourir à Elle selon nos besoins, et implorer son assistance; et Elle a le devoir sacré de nous venir en aide, dans la mesure de sa puissance; et nous savons que sa puissance est la puissance même de son Fils, que Dieu lui a donnée (1). Elle peut d'autant moins nous refuser son secours, pour nous aider à faire notre salut, qu'en nous sauvant, Elle achève le corps mystique de Jésus-Christ.

En effet, il n'est pas fini, ce divin corps-, quand il sera fini, le temps aussi le sera, puisque le temps n'existe que pour la formation du Christ dans ses élus. Il va donc, ce corps mystérieux, se développant, grandissant à travers les âges, recevant de chaque génération un accroissement nouveau, pour atteindre, comme dit Saint Paul, sa plénitude et son complément (2).

Or, c'est par Marie qu'il reçoit ce complément mystérieux. Voilà donc le devoir de Marie, son devoir capital, unique: travailler à l'achèvement du corps du Christ. De même que ce corps mystique du Christ est le prolongement et le complément de son corps naturel, cette maternité de Marie envers nous, membres de ce corps, est le prolongement, le complément de sa Maternité divine; et ses devoirs envers nous sont le prolongement, le complément de ses devoirs de Mère envers Jésus. C'est donc à Jésus, en même temps qu'à nous, que Marie doit de nous donner son concours: et Elle le doit d'autant mieux que cette seconde maternité, qui fait de nous ses véritables enfants, implique sa toutepuissante médiation entre Jésus-Christ, c'est-à-dire son divin Cœur, et les hommes.

En effet, Marie, comme les mères ordinaires, doit aimer ses enfants, veiller sur eux, pourvoir à tous leurs besoins, souvent si nombreux, si pressants, les protéger au milieu des dangers, les défendre contre les attaques si formidables du démon, les soulager dans leurs misères, les consoler dans leurs peines, leur prêter son appui, et les aider de toute sa puissance à atteindre le but de leur création et de leur régénération, qui est le Ciel.

C'est dans l'ordre, c'est dans la nature.

« Dieu, dit saint Thomas, n'impose aucune charge, n'appelle à aucun emploi, sans donner en même temps tout ce qui est né-

(1) Ab omnipotente Filio omnipotens Mater est effecta. (Rrc. a S. Laur., de lava. B. M. V., lib. 4, c. 29, p. 170).

(2) Quae est Corpus Ipsius, et plenitudo Ejus. (Eph., I, 23).

cessaire pour s'en bien acquitter (1); autrement il demanderait l'impossible, ce qui serait contraire à sa sagesse et à sa justice, Beus impossibilia non jiibet. »

« Le choix divin, ajoute Saint Bernardin de Sienne, confère « toujours par lui-même à la personne élue, tout ce qu'il lui im- « porte d'avoir pour qu'elle remplisse dignement sa fonction (2). »

Or, en même temps que Jésus-Christ établissait Marie Mère des hommes, il mettait dans son Cœur tous les sentiments de la maternité (3), et Lui conférait aussi toutes les grâces, tous les secours, tous les moyens, toutes les aptitudes dont Elle pourrait avoir besoin pour accomplir efficacement son importante et délicate mission.

Un des premiers devoirs de la mère est de pourvoir à tous les besoins de ses enfants, de les nourrir, de les mettre à même d'entretenir la vie qu'elle leur a donnée et de la développer en eux. Or Marie, nous ayant enfantés à la vie spirituelle, a du, Elle aussi, pourvoir aux moyens nécessaires pour l'entretenir et la développer dans nos âmes. Comme c'est par Elle que nous avons la Rédemption, c'est aussi par Elle que nous nous en appliquerons les fruits (4). Sans doute Elle nous a donné Jésus-Christ, et avec Lui l'Église et les Sacrements, et en ce sens nous lui sommes redevables de tous ces trésors de sanctification. Mais les Saints Pères vont plus loin, et ne craignent pas d'affirmer que c'est à la prière de la Sainte-Vierge que Jésus fit jaillir ces sources de grâces dont le miracle de Cana n'était que la figure (5).

(î) Illos, quos Deus ad aliquid eligit, ita praeparat et disponit, ut ad id ad quod eliguntur, invtniantur idonei, secundum illud: Idoneos nos feclt ministros novi Testamentl. (S. Thom., iii, q. 27, a. 4).

(2) Generalis régula est, quod quaiidocumque divina gratia elegit aliquem ad aliquam gratiam singularem, seu ad aliquem sublimem statum, omnia charismata donat, quae illi personae sic electae, et ejus officio necessaria sunt, atque illam copiose décorant. (S. Bernard. Sen., serra. 1, de S. Joseph.).

(3) Ipse dixit, et facta sunt. (Ps. CXLVIII, 5).

(4) Per Ipsam, et in Ipsa, et de Ipsa, et cum Ipsa totum hoc faciendum decernitur: ut sicut sine Illo nihil factum, ita sine Illa nihil rrfecturn sit. (S. Petr. Dam., «erin. in Annunt. B. V. .V.).

(5) Ilnee impetratio gratiae figurata est, ubi vino déficiente in nuptiis. vinum impetravit a Pilio. Nec solum gratiam impetrat, sed et impetratam conservât. (Rie. a S. I.aur., 'le Laud, B. ,v., lib. 2, c. 1, p. 35).

— Bene in domO harum nuptiarum, quae Christi et Eeclesiae saeramenta figuraient, triclinium, id est, très ordine* discumbeutium, altitudine distanies, inesse describuntur: quia nimirum très ordines fklelium sunt, quibus Ecclesia constat, conjngatorum videlicet, continentium et doctorum. (V. Beda, in Ev. Joan., c. 2, t. 3, col. 661. éd. Migne).

Quant à la sainte Eucharistie, qui est la nourriture par excellence de nos âmes, l'aliment sacré qui doit entretenir et développer en nous cette vie surnaturelle, cette vie divine que nous a donnée Marie, à qui la devons-nous? A cette Mère du Ciel. En consentant au grand mystère de l'Incarnation, Elle consentit en même temps, nous disent les Docteurs de l'Église, à ce que cette même chair que le Fils de Dieu prenait dans son chaste sein, fût un jour donnée en nourriture aux fidèles dans le Sacrement de nos autels (1). «Pourquoi? se demande saint Thomas. Parce que l'Eucharistie est le complément de la donation divine. Divinae donationis complementwn. » (Eucharistia).

Ce n'est pas assez pour Marie d'avoir compris dans son consentement à l'Incarnation l'institution de la Sainte Eucharistie, Elle demanda encore cet auguste Sacrement à son divin Enfant, au moment de sa naissance. Voici les paroles que lui prête Saint Éphrem:

« Je vous en conjure, ô mon Fils, lorsque le temps sera venu, « rendez-vous présent sous la figure du pain. Changez-le en votre « corps sacré ; demeurez dans ce pain mystérieux et dans ceux « qui le mangeront. Les peuples actuels ont l'insigne bonheur de « vous contempler en personne, c'est vrai, mais la génération fu- « ture sera bien plus heureuse, puisque par l'Eucharistie, non- « seulement elle verra le Pain vivant descendu du Ciel, mais elle « le possédera, ce qui est plus précieux encore (2). »

— S. Pet. Dam., serm. 2, de Nativ. B. M. V., t. I, p. 743, éd. Migne. — S. Eucher., Lug. Ep., Formul. Spir. Intellig., c. 11, n. 6, p. 770, éd. Migne).

(1) Quando Virgo consensit, ut carnem et sanguinem ex suis visceribus sumeret Dei Filius, simul etiam consensit, ut eadem caro in cibum et sanguis in potum Eucharisticum , fidelibus aliquando traderetur. {Eucharistici amores a J. B. Novati, t. 1, p. 431, in fol. 1726).

— Quum Maria Ipsa consensit, ut ex Ipsa Filius Dei carnem sumeret, simul implicite et virtualiter in omnia mysteria nostrae Redemptionis et salutis assensum dédit; ac per consequens et institutioni hujus Sacramenti consensisse, ambigendum non est. (Paciuchellius, Ordin. Praedicat., Eœcitationes dormitantis animae, in Magnif., v. 8, excit. 27, n. 7, p. 102, in fol. 1680).

(2) Tuam, oro, imaginera repraesentet panis ac mens; morare in pane, et in comedentibus illum; in utroque objecto, manifesto atque occulto, videat Te, ut Mater, sic Ecclesia tua. Compares sunt, absens, qui panem deside ravit tuum; et praesens, qui amavit formam tuam: in pane et in corpore viderunt Te primi et novissimi. Attamen conspicuus panis, TSate, tuus, aliquatenus pretiosior est, quam corpus tuum, istud namque viderunt etiam infidèles, panem tuum vivum non item; quocirca laetati sunt absentes, quoniam Ipsorum sors sortem praesentium superavit. (S. Ephr., syriace, in Nativ. Dom., serm. 11, t. 2, p. 427, éd. Salvioni, 1740)-

Marie renouvellera cette importante demande au banquet mystérieux, où Elle laisse tomber de ses lèvres les paroles que lui inspire sa sollicitude maternelle : « Ils n'ont pas de vin. Vinum non hàbent. » Son Fils a tout compris... Il change l'eau en vin; et ce miracle, qui renferme tant de mystères, est la preuve certaine, disent les Pères de l'Église, que le désir de notre Mère sera exaucé (1).

Mais le moment approche où la réalité figurée va nous apparaître dans toute sa splendeur, comme un des trésors les plus précieux du Cœur de Jésus.

« Comme tout nous vient par Marie, s'écrie un pieux et pro- « fond théologien, nous pouvons affirmer avec certitude que c'est « à sa prière si efficace, à son intervention toute-puissante que « Jésus-Christ nous a donné l'Eucharistie, ce prodige de toutes « les merveilles, ce compendium de tous les bienfaits, ce gage « assuré de toutes les promesses (2). » « Il devait en être ainsi; « le Cœur si bon, si aimant de ce divin Fils, pouvait-il refuser « d'exaucer le désir de la plus tendre des mères, surtout au mo- « ment de la séparation, car Marie allait bientôt rester seule sur « la terre? Aussi Jésus se rendra présent sous les espèces du pain « et du vin pour consoler de son absence cette Mère bien-aimée, « La nourrir de son corps sacré, et nous rendre nous-mêmes par- « ticipants de cette divine nourriture (3). »

(1) Vinum non habent. B. Virgo institutionem sacramenti Eucharist.iae desiderabat. Fervore quodam ducebatur bibendi sanguinis Christi poculum. (Bib. Maria».., a Fr. Joseph Miguel et Barco Burgensem, in-fol., 1749. — S. Irex., adv. Haeres., lib. 3, c. 16, n. 7)

— Maria... intercessit pro nobis gentibus apud aeternum Filium Dei, et suum secundum carnem natum, ut donaivt nobis indigentibus coelestis vini laetitiam. (S. Gaudentius, Brixiae Episc, serm. 9, p. 902, éd. Migne).

— Die, Domina rerum, die pro nobis Filio tuo, Vinuni non habent... Hoc, a Te et per Te, speramus non solum vinum, sed et panem. Panis enim cor hominis confirmât. Panis ;lle de quo scriptura: Panem Angelorum manducavit homo. Panis ipse Filii tui. (in Append. S. Bern., t. 3, in Ant. Salve Regina, serm. 4, p. 1073. éd. Migne).

— /" Append. S. aug., serm. 3, in Nuptiis Canae, p. 1144. éd. Migne.

(2) Eucharistia peculiariter sit epulum a B. Maria mundo exhibitum, ex generali propositione, quam siiepius ex D. Bernardo, aliisque attulimus et confirmaviinus (n i li il dari mortalium generi a Deo quod non transeat per manus Mariae), facile infertur conclusio; cum mirabilum omnium prodigium, beneficiorum omnium compendium, promissorum omnium pignus certissimum sit Eucharistia, eam nulla ratione concessam nobis, ita ut non peculiari ratione debeamus eam Virgini Mariae referre acceptam. Precibus Illa suis, nobis donum tam singulare irnpetraTit, ut divinis epulis accumbamus. (Bartiiolom.veus de Los Rios, de Hiérarchie Mariana, lib. 4, p. 378).

(3) An putas Cor illud amautissimum optimi Filii ac sponsi dilectissimi, et

« Oui, ajoute un pieux auteur, Marie désira par dessus tout « l'institution de cet adorable Sacrement qui nous donne Dieu «lui-même; Elle soupira ardemment après lui, Elle l'attendit « avec impatience, le demanda avec instance et l'obtint avec bon- « heur (1). »

« Elle a mérité ce pain du Ciel ; et c'est à cause d'Elle qu'il « nous fut donné, dit à son tour Saint Pierre Damien (2). »

Oh! Marie, non-seulement Vous êtes notre Mère, mais Vous exercez à notre égard l'office de la plus tendre des Mères, puisque Vous nous avez procuré l'aliment sacré dont nos âmes avaient un si grand besoin pour entretenir et développer en elles la vie surnaturelle. Et ce don si précieux de l'Eucharistie qui nous est fait, sur votre demande, prouve évidemment que votre divin Fils Vous •a donné tant de pouvoir sur son Cœur, qu'il ne sait rien refuser à vos prières, que Vous êtes en possession de tous ses trésors (3).

Mais pour qui ce crédit sans limites auprès de Dieu, cette accumulation de toutes les grâces, cette plénitude de toutes les faveurs du Très-Haut? Pour nous qui sommes ses enfants. Propter nos liomines et propter nostram salutem. Elle est donc la DI- SPENSATRICE de tous les dons surnaturels, qui découlent du sang et des mérites infinis du Rédempteur, qui est son Fils.

supra omnem charitatem diligentis, non vehementissime affectum fuisse, quando Matrem et sponsam orbam et viduam relinquebat? Eo tandem devenisse, ut sui absentis Matri exliiberet praesentiam, remaneretque sub vini et panis speciebus realiter cum illa, qui vere in coelos ascetidebat, et mundo visibilem suam subtrahebat praesentiam. Instituebat uimirum convivium quotidie cum Matre sua epulaturus, cujus nos deinde fructuin, tanquam mancipia et servi, comedentes, micas tam lautas, ex mensa Dominae nostrae, etiam perciperemus, adeo ut vere dici possit propter Maria m epulas lias Ecclesiae datas, forte nulla ratione dandas, nisi Ipsa sic consolanda fuisset. (Id., ibid., p. 380).

(1) Uesideravit prae caeteris Deipara hujus sanctissimi sacramenti institutionem, illam toto afîectu anhelavit, concupivit, exoptavit, expectavit et postulavit, ut rem maxime pertinentem ad Filium suum. Nihil enim magis ad Illum pertinet, quam sua Ipsamet substantia: et quoniam Ipsamet Filio maxime per hoc sacramentum incorporebatur juxta illud: In me manet et ego in eo. (Rutiltus Benzonius, in Maqnif. Dissert., lib. 3, c. 31, dub. 2:>, p. 218, éd. 1606).

(2) Maria meruit coelicum Pïucharistiae panem et propter ïpsam ille institutus fuit; eadem virgo bumani generis massae, illum donasse censetur, eumdemque hominum fidelitati praeparasse judicatur. (Domus sapientiae, auctore F. Lucas a Monteforti, p. 314 et 315).

— Cibum Maria edidit qui nobis coelestis convivii aditum patefecit. (s. I'etr. Dam., serin. 2, de Nativ. B. 3/. V.).

(3) In manibus tuis sunt thesauri miserationum Domini, et sola electa es, cui gratia taata conceditur. (S. P. Dam., serin. 1, de JSrativ. B. M. V.

« En effet, Jésus-Christ, dit Saint Bernard, est un baume « divin, composé de deux substances: de la substance de Dieu et « de la substance de l'homme. Ces deux substances ont été unies, « mêlées en quelque sorte, fondues ensemble, bien que distinctes, « dans le sein de la Vierge, comme dans un vase préparateur, « le Saint-Esprit les mêlant, les unissant sans les confondre, avec « une savante et inexprimable suavité (1). » N'est-il pas juste que Marie ait la garde de ce baume salutaire et qu'Elle en fasse l'application aux maux de l'humanité, dont Elle est la Mère. ..?

« 0 Femme bénie entre toutes les femmes, s'écrie le même « Saint, puisque c'est dans vos chastes entrailles que l'Esprit- « Saint a préparé, au feu de son amour, le vrai Pain de vie, « il est juste encore que vous l'offriez Vous-même aux hommes « qui sont vos enfants (2). »

Tel est l'ordre établi par le Ciel. Dieu ne veut pas qu'une seule faveur, qu'une seule bénédiction descende sur la terre sans passer par les mains de Marie (3). La bienheureuse Mère de Jésus- Christ est le canal par lequel coule l'eau de la grâce divine, sortie, sur le Calvaire, du Cœur sacré de Jésus pour arriver jusqu'à nous, arroser nos âmes et étancher notre soif. Quand une source d'eau vive entre tout entière dans l'aqueduc, qui la reçoit à sa naissance, nul ne peut en boire s'il ne va la puiser au canal par lequel elle s'épanche (4).

Résumons-nous ; Marie est la Mère de tous les hommes sans exception ; c'est pour Elle que le monde fut créé et préservé d'une ruine totale, après la faute originelle; c'est à cause d'EUe que la race humaine ne fut point anéantie, parce qu'Elle était renfermée dans Adam, comme le fruit dans sa semence. Puisque c'est

(1) Dédit tibi Christum per Mariam, ut sanaret omnes infirmitates tuas. Remedium est, quia ex Deo et homine, tanquam eataplasma, confectum est. Contusae sunt autem et commixtae hae duae species in utero Virginis, tanquam in mortariolo, Saucto Spiritu, tanquam pistillo, illas suaviter commiscente. (D.Bern., serm.3, in Vigil. Nativ. Domini, n. 10).

(2) 0 l'elix Mulier, benedicta inter mulieres, in cujus castis visceribus, superveniente igné Sancti Spiritus, coctus est Panis iste. (D. Bern., de Laud. B. V. M.).

(3) Nihil nos Deus habere voluit, quod per Mariae manus non transiret. (Id., in Vigil. Nativ. Domini, a. 10).

(l) Maria aquaeductus gratiae divinae. (D. Bern., de Laud. B. M.).

— Fons christus, canalis Maria, campus Ecclesia. (ibid.).

— Caput Christus, collum Maria, corpus Ecclesia. (Ibid.).

en sa considération que les hommes furent créés et sauvés, Elle est donc doublement leur Mère. Mais c'est surtout sur le Calvaire que Marie nous a tous enfantés à la vie surnaturelle et qu'elle est devenue notre Mère. C'est au pied de la croix qu'Elle a recueilli, comme dans leur source naturelle, toutes les grâces, toutes les bénédictions tombant du Cœur de Jésus, transpercé par la lance, pour les répandre sur nous qui sommes ses enfants; et nos malheurs, loin de la rebuter ne font au contraire qu'exciter sa tendresse (1). Comme Elle a tout reçu du Cœur de son Fils, comme Elle a tout puisé dans ce Cœur adorable, au moment même où elle était investie de la dignité de Mère des hommes, n'est-il pas rationnel qu'Elle se présente à eux avec un Titre qui indique tout à la fois la source de sa puissance, et la confiance sans bornes qu'Elle doit inspirer à ses nouveaux enfants?

Ce TITRE est celui de NOTRE-DAME DU SACRÉ-CŒUR.

(1) Mater est misericordiae et Matris est suaviter et dulciter tangere puerum. Pueri sunt peccatores, quibus novit levi manu, suavi attractu, tumorem premere, putridinem ejicere, vulnera circumligare, spem et securitatem misericordiae praestare: et ideo dicit: In Me omnis gratia. (Eccli., XXIV, 25. - Richard, a S. Laur., de Laud. B. M. Y, lib. 4. c. 26, p. 141). .

— Insanabilium vulnerum Medicina. (S. Germ. Const., serm. 2, in Praesent. Deip., p. 318, éd. Migne).

Factum a Deo tabernaculum, in quod solus Deus ingressus est, ut ia te, sacra ac arcana ratione, munus sacrum pro universis obiret. (S. And. Cret., orat. 4, in Nativ. B. M., p. 878 et 879, éd. Migne).

-V. B. — A l'occasion de cette nouvelle Maternité de Marie que nous venons d'établir, on pourra nous objecter que c'est l'Eglise qui est notre Mère dans l'ordre de la grâce, et que c'est elle qui nous enfante à la vie surnaturelle! Comment peut-il se faire alors que la Sainte- Vierge soit vraiment notre Mère, si c'est l'Eglise qui l'est? Et comment l'Eglise peut-elle l'être, si c'est la Sain te- Vierge? Ou bien pouvons-nous avoir deux mères, qui le soient l'une et l'autre dans un sens réel et véritable?

Pour résoudre cette difficulté, il suffit de considérer, dirons-nous, avec un pieux auteur, que notre vie surnaturelle est produite par plusieurs causes diverses, et dépend de ces diverses causes, dont chacune en est le principe, mais de différentes manières et à des degrés différents. Ainsi Dieu, par son infinie charité, veut nous la donner, cette vie divine, et nous la donne, moyennant la Rédemption opérée par le Sauveur qu'il nous envoie. En voilà la première cause, la première source, cause fondamentale et principale: Dieu lui-même. Sic enim Deus dile.<it mundum ut Filium suum unigenitum daret. (S. Joan., III, 16).

Le Verbe incarné nous l'a méritée, nous l'a procurée, par le sacrifice qu'il a offert à la Justice divine, par sa Passion et sa mort. En voilà une seconde cause, la cause méritoire: Jésus-Christ par son sacrifice et les mérites infinis de son sacrifice. Mais cette Rédemption ne s'est opérée, ces mérites par conséquent qui nous procurent cette vie surnaturelle n'ont été acquis que moyennant le consentement de l'auguste Vierge Marie.

En voilà une troisième. Et ces trois causes coopèrent, chacune dans son ordre, à la Rédemption elle-même, vrai principe de notre vie surnaturelle. Mais pour rpie cette vie divine soit produite en nous et que nous la possédions véritablement, il ne suffit pas que la Rédemption ait été opérée, il faut de plus que ses mérites dous en soient appliqués et appropriés. C'est pourquoi le Sauveur a confié le dépôt et le trésor de ses mérites à son Eglise, la chargeant de les appliquer à chacun par la prédication, l'enseignement de la vraie doctrine et l'administration des Sacrements Ainsi, voilà encore une autre cause delà vie surnaturelle: l'Eglise, par ses enseignements et les Sacrements qu'elle nous administre. La vie divine nous vient, donc de Dieu qui, en considération du prix offert à sa justice par le Rédempteur, nous donne cette vie, qui nous rend semblables à Lui et participants de sa nature: et Pieu est ainsi notre Père, non-seulement par adoption, mais encore par une vraie génération: ex Deo nati sunt. Elle nous vient aussi par Marie qui, par son consentement, a procuré l'Incarnation et la Rédemption; et Marie est de même notre Mère, non-seulement par adoption, mais encore par un véritable enfantement à la vie delà grâce. Enfin, elle nous vient par l'Eglise, qui nous fait l'application des mérites et des fruits de la Rédemption; et ainsi l'Eglise est encore, elle aussi, notre Mère qui nous enfante à Jésus-Christ. Or, à la vérité, on ne peut pas avoir plusieurs pères ou plusieurs mères qui le soient véritablement dans l'ordre naturel et pour la vie physique; mais il n'en est pas de même pour la vie surnaturelle, qui nous est communiquée de diverses manières et à des degrés différents, coi nous venons de le voir. Nous pouvons donc dire, en toute vérité, que Marie est notre Mère, que l'Eglise est aussi notre Mère, seulement par une action différente et à un degré différent.

Maintenant, si nous comparons ces deux Maternités, celle de la Sainte-Vierge et celle de l'Eglise, et les causes qui les produisent, il est évident que celle de la Sainte-Vierge est bien supérieure à celle de l'Eglise et bien plus noble; puisque ce qui la constitue c'est la Rédemption elle-même, c'est-à-dire la part qu'EUe a dû y prendre pour qu'elle soit accomplie; tandis que ce qui constitue la Maternité de l'Eglise, ce n'est que l'application qu'elle nous fait des mérites du Rédempteur, en vertu du pouvoir que le Rédempteur lui-même lui en a donné. Mais quelque nécessaire que soit cette application des mérites de Jésus-Christ, elle n'en est pas moins quelque chose de bien inférieur à la Rédemption elle-même, puisque c la Rédemption qui en est la cause et le principe.

Non-seulement Marie est notre Mère d'une manière plus excellente et plus relevée (pie l'Eglise, mais de plus, Elle est Mère de l'Eglise elle-même; nous venons de le voir. Oui, Elle est la Mère de l'Eglise, d'abord en ce que l'Eglise est la réunion des enfants de Dieu, et qu'il n'y a aucun enfant de Dieu dont Marie ne soit la Mère. Mais Elle l'est encore en ce sens que Notre-Seigneur ayant opéré la Rédemption, et pour chacun en particulier, et aussi pour tous comme ne devant former entre eux et avec Lui qu'un même corps mystique, Elle y a efficacement coopéré. Ce corps mystique, qui est l'Eglise, Lui appartient donc, puisqu'il est le fruit de la Rédemption qu'EUe a procurée au monde par son consentement. C'est au pied de la croix qu'EUe a enfanté cette Eglise, nous disent les saints Docteurs; Elle en est donc la Mère (Mater Ecclesiae).

Mais cette Maternité de l'Eglise, jusqu'où s'étend-t-elle?

En droit, elle s'étend à tous les hommes, sans exception (1), comme celle .le Marie, bien qu'en fait, elle ne s'adresse qu'à une certaine catégorie. Il n'y a p;>s un seul homme, grand ou petit, riche ou pauvre, savant ou ignorant, prince ou sujet, civilisé ou sauvage, qui ait le droit de ne pas se soumettre à son autorité suprême, qui ait le droit de rejeter la vie surnaturelle ou qui puisse la recevoir d'une autre source, sa royauté, comme celle du Christ et de sa divine Mère, s'impose à tout.' créature humaine, ne relève d'aucune puissance terrestre, et sa s. 1-

(1) Tibi tradidlt Lrtis omnia régna nrandl. [Offlc. s. Petbi).

licitude, comme celle de Marie, s'étend à tous ses enfants. Elle a le droit et le devoir de tout mettre en œuvre pour leur procurer le salut, et veiller à ce que le flambeau de la foi se ravive, de plus en plus, et d'écarter avec soin tout ce qui pourrait l'éteindre. Tibi tradidit Deus omnia régna mundi.

Cependant, quelque sublime que soit cette Maternité de l'Eglise, celle de la Sainte Vierge la surpassé de beaucoup et lui est bien supérieure," comme nous venons de l'établir.

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