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CHAPITRE XVI

LE CŒUR DE JESUS ET LA SCIENCE MODERNE

Nous avons vu dans le chapitre précédent, en consultant l'expérience et la sainte Écriture, que le cœur humain est le tout du corps, l'abrégé, le résumé de l'homme tout entier.

Appuyés sur ces principes, nous avons examiné avec soin le Sacré Cœur de Notre-Seigneur, qui est le fond même de cette étude. La Tradition et la Théologie, interrogées sur cette grave question, ont répondu : « Le Cœur de Jésus doit être considéré comme le principe de sa vie physique, le siège de son amour (1), Y organe de ses affections (2), le trône de sa miséricorde (3), en un mot, l'expression abrégée de sa divine Personne. » Or la science n'est point en opposition avec cette doctrine.

Les physiologistes s'accordent à dire que le sang est le principe matériel de la vie (4). « C'est lui qui devient chair muscu-

(1) Cor illud SS. divinae Charitatis sedém. (Pius IX, Décret, beatif. B. Mary. Alacoque).

(2) Cor Jesu flagrans araore raei, infiamma cor raeum amore tui. (Parv. ofpc. SS. Cor dis).

— Fac no*, Domine Jesu, sanctissimi Cordis tui affectibus inflammari. (Orem. itiissae SS. Cordis. Jesu).

(3) for Jesu mi^ericordiae thronus. (Lit.).

— Vide Thèses de caltu SS. Cordis Jesu a PP. A. Martorell et Jos. Castelt.a,

éd. Barcini 1877, gars 2, de Natura; thesis 2, de motivo. - Vide etiam de SS. Cordé

Jesu e jusque cidtu, auctore Leroy, edit. Leodii. (Liège, 1882). - Id., N. Nilles, de rationlbus fest. SS. Cordis Jesu, etc.-Id., J. JUNOMANN S. J., profes. univ.Œnipont., <le gutnque propos, ad élucidant/",,) et s> ientif.ce declarandam devotionem erna SS. Cor Jesu.

(4) Bordeu, Claude Bernard, etc.

« laire, nerfs, tendons, artères, matière des os, moelle épinière « et cérébrale, etc (1). » Bordeu n'a-t-il pas dit que le sang est « de la chair coulante »? On peut donc considérer l'organe, qui le recueille pour le distribuer à tout le corps, comme le tout de ce corps. Cette assertion de Saint Thomas est physiologiquement vraie. « Le cœur, dit Claude Bernard, lance le sang dans le pou- « mon qu'il détermine à agir.... C'est du cœur que part tout le « mouvement, et c'est ainsi le cœur qui est le principe de la « vie (2). »

« Oui, c'est lui qui lance dans l'organisme la source même « de notre existence, le sang que chacune de ses contractions « projette par les artères au milieu de tous nos tissus; mais ve- « nant à s'épuiser dans son parcours, il le ramène à lui par les « veines, le lance dans les poumons, où il acquiert de nouveau la « faculté de stimuler et de vivifier les diverses parties du corps « entier. C'est donc la vie qu'il propulse ainsi dans tous les or- « ganes, et, s'il cesse ses fonctions, la vie s'éteint, c'est la mort. « Bien que le cœur soit lui-même sous la dépendance des centres « nerveux, il n'en reste pas moins le roi de notre organisme et « le principe de la vie, dit le célèbre Harvey ; car les centres « nerveux resteraient inertes sans le liquide vivifiant que leur « envoie le cœur (3). »

Mais si le cœur est le moteur de tout l'organisme humain (4), qui donc lui imprime à lui-même le premier mouvement? S'il est le principe de la vie physique, qui préside donc à sa formation ? Car il n'y a pas d'effet sans cause! La science contemporaine nous répond avec Stahl, Bordeu, Barthez, Grehand et Claude Bernard que « c'est une force vitale qui agit en dehors des lois de

(1) Desdouits, l'Homme et la Création, 1 vol. in-8, p. 302. - Lemercier, dict. des sciences médic., p. 229.

(2) Cl. Bern., Leçons an collège de France, t. 8, n. 88.

(3) Cl. Bern., Leçons de Physiologie. - Longet, etc.

— Le cœur est le principal organe de la circulation du sang. (Legallois, dict. des sciences médicales, art. Cœur.) - Le cœur est un organe musculaire ou une sorte de muscle creux, placé au centre de l'appareil circulatoire, qui, par ses contractions répétées, pousse à chaque instant le sang dans l'arbre artériel. (Béclard, traité élém.. de physiologie humaine, liv. 1, c. 3, a. 1, § 86).

(4) Organum cordis in animali viventi et ipsum est vivens animatum, compositum ex organo materiali et principio vivificante eidem substantialiter conjuncto. Hoc principium viviflcar.s dicitur anima, et in homine est ipsa anima rationalis. (S. TnoM., I, q. 76, a. 1. - Leroy, de SS. Corde Jesu ejusque cultu, c. 1, q. 1, ii. 5, p. 3).

« la mécanique, de la physique et de la chimie (1). » Et cette force vitale où réside-t-elle? « Dans l'ovule ou dans le germe, » dit l'émment physiologiste (2). « Cette connaissance, au reste, « ajoute-t-il, est inutile à la science, parce qu'étant en dehors des « forces physiques, elle ne peut exercer aucune influence sur « elles (3). »

Très bien; mais un esprit investigateur ne se contentera pas de ces données ; il voudra remonter au premier principe, et soulever le voile qui lui dérobe l'origine réelle de cette force mystérieuse, reconnue nécessaire par la science, au point de départ de la formation du corps humain. D'où vient-elle donc? De la matière?... C'est impossible; puisque les savants les plus distingués constatent « que cette force est en dehors des lois de la nature. »

Il faut donc aller la chercher dans un principe supérieur, surnaturel, dans un Être souverainement intelligent qui domine le monde des corps. « Son nom, s'écrie Saint Thomas, c'est le « Dieu tout-puissant (4). »

Et sous l'influence de cette force vitale, voulez-vous connaître maintenant l'organe qui se forme le premier. La science nous affirme que c'est le cœur. Aristote, toutefois, avait entrevu cette vérité dans l'intuition de son génie: « La vie commence et finit par le cœur. Cor primum vivens, et ultimum moriens (5).» Et Saint Thomas, cet esprit si vaste et si profond, étudiant la question au flambeau de la foi et du savoir, affirme la même chose. « Cor primo generatum (6). »

Que vont dire de cette assertion les Princes de la physiologie? Ils la confirmeront pleinement.

A la fin du siècle dernier, le savant Haller, dans ses Ele-

(1) ri. Iîernard, la science expérimentale, Définition de la vie, page 157, 1 vol. in-12.

(2) Id., p. 208.

(3) Ibid., p. 24.

(4) S. Tiio.m., in lib. TI Sent., dist. 18, q. 2, art. 1.

— Non quidem per virtutem aclivam seminis, sed per virtutem superioris agentis, scilicet Dei.

— Corpus hominis formatur simul et virtute Dei, quasi principalis agentis et primi, et etiam virtute seminis, quasi agentis secundi.

— Id., Cont. Gentes, lib. 2, c. 89.

(5) Ar:stote, de generatione animalium, lib. 2, c. 6. - Cor primum nascentibus formari in utero tradunt. (Pltnius, lib. 9, c. 37).

(6) S. Thom., II-II, q. 122, a. 2.

menta corporis Uumani, où il se livre à des études approfondies sur les parties sensibles du corps humain, s'écrie, en empruntant les paroles du philosophe ancien : « Oui, le cœur vit le premier et meurt le dernier. Cor primum vivens et ultimum moriens.»

Écoutez maintenant celui que la science moderne appelle le Maître de la physiologie (1). Voici ce qu'il dit: «Le cœur nous « apparaît immédiatement comme un organe étrange par son acti- « vite exceptionnelle. Dans le développement du corps, chaque « appareil vital n'entre en général en fonction qu'après avoir « achevé sod évolution et acquis sa texture définitive. Le cœur, « au contraire, manifeste son activité dès l'origine de la vie, bien « longtemps avant de posséder sa forme achevée et sa structure « caractéristique. Rien n'est beau comme d'assister à la naissance « du cœur... On voit apparaître un très petit point, punctum sa- « liens, dans lequel on finit par constater des mouvements rares, « et à peine perceptibles. Peu à peu ces mouvements se pro- « noncent davantage et deviennent plus fréquents ; le cœur se « dessine mieux, des artères et des veines se forment, le liquide « sanguin se manifeste plus distinctement, et tout un système « vasculaire provisoire (area vasculosa) s'est étalé, en rayonnant « autour du cœur, désormais constitué physiologiquement comme « organe de circulation embryonnaire. A ce moment, les linéa- « ments fondamentaux du corps ont déjà paru ; le cœur, alors en « pleine activité, représente un moteur sanguin isolé, antérieur « à l'organisation, et destiné à transporter sur le chantier de la « vie les matériaux nécessaires à la formation du corps... Ce cœur « va chercher ces matériaux dans les éléments du sang ma- « ternel. »

« Le cœur diffère de tous les muscles du corps en ce qu'il « agit dès qu'il apparaît dans l'embryon et avant d'être complé- « tement développé. Une fois son organisation achevée, il conti- « nue encore à former une exception dans le système musculaire. « En effet, tous les appareils musculaires nous présentent dans «leurs fonctions des alternatives d'activité et de repos; le cœur « au contraire ne se repose jamais. De tous les organes du corps, « il est celui qui agit le plus longtemps ; il préexiste à l'orga-

(1) La Science expérimentale, par Cl. Bernard, 1 vol. in-12, p. 333, Physiologie du cœur.

«nisme; il lui survit; et dans la mort successive et naturelle « des organes, il est le dernier qui continue à manifester ses « fonctions. En un mot, suivant l'expression du grand Haller, le « Cœur vit le premier (primwn vivens) et meurt le dernier (ul- « timum moriens). Dans cette extinction de la vie de l'organisme, « le cœur agit encore, quand déjà les autres organes font silence « autour de lui. Il veille le dernier, comme s'il attendait la fin « de la lutte entre la vie et la mort, car tant qu'il se meut, la « vie peut se rétablir; lorsque le cœur a cessé de battre, elle est « irrévocablement perdue, et de même que son premier mouve- « ment a été le signe certain de la vie, son dernier battement « est le signe certain de la mort (1). »

Saint Thomas avait émis cette vérité avant le célèbre physiologiste. Voici ses paroles: « Le mouvement, dit-il, est essentiel « au Cœur; et si celui-ci vient à se reposer, c'est la destruction, « c'est la mort (2). »

Ces mystères que la science nous révèle n'ont rien qui doive nous étonner. En nous plaçant dans une sphère supérieure et en examinant cette grave et importante question au flambeau de la foi et de la raison, nous voyons clairement qu'il doit en être ainsi. « En effet, dit Tertullien, Dieu, en appelant à la vie l'hom- « me, ce chef-d'œuvre de sa puissance et de son amour, cet être « mystérieux qui réunit en lui tant de merveilles, qui résume la « création tout entière, et qui relie si bien le monde des corps « à celui des esprits, avait en vue le Christ-Jésus (3). » En faisant le cœur du premier homme, son regard était évidemment fixé sur celui de son Fils, que l'Esprit-Saint devait former plus

(1) Claude Bernard, leçons sur les propriétés des tissus vivants, la Physioloyir dv cœur, 1 vol. in-8, page 444. - Lemercier, dict. des sciences mcdic, art. circulation. -Bèclard, op. cit., liv. 1, c. 3, •§ 111 et 112, et liv. 3, c. G, § 412.

(2) Perfectio cordis est moveri, et ejus quies est ejus destructio. (S. Thom.. supplem., q. 77, a. 1, ad 4).

(3) Quodcumque enim limus exprimebatur, Christus cogitabatur homo futurus, quod et limus, et caro Sermo, quod et terra tune... lit fecit hominem Deus, id utique quod flnxit, ad imaginem Dei fecit illum, scilicet Christi. (Tertullianus, de Resurrectione carnis, c. 6, t. 2, p. 802, éd. Migne).

tard du sang d'une Vierge (1). En assignant donc au cœur humain la place distinguée qu'il occupe dans l'organisme., et en le constituant le principe de la vie physique, le tout du corps, le siège des sentiments et des affections de l'âme, Il pensait, comme il l'avait fait de toute éternité, au rôle important que le Cœur du Verbe incarné aurait à remplir dans l'œuvre de la Rédemption.

Et le Verbe lui-même, qu'est-il? D'où vient-il? Quelle est son essence? Sa nature? D'où tire-t-il son origine? La réponse à ces questions déchirera bien des voiles, éclairera plus d'un mystère, et jettera de vives clartés sur la dévotion au Sacré Cœur de Jésus.

Nous la demanderons cette réponse, au Disciple bien-aimé, à qui les deux furent ouverts et qui plongea son regard d'aigle dans les profondeurs inaccessibles de la Divinité, dans les abîmes insondables où se tient caché le soleil de justice, où réside la splendeur de la lumière éternelle, la source de la science et de la vérité, c'est-à-dire dans le Cœur du Christ : Fluenta evangelii de ipso sacro Dominici pectoris fonte potavit et cui revelata sunt sécréta cœlestia. (Offic. S. Joan. in Brev.)

Voici ses paroles : « Au commencement était le Verbe; et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Tout a été fait par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. En lui était la vie (2). »

Ainsi tout ce qui est sorti du néant, dit saint Augustin, depuis l'Ange jusqu'au vermisseau, depuis le brin d'herbe jusqu'au grain de poussière, est l'œuvre du Verbe (3), l'œuvre de son amour (4).

Tout a été fait sous l'inspiration de cet amour. (5). Tous les êtres, sans exception, animés ou inanimés, étaient, avant leur créa-

(1) Faclamus hominem ad imaginem et slmilltudinem nostram... Faciamus, et nostram, et nobis. Cum quibus enira faciebat hominem, et quibus faciebat similem? Cum Filio quidem, qui erat induturus hominem. (Id., adversits Praxeam, c. 12, p. 168).

— \d ejus (Filii) ideam, Pater omnia architectatus est. (Corn, a Lap.).

(2) S. Joan., I, 1, etc.

(3) Per quem factus est an'-ielus, per ipsum factus est et vermiculus. (S. aug., in Joan. evana., c. 1, tract. 1, n. 13). - « In ipso (Verbo sive Christo) condita sunt. universa in coelis, et in terra, visibilia, et invisibilia, sive throni, sive dominationes, sive principatus, sive potestates, omnia per ipsum, et in ipso creata sunt. » (Cotes., I, 16).

(4) S. Thom., III, q. 1. art. 1.

(5) Deus charitas est. (I Joan., IV, 8 et 16).

lion, présents à l'esprit du Verbe; ils vivaient et existaient en lui de toute éternité, comme dans leur cause, avant d'exister effectivement en eux-mêmes (1). Aussi le Verbe vo}rait-il immédiatement et par anticipation, avant toutes choses et par dessus toutes choses, sa sainte humanité, résumant tous les mondes, vivant en lui, comme le chef-d'œuvre par excellence de la Toute-puissance divine (2); et dans cette humanité son Cœur, de préférence, parce qu'il en est Y expression fidèle et abrégée, le sommaire éminent, parce qu'il est le roi de son organisme, le principe de sa vie et l'organe de la Sainte Trinité (3) ; son Cœur avec tous les trésors que le Ciel a pu y concentrer, son Cœur avec toutes les grâces qui en découlent, comme d'une source intarissable; son Cœur si bon, si miséricordieux, si aimant, où les Anges et les Saints viennent se désaltérer, comme à une fontaine sacrée, dont les eaux jaillissent jusqu'à la vie éternelle (4) ; son Cœur, qui est le sanctuaire de la Divinité, l'objet de ses complaisances, le trône de sa sagesse et de sa justice, le foyer de son amour, le livre mystérieux où sont inscrits tous les noms des élus (5); son Cœur, d'où s'élèvent vers Dieu des hymnes de louange, d'adoration et de reconnaissance (6). D'où il suit que le Verbe, devenu le Christ, par le mystère de l'Incarnation, a pu s'écrier de toute éternité en s'appropriant ces paroles du Prophète (7): « 0 Vous, qui êtes

(1) Omnis res facta et creata per Verbum, antequam fleret et crearetur, erat in ipso Verbo vitaliter et intellectualiter. Erat enim in ideis et rationibus aeternis, quae vivant in Verbo. Erat ergo vita, id est, vivebat in mente et idea Verbi. (Corn, a Lap., in Joan., I, 3. - Ita Tertullian., adv. Herrnog., c. 20. - S. ambros., de Fide, lib. 3, c. 6. - Clemens Alex., Paedag., lib. 1, c. 6, t. I, p. 282, éd. Migne). - Verbum enim est omnium creaturarum idea, Mea autem est ipsa essentia et vita Dei. (Cop.n. a Lap., in Joan., I, 4).

(2) « La souveraine Providence, faisant son éternel projet et dessein de tout « ce qu'elle produirait, voulut premièrement et aima par une préférence d'excel- « lence le plus aimable objet de son amour, qui est notre Sauveur. » (S. François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, liv. 2, c. 5).

(3) Ecce Cor meum, dulcissimum semper venerandae Trinitatis organuin. (S. Gertrud., Legatvs divinae pietatis, lib. 3, c. 25, p. 169, éd. Solesmes, 1875).

(4) Fiet in eo fons aquae salientis in vitam aeternam. (S. Joan., IV, 14).

(5) Qui script i sunt in libro vitae Agni. \Apoc, XXI, 27). - « Mon Cœur est le livre de Vie où est contenue la science d'amour. (Vie et œuvres de la B. Marg. Marie, vol. 1, p. 96, éd. 2).

(6) Accipe illam inenarrabilem suavitatem quae ab aeterno de meo divino profluxit Corde in Patrem et Spiritum Sanctum. (S. Mechtild., lib. Specialis gratiae, pars 1, c. 19, p. 61. éd. Solesmes).

(7) S. Hii.aiuus, totum Psalmum ad rhristum accommodare nititur. S. ADO., partim de Ecclesia, partim de Cliristo exponit. (Corn, a Lap., in Ps. CXXXVIII).

«mon Père et mon Dieu! Vous m'avez connu; Vous avez scruté « tous les replis de mon Cœur; Vous en avez compté tous les « battements; ses tristesses et ses joies sont devant vos yeux: Do- « ?nine, probasti me et cognovisti me. Mes humiliations et mes «gloires ne vous sont point cachées: Tu cognovisti sessionem « meam et resurrectionem meam (1). De tout temps, vous avez « observé mes voies et suivi le cours de ma vie: Intellexisti cogi- « tationes meas de longe; et semitam meam investigasti. Dans « votre prescience, vous avez vu les sentiers que la tendresse et « la charité de mon Cœur m'ont fait parcourir: Et omnes vias « meas praevidisti. Vous savez de quels sentiments de droiture, « de justice et de bonté, il est animé : Quia non est sermo in « lingua eius (2). Déchirant le voile de l'avenir, que dis-je? l'ave- « nir n'existe pas pour Vous, car tout vous est présent, Vous avez « contemplé, Seigneur, ma naissance humaine dans le temps, et « ma naissance divine de toute éternité: Ecce, Domine, tu cogno- « visti omnia novissima et antiqua. C'est vous qui avez formé « mon corps et posé sur mon Cœur le sceau de votre autorité : « Tu formasti me, et posuisti super me manum. tuam.

« Vous avez donc de moi une science aussi parfaite qu'ad- « mirable : Mirabilis facta est scientia tua ex me. Voilà pourquoi « vous êtes en possession de tout ce qu'il y a de plus intime en « moi; l'organe de mes affections sensibles et de tous ses désirs « est entre vos mains : Quia tu possedisti renés meos (3). Vous « en avez saisi tous les mouvements, dès le sein de ma Mère: « Suscepisti me de utero matris meae. Ses plus légères impres- « sions ne pouvaient vous échapper, quoique je fusse caché dans « les profondeurs de cette terre virginale et immaculée qui s'ap- « pelle Marie ! Non est occultatum os meum a te, quod fecisti « in occulto, et siîbstantia mea in inferioribus terrae (4). Car tout « est écrit dans votre pensée comme dans un livre vivant (5): In « libro tuo omnes scribentur. Puisque, Seigneur, rien ne saurait

(1) Ecclesia, in die Résurrection is, Christo accommodât haec verba: Cognovisti sessionem meam et resurrectionem meam. (Id., ibid., v. 1).

(2) In graecis codicibus legitur: Non est dolus in lingua mea. (Id., ibid., v. 3).

(3) Renés meos, partes videlicet sécrétas et absconditas, ubi est sedes internae cupiditatis; proinde afïectus mei et desideria mea in manu tua sunt. (Id., ibid., v. 12)-

(4) Per inferiora terrae, intelligere uterum matris. (Id., ibid., v. 14).

(5) In libro tuo, id est, in mente tua, omnes homines, imo etiam res omnes descriptae invenientur. (Id., ibid., v. 15).

« vous être soustrait, scrutez mon Cœur, plongez votre regard « dans sos abîmes et vous verrez qu'il aime ceux que vous aimez « et que vos ennemis sont aussi les siens; toutes ses aspirations « sont pour le bien; il déteste l'injustice et recherche la vertu: « Proba me, Deus, et scito cor meum; interroga me, et cogno- « sce semitas meas (1). Nonne qui oderunt te, Domine, oderam? « Perfecto odio oderam illos, et inimici facti sunt mihi. Les blas- « phémateurs de votre nom me feront mourir, mais je ressusciterai «et je partagerai avec vous la splendeur de votre gloire! Ex- « surrexi, et adhuc sum tecum. (Ps. 138). »

Voilà le Verbe dans son essence, dans sa nature; c'est la Pensée de Dieu, la Vertu de Dieu ; c'est son Image substantielle, et le Rayonnement de sa gloire; c'est la Raison des choses, le Centre où tout subsiste, la Vie qui s'écoule sur tous les êtres, c'est la Force et la Douceur, la Puissance et la Miséricorde infinies. Mais d'où vient-il ce Verbe divin?... D'où tire-t il son origine? « Il vient, nous répond Tertullien avec le Prophète royal, Il vient « du Cœur de Dieu, dont II est la parole incréée (2). » Son origine, saint Théophile d'Antioche, nous la fait connaître : « c'est le Cœur de Dieu où il réside de toute éternité (3). » Saint Fuigence, dans son sublime traité de l'Incarnation, nous tient le même langage. « Dieu, dans son amour infini pour les hommes, dit-il, « envoya parmi nous son Verbe, qu'il tira de son propre Cœur, « comme étant la source sacrée d'où II émane (4). » « Oui, ajoute « l'un des plus célèbres interprètes de la sainte Ecriture, ce Ver- « be, Fruit de l'intelligence divine, Pensée substantielle de l'Etre « infini, Miroir vivant de toutes les perfections, sort de lapléni- « tude de son Cœur, ce qui fait dire à Dieu : Mon Cœur produit « le Verbe qui doit donner au monde le bien qu'il attend (5). »

(1) Scito cor meum, id est, scrutari et examinare cor et semitas ejus, scilicet cogitationes, etc. (Id., ibid., v. 22).

(2) Solus ex Deo genitus: proprie de vulva Corclis ips us, secundum quod et Pater ipse testatur: Erunavit cor meum sennonern optimum. (Tertullianus, adversus Praxeam, c. 7, t. 2, p. 161, éd. Migne).

— Nos probamus Illum (Deum) sibi Filium fecisse Sermonem suum. Si enim Filium nominat, Filius autem non alius erit quam qui ex Ipso prodiit. Ego profero dictum a Deo: Erurtavit cor meum Sermonum optimum. (Id.,ibid., c. 11, p. 166).

(3) Verbura semper existens et in Corde Dei insitum. (S. Theophil. Antioch.^ "</ \-itolvcum, lib. 2, n. 22, p. 1087).

(4) Misit Verbum, quod Corde erurtavit. (S. fulg., de Filii incarn., n. 7. p. 577, éd. Migne).

(5) Sed ex plenitudine Cordis, sive ex perfectissima intelligentia Verbum men-

« A ce Verbe divin, qui voulait se revêtir de notre huma- « nité, il fallait une Mère digne de Lui, s'écrie le Bienheureux « Albert le Grand, une Mère ornée, dans un degré supérieur, «le « toutes les vertus possibles. Et cette femme privilégiée, qui de- « vait ceindre son front du glorieux diadème de la souveraineté « maternelle, fut Marie. Dieu L'a choisie de toute éternité pour « donner naissance à son Fils unique, consubstantiel à Lui-même « et engendré de son Cœur (1). » « En effet, ajoute saint Ansel- « me, Celle à qui était réservée la gloire insigne d'enfanter le « Verbe, sorti du Cœur de Dieu, égal en toute chose à son Père, « et de pouvoir dire au Très-Haut: Votre Fils est aussi mon Fils, « devait briller de l'éclat d'une incomparable pureté que la Di- « vinité seule peut comprendre II était de l'honneur de ce même « Verbe, qui choisissait Marie pour sa Mère, et du Saint-Esprit, « qui devait former dans son sein le Corps de Celui de qui II pro- « cède Lui-même, qu'il en fût ainsi (2). »

Pie IX, résumant la tradition dans sa Bulle de l'Immaculée Conception, s'exprime comme il suit: « Le Verbe incréé, sembla- « ble en tout à son Père, qui L'aime comme Lui-même , a été « engendré de son propre Cœur. Fils de la Virginité dans l'éter- « nité, Il devait être aussi le Fils de la Virginité dans le temps; « c'est pour cela que sa divine Mère fut ornée des splendeurs de « la sainteté la plus parfaite, en sorte qu'il pouvait être naturel- « lement l'unique et même Fils commun de Dieu son Père et de « la Vierge Marie (3). »

Or, s'il est vrai que le Verbe, d'un côté, est engendré du

tis, et Verbum unicum, idque summe bonura naturaliter produxit. ut prop'-ie dieere potuerit: Eructavit cor meum Verbum &onwm.(CORN. a Lap., in ps. XLIV, 1).

(1) Domina gloriosa quam Deus Pater Filio de Corde suo sibi consubstantiali genito praeparavit in Matrem, in qua Deus Filius corpuraliter habitavit. (Alb. Mac, in Comment, super c. 1 Matth., v. 19).

(2) Nempe decens erat, ut ea puritate, qua major sub Deo neqUit intelligi, Virgo illa niteret, cui Deus Pater unicum Pilum suum, quem de Corde suo aequalem sibi genitum, tanquam seipsum diligebat, ita dare disponebat, ut naturaliter esset unus idemque communis Dei Patris et Virginis Filius; et quam ipse Filius substantialiter facere Sibi Matrem eligebat, et de qua Spiritus Sanctus volebat, et operaturus erat, ut conciperetur et nascerelur ille de quo ipse procedebat. (S. Ansf.l., de Concept. Vire/, et de orig. pec., c. 18).

(3) Et quidem decebat omnino, ut pertectissimae sanctitatis splendoribus ornata fulgeret, tam venerabilis Mater, cui Deus Pater unicum Filium suum, quem de Corde sî<o aequalem sibi genitum, tanquam seipsum diligit, ita dare disposuit, ut naturaliter esset unus idemque communis Dei Patris, et Virginis Filius. (Bulla Pu IX, ad defin. Imm. Concept.).

Cœur de Dieu, et que de l'autre, Il est V Image vivante du Principe qui le produit (1), nous pouvons affirmer que le Cœur de Dieu s'est rendu sensible parmi nous et « a fixé pour toujours sa demeure sur la terre (2). »

Écoutons encore les Princes de la Théologie sur la génération éternelle du Verbe, et sur l'insondable mystère de l'amour divin.

« Le Fils unique de Dieu est venu tout entier du Cœur de « son Père, où il prend sa vie, dans le sein de Marie. Et c'est « Elle qui L'a fait sortir de ce mystérieux sanctuaire, où il se « tenait caché (3). La beauté virginale de son âme, jointe à l'ar- « deur de sa prière, fut comme une flèche qui alla percer amou- « reusement le Cœur de Dieu, où ce divin Fils résidait de toute « éternité, pour l'attirer à Elle (4). Mais Elle ne pouvait jouir de « ce Fils bien-aimé sans posséder en même temps le Cœur du « Père qui l'engendre (5), puisqu'il est l'expression la plus par- « faite de son amour infini et la figure de sa substance ; car, pour « nous servir des profondes et belles paroles du célèbre Auteur « de la Théologie de Marie, le Père et le Fils n'étant qu'une « même chose en une même essence, par cela même que la Vierge « a pu aller prendre dans le Cœur du Père, et pour parler le

(1) Imago Pei est. (I Cor., XI, 7).

(2) Cor meum ibi cunctis diebus. (II Parai., VII, 16).

(3) Filius Pei totus et intègre eructatus est de Corde Patris in uterum Mariae. (s. Petr. Damiax., serra. 43).

(4) Pater ex Corde Verbura éructât, et Virgo Mater utero illud excipit: Dieu diei éructât Verbum. (Christ, de Vega, Theol. Marian., n. 1803).

— In super. lis plane, et ultra Angelos, (Maria) Verbum ex ipso Patris Corde suscepit, ut scriptum est: Dies diei éructât Verbum. (S. Bernard., serm. de Natlv. B. M., n. 11).

— Mariam, a^t S. aug., genuisse ex corde Verbum (lib. de Sanct. Virgiait.); imo ut opinor, B. Virgo Cor idem cum Pâtre nanciscitur, a quo vel mutuavit, vel abstulit. Korsau id innuunt verba illa Cant. \; Yulnerasti cor meum. Alii ex hebraeo: Excordasti, sive cor abstullsti. Vulneravit utique Maria cor Patris aetemi, ubi Verbum divinum àb aeterno latebat, sibique Verbum avulsit. (Christ, de Vega, Theol. Mariai., n. 1804).

(5) Sed quia idem cum Corde Patris illud avellere non potuit, quin totum Patris Cor simul avelleret; ac proinde tametsi Verbum utero suo concepit, dicenda tamen est ex Corde Patris concepisse. (Id., ibid.).

— Una mulier hebraea vulneravit et rapuit divinum Cor. Propterea conqueritur Dominus de B. Virgine, dirons (Cant. 4): Vulnerasti cor meum, ubi Glossa: Pro amore tuo carnem assumpsi. (s. Bern. Sen., Pro Fesi. V. M., serm. 5, art. 1, c, 4, de Natlv. B. M.).

— Maria Filium unicum et unigenitum de Corde extraxit. (alb. Mac, super Miss., c. 194).

« langage de nos Saints Livres, jusque dans ses entrailles, le Verbe « éternel qui devait devenir son Fils, elle a dû attirer avec lui « le Cœur même du Père avec lequel il est identifié, selon ces « admirables paroles du cantique de Zacharie: « Par les entrait- « les de la miséricorde de notre Dieu, dans lesquelles ce soleil « levant est venu nous visiter d'en haut. » Si ce sont les entrailles de Dieu le Père, pourquoi le Prophète dit-il: dans les- « quelles il nous a visités? N'est-ce pas parce que la Bienheu- « reuse Vierge en pénétrant, par son amour, jusque dans le sein « du Père, jusque dans son Cœur, pour en ravir le Verbe éter- « nel, n'a pu attirer le Fils qu'en attirant avec lui le Cœur même « du Père qui l'engendre de toute éternité.

« Donc, avec le Verbe se sont incarnés dans le chaste sein « de Marie le Cœur de Dieu, sa charité éternelle et les entrailles « mêmes de sa miséricorde (1). »

Oui, ce Verbe divin, engendré du Cœur même du Père éternel, objet de ses complaisances, charité infinie comme Lui, a daigné s'incarner dans l'auguste Vierge qui, en le concevant, par l'opération du Saint-Esprit, l'a aussi conçu du Cœur même du Père, ex corde Patris concepisse dicenda est, et il a voulu tenir de cette Vierge sa nature humaine et, par cela même, un Cœur semblable au nôtre, afin d'y déposer, comme dans un trésor qui nous fût accessible, son amour, sa miséricorde, ses grâces et ses bénédictions (2). Et c'est ce Cœur, objet des adorations des An-

(1) Quod avellitur et extrahitur, aliquid, ex quo avellitur, extrahi necessum est, inquit gravi verborum pondère Tertullianus, lib. de Carne Christi, c 20: « Exlraxisti me ab utero, ait David, etiam cum quid extraneum extraneo aggluti- « natur, ita eoncarnatur, et convisceratur cum eo, ut cum avellitur, rapiat secum « ex corpore aliquid a quo avellitur. » Cum autem Pater et Filius idem sint in una essentia, eo ipso quod Filium sibi ex Corde Patris avulserit, Cor etiam, quocum convisceratus erat, attraxit, teste Zacharia in suo cantico, Luc, 1: Per . miserlcordiae Del nostri, in quibus visitavit nos oriens ex alto. Si viscera sunt l><'i Patris, cur ait: In quibus visitavit nos? Utique quia B. Virgo avulserat Dei Verbum ex visceribus Patris, quibuscum idem erat identitate naturae; non potuit autem avellere Filium, quin viscera, et Cor Patris extraheret. (Christ, de Veoa, Theol. Marian., n. 1804).

(2) Unum eumdemque Filium et Dominum nostrum Jesum Christum perfection in Deitate, et eumdem periectuin in humanitate Deum vere, et hominem

ges et dos hommes, qui fournira au corps du Christ les éléments nécessaires pour le développer et entretenir la vie dans ses membres. Il sera le foyer de sa chaleur, le Centre et le Roi de son organisme; en un mot, le Principe de son existence physique. Et lorsque sur la croix la lutte s'établira entre la vie et la mort c'est au Cœur, comme à la source de la vie, que le soldat romain ira frapper afin de le forcer à la laisser partir, s'il la retenait encore. La vie du Christ avait déjà abandonné cet asile suprême! Mais, ô merveille! Que se passe-t-il? De ce Cœur adorable, déchiré par la lance et d'où la vie s'était échappée, une autre vie nous apparaît ! ! C'est la vie des enfants de Dieu., et des héritiers du ciel (1). Le Verbe, sorti du Cœur de son Père, fait surgir le monde du néant, et du Cœur du Verbe incarné, percé sur le Calvaire, je vois sortir un nouveau monde, le monde des élus. Et cette création, pleine de grandeur et de fécondité, inspirée par l'amour et la miséricorde, c'est l'Eglise, ce corps mystique du Christ, qui Le perpétuera sur la terre jusqu'à la consommation des temps, et vivra de sa vie divine pendant toute l'éternité (2).

Mais ce corps mystique, dont le Rédempteur est la tète et dont les chrétiens sont les membres (3), doit avoir un cœur pour l'animer, entretenir sa vie, et la faire circuler dans toutes les parties qui le composent. Et ce cœur quel est-il?.... Celui du Verbe incarné.... Il ne saurait en avoir un autre. Cor Jesu, vita nostra. (S. Bonav.).

Ce monde des élus doit aussi avoir son soleil pour l'éclairer et le vivifier, son Océan pour le fertiliser, ses trésors pour l'en-

vere.... consubstantialem Patri secundum deitatem, consubstantialem nobis eumdem sfcundura humanitatem, per omnia nobis similem absque peccato. {Concil. gênerai. Chalccdon. IV, apud Denzinger, enchiridion symbol. et définit., n. 134).

(1) Mea sit ac soeiorum, quae ex vulnere stillat,vita. (C'est la Sainte-Vierge qui parle, en voyant le Gœur de Jésus, ouvert par la lance). - (Georgius, Metropolit. ffleomediensis, orat. S, p. 1482, éd. Migne).

(2) Ex Latere igitur suo Christus aedificavit Ecclesiam sicut de latere Adam ejus conjus Heva prolata est. (Sermo S. Joan. Chrysost., in fest. Pretlos. Sang. D. X. J.-C, dom. I julii).

— Unde Bacramenta Ecclesiae manaverunt, sine quibus ad vitara, quae vera il,, est, non intratur. (S. aug., in Joan. evang., c. 19, tract. 120, n. 2).

— Unde formaretur unica, et immaculata, ac Virgo, sancta Mater Ecclesia, sponsa sua. o beatissima Ipsius sacri lateris apertura, unde nobis tôt et tanta • 1 i— vinae pietatis dona fluxerunt! (Sermo Innocentii Papae sexti, in Décret, de fest. Lanceae et Clav. Dom ).

(.'{) Rom., XII, 4 et ô. - I Corinth., XII. 12, 13 et 27.

— ipstf est caput corporis Ecclesiae. (Colos., I, 18).

richir, son Roi pour le gouverner!.... Eh bien! le Cœur de Jésus sera tout cela encore (1) !

Et Marie, qu'est-EUe dans cette création spirituelle qui jaillit du Cœur de son Fils, au pied de la croix? Elle est cet astre merveilleux qui reflète la lumière de ce divin soleil, et concentre ses rayons vivifiants pour les répandre sur ses enfants.

Elle est cet aqueduc mystérieux, établi par Dieu pour recueillir à la source même, qui est le Cœur de Jésus, les eaux de la grâce, les porter ensuite dans le champ de l'Église pour le fertiliser.

Elle est encore la Reine privilégiée de ce nouvel empire, où règne en maître souverain le Cœur de son Fils. Ce doux Monarque met entre ses mains tous les trésors qu'il possède. Il L'établit Intendante de ses richesses et Dispensatrice officielle de tous ses bienfaits.

Est-ce tout? Non.... Nous savons d'où vient le Verbe. Il sort des profondeurs insondables du Cœur de Dieu (2). Oui, voilà sa source, son origine! Quelle est sa nature, son essence? La même que celle du Principe qui Le produit (3). Et, s'il est la splendeurde la gloire de son Père (4), sa vertu (5) son image (6), la figure de sa substance (7), Il doit être aussi la splendeur, la vertu, l'image, la figure, renonciation substantielle du Cœur de Dieu, d'où II est engendré (8), il doit être la charité éternelle (9). Et

(1) Cor Jesu Rex cordium. {LU. SS. C J.).

— Cor Jesu de cujus plenitudioe nos omnes accepimus. (Id.).

— Cor Jesu thésaurus nunquam deficiens. (Id.).

— Cor Jesu, fons omnium gratiarum. (Id.).

— Cor est sol in microcosme. Ut solem Cor mundi, ita Cor eleganter veteres hominis solem vocarunt. (Riolan., Anthropograph., lib. 3, c. 12).

(2) Deus Pater unicum Filium suum, quem de Corde suo aequalem Sibi ge. nitum,tanquam seipsum diligebat. (S. Anselm., de Concept, yirg.etde orig.pec, c.18).

(3) Idem in essentia et divinitate. (Corn, a Lap., t. 16, p. 543, col. 2, éd. Vives).

(4) Splendor gloriae.... Ejus. {Heb., I, 3).

(5) Dei virtutem. (I Cor., II, 6).

(6) Imago Dei. (II Cor., IV, 4).

(7) Figura substantiae Ejus. {Heb., I, 3).

(8) De corde suo aequalem Sibi genitum. (Bulla Pu IX, ad de fin. Im. Concep.).

(9) Deus charitas est. (I Joan., rv, 8).

voilà que cette Charité infinie qui forme le fonds même de Dieu (1), qui est le propre de son Cœur, s'est renfermée dans un Cœur humain (2), formé du sang d'une Vierge (3). « En Notre-Seigneur, « dit un savant distingué (4), nous devons considérer deux natu- « res, et par conséquent deux volontés, l'une divine, l'autre hu- « maine, et par conséquent deux Cœurs, l'un spirituel et pure- « ment divin (5), dont parle la Sainte Ecriture, quand elle fait « dire à Dieu : Je vous donnerai des prêtres selon mon Cœur, « et l'autre humain et divin, par son union avec la nature di- '■■ vine. »

Voilà pourquoi un des Théologiens les plus profonds de notre siècle s'écrie: «Le Christ est le tout de Dieu.... Son sacrement vivant.... Son don plenier.... Son Cœur pour nous aimer (6). »

Faut-il s'étonner maintenant, si le Verbe incarné nous dit que son Cœur adorable doit être regardé comme le siège de son amour (7), Yorgane de son dévouement et la source de toutes les vertus dont il nous a donné l'exemple (8)? Non.... Dieu, avonsnous dit, est charité par essence; chaque Personne de l'adorable Trinité s'aime Elle-même, et aime en Elle, d'un amour éternel, les deux autres Personnes. Et si Dieu se répand à l'extérieur,

(1) Deus cui proprium est misereri semper et parcere. (Oratio in die obitus).

(2) Et Verbum caro factum est. (S. Juan., I. 14).

(3) Domina gloriosa, quam Peus Pater Filio, de Corde suo Sibi consubstantiali genito, praeparavit in Matrem. (alb. Mag.. in Comment, super c. i Matth.,x. 19).

(4) Nouvelle Philosophie ou cinq propositions, avec lesquelles on explique scientifiquement la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus, n. 5, par le P. Jungmann, jésuite allemand. (Extrait de la Cité de. Diev, revue catholique espagnole, 1. année, i. .:. 1870, Madrid).

(5) Le Cœur divin de Jésus-Christ est la volonté infinie de sa nature divine, (îd., ibid.)-

— I,o Cœur n'est pas seulement l'organe de la vie végétative, mais le prin. cipe subjectif de la \\<- murale.... C'est l'équivalent de la parole allemande: Das g< muth, facilitas appetandi: force totale et expansive de notre âme. (R. P. Jungmann, ibid., n. 4).

— Discite a Me, quia mitis sum et humilis corde. (.S. MAtth., XI, 29).

(6) Mgr Ga.t, 2. élév. sur la vie et la doct. de iV. S. J.-C, p. 14.

(7) Voilà ce Cœur qui a tout aimé les hommes. (Paroles de JV.-S. à la nienheurcuse Marguerite Marie, t. 1, p. 123, éd. 2).

Discite a Me, quia mitis sum et humilis Corde. (S. Matth., XI, 29).

par la création des Anges et des mondes, c'est sous l'inspiration de sa charité, dit saint Thomas (1). Cette divine Charité, de toute éternité et dans ses manifestations diverses, vise un être : l'homme (2). Si Elle opère, c'est par le Verbe (3); et lorsqu'Elle voudra faire son œuvre par excellence, la Rédemption, c'est encore par le Verbe qu'Elle agira; et le Verbe alors s'incarnera dans le sein d'une Vierge, par la vertu de l'Esprit-Saint, qui est tout amour (4). Et le fruit de ce mystère, dit saint Paul, c'est le Christ, dans lequel la Charité de Dieu réside substantiellement, et dans toute sa plénitude (5). D'où il suit que le Verbe incarné est véritablement le Christ Charité. Dès lors, tous ses actes jailliront sous l'inspiration de cet attribut divin et en porteront le cachet indélébile; sa loi sera une loi de grâce, une loi & amour (6). Il ne vivra, Il n'agira que pour nous, Propter nos homines etpropter nostram salutem. Il n'aura pas une pensée, pas un désir, pas une parole, pas une action quelconque, ni une affection dans son âme, ni une souffrance dans son corps, ni une sensation, ni un mouvement dans son Cœur, qui ne reconnaissent la Charité divine comme principe et cause première.

Aussi pouvons-nous affirmer, avec certitude, que cette Charité divine, prise dans toute son extension, c'est-à-dire, en ellemême et dans ses manifestations diverses, est Y objet formel, ou, si vous l'aimez mieux, Y objet spirituel et primaire du culte du Sacré-Cœur (7). D'où il résulte que cette Dévotion est véritablement la Dévotion des Dévotions.

(1) S. Thom., m, q. 1, art. 1.

(2) In charitate perpétua dilexi te. (Jerem., XXXI, 3).

(3) Omnia per Ipsum facta sunt; et sine Ipso factum est niliil, quod factura est. (s. Joan., I, 3).

(4) Spiritus.... Tons vivus, igriis, Charitas. (Hymn. Veut, Creator Spiritus).

— Pei* charitatem Sancti Spiritus. {Rom., XV, 30).

(5) Charitate Dei, quae est in Christo. {Rom., VIII, 39).

(6) Jugum meum suave est, et on us raeura levé. (S. Matth., XI, 30).

— Non sumus sub lege (veiera), sed sub gratia. {Rom.. VI, 15).

— Plenitudo ergo Iegls est dilectio. {Rom., XIII, 10).

(7) Suarez, in 3. p., disp. 18, sect. 1 et 2. - Franzeun, de Verbo incarn., thesis 41. - Perrone, de laçant., p. 2, c. 4, prop. 2, n. 539 et 540. - Muzzarelli, opusc, p. 249. - Gallifet - Croiset - P. Franco - Nilles, de Ration, fcst., lib. 1, p. 2, c. 2. - J. Jungmann, thesis 5, p. 93. Vide Leroy, de SS. Corde Jesu ejusque c.ultu, c. 3, q. 15 et 16. - Objectum principale seu formale cultus SS. Cordis Jesu sine dubio est amor Jesu. (Id., ibid., n. 182). - Sequitur ex eo quod haec charitas sit objecta m formale. (Id., ibid., n. 183).

En effet, l'objet spécial de chaque dévotion, ayant rapport à Notre-Seigneur, est la Charité divine, considérée dans une manifestation particulière, tandis que celui du culte du Sacré-Cœur est la Charité du Christ-Dieu, prise dans tout son ensemble, dans toutes ses manifestations et dans chacune d'entre elles. Voici ce que dit à ce sujet la Sacrée Congrégation des Rites:

« La fête du Sacré Cœur de Jésus n'a pas pour objet quelque « mystère particulier.... c'est plutôt un résumé des autres fêtes « qui ont pour but de célébrer les divers mystères, et comme un « souvenir de l'immense Charité, qui a porté le Verbe fait chair « à l'œuvre rédemptrice de notre salut, ainsi qu'à l'institution du « Sacrement de l'autel, jusqu'à ce point qu'il a pris sur Lui le « poids de nos péchés, et qu'il s'est sacrifié, en mourant sur la « croix, comme une hostie, à la gloire de son Père céleste (1). »

S'inspirant de cette doctrine, l'éminent Évêque de Poitiers s'écrie : « Le culte du Sacré Cœur de Jésus, vous le savez, c'est « la quintessence même du Christianisme, c'est V abrégé et le som- « maire substantiel de toute la Religion. Le Christianisme, œuvre « d'amour dans son début, dans son progrès et dans sa consommation; le Christianisme, dont l'histoire est tout entière dans ce « mot sublime: Dieu a aimé le monde (2); le Christianisme, dont « tout le symbole se réduit à ces trois paroles du Disciple bien-aimé: « Nous croyons à l'amour de Dieu pour nous (3), c'est-à-dire, nous « croyons que, dans l'Œuvre divine, le Cœur a tout fait; enfin le « Christianisme, dont toute la morale est renfermée dans ce seul « mot : Diliges : « Tu aimeras (4), » c'est-à-dire, tu rendras amour « pour amour, tu me donneras ton cœur en échange de tout ce « que le mien a fait pour toi, le Christianisme, disons-nous, ne sau- « rait être identifié aussi absolument avec aucune autre dévotion, « comme avec celle du Sacré-Cœur (5). » Aussi, « quand j'adore le

(1) Sarri Cordis .Tesu festum non versatur ciroa peculiare mysterium, cujus specialis solemnis commemoratio facta non fuerit in statutis ab Ecclesia diebus; sed est compendtum aliarum solemnitatum, in quibus diversa celebrantur mysteria, et memoria recolitur immensae illius charitatis, qua Verbum caro factura est pro nostra redemptione et salute, sacramentum altaris instituit, peccata nostra portavit, seseque divino Patri in cruce moriens obtulit host am et sacrificium. (Oardellixi, Derreta, t. 3, n. 4549, in decr. die 3 apr. 1821, p. 175).

(2) s. .toan., III, 16.

(3) I Joan., IV, 16.

(4) Peut., VI, 5.

(5) Lettres synodales de Mgr Pie, CF.uv., vol. 3, p. 48.

« Cœur de Jésus, j'adore ce transport de Charité éternelle qui a « porté le Verbe de Dieu à s'offrir comme victime pour notre ra- « chat; j'adore cet amour qui a retenu un Dieu pendant neuf mois « dans le sein de Marie, qui L'a fait naitre enfant à Bethléem, qui « L'a attaché à la croix; cet amour qui Le retient, nuit et jour, « sur les autels; cet amour qui s'épanche à torrents du ciel ou du « tabernacle, et qui se répand dans les cœurs. Madeleine couvrait « de ses baisers et de parfums les pieds de Jésus; mais ces pieds, « c'était son Cœur qui les faisait courir à la recherche de la bre- « bis égarée, à la poursuite de la pauvre âme pécheresse. Les « malades et tous ceux qui souffraient invoquaient le bras tout- « puissant de Jésus; mais ce bras n'agissait que sous la conduite « et par le mouvement de son Cœur. Les enfants de la Judée «aimaient à être touchés par les mains divines de Jésus; mais « ces mains caressantes n'étaient que les instruments de son Cœur. « Un d'entre eux, déjà jeune homme, fut un jour l'objet d'un re- « gard indicible de Jésus (1); mais ce regard doux et pénétrant, « ce regard capable d'exciter la jalousie des Anges, c'était un « éclair qui jaillissait du foyer d'amour de son Cœur (2). »

La Dévotion au Sacré-Cœur a aussi un objet matériel, c'est le Cœur de chair de Notre-Seigneur, inséparablement uni à son âme et à sa Personne adorable* avec la signification symbolique de l'amour qui lui est inhérente (3).

(1) Intuitus enim, dilexit eum. (S. Marc, X, 21).

(2) Mgr Pie, t. 6, p. 610.

(3) In causa praesenti objectum: Cor Jesu; non illud quidem pure materialiter sumptum, sed quatenus animae Christi ac Verbi divini Personae indissolubili nexu' conjunctum; quatenus amore hominum ardentissimum, pro peccatis nostris afflictis-ùmum omnique dolorura génère, amore nostri in passione acerbissimum wxatum et oppre^sum, ac demura in cruce pro nobis ferro lanceae vulneratum et apertum.... Ilaec enim omnia, strictissime et inseparabiliter inter se conjuncta, rationem objecti simul et indivise constituunt.... Ad essentiam ac notionem hujus cultus pertinere ut duplex objectum habeat: spirituale et sensibile, h. e. amorem Christi et verum ejus Cor, spectatum nempe ut symbolum dicti amoris adeoque amorem Christi symbolice h. e. sub symbolo Cordis recoli. (S. Congreg. Rituum, Clem. XIII régnante).

— Card. Franzelin, de Verbo incarnato, thesis 45, prop. 3.

— P. Nii.les, op. cit., lib. 1, p. 2. p. 205. - P. Gallifet, op. cit.

La sagesse humaine, qui veut tout expliquer, nous pose une question: Pourquoi, dit-elle, Jésus-Christ a-t-Il voulu qu'on rendit un culte spécial à son Cœur pour glorifier son amour? Ne pouvait-il pas choisir une autre partie de sa sainte Humanité? Oui, sans doute; mais il a préféré son Cœur sacré, parce que, disent les Postulateurs de la cause, « ce Cœur adorable est l'organe « le plus noble, le plus digne et le mieux approprié à ses desseins,

— P. Croiset, id. - Leroy, de SS. Corde Jesu ejusque cultu, c. 3, q. 14.

« On ne doit pas considérer le cœur de chair et le symbole comme deux choses séparées, mais on doit plutôt voir dans le cœur de chair deux raisons distinctes « d'adoration: l'une, tirée de son union hypostatique avec la divinité, et l'autre, « de sou rapport symbolique à la charité de Jésus-Christ. Le symbole est inhé- « rent nu Cœur de chair, parce que c'est un symbole réel; c'est même le Cœur « de Jésus-Christ, qui symbolise son immense charité, et en conséquence exige l'ado- « ration et comme Cœur de Jésus-Christ, et comme symbole de sa charité. » (Muz-

ZA.RELLT, Op. Cit., p. 2-16).

— « Le Cœur de Jésus, dit encore Muzzarelli, se prend dans le sens propre et « naturel, et alors il signifie son Cœur de chair, cependant toujours considéré comme « uni à son humanité et à la personne du Verbe. Le Cœur de Jésus-Christ se prend « aussi dans un sens symbolique et métaphorique et alors il signifie sa volonté et « son amour. Et quoiqu'il y ait en Jésus-Christ deux natures, deux volontés et deux «opérations, nous voulons néanmoins, sous le nom de Cœur symbolisé, compren- « dre l'amour incréé et l'amour créé de Jésus-Christ, puisque son Cœur est le sym- « bole des deux, et que les deux natures et les deux volontés subsistent dans la «même personne. Ainsi en nommant le Cœur de Jésus dans le sens symbolique « et métaphorique, nous entendons proprement l'amour de Jésus-Christ, Dieu et « homme. » (Id., ibid., p. 234).

« On demandera peut-être pourquoi l'on ne peut dire que le Cœur de Jésus « nous a aimés, en parlant de son Cœur de chair? Je réponds que nous pouvons « le dire dans le même sens, où nous disons de notre cœur qu'il aime, parce que « le co?ur de chair par ses mouvements et ses altérations ressent et manifeste l'amour « qui réside dans l'âme. Ainsi nous disons: « J'ai mal à la tête, à une main, à un « pied, » quoique rigoureusement parlant, le sentiment de douleur soit dans l'âme « et. qu'il n'y en ait dans le corps que le principe et la cause. Il faut bien remar- « quer en disant que « le Coeur de Jésus nous a aimés, en signifiant le Cœur de « chair, nous voulons parler du vrai amour qui réside dans sa sainte âme, et dont « le Cœur de chair reçoit des impressions si nobles: de cet amour incréé, dont son « Cœur est réellement embrasé, d'un amour déifié par le Verbe, auquel l'Humanité « de Jésus-Christ est unie hypostatiquement, d'un amour dans lequel influe la Di- « vinité qui le perfectionne intrinsèquement, et, en conséquence, d'un amour inef- « fable et incompréhensible. » (Id., ibid., p. 236).

« On donne aussi au Cœur de Jésus des épithétes qui ne conviennent qu'au « cœur symbolisé, c'est-à-dire, à l'amour de Jésus-Christ, Dieu et homme; par exem- « pie: « O Cœur très miséricordieux et bienfaisant! » parce que la miséricorde et « la bienfaisance regardent l'amour, et n'appartiennent pas rigoureusement et en « propre au Cœur de chair considéré en lui-même. Enfin on donne au Cœur de « Jésus-Christ des titras qui ne conviennent qu'au Cœur symbolisé, c'est-à-dire, à « l'amour de Jésus-Christ, non en tant qu'homme, mais seulement en tant que Dieu, « par exemple: « O Cœur tout-puissant! » car la toute-puissance est un attribut de « Jésus-Christ en tant que Dieu: sa volonté et son amour incréé est réellement tout-

« et comme le siège de la Charité infinie du Fils de Dieu (1). » Et nous pouvons ajouter avec la science moderne, parce que le Cœur est le roi de l'organisme, le principe de la vie matérielle, le résumé de l'homme et le tout du corps (2).

Ainsi l'objet sensible de la Dévotion au Sacré-Cœur est le Cœur véritable, le Cœur charnel de Jésus, en tant qu'il est indissolublement uni à la personne du Verbe; ce qui fait que ce divin Cœur est digne de toutes les adorations des Anges et des hommes (3).

Le Sacré-Cœur est de plus le symbole réel de l'amour de Notre-Seigneur pour nous (4). En effet, qu'est-ce qu'un symbole? C'est un objet qui nous fait connaître un autre objet par l'analogie qu'il a avec lui. C'est ainsi que l'avait compris saint Ber-

« puissant en lui-même, mais il n'en est pas ainsi de sa volonté et de son amour « créé. Ainsi quand nous disons que: « le Cœur de Jésus nous aime, » nous pou- « vous rapporter cet amour au Cœur symbolisé, ou à la volonté créé et incréé de < Jésus-Christ; mais si nous disons: « que le Cœur de Jésus nous a aimés dés l'éter- « nité, » il est évident que nous ne pouvons le rapporter qu'à la volonté de Jésus- « Christ, comme Dieu, mais non comme homme. Il en est de même quand nous « disons: «. le Cœur de Jésus nous a aimés et nous aime d'un amour infini; » l'être « infini, en prenant ce mot dans le sens d'entité infinie, n'appartient pas à l'amour « créé, qui n'est pas capable d'entité infinie; nous voulons donc dire que la volonté « de Jésus-Christ, en tant yue Dieu, nous a aimés et nous aime d'nn amour in- « fini, ou bien que la volonté de Jésus-Christ, en tant qu'homme nous a aimés d'un « amour, d'une dignité infinie, à cause de l'union hypostatique avec le Verbe.... On « ne doit pas pour cela exiger que ces déclarations soient faites expressément dans « les prières, puisque, sans cela, ces expressions ont leur propriété naturelle, à « cause de la communication des idiomes.... Autrement on ne pourrait dire ce que «l'Eglise dit très-justement et très-universellement savoir: «que Jésus-Christ nous « a aimés d'un amour infini, » et autres choses semblables; mais il faudrait dire « pour éviter l'erreur: « Jésus-Christ, en tant que Dieu, nous a aimés et nous aime « d'un amour infini. » (Id., ibid., p. 235).

(1) De Corde non translatitie sumpto, sed in propria et nativa significatione accepte, videlicet ut pars est corporis Christi nobilissima. (Petitio episcop. Polon.). - Ad excitandum amorem erga Christum Dominum, nec sensibilius, nec efficacius, nec dignius objectum elegi potest Illius Corde: neque idem Cor percolendum tantummodo est, uti pars praecipua et adorabilis Corporis, sed etiam ut sedes praedicti amoris immensi Filii Dei. (Frigidianus Castagnori, S. Congreg. Rit., 1607).

(2) Hervey, Haller, Cl. Bernard, etc.

(3) Cum incarnato Verbo adoratur caro Christi, non quidem propter seipsam, sed propter Dei Verbum, quod secundum hypostasim ipsi copulatum est. (S. Joan. Damasc, de fide orthod., lib. 4, c. 3, t. 1, p. 1106, éd. Migne).

— Cor Jesu, proprie et per se sumptum, ob hypostaticam unionem, capax est adorationis latriae. (Blasius, de festo Cordis Jesu, c. 12. - Pius VI, Bul. AuctO" rem ftdei).

(4) En igitur quae sit res quam Jésus colendam proponit, nimirum Cor suum sacrosanctum, non tantum ut est symbolum omnium interiorum alTectuum, sed ut est in se. (Petitio episcop. Polon.).

nard, quand il s'écriait: «O Seigneur Jésus! Votre Cœur a été « blessé sur la croix, afin que dans cette blessure visible à nos yeux « nous puissions voir la blessure invisible de votre amour (1). » C'est aussi ce qu'exprime notre adorable Sauveur, lorsqu'il dit à la Bienheureuse: «Mon Cœur est si passionné d'amour pour « les hommes, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flam- « mes de son ardente Charité, il faut qu'il les répande par ton « moyen (2). »

Ne soyons point étonnés de ce choix; il devait en être ainsi, parce qu'il repose sur la vérité^ De toutes les parties du corps, c'est le cœur qui, au témoignage de tous les peuples et de nos Livres saints (3), renferme en lui la raison du symbole de l'amour dans sa généralité, et le fondement de cette relation ; tandis que les pieds, les mains, les yeux n'en seraient, comme nous l'avons vu, qu'une expression particulière.

La science, de son côté, vient encore confirmer cette doctrine. Les plus célèbres Physiologistes nous disant « que le cœur est le plus sensible des organes de la vie végétative.... que c'est du cœur que viennent les conditions de manifestation des sentiments.... que leur expression se fait par un échange entre le cœur et le cerveau.... et que le cœur en reçoit réellement toute l'impression (4). » Il est donc légitime que le cœur soit, de préférence à tout autre organe, le symbole de l'amour.

Mais est-il bien vrai, comme on l'affirme généralement, que le Sacré Cœur de Jésus soit le siège de sa Charité divine, le coprincipe de ses vertus et le centre de ses affections intérieu-

(1) Cor enim Illius mecum est, audacter dicam. Proplerea vulneratum est, ut per vulnus visibile, vulnus amoris invisibile videamus. Quis illud Cor tam vulneratum non diligat? Quis tam amantem non redamet? (S. Bern., de Passione, c. 3, n. 9, 10 et 11).

(2) Œuvres et vie de la B. Marg. Marie, t. 2, p. 379, éd. 2.

(3) Erunt oculi mei et Cor meum ibi cunctis diebus. (III Reg., IX, 3).

— Si secutum est oculos meos Cor meum. (Job., XXXI, 7).

— Ubi est thésaurus tuus, ibi est et cor tuum. (S. Matth., VI, 21).

— Dedi Cor meum in cunctis operibus. (Eccle., VIII, 9, etc., etc.).

(4) Claude Bernard, la science expérimentale, Physiologie du Cœur, p. 359 et suiv.

res (1). C'est une question grave que nous allons examiner avec tout le soin qu'elle mérite.

Quelle qu'en soit la solution, la Dévotion au Sacré-Cœur reste la même; elle ne perd rien de sa légitimité ni de son efficacité. Nous l'avons établi dans les pages précédentes. La Théologie ne pense pas autrement (2).

Maintenant, si nous interrogeons le genre humain tout entier, en remontant jusqu'à son berceau, il n'a qu'une voix pour nous répondre qu'il a toujours regardé le cœur comme l'organe des affections. « Ce langage est le langage de tous les peuples, et le langage universel n'a jamais tort, dit Mgr de Poitiers (3). » « Le langage de l'humanité, du sens commun, c'est le langage de « la nature et de la vérité (1), » « et ce langage est l'œuvre de « Dieu (5). » De tout temps, on a trouvé sur les lèvres de toute créature humaine ces expressions: mon cœur brûle d'amour; mon

(1) Plures statuunt cor esse comprincipium sensibile omnium virtutum et affectionum, quasique centrum voluptatum et dolorum omnium interiorum Christi Pomini. (Bened. XIV, de Serv. Dei Beat., lib. 4, p. 2, c. 31, n. 25).

(2) Non est propterea cur salebrosam physiologicam quaestionem attingamus, utrum Cor reipsa sedes affectionum sit ac sensitivitatis, ut vocant, necne; cum nihil référât ejusmodi quaestio ad institutum nostrum, quod ab illa est omnino independens. (Perrone, Praelect. theologicae, de Incarn., p. 2, c. 4, n. 561).

« Que le Cœur de chair soit le centre, le siège, l'organe, le principe des sentiments intérieurs et des affections de l'âme, c"est une question qu'on peut laisser discuter aux philosophes anciens et modernes. (Storckenau, Psych., p. 2, sect. 2. c. 1). Mais il est hors de doute que le cœur de chair est la partie du cœur humain qui ressent plus sensiblement les effets des passions de l'âme, peut-être est-ce parce que le cœur est la cause motrice de tous nos fluides, et il semble naturel, que les mouvements soient plus sensibles et plus violents à l'endroit où existe et agit la cause matérielle et la source du mouvement vital. Quoiqu'il en soit, les sentiments, les impressions, les palpitations qu'éprouve le cœur de chair, quoique médiatement, par l'amour qui réside dans l'âme, et que tout homme éprouve plus ou moins en lui-même, sont autant de témoins irréfragables de la correspondance mutuelle entre l'amour de l'âme et le Cœur de chair, et de la diffusion et communication des effets d'un amour ardent ou timide à cette partie du corps, de quelque manière que cela arrive. « Non enim affectiones animae causantur ab alterationibus cordis, sed potins causant eas; unde in passionibus animae, puta in ira, formate est, quod est ex parte affectionis, scilicet quod sit appetitus vindictae; materiale autem quod pertinet ad motum cordis, puta quod sit accensio sanguinis circa Cor. » Ainsi parle S. Thomas (opusc. 35, de Motu cordis). « La Philosophie moderne et la Congrégation des Rites n'en ont jamais douté. » (Muz-

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