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CHAPITRE XVII

LE CŒUR DE JÉSUS ET LA SCIENCE MODERNE

(Suite).

La science qu'on nous oppose est la physiologie. Cette science a-t-elle acquis tout son développement? Est-elle à son apogée? Possède-t-elle la clef de tous les mystères qu'elle étudie? A-t-elle la prélention de nous donner le dernier mot sur tout ce qui fait l'objet de ses investigations ? Évidemment non. Ecoutez le Maître. Que dit-il? Il dit « que la physiologie est une jeune science, qui « n'est, pour ainsi dire, qu'à son début (1). » « Et lorsqu'elle sera « plus avancée, le poète, le philosophe et le physiologiste parle- « ront la même langue (2). » « Chaque fonction du corps, dit en- « core M. Claude Bernard, possède son centre nerveux spécial, « véritable cerveau inférieur dont la complexité correspond à « celle de la fonction elle-même; ce sont là des centres organi- « ques ou fonctionnels qui ne sont pas encore tous connus (3). »

La première question qui s'offre à l'examen des physiologistes, c'est la vie! Il faut qu'ils sachent ce qu'elle est, car c'est le point de départ, la clef de tous les phénomènes dont ils devront se rendre compte.

Eh bien! ont-ils une définition exacte à nous donner de la vie ? Non. Leurs théories sont incertaines, contradictoires. « La

(1) Claude Bernard, la Science expérimentale; Discours de Réception à l'Acad. française, p. 481.

(2) Id., Revue des Cours scient., 1 vol., 1865.

(3) Id., Disc, de Récept. à l'Acad. française, p. 418.

« vie, dit Bichat, est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort (1). » D'autres affirment que « c'est une force qui s'oppose aux lois qui régissent la matière organisée. Kant soutient que la vie est un principe intérieur d'action; un autre, qu'elle est sous la dépendance d'un principe particulier, d'une puissance spéciale, quel que soit le nom qu'on lui donne, etc. (2). »

« De toutes ces définitions, que nous pourrions multiplier à « l'infini, dit M. Claude Bernard, aucune n'est complètement sa- « tis faisante... Pascal a écrit qu'il y a des mots primitifs que l'on « comprend sans qu'il soit besoin de les définir; or, le mot vie est « dans ce cas. Pour moi, ajoute réminent physiologiste, la vie « est une cause première. Ce que l'on sait, c'est qu'elle a son « siège partout, dans toutes les molécules de la matière orga- « nisée (3). »

Voilà le dernier mot de la science sur cette question capitale: hypothèse, incertitude!...

Aura-i-elle des données certaines à nous fournir sur le sang, « ce principe matériel de la vie (4), » et que le cœur recueille pour le distribuer à tout le corps?

Les Physiologistes nous diront, sans doute, et avec vérité, qu'il se compose d'une multitude innombrable de corpuscules microscopiques que l'on appelle globules, et que c'est par millions qu'ils roulent vivants dans nos vaisseaux. Très bien ! Mais que sont-ils dans leur essence, ces globules? D'où viennent-ils? Qui leur a donné l'existence, la vie qui leur est propre et leur activité? Comment se perpétuent-ils?... Autant de mystères pour la science (5).

Interrogeons-la enfin sur le cerveau dont elle fait le siège de l'intelligence et de l'amour. Peut-être sera-t-elle plus affirmative... Là encore nous trouvons des systèmes.

Gall plaça les facultés intellectuelles dans toute la masse cérébrale (6). Flourens, au contraire, les concentra dans les parties

(1) tl. Bebn., la Srience expérimentale, Définit, de la vie, p. 161.

(2) Id., ihid.

(3) Id., ibid., Probl. de la physionomie gén.

(4) Bordeu.

(5) Budge, célèbre physiologiste allemand. — Physiologie de Lus et Duval, du Sang.

(6) Gall, sur les Fonctions du cerveau, Paris, 1825.

les plus élevées de l'encéphale (1). M. Claude Bernard pense, à son tour, « qu'elles résident, à des degrés divers, dans une foule de centres nerveux échelonnés dans l'axe cérébro-spinal; ces centres ne sont point encore tous connus. Quant à la conscience, il lui assigne pour siège exclusif les lobes cérébraux (2). »

Mais qu'elle est cette conscience, dans son essence, au point de vue physiologique? Il nous répond franchement qu'il n'en sait rien (3).

Voilà autant de mystères que la science moderne ignore, lorsqu'elle met Dieu et l'àme de côté!

Elle réserve sans doute ses lumières pour la dernière question qu'il nous reste à examiner! Quel est donc le siège exclusif du sentiment, des affections, de l'amour? Les savants sont encore partagés. Les uns placent le siège des affections dans le grand sympatique (4) ou mieux dans le système nerveux (5). Ce dernier sentiment est partagé par Budge (6) et par Longet dont voici les paroles : « Le système nerveux est le siège des facultés « sensoriales et intellectuelles, du principe incitateur des mou- « vements volontaires et involontaires (7). » Le docteur Sales- Girons va plus loin. Il étend davantage le siège de nos affections; il le place dans l'homme tout entier: « L'organisme dans son unité, dit-il, est l'organe de l'amour (8). » Partisan de la philosophie de saint Thomas, « que M. le docteur Chauffard dit être un physiologiste autrement profond que Stahl (9), » M. Sales-Girons, embrasse sans doute cette opinion, parce que, d'après les doctri-

(1) Cl. BerN., Disc, de Récept. à l'Acad. franc.

(2) Id., ibid.

(3) Id., ibid.

(4) Voir études religieuses, oct. 1874, p. 502.

(5) J. Junomakn, tract, de Incarn. - B. Jungmann, profes. à Insbruck. - De Rigault, Etudes religieuses, 1870, p. 247.

(6) Compendium de physiologie humaine, 6. section, Physiologie des nerfs, c. 1, § 1.

(7 Propriétés et fonctions du système nerveux en général. - Traité de physiologie, t. 2, p. 1.

(8) Voir la Revue rçédicale du 20 déc. 1878, p. 830.

(9) Les fonctions de l'organe cardiaque, p. 80, note.

nés de l'Ange de l'École, « l'âme se met en communication directe avec toutes les parties du corps dont elle est la forme (1), c'est-à-dire, en vertu de laquelle le corps est corps humain. » C'est elle qui informe la matière dont se compose le corps de l'homme, en le limitant et en le déterminant; c'est elle qui l'élève au rang de corps organisé.

Mais voici d'autres physiologistes qui renversent ces diverses théories et font du cerveau le siège exclusif de la sensibilité affective, sous l'influence du système nerveux (2). D'après eux, le système nerveux, avec toutes ses parties, aboutit à la moelle épinière et par elle au «cerveau; et c'est au cerveau que se fait le travail de la perception intellectuelle et de la volonté, d'où l'on doit conclure que « c'est dans les hémisphères cérébraux que se produisent les émotions morales, la joie, la tristesse, par exemple (3), » et non dans le cœur, « cet organe central de la circulation du sang, ce viscère, cette machine vivante, destinée à distribuer le fluide nourricier (4). » « Le cœur, ajoute M. Claude Bernard, n'est pas plus le siège de nos sentiments que la main n'est le siège de notre volonté (5). »

La raison qu'il en donne, c'est que le cœur, étant rattaché au cerveau par des nerfs moteurs, appelés pneumogastriques, reçoit ses impressions, non de la volonté, qui reste en dehors et demeure étrangère à cette action, mais de la sensibilité ou du nerf

(1) Ipsa anima unitur per essentiam suam immédiate corpori, et in qualibet ejus parte. (S. Thom., I, q. 76, art 8).

— Anima est forma corporis. (Pars 1, q. 76, art. 1). - Parce qu'elle est le principe par lequel nous opérons les actes vitaux; c'est-à-dire, qu'elle est le principe par lequel le corps est corps humain. (Id. ibid. ).

Comme le cœur, ce tout du corps, ce sommaire de l'homme, est par sa na- Fait pour aimer, et par cela même constitué pour recevoir les impressions de l'âme par le système nerveux, on peut en conclure qu'il est comme le centre, la répercussion des affections. Natura lmmani cordis cognata est actioni dilectionis; est enim cor in complexione calidum et siccum, haec est ignea natura; sicut naturale igni caler.: est, ita naturale est cordi amando ardere. (S. Thom., opusc. de Dilectione Dei, c. 19).

(2) Cl. Bernard, des fonctions du cerveau; Docteur Vincent, thèse pour l'agréa., juillet 1878. - Vulpian, doyen de la faculté de Paris, Leçons sur le syst. nerveux; - Longet, - Auzoux, Kuss, Mat. Duval, Budoe, Spiess, Huxley, etc.

(3) Doct. VilpiaN, doyen de la facul. de médec. à Paris, leçons sur le syst. nerv., p. 7.

(4) Cl. Bernard, La science expérimentale, Physiologie du Cœur, p. 319. ("0 Id., à la fin des leçons sur les propriétés des tissus vivants, p. 4(55, 1, 5, in-8.

sensitif, qui en excitant le pneumogastrique lui fait, à son tour, ressentir son influence motrice (1).

« Le Cœur est un centre où viennent retentir toutes les ac- « tions nerveuses, sensitices (2). » « Les influences nerveuses qui « réagissent sur le Cœur arrivent, soit de la périphérie par le « système cérébro-spinal, soit des organes intérieurs par le grand « sympathique, soit du centre cérébral lui-même (3); ensorte que « cet organe peut recevoir le contre-coup de toutes les vibrations « sensitives qui se passent en nous. (4) »

« Le cerveau est sans doute le point de départ de l'impies- « sion nerveuse, sensitive; mais par l'action réflexe sur les nerfs « moteurs du Cœur, l'influence sensitive a provoqué dans le cer- « veau les conditions qui viennent se lier à la manifestation du « sentiment... Le Cœur est un instrument qui concourt à l'expresse sion de nos sentiments comme la main concourt à l'expression « de notre volonté (5). »

Ces explications n'expliquent rien. « Le Cœur, dit le célèbre « phisiologi<fe, ne reçoit ses impressions que de la sensibilité. »

De quelle sensibilité s'agit-il ici? Ce mot a deux sens. Je vois, j'entends, je palpe, voilà des phénomènes sensibles. Je compatis, je souffre, j'aime, en voilà d'autres tout différents. Le même mot les désigna, il est vrai, mais ce mot en vaut deux, puisque le sens est double.

Voir, entendre, toucher sont des actes de la faculté perceptive; regretter, désirer, aimer, des actes de la faculté appétitive. On no saurait confondre des facultés aussi diverses.

« L'action appetitive apparaît, d'après son but et son essence, « comme le point culminant, comme l'expression la plus propre « de la force et de la vie de chaque nature (6). » En effet toute affection est une forme de l'amour, et l'amour est ce qu'il y a de plus haut dans l'âme, c'est le but de toute connaissance et le plus haut sommet de la vie.

Au contraire «la sensibilité (perceptive) est en quelque sorte,

(1) Cl. Bernard, Physiologie du Cfeur et ses rapports avec le cerveau, p. 456-457.

(2) Id.. ibid.. p. 459.

(3) Id., ibid., p. 460.

(4) Id., ibid., p. 460.

15) Id., ibid., p. 465.

(6) Joseph Jïxomann, cinq propositions, p. 4.

« le point de départ de la vie. Elle est le grand phénomène initial « d'où dérivent tous les autres, aussi bien dans l'ordre physiolo- « gique que dans l'ordre intellectuel et moral (1) »

Si différentes dans leur nature, ces facultés ne le sont pas moins dans leurs opérations. La perception sensible vient du dehors; l'affection du dedans: j'entends, je vois, c'est l'organe qui, affecté le premier, agit ensuite sur l'àme ; dans l'amour, au contraire, et dans toute affection, c'est de l'àme que part l'émotion, c'est l'àme qui met l'organe en jeu.

Distinction du reste très bien exprimée par les mots : émotion, impression. Émotion e-movere, mouvement qui va du dedans au dehors. Impression, in-premere, mouvement contraire qui va du dehors au dedans.

Ces deux facultés n'ont donc de commun que leur nom ; dans la réalité, elles diffèrent profondément. Comment, par la même, n'auraient-elles qu'un seul organe? C'est une loi établie par M. Claude Bernard lui-même, que, « chez les animaux supérieurs, « les diverses fonctions s'exercent par des organes distincts. »

Y-a-t-il à cette loi, pour des facultés si diverses, une exception que rien ne motive, que rien ne prouve?

Bichat ne serait-il pas plus dans le vrai, quand il dit: « Tout « ce qui concerne les opérations intellectuelles proprement dites, « a son siège dans le cerveau, centre des actes de la vie ani- « maie; tout ce qui concerne les états passionels a son siège dans « les viscères (2). »

Un Physiologiste russe, M. Cyon, saisissant le côté faible du système que nous venons d'examiner, a voulu le modifier. Mais ses modifications n'en détruisent pas la fausseté.

Ainsi, d'après lui, « trois espèces de nerfs, raleniisseurs, accélérateurs et clépresseurs, font, pour ainsi dire, le service entre le cerveau et le cœur. Les premiers, ralentisseurs, sont excités par les sentiments tristes; les seconds, accélérateurs, par les sentiments joyeux. Les nerfs dépresseurs transmenttent au cerveau les réactions du cœur (3).

(1) Cl. Bern., la Sensibilité, confér., à l'Assoc. franc, pour l'avancement des sciences, session de Clemonl-Ferrand, 1876.

(2) M. Fern. Papillon, revue des deux Mondes, Plvjsiolooie des passions, 15 déc. 1873, p. 829.

(3) Id., ibid., p. 832, 833, 834, 15 déc. 1873.

Dans cette théorie, le principe est le même : « C'est que l'influence du cerveau sur le cœur, prouve que les sentiments se produisent, non dans le cœur, mais dans le cerveau, que le cerveau envoie au cœur des sentiments tout faits; les agréables passent par un chemin, les douloureux par un autre, le cœur les reçoit, les manifeste, voilà son rôle (1).

Rien de plus faux que ce principe. Notre thèse à nous, c'est que le cerveau envoie au cœur, par les nerfs pneumogastriques, non pas des sentiments à manifester, mais des éléments pour les produire. C'est dans le cœur et par le cœur que l'âme produit ces sentiments et les manifeste ensuite.

Mais nos adversaires insistent et nous disent: « la preuve que toutes les passions dépendent essentiellement du cerveau, c'est que toute altération de cet organe entraîne une perturbation des phénomènes passionels, comme des phénomènes intellectuels (2). »

Cette preuve est la seule qu'ils donnent ; elle résume toutes les autres. Or cette preuve n'en est pas une. En effet, que « les passions dépendent essentiellement du cerveau, » c'est incontestable ; mais d'où vient cette dépendance ? De ce que le cerveau est l'organe du sentiment? Rien ne le prouve. D'après nous, elle vient, comme nous le dirons plus loin, de ce que toute passion naît d'une connaissance qui la précède. Or, la connaissance ayant pour organe le cerveau, il est naturel que « toute altération de cet or- « gane, entraîne une pertubation des phénomènes passionels, « comme des phénomènes intellectuels, » seulement cette pertubation n'a pas lieu dans les idées et dans les affections pour le même motif.

L'altération du cerveau trouble l'intelligence, parceque le cerveau est l'organe de cette faculté, tandis que le trouble des passions n'est qu'un contre-coup; il vient de celui des idées; c'est-à-dire que si le cœur est l'organe des affections, les choses se passeront comme la science le constate; l'altération du cerveau, troublant les idées, aura son contre-coup dans les sentiments. Donc, quelle que soit l'influence du cerveau sur le cœur, on ne saurait en conclure que c'est dans le cerveau et non dans le cœur que les sentiments se produisent. Cet argument ne prouve

(1) Id., ibid., Sir Charles Bell, the Anato>><>/ and Phllosophy of expression, p. 20.

(2) Cl. Bern., des fondions du Cerveau science expériment., 1 vol.in-12, p. 3P3-

pas, puisqu'il s'accorde très bien avec l'hypothèse contraire. En d'autres termes, condition n'est pas cause, il ne faut pas confondre (1).

Il y a, par exemple, dans le prolongement du cerveau, un certain point qu'on ne peut piquer avec une arguille sans que le sujet ainsi blessé devienne diabétique, et sans que la sécrétion du sucre dans le foie prenne des proportions considérables (2). « Personne que nous sachions, n'a songé a conclure de ce fait que l'organe sécréteur du sucre est, non le foie, mais le cervevelet ou la moelle allongée. Nous ne voyons pas qu'il soit plus permis de considérer le cerveau comme l'organe des facultés affectives, uniquement parce que la lésion du cerveau entraine, dans ses facultés, des perturbations considérables.

Retournons la question; et supposons un arrêt du cœur plus ou moins prolongé; une lésion ou une obstruction dans les artères carotides et vertébrales qui apportent le sang au cerveau, ou une altération dans les nerfs pneumogastriques qui unissent le cœur au cerveau. Qu'arrivera-t-il? « La cessation momentanée des « fonctions cérébrales ou la syncope d'un côté, et de l'autre une « perturbation dans les facultés mentales (3). »

Faudra-t-il en conclure que le cœur est le siège des perceptions intellectuelles, et que le cerveau « n'est qu'un instrument « qui concourt à leur expression? » Evidemment non, ce serait aller contre le sens commun, l'expérience et les données réelles de la physiologie. Ainsi donc la science, par l'exemple qu'elle apporte, ne prouve, en aucune manière, que « les sentiments se « produisent dans les hémisphères cérébraux. »

Est-elle plus heureuse lorsqu'elle affirme que le cœur ne fait que les manifester? Pas d'avantage. Ici, elle sort complètement de son domaine. La manifestation se voit, se touche; la science peut la constater, il est vrai: mais elle ne saurait donner l'explication de cette manifestation ; la raison fondamentale lui échappe. Comment, en effet, pourrait-elle observer les sentiments qui se produisent dans les profondeurs les plus intimes de notre être? Poulies découvrir, s'appuiera-t-elle sur les manifestations sensibles?

(1) M. Fekn. Papillon, rov. des deux Mondes, 15 déc. 1873, p. 831.

(2) Cl. Bern. Êléin. nerveux, moyen de produire le Diabète sucré, Propriétés des tissus vivants, 1 vol. in-8, p. 419-420.

(3) Cl. Bern., Physiol. du Cœur et ses rapports avec, le cerceau, p. 4<J0.

Il faudrait pour cela qu'elle sût quels rapports existent entre la production et la manifestation de nos sentiments; qu'elle en connût les analogies, les différences, les liaisons, les causes premières. Elle n'y réussira jamais. Pourquoi? Parce qu'elle met de côté « tout principe spirituel (1), » « qu'elle ignore et veut ignorer (2) ce qu'est l'àme, comment l'âme agit sur le corps et le corps sur l'âme; » or il faudrait qu'elle le sût pour résoudre ces questions. Elle no le saura jamais, puisqu'elle sort de sa sphère, pour empiéter sur le terrain de la philosophie qui échappe à ses investigations (3).

(1) I<i, de la définition de la vie, la science esepérim., p. 182.

(2) Id., ibid.

(3) Physiologi quidem munus est. investigare modificationes, actus et passiones cerebri et cordis; sed horum factorum relationes cuni facultatibus et actibus et affectibus animae munus est philosopha; ex altéra vero parte no i omnes docti physiologi sunt aeque docti philosophi; quot medici, quot physiologi nostris diebus ne a limine quidem philosopbiam salutaveruntl Nec proinde appellandum est ad solvendam quaestionem philosophicam ad progressum scientiae physioloiricae, quin attendatur simul ad progressum vel regressum scientiae philosophicae. (L. Leroy, ri.- SS. Corde Jesu ejusque cultu, c. 1, q. 3, n. 23, p. 26).

N. B. Le Docteur Murino, Laur. Martini, Leçons de phijsiol., art. muscles.

— Elém. de phystol. - Diction, abrège des scienc. méd., en Italie. - Prochast, Lallemant, brachet, en France; Spiess, Wôlkm^sn, Lott, en Allemagne ; - al. Bitrns, en Angleterre, etc.

— Neque concedendum est physiologiam nobis adversari. Nota enim apud recentiores physiologos haec sunt: 1. Cor omnium musculorum corporis nôstri nobilissimum esse, cum organum praecipuum sit, imo centrum systematis vascularis, seu sanguin ei, atque, ut modo loqui amant, irrigatorii, quod una cum systemate nerveo praeest vitae corporis animalis. Confer clarissimum Laurent. Martini, Lezioni di Fis>ologia, Torino 1827, lez. 43, siste>na sanguigno, t. 4 - 2. Juxta certissimas anatomicas observationes ac repetita expérimenta, Cor magna nervo. rum copia instructum esse. Nonnulli physiologi dubitarunt, utrum cor nervis esset ihstructum. Beherendsius, ulterius progressus, prorsus nervos cordi negavit; at clarissimus scarpa magnam nervorum copiam ita demonstravit. ut jam nemo inveniatur, qui de hac re quaestionem moveat, aut dubium. Vide ibid., et lez. 42, Sistema nervoso. - 3. Omnes nervei systematis partes suam habere effleaciam, existere por se, neque a cerebro, aut spinali medulla ullatenus pendere, ac propterea, quod cotisequeus est, cordis actionem neque a cerebro, neque a medulla spinali dimanare; excitari tamen, si stimuli hisce partibus applicentur, cum omnes partes ejusdem systematis amice inter se conspirent, et aliae aliis partem suae eflicientiae communicent, omnesque ad totius systematis actionem aliquid conférant. - 4. Exploratum praeterea apud eosdem est, Cor prae caeteris musculis incitabilitate, ut loquuntur, contractibilitate, irritabilitate, atque exquisitiori quadam sensitivitate donari ob nerves, quos vocant sympathicos, quibus abundat. Hinc 5 motus cordiacos animi effectionibus ac passionibus, praesertim si vividiores eae sint, ita subesse, ut subito Cor vel subsiliat laetitia, vel angatur moerore; ac propterea ejusmodi motus cardiacos sola pathematum animi vi et eflîcacia perverti, totumque irrigatorium systema perturbari ; quod si pathema vehemens et constans fuerit, morbosam aflfectionem et organicum interdum vitium in corde ingenerarii quandoque vero et mortem ipsam, ut suo loco pathologi docent. Haec autem etc. (Perrone, Proelect. t.heol., de Incarnat., p. 2, c. 4, p. 2, n. 562).

La science ne peut donc rien nous objecter, encore moins rien objecter de sérieux à notre thèse; c'est évident par ce qui précède.

Voyons maintenant s'il n'y aura pas une théorie physiologique aussi sûre au point de vue scientifique et qui, favorisant notre thèse, s'accorderait pleinement avec le sens commun, le langage universel, la tradition des écoles théoîogiques, la parole de Jésus-Christ, la pratique de l'Eglise et les autres preuves d'autorité développées dans le cours de cet ouvrage.

La voici. (N. B.)

L'organe général des affections c'est le système nerveux simpathique; et l'organe principal c'est le cœur. « L'ensemble de ce système se divise en deux parties principales; « l'une, ayant pour masses centrales le cerveau (cerébrum) et la «moelle épinière, s'appelle système nerveux (cérébro-spinal); « l'autre pour laquelle on ne peut déterminer de masse centrale « particulière, part d'une multitude de divers points principaux « appelés (ganglions) ou nœuds nerveux, et se nomme en consé- « quence système nerveux ganglionnaire (1). »

Le système nerveux cérébro-spinal préside à la vie animale: locomotion, perception sensible; telles sont ses fonctions (2).

Le système nerveux ganglionnaire, préside aux opérations de la vie végétative ou organique; opérations qui ont pour but la formation et la conservation de la vie corporelle. Le là cet autre nom qu'on lui donne encore, de système nerveux organique nu végétatif.

Enfin ce système est également l'organe de la faculté appétitive sensitive; et c'est pour cela qu'on l'appelle aussi système nerveux sympathique ou simplement le grand-sympathique (3).

En voici les preuves: la première c'est l'influence incontestable des organes de la vie végétative sur nos sentiments.

(1) Diction, gêner, des sciences par Descïianel et Foullon, nerf yrand-sympathique. • Le R. F. Junomann, cinq propositions etc. p. 31.

(2) Deschanel, Diction, etc. - R. p. Jungmann, ibid., p. 32.

(3) Pern. Paptllon, Physiologie des passions, revue des deux Mondes, 15 déc. 1873, p. 829.

« En effet, si nous envisageons les étais maladifs de l'homme, « dit l'illustre Bichat, nous voyons que par des douleurs du foie, « de l'estomac, de la rate, des entrailles, du cœur etc, sont oc- « casionnés une infinité de dispositions et sentiments divers qui « cessent à l'instant dès que la cause dont ils résultaient est le- « vée (1). »

« Certaines affections morbides des viscères font naître dans « l'àme des sentiments douloureux, qu'aucune cause morale ne «justifie (2). »

L'infiuence des organes digestifs sur nos sentiments ne saurait être contestée. C'est un fait d'expérience que nous constatons tous, plus ou moins, et qu'il est impossible de révoquer en doute.

L'influence réciproque de nos sentiments sur ces organes n'est pas moins incontestable.

« Certaines dispositions de l'affectivité (du Gemùth), dit un « physiologiste allemand, opèrent sur les sécrétions, et en aug- « mentent, diminuent ou changent la qualité. La douleur éthique « ou morale, par opposition à la douleur physique, et indirecte- « ment aussi, la joie augmentent la sécrétion lacrymale; la co- « 1ère donne à la salive et à la bile des qualités nuisibles, presque « vénéneuses. Le chagrin, l'affliction, l'abattement empêchent les « digestions et enlèvent l'appétit (3). >

Ainsi, nous le voyons, nos sentiments agissent sur les organes de la vie végétative, comme les organes agissent sur nos sentiments. Or le système nerveux qui meut ces organes et préside à leurs opérations, nous l'avons vu, c'est le grand-sympathique. D'où il résulte que le grand-sympathique est l'organe général de l'affectivité ou des affections de toutes sortes.

Il nous reste à voir maintenant comment le cœur en est l'organe propre et le siège principal.

« Entre tous les viscères, le cœur est le premier à recevoir « l'impression du grand-sympathique; et il en reflète les plus dé- « licates variations avec une exactitude qui ne le cède en rien

(1) Bichat, Recherches plnjs. sur la vie et la mort, p. 1, art. 6, § 2, cité par le R. P. .T. .Iunomann, 5 propositions, p 14.

(2) Etudes religieuses des RR. PP. Jésuites, déc. 1S74, p. 805.

(3) D'après I.enhosseck, le Qemitth humain dans ses rapports avec la vie sptrit. et corp, p. 824, cité par le P. .T. Jonomann, cinq propositions, p. 14.

« à la fidélité avec laquelle le baromètre indique la pesanteur de « la colonne atmosphérique (1). » « Les mouvements du Gemûth « (affectivité), dit de même un autre savant, exercent une influ- « ence puissante sur l'action du cœur et par celle-ci, sur la cir- « culaiion et la répartition du sang, et sur toute la nutrition (2). » « Souvent même, ajoute un autre physiologiste, on ne peut trou- « ver d'autres causes de certaines altérations nutritives du cœur, « que des luttes et des agitations prolongées ou réitérés de l'afr « fectivité (3). »

Il est donc certain que les sentiments, quels qu'ils soient, agissent sur le cœur, et plus sur le cœur que sur les autres organes de la vie végétative.

La raison la voici : L'organe général des sentiments, c'est le grand sympathique; or le grand sympathique est le principe organique de l'action du cœur. « Le principe immédiat de l'action « du cœur, d'après les conjectures de Hein, se trouve dans le sys- « tème nerveux sympathique. Le centre particulier et composé, « duquel part, tout d'abord, la force motrice du cœur, est formé « par les innombrables petits ganglions sympathiques, qui sont « placés sur les embranchements nerveux répandus à travers les « muscles du cœur, et qui s'appellent, du nom du savant, qui, «le premier, les fit représenter en i844, les ganglions Reina- « ckiens du cœur (4). »

Cette manière de voir est confirmée et complètement établie par Wolkmann (5) qui, avec Lotze, voit, dans ces ganglions microscopiques de la substance du cœur, l'appareil régulateur de ses mouvements (6). Régulateur ne dit pas assez, « ces ganglions « sont aussi excitateurs (7). »

Donc il y a dans le cœur des nerfs, qui, ayant leur action propre, produisent et règlent ses mouvements. « Et ces ganglions « étant, comme tout l'ensemble du système ganglionnaire, sous

(1) Etudes Relig., etc., déc. 1874, p. 803.

t2ï Fern. Papillon, physiol. des passions, revue des deux Mondes, 15 déc. 1873. - Spiess, Pysiol. pathologique, (Francfort sur le Mein, 1857), § 440, p. 550, cité par le p. jos. Junomann, 5 prop., p. 16 et 17.

(3) Constald, la Pathologie et la Thérap. spéciales, 2. édit., Erlangen, 1843, vol. 4, divis. 1, p. 182, § 459, cité par le P. ,7ns. Jungmann, ibid.

(4) Hein. Voir le P. .T. Jungmann, 5 Propositions.

(5) Wolkmann, l'Hémédynamique, § 184.

(6) Lotze, physiologie générale, n. 431, p. 409.

(7) Uuss, îihysiologie, p. 207. - Voir le N. R. à la fin de ce chapitre.

« l'empire de l'âme affective, nous pouvons y voir un nouvel « appui à l'opinion qui fait du cœur l'organe principal des af- « fections morales (1). »

Si ce système rencontrait des contradicteurs, voici la théorie du plexus solaire, et du plexus cardiaque, qui suffirait, à elle seule, pour expliquer l'influence du grand-symphatique sur le cœur.

« Le plexus solaire, qui est le centre principal du grand- « sympathique, est placé au dessous du creux de la poitrine, au « creux de l'estomac. De là il envoie au cœur, de nombreux fi- « laments qui enveloppent cet organe aussi bien que les artères « par lesquelles le sang se répand jusqu'aux extrémités du corps. « Unis avec les ramifications du système cérébro-spinal, plus in- « timement qu'ils ne le sont dans aucune autre partie de l'orga- « nisme, fusionnés en quelque sorte avec elles, ces filets du grand- « sympathique pénètrent dans le cœur et enserrent tout le sys- « tème cardiaque, dans un réseau que les anatomistes ont nom- « mé: plexus cardiaque (2). »

Ainsi enveloppé, pénétré, mù par le grand-sympathique, le cœur en partage toutes les impressions. Pas un sentiment de douleur ou de joie qui ne se produise en même temps, et dans le grand-sympathique et dans le cœur, resserrant le cœur ou le dilatant, rendant ses pulsations plus lentes ou plus rapides, plus faibles ou plus fortes.

Concluons: l'organe général des affections, c'est le système nerveux sympathique.

Le cœur est mù par ce système; il a de plus ses ganglions spéciaux, moteurs et régulateurs, soumis, eux aussi, à l'âme effective. Donc le cœur est réellement le centre, le siège, l'organe principal de toutes les affections, des affections sensibles d'abord et directement, et indirectement des affections supérieures et purement spirituelles. L'amour spirituel ne pouvant se produire dans l'homme sans quelque participation de l'amour sensible.

Un médecin distingué, habitant une de nos plus grandes cités vient appuyer de son autorité cette théorie.

« Quelques physiologistes modernes, dit-il, ont soutenu que

(1) Etudes. Relig., déc. 1874, p. 804, note.

(2) id., ibid.

« le siège des affections, aussi bien que de la pensée, n'est autre « que le cerveau. Le cœur, dans ce système, n'est par rapport « aux émotions de l'àme qu'un indice, une sorte de thermomètre « vivant, qui marque, par la précipitation ou le ralentissement de « ses palpitations, les variations de l'atmosphère affective.... A « notre avis, cette opinion, qui semble donner un démenti à la « persuasion commune du genre humain, est physiologiquement « insoutenable. En voici les preuves :

« L'homme, image de la Trinité, est tout à la fois intelligence, « volonté, sensibilité. Os trois manières d'être, bien distinctes, « possèdent chacune un système nerveux qui lui est propre....

« Ces trois systèmes... reliés par les liens les plus étroits, « vivifient l'être humain; ce sont: le cerveau, siège de l'intelli- « gence, le cervelet avec la moelle allongée, siège de la volonté, « le grand-sympathique, siège de la sensibilité, (amour, passions, « affections). Ce nerf d'une forme peu défînisable, fixé vers le « creux de l'estomac, projette de tous côtés ses rameaux... »

« De ce nerf grand-sympathique, de forme indécise, tout petit, « mais vivifiant, partent de nombreux filets, qui portent notre « sensibilité affective jusqu'au bout des doigts.

« Il y en a un qui va s'élargissant au milieu de chaque joue « pour y produire la pâleur ou l'incarnat ; un autre se plante « sur le nerf optique pour faire parler les yeux. Le nerf optique « venant dn cerveau fera bien voir; mais le filet du grand-sym- « pathique fera regarder avec émotion; tandis que celui-là, dans « l'oreille, fera entendre, celui-ci fera écouter avec intérêt. Le « filet cérébral de la glande lacrymale en tirera l'humeur né- « cessaire pour humecter l'œil; le filet sympatique fera couler « des larmes de douleur ou de joie. D'autres rameaux, s'enrou- « lant autour des artères, vont produire sur toute notre enveloppe « les horripilations, les sueurs froides, les défaillances musculaire res, les frissons et tremblements de la colère ou de la peur, « comme aussi la démarche fière et l'attitude du courage. D'au- « très rameaux pressés, serrés, tissés comme une étoffe, dits ple- « œus, recouvrent le cœur, et le font palpiter; l'estomac, et lui « donnent l'appétit ou le dégoût; le foie, et nous font jaunir de « chagrin. Toutes ces affections de l'àme, distinctes des percep- « tions de l'intelligence et des déterminations libres de la vo- « lonté, ont pour organe le grand-sympathique et non pas exclu-

« sivement le cœur. Pourquoi donc ces affections sont-elles rap- « portées au cœur, dans le langage du genre humain? Nous venons « de le dire: parce que le cœur, qui fait substantiellement partie « du grand-sympathique par les plexus dont il est revêtu et « tout pénétré, reçoit le contre-coup de toutes les émotions dont « ce système nerveux est l'organe. Le plus grand nombre des « hommes ne connaissent de leur organisation que ce que leurs « sensations leur en révèlent. La science seule a pu nous faire « pénétrer dans cette région merveilleuse, d'où proviennent tou- « tes nos émotions, et nous en révéler les secrets. Mais ce en « quoi le genre humain tout entier, sûrement guidé par ses sen- « sations, se trouve parfaitement d'accord avec la vraie science, « c'est lorsqu'il rapporte les affections agréables ou douloureuses « à la région dans laquelle est placé le cœur; c'est là, et non « dans la tête, qu'on se sent content ou mécontent, triste ou gai, « heureux ou malheureux.

L'Homme-Dieu nous étant semblable en toutes choses, sauf « le péché, son amour infiniment plus pur, mais aussi incompa- « rablement plus ardent que le nôtre, a eu en lui le même or- « gane que dans les autres hommes ; et puisque la dévotion au « Sarré-Cœur a pour objet l'amour de ce divin Sauveur, en tant « qu'il est rendu sensible par son organe, nous pouvons donc af- « Armer, au nom de la science, que le Cœur de Jésus peut être « regardé comme le siège, le principe de son amour. (1) »

Nous sommes en présence de deux systèmes physiologiques contraires. Le premier fait du cerveau seul le siège et l'organe des sentiments. Aucun argument solide ne prouve cette théorie, contredite, du reste, par l'instinct général.

D'après le second système, l'organe général des affections, c'est le grand sympathique, et son organe et siège principal, le cœur.

Au point de vue scientifique, cette théorie est plus sûre que la précédante, et des savants illustres l'ont admise.

(1) I.e docteur A. R., voir le Messager du S. C, livraison de déc. 1882, p. <M.

Avec elle, non-seulement l'instinct général est satisfait, mais on explique très bien l'influence du cerveau sur le cœur, et du cœur sur le cerveau.

En effet, les deux systèmes cérébro-spinal et sympathique ne sont nullement séparés, au contraire :

« Les ganglions du grand-sympatique sont échelonnés de « chaque côté de la colonne vertébrale, de telle façon que dans « toutes les portions dorsale, lombaire et sacrée, on en trouve « une paire à peu près au niveau de chaque trou de conjugai- « sons, c'est-à-dire, au niveau de chaque paire de nerfs spinaux « émergeant de ces régions. Un filet mince réunit d'ailleurs cha- « que ganglion au tronc spinal correspondant et établit, entre les « deux systèmes, une communication qui s'observe en beaucoup « de points de leur étendue (1). »

« A l'aide des filets d'union, dit Bulard, se trouve constituée « l'unité du système nerveux (2). »

Or ces communications admises, et on ne saurait les contester, n'est-il pas natur 1 que les deux systèmes influent l'un sur l'autre, et que par eux le cerveau agisse sur le cœur et le cœur sur le cerveau? Ainsi, par exemple, mes yeux sont frappés; voilà l'impression organique. Aussitôt reçue, cette impression est communiquée au cerveau; mon âme la perçoit, voilà la sensation, et par elle, la connaissance: Je vois cet objet. Instantanément le cerveau, par le système cérébro-spinal, transmet au grand-sympathique, et, par lui, au cœur, une impression conforme à cette connaissance. Et là, dans le cœur, avec le concours du cœur, se produit une affection, répulsion ou attrait, conforme, elle aussi, à l'impression reçue et à la connaissance qui l'a produite. Ce n'est pas le cœur qui produit seul cette affection; c'est l'àme et le cœur et le grand-sympathique qui la produisent, et non pas l'àme sans le cœur, ni le cœur sans l'àme, ni l'àme et le cœur sans le grand-sympathique.

Comme dans la connaissance ou perception sensible, ce qui perçoit, ce qui connaît, c'est l'àme avec le concours du cerveau

(1) Deschanel, dict. général, des Sciences. - Jdngmann, 5 prop.

(2) Bulard, traité élëm. de Physiologie, 1£64.- Ces filets d'union, dit-il, c n.

tiennent des fibres sensltives et des fibres motrices.

et du système cérébro-spinal, donc, rien de plus naturel que l'influence réciproque des deux systèmes, liés ainsi l'un à l'autre.

Qu'il y ait une altération dans le système cérébro-spinal, ou dans le cerveau, il se produit une altération analogue, correspondante, dans la connaissance sensible-, et le contre-coup s'en fait ressentir dans le grand-sympathique et, par suite, jusque dans le cœur et dans les affections (1).

Et réciproquement, « il y a réaction du cœur sur le cerveau « qui reçoit, le premier de tous les organes, l'influence de la cir- « culation du sang.... Le cœur et le cerveau se trouvent dès lors « dans une solidarité d'actions réciproques des plus intimes (2). »

C'est donc par la circulation du sang que se produit cette réaction. Et en effet, le sang comme une flamme de vie, parcourt incessamment notre corps, laissant, à chacun de nos organes, une quantité de substances et de force, proportionnée à ses besoins et à la consommation qu'il lui faut. Quand donc, sous l'influence d'une affection déprimante, comme le chagrin, la douleur, les mouvements du cœur sont ralentis, le sang circule avec moins d'abondance et de rapidité, et alors se produit, dans tout l'organisme, une sorte de défaillance et d'abattement.

An contraire, le cœur est-il surrexité par une émotion douce, agréable, ses mouvements s'accélèrent; il se dilate, et recevant plus de sang dans ses cavités agrandies, il en distribue plus vite une plus grande quantité ; de là une surexcitation générale : tout l'organisme déborde de vie.

Et le cerveau étant, de tous les organes, le plus sensible à l'influenee du sang, ses puissances paraissent multipliées et plus grandes; l'imagination est plus vive, la mémoire plus fraiche, la p. Misé*' plus nette, la parole plus facile. De là le mot de Yauvenargues que nous avons déjà répété: « Les grandes pensées vien- « nent du cœur; » et celui de Cicéron: « C'est le cœur qui fait « l'homme éloquent (3). »

Ainsi le cerveau et le cœur, l'âme et le corps agissent avec un merveilleux ensemble et une parfaite harmonie; ensemble et harmonie qui ne sont pas moins admirables dans la réaction ré-

(1) Le R. P. .Tns. Junomann, !"> prop., p. 37, note.

(2) Cl. Bernard, Phy.sioiooie du cœur, p. 465.

(3) Pectus est quod disertos facit. (Cicer.).

ciproque du cœur sur le cerveau et du cerveau sur le cœur. Dans l'âme, la connaissance ayant produit l'amour (1), l'amour réagit pour augmenter la connaissance. Aussi saint Augustin dit-il, « qu'aimer c'est voir (2). » Saint Grégoire, saint Anselme appellent de même l'amour une grande lumière (3).

C'est qu'en effet quand l'àme est embrasée d'un amour profond et vrai, il y a dans l'intelligence plus de lumière, et plus d'éloquence dans la parole.

Voilà l'homme: connaissance et amour; cerveau et cœur; âme et corps, agissant et réagissant l'un sur l'autre, dans l'harmonie la plus parfaite; l'homme unissant la matière, dans sa tête, aux merveilles de la pensée ; dans son cœur, aux merveilles de l'amour.

Tel est l'homme, ce chef-d'œuvre des mains divines; tel e>t son cœur qui en est le sommaire.

Et si cet homme est un Homme-Dieu, qui dira jamais les ineffables merveilles de son divin Cœur!

Nos contradicteurs ont beau se récrier, ils n'ont rien de sérieux à nous opposer. Quoiqu'ils fassent, ils ne pourront jamais rendre sur cette grave question un arrêt sans appel. A chaque pas, ils se heurtent contre des mystères qui les déconcertent, et qu'ils ne pourront jamais pénétrer. A l'aide d'instruments perfectionnés, ils peuvent bien analyser la structure du cœur et ses fonctions physiques; ils peuvent nous démontrer l'existence des centres nerveux, leurs fonctionnements divers et les rapports qui les unissent entre eux; ils peuvent nous dévoiler le merveilleux mécanisme du cerveau, sa texture intérieure, et ses relations avec le cœur, par action réflexe; ils peuvent, par leurs expériences, acquérir la certitude qu'il est le siège de l'intelligence, et qu'une lésion dans sa substance, des lobes, par exemple, suffit pour amener la perte de la raison.

(1) (Jerte rnim amari aliquid nisi notum non potest. (S. ADG., de Trinitate, lit». 10, c. 1. n. 2). - Amor notitia est. (S. Grec. Magn., in Evang., homil. 27, n. 4).

(2) Amor oculus est, et amare videre est. (S. Aug., ap. Rich. a S. Victore, *'. gradibuç rharitatif, c. 3).

(3) Lurainosissima chantas cité par Corn, a Lap., in epist. ad Rom., VI, 11'.

Mais ils n'opèrent, comme ils l'avouent, que sur la matière organisée, « sans tenir compte du principe spirituel qui l'anime; » et quand leurs expérimentations ne peuvent se faire sur l'homme, ils les poursuivent sur la bête, et en tirent, par analogie, des conclusions dont j'hésiterais cà garantir toujours l'exactitude.

Maintenant, si vous vous avisez de demander à cette science de la Physiologie, quelle est la nature de l'intelligence, l'essence de la pensée, elle vous dira, sans détour, « qu'elle les ignore, bien « qu'elle sache qu'il leur faut, pour se manifester, des conditions « organiques ou physiques accessibles à ses investigations (1). »

Demandez-lui encore de vous expliquer comment l'intelligence, comment la pensée, c'est-à-dire l'âme, qui est immatérielle, peut déterminer le cœur à des impressions, à des affections matérielles, et comment le cœur de son côté, tout matériel qu'il est, peut déterminer une âme spirituelle à ses affections spirituelles? Elle n'hésitera pas à vous répondre: « C'est un mystère de la « nature vraiment inaccessible à l'esprit humain (2)! » Cette connaissance, cependant, serait nécessaire pour se prononcer avec exactitude et vérité contre une opinion qui a pour elle le sentiment général et les autorités les plus graves.

Aussi la science semble douter d'elle-même... On dirait qu'elle sent, parfois, son incompétence dans la question complexe que nous traitons. Elle voit bien qu'elle n'a pas et qu'elle n'aura jamais, sous la main, tous les éléments voulus pour porter un jugement définitif. Placée entre des expérimentations plus ou moins concluantes et des faits contradictoires qu'elle ne peut récuser, elle oublie sa théorie et accepte nos conclusions. Ainsi, par exemple, elle reconnaît, comme nous, que « le cœur chez l'homme « n'est pas seulement l'organe de la circulation, mais encore un « centre où viennent retentir les actions nerveuses sensitives (3), « qu'il peut ressentir le contre-coup de toutes ces vibrations sen- < sitives qui se passent en nous (4), que d'une part, il reçoit « réellement l'impression de tous nos sentiments, et que, d'autre « part, H réagit pour renvoyer au cerveau les conditions néces-

(1) Cl. Rernard. Disc, de ivcopt. à l'Acad. franc., passim. (?) Voir page -1.

(3) Cl. Bernard, Leçons sur les propriétés des tissus vivants: la plujsiol. du rteur et ses rapports avec le cerveau, p. 459.

(4) Id., ibid., p. 460.

« saires de la manifestation de ces sentiments (1). » « Un mot, un « souvenir, la vue d'un événement, dit-elle, éveillent quelquefois « en nous une douleur profonde... c'est, qu'il vient de se produire « des phénomènes réels dans le cœur... Les impressions agréables, « ajoute-t-elle encore, répondent à des états déterminés du cœur. « Quand une femme, par exemple, est surprise par une douce " émotion, les paroles qui ont pu la faire naître ont traversé « l'esprit, comme un éclair, sans s'y arrêter; le cœur a été at~ « teint immédiatement avant tout raisonnement et toute réflexion. « Le sentiment commence à se manifester par un léger arrêt du « cœur, imperceptible pour tout le monde, excepté pour le physio- « légiste; le cœur, aiguillonné par l'impression nerveuse, réagit « par des palpitations qui le font bondir et battre plus fortement « dans la poitrine, en même temps qu'il envoie plus de sang au « cerveau, d'où résulte la rougeur du visage et une expression « particulière des traits correspondant au sentiment de bien-être « éprouvé. Ainsi ; dire que l'amour fait palpiter le cœur, n'est « pas seulement une forme poétique, c'est aussi une réalité pliy- « siologique (2). » « L'expression de nos sentiments se fait donc « par un échange entre le cœur et le cerveau (3). »

Mais nous ne dirons pas autre chose.

Ainsi voilà donc, d'après la science, ce qui se passQ:*le cerveau est le siège de la pensée, et aussi le centre de la perception sensible. Il est, comme le rendez-vous, le réflecteur de toutes nos impressions physiques. Le cœur, de son côté, ressent instantanément le contre-coup de toutes celles qui sont de son domaine; il se fait en lui comme une répercussion qui met en activité toutes ses puissances; c'est alors qu'il éprouve les palpitations qui succèdent à toute émotion sensible (4). A son tour, « il ren- « voie au cerveau les diverses sensations qui lui sont propres. » Il s'y fait alors, avec la promptitude de l'éclair, un travail de coordination, de jugement, d'appréciation. C'est aussi la doctrine que nous soutenons; nous sommes donc pleinement d'accord.

(1) Id., ibid., p. 4(57

(2) Id., ibid, p. 469.

(3) Id., ibid., p. 466.

(4) Motus cordis variatur secundurn diversas afTectiones et apprehensiones animae. Non enim afTectiones animae causantur ab alterationibus cordis, ^ed potius causant eas. (S. Tiiom., opusc. 35, de Motu cordis.)

Mais nous ajoutons, nous, que c'est l'âme qui agit en ce moment, que c'est elle qui pense, qui juge, par le cerveau, comme c'est elle qui sent, qui aime et qui s'émeut par le cœur, sous l'influence du système nerveux, comme c'est elle encore qui voit par les yeux et entend par les oreilles. Tant qu'elle reste unie au corps, elle n'agit pas seule dans les actes de ses affections. Étant la forme du corps, elle emprunte le concours du corps, en se servant de ses divers organes, du cœur par exemple, comme d'autant d'instruments, pour traduire ses sentiments à l'extérieur. D'où nous pouvons conclure, que le cœur doit être considéré comme étant le siège des affections, et que, par cela même, on est en droit de dire que le Sacré Cœur de Jésus peut être regardé comme le siège, Y organe de son amour.

Le P. de Gallifet avait déjà, depuis longtemps, exprimé cette vérité. « Considérez, dit-il, qu'on vous présente ce Cœur divin en- « core tout ardent 'de l'amour qu'il vous porte, et tout plein de « ces généreux sentiments de bonté et de miséricorde auxquels « vous devez votre Rédemption: souvenez-vous que c'est ce même « Cœur qui a ressenti si vivement toutes vos misères, qui a été « si cruellement affligé pour vos péchés, et dans lequel se sont « formés tant de désirs ardents de votre amour. Mais, considérez- « le surtout souffrant, pour l'amour de vous, dans sa Passion, « si vives douleurs, qu'on peut dire avec vérité, qu'il a souffert' « lui seul, plus de rigueurs et plus de tourments que tout le reste <•- du corps de Jésus n'en a souffert dans sa Passion extérieure; « car il est constant que la Passion intérieure de Jésus-Christ « fut plus cruelle que l'extérieure. Or, cette Passion intérieure « fut toute pour le Cœur; c'est dans ce Cœur, comme dans leur « c°ntre, que toutes les afflictions de l'àme se réunirent. Tout ce « que la tristesse mortelle que Jésus souffrit au jardin; tout ce « que l'abandon de son Père, qui lui arracha cette plainte éton- «nante: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous aban- « donné! tout ce que la douleur immense qu'il ressentit des pé- « chés de tous les hommes; tout ce que la crainte et l'ennui « dont il fut accablé, tout ce que cette agonie sans exemple, ac- « compagnée d'une sueur de sang, eurent de cruel et de terrible; « tout cela fut le calice propre du Cœur, il fut inondé d'une mer « immense de douleurs: il fut submergé dans des torrents d'amer- « tume inconcevables; son affliction, fut, en quelque manière, in-

« finie.. Ce Cœur divin, abandonné à la sévérité de la justice « divine, fut réduit à un état bien plus pitoyable que ne le fut « son sacré Corps, livré à la cruauté des bourreaux et à la fureur « des démons. Le Saint-Esprit avait prédit ces souffrances de Jésus- « Christ par son Prophète, en plus d'un endroit: Mon Cœur s'est « fondu comme la cire au milieu de mes entrailles (Ps. XXI, 15). « Mon Cœur a été exposé aux opprobres el à la douleur; j'ai « cherché quelqu'un qui le consolât, et il ne s'est trouvé per- « sonne. (Ps. LXXV1II, 81). Mon Cœur m'a abandonné, etc. (Ps. XXXIX, 13) (1). »

Oui. croyons Notre-Seigneur, lorsqu'il dit: Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes. Il est le Dieu des sciences (2); croyons Pie IX, quand il affirme, dans un acte solennel: « Que le Cœur « adorable de Jésus est le siège de la Charité divine (3), » Car il ne peut y avoir désaccord entre la vraie science et la souveraine Vérité (4), entre le Dieu du cœur de l'homme (5), et le Cœur d'un Dieu.

Terminons ce chapitre en résumant les merveilles que nous avons contemplées dans le Cœur de Jésus.

Ce Cœur, uni intimement et indissolublement à l'âme et à la Personne sacrée du Sauveur, est le Cœur d'un Dieu, où réside, dans sa plénitude, la charité divine-, il mérite les adorations des Anges et des hommes. C'est un abîme insondable de toutes les perfections possibles, le trésor inépuisable de toutes les grâces. Il est plein d'intelligence, de sentiment et de vie, on le considère comme le principal organe des affections sensibles du Verbe incarné, le principe de ses vertus, le siège de son amour et de ses miséricordes, le centre de toutes les souffrances in-

(1) Op. cit., p. 2, c. 1, a. 2 - Le P. de Gallifet ne fait que traduire ici les sentiments que N. S. exprime à la B. Marg. Marie sur les souffrances de son Cœur au jardin de< Oliviers. (Voir vie et œuvres de la B. Mary. Marie, t. 1. p. 84, éd. 2).

(2) Deus scientiarum, Uominus est. (I Reo. II, 3). $) Décret, beatif. B. Marg. Mariae.

(4) Nulla unquam inter fidem et rationem vera dissensio esse potest. (Concil. Vatic. de flde cathol., c. 4).

(5) Deus cordis mei. (Pu. LXX1I, 26).

térieures qu'il endura pour notre salut, la source d'où l'Église et les sacrements sont sortis (1), et la cause méritoire de la Rédemption (2). Voilà l'objet qui est offert à notre culte! Il n'en est pas assurément de plus saint, de plus sublime, de plus divin et en même temps de plus doux, de plus aimable et de plus tendre.

Pour nous pénétrer encore davantage de son excellence, nous l'avons examiné dans ses propriétés naturelles.

Le cœur, avons-nous dit, avec saint Thomas et les Physiologistes les plus distingués, est la partie la plus noble du corps; et comme il n'est rien dans le monde matériel qui soit comparable au Corps de Jésus-Christ, nous en avons conclu que son Cœur, qui en est le résumé Adèle, participe éminemment à cette noblesse.

De plus le cœur étant le principe de la vie naturelle, celui de Jésus fut aussi par conséquent le principe de la sienne propre; et cette vie étant d'une excellence infinie, le Cœur doit donc participer d'une manière toute spéciale à cette excellence infinie.

En outre, le cœur est la source du sang; c'est du cœur qu'il se distribue dans tous les membres; on doit donc juger du prix et du mérite du Cœur de Jésus par le prix et le mérite de son sang; prix infini, puisque c'est le prix de la Rédemption du monde.

Enfin le propre du cœur, c'est de répandre dans tout le corps une douce et salutaire influence qui porte, dans tous ses tissus, la chaleur, le mouvement et la vie. Que l'influence du cœur vienne à cesser, tout cesse dans l'homme; si le cœur languit, tout languit. La fonction du Cœur de Notre-Seigneur fut donc, durant sa vie mortelle, de soutenir, par une action continuelle, le corps de cet Homme-Dieu, de communiquer à tous ses organes, à tous ses sens, la chaleur, la vie, le mouvement et la vigneur nécessaires à leurs fonctions. La vie de Jésus dépendait nécessairement de l'influence perpétuelle de son Cœur sacré et, conséquem-

(1) Latus ejus aperuit.... ut illic quodammodo vitae ostium panderetur, unde sacramenta Ecclesiae manaverunt. (S. A.UG., in Joan. Evang., c. 19, tract. 120, n. 2). - Exivit enim sanguin et aqua. Non sine causa vel casu ni fontes manarunt; sed quia ex hoc utroque Ecclesia constituta est. (S. Joan. Chrysost., hom. 85, In Joan., n. 3, t. 8, p. 463, éd. Migne).

(2) Ad opus Redemptioni> generis humani Cor Jesu concurrit tanquam causa meritoria per sui vulnerationem. (De SS. Corde Jesu ejusque cultu a L. Leroy, c 1, q. 4, n. 56, p. 57).

ment, toutes les actions de ce divin Sauveur, toutes ses paroles, tous ses regards, tous ses pas, toutes ses sensations, toutes ses opérations, toutes ses joies et toutes ses souffrances avaient pour principe naturel son Cœur adorable.

Jésus-Christ, comme homme, a été en tout semblable à nous» à l'exception du péché (1). Il a donc aimé à la manière des autres hommes et conformément à la nature de l'homme; son Cœur a donc eu part à son amour; «il en a été le principe et le siège (2);» il en a souffert les impressions comme les autres cœurs, et bien plus vivement, si l'on en juge par la sueur de sang, au jardin des Oliviers.

Fait principalement pour aimer, ce Cœur divin devait être, par sa nature, bien autrement sensible à l'amour, qu'aux autres affections de l'àme; et, par conséquent, les effets de l'amour sur lui devaient être bien autrement vifs que ceux de la tristesse. On peut donc dire du Cœur de Jésus, avec plus de vérité que d'aucun autre cœur, qu'il a brûlé d'amour. En effet, c'est la fonction divine pour laquelle il fut formé; dès le premier instant de l'Incarnation, il fut embrasé des flammes les plus pures et les plus ardentes de la charité; elles n'ont jamais cessé durant sa vie; e^ il en brûlera de même pendant toute l'éternité. Il faudrait comprendre quelle est l'excellence de l'amour divin, pour comprendre, en même temps, quelle doit être l'excellence d'un Cœur dont la fonction éternelle est de recevoir les impressions de cet amour, et d'en produire des actes dont un seul, avons-nous dit, honore plus Dieu que l'amour de toutes les créatures ensemble, même possibles, ne pourrait l'honorer durant toute l'éternité. Si, d'après le sentiment universel et le langage ordinaire des hommes, dicté par la nature et sanctionné par l'Esprit-Saint, le cœur a une liaison tellement intime et réelle avec les vertus de l'àme, que ces mêmes vertus sont attribuées au cœur comme leur étant propres, que dirons-nous du Cœur de Jésus-Christ, la source et le siège de toutes les vertus les plus parfaites, les plus héroïques qu'on puisse imaginer.

Quelle a dû èlre la sublimité des sentiments d'un Cœur où

(1) Heb., vi, 2',.

(2) Voir le P. de Gali.îfet, de l'excellence de la dévot, au Cœur adorable de J.-c , p. 1, c. 4, in tiue et p. 2, c. 1, art. 1, § 1.

tout était digne de Dieu, et où devait être nécessairement réuni tout ce qui est exigé par l'excellence de cet Être suprême.

0 Cœur sacré de Jésus ! qui comprendra jamais vos grandeurs, l'immensité de votre amour, l'ardeur de votre zèle pour la gloire du Très-Haut, votre soumission à sa volonté et votre douleur à la vue des outrages commis envers sa divine Majesté!

Et à l'égard des hommes, qui dira quelles furent les dispositions de cet adorable Cœur, je veux dire sa charité, sa bonté, sa douceur, sa compassion, sa patience, sa miséricorde? Quant aux vertus que nous avons coutume d'admirer davantage, comme le courage, la force, la constance, la générosité, qui pourra jamais exprimer à quel degré de perfection le Cœur de Jésus les possède toutes ! Tout est ineffable, tout est incompréhensible dans ce divin Cœur, parce qu'il est le Cœur d*un Dieu.

Quels magnifiques aperçus cette étude nous a fait découvrir! Nous avons vu cette chaîne mystérieuse, qui relie le cœur de l'homme au Cœur du Christ, et le Cœur du Christ au Cœur même de Dieu ! Et l'anneau sacré qui sert de trait d'union... c'est MARIE qui a formé de son propre sang le sacré Cœur de Jésus... Je comprends la grandeur de sa dignité, et le pouvoir ineffable que son divin Fils lui a donné sur son Cœur adorable. Je comprends aussi tout l'intérêt qu'Elle porte aux hommes qui sont ses enfants.

O Cœur de Jésus ! que de splendeurs vous jetez sur les mystères de notre humanité ! Vous puisez votre vie divine et vos bénédictions jusqu'au sein du Père Eternel, jusqu'aux profondeurs inaccessibles de son essence, jusqu'aux plus intime de son Cœur. Cette vie et ces bénédictions, vous les déposez dans les mains de Mar e pour qu'elles viennent par Elle jusqu'à nous.

O Vierge Immaculée, vous êtes donc bien encore à ce titre NOTRE-DAME DU SACRÉ-CŒUR!... Soyez à jamais bénie!

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