SUR LES PARAGRAPHES TROISIÈME ET QUATRIÈME DU CHAPITRE PRÉCÉDENT
« Les nerfs sont des espèces de cordons ou de filets blanchâtres, plus ou moins apparents, ou déliés et soustraits à l'œil nu, qui, nés des centres nerveux, se distribuent en se divisant à l'infini dans tous les organes, pour y recevoir les impressions, les transmettre au cerveau, et pour reporter aux organes le sentiment de la sensation et déterminer leurs mouvements.
« Les nerfs sont composés de fibres particulières, qui, en émanant du cerveau ou de la moelle épinière, forment des faisceaux appelés racines; les racines se réunissent pour former des troncs, et de ceux-ci partent des tranches, elles-mêmes subdivisées en rameaux, puis en ramuscules, et enfin en fibrilles si fines qu'on cesse de poursuivre leurs trajets dans les tissus.
« Quand des nerfs en rencontrent d'autres avec lesquels ils se confondent, se continuent, se fusionnent, il y a ce qu'on nomme anastomoses.... Ce sont des communications établies entre des nerfs différents, mais qui doivent se suppléer les uns les autres. Elles sont très nombreuses, tant entre les nerfs du système cérébro-spinal qu'entre ce> derniers et ceux du système ganglionnaire.
« D'autres fois, les nerfs se joignent, s'entremêlent, se confondent par juxtaposition ou par anastomose, de manière à former des entrelacements qu'on nomme plexus nerveux.
« Les nerfs cérébro-spinaux ou cérébro-rachidiens sont ceux qui proviennent du cerveau, du bulbe et de la moelle épinière.
Us naissent symétriquement sur les côtés de ces centres nerveux, formant ainsi des groupes qui ont reçu le nom de paires....
« Le système ganglionnaire, ou grand-sympathique, encore nommé trisplanchnique, se compose d'une série de petits pelotons nerveux, nommé ganglions, et d'une multitude de nerfs qui en émanent, connus sous le nom d 3 nerfs ganglionnaires. Les ganglions nerveux sont de petits corps de substance nerveuse, rougeàtres ou grisâtres, situés profondément sur les côlés de la colonne vertébrale, à la tête, au cou. dans la poitrine, l'abdomen, aux lombes et à la région sacrée, et communiquant entre eux par des filets qu'ils s'envoient réciproquement. Ils sont considérés soit comme autant de petits centies nerveux, de petits cerveaux rudimentaires, recevant l'influx nerveux et le renvoyant aux parties qui sont sous leur dépendance, soit comme des points de jonction et de croisement de filets nerveux de toutes sortes, établissant des relations sympathiques dans tous les organes, d'où le nom de grand-sympatique donné à l'ensemble du système. Toujours est-il que ce système nerveux, bien qu'il jouisse d'une action propre, indépendante de la volonté, est relié avec l'axe cérébro-spinal par des anastomoses.
« Les nerfs du grand-sympathique sont fins, très déliés, extrêmement nombreux; dirigés en tous sens, ils forment des plexus autour des organes de la vie de nutrition, principalement autour des vaisseaux (nerfs vaso-moteurs). Ganglions cervicaux, nerfs qui en émanent: trois paires existent au cou.... Ces trois ganglions communiquent entre eux et concourent à former les nerfs cardiaques, ou nerfs du cœur, qui sont au nombre de trois... Nés des ganglions cervicaux, les cardiaques pénètrent dans la poitrine, gagnent la crosse de l'aorte et se mêlent aux filets du nerf pneumo-gastrique pour constituer, en correspondant avec ceux du côté opposé, le plexus cardiaque, lequel enveloppe le cœur et la crosse de l'aorte, et envoie des plexus secondaires aux vaiss°aux voisins et aux poumons, etc.
Vue d'ensemble du système nerveux. — « Le système comprend: 1. la masse encéphalo-rachidienne, 2. le nerf grand-sympathique, c'est-à-dire le système cérébro-spinal et le système ganglionnaire.
« Le premier préside à la vie de relation, le second à la vie nutrition et de génération.
« La masse encéphalo-rachidienne ou système cérébro-spinal se compose de Y encéphale (cerveau, cervelet, protubérance annulaire et bulbe rachidien, organes contenus dans le crâne), et de la moelle épinière, qui remplit le canal vertébral....
« Le cerveau, la protubérance et le bulbe fournissent douze paires de nerfs, appelés nerfs cérébraux ou crâniens parce qu'ils sortent du crâne; ces nerfs sont destinés aux organes de l'olfaction et de la vision, aux muscles des yeux, à la face et aux dents, aux organes de l'audition, de la gustation, au pharynx, aux poumons et à l'estomac, aux muscles de la langue.
« Ils ont pour usage de communiquer à ces parties, soit la sensibilité générale commune, soit une sensibilité spéciale, soit le mouvement, soit leur destination respective. La moelle épinière, de son côté, fournit trente paires de nerfs appelés rachicliens, ou spinaux.... Les nerfs rachidiens forment des plexus nerveux d'où naissent les nerfs des membres, etc.... Ils communiquent la sensibilité générale, la sensibilité tactile et le mouvement.
« Le grand-sympathique ou système ganglionnaire est constitué par de petits corps nerveux appelés ganglions, placés sur les côtés de la colonne vertébrale, et formant par leurs anastomoses une chaîne qui s'étend sans interruption de la base du crâne au sommet du sacrum.... Ils envoient des filets-nerveux et des plexus aux viscères de la vie de nutrition, tels que les poumons, le cœur, le canal intestinal, le foie, les reins, etc.... aux fonctions desquels ils président sans la participation de la volonté, bien qu'ils aient des communications anastomatiques nombreuses avec les nerfs de la vie de relation, etc. » (Anthropologie par A. Bossu, doct. en méd. de la faculté de Paris, t. 1, p. 75 et suiv., édit. 8.).
« Le nerf pneumogastrique, né sur Ips côtés du bulbe rachidien.... fournit des rameaux au pharynx, au larynx, au cœur, aux poumons, à l'estomac, et tient aussi sous sa dépendance trois grandes fonctions de l'économie: la respiration, la circulation, la digestion.... On sait que le cœur reçoit ses nerfs de deux sources: des filets cardiaques, du pneumogastrique et de la portion cervicale du nerf grand-sympathique. Lorsque les deux pneumogastriques ont été coupés sur l'animal, il survient une accélération remarquable des battements du cœur...; en même temps que les battements du cœur augmentent de fréquence, ils perdent de
leur énergie. Les nerfs pneumogastriques exercent donc une certaine influence sur les mouvements du cœur, mais ils ne les commandent pas absolument, puisque ceux-ci persistent.
« Le cœur reçoit des filets nerveux de deux sources: du pneumogastrique et du grand-sympathique. Comme le grandsympathique tire son origine multiple de toute l'étendue de la moelle épinière, il s'en suit que l'action, exercée sur les mouvements du cœur par ces deux nerfs, procède de la moelle par le nerf grand-sympathique, et du bulbe rachidien par le nerf pneumo-gastrique. De cette manière, l'influence nerveuse, qui se fait sentir sur le cœur est puisée dans une grande étendue du système nerveux, et elle peut persister encore dans des mutilations qui comprennent des segments plus ou moins considérables de la moelle. La plupart des muscles de la vie de relation, tels que les musclas des membres, reçoivent, au contraire, leurs nerfs d'un point spécial de la moelle et l'influence nerveuse se trouve suspendue, pour ces muscles, lorsque le point est lésé.
« Le cœur, relié par ses nerfs à presque tous les points du système nerveux central, se trouve moins exposé aux causes de paralysie que les muscles de la vie animale. Prochaska et après lui Brachet ont attribué aux ganglions cervicaux et aux ganglions cardiaques, placés près de la base du cœur, (ganglions dépendant du système grand sympathique), la production de la force nerveuse qui entretiendrait les mouvements rythmiques du cœur.
« Mais., de nombreuses expériences, faites récemment sur ce point, montrent qu'il faut pénétrer plus profondément dans le cœur lui-même, pour saisir les éléments nerveux qui président â ses mouvements. Volckman, Bidder, Ludwich, Heidenhein, Stannius, Eckhard, Goltz, von Wittich, ont fait, à cet égard, un grand nombre d'expériences.... d'où il est permis de conclure que les ganglions intracardiaques sont le centre et la source de l'action rythmique du cœur. M. Goltz a poursuivi plus loin le problème, en s'adressant à chacun des ganglions intracardiaques.
« De ses nombreuses expériences, on peut conclure que les parties pulsatiles du cœur forment un système coordonné d'appareils partiels, dont chacun correspond à un ganglion. Ces petits centres peuvent entrer en jeu sous l'influence d'excitants de diverse nature.. . Si le grand-sympathique, par les ganglions intra-
cardiaques, exerce une action bien déterminée sur les mouvements rythmiques du cœur, il n'est pas moins certain que le nerf pneumogastrique exerce aussi sur cet organe une influence bien marquée quoique d'une autre nature. » (Béclard, traité élém. de Pliysiologie humaine, liv. 2, c. 8, § 359 et liv. 1, c. 3, § 112), cité par L. Leroy, de S S. Corde Jesu e jusque cultu).