LE SACRÉ CŒUR DE JESUS CENTRE DE TOUT
Dieu, dans ses œuvres, a nécessairement un but. Sagesse infinie, il ne saurait agir sans motif. Mais quel est ce but, quel est ce motif? Dieu n'est pas libre de les choisir. Il peut, à son gré, ou créer ou ne pas créer. Mais du moment qu'il le fait, c'est pour lui-même qu'il doit le faire (1). Aucune autre fin ne serait digne de lui. En effet, que veut Dieu en appelant les créatures à la vie? Qu'elles le connaissent, l'aiment et le possèdent. C'est là sa gloire, fin nécessaire de ses œuvres, gloire qui s'identifie avec le bien même des créatures.
Mais que sont les créatures? Elles sont toutes des images plus ou moins parfaites de Dieu. Si viles, si abjectes, si près du néant qu'elles soient restées, ces créatures, elles ont quelque perfection, ne serait-ce que l'existence; et nécessairement cette perfection est une imitation plus ou moins lointaine des perfections divines (2).
Dieu, sans doute, se complait dans ses créatures, puisqu'elles sont ses copies; mais que veut-il surtout? Se manifester lui-même en elles et par elles (3); se faire connaître à l'extérieur. Sa pen-
(1) Oraiia propter semetipsum operatus est Dominus.
i2) Viclemus nunc per spéculum.... Quodnam est hoc spéculum? Respondeo primo esse creaturas quae, quasi spéculum, suum Creatorem repraesentant. (Corn. a Lap., in I Cor., XIII, 12. - S. Thomas, I, q. 45, art. 7).
(3) Invisibilia enim ipsius, a creatura mundi, per ea quae facta sunt, intellecta, conspiciuntur. (Rom., i, 20).
sée est donc que, de ses images, l'intelligence remonte à lui, que t&ns le portrait nous voyons le modèle (1). C'est de toute justice. De là cette conséquence rigoureuse que les créatures intelligentes sont la fin immédiate des créatures matérielles.
On concevrait en effet que Dieu n'ait créé que des êtres intelligents; ceux-ci l'auraient connu en lui-même et dans les autres. Mais concevrait-on la création bornée au monde matériel? Et à quoi bon ces corps, si beaux qu'ils fussent? Dieu, n'ayant personne à qui les montrer, ne trouverait assurément pas, à les contempler seul, un plaisir capable de motiver leur création.
On comprend alors que Dieu ait créé les Anges au début; s'il avait commencé par la matière, il n'aurait pas été connu dès le premier moment de la création ; ce n'était pas dans l'ordre (2).
Aussi, lorsque, contemplant son œuvre, il s'applaudissait luimême (3), les esprits célestes, spectateurs ravis, répondaient par un cantique de louange (1). Etait-ce assez? Non. Dieu voulait plus encore.
Se connaissant, il s'aime; se connaître pour lui, c'est engendrer son Fils: et le Père et le Fils, s'aimant d'un amour unique, cet amour, c'est l'Esprit-Saint, troisième Personne de la Sainte Trinité, dont l'existence est aussi nécessaire que celle du Fils et du Père. Or ses créatures lui ressemblent d'autant mieux qu'elles sont plus parfaites; Dieu veut donc que dans ses créatures spirituelles la connaissance produise l'amour. C'est pour être aimé qu'il veut être connu. Que lui importe d'être connu, si on ne l'aime pas.
De là toute la Religion: la connaissance produisant l'amour; l'adoration et l'obéissance suivent nécessairement.
(1) Savoir, c'est connaître la cause des phénomènes: Scientia est notifia rerum lier causas. Or il y a quatre causes: la cause efficiente, c'est Dieu; la cause finale, c'est Pieu; la cause exemplaire, c'est Dieu; seule la cause matérielle n'esi pas î'ieu, et la Philosophie moderne use appeler science: la science sans Dieu! quelle aberration!
(2) Sua omnipotent! virtute simul ab initio temporis, utramque de nihilo condidit creatnram spiritualem et corporalem, angelicam videlicet et mundanam, ac deiude humanam. (Concil. I ateran.).
(3) Et vidit Deus quod esset bonum. (Gen., I, 10).
(4) Quo tempore niii Pei, nempe angelicae intelligent iae, Creatorem laudantes, jubilabant, et mirinca illius opéra et concreatas ab eo leges sapientissimas ac foecundissimas adrnirabantur. (P. Pianci.vni, dissert, in Corn, a Lap., t. 1, p. LXIV. n. 13, éd. Vives).
Telle est cette gloire que le Créateur cherche dans la création.
En deux mots: les Esprits sont créés pour être religieux, et la matière pour les aider dans leur Religion. C'est déjà beaucoup que la matière ait cet honneur de montrer Dieu aux Esprits. Mais ne peut elle rien de plus?
Dans son état naturel d'inertie, de mort, Dieu l'a élevée jusqu'à la vie dans la plante; la plante elle-même, il l'a élevée dans l'animal jusqu'à l'instinct. Voilà déjà dans la matière une certaine connaissance, un commencement d'amour; au sein des airs et des eaux, ces animaux de mille sortes se connaissent et s'aiment: première esquisse, ébauche parfaite en elle-même, admirable, ravissante, mais ébauche lointaine.... hélas! et à quelle distance du modèle.
A cette hauteur, si haute soit-elle, le monde matériel n'est encore qu'un enfant nouveau-né, incapable de connaître sa mère. Et encore quelle différence! Sa mère, le nouveau-né lui dira demain, par un sourire, qu'il la connaît et qu'il l'aime. Mais le monde matériel, s'il reste où il est, jamais il ne saura qui l'a fait, ni même qu'il a été fuit. Les Anges ne verront en lui qu'un spectacle superbe, sans jamais y trouver un frère qui sache, avec eux, aimer, servir, chanter leur Père.
Dieu a résolu le problème ! Dans son génie tout-puissant, il a trouvé le moyen d'unir la matière à l'esprit.
Quelle merveille que le corps de l'homme! Cette matière privilégiée, Dieu l'a formée de telle sorte qu'en elle se réunit et se résume tout le monde inférieur.
« L'homme, encore qu'il soit un, est un composé merveilleux « de plusieurs sortes de vies dont la perfection va croissant, et « qui, sans être jamais, en lui, ni séparées ni confondues, se su- « perposent les unes aux autres.
« Chacune de ces vies, si on la considère en elle-même, est, « dans un sens vrai, surnaturelle par rapport à celle qu'elle do- « mine. Il est clair, par exemple, que fleurir et fructifier serait « pour un minéral un acte surnaturel, que marcher, sentir et dis- « cerner en sciait un pour un végétal, et que si la brute raison- « nait et parlait, elle ferait là quelque chose de très supérieur à « sa nature. Or l'homme est tout à la fois et ce minéral qui fleu- « rit, et cet arbuste qui marche, qui connaît, qui jouit ou qui « souffre, et cette brute qui argumente, qui comprend, qui dis-
« court. Sa nature, c'est précisément d'être le concert substance tiel, vivant et permanent de ces diverses vies.
« Et quelle unité dans ce concert ! C'est l'âme qui anime, sou- « tient et contient tout le reste ; elle est le siège, non-seulement «premier, mais unique-, et, comme l'enseigne l'Eglise, la forme « substantielle de toutes ces vies plus basses qui subsistent en « nous, même de celles qui fonctionnent par delà les phénomènes « intimes dont nous avons conscience. Lorsque Dieu nous a faits, « il n'a pas fait d'abord une poussière, puis une plante, puis un « animal sans raison ; il a pris de la terre humide qu'il a pétrie « et façonnée; souflant ensuite sur la face de cette statue inerte, « il lui a inspiré l'âme, et par là il lui a donné d'un seul coup « et la force, qui fait penser, et celle qui fait sentir, et celle qui « fait grandir et celle qui fait qu'on se meut. L'àme n'est pas « l'efflorescence spontanée ou laborieuse de vies qui montent d'en « bas et conquièrent plus ou moins rapidement des perfectionne- « ments successifs-, elle est une vie totale, supérieure et excel- « lente, qui contient suréminemment toutes les vies qu'elle sur- « passe, et qui, dans son unité très simple, fait plus qu'équiva- « loir à la multiplicité de leur puissance et à la diversité de leurs « fonctions.
« C'est une vie magnifique que celle dont Dieu nous dote en « nous donnant cette âme; magnifique à cause de ce monde «le « vies, de puissances et d'états qu'elle résume en les couronnant ; « magnifique surtout à raison de ce monde supérieur spirituel et « déjà divin au seuil duquel il nous place, et avec lequel elle « nous met en relations. Il est clair que, constituée ainsi, cette « vie humaine devient le rendez-vous commun de toute la créa- « tion inférieure, et comme son point d'appui pour communiquer « intellectuellement, affectueusement et religieusement avec Dieu. « L'homme est l'œil de tout ce qui ne voit pas, le cœur de tout « ce qui ne sent pas, la langue de tout ce qui reste muet dans « l'univers (1). »
En effe:, nous avons dit que, dans l'homme, le corps prend part à tous les actes de l'àme. Voilà donc en lui le monde inférieur associé, par son âme, à la connaissance de Dieu, à l'amour de Dieu, au service de Dieu, à la Religion des esprits. L'homme
(1) Mgr G.vy, vie et vertus chrétiennes, t. 1, n. 1, p. 10.
n'esl pas seulement un minéral qui fleurit, un arbuste qui sent, un animal qui raisonne, c'est un minéral, un arbre, un animal qui prie, qui adore, qui remercie: la matière devient en nous religieuse.
Voici comment le P. Ventura décrit cette vérité: « En créant le ciel et la terre, Dieu avait créé deux mondes «en un seul: le monde invisible, céleste, la cité des esprit-, et « le monde terrestre et visible, la patrie de la matière, des corps. « Mais que la condition de ces deux mondes était différente! L'hom- « me n'ayant pas encore paru sur la terre, il y avait la vie sen- « sitive, la vie végétative; mais il n'y avait pas la vie intelligente. « Tandis donc que Dieu était connu, adoré, aimé par des millions de millions de substances angéliques dans le ciel, sur la «terre tout ce qui n'était pas inerte était muet, était stupidé; « rien n'y comprenait rien ; rien ne rendait hommage à Celui qui « l'avait créé. Mais est-ce qu'il devait, est-ce qu'il pouvait en être « ainsi pour toujours? Le culte de Dieu, réservé à la création spi- « rituelle, pouvait-il être banni pour toujours de la création cor- « porelle?... Mais le moyen d'associer la matière au culte de Dieu, « de la faire entrer dans le grand chœur des intelligences?... Ce « moy-m, Diou l'a trouvé, l'a mis en œuvre en créant l'homme. « Dieu a uni, dans l'homme, l'esprit au corps, dans une unité « d'être, de sorte que le même et unique être de l'âme est aussi « l'être du corps... Comme l'intelligence a commencé à avoir une « espèce de personnalité matérielle, la matière a été élevée à « une espèce de personnalité intelligente... Voilà donc la matière, « le corps parlant, agissant dans l'homme comme l'esprit; voilà « la matière, le corps associé dans l'homme au culte de Dieu, à « la religion (1). »
De là l'éminente dignité de notre chair. Que par sa corruption, notre chair mérite le mépris et la haine, j'en conviens-, mais en elle-même, par sa nature et les desseins de Dieu, elle est au contraire la merveille par excellence des corps. C'est par elle que nous portons à Dieu l'hommage du monde inférieur; nous lui devons cette mystérieuse et si haute dignité de notre sacerdoce naturel.
Qu'il est merveilleux ce monde matériel! Quelle unité par- Ci) I'. Ventura, Conférence 9, n. 3.
faite dans cette indescriptible variété! Aucun être isolé! Partout, au contraire, union de forces, combinaison d'influences-, chacun sert à tous et tous à chacun; c'est un filet immense dont toutes les mailles se tiennent et aboutissent à un point central: l'homme. Oui, c'est dans l'homme qu^ se fait cette unité; et c'est aussi dans l'homme et par l'homme que cette matière prend part au culte de l'àme. Car, ne l'oublion pas, telle est la fin de Dieu: associer à la Religion de l'homme la matière extérieure, afin que par là il puisse être glorifié, connu et aimé. C'est pour être aimé que Dieu veut être connu ; l'amour est le dernier mot de nos rapports avec lui, le résumé de la Religion tout entière.
Or, en nous, l'amour à un organe spécial, c'est le cœur.
Voilà donc le centre du monde et de tout l'ordre naturel: le cœur de l'homme.
Au dessous de l'homme, tout est pour l'homme-, et, parce que le tout de l'homme c'est le cœur, tout est fait pour ce cœur, en vue de ce cœur.
Aussi le premier commandement, renfermant tous les autres, est-il : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu. Et comment l'aimerez-vous? De tout votre cœur. Dans le sens complet de ce mot, le cœur n'est pas seulement l'amour de l'àme, c'est aussi l'organe matériel, .siège et instrument de cet amour.
Dieu veut donc, il demande, il exige que la matière l'aime en nous et par nous; c'est de tout notre cœur que nous devons l'aimer; pas une fibre de ce cœur, pas une goutte de ce sang qui ne doive être toute entière imprégnée de son amour et employée à le glorifier.
Dans le temple, tout est fait pour l'autel ; de même, dans ce grand temple de l'univers visible, il y a un autel, centre unique pour lequel tout est fait. Sur cet autel doit brûler incessamment le feu de l'amour; et quelle victime ce feu consumera-t-il? Ce n'est pas une victime particulière, déterminée, choisie au milieu d'autres qui n'auraient pas le même honneur: notre cœur, c'est un autel des holocaustes; il faut que tout ce qui est et tout ce qui arrive, toute créature et tout événement soit là offert à Dieu et comme brûlé, consumé en son honneur.
Aussi tout ce que fait Dieu a-t-il pour but d'obtenir notre cœur; toutes ses œuvres sont une prière: Mon fils, donne-moi ton cœur; donne, l'amour est libre; je ne veux pas ravir ton
cœur malgré lui ; mais donne-le-moi; et pour moi c'est assez: possédant ton cœur, je te posséderai tout entier, et, par toi, tout le reste.
Sans doute Dieu nous possède, et nous et toutes choses, par droit de Créateur; son domaine est absolu; mais il veut encore tout posséder par don; il donne tout et veut que tout lui soit donné. Et comme c'est par amour qu'il donne tout, il veut que tout lui soit donné par amour.
De même donc qu'il y a en Dieu un don qui est le Don, le don par excellence, le don qui renferme tout, qui donne tout, le don qui est son amour même ou l'Esprit Saint (1), de même il y a en nous un don qui est notre don, le don par excellence de toute la création, c'est l'amour de notre âme, et l'organe de cet amour: c'est le cœur. Nous avons tout le Cœur de Dieu, il veut avoir tout le nôtre: Mon fils, donne-moi ton cœur.
Voilà l'homme Roi et Pontife: Roi par l'intelligence et Pontife par le cœur. Quelle dignité!
Regarde à tes pieds, ô Pontife, voici la matière: là bas, au bord du néant, c'est le règne minéral, l'inertie, la mort; plus haut, c'est le règne végétal, vie qui commence, encore à demimorte; plus près de toi, voici l'animal, avec ses instincts, ses sens: puissances merveilleuses qui font de sa vie une ébauche de la tienne.
Maintenant, lève la tête, ô Pontife : ce foyer lumineux (heureusement voilé, sa lumière t'aveuglerait), ce foyer, c'est Dieu; au dessous, les esprits purs, céleste hiérarchie : trois ordres, neuf chœurs; les derniers de ces esprits sont près de toi; leur main tendue appelle ta main. Pendant que tes pieds reposent sur la terre, ô homme, par toi la création est une. Grâce à ta double nature, admirable trait d'union, il n'y a qu'un monde, V Univers, chantant d'une seule voix: Gloire à Dieu!
Le beau spectacle! Monde angélique, monde matériel, monde humain, Trinité créée, une dans l'homme, connaissant, aimant, glorifiant la Trinité incrée et créatrice.... Quel magnifique concert ! ! !
Et tout cela n'est rien! Ce spectacle qui nous ravit, non, il ne mérite pas un regard de Dieu. Je l'ai dit cependant, et je le
(1) S. Thomas, I, q. 3*. art. 2.
répète, et c'est vrai: Dieu regarde avec un immense amour le plus petit, le dernier des êtres créées par lui; ce magnifique ensemble, il l'enveloppe d'un regard d'amour absolument indescriptible. Et je dis maintenant, et je répète, et c'est également vrai: non, non, rien de tout cela, ni détails, ni ensemble, rien ne mérite le regard de Dieu. Tout cela est borné; Dieu est sans borne: qu'estrce que le fini pour l'infini?
Qu'est-ce à dire? Où suis-je? Oîi allons-nous? Quelle lumière et quelles ténèbres! Les vérités s'entrechoquent, comme des soleils qui se rencontrent dans leur course opposée, couvrant le monde des débris de leur éblouissante atmosphère. Où sommes-nous?
Paraissez, ô Vous, Soleil des soleils, lumière du monde, lumière vivante, principe et fin, notre Dieu et notre tout. Jésus, Jésus, paraissez avec les splendeurs de Voire Cœur adorable, ce foyer d'amour, cette source de vie, de grâce et de bénédiction! ! !
Dieu fait tout pour sa gloire; nous l'avons vu: libre d'agir ou non, il n'est pas libre de donner à ses œuvres une autre fin que Lui-même. Or cette gloire, évidemment, doit être proportionnée à la dignité qui la mérite.
Qu'est-ce donc que Dieu? Celui qui est (1). «Seul, s'écrie « Bossuet, seul en tout ce qu'il est, seul sage, seul bienheureux, « Roi des rois, Seigneur des seigneurs, unique en sa majesté, « inaccessible en son trône, incomparable en sa puissance, sum- «mum magnum, le Souverain Grand (2),» l'Infini! Donc il lui faut une gloire infinie!
Et en effet, comment Dieu, jouissant en lui-même d'une gloire sans bornes, aurait-il désiré une gloire finie? Répétons-le: qu'est-ce que le fini pour l'infini?
Maintenant regardez l'univers; ses magnificences seraientelles mille et mille fois plus magnifiques encore, elles sont bornées. Dilatez ces bornes, repoussez-les au gré de votre imagination, vous ne pouvez les détruire; Dieu lui-même ne le pourrait
(1) Exod., III, 14.
(2) Bossuet, Serm. pour la Visitation, t. 11, p. 198, éd. Vives.
pas. Quand donc tous les êtres formeraient en l'honneur de Dieu le plus merveilleux concert, n'y eut-il dans ce concert aucune note discordante, se prolongerait-il pendant des siècles et des siècles, pendant l'éternité, toujours plus varié, plus un, plus beau, non, jamais, jamais, il n'atteindra à la hauteur de l'infini.
Ainsi donc, d'un côté Dieu méritant infiniment une gloire infinie, de l'autre le monde et tous les mondes possibles, impuissants à la lui procurer. Que faire? La réponse de Dieu, c'est Jésus-Christ: Jésus-Christ vraiment homme et Jésus-Christ vraiment Dieu. L'incarnai ion du Verbe est donc la solution du plus grand et du plus incompréhensible problème qui fut jamais.
Etudions un instant ce qu'est en Notre-Seigneur la vie humaine. Comme la nôtre, la vie humaine de Jésus résume tout le monde inférieur: elle est végétative, animale et raisonnable; c'est l'âme qui est en lui comme en nous, le principe unique de ces trois vies, si parfaitement distinctes dans leur parfaite unité.
Mais quelle différence entre Jésus et nous! Les opérations inférieures de la vie animale ou végétative, la nutrition, par exemple, et tout ce qui s'y rattache, ces opérations, notre âme ne les voit pas; si perçant que soit son regard intérieur, impossible qu'il atteigne ces phénomènes dans les profondeurs où ils se cachent. Et même dans notre vie raisonnable, combien d'actes qui échappent à notre connaissance et à nos délibérations!
Notre vie ressemble à un fleuve profond dont la surface seule nous apparaît. Par dessous cette surface resplendissante, les eaux sont obscures; la lumière n'y pénètre qu'avec peine; que roulet-il, ce fleuve, dans ses flots mystérieux? Personne ne le sait.
En Jésus, au contraire, tout est lumière et limpidité Son âme voit tout ce qu'elle opère, aussi bien dans les régions ténébreuses de la vie végétative ou animale, que dans les sphères plus hautes et mieux éclairées de la vie raisonnable. En effet, connaissant toutes les créatures et tout dans chacune, comment l'âme de Jésus ignorerait-elle quelque chose de ce qui se passe en elle-même ou dans son Corps (1)?
(1) Utrum anima Christ) in Verbo cognoverit omnia?. . . Omnia potes! dupli-
iccipi: uno modo proprie, ut distribuât pro omnibus quae qnocumque modo
smii, vel erunt, vel fuerunt, vel facta, vel dicta, vel cogitata ;i quocumque, secun-
duni quodcumque tempus. Et sic dicendum est quod anima Christi in Verbo co-
gnoscit omnia. (S. Thom., ni, q. 10, a. 2).
Ce n'est pas assez. Ce qu'elle voit, cette àme, elle le veut. Sa volonté ne s'étend pas moins que son intelligence et n'est pas moins parfaite. Elle veut donc ces opérations de loutes sortes qui constituent sa vie inférieure; elle les veut toutes en général et chacune en particulier, parce que, les voyant, elle voit aussi avec quelle perfection elles sont combinées, ordonnées, harmonisées; elles les veut, parce que c'est le Verbe qui les produit et que, dès le premier instant de son existence, « cette àme communia, « et avec une ardeur inexprimable, à toutes les pensées, à tous « les vouloirs, à tous les actes de ce Verbe à qui elle adhérait « de manière à n'être plus, avec lui, qu'un seul et même esprit « et qui était sa propre personne. . . . Elle les épousa, comme elle « épousait le Verbe lui même (1). »
De là, dans toute la vie humaine du Christ, une incomparable dignité. Il n'y a rien d'inconscient dans cette vie, rien qui ne soit vu et voulu. Maître do tout, Jésus est absolument maître de lui-même: cette toute-puissance, qui lui a été donnée au ciel et sur la terre, il l'exerce d'abord sur sa Personne auguste, qui est le ciel et la terre réunis.
En un mot, pour reprendre la comparaison précédente, la vie humaine de Jésus, c'est un fleuve lumineux et intelligent, se rendant compte de chacune des gouttes d'eau qu'il roule, sachant où il la porte.
Voilà donc en Jésus la création résumée, plongée dans une lumière sans ombre, se connaissant elle-même parfaitement, et voulant d'une volonté très précise tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle fait.
Et cette créature et cette création résumée, c'est Dieu ! C'està-dire qu'en Jésus et par Jésus le monde entier participe à la vie divine (2). Ces ossements solides comme la pierre, et qui en ont la nature, ce sont les ossements de Dieu ; cette chair qui vit comme la plante, c'est la chair de Dieu; cette vie de sensations, d'in-tincts, qui constitue l'animal, elle est, en Jésus, la vie de Diou; de même pour la vie raisonable; en Jésus, cette vie n'est
la vie d'un homme, mais elle est la vie de Dieu.
(\) Mgr. Oay, Elévations sur la vie et la doctrine de 2V. s. J.C., t. 1. 8î (2) Cajetan dit de même de l'Incarnation: Hoc modo Deum commuuicasse se ereaturae, et non solum creaturae tali... toti universo se summo modo communicavit dnni incarnatus est, cité par Mi-rr I.androit. le Chvist et la Tradition, conf G., notes.
Donc, pas un acte en Jésus qui ne soit acte de Dieu. En effet, c'est à la personne qu'est attribuée l'action; elle est le principe qui agit. Sa nature n'est pour elle que le premier instrument. Or en Jésus il y a deux natures, mais il n'y a qu'une personne, la personne divine. Jésus pense, Jésus parle, Jésus marche; c'est Dieu qui pense, qui parle et qui marche. Et, pour redescendre dans les étages inférieurs de sa vie humaine, ce sang qui coule dans les veines de Jésus, ces esprits vitaux qui animent ses nerfs, tous ces phénomènes qui constituent sa vie végétative ou animale, c'est à Dieu même qu'ils appartiennent, ils sont de Dieu, ils vont à Dieu: détails et ensemble, en Jésus, tout est divin, et divin dans un sens absolu qui n'est propre qu'à lui.
En Jésus, par la même, pas une fibre, pas une goutte de sang qui n'ait une valeur infinie. Le mouvement, qui emporte cette goutte de sang, a une valeur infinie, lui aussi, puisqu'il est connu, voulu et produit par une personne divine.
Résumant cette première idée, nous disons: Jésus voit, Jésus veut tout ce qu'il est et tout ce qu'il fait; rien de ce qu'il est, rien de ce qu'il fait, ne s'éloigne en quoi que ce soit de la perfection voulue par Dieu: et lui-même est Dieu. Yoilà donc bien la glorification infinie que Dieu demande.
La vie de Jésus est un culte permanent, continu; tout en Jé<us est adoration, et adoration d'une valeur infinie. En un mot, Dieu en Jésus est adoré par Dieu.
.Mais Jésus n'est pas seulement Dieu adorateur, il est aussi Dieu manifesté, et quelle gloire pour Dieu que cette révélation de lui-même en Jésus.
Tous les attributs divins ont en Jésus leur manifestation suprême; nous pourrions facilement le démontrer; mais nous ne mentionnerons ici que la puissance, la sagesse et la bonté.
Dans la création Dieu déploie une puissance infinie; c'est évident, puisque le néant et l'être sont à une infinie distance. Cependant la création ne fait que des créatures bornées et imparfaites. Mais en Jésus que voyons-nous? Un Dieu qui devient homme et un homme qui devient Dieu. Quelle distance franchie! Ce n'est plus seulement celle du néant à l'être, mais du néant ù Dieu. Ici la puissance divine dépasse les bornes de notre entendement; elle va jusqu'aux extrêmes; elle touche aux limites de l'impossible lui-même; et les termes les plus inconciliables se
concilient en Jésus. Ainsi Dieu ne peut pas être créé, la créature ne peut pas être Dieu; et cependant Jésus est créature et Jésus est Dieu ; deux natures en lui : Dieu par l'une, créature par l'autre, et ces deux ne font qu'un; de sorte qu'on peut dire en toute vérité: Dieu est né, Dieu a souffert, Dieu est mort.
Allons plus loin. Ce serait une contradiction, c'est-à-dire, une absurdité, que Dieu changeât les essences. En Jésus, Dieu s'affranchit encore, autant que possible, de cette impossibilité. Sans changer l'essence de la nature humaine, il l'atteint néanmoins dans ce qu'elle a de plus essentiel. Dans la substance, en effet, ou nature réalisée, qu'y a-t-il de plus essentiel que la subsistance? Or, en Jésus-Christ, la nature humaine n'a point sa subsistance propre, c'est dans le Verbe qu'elle subsiste; et ainsi, comme les inconciliables sont conciliés en Jésus, de même les inséparables sont séparés.
Toutes les merveilles se réunissent donc en Jésus-, ou plutôt, Dieu en Jésus se surpasse lui-même: l'homme-Dieu est son chefd'œuvre. Chef-d'œuvre de sa puissance infinie, chef-d'œuvre aussi de son infinie sagesse.
Déjà nous la voyons, cette sagesse sans bornes, dans les conciliations impossibles que nous venons d'énumérer. Combiner, disposer: voilà son œuvre; et plus ce qu'elle unit répugne par soi-même à toute combinaison, plus elle se montre éclairée et puissante.
Mais ce qui la révèle surtout, c'est la grandeur de la fin qu'elle poursuit, et l'exacte proportion des moyens qu'elle emploie. Quelle est donc ici la fin cherchée, le but à atteindre? Nous l'avons dit: c'est de procurer à Dieu une adoration infinie. Or ces deux idées se repoussent. Adoration suppose infériorité; l'infini au contraire est nécessairement supérieur à tout. Jésus est encore la solution de cette insoluble difficulté: adorant comme homme, il donne comme Dieu un prix infini à ses adorations.
Disons maintenant que Jésus-Christ est la manifestation suprême de l'infinie bonté. Cette vérité est ici d'une importance capitale; car la gloire extérieure que Dieu ambitionne consiste surtout dans la manifestation de sa bonté.
Comment donc Jésus en est-il la manifestation suprême ? La voici. La bonté c'est l'amour gratuit. « Celui-là est bon qui aime « le premier, qui aime sans cause, pour le bonheur seul qu'il trouve
« à aimer (1). » Or aimer, c'est vouloir du bien à celui que l'on aime, et lui en faire autant qu'on le peut. Quiconque a aimé sait cela, et sait aussi quelle douleur c'est de ne pouvoir égaler son amour par ses bienfaits.
Donc, le signe, la preuve, la mesure de l'amour, c'est le don; le don réalisé, quand c'est possible; le don projeté, voulu, quand on ne peut rien de plus. Aussi l'amour de Dieu, c'est-à-dire l'Esprit-Saint, se nomme-t-il le Don (2). Or, dans le don, il y a deux choses à considérer. D'abord le bien qui en est l'objet, puis 1" droit conféré sur ce bien par celui qui le donne à celui qui le reçoit. En effet, ce bien qui est à moi, je puis le donner avec ou sans condition, pour un temps ou à tout jamais. Inutile d'ajouter que c'est seulement quand je donne sans condition que le don est parfait.
Que si maintenant nous étudions en lui-même le droit de propriété, nous verrons qu'il établit une sorte d'union entre le propriétaire et ce qu'il possède. Union d'autant plus intime et profonde que le droit est plus parfait. Cet ouvrage de vos mains, fruit de vos sueurs, n'est-il pas quelque chose de vous? K'y avezvous pas mis votre intelligence, votre travail, plusieurs heures de votre vie? Peut-on vous l'arracher sans déchirer votre cœur? Et que dire du droit de propriété qu'ont, les uns sur les autres, le* membres d'une famille: mon père, ma mère, mon enfant. . . Quels droits et quelle union dans ce droit réciproque! «Le fils, dit S. Thomas, est quelque chose du père (3). » C'est le droit de propriété au suprême degré.
L'amour est donc d'autant plus parfait qu'il donne plus parfaitement un bien considérable.
Quel est donc le bien donné dans l'Incarnation, et à quel point est-il donné? Nous l'avons déjà dit et nous le disons encore. Ce bien, c'est le Bien, le bien par excellence, le bien qui renferme tous les autres et les dépasse infiniment, c'est Dieu, c'est son Cœur. Impossible, même à Dieu, de donner plus. Et ce bien infini, qui est Dieu, est donné infiniment dans l'Incarnation -, c'est-à-dire à un tel point que Dieu lui-même ne pourrait donner plus parfaitement.
(1) Lacordairb.
(2) S. Thom., I, q. 38, ii. 2.
(3) Filins est aliquid patris.
Nous l'avons vu, en effet, il y a union entre le propriétaire et ce qu'il possède; union d'autant plus parfaite que le droit est plus parfait, la propriété plus absolue. Or, entre Dieu et l'homme, en Jésus, il y a plus qu'union, infiniment plus: il y a unité.
L'unité n'est-elle pas la limite dont se rapprochent toutes les unions, et d'autant plus qu'elles sont plus intimes? Limite qu'on ne peut atteindre, encore moins dépasser (1).
Dans l'Incarnation, elle est atteinte cette limite. En Jésus, nous le savons, il n'y a pas confusion de natures ; la distinction est nécessaire pour qu'il y ait donateur et obligé; mais ces deux natures ne sont qu'une Personne; Jésus n'a pas Dieu, avons-nous dit; Jésus ne possède pas Dieu, si parfaitement que ce soit: Jésus est Dieu.
Voilà donc l'amour de Dieu satisfait. « Etant infiniment, Dieu « est infiniment communicatif, infiniment unissant (2); » et en Jésus il se communique et s'unit infiniment. Son amour, si infini qu'il soit, ne peut rien connaître de plus.
Rappelons maintenant que la bonté c'est l'amour gratuit.
Eh bien! dans l'Incarnation, la gratuité du don est aussi parfaite que le don lui-même. Si l'homme, en Jésus, avait existé, ne fût-ce qu'un instant, avant l'Incarnation du Verbe, il aurait pu, cet homme, sinon mériter, du moins demander, obtenir en quelque manière le don suprême de l'union hypostatique. Mais non. « Cette humanité éclôt, pour ainsi dire, sur la divine per- « sonne du Verbe; elle s'éveille Dieu, dès qu'elle s'éveille; il n'y « a donc pas place ici à l'ombre d'un mérite, fut-ce celui d'une « prière, d'un désir ou même d'un regard, c'est une grâce toute « pure (3). »
Jésus est donc bien la manifestation suprême et infinie de l'infinie bonté, puisqu'on Lui nous voyons le don absolument gratuit et infini d'un bien infini.
Il est de plus V Eucharistie universelle et infinie, et Y Extase permanente de la création tout entière.
(1) On appelle limite, en mathématique, la fipure ou la quantité dont une autre se rapproche incessamment sans jamais l'atteindre. C'est ainsi que la cir. conférence est la limite des polygones semblables qui lui sont inscrits et circonscrits. Plus on augmente le nombre des côtés de ces polygones, plus ils se rapprochent l'un de l'autre, resserrant entre eux la circonlérence, leur limite commune; mais ils ne peuvent ni l'atteindre, ni s'atteindre l'un l'autre, il faudrait pour cela qu'ils arrivassent à un nombre infini dé côtés, ce qui est impossible.
(2) i.ossuet, serinons, t. 1, p. -67, éd. Vives.
(3) Mgr. Gay, vie et vertus chrétiennes, t. 1, p. 21.
Par lui l'humanité, que dis-je, le monde des esprits et le monde des corps se donnent à Dieu, se livrent à Dieu, se perdent en Dieu et rendent à Dieu les actions de grâces qu'il mérite (1).
Résumant donc ce qui précède, nous disons: Jésus est l'Homme- Dieu. Homme, il réunit toute la création: Je suis la vie, nous ditil. toute la vie, la vie créée et la vie incréée; la vie végétative et animale ou vie matérielle, et la vie spirituelle ou raisonnable.
Or, à ce point de vue, quel est en Jésus-Christ le rôle du cœur? D'abord, en lui comme en nous, le cœur préside aux fonctions de la vie végétative. Or tous les organes humains vivent de cette vie, même ceux qui sont destinés aux fonctions les plus élevées de la vie raisonnable-, pas une fibre du cerveau, par exemple, qui ne grandisse d'abord, et ne s'entretienne ensuite comme la plante. De plus, la vie végétative est en nous, par rapport aux deux autres, comme une base nécessaire, un fond dont elles dépendent. En effet, que les fonctions de cette vie : nutrition, circulation et autres, s'accomplissent mal, aussitôt nos sensations (vie animale), nos pensées (vie raisonnable) en reçoivent un contrecoup aussi profond que rapide et inévitable; de même en Jésus non pas qu'un désordre quelconque ait pu se produire dans son divin organisme (2); mais en Lui, comme en nous, le cœur a, sur la vie végétative, l'influence directe d'un premier moteur, et, par rapport aux vies supérieures, une influence moins directe, mais encore de premier ordre.
Et, dans cette sphère supérieure elle-même, le cœur est en outre l'organe, pour la vie animale, de l'amour sensible, et, pour la vie raisonnable, de l'amour spirituel.
Voilà donc le point culminant, le centre, le résumé, le tout de la vie humaine, en Jésus, c'est son Cœur.
(1) Per quem (Christum) majestatem laudant Angeli, adorant Dominationes. tremunt Potestates.... cum quibus et nostras voees ut admitti juluas, deprecamur. (Praef. Missae).
(2) .le dis: se produire; l'oivanisme en Jésus était si parfait que, par lui-même, il n'a jamais été altéré. (Suarez, in 3 p., disp. 32. sect. 2, n. 7, t. 1^, p. 175, éd. Vives). Mais les altérations qu'il subit, dans sa passion, par exemple, vinrent du dehors: sa chair n'était pas impassible.
Le cœur est en nous l'organe qui Ait le premier, primum vivens, et aide à former tous les autres par le sang qu'il propulse. En est-il de même en Jésus-Christ? Non. Son humanité s'éveilla parfaite dans le sein de Marie (1). L'on ne peut pas dire que la vie commença en lui par le cœur, puisque, dès le premier instant de sa conception et d'un seul coup, elle envahit tout son être. Mais Dieu peut créer un astre à l'état lumineux, ou, si l'on veut, dans l'acte même de projeter sa lumière. Le rayon, dans ce cas, aussi ancien que le soleil, jaillira cependant de ce soleil et dès son premier instant. De même ce qui se fait chez nous successivement, au moment, de noire formation, se fait en Jésus instantanément. S'emparant subitement de tout lui-même, la vie fut, dès le premier instant, dans le cœur et partout, mais dans le cœur comme en son principe et circulant ailleurs à l'état de conséquence.
Le Sacré-Cœur est un astre qui fut toujours rayonnant, une source versant ses eaux dès le premier moment. Principe et conséquence, cause et effet jaillirent en même temps de la volonté divine, mais avec leur nature particulière et leur caractère propre. Excluant donc toute idée de succession, nous pouvons dire du Cœur de Jésus qu'il fut, comme le nôtre, primum vivens, organe principal, premier instrument de vie entre les mains du Verbe-, non pas premier moteur immobile, Dieu seul a ce titre, mais premier instrument recevant et communiquant tout le mouvement, toute la vie : la vie est donc partout en Jésus au même moment, mais dans le cœur elle est se donnant et partout ailleurs elle est reçue.
Tel est le rôle du Cœur pour la vie humaine de Jésus à son début.
N'en est-il pas ainsi pour sa vie divine? N'est-ce point par son Cœur qu'elle se communique, cette vie, à tout son organisme? Non pas qu'elle soit successivement, dans le Cœur d'abord, pui* dans les organes; nous venons de dire que, même pour sa vie humaine, il n'y a pas eu, au premier instant, cette succession de mouvements; mais le Cœur en Jésus, moteur premier de la vie humaine, n'est-il pas aussi, de quelque manière, moteur
(1) Corpus Christi, propter infinitam virtutem agentis, luit perfecte dH"'situni in instanti. (s. Thom., III, q. 33, art. 2, ad 3. - Vide Suarez, in hac quaest., art 1. Comment., n. 2, t. 19, p. 176, éd. Vives).
premier de la vie divine? En Jésus, la vie humaine est la plus parfaite image de la vie divine; plus on constat'.1 do ressemblance entre l'une et l'autre, mieux on 1rs connaît toutes deux. D'ailleurs les moyens de Dieu sont simples et uns, surtout dans ce qu'il fait en Jésus. Il semble donc naturel que la vie divine de Jésus ayant un principe unique, Dieu le Père-, et sa vie humaine un principe unique, Marie, se rencontrent toutes les deux dans un organe unique : le Cœur. Là s'opère, principalement, cette mystérieuse union, cette fusion sans confusion de d ux natures distinctes dans une seule et même Personne.
Regardez une sphère, elle est parfaitement une dans tout son être-, l'unité, du reste, et l'être c'est tout un; mais, dans la sphère, il y a un point plus un que tout le reste, et qui donne à tout le reste l'unité, c'est le centre (1).