‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 36 sur 176 · LA SPHÈRE EST LA FIGURE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA SPHÈRE EST LA FIGURE DE DIEU

Kepler, qui pensait souvent à Dieu au milieu de se-- longs calculs, nous montre la figure sphérique comme la plus parfaite de toutes et voit en elle la similitude la plus exacte de Dieu: Mundi archetypus Deus ipse est, dit-il, cujus nutla figura similior est {si qua similitudo locum habetj quant sphaerica superficies.

Dieu est l'Être des êtres, le premier de tous, l'incréé, la simplicité même, la perfection, l'immuable, se suffisant à lui-même infiniment et suffisant de même à toutes les créatures, créant et soutenant toutes choses, vivifiant et développant, un en essence et trois personnes ei lui: Anteredens orrinia, ingenitum, simplicissimum, perfectissimum, Immobile, sibi ipsi creaturisque omnibus suffîcïcntissimum, rreans et sustentans omnia, unies essentia, in persona trinus.

La Bgure sphérique, s'il est permis de comparer l'ombre à la lumière et la goutte d'eau à l'océan, reproduit, d'une manière frappante, de semblables propriétés.

Elle domine sur toutes les autres par la beauté, la simplicité, la perfection de sa forme, seule, entre toutes les figures des corps, elle n'a qu'une surface pour limite et c >tte surface peut reposer toute entière sur chacun de ses points. Les autres ligures ont besoin de plusieurs surfaces et leurs surfaces ne peuvent reposer que sur plusieurs lignes. Mais ce en quoi la sphère est surtout digne d'attention, Hu'elle nous offre de l'adorable mystère de la Très Sainte Trinité.

Dans la sphère, il y a trois choses, dit Kepler: le centre, la superficie et l'égalité de distance de la superficie au centre et du centre à tous les points de la superficie. Ces trois propriétés se distinguent l'une de l'autre et se tiennent néanmoins d'une manière si intime que, l'une d'elle étant détruite, les autres le sont aus^i. cependant elles forment réellement trois attributs qu'il est impossible de confondre entre eux: in sphaerico triasunt: centrum, superficies et aequalitas intervallt, quorum, uno negato, caetera corruunt, sunt jue distincta inter se ut unum non sit alterum.

Le centre est comme l'origine de la sphère, c'est le principe, c'est de lui que

ppe, par un nombre infini de lignes invisibles, cette surface dont tous les

points seront à égale distance du point qui les a produits. On dirait que le point

s'est épanoui en fleur ou a rayonné comme une lumière. Centrum est quasi orioo

sphaerici; superficies intelUgiiur a centra non egredi, sed egressa esse lineis

De même, Jésus est parfaitement un dans tout lui-même; tout est également divin et humain dans sa Personne adorable; il y a cependant comme un point central, d'où rayonne, dans tout son être double et un, sa parfaite unité, c'est le Cœur. Qu'y a-t-il du reste d'étonnant que cette union, cette unité toute d'amour ait son siège spécial, son trône d'honneur, dans le Cœur, siège et organe de l'amour?

Donc, la vie double et une de Jésus, vie humaine et divine, vie théandrique, cette vie, dis-je, étant une adoration permanente, c'est dans son Cœur que se concentre cette adoration; c'est de son Cœur qu'elle s'élance-, son Cœur est la source première de ce fleuve intarissable, l!autel unique et toujours embrasé de ce perpétuel sacrifice.

Par là même, ce que nous disons de Jésus adorateur s'applique spécialement à son Cœur; c'est lui surtout, ce divin Cœur, qui est le glorificateur par excellence de la majesté infinie (1).

redis numéro infinitls per intermedium in omnes piaffas, nullo sui vestiffio relicto, in irttermedio , puncto se in liane amplituàinem communicante ad acqualitatem usque intervallorum omnium, etc.

Qui voit la sphère a immédiatement le moyen de connaître le centre, et le centre est cependant en lui-même comme dans un sanctuaire inaccessible à tout regard. Le rapport, éternellement immuable, de tous les points de la circonférence au centre est la lumière qui îévéle la vraie position du centre caché. La superficie est donc le caractère, l'image et la splendeur du centre, c'est le chemin qui y conduit. On peut donc dire avec une similitude qui frappe d'étonnement l'intelligence humaine: celui qui voit la superficie, dans la superficie voit le centre, comme celui qui voit le Fils, dans le Fils môme voit le Père. Centrum seipso est invisibile et imper vestiffabile ; monstratur vero undlque flexu aequabilissUno sicper/îciei, mediante acquabilitate intervalli; itaque superficies est character et imago centri, fulgor ab eo et via ad id; et qui superflciem videt, in eo ipso videt et centrum non aliter.

L'étendue parfaite de cette figure résulte de la comparaison établie entre le centre et la superficie; elle procède réellement de l'un et de l'autre, elle mesure et scrute les profondeurs autrement insondables de cette forme et nous donne ainsi une des pins exactes images de l'adorable Trinité. Intervallum résultat ex comparatione centri cum superficie et sic procedit ab u.troque mensuratque et scruiatur profundum huius flgurae. Le Père est le centre d'où jaillit la splendeur éternelle qui s'appelle le Verbe, et le Saint Esprit est le lien du Përe et du Fils, c'est la mesure non qui sépare, mais qui unit ces deux Personnes infiniment adorables. Kepler, Elementa astronomiae Copernicae.

(1) « Par le Cœur de Jésus, qui est le cœur d'un Homme-Dieu, la Trinité « sainte reçoit une adoration véritable, des prières, des soumissions, des devoirs, « qui ne peuvent être rendus que par la créature, et qui cependant sont souverai- « nement dignes de Dieu, étant offerts par la Personne du Verbe incarné, la Per- « sonne d'un Dieu. » (Mgr Baudry, le Cœur de Jésus p. 2, § 1. p. 183).

Et si maintenant nous considérons Jésus comme la manifestation suprême de l'infinie Bonté, que dire de son Cœur? N'est-ce pas dans ce Cœur sacré que cette Bonté s'établit, qu'elle demeure? Et si sa très saint Humanité en est le temple (1), son Cœur n'en est-il pas le sanctuaire, le Saint des Saints?

Jésus est l'action de grâces, avons-nous dit. En offrant au Créateur un remerciment digne de lui, infini comme sa grandeur et son amour, il satisfait pleinement à la reconnaissance des créatures. Ici encore, son Cœur n'est-il pas l'organe de cette reconnaissance universelle?

En Jésus la créature se donne à Dieu totalement; elle se perd en Dieu: ravissement suprême qui est aussi sa suprême aspiration. Or cette union d'amour n'est-ce pas surtout dans le Sacré- Cœur qu'elle se produit? Le Cœur de Dieu se précipite vers sa créature, emporté par le poids d'un amour infini, et le cœur de la créature monte vers Dieu, sous l'influence d'un attrait dominant chez elle tous les autres. C'est en Jésus que ces deux Cœurs s'atteignent, et ils s'unissent si profondément que ces deux Cœurs n'en font qu'un (2), et ce Cœur unique, c'est le fruit du ciel et de la terre. « Voilà le germe dont les Prophètes ont tant parlé ! « Les cieux le donnent comme une rosée; les nuées l'épanchent « comme une pluie, et pourtant la terre le voit jaillir de son sein... «La création a un but, elle a un fruit à produire; c'est votre « Cœur, ô mon Jésus (3) ! »

Si maintenant, ayant dit de Jésus qu'il est la gloire suprême et infinie de Dieu, la révélation par excellence de son infinie bonté, l'Euchaiistie universelle et l'Extase permanente de la créature en Dieu, si, dis-je, nous voulons résumer d'un mot ce résumé lui-même, nous dirons que Jésus est la Religion, la Religion par excellence, vivante et infinie.

(1) Sohue templum hoc, et in tribus diebus excitabo illud. (Ioan., II, 19).

(2) De même qu'il y a en Jésus deux intelligences, je puis dire qu'il y a aussi: d-ux cœurs. . . Et comme Jésus a deux cœurs, il a aussi deux volontés. (Gard. Man. NINO, les Gloires du Sacre-Cœur, p. 11-12.)

(3) Mgr Baudry, le Cœur de Jésus, p. 1, § 10, p. 50 et 51. — L'auteur ajoute « Ht quand il sera (votre Cœur, à Jésus!) entièrement formé par l'amour de tous « les cœur et leur consommation <•,, un, ce sera le régne de la paix dans Injustice, - la bonté fit la vérité: Amen! » — Plus haut, il avait dit: «C'est vous, ô Cœur « du Verbe incarné, vous surtout, ô Cœur du Christ universel, qui rassemblant « en vous vos élus, êtes vraiment le but de toutes les œuvres de Dieu, le fruit « universel de la création. » (Ibid., p. 50.)

Or ce dernier titre, c'est encore au Sacré-Cœur qu'il nous faut, en Jésus, l'attribuer principalement. La Religion n'est-elle pas un lien, et quel lien, sinon un lien d'amour, le seul qui puisse lier les esprits? Et si devançant l'ordre des idées, nous prenons le mot Religion, dans le sens de lieu brisé et refait, je demanderai: qui l'a refait, ce lien, qui a renoué ces deux extrémités séparées et se séparant toujours plus? N'est-ce pas l'amour?

Le Sacré-Cœur: voilà donc en tout le dernier mot. C'est à Jésus que tout ramène : Je suis le principe et la fin, dit-il, et, en Jésus, tout ramène à son Cœur.

0 Marie, quelle gloire pour Vous !

Ce Cœur où Dieu opère tant de merveilles et dont il reçoit tant d'amour, ce Cœur où se trouvent réunies tant de grandeurs, où le ciel et la terre se rencontrent dans un baiser de paix, ce Cœur d'où découle la vie et où elle remonte, ce Cœur le centre de tout, est le Cœur de Votre Fils. C'est Vous qui l'avez donné au monde, qui l'avez donné au ciel et à Dieu. Ah! soyez bénie dans le temps, soyez bénie dans l'éternité!

Jésus-Christ est le point de départ, le centre et le sommet de la Création toute entière, naturelle et surnaturelle. Il l'élève, il la divinise et la redonne à son Auteur qu'elle glorifie comme il le mérite. Tout vient donc se résumer en Jésus; et en Jésus tout ramène à son Cœur !

C'est une vérité acquise. Est-ce tout? Non. Poursuivons notre étude. — Notre nature est déifiée en Jésus! soit; mais notre personne ne l'est pas; et nous voulons, et Dieu veut qu'elle le soit. Créant en nous des besoins en harmonie avec ses désirs, il nous révèle les aspirations de son Cœur par les aspirations du nôtre. Que désirons-nous au plus intime de nous-même, là où les passions se taisent? Nous désirons monter plus haut, jusqu'à Dieu, vivre de sa vie, nous identifier à Lui, et nous plonger à tout jamais dans la source du bonheur qui jaillit de son sein. Qu'on le sache, en effet, ou qu'on l'ignore, la vérité c'est que notre cœur est fait pour le sien (1).

(1) Pondus meum, amor meus Fecisti nos ad Te, Deus ; et inquietuin

est cor nostrum, donec requiescat in te. (S. Auo., Confes., lit». 13, c. 9 et lib. 1, c. 1).

Mais comment ce mystère va-t-il s'accomplir? Par la grâce sanctifiante. — Qu'est-ce donc que cette grâce, et que produit-elle en nous ? La grâce de Dieu, dit S. Paul, c'est la vie éternelle dans Jésus-Christ Notre-Seigneur (1). La vie éternelle n'est pas seulement une imitation de cette vie, ou seulement un droit à la posséder plus tard, c'est la vie éternelle dans la réalité même: « Vie essentielle et intérieure de Dieu, donnée d'abord au Christ « en excellence, dans l'adorable mystère de son Incarnation, et « donnée ensuite à tous par le Christ (2). »

Possédant cette vie de Dieu, nous sommes ses fils, ses fils adoptifs, c*est vrai; mais comprenons bien ce mot. Adoptifs ici ne signifie pas que, par la grâce, nous soyons pour Dieu, seulement ce qu'est, pour un homme, l'étranger qu'il adopte. La fille de Pharaon adopte Moïse, c'est-à-dire qu'elle l'appelle son fils. Nous, au contraire, adoptés par Dieu dans la grâce, nous devenons réellement ses fils. « Voyez quel amour a pour nous Dieu « le Père, dit S. Jean ; il veut que nous soyons appelés, (ce qui « n'est pas assez) et que nous soyons réellement ses fils: UT FILII « DEI NOMINEMUR ET SIMUS (3). » Si notre filiation n était pas réelle, si, pour nous, il ne s'agissait que d'un titre, l'Apôtre dirait seulement nominemur; du moment qu'il ajoute et simus, c'est que nous sommes réellement fils de Dieu. Aussi quand S. Paul écrit: « Vous avez reçu l'esprit d'adoption (4), » c'est uniquement pour nous faire entendre que par notre nature nous n'avons aucun droit à cette divine filiation, ce n'est pas pour restreindre le sens de cette filiation elle-même (5), loin de là.

S. Paul dit et répète: que le Christ est la, tête de tout homme (6), la tête de l'Eglise (7); celle-ci est son corps et sa

(1) Gratia autera Dei, vita aeterna, in Christo Jesu Domino nostro. (Rom., VI, 23).

(2) Mgr Gay, vie et vertus chrét., t. 1, p. 31. «Oui, la vie trois fois sainte « et toute béatiflque de Dieu, cette vie qui, donnée au Christ en plénitude, dérive « en nous par participation, c'est la vie éternelle; nous ne l'avons pas mainte- « nant, il est vrai, d'une manière éternelle, mais nous l'avons réellement. » (Idem, Elévations sur la vie et la doctrine de y. S. J. C, t. 1, p. 478).

(3) Videte qualem charitatem dédit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus. (1 Joan., III, 1).

(4) Accepistis spiritum adoptionis filiorum, in quo clamamus : Abba (Pater). Ipse enimSpiritus testimonium reddit spiritui nostro quod sumus filii Dei. (Rom., VIII, 15 et 16).

(5) Cornélius a L.\i\. In Osée, c. 1, 10, t. 13, p. 299, éd. Vives.

(6) Omnis viri caput Christus est. (1 Cor., XI, 3).

(7) Et Ipse est caput corporis Ecclesiae. (Colos., I, 18).

plénitude (1), c'est-à-dire ce mystérieux complément sans lequel le Christ lui-même ne serait pas tout ce qu'il doit être.

De là ces paroles de Jésus-Christ : « Je suis le cep et vous êtes les branches (2). N'y a-t-il pas entre le cep et les branches, la tète et les membres, une même sève, un même sang, une même vie et, en somme, une seule et même nature? « 0 Vigne vivante, « ô Vigne aimante, ô Vigne aimée et adorée. . . . notre principe, « notre appui, notre plénitude, et notre gloire ! C'est donc ainsi et « jusque là que nous tenons à Vous !... Vous voulez que nous demeu- « rions, non pas même attachés à vous, mais entés sur vous, enra- « cinés et comme plongés en vous, tellement unis à vous enfin que « vous et nous ne formions plus qu'une seule et même plante (3).»

Et en effet, c'est si bien là sa pensée, qu'il emploie pour l'exprimer les termes les plus forts, et il les répète ces termes, il les accumule à plaisir. « Mon Père, que tous ceux que vous « m'avez donnés soient unis entre eux comme nous le sommes « nous-mêmes ; que je sois en eux comme vous êtes en moi, afin « qu'ils ne fassent plus qu'un; (4) » c'est-à-dire que, dans cette union si étroite, si une, il y a quelque chose de cette parfaite unité qui unit, en Dieu, les trois Personnes divines. Aussi les Commentateurs et les Pères ont-ils recours, comme Jésus, aux mots les plus énergiques pour expliquer cette union.

« Par la grâce, dit Corneille de la Pierre, l'Esprit -Saint se « donne lui-même personellement et substantiellement à l'àme du «juste, et en y venant, il amène avec Lui les autres Personnes « divines, le Père et le Fils dont il ne peut se séparer. Toute la « Trinité vient donc personnellement et substantiellement dans « celui qui est justifié. » Notre filiation divine est telle « que ce « n'est pas seulement accidentellement par la grâce, mais presque « substantiellement par nature que nous sommes fils de Dieu « et presque des Dieux (5). »

Et saint Basile ne dit pas, lui, « presque des Dieux;» après

(1) Ipsum dédit caput supra omnem Ecclesiam, quae est corpus ipsius, et plénitude- eius, qui omnia in omnibus adimpletur. (Eph..I, 22, 23).

(2) Ego sum vitis, vos palmites. (S. Ioan., XV, 5).

(3) Mur Gay, Elévations sur la vie et la doctr. de 2V. S. J. C, t. 2, p. 129.

(4) Pater Sancte, serva eos quos dedisti mini, ut sint unum sicut et nos.... Omnes unum sint sicut tu, Pater, in me et ego in te. Ego in eis et tu in me, ut Bint consummati in unum. (S. Ioan., XVII, 11, 21 et 23).

(5) Spiritus Sanctus sponte sua se annexuit suis donis, gratiae et charitati, ut.

David et le Saint-Esprit lui-même, il s'écrie: «Les saints sont « des Dieux, à cause de l'Esprit qui habite en eux, selon cette « parole que Dieu leur adresse: Je l'ai dit, vous êtes des Dieux; «.vous êtes tous les fils du Très- Haut.... » et il conclue de là « que le Saint-Esprit est Dieu lui-même, puisqu'il est, pour ces «Dieux, la cause de leur divinité (1). »

C'est donc bien d'une déification réelle qu'il s'agit, c'est-àdire d'un acto qui nous tirant de ce que nous sommes, nous fait entrer dans la nature même de Dieu. Saint Basile ne pourrait en conclure la divinité du Saint-Esprit, car ou son raisonnement n'en est pas un, ou il repose sur cette base que la grâce nous déifie. Et dans la réalité, redisons-le: oui, c'est là ce qui est, la grâce nous déifie. Il n'y a que deux vies: la vie créée et la vie incréée. Notre naissance nous donne la première, la grâce la seconde-, hommes par nature, nous sommes Dieux par la grâce, « Dieux «de second ordre, mais réellement et en vérité des Dieux(2). » Comme le fer rougi au feu, et qui devient feu, brillant et brûlant, tout en restant fer, nous resterons, nous, éternellement des créatures humaines, mais éternellement aussi, nous serons, par la gloire, ce que nous sommes par la grâce, pénétrés de Dieu, imprégnés de Dieu, non pas hommes-Dieu, mais hommes déifiés, pouvant dire et disant: « Je vis, 'mais non, ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi (3). »

quandocumque ea infundit animae. simul cum eis et per ea, infundnt seipsura pei sonaliter et substantialiter, iuxta illud Apostoli: Chantas Dei diffusa est in cordlbus nostris per Spiritum Sanctum qui datus est nobis (Rom., V, 5). . . . Vis maiora? \ccipe. Spiritus Sanctus descendens personaliter in aniraara iustam, secum adducit coeteras divinas Personas: Patrem et Filium, utpote a quibus separari nequit. Tota ergo Trinitas personaliter et substantialiter venit ad animara quae iustificatur et adoptatur.

Ex hac communications Ipsiusmet Personae Spiritus Sancti et Divinitatis, sequitur animae summa cum eo unio, elevatio et quasi deificatio; ac consequenter adoptio perfeclissima, scilicet non tantum per gratiam, sed et per substantiam divinam. Quia per eam, non tantum ius al haereditatem Dei Patris, sed et naturae divinae participationem, ipsumque Spiritum Sanctum ac Dei filiationem, non tantum acci'lentaliter, sed quasi substantialiter, eo sensu quo paulo ante dixi, adipiscimur. (Cornélius a Lapide, in Osée, I, 10, t. 13, p. 297, 298).

(1) Sanctus P-asilius, hom. de Sptritu Sanrto, ait sanctos propter inbabitantem Spiritum Sanctum esse Deos. Dictum enim est illis a Deo: Ego dixi: DU estis et fllii Kj-celsl omnes; indequo probat Spiritum Sanctum esse Deum; necesse est. inquit, divinum esse Spiritum et ex Deo esse, qui Diis divinitatis est causa. (Cité par Corn, a Lapide, in Osée, p. 298).

(2) Mgr Bertault, évêque de Tulle.

(3) Gai., II, 20.

Telle est notre union personelle avec Jésus; elle dépasse toute imagination. Redisons-le encore, ce n'est pas une simple union de ressemblance et d'amour, c'est une mystérieuse et profonde union de vie: Jésus est le cep et nous sommes les branches, Jésus est la tête et nous sommes les membres. Et de même que les membres et la tête forment le corps, de même que les branches et le cep constituent la plante, de même Jésus et nous, voilà le Christ. Le Christ n'est pas Jésus seul; « le Christ tout entier «c'est la tête et le corps: les chrétiens avec leur chef ne for- « ment qu'un Christ. On ne doit pas dire: il y en a et plusieurs, « mais plusieurs sont un dans le Christ fait homme : le chef et «le corps. Quel est ce corps? C'est l'Eglise. Admirez, réjouissez- « vous, nous sommes devenus le Christ: Christus facti sumus; « s'il est la tête, nous sommes les membres; l'homme tout entier, « c'est Lui et nous : lotus homo, Me et nos (1). »

Ainsi donc se trouve réalisée l'union de ces deux ordres extrêmes: l'ordre naturel et celui de l'union hypostatiqne; c'est la grâce qui est le trait d'union, et elle constitue l'ordre surnaturel.

Admirable unité du plan divin ! Jésus est le centre et le sommet; par son âme il déifie toutes les natures spirituelles, par son corps toutes les natures matérielles; par la grâce il atteint et déifie toutes les personnes qui le veulent. En lui, tout devient Dieu, ce n'est pas le Panthéisme absurde qui confond la créature et le Créateur, mais une sorte de Panthéisme chrétien qui, laissant intactes et éternelles les différences de natures et même de personnes, communique Dieu à toute personne et à toute nature: totus homo, ille et nos.

Donc, en résumé, par la grâce santiilante, nous vivons de la vie même de Dieu; et cette vie de Dieu, c'est par Jésus-Christ qu'elle nous est communiquée, la grâce n'étant qu'une extension, un prolongement de l'Incarnation. Or nous avons vu que toute la gràcp, toute absolument, Dieu l'a accumulée en Jésus.

Précisons maintenant et disons que c'est dans son Cœur qu'il l'a plus particulièrement concentrée. Et pourquoi dans son Cœur? Est-ce qu'on peut l'ignorer? Le Cœur n'est-il par l'organe de l'amour? N'est-ce pas dans le Cœur de Jésus que se rencontrent

(1) S. Augustin cité par Mgr. Landriot: Le Christ et la Tradition, 6. Conf. - Sic legitur in Enarratione in Ps. LXX, serm. 2, n. 2: In his qui crediderunt omnis homo christus. quia membra sunt Christi.

et l'amour de Dieu descendant vers la Création, et l'amour de la Création toute entière remontant vers Dieu? N'est-il pas, ce divin Cœur, l'amour de Dieu par excellence? Or la grâce est amour; elle en prend même le nom et s'appelle charité. Comment, du reste, ne serait-elle pas charité, puisque Dieu est la Charité même, et qu'elle est la vie de Dieu communiquée?

Il est donc tout naturel que, toute grâce se trouvant en Jésus, son divin Cœur en soit le premier réservoir et la source unique. Il en est ainsi, en effet, et c'est bien du Cœur de Jésus que jaillit pour Lui-même la vie naturelle, et pour nous la vie surnaturelle. Il en reçoit son propre sang, et nous en recevons la grâce, ce sang divin de notre âme (1).

En d'autres termes, le Cœur de Jésus n'est pas seulement le Cœur de sa très sainte Humanité, il est aussi le Cœur de l'Eglise, son corps mystique; et parce que le corps mystique est, pour Jésus, un vrai corps, et que nous en sommes les membres, chacun de nous peut dire, avec vérité, à ce divin Cœur: «Vous êtes mon Cœur. » Quelle gloire ! Quelle grandeur pour l'homme !

Nous connaissons maintenant les merveilles que la grâce sanctifiante opère en chacun de nous. On serait tenté de croire que Dieu a comblé la mesure, et que nous ne saurions espérer davantage. C'est une erreur. Notre cœur, toujours insatiable, sent encore en lui une autre aspiration qui est comme le couronnement de toutes les autres et que le Cœur de Jésus peut seul satisfaire (2).

Cette aspiration sublime ne vient que de Dieu qui a faim et soif de se donner, et de se donner sans cesse, tant qu'il sentira des vides dans notre âme. Au reste c'est Lui qui creuse ces vi-

(1) «C'est par la grâce sanctifiante, terme même de l'amour que Dieu a pour « nous, que les communications surnaturelles sont rée'lenient et pleinement ef- « fectuées en nous, puisque les autres dons ne sont que les préparations ou les « développements de celui-là; et cette grâce elle-même ne nous est communiquée « qu'après avoir passé par votre Cœur, ô Jésus! » (Mgr. 1!\T"dry, le Cœur de Jésus, introduct., § 2, p. 8).

(2) Je ne parle pas de l'Eucharistie qui est le don suprême du Cœur de Jésus! cette question a déjà été traitée dans le cours de cet ouvrage.

des pour avoir à les remplir; il les dilate, pour s'y verser davantage. C'est un besoin pour Lui de répondre aux désirs qui nous élèvent et nous purifient, aux désirs qui nous portent vers Lui, parce qu'ils ont leur type dans le trop plein de son amour, qui ne demande qu'à se déverser, comme les creux d'un moule ont leur type dans le relief qui doit les remplir. En réalité, nous n'avons faim que de Dieu; de là cette soif inextinguible du vrai bonheur ou du ciel, qui est la pleine possession de Dieu; de là aussi cette horreur instinctive du mal réel ou de l'enfer qui est le vide de Dieu.

Partant de ce principe, qui ne saurait être nié, je dis: nous avons besoin, même au ciel, de quelque bien qui soit à nous seul et qu'aucun autre ne possède

Transportons-nous dans une réunion de famille. Voici la fête de votre mère bien aimée. Vous et tous les vôtres, vous avez préparé un bouquet, un concert. Etudiez votre cœur; que désirez-vous? Qu'il y ait, dans ce bouquet, une fleur mise par vous, qui n'ait pas sa pareille! Ce qui vous importe, ce n'est pas précisément que ce soit la plus belle, qu'elle attire plus de regards, ce sentiment serait moins pur; non, vous voulez qu'elle soit vôtre, toute vôtre et seule de son genre; cela vous suffit, mais il vous fallait cela. On chante, vous avez votre partie; ce n'est pas la plus b°lle, n'importe; elle est utile, nécessaire peutêtre, personne ne la chante avec vous; si vous vous taisiez, le concert serait moins beau; c'est pour vous un bonheur. Vous faites pour votre mère ce qu'aucun autre ne fait. Il n'}r a là ni égoïsme, ni orgueil, c'est de l'amour pur, délicat, exquis.

De même je dirai à Dieu: Seigneur, je ne suis rien; je voudrais cependant faire pour Vous quelque chose qu'aucun autre ne ferait. Si ce pouvait être, par Votre grâce, quelque chose de grand, j'en serais heureux, mais je ne le demande pas; les grandes choses, faites-les faire par d'autres qui les feront mieux; mais ce que personne ne fera, laissez-moi le faire; ce sera quelque chose que vous devrez au plus humble de vos serviteurs.

Ou bien, sous une autre forme, ne me lassant pas de parler à Jésus, je lui dirai encore: « 0 mon adorable Sauveur, j'entends le concert de vos saints. Quels chants magnifiques! que je voudrais avoir, dans ce concert, une partie qui fût à moi! Ce n'est pas une partie brillante et principale que je demande; la der-

nière, c'est plus que je ne mérite; une note seulement, ce sera assez; mais je la chanterai seul, cette note; elle sera mienne; et ce sera une harmonie de plus dans le concert universel! j'aiderai tout le ciel à Vous chanter mieux; Vous recevrez de moi ce quelque peu de gloire; sans moi, Vous ne l'auriez pas!»

Ne sumt-il pas de formuler ce désir, pour sentir qu'il est de Dieu? Il est si pur et si tendre!

Regardons maintenant les œuvres de Dieu: il n'y en a pas deux qui se ressemblent absolument.

Qu'est-ce en effet qu'une créature? C'est une image de Dieu; le Créateur ne fait rien que pour se représenter, s'exprimer. Or Dieu n'est-il pas l'infini? Les créatures, au contraire, que sontelles? Si non des êtres bornés en eux-mêmes, et bornés aussi dans leur multitude, si incalculable que cette multitude puisse être.

Impossible donc que jamais les créatures représentent Dieu parfaitement; par delà ce qu'elles manifesteront de lui. toujours il y aura l'infini. Cela étant, je dis que Dieu ne fait pas deux créatures absolument identiques. Et pourquoi les ferait-il dans cette parfaite identité? Manque-t-il de modèles, de types à réaliser? Ou bien l'insuccès le forcerait-il à recommencer? Qu'on examine toutes les raisons qui peuvent amener la créature à faire deux fois la même chose; pas une n'est applicable à Dieu, parce que toutes supposent une impuissance. Supposons d'ailleurs deux créatures absolument pareilles; elles ne donneront pas d^ Dieu une révélation aussi étendue que si elles différaient en quelque chose. La variété, du reste, est un élément du beau; plus elle grandit sans nuire à l'unité, plus est belle la beauté qui en résulte.

On peut donc admettre, poser même en principe, que les créatures différent, non seulement de genres et d'espèces, mais d'unité à unité, dans chaque espèce prise à part. Et c'est vrai surtout dans l'ordre de la grâce.

Cet ordre, en effet, plus élevé, plus près de Dieu, et même tout divin par son essence, cet ordre, dis-je, doit mieux exprimer Dieu et nous donner de sa beauté une révélation plus parfaite dans une variété plus grande et dans une plus grande unité. C'est, du reste, un principe de saint Thomas que « Dieu ayant « principalement en vue, dans la création, la perfection de l'uni- « vers, les créatures sont d'autant plus nombreuses qu'elles sont

« plus parfaites (1). » Il conclut de là que les Anges sont plus nombreux que les corps (2); nous en concluons également que les variétés de la grâce sont plus nombreuses que celles de la nature.

Nous tenons maintenant, pour ainsi dire, les deux bouts d'une chaîne. D'un côté, voici en nous le désir intime, profond, invincible d'être distingués, d'être nous, d'être pour Dieu ce que nul autre ne sera. Et voici en Dieu la volonté de ne pas faire deux créatures absolument semblables. Comment se rattachent ces deux extrémités? Ou, si l'on veut, comment se réalisent ces deux désirs correspondants de la créature et du Créateur?

Le voici. — Tout élu, Ange ou Saint, participe à la vie divine par la grâce dans le temps, par la gloire dans l'éternité. C'est là le fonds commun de la perfection et de la béatitude universelles. Mais chacun reçoit cette grâce et cette gloire, d'une manière spéciale, dans une mesure propre et personnelle, et c'est là ce qui fait de chacun, pour l'éternité, un être à part, pouvant dire comme Dieu, non pas en général: Je suis Celui qui est, mais en particulier: Je suis ceci, ce quelque chose qui n'est et ne sera jamais aucun autre.

Et de même que Celui qui est tire son Nom de son être, et s'appelle le Nom (3), le nom par excellence, comme il est l'être par excellence-, au ciel, chacun recevera son nom de son être; nom personnel, différent de tout autre, qui éternellement dira ce qu'est celui qui le porte.

« Le bon Pasteur nomme de son nom propre chacune de ces « brebis qui lui appartiennent, dit Mgr Gay. Chaque âme en effet « a son nom propre dans la divine intelligence du Christ, comme « chacun a sa place en son Cœur. Ce nom, c'est l'éternelle pensée «de Dieu sur elle; c'esl ce qu'en la créant Dieu ordonne qu'elle « soit devant Lui; c'est la forme exemplaire de sa prédestination, « l'idéal de son être, la loi intérieure de sa vie, la perfection

(1) Angeli. . . in quadam multitude maxima sunt omnem materialem multitudinem excedentes. . . Et huius ratio est, quia cum perfectio universi sit illud quod praecipue Deus intendit in creatione rerum; quanto aliqua sunt magis periecta, tanto in majori excessu sunt creata a Deo. (S. Thomas, I, q. 50, art. 3).

(2) D'après Saint Thomas, les Anges sont tous différents. — Voir même question, art. 4.

(3) Rabbin abben Ezra, Commentaire sur l'Exode. — Voir Rohrbaciier, Histoire universelle de l'Eglise, t. 1, p. 4"6.

« suprême de son état, sa mesure, sa beauté, son caractère dans « la nature et dans la grâce; c'est le principe et la substance de « sa gloire et de sa félicité. Nommer ainsi les âmes, c'est les « formuler divinement (1). »

Ces paroles, du reste, ne sont que le commentaire de celles-ci de saint Paul : « Différentes sont les grâces, mais l'esprit est « le même-, différents sont les ministères, mais unique est le << Maître; diverses sont les opérations, mais il n'y a qu'un Dieu « qui fait tout en tous. A chacun est donné, selon le besoin, « quelque manifestation de l'Esprit. A celui-ci V Esprit donne une « parole pleine de sagesse, à celui-là une parole pleine de science « selon le même Esprit; à l'un ta foi dans le même Esprit: à « l'autre la grâce de guérir par le même Esprit; à l'un le pou- « voir de faire des miracles; à l'autre la prophétie; à l'un le « discernement des esprits; à Vautre le don des langues ou celui « <ï interpréter les discours (2). »

Mais saint Paul ne parlant ici que des dons extraordinaires, on s'arrête trop à cette idée qu'il n'en est pas de même pour les dons plus communs. C'est une erreur. Dieu met une égale variété dans toutes ses faveurs. Et cette diversité dans les grâces reçues, dans les dispositions naturelles et les circonstances où nous vivons, fait de la vie, pour chacun, comme un moule à part où il prend, pour l'éternité, une forme toute personnelle.

Nous sommes donc, chacun, dans le corps du Christ, tel membre particulier, tel organe, telle fibre et non telle autre; sur ce divin Cep nous sommes cette branche, cette feuille, cette fleur ou ce fruit; et répétons-le; ce que nous sommes, personne ne l'est, ne le sera jamais (3).

Notre vocation commune, c'est donc que nous soj-ons membres de Jésus, par la grâce et par la gloire. Notre vocation personnelle, que nous soyons pour Jésus tel membre et non pas tel autre.

Or, en nous, d'où vient à nos organes si divers la force de remplir de si diverses fonctions? L'œil voit, l'oreille entend, les

(1) Mgr GAT, Elr rations sur la vie et la doctrine de -V. .S'. J.C.. élév. 50, in-8, p. 415. — C'est aussi la doctrine de saint François de Sales, Traité de l'amour, de Dieu, liv. 2, oh. 7, a la fin.

(2) 1. Cor., XII, 4-10.

(3) Voir M. l'abbé Pin, Jésus-Christ dans le plan divin de la création, 1 vol. p. 178. — Mgr Baudry, le Cœur dcJcsus, p. 1, § 25 et 29, p. 119 et 136.

lèvres s'agitent; tout se meut dans notre corps, et chaque mouvement se compose lui-même d'une foule de mouvements partiels. Pour que le bras se lève, il faut le frémissement des nerfs, la tension des muscles et le reste. Quel est le principe, la source unique de cette vie si diversifiée? C'est le cœur. Sans doute, il y a en nous d'autres organes nécessaires et qu'on pourrait appeler sources de vie; mais, si nécessaire que soit leur action, néanmoins tout vient du cœur. Primitivement du reste, à l'origine de notre vie, n'est-ce pas du cœur qu'elle a jailli tout d'abord, cette vie? Cet organe est le « premier vivant » et quand il meurt, déjà tous les autres ont fait silence autour de lui.

Le cœur donc, voilà la source; c'est de lui que s'élance, avec le sang, cette vie qui nous fait voir par les yeux, entendre par les oreilles, penser par le cerveau. Aussi, que ses battements deviennent insuffisants, aussitôt les yeux se voilent, l'oreille s'appesantit, la pensée devient obscure et impossible dans le cerveau troublé.

Vivante et parfaite image du Sacré-Cœur! Nous avons vu que le Cœur de Jésus n'est pas seulement le Cœur de son corps naturel, mais le Cœur aussi de son corps mystique, et de chacun de ses membres; il est notre cœur. Et de même que nous en recevons la vie, par la grâce dans le temps, par la gloire dans le ciel, de même c'est de Lui que nous recevons ce qui doit être notre physionomie spéciale et notre rôle personnel pendant l'éternité.

C'est Lui, co divin Cœur, qui donne à Marie la blancheur éblouissante de sa parfaite innocence et à Madeleine cette autre blancheur d'un parfait repentir. Au martyr il donne la force de supporter tel supplice, au docteur la lumière pour voir et montrer telle vérité. Chaque ordre de chrétiens tient de lui les grâces qui le font ce qu'il est; et dans le siècle ou dans le cloître, chacun lui doit tout ce qu'il a reçu. Si nous sommes tentés, la grâce devient en nous cette force même qu'il nous faut pour résister et vaincre, comme elle est pour nos plaies le remède spécial qui les guérira, et pour nos vertus cette sève particulière dont elles ont besoin pour grandir: Gratia Dei sum id quod sum, s'écrie saint Paul (1); « ce que je suis, c'est par la grâce de Dieu que

(l) J. Co>\, xv, 10.

«je le suis, » et la grâce, c'est le Sacré-Cœur qui nous la donne.

.Mais ce Cœur adorable, pour faire de si grandes choses, se sert d'un instrument; et cet instrument c'est Vous, ô Marie. Qui dira la place que Vous tenez dans le plan divin qui vient de se dérouler à nos yeux? C'est Vous qui avez fait jaillir cette source de vie, de lumière et de bénédiction; c'est par Vos mains bénies que tant de richesses arrivent jusqu'à nous. Puisque le Cœur de Votre Fils est le centre où tout converge, le rendez-vous de tous les mondes, la glorification de tous les êtres, le séjour de tous les élus, conduisez-nous à ce foyer lumineux où tout se transfigure et se déifie !

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