‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 38 sur 176 · LE SANG DU CŒUR DE JESUS · texte numérisé non relu

LE SANG DU CŒUR DE JESUS

Nous nous sommes demandé ce qu'est le Cœur dans l'homme et dans Jésus. La science et la théologie nous ont répondu qu'on doit le regarder comme le siège du sentiment, l'organe de l'affection, le foyer de l'amour, le roi de l'organisme et le principe de la vie.

Mais la vie, où est-elle? La physiologie, d'accord avec nos saintes Lettres (1), nous dit qu'elle est dans le sang (2), « dont le cœur élabore, l'une après l'autre, toutes les gouttes (3). » Et le sang d'où vient-il? Qu'est-il à son origine? Remontons à la formation du cœur, et voyons le rôle capital qu'il joue dès sa première pulsation, puis l'influence prépondérante qu'il exerce.

Le cœur est le premier organe qui apparaît et donne signe de vie. « C'est un tout petit point, Punctum saliens, dans lequel on finit par constater des mouvements à peine perceptibles (4). » « Au bout de quelques heures, des globules se montrent: c'est le sang qui se forme. Rien autre chose n'existe encore qu'une masse cellulaire informe. C'est sous l'influence des battements du cœur que le sang va fouiller cette masse, que les vaisseaux se monta ont; et c'est autour de ces vaisseaux que les organes se manifestent successivement (5). »

El ce sang qu'est-il? Quelle est son importance, au point de

(1) Anima omnis carnis in sanguine est. {Levit., XVII, 14).

(2) Bordeu - Cl. Bernard, etc.

(3) Card. Pie, év. de Poitiers, œuvres, t. 6, p. 609.

(4) Ci.. Bernard.

(5) Le Docteur Le B.... professeur.

vue physique et moral ? Quel rang assigner à celui de Jésus-Christ, dans le mystère de la Rédemption? Et quel rapport Marie peut- Elle avoir avec ce sang adorable, qui fut le prix de notre salut ? L'examen sérieux de ces questions ne peut que nous intéresser vivement.

Le sang humain, d'après les données de la science, se compose, outre certains autres éléments, d'une multitude de corpuscules, qui nagent dans sa partie liquide et que l'on appelle globules. Ces corpuscules sanguins sont animés ; ils naissent, vivent et meurent. Leur vie et leur forme sont entretenues par l'oxygène; et, si celui-ci vient à manquer, ils succombent. C'est par millions, comme nous l'avons déjà dit, qu'ils roulent et s'agitent dans nos vaisseaux. Et plus le cœur est ému et palpite, sous le coup d'une sensation quelconque, et plus aussi ces êtres microscopiques se précipitent, d'après l'impulsion qui leur est communiquée-, en sorte que, en moins de quelques minutes, ils parcourent tous les organes de la circulation, et se répandent dans toutes les parties du corps, tantôt pour donner aux membres plus de vigueur, tantôt pour communiquer à l'imagination plus de force et donner, par là, au développement de l'intelligence plus de vivacité, à la pensée plus d'éclat, et à l'amour plus d'énergie. Si, au contraire, ils diminuent ou disparaissent, c'est l'affaiblissement, la maladie, la mort (1). C'est donc en toute vérité que nous pouvons dire que la vie est dans le sang.

Mais le sang, de quoi se compose-t-il? De plusieurs éléments, différant de nature et de propriété, et dans lesquels, si la science avait dit, à leur sujet, son dernier mot, nous aimerions à chercher les multiples symboles des qualités ou des vertus qui forment le fond même de la nature de Dieu et de la nature de l'homme-, car à la suite et au-dessus des sciences purement physiques et naturelles, il existe une vraie science que j'appellerai la science des harmonies ou des relations, la science des rapport ou des analogies, qui repose sur des bases solides.

(1) Uouii.let, Dict. des sciences (sang) - Ci.. Bernard, passim. - Sang art' riel, etc.

En effet, Dieu en créant les êtres corporels a mis en eux les images des choses invisibles (1). Nous ne les saisissons pas toujours ces images, mais elles n'en existent pas moins. Le Tout- Puissant ayant imprimé son sceau (2) sur la création tout entière et en particulier sur l'homme, ce chef-d'œuvre de ses mains, tout être, quel qu'il soit, doit porter plus ou moins l'empreinte de ses divins attributs (3). Et l'àme, faite ci sa ressemblance, trouve aussi dans le corps qu'elle anime et dont elle est la forme, les figures des qualités qu'elle possède (4); en sorte que le corps est un miroir a plusieurs facettes, dont toutes reflètent les propriétés de l'àme, qui est elle-même comme un sacrement sous le voile duquel Dieu demeure caché. « Chacun de ses états, dit un pro- « fond penseur, a dans la création physique une parabole quelconque qui l'indique (3)». « Le visible est la partie matérielle des « choses, l'invisible c'est leur partie spirituelle (6); » l'un conduit à l'autre; il en est l'image très claire, très évidente (7).

De là, entre notre corps et notre àme, une harmonie profonde. Faites pour se compléter mutuellement, ces deux parties de nous-mêmes, aussi semblables (8) que différentes, s'adaptent

1) iuvisibili.-i enim Ipsius, a creatura mundi, per ea quae facta sùnt, intellecta, conspiciuntur. [Rom., I, 20).

— Ut ex invisibilibus visibilia fièrent. (Hebr., XI. 3).

— Ille qui omnia in sapientia fecit, ita creavit unam quamque visibilium speciem in terris, ut in his.... agnitionem rerum invisibilium poneret.... ita.... in animantibus mtelligi potest, ut usum quidem et ministerium hominibus pra corporale, habeant autem incorporalium rerum formas et imagines, quibus doceri anima possit, et instrui ad contemplanda etiam ea quae sunt invisibilia et coelestia. (Orig., in Cant., lib. 3. t. 3, p. 173 st 174).

— (Id., Thomassin., de Deo, lib. 3, c. 18, n. 18 et 10, p. 164).

(2) Velut sigillum maximum. (Clemexs, alexaxd., Fragmenta, n. 16, § 7. t. 2. p. 767).

(3) S. Thom., I. q. 15, art. 2. - Id., I sent. dist. 36, q. 2, art. 2, t. 19, p. 413-414.

— Yestigia Creatoris nostri sunt mira opéra visibilis creaturae. (S. Greg. Mag., Moral., lib. 26. c. 12, a. 17, t. 2, p. 358).

Per ea quae sunt in publico, illud ad nos émanât, quod latet in occulto (Id., ibid., lib. 5, c 29, n. 52, t. 1, p. 707^.

— Rationes rerum quae sunt intelligibiliter in Deo, sunt sensibiliter in creaturis corporalibus. (S. tuom., in epist. ad Heb.. t. 7, c. 9, lect. 2, p. 429).

(4) Rêvera quae videntur manifestae sunt imagines, eorum quae non videntur. (S. Dion, areop., Eplst. 10, p. 1118, éd. Migne).

(5) Scailler, t. 7, p. 322-324.

(6) .îoukkroy, cours d'Esthét, p. 132).

(7) S. Cyrillus Alex., in Oseam prophet., c. 30, t. 4, p. 98, éd. Migne.

(8) Corpus hominis est imago mentis. (Cornel. a Lap., in Gènes, c. 1. v. 26, t. 1, p. 71. - Id. Petavtds, lib. 2, c. 2).

parfaitement; les organes du corps répondent aux facultés de l'àme, les facultés aux organes, les deux ne font qu'un (1).

« L'homme ne serait pas parfait, dit saint Thomas, si tout « ce qui est contenu implicitement dans l'àme, n'était exlérieu- « rement expliqué, manifesté dans le corps, et si le corps n'était « proportionné à l'àme et ne lui répondait pleinement (2). »

Ecoutons Mgr Baudy sur ce sujet: « Les organes du corps, « sa vie, ses fonctions, dît-il, ont pour but d'exprimer la vie de « l'àme, ses fonctions et ses destinées....

« Aussi un jour viendra où la lumière du ciel éclairera nos « ombres, et alors l'homme verra ce qu'il y avait de figuratif et « de glorieux dans toutes les fonctions de la vie, même animale, « qu'il accomplissait dans l'épreuve, sans en pénétrer le sens. — « Il comprendra les harmonies qui existent dans sa nature. — Il « saisira les rapports de sa vie matérielle avec sa vie morale, de « cette vie du cœur « avec le monde de l'intelligence et de « l'amour. Il verra ses relations symboliques avec des mystères « plus saints encore et plus divins, avec des mystères de la grâce « et de la gloire, dans l'ordre surnaturel; puis avec ceux de «l'union hypostatique, accomplie en Jésus-Christ ; enfin avec les « mystères de la vie divine elle-même. C'est qu'alors l'homme con- « naissant le Cœur de Jésus, connaîtra son propre cœur; il pourra « dire, avec l'Apôtre, tout est à nous, nous à Jésus, et Jésus à « Dieu (3) ; c'est qu'alors l'univers tout entier apparaîtra tel qu'il « est, comme une parole proférée dans le temps pour exprimer « les secrets de l'éternité (4). »

Vous voyez comme cette science des rapport et des analogies s'élargit ! comme elle devient harmonieuse et sublime ! Puisque Dieu, créateur des mondes, a apposé son cachet sur toutes ses œuvres, comme un Seigneur universel, il est juste que tou-

(1) Finis proximus humaoi corporis est anima rationalis, et operationes Lpsius. (S. Thom., I, q. 91, art. 3).

(2) Quidquid in partibus corporis apparet, totum originaliter, et quodammodo implicite, in anima continetur. Nec horao po^set esse perfectus, nisi totum quod in anima implicite continetur, exterius in corpore explicaretur ; nec etiam corpus animae ad plénum proportionaliter responderet.... Eadem est comparatio totius corporis ad totam animam, et partium ad partem, ut dicitur in 2 de Anima, text. 9. (S. Thom., supplem., q. 80, art. 1 et ad 1).

(3) Omnia enim vestra sunt; vos autem Christi: Christus autera Dei. (I Cor. IH. 22 et 23).

(4) Mgr Baudrt, le Cœur de Jésus, p. 1, § 16, p. 74 et 7r>.

les, dans la sphère qui leur est propre, rappellent sa présence, expriment ses attributs et proclament sa souveraineté (1).

« Mais il est aussi un autre monde, où les appellations se « correspondent avec une merveilleuse harmonie et avec un pa- « rallélisme, dont la signification ne saurait échapper à l'œil le « moins claivoyant: c'est l'homme lui-même, ce microcosme, com- « me l'appelaient les anciens. Il y a une relation évidente entre « le facultés de l'âme et les organes du corps (2). » Et Leibnitz ne crainl pas de dire qu'il y a toujours une exacte correspondance entre le corps et l'âme. « Je tiens même, ajoute-t-il, qu'il << g ■ passe quelque chose dans l'àme qui répond à la circulation « du sang et à tous les mouvements internes des viscères, dont « on ne s'aperçoit pourtant point (3). »

Étant encore dans les obscurités delà vie, nous ne pouvons saisir ious ces rapports merveilleux. Cette satisfaction ne nous sera donnée qu'au ciel, où tous les voiles seront déchirés. En attendant, nous croyons devoir hasarder quelques conjectures et établir certaines analogies qui paraissent, sinon rigoureuses (4), du moins assez vraisemblables. Puisque notre étude porte sur le sang, et que la science nous dit qu'elle découvre parmi ses éléments du sucre et du fer (5), pourquoi ne verrions-nous pas dans ces deux substances, sans parler des autres, le symbole de deux vertus fondamentales qui ont leur source en Dieu et qui se reflètent dans l'homme?

En elï'et, deux attributs paraissent dominer en Dieu: la miséricorde et la puissance (6), c'est le suaviter et le fortiter dont parlent nos Livres saints (7).

Voilà les deux cachets spéciaux qu'il imprime sur la créa-

(1) Significant autem hujusmodi creaturae hujus mundi sensibilis invisibilia Dei, partirn quia Deus est omnis creaturae origo, exemplar.... omnis enim creatura ex natura, est illius aeternae sapieatiae quaedam effigies, et similitudo. (S. Bonav., Itlner. mentis, c. 2, t. 12, p. 10, éd. Vives).

(2) Quibus colligatio harmoniaque facultatum anima continetur. (S. Basilius, homil. in Ps. 33, n. 13, t. 1, p. 3S3).

(3) Leibnitz, Nouveaux essais, t. 2, § 15, p. 22Z, éd. Berlin.

(4) Omnis comparatio claudicat.

(5) Cours de Chimie de la Faculié de Taris. — « Leur rôle, dans notre organisme, est de la dernière importance. Le sucre, en se brûlant, et le fer en se combinant

ment avec les globules, servent à la régénération des tissus. Aussi leur présence ••>i-rilo d'une indispensable nécessité. (Le Docteur le !: profes.)

(6) Tu solus bonus et potens es. (Judith, XI, 6).

(7) SapU ■/>/.. VIII, 1.

ture, faite à son image; et le corps de cette créature privilégiée en recevra l'empreinte au plus intime de sa substance. Or. qu'y a-t-il de plus intime, de plus essentiel dans le corps que le sançfi Eh bien, dans ce liquide mystérieux, qui circule partout dans nos membres, la science, nous l'avons vu, découvre les deux éléments matériels qui semblent correspondre aux deux vertus principales dont nous venons de parler.

Le Cœur de Jésus les possède à un degré éminent, ces deux vertus; elles président à tous les actes du Sauveur; elles inspirent tous ses mouvements, elles sont comme le caractère distinctif de sa mission: Discite a Me quia mitis sum et humilis corde (1).

Depuis la crèche jusqu'à la croix, la douceur et la force apparaissent en Lui avec un éclat incomparable: Ego sum Pastor bonus (2). La miséricorde accompagne partout ses pas: Pertransiit benefaciendo (3), et la puissance ne l'abandonne jamais: Jésus... rir... potens in opère (4).

L'heure du combat suprême vient de sonner. Il s'agit de lutter contre toutes les forces de l'enfer, de terrasser Satan et de vaincre la mort. Que faire? Le Verbe incarné se jette dans l'arène et trouve dans son Cœur l'énergie dont II a besoin pour réduire ses ennemis et remporter une victoire éclatante (5).

Formés à sa ressemblance, tous les fils d'Adam doivent être marqués de ce double caractère; c'est saint Paul qui nous le dit: « Ce n'est point un esprit de crainte que Dieu nous a donné, c'est la force et V amour. (6). » Aussi, je puis tout dans Celui qui me fortifie (7). La mansuétude nous assure l'empire de la terre, et la force le royaume du ciel (8).

(1) S. M.VTTH.. XI, 29.

(2) S. JoÂN., X, 11.

(3) Act., X, 38. Viscera misericordiae Dei nostri. (S. Luc, I, 78). — Per misericordiam Dei. (Rom.. XII, 1.) — Misericors Dominus est, et miserator. (S. Jacob., V, 11). — Misereor turbae. (S. Matth., XV, 32). — Misit me sanare contritos corde, (S. Luc, iv, 18).

(4) S. Luc, XXIV, 19.

(5) Ili cum Agno pugnabunt, et Agnus vincet illos. (Apoc, XVII, 14). (g) Non enim dédit nobis Deus Spiritum timoris, sed virtutis et dilectionis.

(II Tu,,.. I, T.

(7) Omnia possum Ln Lu qui me confortât. (Philip., IV, 13).

(8) Beati mites: quoniam ipsi possidebunt terrain. (S. Matth., V, 4). — Regnum cœlorum vim patitur, et violenti rapiunt illud. (Id., XI, 12).

— Qui vicerit, dabo ei sedere mecum. (Aj/oc, III, 21).

— Cui resistite fortes in flde. (I Petr., V, 9).

La vie de l'homme, qu'est-elle? « Un combat perpétuel, » nous dit l'Esprit-Saint (1). Aussi, ajoute-t-Il, « ne cessez de lutter pour la justice, j Use/ au dernier soupir; ce n'est qu'à ce prix que vous remporterez la victoire (2). »

En un mot, soyez doux (3), et fort. (1).

Si dans le sang nous trouvons le symbole de la douceur et du courage, nous y remarquons surtout l'image du dévouement, du sacrifice et de la réparation.

Chez tous les peuples et principalement chez les Juifs, le sang des victimes était répandu pour l'expiation et la rémission des péchés (5). Cette effusion, dit saint Paul, était la figure du sacrifice de la croix. Jésus-Crist offrit à son Père tout le sang de ses veines pour notre salut. Il se livra Lui-même tout entier, comme un holocauste, pour apaiser la colère divine. Son sang, qui était celui d'un Dieu, fut un sang pacificateur. Aussi était-il d'im prix infini (0). Sa valeur dépassait toutes les dettes des hommes; il suffisait amplement pour satisfaire à la justice céleste et pour expier tous les crimes du passé, du présent et de l'avenir. Ce sang fut comme un trésor universel où tous les pécheurs purent dès lors prendre leur rançon, et comme une fontaine, mise à la disposition de tous les justes, pour y puiser la vie de la grâce.

Non-seulement tout ce sang réuni avait cette valeur, mais chaque goutte en particulier était d'un prix inestimable. C'est pourquoi saint Pierre adresse à tous les fidèles ces paroles -mémorables: « Sachez que ce n'est point par des choses corruptibles,

(1) Militia est vita hooiinis super terram. (.Iob., VII, 1). ^2) Usque ad mortem certa pro justitia {Eccl., IV, 33).

— Labora sicut bonus miles Christi. (II Tim., II, 3).

— Nain et qui eertat in agone, non coronatur nisi légitime certaverit. (Id., II, 5).

(3) Esto... misericors. (Eccli.. IV, 10).

(4) Esto robustus. (Dent., XXXI, 7 et 23).

(5) Levit., I, 15. — Et omnia pêne in sanguine, secundum legem, mundantur: et sine sanguinis effusione non fit remissio. (Heb., IX, 22).

(6) Empti estis pretio magno. (I Cor., VI, 20.

— Piicificans per sanguinem crucis ejus, sive quae in terris, sive quae in cœlis sunt. (Col os., I, 20).

telles que l'or et V argent, que vous avez été rachetés, mais par le Sang précieux du Sauveur (Y). » « Et ce Sang adorable, s'écrie « saint Jean Chrysostome, a bien plus d'efficacité que celui de « l'agneau pascal: ce dernier, appliqué sur les portes des Juifs, « préserva seulement leurs enfants de la mort temporelle, tandis « que le premier, coulant sur nos âmes, les délivre de la mort « éternelle (2). »« Ce Sang divin, continue le même Père, chasse « les démons et appelle les Anges. Il a lavé le monde entier, et « purifié le vestibule et le Saint des Saints. Une fois versé, il « ouvrit la voie du ciel: c'est par lui que Jésus-Christ acheta son « Eglise et qu'il la décora (3). »

« Le Sang du Sauveur, dit à son tour saint Grégoire le Grand, «semblable à celui d'Abel, jette aussi un cri, mais c'est un cri « de miséricorde; car le sang d'Abel demandait la mort du fra- « tricide Caïn, et le Sang de Jésus-Christ obtint le pardon do ses « persécuteurs, c'est-à-dire notre Rédemption. Voilà le cri du « Sang de notre Rédemption (4). » « Et ce Sang, répandu pour réconcilier le monde, s'écrie saint Léon, en devient le prix et le breuvage (5). » « C'est par lui que nous avons été rapprochés de Lieu dont le péché nous tenait éloignés (6). »

« C'est lui qui apaise la justice divine et nous obtient mi- «■ séricorde. Il nous purifie de nos souillures et nous ouvre la « porte du ciel. Il remet les crimes des pécheurs et fait croître « la vertu des justes (7). » Il nous est appliqué chaque jour par les Sacrements qui tiennent de lui toute leur vertu.

0 sang adorable de Jésus-Christ ! Que vous êtes précieux ! Que de merveilles vous opérez! qui dira votre efficacité? Pendant 3:3 ans, vous avez soutenu les forces du Sauveur! C'est vous qui entreteniez et renouveliez, à chaque instant, la vie dans ses membres; cette vie plus excellente que celle de toutes les créatures,

(1) Scientes friod non corruptibilibus auro vel argento redempli estis..... sed pretioso sanguine. (I Pet., I, 18 et 19).

(2) s. Joan. Ciirysost., Hom. --'7, n. 1, in ep. ad Hebr.s t. 12, p. 1S5, éd. M

(3) Id., Hom. 16, in Joan., r,. 3, t. 8, p. 2G1.

(4) S. r.REG. Mac;., Moral . lib. 13. cap. 23, a. 26. t. 1, col. 102'.'. (T>) S. Léo, sei-m. il, de Passione, c. 3. t. 1. p. 351.

(6) Nunc autem in Christo -Tesu, vos, qui aliquando eratis longe, faeti prope in sanguine Christi. (Eph., II, 13).

(7) S. FULG., de Verit. praed. et grat.. lib. 3, c. 23, p. 670.

incomparablement plus élevée que celle des Anges; cette vie qui a servi à louer, à adorer l'auguste Trinité, autant qu'elle le mérite, cette vie qui s'est consommée, sans interruption, à la gloire de Dieu et au salut des âmes; cette vie qui a mis le Christ à même de nous mériter la grâce et de nous obtenir le Ciel, et qui fut acceptée par la justice divine comme un holocauste aussi parfait qu'agréable (1). Oui, c'est vous qui en étiez le principe e1 la source Soyez béni! purifiez mon Cœur de ses souillures, et rendez-le digne des complaisances du Très-Haut!

.Mais ce sang mystérieux qui s'est répandu tant de fois pour la Rédemption du monde (/J). qui a pacifié le ciel et la terre (3) et qui a opéré tant de prodiges, d'où vient-il? de quelle fontaine sacrée a-t-il jailli? Du Cœur de Jésus.. .. (4)

Ce Cœur divin n'a pas concouru seulement à la formation de ce sang adorable, qui fut le prix de notre rançon, mais aussi à sa conservation; étant la cause motrice de sa circulation dans tout l'organisme du Sauveur, il devint, par cela même, la cause déterminante de son effusion dans toutes les circonstances qui se sont produites depuis la Circoncision jusqu'à l'immolation du Calvaire (5).

Le Verbe incarné pouvait le retenir librement dans ses veines,

(1). Jlrh.. X. 8.

(2) In circumeisiore, srilicet, agoniaj flagellatione, spinarum coronatione, via crucis, crucifixione ac tandem lateris et Cordis transfixione. (Thèse* de cuit" ss. Cordls Jesu a PP. Martoreli, et Jos. Castella, p. 3, de Proprietat., thés. 1, de exceii'-rit. , p. 1,34).

(3) Pacificans per sanguinem crucis ejus, sivequae in terris, sive quae in coelis suni. {polos., I, 20).

(4) A nullo alio membro SS. corporis Christi elaboratus est. atque copiose exbib tus, nisi a ss. ejus Corde ille sanguis, qui per septem mirabiles effusio lotus in 3alutem generis humani exhaustus est.: in circumeisione, etc. [Thèses de v.ultu SS. Cordis Jesu a PP. A. Martorell el Jos. Castella, p. 3, de

ttbus, tbesis i. dt .. p. \v\ i.

(5) Jamvero ad hujus sanguinis formatiouem et conservationem, SS. Cor Jesu summopere concurrit; et cum sil cau.«a motus ejus circulatorii, fuit etiam determinans effusionem ejus, sive in sudore sanguineo ex vebementibus Cordis impulsibua orto, etc. [De SS. Corde Jesu 'jusque ^ultu a L. Leroy, cap. 1, q. 4. n. -Vi. p. 56, - Id.. Perrone, de Incarnat, p. 2, c. 4. prop. 2. n. :>i'rj . p. 193, i» nota 1).

s'il l'eût voulu, mais il aima mieux que son Cœur le répandit au dehors pour le salut des hommes (l).

Voici un autre mystère d'amour!

Ce sang divin qui s'est échappé du Cœur de Jésus, comme de sa source naturelle, lorsque cet adorable Sauveur était sur la terre, opère encore de nouveaux prodiges. Comme autrefois sur l'arbre de la croix, il est offert, chaque jour, en sacrifice, d'une manière mystique, mais réelle, pour apaiser le courroux du ciel, satisfaire à sa justice, rendre grâce à Dieu, expier nos crimes, laver nos iniquités et nous obtenir les secours dont nous avons un pressant besoin (2). Il est là dans le calice du salut comme le sang de la Nouvelle Alliance (3), le prix de la Rédemption(4), comme le signe d'une charité sans bornes, comme la preuve la plus éclatante de V amour d'un Dieu pour nous (5).

De plus, par c-^tte nouvelle effusion sur l'autel, il coule jusqu'au sein de l'Eglise, comme un fleuve abondant et continu qui donne à tous les sacrements une vertu divine, efficace et vivifiant.' (0), en sorte que chaque chrétien, en s'y abreuvant, participe à ses mérites, apaise la soif de ses désirs célestes, comprime la violence de ses passions et répare les forces de son âme; car ce sang précieux est vraiment un breuvage qui fait que celui qui le boit demeure dans le Christ, et qu'il a la vie éternelle (7). «Oui, s'écrie Saint Jean Chrysostome, ce breuvage

(1) Quem (*anguinem) cura libsre retinere posset divina virtute Verbum, pro salute hominura, toto Corde ditïundere maluit. (De SS. Corde Jesu ejusque cultu, '■■ l,-i- 4, n. 55, i'. 57).

(2) Ardentissimus Christi erga homines amor non in ea tantum manifesfatione continere potuit, qua in cruce sacriflcio cruento oblatus est; sed voluit prae-

terea, ut multo mirabiliori modo per incruentum sacrificium continua ac copiosa hujus sanguinis scaturigo in sinu Ecclesiae efflueret: qua et illius mérita fidèles propria sibl facerent. (Thèses de cultu SS. Cordis JesuaVP. Martorell et Jos. Castella, p. 3, 'le proprietat., thés. 1, de excellent., p. 1.34).

(3) Accipiens calicem, dicens: Hic est enim sanguis meus novi testamenti, qui pro multis effundetur in remissionem peccatorum (S. Matth., XXVr, 27 et 28)!

(4) [n uiio habemus redemptionem per sanguinem ejus, remissionem peccatorum, secundum divitias gratiae ejus. (Eph.,1,1).

(5) Majorem hac dilectionem nemo habet, ut animam suam ponat quis pro amicis suis. (s. Joan., xv, 13).

((" v- fonte scilicei cordis arcano profusum (pretium sanguinis redemptionis) •> »i daret sacramentis. (S. Bonav., de Ligno vttae, t. 1?, p. 78, éd. Vives).

(7) Sanguis enim eucharisticus vere est potus, quem qui bibit, in Christo manel - viiam aeternam habet. (Thèses de cultu SS. Cordis Jesu a PP. A. Martorell <H Jos. Castella, p. 3. de propriet. thés. I, de excell.,?. 134 - S. .toan., VI, 55).

« est si salutaire que celui qui le prend se sent revivre, parce « qu'il possède le secret de nous délivrer de la peste des passions, « de tuer les péchés qui, comme des vers ou des serpents, nous « rongent intérieurement (1). »

Eh bien! d'où sort-il ce sang adorable, qui coule avec tant d'abondance sur nos tables eucharistiques, pour aller porter partout la fécondité et la vie? Du Cœur de Jésus! (2) Oui, c'est ce Cœur Sacré qui l'a fourni! « Oui, c'est lui qui distille chaque jour toutes « les gouttes du Calice eucharistique (3). » « Aussi, hàtez-vous d'y « porter les lèvres; là se trouve cette fontaine mystérieuse qui « jaillit jusqu'à la vie éternelle (1). » Bien que ce divin Cœur participe à la glorification de la nature humaine de Jésus-Christ, il n'a rien perdu cependant de ses propriétés naturelles, telles qu'il les avait sur la terre-, il les possède toutes, mais dans un étal plus parfait encore (5).

Et ce Cœur Sacré, de quelle substance a-t-il été formé? Du sang de l'immaculée Vierge Marie (6). Maintenant qu'il est orga-

(1) Quomodo poterimus ab hac peste (passionum) liberari? Si illam i otionem bibamus, quae possit intus positos vernies et serpentes extinguere: Ecqua potio ulla est,quae tantam vim babet? Pretiosus sanguisChristi,si cum fiducia sumatur, morbos quippe omnes extinguere poterit. (S. Chrtsost., in Matth., hom. 4. n. 9, toni. 7, p. 50, éd. Migne).

(2) Hic sanguls, qui ex altaribus nostris, veluti effluvium, effunditur ul)ique, idem habei sui cursus principium, Cor nempe gloriosissimum Christ i. quod beatotorum Chorus co^lestis inter extases sine velamine conteniplatur gloriae radiis collustratum; nos vero sub specierum tegmine velatum supplici veneratione celebramus. {Thèses de cultu SS. Cordis Jesu, etc. p. 134. - Id., s. Bonav. op. cit.).

(3) Œuvres du card. Pie, cv. de Poitiers, t. 6, p. 611. - San guis in cratert in tuam puriticationem ex immaculato latere effusus est... quasi divino et impolluto lateri admoti labi s, sic salutari sanguini participemus. (S. Chrtsost., de

Ut., hom 9, t. 7, ]'. 545. éd. Mîg

(4) a fonte scilicet cordis arcano profusum (pretium sanguinis redemptionis)..

essi't jam in Cûristo viventilius poculum l'omis vivi, salientis in vitam aeternam

sur.'c, jhi .i< appoae, ut haurias aquas de fontibus Salvatoris. (S. Bonav., de Ligna ntae, t 12. p. 78. éd. Viv

(5) In vita ffloriosa Christi,* t in humana naturaCbristi glorificata, SS. Cor Jesu. el ipsum gaudens proprietatibus vitae uloriosae, niliil amisit illius dignitatis et excellentiae quibus in bis terris vivens temporali vita gaudebat, e contra sais proprietatibus et vitalibus lunctionibus exceUentiori modo praeditum fuit. (De ss. Corde Jesu ejusQue cultu a L. Leroy, cap. 1, q. 4, n. 55, p. 57).

(6) Conceptus ex utero virginali, <arnem non de nlhilo, non aliunde, sed materna traxit ex carne Cbristus. (V. Beda. eceposlt. in Luc , lib. 4, t. 3, p. 480).

nisé, où ira-i-il puiser les matériaux de ce sang précieux qu'il lancera dans tous les tissus du corps pour le nourrir et le développer?

« Il les puisera, comme le fait tout cœur humain, à son origine, dans les éléments du sang maternel (1). » Et ces éléments, c'est à Vous, ô Marie, que le Verbe a daigné les demander; Vous n'êtes donc point étrangère à ce sang adorable, à ce trésor de la Rédemption, à ce prix inestimable de notre salut (2)!

Faut-il s'étonner, maintenant, si Jésus-Christ, votre Fils, en a déposé tous les mérites entre vos mains! Ce grand mystère d'amour s'est opéré au pied de la croix, lorsque Vous étiez debout, o Vierge sainte, l'œil fixé^sur la Victime de notre salut. Vous entendez les pas précipités du soldat romain. Que voy-z-Yous? Le fer acéré d'une lance qu'il brandit! Que veut-il? transpercer la poitrine du divin Crucifié (3)!!! Le coup qu'il frappe est aussi prompt que l'éclair... C'en est fait; le Cœur de Jésus e^t ouvert (4); et de cette plaie béante s'échappent immédiatement, avec abondance, du sang et de l'eau(5). Et ce sang, et cette eau sortent en même temps et distinctement cependant, et sans mélange, nous dit un savant théologien (G). Ce fait, quoique miraculeux,'

(1) Cl. Bernard, la s-/- née expérimentale, la -physiol. du Cœur 1 vol in-12

(2) Habuii. ob Filii Dei maternitatem, dommium in oinnia. (Cors v Lap t. 15, p. 59, cor 2. éd Vives).

— Imo ratione matera ae dignitatis habet singulare jus ad bona Filii (Sdarez m 3 p.. disp. 1. sect. 2, n. 7, tom. 19, p. 10, éd. Virés).

(3) Unus militum lancea latus ejus aperuit. (S. Joan., XIX, 34).

(41 Vulnus hoc videtur totura latus Christi pénétrasse, ut 'videlicet lancea hrec adacta i er dextrum latus Christi, traosierit per cor et | ericardium, atque euspis ejus ex erit per latus sinistrum ad papillam. (Corn, a Lap., in Joan., XIX, 34)

— Id., Prudentius, Dlttochoeum, n. 42, vers. 165, p. 108.

— Theophylact.. Enarr. in Evang. Joan., c. 19, v. 34, tom. 2 n 283 éd Migne. '

— Aperto Iatere,et extracta lancea, sanguis in cuspide quasi brunei coloria apparaît, m ex eo lioc intelligeretur for transflxum. (S. Brig., Revel., lib. 4, c. 70)

— IiHixit lanceam in latere ejus dextro. (Id., lib. 7, c. 15).

— In corde punctus erat tain amare et immiserieorditer, quod pun-ens non '. donec lancea attigit costam.et amba; partes cordis essent in lança (id

lib. 2, c. 21). '

(5) Et continuo exiv t sanguis et aqua. (S. Joan., XIX. 31)

(6) Non prius sanguis, deinde aqua, sed simul sançmis et aqua, impermixta tamen, ut unum ab altero discerni posset. (Corn, a Lap., in Joan., XIX, 34).

— Suarez soutient, en s'appuyant sur saint Jérôme, que le sanù s'écoula d'abord et l'eau ensuite. Intelligi potest, prius totum sançuinem exiisse, deinde vero aquam manasse Ht hic modns videtur facilior, et accommodatus tum ordini nar-

n'en est pas moins certain (1). Le sang qui jaillit est du vrai sang et Y eau qui l'accompagne est de l'eau pure et véritable, comme l'a défini le Pape Innocent III (2).

Que signifie ce double prodige? De grands mystères!!! D'abord il indique que celui qui est crucifié est Dieu et Homme, tout à la fois (3). Voilà pourquoi, dit saint Chrysostome, le soldat qui est témoin de ce fait étrange, comme de tous ceux qui se passent sur le Calvaire, s'écrie: Cet homme est vraiment le Fils de Dieu (4).

En second lieu, ce sang et cette eau figurent V Eglise qui sort vivante du Cœur de Jésus-Christ, avec tous les sacrements qui la constituent, et qui sont les canaux de la grâce (5). « Cette « nouvelle création, dit Suàrez, ne pouvait se faire avant la mort « du Christ, parce que cette puissance de fonder et de sanctifier « cette Église tire toute sa vertu de la Rédemption consommée (6)

rationis .Toannis, tum etiam mysterio. Prius enim Christus suum sanguinem effudit; multique pie meditantur totum sanguinem suum in passione fudisse, et in hujus rei signum ac te^timonium. id, quod reliquum erat, accepto lancé''- vuluere, profudisse. l'o^tpa vero, effuso sanguine, et quasi pretio soluto, manavit aqua, quoe virtutem sanctificandi ab illo sanguine hahitura erat. Tnde Hieronymus, etc. (Suàrez, in 3 p., disp. 41, sect. 1, n. 6, p. 688, éd. Vives).

(1) S. A mb., in c;ip. 23, Lue., lib. 10, n. 135.

(2) Innoc. III, de sacrif. missae, lib. 3, c. 29, p. 876, tom. 4, éd. Migne.

(3) Sanguis symbolum quod homo sit is qui crueifixus est: aqua vero, qi:od is sit super hominem, hoc est Deus. (Theophylact., enarr. in Evang. Juan., c. 19, v. 31-.S4, tom. 2. p. 2S3, éd. Migne. - Euthymics, comment, in Joan., c. 19, v. 31, tom. 2, p. 1474. éd. Migne).

(4) Vere Filius Dei erat iste. (S. Matth.. XXVII. 54).

(5) In hoc vulnere lancj;ip, fluxuque sanguinis et aquae, significatam esse Ecclesiae formationem ex latere Christ i dornventis in cruce, dicunt Patres. (Suarbz, in 3 p., disp. 41, sect. 1, n. 4, p. 6S7, éd. Vives).

— Ecclesia de latere Christi in cruce per passionem et soporem mortis formata s. AMBROsits, 'le Triait., c. 17, t. 2, p. 530).

— Ista mulier (Gen., III, 15) est Ecclesia. de latere Adae dormientis, id est Christi morientis, formata. (S. Bonav .. serm. 4. domtnicae post epiphan., t. 13,

p. 113, éd. Vives).

— l.atus eius aperuit.... ut illic quodammodo vitae ostium panderetur, unde sacramenta Ecclesiae manaverunt. (S. XVG.,in Joan. evanç., c. 19., tract. 120, n. 2).

— Ecclesiae vita per duo ista (aquam et sanguinem) et fit et consistit. (Theol'HYL., enarr. in erang. Joan. c. 19, v. 31-34, t. 2, p. 282. - S. fnuYsnsTOMUs, In Joan., homil. 85, n. 3, t. 8, p. 463).

— Nam Baptismo nascitur, Contirmatione roboratur. Euchari tia pascitur et jierncitur. Poenitentia sanatui-, Exlrema Unctione munitur, Ordine gubernatur, Matrimonio propagatur. (Corn, a Lap., '" Joan., XIX, 34).

(6) Haec effusio sanguinis Christi non est farta ante imrt'-m. quia tota haec virtus sanctiflcandi et fundacdi P'cclpsiam ex morte Christi potissimum dimanavit. (suarez, in 3 p., disp. 41, sect. 1, n. 4, p. 687, col. 2, éd. vives).

« Saint Cyrille et saint Chrysostome affirment que Veau si- « gnifle le Baptême, qui est le principe de l'Eglise et la porte « des autres sacrements, et le sang, V Eucharistie, qui, les renfle fermant tous, peut être regardée comme étant leur fin et leur « complément (1). » « Tertullien ajoute que le .sang est le sym- « bole de la foi catholique, et que Veau figure les effets ou les « avantages qui en résultent (2). » « En se laissant percer le côté « sur la croix, s'écrie un docte commentateur de nos Saints Li- « vres, Jésus-Christ a voulu nous faire comprendre que le Ciel, « fermé depuis quatre mille ans, était désormais ouvert aux hom- « mes, et que son Cœur Sacré serait comme un Paradis où les « élus devraient se réfugier (:î). »

Beaucoup d'autres mystères découlent encore de la blessure du Cœur de Jésus (4).

(1) Aqua significat baptismum, qui est principium Ecclesiae et Sacramentorum caeterorum: sanguis vero représentât Eucharistiam, qtiae omnium sacramentorum finis est et complementum, ad quae duo quasi ad principium et tinein, caetera sacramentu omnia reducuntur. (Corn, a Lap., in Juan., XIX. 34. It:i s. i. Ohrysost., homil 85, inJoan., n. 3, t. 7, p. 678, - S. Cyril., in Joan., lib. 12. t. 7, p. 678. éd. Migne).

— Aqua enim indicat Baptismum, qui est janua; sanguis vero Eucharistiam, quae est finis et consummmatio sacramentorum; et ideo sub bis duobus reliqua comprehenduntur. (Suarez, in 3 p., disp. 41, sect. 1, n. 4, t. 19, p. 687, éd. vives).

(2) Quia qui in sanguinem eius credeient, aqua lavarentur; qui aqua lavissent, etiam sanguinem potarent. (Tert., de Baptis., c. 16).

(3) Reseratio baec lateris Christi in morte, adumbrabat per mortem eius reseratum iam esse coelum, quod per quat .or annorum mill a clausum fuerat. (Corn. a LAr., in Joan., XIX, 34, t. 19, p. 621, col. 2, éd. Vives).

(4) Voici ceux que Suarez énumére: 1. Ecclesiae institutionem ac formationem: quemadmodum Eva ex latere dormientis Adae formata est, ita Ecclesia ex latere dormie tis Christi in cruce; 2. mysterium ipsum divinitatis et humanitâtis cum Verbo inexplicabili unione copulata; 3. Ecclesiae redemptionem et ablutionem; 4. sacramentorum institutionem ; 5. duplicem baptismum aquae et sanguinis; 6. abundantiam gratiae a Christo provenientis. (Suarez, in 3 p., disp. 41, sect. I, n. 3, t. 19, p. 686, éd. Vives).

— Ipse Salvator, emisso in cruce iam spiritu, sustinuit perforari Lancea latus suum, ut, inde sanguinis et aquae profluentibus undis, formaretur unica, et immaculata, ac virgo sancta mater Ecclesia, sponsa sua. 0 beatissima ipsius sacri laieris apertura, unde nobis tôt, et tanta divinae pietatis dona lluxerunt! (Serin. Innoc. papae VI, in décret, de fest. Lanceae. - Vide offic. SS. Lanceae, mut. 2, lect. IV).

N. B. Ici on peut nous faire une objection et. nous dire: « Pourquoi attri- « buer de si grands mystères au Cœur de Jésus, transpercé sur la Croix? Tout 1'' « monde sait que Jésus-Christ, une fois mort, ne pouvait plus mériter, ("est donc « à tort que vous donnez une vertu méritoire à son Cœur inerte, incapable de quoi- « que ce soit en ce moment. »

— Cette vertu mystérieuse que les saints Docteurs et l'Eglise elle-même, dans sa sainte Liturgie, placent dans la blessure du Sacré-Cœur ne vient pas évidem-

Comprenez-vous maintenant pourquoi la Mère de Jésus est là, debout, avec le Disciple bien-aimé? Non, peut-être... Eh bien! écoutez un ancien historien. Voici ce qu'il dit: « Tous les apôtres « ont pris la fuite par la crainte des Juifs; Marie reste seule « avec saint Jean, pour être témoin de toutes les scènes du Cal- «. vaire. Lorsqu'Elle voit le côté de son Fils ouvert, Elle prend « un vase, et y reçoit le sang et Veau qui s'échappent de son « Cœur adorable (1). »

Voilà donc Marie en possession de tous les trésors de la Rédemption. C'est par ses mains virginales que l'Agneau sans tache, immolé pour le salut du monde, veut les distribuer à tous les peuples (2). C'est donc à cette Vierge incomparable que nous devons d'être enfants de Dieu et de l'Eglise; c'est donc à Elle que nous serons redevables de tous les bienfaits de la foi, de notre régénération spirituelle, du don des sacrements, des richesses de la grâce et du royaume éternel.

Il nous est donc bien permis de l'appeler Notre-Dame du Sacré-Cœur, puisque c'est par ce beau Titre que nous reconnaissons l'influence maternelle qu'elle exerce sur les mérites du sang de son Fils, et par cela même sur son divin Cœur qui en est la source adorable.

iii'-nt du fait matériel, c'est-à-dire de l'ouvertuie qui a été pratiquée par la lance du soldat, si on l'isole de toute relation précédente, mais bien de ce que le Sauveur, avant de mourir, avait prévu et voulu les prodiges dont nous venons de parler et que sa volonté n'avait jamais été révoquée. Attendendum est hoc vulnus sibi suoque Cordi inferendum a Christo fuisse ante mortem praevisum, et ab illo libère admissum et volitum; quae voluntas et acceptatio praecedens et virtualiter perseverans, tantoque magis perseverans quod voluntas divina et humana Ohristi posl mortem utique potuisset gloriosissimam hanc iniuriam avertere, omnino sufficiens esse ad valorem meriti in ipsa voluntate praecedente et acceptante t'orrnaliter constituendum et ipsi vulneri deinceps illato communicanduin. (De S S. Cor de Jesu eiusque cultu a L. I eroy, c. 1, q. IV, n. r>7, p. 59).

(1) Quum vero metu homicidarum omises profugissent, sola ibi aderat .Maria, et rpieni diligebai discipulus, qui omnia, quae vel ante vel post mortem eius gesta i jsent, oculis ipsi suis spectarunt: sanguiDemque et aquam e latere eius, quasi adhuc viventis, receus profluentem, religiose simul et honorifice admodum vasculo exceperunt. (Nickph. Call., Hist. eccl., lib. 1, c. 30, t. 1, p. 723).

(2) In manibus tuis sunt thesauri miserationum Domini. (S. Pet. Dam., serm. 1 in Nat. n. M. V., p. 740, t. 1, éd. Migne).

— omnis grat'a... a Virgine in nos ordinatissime dispensaiur. (S. Rern. Sen., Pro Fest. V. M., 8. 6, art. 1. c. 2, il,' Annunt. B. V.).

— Nihil nos Ueus habere voluit, quod perMariae manus non transiret.(S. iîern., serm. ■':., <'» Vîffil. Nativ. Domini, n. 10).

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