‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 39 sur 176 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

LA KEPAKATIOX.

Sainte Madeleine de Pazzi avait pour le Sacré Cœur de Jésus un amour si ardent que son àme en était tout embrasée. Voyant que le sang qu'il avait fourni pour opérer le grand mystère de notre Rédemption, était ou foulé aux pieds ou méprisé par la plupart des hommes, que l'Eucharistie, dont il nous avait gratifiés, dans un excès de tendresse, était devenue l'objet de l'indifférence la plus outrageante, elle s'écriait d'une voix pleine de sanglots : « L'amour n'est pas aimé; et si nous ne voulons que cet amour « se change en haine, réparons les outrages qui lui sont faits (1).» On raconte la même chose de saint François d'Assise (2).

Depuis la révolte de l'homme contre Dieu, la Réparation est devenue une nécessité. Tous les fils d'Adam peuvent s'écrier, plus ou moins, comme David: Mes iniquités se sont élevées au dessus de ma tête, et comme un lourd fardeau elles se sont appesanties sur moi (3). Seigneur, vous voyez mes crimes si nombreux; ils se dressent devant moi pour m' 'accuser ; ils me menacent de votre colère (4). Je mérite, il est vrai, votre indignation; que faut-il faire pour apaiser votre justice? Je suis prêt à tous les sacrifices, pour désarmer votre trop juste courroux (5). Ayez pitié de moi, selon retendue de votre infinie mi-

(1) Voir la Vie de .sainte Madeleine de Pazzi.

(2) Amor non est agnitus, amor non est amatus.

(3) Ps. XXXVII, 5.

(4) Ps. L, 5 et 6.

(5) Ps. XXXVII, 18.

séricorde (1). Je ceux vous offrir, comme holocauste, un cœur brisé par la douleur (2), et- comme hostie de louange, V encens de ma prière (3).

Voilà le cri de l'humanité coupable et repentante. Elle sent, comme le Prophète royal, que ses propres expiations sont insuffisantes. En effet, puisque c'est une majesté infinie qui est offensée, il est nécessaire que la réparation soit infinie.

Voilà pourquoi le Fils de Dieu, n'écoutant que son amour, s'est mis en état de victime, en prenant notre nature, et a donné à ses expiations la valeur exigée par la justice divine.

Mais II veut que tous ceux qu'il a rachetés s'associent à son œuvre de réparation afin qu'il y ait harmonie entre son Cœur et les nôtres (4). Cette œuvre de réparation s'arrête-t-elle au Calvaire ? Non ! Elle continue sur nos autels, parce que le torrent des iniquités ne cesse pas, un instant, de rouler ses tristes flots au milieu des générations humaines. Constamment à l'état de victime, Jésus offre à son Père l'expiation des péchés du monde, la même qu'il offrait sur la croix. Son Cœur adorable, dans sa mystique immolation, répare sans cesse les offenses qui se commettent; son oblation perpétuelle et absolue est comme une hymne de louange qui couvre le bruit des blasphèmes et des outrages. Là, sur la table du sacrifice ou dans le tabernacle, Jésus-Christ pousse un cri non de vengeance ou de justice, mais de miséricorde et de pardon.

De plus, Il fait de l'Eucharistie l'abrégé de tous ses bienfaits, l'eocpression suprême de sa charité envers les hommes; c'est dans ce divin Sacrement qu'il nous manifeste tout son amour et nous en prodigue les biens. Il en fait le trône de sa clémence, une source de vie, un océan de bénédiction... Comment les hommes répondent-ils, pour la plupart, à ces prodiges de tendresse? Hélas! par L'ingratitude ou le mépris. Au lieu de réparer, comme ils le devraient, et d'unir leurs satisfactions à celles de Jésus, pour apaiser la justice de Dieu et obtenir ses grâces, ils l'outragent par le péché, l'indifférence ou l'oubli. Au sein de l'immense foule humaine, qui s'agite en tout sens, Il n'a qu'un petit nombre

(1) Ps l. 3.

(2) Ps. ibid., 19.

(3) Ps. ibid., 81.

(4) Adimpleo ea quae désuni passionum Christi. (Colos., I, 24).

restreint, qu'un groupe presque imperceptible d'adorateurs sincères et d'amis fidèles.

Aussi Jésus-Christ se plaint-Il de cet abandon à sainte Gertrude, sainte Brigit'.e, sainte Lutgarde, sainte Colette, sainte Thérèse (1), et à mille autres. Il se montre, à ces âmes d'élite, dans l'état affreux où ses bourreaux l'ont réduit, au moment de sa Passion. Il leur déclare que les cruautés, commises autrefois par ses meurtriers, sont bien moins sensibles à son Cœur que celles qui sont exercées aujourd'hui contre Lui; et que ce n'est pas pour ce passé qu'il réclame nos larmes, mais bien pour le présent.

Écoutez ce qu'il dit, dans ces derniers temps, à la Bienheureuse Marguerite-Marie: «Regarde, ma fille, comme les pécheurs me traitent et me méprisent (2). » Puis II se montre à elle comme un Ecce fiomo, tout déchiré et défiguré et chargé de sa croix, tout couvert de plaies et de meurtrissures, son sang adorable découlait de toutes parts; puis II lui dit d'une voix triste et douloureuse: «N'y aura-t-il personne qui ait pitié de « moi et qui veuille compatir et prendre part à ma douleur, dans « le pitoyable état où les pécheurs me mettent, surtout à pré- « sent (3). »

« Un jour, dit la Sainte, étant devant le Saint Sacrement, « Notre-Seigneur me découvrit sa poitrine, en me montrant son « divin Cœur, et me fit entendre ces paroles: « Voilà ce Cœur qui « a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné, jusqu'à s'épuiser « et se consummer pour leur témoigner son amour; et pour re- « connaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes « par les mépris, irrévérences, sacrilèges et froideurs qu'ils ont « pour moi (4). » — « Regarde mon Cœur, dit-Il, il est tout déchiré « et transpercé de coups... C'est mon peuple choisi qui m'a fait « ces blessures (5). »

Si ces outrages me venaient uniquement de mes ennemis, je pourrais peut-être les supporter encore; mais non, ils me sont prodigués, et dans une large mesure, par ceux-là mêmes que j'ai couverts de mes bienfaits, que j'admets dans mon in-

(1) Voir la Vie de ces différentes saintes.

(2ï Vie de la Bienheureuse par ses contemporaines, t. 1. p. 87, éd. 2.

(3) Id., ibid., p. 186.

(4) M., ibid., p. 123 et 124.

(5) Id., ibid., p 86.

Umité, et à qui Je prodigue, chaque jour, les marques de ma plus tendre affection Cl).

Telles sont les plaintes qu'exhale le divin Réparateur....

Dans l'Apocalypse n'avait-Il [tas dit déjà que les langueurs d'une àme tiède Lui soulevaient le Cœur (2); et saint Paul n'affirme-t-il pas que ceux qui s'abandonnent au crime crucifient de nouveau le Fils de Dieu en eux-mêmes et L'exposent à Vignomime(3): et ailleurs: que ceux qui pèchent volontairement, après avoir connu la r<;,i/é.... foulent aux pieds Jésus-Christ (4).

Mais Jésus-Christ, aujourd'hui glorifié et impassible p^ut-Il souffrir? Non, nous disent les saints Docteurs, les expressions dont il est question sont figurées; Dieu les emploie pour s'accommoder à notre langage ; nous aurions tort de les prendre dans le sens où elles s'entendent habituellement, lorsqu'on s'en sert à l'égard des hommes. — ("est vrai. — Mais Dieu, assurément, parle pour dire quelque chose; — sa parole ne saurait recouvrir un mensonge. — Puisque Jésus-Christ ne souffre pas, comment peut-Il nous dire que nous Le faisons souffrir et qu'il est la victime actuelle de nos péchés? Nous sommes en présence d'un profond mystère devant lequel la raison doit s'incliner-, vouloir le pénétrer serait tenter l'impossible... Cependant essayons de soulever un coin du voile qui nous dérobe la vérité.

Dieu se suffît à Lui-même. Avant la création rien ne manquait à son bonheur; l'existence du monde ne Lui a rien apporté qui Lui soit nécessaire, et son anéantissement ne Lui enlèverait rien; cependant, par cela même qu'il l'a tiré volontairement du néant, Il doit entretenir avec les créatures des rapports qui conviennent à sa qualité de Créateur, et, à leur tour, les créatures

(1) Filios enutrivi, et exaltavi: ipsi autem spreverunt me. (Isai , i, 2). - Si inimicus meus maledixisset mini, sustinuissem utique. Et si is, qui odèral msjj super me magna locutus fuisset, abscondissem me forsitan ab eo. Tu vero homo unanimis; <i"x meus, et notus meus, qui simul mecum dulces capiebas cibos; i" domo i"-i arabulavimus cum cousensu. [Ps. i.iv, 13, 14 et 15),

(2) /Lpoc.i III, 15 et 16.

(3) Hrh., VI. 6.

(4) II Ttm., III, 8 et IV. 4.

doivent se conduire envers Lui comme étant l'œuvre de ses mains. Briser ces rapports, c'est méconnaître son autorité, c'est violer ses droits les plus sacrés, c'est Lui refuser ce qui Lui appartient et ce qu'il réclame, c'est secouer son joug, c'est mépriser sa volonté, c'est fouler aux pieds ses ordres... Dieu peut-11 rester indifférent à cette injure? Pourquoi s'étonner qu'il s'en plaigne?

Le péché n'est pas seulement une révolte, c'est de plus un attentat contre Dieu. « En effet, dit saint Bernard, que voudrait « le pécheur? Ou que Dieu ignorât son crime, ou qu'il y restât «indifférent, ou qu'il ne pût le punir! » C'est donc dans le fond la destruction de l'être divin qu'il désire, puisqu'il le voudrait sans sagesse, sans justice, sans puissance: perfections sans lesquelles Dieu ne saurait exister.

L'homme coupable va plus loin encore. Il ne se contente pas de ce déicide intentionnel; il tente de lui donner un commencement d'exécution. Que fait- il -en commettant le péché? Il commet un acte tellement en opposition avec tous les attributs divins que Dieu en éprouve une haine infinie, et que le déplaisir qu'il en ressent est si grand qu'il serait capable de Lui donner la mort, s'il pouvait cesser d'exister.

Lorsque nous offensons Dieu, il ne dépend pas de nous qu'il ne souffre véritablement; et si une force supérieure et insurmontable ne s'y opposait, nos péchés auraient la criminelle puissance de Le faire souffrir. Grâce à son impassibilité, Il ne souffre pas, c'est vrai, mais, de notre côté, nous faisons volontairement et librement ce qui est en notre pouvoir, et tout ce qui est nécessaire pour qu'il souffre, s'il n'était incapable de souffrance. C'est en vain que nous nous récrierions, en disant que ce dessein est loin de notre pensée et qu'il nous fait horreur; soit... mais ayant posé la cause du renouvellement de la Passion du Sauveur, par nos péchés, nous ne pouvons plus en détacher l'effet; et si, encore une fois, une puissance supérieure ne mettait Jésus-Christ hors de notre atteinte, 11 serait nécessairement soumis à la souffrance.

Et lorsque Jésus-Christ nous montre son Cœur tout sanglant, l'Ouvert de plaies et environné d'épines, en nous reprochant noue cruauté, Il ne fait que rendre sensible à nos yeux l'exécution du désir implicite que renferme le péché que nous commettons, le terme auquel il tend de sa nature et qu'il atteindrait actuelle-

ment, s'il n'était arrêté par une impossibilité absolue de passer outre.

Reportons-nous à dix-huit siècles de distance, aux jours où Notre-Seigneur était sur la terre. Le péché a rencontré Dieu devenu passible dans l'humanité qu'il avait prise au s du d'une Vierge. Il mit à profit la circonstance; et le Dieu-Homme, que l'impassibilité ne protégeait plus momentanément, a succombé sous ses coups. Or, pour Dieu, il n'y a ni passé ni avenir, tout est présent; pour Lui, ce qui s'est fait ou se doit faire est toujours actuellement fait. Du sein de son immobile éternilé. Il voit notre péché du moment, torturant, au jour de sa Passion, son Fils bien-aimé, quoique, selon l'ordre du temps, le déicide du Calvaire se soit accompli bien des siècles avant notre existence.

De plus, si Jésus-Christ n'avait pas expié nos péchés sur la croix, si la satisfaction qu'il en a fait agréer à son Père n'était pas infinie, il faudrait, pour apaiser la justice divine, qu'il souffrit et mourût de nouveau. Donc encore, quand Notre-Seigneur se plaint de ce que nous renouvelons son crucifiement, quand II se montre tel qu'il était au temps de sa Passion, en réalité II ne fait que nous présenter l'expiation que son Père devait exiger pour la réparation de nos péchés, si, par avance, cette expiation n'avait pas déjà eu lieu, ou si elle n'était pas à tout jamais suffisante; Il ne fait que placer sous nos yeux, telle qu'il la voit, l'œuvre du péché qui, pour Lui, s'accomplit incessamment, et reste toujours présente.

Jésus-Christ n'est pas seulement Dieu, Il est Homme aussi ; si, comme Dieu, Il a éternellement la vue et la détestation du liéché, comme Homme-Dieu II conserve encore, dans toute sa vivacité, le sentiment qu'il exprimait au début de sa Passion lorsqu'il s'écriait: Mon Père! Mon Père! s'il est possible^ que ce calice s'éloigne de moi.

En revêtant l'immortalité parfait1, Il s'est dépouillé de la possibilité, qui est une mort commencée. La douleur étant un châtiment du péché, Jésus-christ, qui est la sainteté même, la sainteté substantielle et infinie, devait être soustrait à ses atteintes, et avait droit au bonheur le plus complet, dès le premier instant de son existence. Si, pendant sa vie, la souffrance a pu l'atteindre, c'est que, par un insigne miracle, Il avait suspendu temporairement l'exercice de son droit imprescriptible à la sou-

veraine félicité ; c'est que, pour nous témoigner son amour, Il avait voulu satisfaire rigoureusement, par la souffrance, à la justice de son Père. Une fois sa mission accomplie et nos dettes acquittées. Il entra dans la gloire et dans l'impassibilité; mais la sensibilité Lui resta toujours; Il n'a rien laissé sur la terre de tout ce qu'il a pu introduire au ciel. Il s'y trouve avec son Corps tout entier, et par cela même avec son Cœur. Or, comme tout cœur humain, et bien davantage, le Cœur de Jésus était sensible; nous ne saurions en douter. Pourquoi ne le serait-il plus maintenant? La sensibilité serait-elle une imperfection dans le Verbe incarné? Évidemment non. Donc, la sensibilité étant inhérente à la nature humaine, Jésus la possède dans son état glorifié. Sa sensibilité est transformée, il faut le reconnaître, mais elle existe, quoique nous ne puissons en préciser exactement ni les opérations, ni les effets. Jésus aime tout ce qu'il aimait, de l'amour dont il l'aimait; ses affections n'ont pas changé d'objet et ne se sont pas attiédies.

Il les garde soigneusement dans son Cœur. Il les a emportées avec Lui au plus haut des cieux, comme la plus riche portion de son héritage. Il conserve donc, dans toute son étendue, son amour pour Dieu son Père, dont II est venu réparer la gloire, et son amour pour l'homme, qu'il a racheté de son sang. Aussi, lorsqu'il voit sa Passion méprisée et rendue inutile pour un grand nombre, Dieu outragé de nouveau, malgré tous ses bienfaits, et des millions d'âmes courir à leur perte éternelle, Il est comme profondément attristé; voilà, sans aucun doute, ce qui Le réduirait encore à l'agonie, s'il n'était impassible; mais voilà aussi ce qui Le fait s'écrier, du sein de sa gloire et du fond de son Tabernacle: « Que ce calice s'éloigne de moi! »

Et quand, pour essayer de fondre la glace de nos cœurs, Jésus-Christ nous déclare que nos péchés Le font toujours souffrir, et quand II se montre actuellement exposé aux mêmes outrages et aux mêmes supplices qu'au temps de sa Passion, son (angage et ses manifestations sont pleins de vérité; c'est comme s'il nous disait: «0 pécheurs qui m'offensez, reconnaissez ici « votre ouvrage: contemplez le traitement que vous m'avez l'ail « essuyer, lorsque j'étais sur la terre. En persévérant dans vos « crimes, vous déshonorez mon Père, et vous attirez sur vos têtes « une sentence plus terrible par l'abus que vous faites de mes

«bontés. C'en est trop! Pourquoi être surpris que je m'en plai- '. Je ne suis plus assujetti à la douleur, c'est vrai, mais « n'en concluez pas que je sois devenu indifférent. En acquérant « l'impassibilité, je ne me suis pas défait de mes sentiments. Je « vous aime tant, malgré vos froideurs et vos ingratitudes, que « si cela était nécessaire et que mon Père l'eût pour agréable, « Je redescendrais volontiers sur la terre pour me laisser de « nouveau crucifier, pourvu qu'à ce prix il me fut permis d * sau- « ver même un seul d'entre vous. Vous m'êtes toujours si chers, « et vos intérêts me sont toujours si précieux, que si vous venez « à voua perdre, mon Cœur, quoiqu'insensible maintenant à la « douleur, n'en sera pas moins profondément attristé (1). »

Xotre-Seigneur, en attirant ainsi notre attention sur tout ce qui renouvelle les scènes du Calvaire, veut non-seulement engager les pécheurs à se convertir, mais aussi solliciter les âmes pieuses à consoler son Cœur et à réparer, par leurs prières, leurs mortifications et leurs bonnes oeuvres, les outrages qui lui sont faits.

« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les homm-s, dit-il à la Bien- « heureuse Marguerite-Marie... et pour reconnaissance, je ne « reçois de la plupart que des ingratitudes... C'est pour cela que « je demande que le premier vendredi d'après l'octave du Saint- « Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon « Cœur... et qu'un culte spécial lui soit rendu... pour RÉPARER « les indignités qu'il a reçues (2). »

(1) Oranis qui in pristina peccata... relabitur, iterum quasi crucifigit < hristum; quia novo peccato novam dat causam crucis et mortis Ohristi: facit enim rur Dm id propter quod christus crucifixus est; quare nisi Christi mors tara Hticax iuis-

ut ad omnia omnino peccata post quantavis saecula futura et iterand extendisset, oporteret Christum toties mori et crucifigi, quoties peccant homines, sicut Aaroaica ^acrificia et victimae. toties mactari et offerri debebant, quoties peccata (udaei...

El etiam: Qui enim in peccata relabitur. lioc ipso contemnit, vilipendit et

ride( Christum, Christique crucem et redemptionem, atque hoc ipso causa est. ut

Cbristus in e\emplum ludibrii... omnibus bominibus proponatur, utque... raalevoli

:it Christum, Christique lesrem et Ecclesiae, sicut Iudaei irriserunt Christum

in crue* îum. (Cohn. a Lap., Comm. in epist. ad Heb., VI, G).

(2) Vie (te la Bienheureuse Marguerite-Marie par sis contemport t. 1. p. 123 <'t 121, éd. 2.

La Réparation est donc un des buts principaux de la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus (1). Aussi tous les chrétiens sontils invités, par Notre-Seigneur Lui-même, à entrer dans cette voie. Il désire vivement que les âmes ferventes déposent, dans le plateau de la justice divine, leurs satisfactions, pour faire le contre-poids aux péchés qui se commettent.

Mais en quoi consiste-t-elle, cette réparation ? Elle embrassse bien des actes. Voici les principaux: la connaissance, Y adoration, M amour, la satisfaction, la prière, la louange, la supplication, Y action de grâces, l'imitation, Y union avec Jésus-Christ, le zèle pour sa gloire et le salut des âmes et la mortification (2).

Pour réparer dignement les outrages que reçoit le Cœur de Jésus, il faut d'abord s'appliquer à connaître sa dignité, son excellence, ses grandeurs, ses perfections, ses vertus, ses prérogatives, son amour, ses souffrances, les trésors de grâces qu'il renferme, en un mot tout ce qui peut le rendre digne des complaisances du Ciel et de la terre; cette connaissance est nécessaire. Comment, en effet, rendre des hommages à un obiet dont on ignore la nature ou les qualités?— Il n'est pas possible de poursuivre avec ardeur un bien qu'on n'estime guère, encore moins celui que l'on ne connaît même pas (3).

Que les âmes qui s'appliquent sérieusement à cette connaissance du Cœur de Jésus sont rares! Pour la plupart elles restent indifférentes devant le chef d'œuvre de la puissance divine,

(1) In actis sub. Innoc. XII Postulatoris haec legimus: « Inter alias causas, liane etiam commendat. quod tributum amoris sit ipsi fonti araoris in Eucharistiae sacramento ad réparation etn ingratitudinis, improperioritm et scelerum a mortalibus quotidie illatorum. » - In actis sub Clem. XIII, in supplici libelle- Episc. Polon., haec etiam adducebant: « Accedit alia iustissiraa ratio huius festi instituendi: ex fine nempe reparandi iniurias illatas Christo Domino in sacraraento Eucharistiae. » (In memoriali Episc. Polon., n. 42).

(2) Cognitio, adoratio, amor, compassio, oratio, laus, deprecatio, gratiarum actio, imitatio, vita interior, zelus. (De SS. Corde Iesu eiusque cultu a S.Leroy, c. III, q. 17, n. 209-240).

(3) Quomodo invocabunt, in quem non crediderunt, etc. (Rom.^ X, 14). -Et hoc oro, ut charitas vestra magis ac magis abundet in scientia et in omni sensu. (Phil., I, 9).

devant ce sanctuaire qu'habite la Divinité, devant cet abîme insondable de toutes les richesses, d 'vant cette beauté unique qui ravit les Anges et les Saints. Elles courent après des fantômes sans pouvoir les atteindre, elles se passionnent pour des riens, se consument pour acquérir des sciences futiles ou mensongères, et négligent celle qui peut les instruire et les sauver! Voilà peutêtre le plus sanglant outrage que nous devrions réparer, parce qu'il est la source de beaucoup d'autres.

A la connaissance du Cœur de Jésus nous devons joindre X adoration. Rien n'est plus juste, rien n'est plus rationel. En étudiant ce divin Cœur nous saurons qu'il est le Cœur d'un Dieu, et alors nous nous prosternerons devant lui, dans l'anéantissement et l'humiliation (1). Nous lui offrirons les hommages qu'il demande et les honneurs qu'il mérite; et en cela nous le dédommagerons des injures qu'il reçoit et des ignominies dont on l'abreuve.

Si la connaissance du Sacré-Cœur engendre l'adoration, elle l'ait aussi jaillir V amour. Qu'est-il encore ce divin Cœur? La bonté infinie, la charité même, la miséricorde incarnée ! Nous devons donc l'aimer, non seulement parce qu'il possède à un degré suréminent toutes les qualités possibles, mais aussi à cause de la tendresse sans bornes qu'il nous porte, des immenses bienfaits dont il nous accable, et de toutes les faveurs qu'il ne cesse de nous prodiguer, chaque jour, malgré nos péchés. Aussi notre amour pour lui, doit-il être généreux, actif et persévérant (2).

S'il en est ainsi, nous partagerons naturellement sa joie comme sa tristesse, nous gémirons sur tout ce qui sera pour lui l'objet d'un ennui, d'une affliction, d'un chagrin. Nous essaierons d'arrêter les traits de l'impiété qui sont dirigés contre lui; nous nous interposerons avec générosité, et nous les repousserons avec énergie. Nous ne reculerons devant aucune peine, devant aucun sacrifice pour lui être agréables. Nous souffrirons tout pour le consoler (3).

(1) Dominuni Deum timm adorabis. (S. Matth., IV, 10. - S. Luc, IV, 8).

(2) îvos ergo diligamus Deum, quoniam Deus prior dilexit nos. (I. Ioan., IV. 19).

— Quis tam amantem non redaraet. (S. Bern., de Passione, c. 3, n. 11).

(3) Non diligamus verbo, neque lingua, sed opère et veritate. (I. Ioan., ni, 18). - Amor lesu nobilis ad magna operanda impellit, et ad desideranda semper per-

itat. {imitât. ]. C, lib. 3, c. 5, n. 3).

— Qui non esl paratus omnia pati, et ad voluntatcm stare dilecti, non est dignus amator appellari. Oportet amantem omnia dura et amara propter dilectuia libenter amplecti, nec ob contraria accidentia ab eo deflecti. (Id., ibid., n. 8).

Puis nous le prierons avec toute la ferveur dont nous sommes capables. La prière console, la prière désarme, la prière obtient tout (1). Tantôt elle revêt la forme de la supplication et de la louange, tantôt celle de l'action de grâces, ou de la reconnaissance (2). Et ce moyen, si efficace par lui-même, devient, pour ainsi dire, tout puissant, lorsqu'on s'unit aux sentiments du Cœur de Jésus et qu'on imite les exemples qu'il nous a donnés (3), parce qu'alors Dieu, voyant en nous l'image de son Fils, la reproduction de ses vertus, se montrera favorable à tous nos désirs (4).

Aussi nous sentirons-nous embrasés d'un zèle ardent pour procurer la gloire du Cœur de Jésus, étendre son empire, lui gagner des âmes et le faire régner partout (5). De cette manière nous réparerons les injures qui lui sont faites.

Mais, me direz-vous, que peuvent nos réparations? Elles sont trop infimes! Elles ne seront jamais dignes de la Majesté de Dieu! Elles ne sauraient donc Lui être agréables!

Si nous étions abandonnés à nous-mêmes, ce langage serait plein de vérité. Mais ne savons-nous pas qu'un chrétien, en possession de la grâce sanctifiante, n'est plus simplement un homme? En vertu de son baptême, il devient fils de Dieu par adoption (0); et, par conséquent, ses œuvres ne sont plus des œuvres purement humaines. A cause de son union avec Jésus-Christ, dont il a été

(1) Oratio humiliantis se nubes penetrabit. (Eccl., XXXV, 21).

(2> Oratio vero ipsa ad SS. Cor Iesu non uno fieri potest modo, sed diversimode multisque exseri actions, inter quos très superius citatos specialiter commemorandos ducimns. (De SS. Corde les" eiusque cultu a L. Leroy, c. 3, q. 17, n. 226, p. 233).

(3) Hoc sentite in vobis, quod et in Christo Iesu. (Phil., II, 5).

— Inspire, et fac secundum exemplar. (Eo:od., XXV, 40).

— Exeraplum dedi vobis ut quemadmodum ego feci vobis. ita et vos faciatis.

(S. IOAN., XIII, 15).

— Estote ergo imitatores Dei sicut filii charissimi; et ambulate in dilectione, sicut et Christus dilexit nos. (Eph., V. 1 et 2).

— Vita vestra est abscondita cum Christo in Deo. (Colos., III, 3).

(4) Quos praescivit, et praedestinavit conformes fieri imaginls Filii sui... hos iustificavil .. et glorificavit. (Rom., VIII, 29 et 30).

(5) Zelus est alterum in quo principaliter haerere débet devotus erga SS. f <>r ïesu animus qui illud imitari satagit, zelus scilicet qui deflnitur arden< studium

idi gloriam Dei et christi et salutem animarum. (De ss. Corde iesu eiusque cultu a I.. Leroy, c. 3, q. 17, n. 239, p. 242).

(6) Omnes enim filii Dei estis per fidem, quae est in Christo Iesu. (Gai., III, 2G et IV, 4 et 5).

fait membre, ses actes ont une vertu surnaturelle si grande que la Majesté divine peut les accepter, comme dignes d'elle.

De plus, dans la dévotion au Sacré-Cœur, que le Ciel nous offre, en ces derniers temps, comme un moyen de salut et un remède souverain aux maux de la société, Notre-Seigneur fait de son divin Cœur le précieux supplément de notre faiblesse, dont nous pouvons nous servir, pour élever nos prières et nos mérites à des proportions infinies-, il en fait aussi un moyen facile que la nature humaine peut employer pour accomplir, dans sa perfection, le grand précepte de l'amour, et remplir toutes les obligations qu'il renferme.

C'est notre adorable Sauveur Lui-même qui nous en donne l'assurance (1).

Si des chrétiens fervents, des âmes d'élite, comme la vierge de Paray-le-Monial, ont pu, par leurs satisfactions et leurs prières, réparer dans une certaine mesure, les outrages faits au Cœur de Jésus, le consoler dans ses peines, détourner des hommes la colère divine prête à éclater, et attirer sur des pécheurs endurcis, sur des familles coupables, sur des villes criminelles, sur le monde et sur l'Eglise d'abondantes bénédictions, que ne pouvons-nous pas espérer, si Marie offre au Cœur attristé de son Fils, ses mérites; si Elle lui adresse ses supplications, en réparation des injures qu'il reçoit de toutes parts?

De même que, quand il s'agit de réparation envers la Très Sainte Trinité, celle de Jésus est seule suffisante, étant seule infinie, ainsi, quand la réparation s'adre>se à l'humanité de Notre- Seigneur, à son Cœur sacré, qui en est le sommaire vivant, celle de Marie, grâce à son inexprimable sublimité, se trouve, plus que toute autre, en proportion avec la qualité de la Personne outragée et l'étendue de ses douleurs. En effet qui connaît mieux qu'Elle l'excellence et la sainteté du Cœur de son Fils] Qui peut L'adorer avec plus de perfection et L'aimer avec plus d'ardeur? Qui peut Le louer, Le remercier, Le prier avec autant de mérite et d'efficacité? Qui peut se flatter de retracer ses vertus aussi fidèlement qu'Elle et de Lui offrir des satisfactions aussi agréables, aussi complètes que les siennes? Qui a jamais été consumé, comme

(1) Vie de la Bienheureuse Marguerite-Marte par ses contemporaines, t. 1.

p. 108, etc.; t. 2, p. 381 et 3S2, éd. 2.

— Voir la dévotion au S. C. de Jésus, par le R. P. X. de Franciosi.

Elle, du désir de procurer sa gloire et de Lui gagner des âmes? Cette Vierge sainte est donc bien la Réparatrice par excellence des outrages qui sont faits au Cœur de Jésus. Quelle que soit l'efficacité de cette réparation, nous devons nécessairement y joindre la nôtre-, cette coopération est exigée par la justice divine; nul homme ne saurait s'y soustraire (1).

0 Vierge incomparable ! que faites- Vous au pied de la croix? Au Rédempteur qui s'immole, abreuvé d'amertumes et expirant dans l'angoisse et l'abandon, Vous offrez les satisfactions qu'il réclame et les consolations qu'il désire; Vous réparez par votre amour et par vos larmes (2), les outrages sanglants, dont son Cœur est saturé, et Vous demandez miséricorde pour les pécheurs du présent, comme pour ceux du passé et de l'avenir.

Qui sait, si les prières de la Mère, à cette heure suprême, n'ont pas tiré du Cœur du Fils et amené sur ses lèvres mourantes ces paroles admirables, qu'il adresse à Dieu pour ses bourreaux: « Mon Père, mon Père, pardonnez-leur (3). — Je vous adresse cette « demande au nom de Celle, à qui je les donne pour enfants. »

Ce rôle de Réparatrice et d'Avocate, Marie l'a continué durant les vingt-quatre années qu'Elle passa sur la terre, après l'Ascension; Elle le continue encore et le continuera toujours jusqu'à la consommation des temps. Son intervention est d'autant plus efficace qu'Elle seule, après Dieu, peut mesurer la grandeur des crimes, le nombre et l'énormité des offenses qui se commettent envers son divin Fils; qu'Elle seule, après Dieu, peut connaître la sensibilité de son Cœur, la vivacité de sa tendresse pour les hommes et l'immensité de ses douleurs occasionnées par leur froideur, leur indifférence, leurs ingratitudes et leurs péchés; qu'Elle seule de toutes les créatures peut obtenir, par ses mérites et sa toute-puissante intercession, pardon et miséricorde de ce divin Cœur, auquel Elle est unie par les liens les plus sacrés.

En voici un exemple entre mille :

Un jour, la bienheureuse Marguerite-Marie, voulant détourner de sa communauté les malheurs qui la menaçaient, fait appel à

(1) Adimpleo ea quae desunt passionum Christi in carne mea, pro corpore eius, quod est Ecclesia. {Colos., I, 24).

(2) Stabat Mater doloi-osa, iuxta crucem lacrymosa, dura pendebat Filius. (in Festo septem doloruin).

(3) l'ater, dimitte illis: non enim sciunt quid faciunt. (S. Luc, XXIII, 34).

la tendresse, à la miséricorde du Sacré-Cœur. « Ne m'en parle « plus, répond Nôtre-Seigneur, elles font la sourde oreille à ma « voix, et détruisent le fondement de l'édifice. Si l'on pense de «l'élever sur un étranger, je le renverserai.» La Sainte se jette le visage contre terre et insiste par les plus tendres supplications... Jésus reste inflexible, parce que son Cœur s'est vu mépriser dans son amour et insulter dans ses bienfaits, parce que ses grâces ont été rejetées et qu'on n'a répondu à ses avances que par l'ingratitude.

On le voit, l'outrage est à son comble, et le châtiment parait certain. Qui viendra désarmer la souveraine justice, par une réparation efficace?

Je ne vois qu'une créature ! C'est Celle qui a formé de sa substance ce Cœur divin, dont l'amour méconnu vient de se changer en haine. C'est Marie! Sa voix sera entendue; ses hommages seront acceptés, et ses mérites donneront la satisfaction désiiée. Elle se prosterne alors devant son Fils courroucé, et lui fait amende honorable, pour les coupables. C'en est fait, tou^ les obstacles sont renversés, et la victoire la plus complète est remportée. « Ma Mère, lui dit Jésus, Vous avez tout pouvoir de leur répartir mes grâces comme il vous plaira; Je suis prêt, pour l'amour de Vous, à souffrir l'abus qu'elles en font... Vous pouvez arrêter le cours de ma justice (1). »

0 Vierge bénie ! puisque votre puissance est si grande sur le Cœur de Jésus, c'est avec Vous et par Vous que nous voulons réparer les outrages qui Lui sont faits. C'est à Vous que nous confierons désormais tous nos intérêts; c'est par vos mains sacrées que nous ferons passer nos requêtes, afin qu'elles soient plus sûrement exaucées. Sur le Calvaire, lorsque tous les disciples avaient pris la fuite, Vous étiez seule avec un ami fidèle, représentant mystérieux de tous les élus, pour donner des marques d'amour à la Victime qui .s'immolait, adoucir ses souffrances, la dédommager des insultes sanglantes qu'EUe recevait, et apporter à son Cœur, abreuvé d'amertume, quelques consolations.

Depuis lors, Vous n'avez cessé de remplir le même office, car la Passion du Sauveur se renouvelle à chaque instant. De nos

(1) Vie de la Bienheureuse Marguerite-Marie par ses contemporaines, t. 1, p. 294, éd. 2.

jours où la Dévotion au Sacré-Cœur domine tout. Vous accomplissez, avec un succès merveilleux, ce ministère de la Réparation envers ce divin Cœur, que les péchés des hommes ne cessent d'outrager. Le nouveau Titre, sous lequel nous Vous invoquons, pour marquer voire coopération à cette Œuvre admirable qui doit sauver le monde, nous inspire une pleine confiance, car il dit ce que Vous êtes pour nous, il nous fait connaître la grandeur de vos mérites, l'efficacité de votre puissance et la tendresse du Cœur de Jésus pour Vous.

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