‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 40 sur 176 · EXPLICATION ET LÉGITIMITÉ DE LA DÉVOTION À NOTEE-DAME DU SACRÉ-CŒUR · texte numérisé non relu

EXPLICATION ET LÉGITIMITÉ DE LA DÉVOTION À NOTEE-DAME DU SACRÉ-CŒUR

Marie, comme Mère de Dieu, exerce, avons-nous dit, un pouvoir ineffable sur son Fils (1), et par cela même sur son Cœur, qui est le résumé de sa divine Personne.

Cette vérité brille d'un vif éclat dans l'Évangile. Qu'y voyonsnous en effet? Que Notre-Seigneur lui-même a donné à sa Mère ce pouvoir de supplication auquel II s'est volontairement soumis : Et erat subditus Mis.

« Il leur était obéissant, dit saint Luc (2). Dieu, à qui les « Principautés et les Puissances obéissent, était soumis à Marie, « s'écrie saint Bernard, non-seulement à Marie, mais encore à « Joseph, à cause de Marie. Que Dieu obéisse à une femme, «humilité sans exemple; qu'une femme commande à Dieu, gran- « deur sans rivale.» « La Bienheureuse Vierge est donc vraiment « une Souveraine, ajoute'saint Bernardin de Sienne (3). »

(1) B. Virgo liabuit dominium maternuni, seu potestatem patriam in Christum. (Theol. Marian. a Virg. Sedi.mayr, n. 1581. Ita Mald. in c. 2, Luc. - Vega, in Theol. Marian., n. 1668. - Salazar, t. 1, in Prov., VIII, 16).

— Ratione Maternae dignitatis habet singulare ius ad bona Filii. (Suarez, in III p., disp. I, sect. 2, n. 7, t. 19, p. 10, éd Vives).

— Non tiraeo dicere quod in omnium gratiarum effusus quamdam iurisdictionem habuerit haec Virgo. (S. Bern. Sen., Pro Fest. V. M., s. 5, art. 1, c. 8, de Nativ. B. V.).

(2) S. Luc, II, 51.

(3) Et erat subditus illis. (Luc, II, 51). Proinde haec est vera: Deo subdita est omnis creatura et B. Virgo. Beatae Virgini subdita est omnis creatura et Deus. ITnde Bernard., sup. Miss, est, hom. 2, inquit: « Peus, cui serviunt Principatus,

Cependant deux faits semblent en opposition avec notre thèse; le premier, c'est l'acte de Jésus, restant au temple sans prévenir Marie, et lui répondant: Pourquoi me cherchiez-vous, etc.

Le second, c'est la réponse qu'il Lui fait à Cana, lorsqu'Elle Le prévient que le vin manque dans la salle du festin : Femme, qu'y a-t-il de commun entre Vous et Moi ? Mon heure n'est pas encore venue (1).

Mais ces deux faits, étudiés sérieusement, n'appuieraient-ils pas au contraire la doctrine qu'ils semblent tout d'abord infirmer?

Reprenons les choses de plus haut.

« La volonté humaine en Jésus est absolument, conforme à «sa volonté divine, laquelle est elle-même la volonté de Dieu « le Père (2). »

Or, précisément pour nous faire sentir qu'il y a en Lui deux volontés, et que la volonté inférieure se conforme à la supérieure, Jésus s'écrie pendant sa Passion : Mon Père, si c'est possible, que ce calice passe loin de moi!... Mon Père, que votre volonté soit faite et non pas la mienne (3). Il fait ressortir là, nettement, l'existence de ses deux volontés, et la subordination de sa volonté d'homme à sa volonté de Dieu (4).

Ne peut-on pas dire que, de même, dans les deux faits rappelés plus haut, Jésus manifeste ces deux choses: que de droit sa volonté d'Homme-Dieu n'est nullement soumise à Marie, mais que de fait il veut bien la Lui soumettre?

En effet: Pourquoi me cherchiez- Vous, Lui dit-il, ne saviezvous pas qu'il faut que je sois aux choses de mon Père (5)? Voilà l'Homme-Dieu, qui de droit n'est soumis qu'à Dieu, et n'a, en aucune manière, l'obligation d'obéir à sa Mère, ni de La consulter.

Mais, de fait, cet Homme-Dieu quitte le temple, revient et reste à Nazareth. Marie l'en a-t-elle prié? Rien ne le prouve,

et Potestates obediunt, subditus erat Mariae, nec tantum Mariae, sed et Ioseph propter Mariam: utrinque stupor, utrinque miraculum; et quod ieminae Deus obtemperet; haec enim est humilitas sine exemplo: ei quod Deo feraina prinripetur, subliraitas sine socio. » Vere igitur Beata Virgo DOMINA EST. (S. Bern. Sen., Pro Fest. V. M., s. 3, art. 1, c. 1, de glorioso Nom. V. M.).

(1) S. Io-N., II, 4.

(2) Conc. gen. sexto Constantinop.

(3) S. Lira, XXII, 42.

(4) S. Thom., III, q. 18, art. 1, 2, 5. (ô) S. Luc, II, 49.

rien même ne l'insinue. Elle Lui a simplement posé une question: Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi envers nous ? Voici que votre père et moi, nous vous cherchions avec douleur (1)... Quelles sont ces choses de son Père ? Marie ni Joseph ne le comprennent (2); cependant Marie ne demande point d'explication. Elle a exprimé sa pensée avec une sorte de réserve, de discrétion parfaite. Elle n'ajoute rien, mais Jésus comprend le désir de sa Mère, ce désir qu'Elle ne formule pas, et II revient avec Elle. Et II leur était soumis (3).

N'y a-t-il pas là une distinction parfaitement nette entre le droit qu'a Jésus de ne pas obéir, et la condescendance, absolument libre, par laquelle, de fait, Il obéit?

De même pour les noces de Cana: Femme, qu'y a-t-il de commun entre Vous et Moi, c'est-à-dire que nous importe à Vous et à Moi, si les convives vont marquer de vin; c'est l'affaire de l'époux; au reste qu'y pouvons-nous (4)? Mon heure n'est pas encore venue (5). C'est l'Homme-Dieu, le Maître suprême qui parle là, ne devant soumission à personne.

Mais voici l'Homme-Dieu se soumettant librement, Marie n'a rien demandé: Ils n'ont pas de vin (6), a-t-Elle dit; rien de plus. Sa réserve est parfaite ici comme plus haut ; mais Elle sait que son Fils, qui a parfaitement le droit de ne pas faire sa volonté, la fera cependant par condescendance: Faites ce qu'il vous dira, dit-Elle aux serviteurs. Et en effet, Jésus, voyant ce que sa Mère désire, fait ce qu'Elle ne demande pas: II change Veau en vin (7).

Il nous semble que Jésus et Marie apparaissent là parfaitement ce qu'ils sont l'un pour l'autre: Marie, créature et Mère, demandant comme créature, et cela, avec quelle modestie! obte-

(1) S. Luc, II, 46.

(2) Ibid., 50.

(3) S. Luc, II, 51.

(4) BOSSUET, éd. do Versailles, t. 13, p. 224).

— Qnid ad nos, te scilicet et me, spectat, si vinum non habent. (Gagneius, in Evang., in-4, éd. 15">2, p. 167).

— Quasi dicat Christus: Qnid ad nos, quia hoc pertinet ad sponsum; tamen expectetis, quia nondum venit hora mea. (S. Vincentius Ferrer., serm. ,30, t. 1, p. 96, éd. 1729. - Ita S. Irenaeus, adr. Haeres., lil>. 3, c. 16, n. 7).

(5) S. Ioan., II, 4.

(6) S. IOAN.. II. 3.

(7) Ibid.

nant, comme Mère (1). Et Jésus, Créateur et Fils, accordant librement comme Fils, ce qu'il a, comme Créateur, le droit de refuser.

Il est donc vrai, comme le dit saint Antonin, que la prière de Marie revêt le caractère d'un ordre qui est toujours suivi (2).

Jésus change donc Veau en vin et fait son premier miracle.

Et ce miracle, dû à l'efficace intercession de Marie, que procure-t-il au monde? Ecoutons, et nous verrons combien doit nous être cher le Titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur, qui nous rappelle si bien « l'ineffable pouvoir que le Fils a bien voulu « donner sur son Cœur à sa Mère (3). »

Ce premier miracle procure d'abord la manifestation de la gloire de Jésus-Christ (4). Comprenons tout ce que renferme cette parole. La splendeur éternelle du Père (5) s'était voilée dans le sein virginal de Marie; c'est dans ce cénacle mystérieux, à ces noces sacrées de la Divinité avec l'humanité, que la gloire extérieure du Verbe s'obscurcit, semetipsum exinanivit (6). N'était-il pas juste que ce fût aussi par Marie que cette même gloire du Christ, tenue cachée jusqu'alors, fut manifestée au monde?

Le Verbe, Sagesse incrée, Parole substantielle du Père, s'est condamné au silence et à l'inaction apparente, en s'incarnant dans les flancs immaculés de la Vierge; n'était-il pas juste que cette bouche de la Divinité (7) fût ouverte par Marie à l'heure

(1) « Rien ne se fit en cela contre les décrets divins, dit un docteur de l'Eglise, « saint Liguori: il est vrai que, généralement parlant, le temps des miracles n'était «pas encore arrivé; mais, de toute éternité, Dieu avait arrêté par un autre décret « géni'-ral, que jamais rien de ce que demanderait Marie ne lui serait refusé « Voilà pourquoi la Bienheureuse Vierge, qui connaissait son privilège, ne s'in- « quiéta point de ce que son Fils avait paru rejeter sa demande, et fit comme si « la f;râce lui était accordée. C'est le sentiment de saint Jean Chrysostome: Et licet « responderit, materais tamen precibus obtemperavit. (In Ioan., hom. 21). Et celu « de saint Thomas: Per illa verba: « Nondum venit hora mea, » ostendit se dila «turum fuisse miracidvm, si alius rogasset; quia tamen rogabat Mater, feelt. (S. Liguori, explication du Salve Regina, c. 6. Gloires de Marie, p. 150, édit Casterman, 1 vol. in-18).

(2) Oratio (Deiparae) habebat rationem iussionis et imperii, quia impossibile erat Eam non exaudiri. (D. ant. Flor., Biblioth. Virg., tom. 2, p. 536).

(3) Ab omnipotente Filio omnipotens Mater est effecta. (Rie. a S. Laurentio, de laud. B. M. Y., lib. 4, c. 29, p. 170).

(4) Manifestavit gloriam suam. (S. Ioan., II, 11).

(5) Qui cum sit splendor gloriae, et figura substantiae Eius. (Heb., I, 3).

(6) Phit.., II, 7.

(7) Ipsa est principium Christi secundum humanitatem, qui est os Patris. (R;c. a K. Laur., de laud. B. M. V., lib. 4, c. 4, p. 105).

où elle devait instruire l'humanité -, n'était-il pas juste que cette Puissance infinie, enchaînée par humilité dans le sein virginal, fût déliée par Marie, afin qu'Elle se manifestât par cette régénération des enfants d'Adam, dans la lumière et dans la vérité?

Ce miracle procure enfin aux Apôtres la foi en la Divinité et en la mission du Sauveur (1). C'est là que ces pierres, destinées à former l'édifice incomparable de l'Église, s'agrègent et se soudent, pour ainsi dire, au fondement sacré, à la pierre angulaire qui est le Christ (2).

Calculons, si nous le pouvons, tout ce que Dieu recevra de gloire, tout ce que les hommes recevront de bienfaits, pendant le temps et pendant l'éternité, de ce premier miracle, dû au pouvoir d'intercession de Marie sur le Cœur de Jésus.

Il est donc incontestable, d'après l'Évangile lui-même, que Jésus sur la terre a donné à sa divine Mère une grande puissance sur son Cœur adorable (3).

Mais qu'est devenue actuellement ce pouvoir de Marie sur le Cœur de son divin Fils? Jésus, en La couronnant Reine du ciel et de la terre, L'en aurait-il dépouillée?

La tradition tout entière de l'Église se lève pour nous répondre non, mille fois non.

« La Bienheureuse Vierge, dit Suarez, au sein de la béati- « tude où elle se trouve, n'a pas diminué sa charité pour les hom- « mes; Elle a toujours pitié de nous, et Elle ne cesse de prier Dieu « en notre faveur. Elle le fait avec autant d'intérêt que si Elle « était au milieu de nous. Elle s'y sent d'autant plus portée, que « du haut de sa gloire Elle voit dans le Verbe tout ce qui se « passe ici-bas. D'où il suit qu'Elle peut encore mieux prier pour « nous au ciel que sur la terre, parce que sur la terre Elle ne « connaissait pas toutes nos misères, et que, celles qu'Elle con- « naissait, Elle ne les considérait pas toujours comme Elle les

(1) Et crediderunt in Eum discipuli eius. (S. Ioan., II, 11).

(2) Petra autem erat Ohristus. (I Cor., X, 4).

(3) Cura autem eadera sit potestas Matris et Filii, ab omnipotente Filio omnipotens Mater est effecta. (Rich. a S. Laur., de laucl. B. V. M., lib. 4, c. 29, p. 170).

« contemple maintenant et pendant toute l'éternité dans le Verbe « divin.

« De plus, de la part de Dieu, il n'y a rien qui s'oppose à « ce que l'intercession de la Bienheureuse Vierge soit aussi puis- « santé au ciel que sur la terre, parce que, bien que Dieu soit « toujours très disposé à nous venir en aide, Il veut cependant « que nous Le priions (c'est la condition qu'il met à ses bien- « faits), et que la Très Sainte Vierge Le prie pour nous, afin que « par là II manifeste devantage sa gloire, que nous soyons té- « moins de la charité de Marie et que nous honorions cette « tendre Mère comme Elle le mérite. En cela, il ne saurait y « avoir injure pour le Christ, qui est seul médiateur véritable «entre Dieu et les hommes; non, c'est au contraire une gloire « pour Lui, parce que tout ce que Marie demande pour nous, « Elle le demande au nom de Jésus-Christ, et tout ce qu'Elle « obtient, Elle ne l'obtient que par Lui et à cause de ses mérites « infinis. Ainsi, bien loin que la gloire du Christ soit obscurcie « par l'efficace intercession de Marie, Elle n'en brille, au con- « traire, que d'un plus vif éclat, parce que toute l'efficacité des « prières de cette auguste Vierge repose uniquement sur Lui (1). »

Au reste, entre Jésus-Christ et Marie, bien qu'ils soient l'un et l'autre au ciel, il y a toujours les mêmes relations de Fils et de Mère. La mort n'a rien détruit. « La Maternité dans Marie et « la Filiation dans le Christ durent toujours (2). »

En outre, «tes dons de Dieu sont sansve^entance. (Hebr.,VII,21). « Or , Dieu ayant une fois voulu faire de Marie la Mère de son « Fils, et Lui ayant communiqué, à cet effet, l'honneur et les « droits de la Maternité, cet ordre de choses ne change plus ; « l'état glorieux, du Sauveur n'y fait pas obstacle: au ciel, comme « sur la terre, le droit maternel subsiste, et par conséquent son « pouvoir demeure ! De là toutes ces magnifiques appellations que

(1) Suarez, in 3 p., disput 23, sect. 2, n. 4, t. 19, p. 334, édit. Vives.

(2) Maternita* et liliatio in Virgine et Chi\sto semper durant. (Suarez, ibid., dissert. 12, sect. 3, n. 3, p. 208).

— Dicendum vero est primo, B. Virginem pro nobis in coelo oran1 ac intercedere. Est de fide ex commuai sensu Ecclesiae, et traditione. (Suarez, ibid., disp. 23, sect. 2, n. 3, p. 332).

— Caro Christi, quamvis gloria resurrectionis fuerit magnillcata, eadem tamen mansit, quae suscepta est de Maria. (Tract, de Assvmpt. Vtrg., c. 5, auctoris incerti. in append. S. Aua., t. 6, p. 1145).

« Lui on1 décernées la reconnaissance et la piété des siècles. Elle « est la Dispensatrice de tous les biens, V Inventrice de la grâce, « le port le plus sûr des naufragés ; Elle est la Mère de la vraie « Miséricorde, etc., etc. Nous n'en finirions pas, si nous voulions « énumérer tous les titres que lui donnent les Docteurs et les « Saints.

« Or, je le demande, que veulent dire toutes ces" expressions, « sinon que Marie peut parler en Mère, et qu'elle sera toujours « xaucée (1). »

Ecoutons saint Bernard: «Depuis qu'Elle est montée aux « cieux, l'auguste Vierge ne cesse de combler les hommes de ses « dons. Qui pourrait en douter? car ce n'est ni le pouvoir ni la « volonté qui Lui manquent (2) »

« Voulez-vous avoir un avocat auprès de Jésus? Recourez à « Marie, Elle ne peut essuyer un refus. Je le dis sans hésiter, en « considération de sa dignité, le Fils exaucera la Mère, et le Père « exaucera le Fils (3). »

« Il est impossible qu'il en soit autrement , s'écrie saint <■< Germain de Constantinople, puisque Dieu lui témoigne une si « grande déférence à cause de sa Maternité divine (4). »

« Tous les autres Saints et les Anges, dit à son tour Richard « de Saint-Laurent, peuvent bien supplier le Christ et être exau- « ces de Dieu : mais la Vierge seule, en vertu de son autorité « maternelle, peut, Jésus étant son Fils, le prier avec efficacité; « c'est pourquoi nous devons nous adresser à Elle avec confiance; « et voilà pourquoi nous lui disons: Montrez que vous êtes

(1) Mandement de Mgr de la Tour d'Auvergne, archevêque de Bourges, pour le couronnement de Notre-Dame du Sacré-Cœur, septembre 1869.

— Recordare, Virgo Mater Dei, dum steteris in conspectu Domini, ut loquaris

ibis bona, et ut avertat indignationem suam a nobis. (Festum septem dolorum

B. M. Virg., in Miss a).

(2) Ascendens ergo in altura virgo beata, dabit ipsa quoque dona hominibus. Quidni daret? Siquidem nec facilitas ei déesse poterit, nec voluntas (Serm. I. Assumpt. B. M. V., n. 2).

(3) Advocatum liabere vis et ad Ipsum? Ad Mariam recurre. Nec dubium dixerim: exaudietur et Ipsa pro reverentia sua. Exaudiet inique Matrem Filius, et exaudiet Pilium Pater... Quid enim? Potestne Filius aut repellere, aut sustinere vm pulsam; non audire, aut non audiri Filius potest? Neutrum i lasie. « Invenisti, ait Angélus, grstiam apud Deum. » Féliciter. Semper Haec inveniel gratiam, et sola est gratia qua egemus. (Id., serm. îfativ. B.M., n. 7).

l4) Non enim potes non exaudiri, cum Deus, ut verae ac iutemeratae Matri suae, quoad omnia, et per omnia, et in omnibus, morem gerat. (S. Gek.m. Const., serm. 2, in Dormit. Delp., p. 351, éd. Migne).

« Mère; c'est comme si nous Lui faisions entendre ces paroles: « 0 Marie, intercédez pour nous auprès de votre Fils, avec toute « l'autorité qu'il vous reconnaît (1). »

L'Église tout entière croit, avec saint Pierre Damien, que tous les trésors de la miséricorde sont entre les mains de Marie (2). Mais, où les a-t-elle puisés? Dans le Cœur de Jésus, qui en est la source, et que l'Apôtre appelle le trône de la grâce. (Héb., IV, 10). Elle-même étant le Trésor de Dieu, dit saint Bernard, le Cœur de Dieu est partout où Elle se trouve, voilà pourquoi Il Lui est toujours ouvert (3).

« O Vierge bénie, s'écrie saint Pierre Damien dans un saint « enthousiasme, le Tout-Puissant a fait en Vous de grandes cho- « ses ; il Vous a donné tout pouvoir au ciel et sur la terre, et « rien ne Vous est impossible, puisque Vous pouvez ramena l'espé- « rance de la béatitude dans les âmes désespérées. Comment en « effet celui qui a pris naissance dans Votre sein pourra-t-il s'op- « poser à Votre puissance? Approchez- Vous donc sans crainte de « cet autel de la réconciliation humaine, non-seulement pour prier, « mais pour commander, non pas comme une servante, mais com- « me une Souveraine (4). »

Et saint Bernardin de Sienne, que dit-il? Écoutons: «Marie, « s'il est permis de le dire, est non-seulement établie souveraine « de toute créature, mais encore du Créateur lui-même (5). Com-

(1) Cum omnes alii Sancti et Angeli possunt Christo supplieare et a T)eo exaudiri , Ipsa sola materna auctoritate potest Ei ut Filio imperare. Ideo sic oramus Eam: Monstra Te esse Matrem, quasi diceretur Ei: Imperiosa et materna auctoritate supplicapro nobis Filio tuo. (Rie. a S. Laurent., de Laud.B.M. V., lib. 3, cil, p. 94).

(2) In manibus tuis sunt thesauri miserationum Domini. (S. P. Dam., serm. 1, in Nativ. B. M. V., p. 740, t. 1, éd. Migne).

(3) Annou Thésaurus Dei Maria? Ubicumque illa est, et Cor eius. (S. Bern.. in Annunt. B. M., serm. 3, n. 7, t. 2, p. 369, éd. Migne).

(4) Fecit tibi magna qui potens est, et data est tibi omnis polestas in coelo et in terra, et nihil tibi impossibile est desperatos in spem beatitudinis revelare. Quomodo enim illa potestas potentiae tuae poterit obviare, quae de carne tua, carnis suscepit originem? Accedis enim ad illud aureum reconciliationis lmmanae aitare non solum rogans, sed etiam imperans; DOMINA, non ancilla. (S. Petrus Bamianus, serm. 1, in Nativ. B. M. T'., cité par Suar.ez, t. 19, p. 333, éd. Vives).

Ce grand s. mit, comme tous ceux qui ont employé de semblables exprèspions, m' veut pas évidemment parler ici d'une souveraineté absolue, ma s bien le sens de cette efficacité d'intercession concédée par Dieu lui-même. « C'est

tout simplement pour nous faire mieux comprendre, dit Suarez, la grand

(les prières de Marie. » Quod enim per metaphoram dictum est ad exaggerandam efftcaciam intercessionis Virginis, non est proprie usurpandum. (Suarez, in 3 p., disp. 23, sect. 2, n. 3, t. 19, p. 333, ''dit. Vives).

« me tous les êtres, Elle est soumise à Dieu, mais Dieu à son « tour s'est mis sous sa dépendance (1). »

A tous ces témoignages si imposants, joignons encore celui de l'illustre Saint que nous venons de citer:

« 0 grandeur ineffable de la Vierge Marie! s'écrie ce grand « Docteur, ô incompréhensible profondeur des mystères de Dieu! « une Femme juive est entrée triomphalement dans le palais du « Monarque éternel. Je ne sais par quels charmes elle a Messe « et ravi son Cœur ; » « aussi tout, jusqu'à DIEU, lui est sou- « mis (2). » « Et dès lors, ajoute saint Bernard, qui est plus di- « gne que Vous, ô Marie, de parler pour nous au Cœur de Notre « Seigneur Jésus-Christ? Vous lui parlerez, ô Souveraine, car « Votre Fils Vous écoute, et tout ce que Vous lui demanderez, « Vous l'obtiendrez (3). »

En vérité, est-il possible de faire ressortir avec plus de force et d'éclat la grandeur du pouvoir de Marie sur le Cœur de son Fils?

D'ailleurs, n'est-ce pas ce que veut nous faire entendre l'Église, lorsqu'elle applique à la Très Sainte Vierge cette parole de nos Livres sacrés? «Vous avez blessé mon Cœur, ô ma Sœur, ô mon Épouse-, Vous avez blessé mon Cœur (4)! » C'est-à-dire Vous me l'avez enlevé: Abstulisti; Vous me l'avez arraché: Excordasti; vous l'avez enfermé dans le vôtre et rendu captif: In Corde tuo conclusisti et captivasti (5). Ainsi l'expliquent les meilleurs com-

(1) Immo, si fas est dicere, non tantum facta est Domina omnis creaturae. verum etiam ipsius Creatoris, sicut scriptum est: « Et erat subditvs illis. » Proind» haec est vera: Deo subdita est omnis creatura et Deus. (S. Bernardin. Sen., Pro Fest. V. M., s. 3, art. 1, c. 1, de glorioso Nomine V. M.).

— Regina Creatoris. (Alb. Mao., sup. Mis., c. 200).

— Domina misericordiae et gratiae. (S. Ans. de excell. V. M., c. 12).

— Humanissima Mater benigni et misericordis Dei; misericors et bona; boni ac miserentis autrix Virgo Domina. (S. Epiirem. , orat. vil, ad Deiparam, graecolat., t. 3, p. 541, éd. Assemani).

(2) O incogitabilis virtus Virginis Matris! O incomprehensibilis altitudo mysteriorum Dei! Una mulier Hebraea fecit invasionem in dorao Régis aeterni; una puella, nescio quibus blanditiis... vulneravtt et rapuit divinum Cor! (S. Bern. sen.. Pro Fest. V. M., s. 5, art. 1, c. 4, de Nativ. B. M.).

Imperto Virginis omnia famulantur et Deus. (Id., ibid. , c. 6). • (3) Quis tam idoneus, ut loquatur ad Cor Dora ni Nostri Jesu Christi, ut Tu, fV'lix Maria? Loquere, Domina, quia audit Filius tuus, et quaecumque petieris, impetrabts. (S. Bern., serm de Paneg. Virg., n. 7, t. 3, p. 1014, éd. Migne).

(4) Vulnerasti Cor meum,soror mea,sponsa;vulnerastiCor meum.(r«»f.,fV,l'.')

(5) Pro vulnerasti, hebraice est excordasti, id est: « Cor mihi abstulisti. »

— Alii vertunt: « Incordiasti me, » id est, ut ait Nyssenus: «Cor meum mihi

mentateurs. Et Isidore de Saint-Michel., dans son magnifique ouvrage sur la génération temporelle du Christ, nous dit ces paroles remarquables: « Seule, Marie, par l'attrait de sa virginité « sacrée, par la parure splendide de toutes ses vertus, par la force « irrésistible de son incomparable humilité et sa profonde obéis- « sance, attira à Elle le vrai Samson, c'est-à-dire le Verbe divin. « Epris de tant de beauté et fasciné par le charme séduisant de « ses prières, Il Lui livra les secrets de son Cœur (1). » C'est aussi la pensée de saint Antonin (2).

Oui, ô Marie! Vous possédez les secrets du Cœur de Jésus! Vous avez la clef de tous ses mystères ! Vous connaissez tous les desseins de sa miséricorde, et son amour immense pour les hommes; Vous tenez entre vos mains tous ses trésors; Vous pouvez les distribuer à qui bon Vous semble, ramener à la vie de la grâce ceux qui sont dans la mort du péché, sécher les larmes de ceux qui pleurent, relever les espérances déçues, et donner le ciel à ceux qui l'ont perdu (3).

Résumant donc ce qui précède, nous répétons avec l'auguste Pie IX : « L'Eglise et la société n'ont d'espérance que dans le « Cœur de Jésus. C'est lui qui guérira tous nos maux (4). »

Nous le répétons aussi: ce Cœur sacré ne nous guérira pas sans la coopération de la Très Sainte Vierge; d'après le senti-

eripuisti, et in Corde tuo conclusisti et oaptivasti. » (Corn, a Lap., in Cant. cant., IV, 19, t. 8, p. 63 et 67, éd. Vives).

(1) Sola Maria... pulchritudine sacratae virginitatis, virtutum omnium fulta radianti splendore, et vallo septa profundissimae humilitatis et obedientiae, ad se traxit fortissimum Samson, qui fascinatus tanta speciositate, orationumque incantatione, tradidit Ei custodiendum secrétum Cordis, divinum Verbum. {De temporali générât. Christi ab Isidoro a S. Michaele, c. 7, n. 36, in fol. 1704, p. 178).

(2) Contra ipsum Deuin foitis fuit (Maria), quia Deum de cœlis ad terram vinculis carnis ligatum, et charitate vulneratum, in gremio uteri sui, beatissimae virginitatis carcere captivavit. (S. Antontn. Florent., Biblioth. Virp., t. 2, p. 679).

(3) Tu nostrum unicum remedium, subsidium etasylum. (S. Tiiom. a Villanov., de .Xatlv. V. M., conc. 3, p. 571).

— Portusnaufragantium, auxilium destitutorum, et unicaadjutrix.(S.EPHREM., sera, de Laud. B. V. M., graeco-lat., t. 3, p. 575, éd. Assemani).

(4) Audience du 10 septembre 1860.

ment unanime des Pères, Dieu n'accorde aucune grâce aux hommes sans la faire passer par les mains de Marie (1).

Puisque Marie, par un privilège incomparable, possède la clef du Cœur de son Fils, de ce Cœur qui est la source intarissable de toutes les grâces, et qu'Elle peut ouvrir à son gré pour répandre sur le monde tous les trésors d'amour et de miséricorde, de lumière et de salut qu'il renferme, il nous est donc permis, pour exprimer son intercession auprès du Cœur de Jésus en notre faveur, de la nommer Notre-Dame du Sacré-Cœur, et de nous adresser à Elle, sous ce nouveau Titre, avec une confiance sans bornes, dans les moments les plus difliciles, dans les besoins les plus pressants et les causes les plus désespérées.

Pour confirmer encore cette doctrine si consolante, nous allons emprunter à la Bienheureuse Marguerite-Marie le récit authentique d'une vision dont nous avons dit un mot dans le chapitre précédent.

« Un jour de la Visitation, dit notre Sainte, étant devant le « saint Sacrement, où je demandais à mon Dieu quelque grâce « particulière pour notre Institut, je trouvais cette divine Bonté « inflexible à ma prière, me disant ces paroles:

« Ne m'en parle plus, elles font la sourde oreille à ma voix, « et détruisent le fondement de l'édifice. Si l'on pense de Véleveï .« sur un étranger, je le renverserai. — Mais la Très Sainte Vier- « ge, prenant nos intérêts auprès de son divin Fils courroucé, parut « accompagnée d'une multitude d'esprits bienheureux, qui Lui « rendaient mille honneurs et louanges. Et se prosternant devant « Lui, avec ces tendres paroles: Déchargez sur moi votre juste « courroux, ce sont les Allés de mon Cœur, je leur serai un man- « teau de protection qui recevra les coups que vous leur don- « nerez.

« Alors ce divin Sauveur, prenant un visage doux et serein, « Lui dit: « Ma Mère, vous avez tout pouvoir de leur départir « mes grâces comme il vous plaira. Je suis prêt, pour l'amour « de vous, de souffrir l'abus qu'elles en font (2). »

(1) Xihil nos Deus habere voluit, quod per Mariae manns non transiret. ;\. serm. 3, tn Vigil. Nativit. Domini, a. 10).

(2) Vie de la B. M.-M. Alacoque, écrite par ses Contemporaines, t. 1, p. 294, édit. 2.

0 MARIE! nous pouvons bien aussi vous appeler NOTRE- DAME des DESESPÉRÉS (1); priez donc pour nous le Cœur de Jésus qui ne sait rien Vous refuser.

(1) UNICA SPES DESPERANTIUM. (S.Ephrem., orat. ad Delp., graecolatine, t. 3, p. 577, éd. Asseraani).

— Nullus est adeo maledictus, qui, quamdiu vivit, careat mirencordia m.ea.

(S brio., Revel., lib. 6, c. 10). .

— Nil Tibi impossibile, cui possibile est desperatos in spem beatitudims relevare. Quomodo enim illa Potestas tuae potentiae poterit obviare, quae de carne tua carnis suscepit originem? (S. Pet. Dam., serin. 1, de NaUv. B. M. V., p. MO, t. 1, éd. Migne).

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