‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 41 sur 176 · SIGNIFICATION DU SAINT NOM DE MARIE · texte numérisé non relu

SIGNIFICATION DU SAINT NOM DE MARIE

Marie est Mère de Dieu; comme Mère, Elle a un immense pouvoir d'intercession auprès du Cœur de son divin Fils, nous l'avons vu. Elle est aussi Mère des hommes; c'est une conséquence de sa Maternité divine; cette dignité lui confère des droits et lui impose des devoirs. Ces droits et ces devoirs, dans le sens indiqué plus haut (1), sont éminemment renfermés dans le titre de Xotre-Danie du Sacré-Cœur, nous l'avons démontré.

Ce que nous voudrions prouver maintenant, c'est que le nom de Marie signifie tout ce que nous venons d'établir.

D'après saint Thomas, « un nom est une sorte de définition abrégée; il doit exprimer la nature de l'être qu'il désigne, ou tout au moins répondre à ses propriétés (2). » C'est ainsi qu'Adam, instruit par Dieu, donna à chacun des animaux le nom qui lui convient, « son vrai nom, » ajoute l'Esprit-Saint (3), c'est-à-dire le nom qui exprime vraiment sa nature.

ADAM, par exemple, signifie: Tiré de la terre; EVE, Mère des vivants-, NOÉ, cessation ou apaisement ; ABRAHAM, Père des croyants ou de la multitude; JOSUÉ, Libérateur, etc. , etc.

Dans la nouvelle Loi, Simon devient PIERRE, parce que sur cette Pierre Dieu bâtira son Eglise (4).

(1) Voir page 210.

(2) Nomina debent proprietatibus rerum respondere. . . ratio quam signiflcat nomen, est deflnitio, quae désignât propriam rei naturam. (S. Thom., III, q. 37. a. ^*.

— NoQlina, quasi omina, rei naturam, virtutem aut proprietatem aliquam praesentem aut futuram significantia. (Corn, a Lap., in I Esdram, I, 8).

(3) Ipsum est nomen eius. (Gen., II, 19).

(4) Simon Bar-Iona... tu gs Petrus et super hanc Petram aedificabo Ecclesiam meam. (S. Mattii., XVI, 17 et 18).

Et, au dessus de tous les noms, est celui de JÉSUS. Bien compris, ce Nom divin nous dit tout ce qu'est JESUS, en luimême et pour nous. C'est un miroir où l'œil exercé contemple la grande figure du Messie avec tous les caractères de sa divinité. C'est un livre où est condensée la vie tout entière du Verbe incarné. On peut y lire ses grandeurs, la sublimité de sa mission, l'héroïsme de .son sacrifice, et l'immensité de son amour pour les hommes.

S'il en est ainsi du Fils, il doit en être de même de la Mère (1).

Peut-on supposer, en effet, que Dieu n'ait pas donné à cette divine Mère un nom choisi, préféré, le plus propre, par conséquent, à dire ce qu'Elle est?

Aussi Christophe de Castro dit-il « que le Nom de Marie fut apporté du Ciel et révélé à ses parents (2). » Et saint Antonin affirme « que le jour où Elle naquit, son Père et sa Mère Lui donnèrent le NOM DE MARIE pour se conformer à une révélation (3). »

Opinion que, sans doute, on ne peut établir sur des textes évangéliques, mais que Benoît XIV cependant ne veut pas contredire (4).

Quel est donc le sens de ce Nom mystérieux que saint Pierre Chrysologue appelle une sorte de prophétie: Nomen hoc propïietiae (jermanum est (5), et que saint Pierre Damien dit avoir été tiré du trésor de la Divinité (0) ?

Bien des sens ont été donnés à cet auguste Nom, avec plus de piété peut-être que de justesse. On peut les admettre; on doit les respecter, comme autant de titres de Marie aussi beaux que mérités; mais au point de vue étymologique, on ne saurait les considérer tous comme r-xacts.

Voici différentes interprétations qui semblent êire les plus autorisées par la critique et par la science.

(1) Ante causani, dignitas Virginis annuntiatur ex nomine. (S. Pet.Chrysolog., serm. 142. de Vira, annunciatione, p. 579, éd. Migne).

(2) Divinitus revelatum fuit parentibus nomen Mariae. (Chis.istophor.us de Castro, Hlst B. Virg., c. 2, n. 10).

(3) Die qua nata est (B. vinro) imposituiu est ei nomen Maria a parentibus secunduni angelicam revelationem. (P. Anton., Biblioth. Virg., t. 2, p. 515).

(4) Henedict. XIV, de festis D. N. 1. C. et B. Mariae, lib. 2, c. 10.

(5) S. Petr. Chrysoi.., serm. 146, p. 593, éd. Migne.

(G) Pe thesauro Divinitatis Mariae nomen evolvitur. (S. P. Dam., serai. 11, de knnuntiat. B. M. V, t. 1, p. 558, éd. Migne).

Elles résument admirablement la doctrine que nous avons établie dans les chapitres précédents.

D'abord le Nom de Marie exprime la Maternité divine, source de toutes les grandeurs de la Vierge immaculée.

En effet, d'après saint Ambroise, Marie veut dire : Dieu est de ma race, Deus ex génère meo (1). « A la vérité, ajoute le Père d'Argentan, nous ne voyons pas de quelle racine des langues hébraïque, grecque ou latine, saint Ambroise a tiré cette interprétation du Nom de Marie; mais la seule autorité d'un si saint docteur nous suffit pour la recevoir. » {Conférence du nom sacré de Marie).

Ce que le Père d'Argentan ne savait pas, Christophe de Véga nous l'apprend et prouve parfaitement la légitimité de cette interprétation.

« Saint Ambroise, dit-il, s'appuie sur la vérité la plus rigou- « reuse en donnant au Nom de Marie cette signification.

« Il le fait dériver de deux mots hébreux qui veulent dire: « Dieu a pris ma nature ou Dieu est de ma race (2). »

On le voit, ce Nom sublime étudié dans sa racine, au flambeau de la science, nous dit la Maternité divine, c'est-à-dire, le grand mystère de l'amour de Dieu pour les hommes.

0 Dieu, que vous êtes adorable dans vos œuvres!

Depuis 4,000 ans les peuples sont dans l'attente. Le moment solennel est arrivé où le Soleil de justice va bientôt se lever sur le monde, pour dissiper les ténèbres qui l'enveloppent de toutes parts, mais vous le faites précéder par une douce aurore qui annonce sa venue. La grande voix des Prophètes s'est tue depuis des siècles. Tout est dans le silence. La terre gémit et appelle son Sauveur. Elle regarde le ciel pour y saisir un signe qui relève son courage, ranime ses espérances. Que voit -elle? Un nom qui

(1) Unde et spéciale Marin Domini hoc nomen invenit, quod significat: Deus ex génère meo. (S. AMbrosius, 11b. de instit. virg., c. 5, n. 33).

(2) Maria igitur juxta Ambrosium componitur ex IA1I, quod est nomen Dei, et ex MAR, quod ad radicem, HARAH, revocat, quae vox gênerai e significat: unde MA RI AH perinde erit, ac genus meum Deus, seu ut Ambrosius vertit, Deus ex génère meo. Quod quidem nomen sublime munus, ad quod evecta fuit, nempe Maternitatis Dei, iam prae se ferebat. (Ciirtstoimi. de Vega, Theol. Marian., n. 1377).

brille comme l'étoile de Jacob. Signum magnum apparuit in coelo: Mulier amicta sole. (Apoc, 12, I). Elle tressaille... Ce nom est toute une révélation pour elle; en l'étudiant, elle voit que c'est bien celui que doit porter la Mère du Rédempteur. Elle comprend dès lors que l'heure de sa délivrance est proche; Elle se livre à l'allégresse et entonne le chant du triomphe.

Quand Dieu eut créé la première femme, Il lui donna un Nom qui révèle tout le plan de sa Providence; et, quand il veut régénérer le monde par l'Incarnation de son Verbe, Il fait luire un autre nom qui dévoile tous les mystères de son amour.

0 Sagesse éternelle! Je Vous bénis; je Vous adore! Quelle harmonie sublime ! Quelle délicatesse infinie j'admire dans vos conceptions, dans l'accomplissement de vos desseins!

L'auguste Vierge n'est pas seulement Mère de Dieu, ce que signifie son nom; Elle est aussi Souveraine (1): c'est ce que veut dire encore le nom de MARIE.

D'après Richard de Saint-Laurent, Marie signifie précisément Dame, Maîtresse ou Souveraine (2) et tel pst le sens le plus incontestable de ce nom (3).

La vraie étymologie du nom de Marie, dit à son tour Corneille de la Pierre, c'est qu'il signifie Souveraine, Maîtresse et Princesse; et il cite à l'appui l'autorité de saint Epiphane, de saint Jean Damascène, de saint Eucher, de saint Pierre Chrysologue et du vénérable Bède (4).

(1) Qui ex Virgine natus est, rex est, et ipse Dominus Deus. Eiusque gratia, quae ipsum genuit, Regina. Domina est Deipara proprie ac vere praedicatur. (S. Athan., serrao in 'Annunt. Deip., n. 13, t. 4, p. 938).

(2) Roganda est igitur assidue Maria, ut nomen suum, quod est Domina, interprotetur in nobis. (Rie. a S. Laur., de laud. B. M. V., lib. 1, c. 2, p. 9. - Chrïstoph. de Vega, Theol. Marian., a. 13*37).

(3) Voir les études de M. l'abbé Daniel sur le nom de Marie. Univers du 23 juin 1878.

(4) Hanc esse veram etymologiam nominis Maria, ut Dominant signifient, patet ex eo quod ita nomen Maria interpretatlir Epiplianius, Damascenns, Eucherius, Chrysologus, neda. (Corn, a I,ai\, in Eœo'l., XV, 20).

Maria, id est Domina, Magistra et Princeps. (Corn, a I.Ar., com. in Eccli., XXIV. 12).

— Raque gratia (nam hoc sonat Annae vocabulum), Dominant) parit (Id enim

Pour appujrer son assertion sur des preuves irréfutables, il décompose le mot, comme on peut le voir dans la note au bas de la page. Puis il en examine chaque partie dans sa racine hébraïque, et démontre qu'il renferme les titres que nous venons d'exprimer (1).

Chose admirable! le sens du nom de Marie, si plein de mystères, avait été pressenti et annoncé avant l'Incarnation par le Rabbin Haccados, si célèbre par sa science et sa vertu. La Mère du Messie, disait-il, se nommera MAITRESSE (2).

Et cette auguste Maîtresse à laquelle le Verbe incarné a bien voulu se soumettre, par condescendance, nous l'appelons Notre- Dame du Sacré-Cœur.

Ce nom béni, qui nous dit de si grandes choses, doit avoir encore de nouvelles révélations à nous faire. Descendons dans ses profondeurs, nous allons y découvrir de nouveaux trésors. Il va nous donner la clef de tous ces mystères de grandeur et d'amour qui s'y trouvent renfermés, en nous disant que c'est pour le Corps mystique du Christ, c'est-à-dire pour les élus du Seigneur (S), qu'un si grand pouvoir est conféré à la Vierge immaculée.

nomme significatur). (S. Ioan. Damasc, de flcle orthodocca , lib. 4, c 14, /" Brev. Rom., in fe&to Praes. B. M. V-, 21 nov.).

— Et dans le arec il n'y a pas seulement Souveraine, Dominant, mais avec l'article, la Souveraine, tèn Kvrian, c'est-à-dire la Souveraine par excellence.

— Maria graece Kuria, id est, Domina. (Orig., Lex. nom. haeb., inter opéra

S. ÏI'EROXYM., t. 3, p. 1101).

— Sciendum quod Maria, sermone syro, Domina nuncupetur. (S. Hieron., lib. de nom. haeb., t. 3, p. 842).

— Maria, sermone syro Domina. (S. Euciier, instruct. ad Satonium, lib. 2, c. 1, p. 813).

— Maria, hebraeo sermone, latine Domina nuncupatur. (S. Chrysol., serm. 142, 'h- Virg. Annunciatione, p. 579).

Maria, syriace Domina vocatur. ( v. Beda, exposit. in Luc, 1. 1, t. 3, p. 310).

— S. ansel., de excell. Virg., c. 9.

— s. A'J'iian., in Annunt. Deip., n. 13, t. 4, p. 938.

s Grbg. Naz., de Christo patiente, v. 639, i. 4. p. 187.

(1) Maria, id est Domina, Magistra et Princeps: MORE enim est Dominus. Magister, Princeps, a radice Iara, id est, docuit, direxit. (Cornel. a Lap., in

s., XXIV. 12)

— Voir à la fin de ce chapitre les Eclaircissements sur l'interprétation du saint Nom do Marie.

(2) ]'.. Haccados, doctrine et sanctitate celeberrimus, ante Christum uebraeorum doctor, Mes^iae Matrem (scilicet B. Mariam) Domina»! uuncupandam praedixit. (Cornel. a Lap., "' Exod.. XV, 20).

— Ipsam primam creaturarum et primum hominem appellat. (Id., ibid ).

(3) Omnia propter electos. (II TiM., II, 10).

En effet, pour qui cette merveilleuse puissance d'intercession que Jésus donne à Marie sur son divin Cœur et que symbolise si bien son Nom? Nous l'avons dit, uniquement pour les hommes, dont Elle est la Mère. Oui, c'est pour nous qu'Elle l'a îvçue; c'est pour nous sauver des périls sans nombre, qui font si justement comparer le monde à une mer orageuse et féconde en naufrages. Marie doit donc régner encore en Souveraine sur cette mer pour en calmer les flots, en apaiser les tempêtes et nous tirer de ses abîmes, si non-; avions eu le malheur d'y tomber. Eh bien! ce sens, dit le savant Corneille de Lapierre, est aussi renfermé dans le NOM de Mari*1 qui. d'après sa racine hébraïque, veut dire également Maîtresse de la mer, Domina maris (1).

Ce n'est pas tout. Satan est acharné à notre perte; il met tout en œuvre pour nous séduire et nous entraîner dans sa ruine. Pour y parvenir, il prend toutes les formes, il emploie tous les moyens. Comme un lion rugissant, il rôde sans cesse autour de nous et cherche à nous décorer (2). Et pour atteindre son but, il a demandé à nous cribler comme on crible du froment (3), c'est-à-dire à exercer contre nous toute sa rage, afin de nous perdre et de nous jeter, comme un mauvais grain ou comme une paille légère, dans le> flammes éternelles. Ce pouvoir de chercher à nous nuire lui a été donné, nous le voyons au livre de Job (4) et surtout dans l'Evangile. Il tient donc continuellement le crible entre ses mains; et Dieu sait avec quelle violence il l'agite! Tous, nous y sommes jetés plus ou moins. Mais ayons confiance! Celle qui est la Mère des Elus et qui a une si grande puissance de

(1) Nomen Maria compositum est ex MORA. id est, Magistra et Dùtninaiei ÏAM, id est, maris. (Corx. a Lap., in Exod., XV, 20).

(2) I Pet., v, 8.

(3) Ecce Satanas expetivit vos ut cribraret sicnt triticum. ^S. Luc, XXII, 31).

(4) Ecce universa quae habet, in manu tua sunt. (Iob., I, 12).

— Quia acceptus eras Peo, necesse tuit ut tentatio probaret te. (Tob., XII, 13).

suppliration sur le Cœur de Jésus, est par cela même Souveraine de ce crible, Domina cribri; c'est-à-dire qu'Elle commande en Maîtresse à Satan. Elle lui dit ce que le Seigneur lui disait autrefois, au sujet de son serviteur Job: Je te défends de nuire à l'âme de mes enfants (l).

Eh bien! ce pouvoir immense de Marie sur toutes les puissances de l'Enfer, en faveur des Prédestinés, est encore renfermé dans son NOM, nous dit Christophe de Véga, dans son magnifique ouvrage: La Théologie de Marie (2).

Quel respect ne devons-nous pas avoir pour le NOM sacré de notre Mère ! Il doit exciter en nous autant d'admiration que de confiance !

Ainsi, nous l'avons vu. le titre de Notre-Dame du Sacré- Cœur, ou, si nous l'aimons mieux, la dévotion qui s'y rattache a son germe dans la Maternité divine, son développement dans ses illustres prérogatives, sa raison d'être dans notre filiation au pied de la croix, et sa justification dans le NOM même de MARIE, qui est à lui seul le résumé le plus complet de toutes les gloires de l'auguste Vierge.

Eclaircissements sur l'interprétation du saint yom de Marie.

L'étymologie du Nom de la Sainte-Vierge, qui a été donnée universellement par les Pères orientaux et mentionnée aussi par les écrivains occidentaux, lesquels l'ont, pour la plupart, adoptée sans en exclure d'autres, dit M. l'abbé Daniel, est celle de Souveraine, Maîtresse, Dame, DOMINA.

. . . Un des mots les plus usités dans la langue syriaque est le mot morê, morô, morio, qui signifie Dominus; « notissimum tt frequentissimum Syris vocabulum ».

(1) Veruntamen animam illius serva. (Ioe., II, 6).

(2) Ex syriacis thematibus nomen Mariae, Domina, a cribri significat... Apud Amos: Ecc<3 ego mandabo, et concntiam in omnibus gentibus domum Israël, sicut concutitur triticum in crtbro. In quae verba D. Hieronymus arbitratur per cribrum adumbrari eo loco Dei praedestinationem et reprobationem; cuius cribri Maria Domina merito vocar; potest; vel quia terventior in Mariam amor ac cultus, inter principalia praedestinationis signa a Patribus recenseri soleat; vel quia per mérita Mariana congrua, post Christi mérita, omnium iustorum ad gloriam adscriptio peracta fuit. (Cil. de Veoa, Theol. Marian., n. 1376).

dit Michaelis. Là oïl les Syriens mettent la voyelle o, les Hébreux mettent la voyelle a.

... La forme masculine, mor, mar, a donc incontestablement, en araméen, dans la langue qu'on parlait en Palestine du temps de Notre-Seigneur, le sens de « Maître, Seigneur y. Cette appellation est donnée à Notre-Seigneur lui-même par saint Paul (I Cor., XVI, 22): Mar an atha, ce qui signifie: Xotre-Seigneur ou Jésus- Christ est venu. Maran est le mot mor avec la voyelle a, conformément à la prononciation juivie, suivie du suffixe ou de l'adjectif possessif de la première personne du pluriel, an, notre.

Le titre de ,,mr est donné, dans les livres syriaques, non-seulement aux vivants dont on veut parler avec honneur, mais aussi aux morts, et en particulier aux saints. C'est ainsi que l'on dit Mor Ephrern, comme nous disons saint Ephrem. Quand on parle des rois, au lieu de dire mor, seigneur, on dit moran, notre Seigneur. On voit que c'est ce titre royal que saint Paul a donné à Jésus-Christ, et il y a tout lieu de croire qu'en s'exprimant ainsi il s'est servi simplement de l'expression usitée dans les églises de Palestine et de Syrie pour désigner le divin Maître.

Les premiers chrétiens de langue araméenne ayant l'habitude d'appeler Jésus- Christ Mar mi, comme nous l'appelons nous-même Xotre-Seigneur, qui n'est que la traduction de ce nom, on conçoit sans peine qu'ils aient remarqué de bonne heure que le nom de sa Mère venait de la même racine que ce mot de Maran. De là l'interprétation de Maria Domina dans toute l'Eglise orientale et par les Pérès de cette Eglise, et saint Jérôme dans l'Eglise occidentale.

Cependant si le sens de seigneur est certain pour mar, il n'en est pas toul à far de même de celui de souveraine pour Mariam. La forme féminine de mar est Martha, dans la langue araméenne. C'est le nom que porte la sœur de Lazare que nous fait connaître l'Evangile. Tous les orientalistes- admettent que le nom de Marthe signifie maîtresse, souveraine.

Mais la forme Mariam ne peut-elle pas être une autre forme féminine, irréguliére ou archaïque, ou plutôt hébraïque, de mar? On ne saurait, assurément, établir le contraire. Il est vrai qu'il est plus naturel de chercher l'étymologie d'un nom porté déjà par la sœur de Moïse, dans la langue hébraïque, que dans la langue syriaque, et qu'on ne trouve en hébreu aucune racine mar ayant le sen< de commander, mais on n'en trouve pas davantage en syriaque, où mar est isolé et ? seulement des dérivés, sans qu'on puisse lui assigner à lui-même une racine certaine.

On peut alléguer encore une autre difficulté contre l'étymologie que nous étudions: c'est la terminaison am de Mariam. Cette dernière difficulté, qui a pourtant été faite assez souvent, n'est pas sérieuse. Les meilleurs des grammairiens et les plus habiles lexicographes s'accordent à admettre que la syllabe am est une finale qui s'ajoute aux substantifs propres, de même qu'aux substantifs communs, comme une sorte de lettre servile. Il n'est pas aisé de déterminer l'origine et la valeur de cet appendice, mais le fait n'en demeure pas moins établi et constaté par maints exemples.

Ainsi Zétam, I Par.. XXIII, 8. Comparez Zétam, I Par., VIII, 10; Etam, I Par., IV, 32, 33; II Par., XI, 6: Onam, Gen., XXXVI, 23; Ulam, I Par., VII. 46; Schouhham, Num., XXVI, 42; Gœtham, Gen., XXXVI, 11; Balaam, Num., XXII, 15, etc., etc. Qu'on appelle donc la désinence am intensive, comme l'a fait Miller, ou simplement formative comme Genesius, peu importe; il nous reste comme élément essentiel du nom de Marie, Mar dans le sens de maîtresse^ souveraine. S'il n'a pas la terminaison féminine de l'araméen, c'est qu'il ne vient pas de l'araméen, mais de l'hébreu: Martha est la forme syriaque; Mariam, la forme hébraïque que nous trouvons dans la Bible, dés le temps de Moïse, désignant la sœur du législateur lireux C'est donc là, de toutes les étymologies du nom de Marie, celle qui nous paraît la plus vraisemblable et la mieux fondée. Elle n'est pas la moins belle. Lu signification en est la même que celle de Sara. « la princesse, la reine».

Dieu a voulu que la mère des chrétiens eût un nom semblable par le sens à celui de la mère du peuple juif, la mère d'Isaac, l'épouse d'Abraham.

0 Imperatrix coelitum,

Maria, lux terrigenum,

Esihere pulchra pulchrior,

Iuditha forti fortior,

Rebecca miti mitior,

Kachele cara carior,

Quo te celebrem nomine,

0 Virgo plena numine?. .

Tu... Regina es. [Hymne ancienne).

L'abbé M. Daniel.

P. -S. — Nous avons la preuve que le mot mar, mor, raoran, mara, dans le sens de maître, seigneur^ était connu, en Egypte, du temps de Moïse, des Egyptiens eux-mêmes.

Dans un papyrus, où le scribe IIuï raconte le voyage du Mohar, en Palestine et en Syrie, du temps de Ramsés II, l'auteur donne au Mohar le titre de Mariana. Tous les «'gyptologues s'accordent à reconnaître que ce titre est sémitique et signifie maître, seigneur. Il n'y a pas d'ailleurs de doute possible sur sa signification, parce que le groupe hiéroglyphique qui exprime le mot marina est suivi du signe qui marque l'idée de seigneur, chef, celui qui commande, l'homme armé du bâton de commandement. Ce mot de marina se lit deux fois dans ce papyrus, page 23, ligne 3. et page 27, ligne 9. on le lit aussi dans le papyrus Ilarris, au pluriel et ément pour désigner des chefs des Aperious ou Hébreux, ce qui nous montre de plus combien ce mot était familier aux Hébreux comme aux Egyptiens. Rien donc d'étonnant qu'on ait donné le nom de Mariam à la sœur de Moïse, dans le sens que constatent les monuments égyptiens, celui de maîtresse, souveraine. (Etudes de m. l'abbé Daniel sur le nom de Marie).

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