CONVENANCE ET OPPORTUNITÉ DE LA DÉVOTION A NOTRE-DAME DU SACRÉ-CŒUR
« Le monde moderne, qui n'a plus l'Eglise pour point d'appui, «est arrivé au dernier degré de maturité pour la mort; il porte « en lui un germe évident de dissolution générale; et, à moins « qu'il ne se convertisse, et qu'ainsi ne s'opère une grande réno- « vation religieuse, nous touchons à la fin des temps. »
Ces paroles sont de Donoso Cortès ; Joseph de Maistre et beaucoup d'autres pensent de même.
Jamais peut-être Jésus-Christ, l'Église, la Religion, la justice et le droit n'ont été plus universellement outragés qu'aujourd'hui. Notre siècle est le siècle des grandes audaces. Le blasphème se trouve sur toutes les lèvres, même de l'enfance. La violation du dimanche est une habitude dont on ne rougit plus, l'impiété est à l'ordre du jour. Elle s'étale partout avec un cynisme effrayant. L'entendez-vous s'écrier: Dieu, c'est le mail la 'propriété, c'est le vol! Jésus-Christ n'est qu'un imposteur ; le Pape, un conspirateur; le Prêtre, un charlatan; l'homme, un singe perfectionné. Le Christianisme est un ennemi qu'il faut combattre à outrance; la morale évangéligue , un poison dont on doit préserver les peuples; le mariage, une entrave ou plutôt une tyrannie; le crucifix, un objet odieux qu'il faut enlever; Mme une chimère; le Ciel un préjugé; et V enfer, un mythe.
L'impiété n'est pas toujours aussi absolue ni son libéralisme aussi radical. Elle prend des formes diverses. Son langage parfois s'adoucit; mais il n'en est pas moins dangereux. Ici elle affirme,
avec autorité, que l'homme ne doit suivre que la lumière de sa raison, qu'il est indigne de lui de croire au surnaturel, de s'incliner devant ses exigences et de se laisser guider par ses théories. Là, affectant des airs de modératiou, elle prêche la tolérance, en disant que tous les cultes ont droit au même respect et que l'homme peut impunément embrasser celui qui lui plaît ou n'en suivre aucun, si bon lui semble, car il ne relève que de sa conscience (1).
Ailleurs, revêtant les dehors du catholicisme, elle se montre libérale à l'excès. Les partisans de cette nouvelle doctrine veulent, à tout prix, concilier l'esprit moderne, avec l'esprit de l'Eglise (2). Pour atteindre ce but, ils se lancent dans la voie des concessions , même sur les questions de principes ou de droit. Sous prétexte d'un plus grand bien, ils prêchent la séparation de la société religieuse et dé la société civile (3), laissant croire que l'Eglise n'a reçu de Dieu aucune mission pour
(1) « Alius est error, quem proprium praesentis saeculi dicere non dubitamus, quique iam a multis annis, Apostolicae sententiae gladio percussus, vivax tamen semp'-r repemtur, mutatis aliquando formulis, non vero re't substantia; error scilicet LibercUismi. » Concile de la prov. de Bourges, tenu au Puy, en 1873, et présidé par Msrr de la Tour d'Auvergne. (Tit. I, c. 5, p. 77).
ce Concile, dont les décrets sont approuvés par le Saint-Siège, n'est qu'un écho fidèle des sentences pontificales contre le Libéralisme. On ne saurait donc récuser son autorité en. celte matière.
— « Aliud eiusdem erroris caput... plures tenent civilem statum non tantuni cultus etiam illegitimos tolerare posse, si id requirat misera temporum conditio; sed etiam eosdem omnes ad aequalitatem iurium admittere, iisque indiscriminatim favere.... Imo non desunt qui ad id impietatls perve/ierunt, ut statuerlnt, tanguant Societatis praesentis fun dament aie principium, legem esse atheisticam oportere. (Id. Ibid. c. 5, p. 79). Prétentions inouïes, qui ont été réprouvées de la manière la plus explicite avec les propositions 56", 77', 78" et 79e du Syllabus.
(2) « Viris enim illis si credere fas est, haec est Societatis utriusque ternporalis et spiritualis regularis conditio, ut, amico faedere coniunctae, seorsim tamen sua negotia pertractent; princepsque temporalis, etiam in regionibus catholieorum, sese a materna Ecclesiae directione omnino retrabat. Nec raro dictitant Ecclesiae bono magis adversari, quam prodesse, potestatis civilis auxilium; illud praecipue et propre unice Ecclesiae optandum, ut libertate quam maxima fruatur. quin princeps o< loquentium iniqua obstruere curet; permittendum ut Deus suam ipse causam tueatur; sinendum ut, per confiietum veri et falsi, boni et mali, verilas tandem pateat, iustitiaque victoriam reportât, ni ergo cum privata pietate se réligionem catholicam colère non raro glorventur, reginv a tamen publicum a legibus Cliristianae reyelationis solvunt; atque per logicam suorum assertorum illationem, principia, toties ab Ecclesia damnata, de libertate typographiae et cultuum, pertinaciter retinent. » (Id. lhid., p. 81).
(3) «Qui libertatem individuam hominum independentem a quoeumque principatu ita statuit, ut destruat vel in totum, vel magna ex parte, publicam auctoritatein tam civilem quam religiosam. » (Kl. Ibid., p. 77).
diriger divinement les gouvernement, et qu'alors l'Etat est délié envers elle des prétendues obligations imposées par la loi de Jésus-Christ. D'où ils concluent que le Pouvoir public doit couvrir d'une égale protection la foi et l'hérésie, la vérité et l'erreur. Ils regardent comme un droit réel la liberté de conscience, Y égalité des cultes, la liberté de la presse et la sécularisation de la politique (1). Et par une contradiction inexplicable, bien qu'ils fassent profession d'amour et de respect pour l'Eglise et son Chef, ils sont portés à s'incliner devant le Pouvoir laïque, lorsqu'il envahit les choses spirituelles, à se mettre à son service et à conseiller la soumission à ses lois iniques (2); iandis qu'ils poussent les esprits à la critique des actes pontificaux qui leur déplaisent, quelquefois même à la résistance envers le Saint- Siège. Cette dernière forme de l'erreur qui s'appelle le Libéralisme catholique « est plus funeste à l'Eglise et à la société, dit Pie IX, qu'une impiété déclarée (3). »
Cette parole tombée des lèvres du Vicaire de Jésus-Christ
(1) « Duo sunt autem capita huius erroris... Prius est illud falsissimum principium, ex quo unicuique fas est in publicum sensus opinionesque suas libère spargere, sive per locutionem, sive per typographiam. Unde multi asserere non dubitant, civilis auctoritatis esse quidem actus perturbativos ordinis publici cohibere, non vero illos praevenire, inquirendo de veritate aut falsitate sententiarum quas propugnant oratores in conventibus pubUcis, scriptoresve in ephemeridibus aliisque libellis. » (Id. Ibid. , p. 78).
Ces doctrines frappées par le Concile avaient été formellement condamnées avec les propositions 15" et 16" du Syllabus.
(2) Quantum detrimentum in Ecclesiam inférant dum tslia propugnant, ediscant ab ipso infallibili christignorum Magistro: « Hi vero periculosiores omnino « sunt et exitiosiores apertis hostibus, tnm quia, inter certos improbatorum opi- « nionum limites consistentes, speciem quandam probitatis et inculpabilis doctrinae « praeferunt, quae imprudentes alliciat conciliationis amatores, et decipiat honestos « qui apertum aversarentur errorem. » (Id., Ibid., p. 82).
Ceux qui voudraient de plus amples détails consulteront avec fruit les ouvrages de Mgr Pie et les commentaires composés sur les propositions condamnées citées ici, mais surtout les lettres, allocutions et constitutions apostoliques dont elles ont été extraites.
(3) lli vero periculosiores omnino sunt et exitiosiores apertis hostibus. (Pie IX, Bref au cercle Milanais). - « Le Libéralisme exalte outre mesure les principes de « 89, et toutes les protendues libertés qui en découlent. » (Mgr de Ségur, la 1 hommage aux jeunes-cath-lib.)
Il les aime et les patronne; on dirait qu'il a pour mission de les faire triompher. Ces principes, que la Révolution appelle droits de l'homme et du citoyen, on) été décrétés en 17 articles, dans l'Assemblée Constituante en 1889. Voici ceux qui sont particulièrement chers au Libéralisme catholique: La liberté de conscience, Vigalité des cu'tes, la liberté de la presse, la sécularisation de la politique ou la séparation de l'Eglise et de l'Etat, etc.
est pleine de vérité. En effet, que proclame le Libéralisme? La liberté du bi,;n et du mal; il prétend que l'Etat doit les couvrir d'une égale protection, sans s'occuper de distinguer de quel côté se trouve le vrai ou le faux. Appuyé sur ce principe, je puiserai en moi-même la règle de ma conduite. Ce que vous appellerez le jusie ou le bien, je le nommerai l'injuste ou le mal; ce que vous direz être la propriété, je soutiendrai que c'est le vol. Qui nous mettra d'accord, puisque vous n'avez ici-bas aucun moyen social de discerner le mensonge de la vérité? Je puis donc rejeter les lois qui me gênent ou qui ne s'accordent pas avec mes convictions ! Qui ne voit que cette théorie aboutit à la destruction, au nihilisme?
Mais, dites-vous, nous établirons un régime commun qui protégera l'ordre général. Alors vous violerez le droit que vous reconnaissez à chacun de croire, de dire, d'imprimer ce que bon lui semble et d'agir en conséquence, et vous ouvrirez la porte à toutes les restrictions de la liberté, ce que vous avez en horreur. D'après votre régime commun, protecteur de l'ordre social, vous nous direz: «Vous êtes libres en tout, parfaitement libres; mais non, prenez garde, vous ne pouvez agir contre la liberté d'autrui; vous le gênez par vos religions, vos associations; vos possessions exagérées diminuent les forces de l'Etat et troublent son équilibre. Laissez donc là votre culte, cessez vos réunions, retirez-vous de vos couvents et abandonnez vos biens à la nation. »
Ainsi au lieu de la liberté tant promise, c'est l'arbitraire, c'est la violence, c'est la loi du plus fort. Que direz-vous? .... Vous répondrez sans doute qu'il y a l'opinion publique, l'appel au suffrage universel! et que la vérité sera de son côté... C'est à l'aide de cette monstrueuse théorie qu'on a crucifié Jésus-Christ, que Pie IX a été chassé de ses états, les religieux de leurs domiciles, et que chaque jour on commet des iniquités. Non, non, le nombre ne sera jamais le droit, ni la justice, ni le bien.
Le libéralisme n'est pas moins funeste à la Religion et aux âmes qu'à la société. Grand partisan des principes de 89, il vante les droits de l'homme et proclame bien haut la liberté de conscience, bien que chaque jour il la foule aux pieds. Les catholiques libéraux font tous baptiser leurs enfants à leur naissance; ils regardent cette cérémonie comme un devoir; aucun d'eux assurément ne voudrait s'y soustraire. Eh bien, ici encore ils
manquent de logique. Pour être conséquents avec eux-mêmes, ils devraient attendre que ces enfants fussent en âge de discerner la vérité de l'erreur et les laisser libres dans leur choix. Mais non, ils violent, dès le début de la vie, leur principe favori et s'exposent à ce que plus tard leurs fils leur disent: «Pourquoi n'avez-vous pas respecté ma conscience? Vous m'avez engagé malgré moi dans une religion que je repousse aujourd'hui. Vous n'aviez pas le droit de me faire chrétien sans moi, sans me consulter; vous avez fait de moi une victime de votre fanatisme, et vous m'appellerez apostat, si je suis les lumières de ma raison, maintenant qu'elle m'éclaire. Qu'avez-vous fait de ma liberté de conscience? Vous l'avez méprisée. » Ainsi l'application des principes libéraux serait le renversement de la discipline de l'Eglise et la destruction du catholicisme. Aussi le concile du Puy appellet-il le Libéralisme un grand péril pour la foi et l'ordre social (1).
Eh bien ! aux maux que nous venons de signaler il doit y avoir un remède. Où est-il? Celui qui l'a préparé dans son infinie miséricorde a daigné le révéler aux hommes. Ce remède est le Sacré Cœur de Jésus.
Un jour, sainte Gertrude, favorisée d'une apparition de saint Jean l'Evangéliste, lui demanda pourquoi, ayant reposé sur le sein de Jésus-Christ pendant la Cène, il n'avait rien dit, pour notre instruction, des mouvements de son divin Cœur: «J'étais « chargé, répondit le Disciple bien-aimé, d'écrire pour l'Eglise « naissante la parole du Verbe incréé; mais la connaissance de « la suavité des mouvements de ce Cœur sacré a été réservée « pour les temps modernes, afin que le monde, déjà vieillissant « et languissant dans l'amour de Dieu, se réchauffe, en prêtant « l'oreille à ses battements adorables (2). »
(1) Ingens periculum fidei, aeque ac ipsi naturali ordini. (Conc. du Puy, tit. 1, c. 5, p. 78).
(2) Eloquent'a autem suavitatis pulsuum istorum reservata est moderno teinpori, ut ex talium audient'a recalescal iam senescens et amore Dei torpescens mumlus. (s. gkrtkud., legatvs divinae pietatis, lib. 4, c. I, p. 305, éd. Solesm.).
Ces temps sont arrivés: Jésus a révélé lui-même au monde la Dévotion à son divin Cœur II l'a donnée comme un remède efficace à tous nos maux, comme un dernier effort de son amour pour sauver les âmes qui se perdent, comme un moyen sûr d'apaiser la colère du Ciel et de rentrer en grâce avec Dieu, et comme une source abondante de bénédictions (1). Voici les paroles de la B. Marguerite-Marie. « Notre-Seigneur me lit con- « naître que le grand désir qu'il avait d'être parfaitement aimé «. des hommes, lui avait fait former le dessein de leur manifester « son Cœur, et de leur donner, dans ces derniers siècles, ce der- « nier effort de son amour.... « Mon divin Cœur, dit Jésus-Christ, « est si passionné d'amour, pour eux. . que ne pouvant plus con- « tenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut « qu'il les répande, et qu'il se manifeste à eux pour les enrichir « de ses précieux trésors.... qui contiennent les grâces sanctifiantes « et salutaires nécessaires pour les retirer de V abîme de per- « dilion (2). »
Or il n'y a plus de doute sur les révélations faites à la vierge de Paray-le-Monial, depuis sa béatification; mais s'il pouvait y en avoir, rassurons-nous; voici l'interprétation du grand Pontife qui a placé la servante de Dieu sur les autels: L'Eglise et la société, a dit Pie IX. dans une audience qu'il daigna donner à l'Auteur de ce livre, en septembre 1800, n'ont d'espérance que dans le Cœur de Jésus; c'est Lui qui guérira tous nos maux.
« Nous traversons des temps malheureux, s'écrie le même « Pontife, dans un document célèbre. Tout est mis en péril dans « l'ordre spirituel comme dans l'ordre temporel. Au milieu des « calamités si grandes qui pèsent sur le monde et dont nous « sommes victimes, il est absolument nécessaire que nous rani- « mions notre piété et que tous ensemble nous allions avec con- « fiance, vers le trône de la grâce, supplier Notre-Seigneur Jésus- « Christ, qui nous a rachetés de son sang divin, d'avoir pitié de « nous. Conjurons son divin Cœur, tout brûlant d'amour, de nous « protéger, de nous attirer à Lui par les liens de la plus ardente « charité, d'embraser tous les hommes du feu sacré qui le con- « sume, de leur inspirer les sentiments qui l'animent, et enfin de
(1) Vie et œuvres de la B. Marguerite-Marie, tora. 1, p. 105 et 118; t. 2. p. 325, éd. 2.
(2) M.. Lbid., i. 2. p. 379.
« les rendre agréables à Dieu par une vie pleine de bonnes œu- « vres et de mérites (1). »
« 0 l'admirable invention de la sagesse divine, s'écrie un pieux Auteur! Jésus a vu la froideur universelle des hommes à son égard, il a vu, pour ainsi dire, éteint dans le cœur de ses créatures le feu qu'il avait apporté sur la terre; par suite, le péché déborder de toute part, et les âmes se précipiter en foule à leur perte éternelle; triste accomplissement de cette prédiction: la charité de plusieurs se refroidira. Or il a voulu fondre cette glace, il a voulu ranimer le feu de son amour, afin de rappeler ainsi à la vie et au salut les malheureux qui périssaient faute d'amour. C'est pourquoi il nous a présenté son Cœur, et il l'a présenté de telle façon qu'à sa vue seule il nous fût impossible de n'être pas embrasés de son saint amour. L'aliment qui a toujours entretenu et qui entretiendra toujours la charité des fidèles, ce sont, sans contredit, les mystères de la vie du Rédempteur; mais particulièrement les tourments horribles cle sa Passion, les douleurs de sa mort, les abaissements auxquels il s'est condamné pour nous dans la divine Eucharistie, où il nous a laissé le souvenir et le renouvellement du grand sacrifice de la croix. Or, c'est là précisément tout ce qui nous est remis en mémoire, tout ce qui est proposé à notre amour dans la dévotion qui a pour objet de vénérer et de glorifier le Cœur de Jésus.
« En effet il est impossible que la vue de ce Cœur ne réveille pas en nous le sentiment, soit de l'amour de Jésus envers nous, soit de l'amour que nous devons en retour à Jésus. En voyant ce Cœur cruellement percé d'une lance, nous nous représentons naturellement la multitude des bienfaits qui nous viennent de Jésus, et le refuge assuré que nous pouvons trouver en Lui ; en le voyant entouré d'épines et surmonté d'une croix, nous comprenons, au premier coup d'œil, d'où les souffrances du Sauveur tirent leur origine et quel en est le but; en contemplant ce specta-
(1) in tant is Ecclesiae civilisque societatis calamitatibus... necesse omniuo est, ut adeamus cum fiducia ad thronum gratiae... Quocirca omnium fidelium pietatem excitare existimavimus, ut una nobiscum .. semper confugianl ad Dominuna nostrum Iesum Christum, qui redemit nos in sanguine suo, eiusque dulcissimum Cor, flagrantissimae erga nos charitatis victimam, enixe iugiterque exorent, ai amoris sni vinculis omnia ad se ipsum trahat, utque omnes hominea sanctissimo suo amore Lnflammati, secundum Cor eius ambulenl , digne Deo per omnia placentes, i i omni bono opère fructiflcantes. (Littera encycl., Quanta <->ira, die 8Deceml>. 1864).
cle dans son ensemble, nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler l'adorable Sacrement, abrégé de tous les bienfaits de Dieu, rénovation non sanglante du sacrifice sanglant et sacrement d'amour par excellence. Or, qu'il faille entendre de cette manière le double objet de la dévotion au Sacré-Cœur, c'est ce qui résulte de la révélation faite à la B. Marguerite-Marie, et, qui plus est, du sens que l'Eglise y attache (1). »
Après cela, on comprend pourquoi presque tous les évèques de la Catholicité placent leurs diocèses sous le patronage du Sacré-Cœur; pourquoi Tant de plumes savantes, tant de bouches pieuses répètent chaque jour, avec Mgr Baudry : « Que le Cœur de Jésus est la ressource providentielle 'réservée à notre temps par la bonté de Dieu (2). »
Au reste il faut l'avouer, avec cet illustre Prélat; «nulle « dévotion n'est plus appropriée aux besoins de la société mo- « derne. A l'égoïsine de notre époque, à ses tendances sensuelles, « à son indifférence religieuse, elle oppose le culte le plus dévoué, « le plus pur, le plus désintéressé, le plus tendre, le plus com- « pâtissant (3). »
Ecoutons maintenant la voix autorisée des Conciles provinciaux. Voici ce que nous dit celui de Baltimore, dans le Nouveau Monde. «Aimons le Sacré Cœur de Jésus; recourons à Lui, comme « à un moyen de régénération ; propageons sa Dévotion, car elle « répond d'une manière spéciale aux nécessités du temps (4). »
Celui de Reims n'est pas moins explicite. « Parmi les nom- « breux bienfaits, dit-il. dont Jésus-Christ a comblé son Eglise, « il faut placer en première ligne, le Culte de son divin Cœur, « qui est si bien approprié aux besoins de notre époque. Partout « où cette admirable dévotion est en vigueur, elle produit des « fruits merveilleux; c'est un remède aussi efficace qu'opportun « aux maux dent notre Mère, la sainte Eglise, est affligée (5). »
(1) P. Franco, S. J., de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, en. 1.
(2) Mgr Baudry, le Cœur de Jésus, introduct., § 3, p. 9 et suiv.
(3) M., ibid.
(4) Cum Ecclesia pronuntiaveril liane devotionem modo speciali horum Lemporum us convenire (Acta et Décréta sacrorum l'on
rum, coUectlo Lacensis, auctoribus presbyteris s. i. e domo B. M. V. sinelabe conceptae ad Lacum).
[nter innnmera quae Salvator noster I. C. sanctae Ecelesiae bénéficia contulit, eximium sane locum obtinel cultus ss Sui Cordis, quein >uip ea forma qua nunc insignitur, ultimis ie inspiravit, Ubicumque eniin
Les Evêques de la province de Bourges font entendre, à leur tour, ces belles paroles : « Puisque le Sacré Cœur de Jésus est une « source de grâce, un fleuve de paix qui s'épanche sur le monde, « recourons à Lui avec empressement, comme à un refuge assuré « contre les flots de l'iniquité qui montent toujours et qui mena- « cent de tout engloutir... Puisons à cette fontaine de vie les « eaux salutaires qui effacent toutes les souillures, qui enlèvent « toutes les langueurs, qui guérissent toutes les plaies. Là nous « trouverons le bonheur et le salut (1). »
Donc la dévotion au Sacré Cœur de Jésus répond parfaitement aux nécessités de notre époque ; c'est un remède efficace contre toutes les passions humaines qui dégradent et tuent les âmes, et conduisent les nations aux abîmes. Aux vices du cœur, c'est-à-dire à l'égoïsme, à la concupiscence, à l'ambition, elle oppose les vertus contraires, nous l'avons vu. Quant aux erreurs du temps, elle fournit des armes victorieuses pour les combattre et les détruire.
En effet, une des sources les plus fécondes de l'impiété est le Rationalisme, qui rejette le surnaturel, nie la divinité de Jésus-Christ, l'autorité de l'Eglise, et qui, par cela même proclame l'indifférence en matière de Religion, l'indépendance de la pensée et la liberté des cultes. Or, en étudiant le Sacré-Cœur, on est vite convaincu que c'est le Cœur d'un Dieu qui voulut, par amour, s'unir à l'humanité; cette dévotion nous fait toucher du doigt la source de la grâce, l'origine de l'autorité, qui descend du ciel sur le Christ à qui toutes les nations sont données en
cnltus ille inducitur, aut inductus viget, hic splendere incipiunt aut refulgerit amor divinàe Eucharistiae, etc.. Jamvero per hos effectus, ecquis non videat potentissimuin et maxime opportunum remedium iis exhiberi malis, de quibus maxime dolet piissima mater Ecelesia, quod nempe multorum in cordibus refriguerit chantas, et a pluribus, heu! christianis déserta sacramerta sint? Quid quod aetate hac nostra in immensum veluti creverint superbiae spiritus et inordinatus sui amor? At enim quomodo ista starent, si Cor illud coleretur de quo prommtiavit Iesus ipse: Discite a .l/e quia mitis sum et humilis Corde (Cap. 10, collect. Lacens, t. 4, col. 172). (1) Quo vero certius, in hanc prôvinciam ooelestem misericordiam vocaremus, dedicavimus illam SS. Cordi Iesu, enixe precantes, utex hoc copiosissimo thesauro, oiunia suae charitatis dona effunderet, tanquam flumen, quo arida haec terra fecundaretur et fructum pacis afferret. Concurramus in illud SS. Cor, tamquam in tutissimum perfugium contra hos iniquitatis fluctus, qui perniciem rébus humanis minantur; hauriamus ex illo vitali fonte aquas salutares, quae maculas omnes eluattt, omnes languores sanent, omnibus vulneribus medeantur. omnia denique vitae, virtutis, felicitatis semine foveant atque augeant. (Ibid., col. 114G. - In eadem collect., vide concilia Burdigal, (col. 753), Albiense (col. 405), Tolosan. (col. 1081), l'iov. Auscitanae (col. 1220), Lugdun., Lenonens., plurimaque alia).
héritage, comme étant le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs. En contemplant ce divin Cœur percé plutôt par la lance de la charité que par colle du soldat, on en voit sortir l'Eglise catholique, revêtue d'une force divine, d'une puissance surnaturelle, portant avec elle la vie des âmes et des sociétés, en sorte que tout est soumis à son empire, les individus comme les peuples, les familles aussi bien que les nations.
On comprend, dès lors, que le Chef suprême de cette Eglise ne saurait pactiser avec ses ennemis, sacrifier ses droits, transiger avec les principes, sous prétexte d'un certain bien, faire des concessions malheureuses et marcher avec le siècle, dans la voie large où celui-ci voudrait l'entraîner.
Par là s'écroule, de fond en comble, le système libéral, avec ses funestes conséquences.
Le Saint Siège a si bien compris que le culte du Sacré-Cœur était une digne puissante contre les erreurs modernes et surtout contre le libéralisme qui les résume, qu'il établit, dans ces derniers temps, une Société de Religieux, sous le patronage de ce divin Cœur, en leur donnant la mission spéciale de le combattre. Cette Congrégation est l'œuvre du grand Pontife qui édicta le Syllabus. Aussi Pie IX, par un Rescrit en date du 3 Juin 1874, daigna-t-il s'intituler le Fondateur et le Supérieur personnel de ce nouvel Institut qui reflète toute sa pensée et dont il approuva les Constitutions avec ce programme qui était le sien: « Les Missionnaires du Sacré Cœur de Jésus, pour se rendre plus « aptes à secourir les âmes, se livreront, sans doute à l'étude sé- « rieuse des sciences qui leur sont nécessaires pour remplir avec « fruit leurs différents ministères, mais principalement à celle du « divin Cœur de Notre- Seigneur, qui est, comme nous le savons, « le remède destiné à sauver le monde...
« A cette heure suprême où l'impiété pousse les esprits à « secouer le joug de la foi et de la loi de Dieu, on aurait lieu « de désespérer du salut de la Société, si nous n'avions à atten- « dre de ce Cœur adorable, une effusion plus abondante des grâces « divines dont il est le trésor et la source, et si nous ne trou- « vions dans sa protection si efficace le rempart le plus puissant, « pour arrêter le torrent du mal qui menace de tout envahir.... « Usant doue des armes que leur offre la Dévotion à ce Cœur
« Sacré, les Missionnaires du Sacré-Cœur, d'Issoudun, combattront « surtout le LIBÉRALISME (1). »
Voici le portrait que trace du Libéralisme le Vicaire de Jésus-Christ et le tableau qu'il fait de ses partisans: Il trouve dans la secte:
l.° L'Orgueil — «Vous connaîtrez les libéraux par leurs « fruits si vous observez qu'ils affichent leur dépit contre tout « ce qui marque une obéissance prompte, entière et absolue aux « décrets et avertissements du Saint-Siège.... Pétris d'orgueil, ils « s'estiment plus sages que l'Eglise (2). »
« Il en est qui adhèrent aux vérités récemment pubbliées « (l'infaillibilité pontificale) par un pur effort de la volonté, et « cela pour éviter l'accusation de schisme et abuser leur con- « science; mais ils n'ont nullement déposé cette hauteur qui s'élève « contre la science de Dieu, ni réduit leur intelligence en capti- « vite sous l'obéissance du Christ (3). »
2.° Servilisrne envers l'Etat. — « Les doctrines libérales « flattent le pouvoir laïque, quand il envahit les choses spiri-
(1) Missionarii SS. Cordis Iesu... ut autem ad animas invalidas aptiores fiant (pag. 18)...praeter coeteras scientias variis ministeriis,quibus fungi debent, adaptatas, spécial/ modo intendant acquirendae cognitioni devotionis erga idem Cor SS. (pag. 7), quae ab ipso Domino revelata fuit B. Margaritae Mariae Alacoque tanquam efficax refnedimn, quo frii-escentis et gravissimis morbis corrupti mundi mala curarentur.. (pag. 2).. Et re quidem vera, dura vehementiori in dies impetu, ad divinae fidei legisque iugum proiiciendum mentes hominum, superbia et rqtionaiismo muv.-ntur, et ad animales deleetationes unice quaerendas ecum corda sensualismo feruntur, de societatis salute desperandum esset, nisi uberiorem effusionem expectaremus, et nisi ab ista duplici superbiae et sensualismi colluvie, amantissimi et humillimi huius Cordis protectione et imitatione tutaremur. (pag. 2 et 3).. Ut... animarum sanctiiicationi l'ructuosius allaborent, Missionarii SS. Cordis iesu, gratiae thesauros, quibus divinum illud Cor plénum est, omnibus manifestando (pag. 5): praesertiht Liberalismum impugnabunt. (Constitutiones Mission ariorum SS. Cordis Iesu. a SS. Sede approbatae, c. 4, n. 3, p. 18).
(2) «£.r fructibvs eurent cognoscetis eos, si animadvertatis ipsos stomachari quidquid para tain , plenam , absolutamque devotionem sapit placitis ac monitis huius Sanctae Sedis.,. inflatosque superbiae vento prudentiores se illa censere. » (Bref de Pie IX au Cercle milan).
(3) Non desunt enim et hodie, qui mero voluntatis aisu veritatibus recenter dfflnitis adhaeserint, vitaturi scilicel scbismaticis notam, ipsamque suam decepturi conscientiam; at m;nime deposuerint altititdinem extollentem se adversns scientiam Del, neo in captivitatem rederjerint intellectum in obsequmm Chsisti. » (Bref de Pi ■ IX au Comité catiiol. d'Orléans).
« fuellos, et poussent les esprits au respect ou du moins à la « tolérance des lois les plus iniques : comme s'il n'était pas écrit « que personne ne peut servir deux maîtres (1). »
« Quoique les catholiques libéraux fassent profession d'amour « et de respect pour l'Eglise, et semblent consacrer à sa défense « leurs talents et leurs travaux, ils n'en travaillent pas moins «à pervertir son esprit e1 sa doctrine: et chacun d'eux, suivant « la tournure de son génie, incline à se mettre au service de « César ou de ceux qui inventent des droits en faveur de la « fausse liberté (2). »
3.° Esprit de division. — « Cette insidieuse erreur est plus « dangereuse qu'une inimitié ouverte, parce qu'elle se couvre du « voile spécieux du zèle et de la charité (3). »
Dans la réalité, ses partisans « divisent les esprits, déchirent « l'unité et l'affaiblissent les forces qu'il faudrait réunir pour « les tourner toutes ensemble contre l'ennemi... Ils affectent d'ap- « pliquer le nom d'ultramontains et de jésuites aux fils de l'Eglise « les plus dévoues (4). »
Les sentiments du Cœur de Jésus ne sont-ils pas les antipodes de ces tendances malheureuses?
1.° Il oppose, en effet, à Y orgueil son humilité profonde, ses anéantissements. Le divin Maître nous apprend que son Cœur est humble (5). « C'est l'humilité qui anime ses actes; et tous ses « mystères n'en sont que la manifestation. L'humilité du Cœur « de Jésus l'incline du ciel vers la terre, et devient la loi de son « Incarnation (6). L'humilité le tient, pendant neuf mois, caché en « Marie; l'humilité le coucha dans une crèche; l'humilité le fait
(1) « Doctrinae catholico-liberales perniciosissimis fretae principiis, laicae potestati spiritualia invadenti blandiuntur, aniuiosque in obsequiuiu, aut sallem tolerantiam iniquissimarum legum perinde inclinant, ac si scriptura non esset: Xemo potc.st duobus do,, nuis servire. » (Uref de Pie IX au Cercle milan.).
(2) « Licet amorem praeferant et obsprvantiam in Ecclesiam, licet ei tuenclae ingenium operamque impendere videantur, doctrinam tamen eius ei sensum pervertere nituntur; et pro diversa animorum cuiusque comparatione, inclinare in obsequium vél Caesaris vel apertorum falsae libertatis iurium. » (Bref de rie IX
erclee cathol. de Belgique).
(3) « Oppugnare nitamini insidiosum hune errorem eo periculosiorem aperta simultate quo speciosiore zeli caritatisque vélo obducitur. » (Même bref).
(4) « Catholici-liberales dissociant animos, unitatem discerpunt, viresque coniunctim opponendas adversariis infirmant. » (Bref de Pie IX au cercle milan .).
(5) Discite a me quia sum humilia Corde (S. Matth , XI, 29).
(6) Exinanivit semetipsum, (Philip., II, 7 .
« Fuir en Egypte, vivre obscur et obéissant à Nazareth, pénitent « au désert, et couvert de confusion sous le vêtement ignorai- « nieux de nos crimes. L'humilité dirige les paroles et les actions « de sa vie publique. L'humilité devient son épouse bien-aimée, «. et il l'aime jusqu'à l'excès, jusqu'à une sorte de délire, dans les « derniers mystères de ses jours mortels!... Et pourtant il trouve « encore le secret de dépasser tous ces prodiges d'humilité en les « éternisant dans l'Eucharistie! (1) »
A V esprit d'indépendance, le Sacré-Cœur oppose son obéissance. L'obéissance est le fruit de l'humilité, le Cœur de Jésus étant très humble est par la même très obéissant. Son premier acte iva-t-il pas été un acte d'obéissance? L'Esprit-Saint nous l'apprend : « En entrant dans le monde, nous dit-il par l'organe « du prophète-Roi, le Fils de Dieu a dit : Me voici, je viens selon « Qu'il est écrit de moi en tête du Livre, pour faire votre vo- « lonté. C'est là ce que je veux, 6 mon Dieu, et votre loi se «trouve au milieu de mon Cœur (2). »
« Le Père éternel ayant désigné saint Joseph pour tenir sa « place sur la terre auprès de son divin Fils, Jésus le regarda «toujours comme son père; il lui rendit, pendant trente ans, le « respect et l'obéissance qu'un fils doit à son père. 1/ Evangile « atteste qu'il était soumis à Marie et à Joseph (3). Jésus ne « faisait jamais un pas, il ne prenait jamais de nourriture ni de « repos, que selon les ordres de Joseph. Il lui obéissait sur le « champ, ainsi que Dieu a daigné le révéler à sainte Brigitte (4). »
« Il commença donc par obéir dès son enfance, continua de « même toute sa vie, et obéit enfin jusqu'à la mort infâme de la * croix (5), réalisant ainsi la parole du psaume déjà cité: votre « loi est gravée dans mon Cœur (6). »
Quelle leçon pour ces esprits superbes et indépendants, qui n'obéissent qu'à contre-cœur, en murmurant, et après avoir demandé raison du commandement!...