En voici une seconde
La société actuelle a besoin d'une régénération complète. N'étant plus conduite, depuis long temps, par l'Esprit de Dieu, elle marche à la dérive. Aujourd'hui, l'impiété triomphe, la justice est foulée aux pieds, le droit est méconnu, la propriété violée et la liberté indignement outragée; la Religion n'est plus pour la foule qu'un objet de mépris; le prêtre, un fourbe, un hypocrite dont il faut se défier; la croix, ce symbole du salut et de la civilisation, est arrachée des écoles, et le Christ lui-même, est banni de l'esprit et du cœur des enfants ; Satan est déchaîné partout; il règne en maître et dicte ses lois au monde épouvanté. De toute part, on entend des cris sinistres qui jettent l'effroi dans les âmes honnêtes. Il en est un qui domine tous les autres et qui s'élève jusqu'au Ciel pour en faire descendre la foudre. Le voici : « Le Christianisme, c'est l'ennemi; guerre à Dieu et à son Christ; guerre à la Religion et à ceux qui la pratiquent. Nolumus hune regnare super nos. »
C'en est fait du corps social; il renferme évidemment dans ses lianes les germes de dissolution dont parle Donoso Cortès. « Le monde moderne qui n'a plus l'Eglise pour point d'appui, dit ce grand philosophe, est arrivé au dernier degré de maturité pour lu mort; il porte en lui un germe évident de dissolution générale, à moins qu'il ne se convertisse et que ne s'opère une grande rénovation religieuse. »
Qui fera cette conversion? Qui opérera cette rénovation? Qui obtiendra cette grâce de salut? Il faut une réparation, une expiation proportionnée à la grandeur des crimes qui se commettent; il faut une victime dont les mérites apaisent la justice divine et
il) l!l)i est thésaurus tuus, il>i et cor tuuni. (s. Matt., VI, 21).
fasse surabonder la grâce là où l'iniquité déborde, ou bien l'Ange du Seigneur fulminera la terrible sentence Mane, Thecel, Phares, qui annonçait la fin du royaume de Balfhasar.
Aujourd'hui, comme autrefois, le remède sortira du mal. Les juifs mettent sur le Christ des mains sacrilège-, Le crucifient et percent son Cœur: de là, la Rédemption et le salut! De nos jours, on Le persécute dans ses amis fidèles, et on appose les scellés sur ses chapelles dont on Lui fait autant de sépulcres.
Mais, chose étrange ! une de ses chapelles, devenue Basilique, c'est-à-dire maison royale, érigée en l'honneur de son Cœur adorable et de Notre-Dame, était le rendez-vous universel des chrétiens qui veulent aller au Sacré-Cœur par Marie. Ce sanctuaire privilégié qui, dans ses jours de solennité, voyait accourir de tous les points du monde trente et quarante mille pèlerins à la fois, est aujourd'hui fermé. Seul de tous les lieux de grands pèlerinages, dont se glorifie notre Patrie, il a fixé l'attention de l'impiété. Se trouvant au cœur de la France, dont les idées révolutionnaires s'imposent à tous les peuples, il fut visé, comme le Cœur de Jésus sur la croix, pour être, sans doute, la Victime exigée de l'expiation. Aussi ses autels furent-ils dépouillés et ses prêtres bannis. Aujourd'hui tout y est morne et silencieux. Et le Cœur de Jésus est là, insulté dans son amour, outragé dans ses bienfaits, méconnu dans ses miséricordes, offrant à l'auguste Trinité fout entière ses expiations adorables, ses mérites infinis !
Comme autrefois sur le Calvaire, lorsque le vide s'était fait autour de Lui, Il trouve à ses côtés la Vierge Marie, partageant ses délaissements, ses angoisses, ses humiliations et ses souffrances; offrant à Dieu, Elle aussi, ses sacrifices, demandant grâce pour les hommes coupables, grâce pour la France, qui est son royaume de prédilection (1), et sollicitant pour l'Eglise éprouvée, et pour son chef persécuté, tous los secours capables d'assurer un prochain et complet triomphe. Comme au jour de la Présentation, Elle s'est montrée généreuse jusqu'à l'héroïsme. Voyant l'orage s'amonceler sur notre Patrie et la foudre sur le point d'éclater, Elle s'écria: « Seigneur, il faut un holocauste pour « apaiser votre juste courroux, et préserver les temples qui Vous
(1) Regnum r.allw, regnum Maiiae.
« sont chers. Eh bien, acceptez, pour le salut de tous, l'offrande « qup je Vous fais aujourd'hui ! Que l'impiété, imitant le Centu- « lion du Calvaire, frappe au cœur la fille aînée de l'Eglise; « elle y trouvera le Cœur de mon Fils ; et la sanglante blessure « qu'elle va Lui faire deviendra plus tard une source de bénédi- « ctions plus abondante encore. La Victime, une fois immolée, « criera miséricorde. Je m'ensevelirai avec Elle dans ce nouveau « tombeau où la force triomphante apposera ses scellés. J'atten- « drai dans l'épreuve et l'humiliation le jour de la résurrection. « Ce jour viendra, j'en donne l'assurance à mes enfants; qu'ils « sachent attendre dans la prière et la pénitence. 0 Dieu clé- «ment! abaissez un regard d'amour sur ce précieux sanctuaire « où jusqu'ici je régnais en souveraine Dispensatrice de vos tré- « sors. Oui, je Vous l'offre en sacrifice, puisqu'il le faut. Ce sa- « crifice désarmera votre justice et fera descendre sur cette « France, qui m'est toujours si chère, vos plus précieuses fa- « veurs » (1).
Voilà l'explication de la fermeture de la Basilique du Sacré- Cœur et de Notre-Dame d'Issoudun. Si, seul de tous les grands sanctuaires, où les foules se pressent en pèlerinage, ce temple auguste eut ce privilège, c'est qu'il entrait dans les desseins de Dieu, comme au temps de Jésus-Christ, qu'une Victime fût offerte en sacrifice pour le salut de tous. Expedit voMs ut unus moriatur liomo pro populo, et non tota gens pereat (S. Joan. 11-50). 3. Vous avez été cette Victime, 6 Notre-Dame du Sacré- Cœur, mais bientôt vous sortirez triomphante du tombeau où les ennemis de votre Fils et de son divin Cœur ont voulu vous ensevelir. La France vous reconnaissant alors pour sa libératrice, tombera à vos genoux, comme Madeleine aux pieds du Sauveur, au matin de la Résurrection; elle acclamera votre puissance et votre gloire; ou, comme Thomas, dépouillée de son incrédulité, elle viendra, dans le repentir et la joie, se prosterner devant Vous, Vous suppliant de lui présenter de nouveau le Cœur de Jésus; elle mettra sa main sur sa blessure sacrée, ou plutôt elle y collera ses lèvres pour y puiser la force, la lumière et la vie.
(1) Suscipe Pater omnipotens, suscipe oblaiionem hanc quam Tibi offero pro toto orbe, Anrilla tua!. . Suscipe nunc de manibus Ancillae tuae sacrosanctum hoc
sacrificium raatutinum Respice, Pater piissime quod offero et attende pro quo
offert. (S. Thom. h Villanov. p. 611)
Aujourd'hui. 6 Notre-Dame du Sacré-Cœur, une solitude profonde s'est faite autour de Vous; la lumière de vos cent lampes, entretenues par la piété de vos enfants, ne brille plus devant votre image vénérée; l'orgue a cessé ses harmonies et ne chante pins vos louanges; comme une Reine, victime d'une émeute, Vous êtes prisonnière dans votre propre Palais où régnent maintenant le silence le plus profond et la solitude la plus absolue. Les portes qui donnent accès à Votre trône sont fermées et gardées avec soin. Votre Basilique, à l'heure où j'écris ces lignes, ressemble au cachot où Pierre était retenu captif, et mieux encore au sépulcre du Sauveur où le sceau de César fut apposé. Mais vos fidèles serviteurs, qui vivent de foi, d'espérance et d'amour, ne Vous abandonnent pas. Par la pensée, ils Vous envoient leurs hommages, leurs vœux et leurs prières. Ils se pressent, avec une nouvelle ardeur, autour de votre autel solitaire, pour Vous former une garde d'honneur qui ne craint point la dispersion. Et encore pour beaucoup ce n'est pas assez; nous en voyons qui viennent même de très-loin se prosterner devant les portes closes de votre demeure, embrasser et arroser de leurs larmes ce sol sanctifie par la persécution, y déposer des couronnes et le couvrir de fleurs.
Eh quoi, ù Notre-Dame du Sacré-Cœur ! C'est au milieu de ces tristesses amères que je viens parler de vos incomparables prérogatives! C'est quand le Démon croit avoir détruit votre gloire que j'ose mettre en relief les splendeurs de votre Nom ! Ne serait-ce pas une illusion? Oh non! Au sein de vos humiliations je Vous vois resplendir d'un éclat plus beau. Les chaînes qui Vous retiennent captive brillent comme des diamants et jettent sur Vous je ne sais quelle lumière éblouissante qui Vous enveloppe comme d'un manteau céleste où se reflètent tous lerayons du Ciel. Bientôt, je l'espère, l'heure de la délivrance et du triomphe sonnera. Les portes de votre prison s'ouvriront sous l'action d'une force surnaturelle ; la pierre de votre sépulcre sera renversée par la main du Tout-Puissant, et Vous nous apparaîtrez, dans votre majesté, rayonnante de joie 'et de bonheur; vos enfants se presseront alors plus que jamais dans votre béni sans ctuaire; ils aimeront de nouveau à contempler vos traits augustes, votre front virginal non-seulement ceint, du diadème où brillent le saphir, la topaze ei l'émeraude, mais encore de la couronne plus belle de la persécution.
Votre Basilique reprendra sa physionomie d'autrefois; elle verra revivre ses splendides cérémonies, et, dans son enceinte, devenue trop étroite, montera de nouveau vers le Ciel l'hymne de l'amour et de la reconnaissance..
On raconte qu'un jour où saint Hyacinthe venait de célébrerla sainte Messe dans son monastère, à Liovie, en Pologne, on vint l'avertir que les Tartares avaient pénétré dans l'intérieur de Ui ville et se disposaient au pillage. Redoutant moins la ruine de son couvent et l'expulsion de ses religieux que la profanation de l'Eucharistie, Hyacinthe, plein de foi, s'approche du tabernacle, en tire le ciboire, le cache sous sa tunique et sur son cœur, et sort accompagné de tous ses frères. Mais, comme il se retirait, il entend une voix forte qui lui crie: « Hyacinthe? Hyacinthe! » Il lève les yeux, et remarque, au grand étonnement des assistants, que cette voix sort d'une statue d'albâtre représentant Notre-Dame. La voix ajouta: « Tu sauves le Fils et tu laisses la Mère!» Mais comme il alléguait sa faiblesse: « Aie confiance, lui fut-il répondu, le Fils ne veut pas être séparé de la Mère. » Et un grand miracle s'opéra pour justifier cette parole.
Il y a trois ans, bientôt, je célébrais les Saints Mystères sur votre autel privélégié, o Notre-Dame du Sacré-Cœur, lorsqu'on vint m'avertir que de nouveaux Tartares assiégeaient notre couvent et menaçaient d'envahir votre temple. J'entendais déjà leurs cris tumultueux et le bruit de la hache qui essayait de leur frayer un passage. Avant d'aller leur faire résistance, je pris vite, sous votre regard attristé, Jésus-Eucharistie pour le soustraire à la profanation. Je l'emportai pressé sur mon cœur, accompagné de mes Frères bien aimés que la force brutale allait chasser, à l'instant, de leur paisible domicile. En traversant votre demeure sacrée, il m'a semblé entendre, au fond de mon àme, une voix qui me disait aussi: « Aie confiance, le Fils ne veut pas être séparé de la « Mère.... Il reviendra triomphant sur son trône d'amour. »
O Notre-Dame! j'espère que, touchée par nos supplications, vous ouvrirez bientôt les portes de votre béni sanctuaire, où nos cœurs vont, si souvent, rallumer les lampes éteintes et essuyer votre marbre qui pleure.