SCÈNE II
- Les Mè mes, CL AUDE LAZARE.
Bonsoir, monsieur Lazare.
LAZARE
Bonsoir, voisine!... (il descend en scène. S’avançant vers Claudino resté) sur la chaise. — Avec une comique déférence.) Mademoiselle, comment va votre petite santé, s’il vous plaît? peut-on vous bécoter une miette?
CLAUDINE, avec une petite moue.
Non, je ne t’aime plus! Tu es allé voir des autres petites filles!...
LAZARE, riant.
Bon!... bien!... voyez- vous cette mioche, qui me fait des scènes, de jalousie!... (Prenant un ton suppliant.) Voyons, voyons, ma bichette, ne me gronde pas... Du chemin de fer ici, la course est bonne, eh! dame, j’ai pas ma locomotive avec moi!., ma Claudine... car enfin, c’est comme ça que je l’ai baptisée !
CLAUDINE, se levant vivement.
Tu me la feras voir, dis!
LAZARE, s’asseyant et prenant Claudine sur ses genoux.
Ah ! c’est une belle fille ! Quand elle entre en gare, lâchant la vapeur par ses soupapes, enveloppée d’un nuage de fumée, sa cuirasse de cuivre étincelant au soleil, rugissant comme une jeune lionne, elle fait un rude effet, va! Chacun l’admire et chacun dit : « C’est la Claudine! La Claudine à Lazare! » Il n’y en a pas une pour mener bon train comme elle... S’il y avait des courses de vapeur, elle serait bien sûre d'arriver première! ^Se levant.) Maintenant, je casserais bien une croûte... j’ai l’estomac dans les talons...
LOUISE
Tout est prêt !
CLAUDINE
Regarde la belle table!...
LAZARE, rayonnant.
C’est superbe !... bigre 1... plus que ça de genre !... du mouton aux haricots, et une salade de pommes de terre... C’est la voisine qui a préparé tout ça?...
CLAUDINE
Moi aussi!...
- LAZARE
Toi aussi, s§ns doute... ah!... tenez! Louise, je vous admire... on r.e peut pas se dévouer à des gens comme vous vous dévouez à nous!... (lu s’attablent.) Sans vous, je ne sais vraiment pas comment je ferais...
LOUISE
Ne parlons donc pas de ça...
LAZARE
Si fait, parlons-en... Quand j’eus quitté le service, on confia un jour à ma femme cette petite chérubine-là... en lui disant: a L’enfant n’a pas encore de nom, choisissez-en un vous-même... — Madame, que répondit ma femme, ma petite qui vient de mourir, s’appelait Claudine, à cause de son père qui s’appelle Claude... Voulez vous que votre fille se nomme comme ça P — Claudine soit, que la dame répliqua. Si bien que leur Claudine à eux, est devenue quasiment notre Claudine à nous!.. Ma pauvre femme est tombée malade et elle est morte... Et dame, si vous n’éiiez pas là. voisine, je ne pourrais pas élever la petite... un homme, ca ne s’entend pas à ces histoires là!...
LOUISE
Ne me remerciez pas ,el soupez!
On se place à table. Louise à gauche, Lazare à droite. Claudine prend sa
serviette, Lazare la lui attache autour du cou et la petite t’attable
tourna ut le dos au public.