A MON AMI, M. HAUY
DIRECTEUR DE L'iNiTITUT DES AVEUGLES-TRAVAILLEURS
Acceptez, mon ami, l'hommage que je vous fais de cet essai dramatique.
C'était au bienfaiteur, à l'ami constant des aveugles, qu'il appartenait d'épuiser tous les moyens de les instruire : aussi l'idée de les faire paraître sur la scène estelle entièrement de vous. Je n'ai que secondé vos vœux en essayant de faire un drame qu'ils pussent jouer sans inconvénient. Les scènes épisodiques m'ont paru les plus faciles à rendre, et je les ai choisies. Quant au sujet, je l'ai puisé tout entier dans l'Institut que vous dirigez : j'y ai trouvé le caractère du sage ; et les travaux, les talents des aveugles m'ont donné le dénouement. Puisse cet ouvrage contribuer en quelque chose à l'amusement et à l'instruction de vos élèves ! Puisset-il contribuer à leur soulagement! J'aurais dû peut-être faireunepréfacepourm'excuser envers les savants d'avoir osé faire parler Milton et Homère; mais je sais qu'on lit peu les préfaces ; et les véritables savants m'excuseront en faveur du motif qui m'a guidé. Au reste, je dois
convenir que quelques-unes des idées philosophiques
répandues dans ce drame, et qui doivent en justifier le titre, surtout celles qui ont quelque rapport au principe de l'univers, m'ont été suggérées par les excellents ouvrages de M. Delille de Salle : c'est sans doute lui rendre un faible hommage ; mais je devais cet aveu à la vérité. Vous savez, mon ami, combien je suis le zélé partisan de la vérité : vous devez en douter moins que jamais, quand je me dis avec estime,
Votre ami,
Fabre d'Olivet.