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elle seule une province entière, et, dans tousles cas, elle est destinée à être avant peu d'années un vaste siége d'approvisionnements pour la capitale, en même temps que l’objet vers lequel se tourneront les plus actives et les plus sérieuses tentatives de colonisation.
Il n'y a guère plus de douze ans, c’est à peine s’il existait un chemin entre la Grande Baie et le Lac ; dans les autres parties de cette région encore alors aux sept-huitièmes déserte, il n’y avait que des ébauches de routes, et quelques centaines de familles seulement y étaient établies. Aujourd'hui, la colonisation, se développant sans cesse, tend à enserrer le lac tout entier ; la voilà déjà qui avance rapidement vers Pouest par les townships Normandin et Albanel ; bientôt elle va envahir le nord, et les vallées de la Péribonca et de la Mistassini déploieront pour l’homme toute leur fécondité. C’est que la région du Lac Saint-Jean possède des avantages exceptionnels de sol et de climat qui la rend éminemment productrice et en font peut-être le meilleur champ de culture de toute la province.
« Le climat du Lac Saint-Jean,» disait M. Bouchette il y a déjà un demi-siècle, «est aussi doux et même plus doux que celui du Montréal. Quand, à Chicou- {imi, les oignons, les patates et les choux gelaient le 23 sep'embre 1832, ils étaient restés absolument intacts au lac Saint-Jean jusqu’au 12 octobre. On peut cultiver même le melon sur les bords du Lac, et les nuits y sont moins froides que dans le reste du pays. Er
1828, la récolte manquait presque complètement dans le district de Montréal et dans le Haut-Canada, tandis que le blé du lac Saint-Jean était venu très-bien. Avant même que le Lac ne soit libre de glace au printemps, la terre y est propre à la cullure, du moins jusqu'à un pied de profondeur, ce qui suffit pour semer diverses espèces de légumes. »
Le lac Saint-Jean est pourtant à trente lieues au nord de Québec, en ligne droite, mais il est entouré d’un cadre de montagnes qui serapprochent assez de ses rives du côté sud, et s’en éloignent jusqu'à 30 à 35 milles du côté nord et ouest. Ces montagnes formaient l’ancien rivage du Lae. II y a moins de neige au nord des Laurentides qu'au sud ; dès qu'on a dépassé la hauteur des terres, on sent de suite la différence ; le printemps y commence deux, et même trois semaines plus tôt qu’à Québec. Les montagnes au nord de la vallée ne sont pas aussi hautes que celles qui sont au nord-est, ce qui fait que le vent de nordest est à peu près inconnu dans celte région, et, quand il souffle, il est toujours plus sec et plus léger. C'est que le vent de nord-est change de caractèreen changeant de pays. Ce vent, qui est le fléau de la rivesud du Saint-Laurent, vient d’une étendue de mers dont la surface prolongée jusqu’au pôle le sature sans interruption d'humidité et de froid ; mais à mesure qu’on avance dans l’intérieur du pays, il diminue graduellement d'intensité ; il est plutôt sec qu'humide, plutôt jéger et agréable que pesant et fâcheux. La raison en
est que le vent de nord-est n'arrive dans l’intérieur du pays qu'après avoir franchi un rempart de montagnes où il se dépouille des vapeurs dont ilétait chargé.
Le Lac étant abrité ainsi des deux côtés, le climat y est comparativement doux. Il est aussi bien moins variable, plus réglé que dans le reste de la province ; c'est ce qu'attestent les observations météorologiques faites à différents intervalles et les tableaux de comparaison Cressés pa: les arpenteurs qui en ont fait une étude spéciale. Les chaleurs et les pluies n'y sont pas excessives comme dans la plus grande partie du district de Québec ;.en un mot, le bassin du lac Saint-Jean est placé dans les circonstances climatériques les plus favorables pour la culture de tous les grains qu’on récolte généralement dans nos campagnes, Le blé d'automne, dont on a fait l'essai récemment, y vient fort bien, et de mieux en mieux, à mesure qu’on avance vers l'ouest.
M. John Sullivan, arpenteur, rapporte que l’orge et le blé du lac Saint-Jean étaient, en 1873, les plus beaux qu’il eût jamais vus ; la feuille de la patate y était encore verte dans la dernière quinzaine d’octobre, ce qui prouve que le climat de la vallée es} favorable aux céréales et aux plantes potagères. Du reste, c’est un fait connu que le blé du Lac Saint- Jean est supérieur même à celui de la province d'Ontario. Presque tous les ans les colons ont un excédant de production, mais ils peuvent diffcile-
ment l'évouler, faute de marchés rapprochés. Le marché qui est le plus à proximité d'eux est Chicoutimi ; mais, pour y atteindre, il leur faut faire un trajet de cent milles de longueur, s'ils habitent à l'extrémité ouest du Lac.
La rive sud du Lac est moins fertile et bien moins profonde que les rives nord et ouest ; cependant, entr Métabetchouane et les environs de la Mistassini il y a plus de trois cent mille acres de terre arable. Le terrain y est parfois excellent, étant formé d'une riche terre noire, souvent argileuse et couverte d'une belle couche végétale.
La partie sud et est du Lae, entre Mélabetchouane ct la grande Décharge, cemprenant les townships Métabetchouane, Caron et Signaï, renferme plus de cent mille acres de bonne terre. Le nord et l’est du Lac et toute la rive gauche du Saguenay jusqu'à Chicoutimi, contiennent, d’après M. l'abbé Pilote, près de quatre millions d’acres de terre arable.
«Voilà » dit-il, dans sa brochure sur le territoire du Lac Saint-Jean, écrite en 4851, «de l’espace pour loger bien du monde. C'est presque autant que les six grands comtés qui forment les townships de l'est, Sherbrooke, Stanstead, Sheflord, Missisquoi, Drummond et Mégantic lesquels contiennent près de cinq millions d’acres.
Il n’est peut-être pas hors de propos de présenter ici le tableau suivant qui indique comment s’est développé le comté de Chicoutimi, dans les condilions
les plus désavantageuses, pendant la décade écoulée entre 1861 et 1871. Ce tableau est emprunté, de même que celui qui le suit, au Recensement du Canada et aux rapports du département des terres de la Couronne.
à p Proportion de COMTÉ DE CHICOUTIMI || 1861 | is ne, Population du comté... |! 10,478 | 17,493 67 Population de deux des town- k ships du Lac (Labarre et Roberval), comme point de com- | araison du progrès obtenu... 544 5,244 938 Minots de blé récoltés...…..…...…..ll 10,912 | 136,009 1,147 6 d'avoine ‘ss, .|l 39,316 | 117,249 198 6 d'orge M sons || 29,922 | 71,210 78 “ de patates 11 101,382 | 156,996 | 55 Bottes de foin... HOTEL EE » dés 06 3,648 5,966 63 Livres de beurre... soso || 61,777 | 148,106 140 Têtes de bétail... RP T AT 18,746 | 44,722 139 Arpents de terre en culture……...|| 40,415 | 87,345 116
BLÉ récolté dans le comté, comparé avec les meilleurs districts ruraux d'Ontario
ï |Poputation | Minots Par 1000 COMTE DISTRICT
de de 1871 |blé récoltés) population
os ccm | | cmmmennmms eme | comen smmmnne
Chicoutimi Lac Saint-Jean 17,493 136,099 7,780 Simcoe (le comté d’Ontario qui produit le plus de blé) | 57,389 509,965 8,886
Muskoka, ce célèbre district nouveau vers lequel la province d’Ontario dirige son émigration, et où elle jette | plusieurs lignes de chemins| de fer, dont l’une reçoit de Toronto une forte subvention.
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Ajoutons qu'en 1871 il n'y avait dans le comté de Chicoutimi que 80,830 acres de terre en culture, sur 255,338 qui avaient été concédés.
Sir William Logan et M. Robinson, qui ont ex-
ploré la région du Lac Saint-Jean pour le département géologique, ont déclaré qu'on ne saurait trouver nulle part un sol d’alluvion d’une aussi grande épaisseur, un pareil fonds d'argile, sous lequel on rencontre partout une couche de pierre calcaire. Le fait est que le fond du lac Saint-Jean n’est guère autre chose que de la pierre calcaire et que toute la rive ouest en est formée.
Les argiles marines, généralement recouvertes de sable et de gravier, ce qui rend le sol très-friable, se trouvent presque partout entre la baie Ha ! Ha! et le côlé ouest du Lac, ainsi qu'entre celte baie et Chicoutimi.
C’est à l’ouest, au nord el au nord-est du Lac que l’on découvre les plus belles terres, et nous pouvons dire que là se trouve l'avenir de ce beau pays, que c’est là que la colonisation va prendre son développement sur une véritable grande échelle, pourvu que les habitants du Lac Saint-Jean puissent enfin être mis en mésure de communiquer rapidement avec la capitale au moyen d'un chemin de fer qui transporte leurs produits et en permette l’écoulement prompt et assuré.