‹ Le Saguenay et le bassin du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 20 sur 101 · CHRONIQUE DE VINGT-CINQ ANS · texte numérisé non relu

CHRONIQUE DE VINGT-CINQ ANS

USQU'EN 1828 le Saguenay avait été considéré comme un pays sauvage, comme une contrée bonne tout au plus au commerce des pelleteries. Aussi, jusqu’à cette époque, personne n’avait cru que la colonisation y fût possible. C'était le pays des légendes merveilleuses ct des contes effrayants ; tous les géants fabuleux devaient s’y

donner rendez-vous dans des antres profonds ; et, quant à

rivière en elle-même, elle était absolument innavigable, à

st LE SAGUENAY

cause de ses courants impétueux, de ses abimes sans fond, des ouragans destructeurs qui s’abattaient sur elle, de ses écueils et de ses rochers formidables, de ses remous où s’abimaient tous les bâtiments qui s’y laissaient surprnedre.... enfin, l'ima, aation populaire, qui ne s'exerce jamais autant que dans l'invention des périls mystérieux, avait fait de la région saguenayenne, non seulement une

région inhabitable, mais encore à seu près inaccessible. !

On appelait la rivière Saguenay le “ fleuve de la mort ”, et tout y semolait mort en effet. “Les bêtes de la forêt ne s'aventurent pas sur ie versant du gouffre, les oiseaux

. A e e L] L2 n’osent même y voler, et jamais on n’y voit tournoyer les

volées de moustiques.” ?

Cependant, il y avait 1à, comme on l’a déjà vu, des postes tels que ceux de Tadoussac, de Chicoutimi, du lac Saint-Jean, de Nekoubau, de Chamouchouane, (luc) de

1—Le grand chef Donnacona fait à Jacques Cartier la peinture des êtres qui peuplent 16 Saguenay et la côte nord du Saint- Laurent :

—Rapporté par le Père Charlevoix—# Donnacona avait vu des hemmes qui ne mangenient point et n'avaient aucune issue pour les exeréments, mais ils buvaient et urinaient, Dans une autre région, il y a des h mmes qui n'ont qu'une jambe, qu'une cuisse et un pied fort grand, deux mains au même bras, la taille extrèmement carrée, la poitrine et la tète plates ct une très petite bouche.

“us loinily avait des pigmées et une mer dont l’eau cst douce (le grand lac Mistassimi sans doute). Enfin il y avait des hommes habillés, demeurant dans des villes, possédant de Por, des rubis,ete.” Charlevoix. Histoire de la N. F, Ier vol. pages 16-17,

9 Elisée Reclus.—Nouvelle Géographie Universelle.

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Chamouchouane (rivière), de Métabetchouane, outre des pêcheries importantes, et postes et pêcheries réunis employaient, à l’époque dont nous parlons, 480 blancs et 500 indiens, pour la pêche et pour la chasse des animaux à fourrures. Deux goélettes, quatre-vingts bateaux et quinze canots faisaient le service de la pêche, et il était vendu annuellement trois cents tierçons de saumon. A chacun des postes se tenaient en moyenne trente hommes, dans l'emploi de la Compagnie ; mais au poste du lac Chamouchouane, on comptait jusqu'à une quinzaine de familles.

De bonne heure, dans le cours de leurs missions, les Jésuites avaient fait bâtir au Saguenay trois petites chapelles, seuls monuments religieux de tout le pays. L'une de ces chapelles était celle de Tadoussac ; il y en avait une autre à Chicoutimi et une troisième enfin à Métabetchouane, sur le lac Saint-Jean. Auprès de chacune de ces chapelles étuent élevées seulement deux où trois maisons, dont l'une À l’usage de l'agent de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et les autres étaient occupées par les engagés de la Compagnie. Autour de ces maisons on cultivait un petit jardin, mais À cela se bornait tout ce qu'il était permis de tenter en fait de culture. Onen excepte pourtant Métabetchouane, où les Jésuites avaient opéré des défrichements assez considérables ; mais, depuis leur départ, tout était retourné en forts.

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Lorsqu’en 1828, M. Bouchette, après avoir pracouru, dans son exploration officielle, le bassin du Saint-Maurice et descendu la rivière Ouiatchouane jusqu’au lac Saint- Jean, arriva à l'embouchure de la Métabetchouane où se trouvait le poste, il y vit que l’établissement tout entier se composait d’une résidence pour l'argent, d’un magasin, d'une boulangerie, d’une étable et d’une grange, avec ur jardin spacieux qui produisait en abondance diverses espèces de légumes, surtout des patates pour l'alimentation das habitants du poste. Il trouva que le sol devait v être passablement bon, puisque non seulement le blé et divers végétaux y poussaient, mais encore que les concombres et les melons y venaient admirablement. Il y découvrit la trace des sillons faits autrefois par la charrue dans les terres défrichées par les jésuites, lesquelles étaient main‘enant recouvertes d’épinette, de tremble, de sapin, de bouieau, de pin, et dont une partie produisait du mil. Avaient disparu également les vergers de pommes et de prunes que se souvenaient encore d’avoir vus quelques anciens Canadiens ; le poste, avec les quelques bâtiments

qui l’entouraient, s'élevait seul au bord du luc, ayant

derrière lui la forêt épaisse.

“ Autrefois,” dit M. Nixon, attaché aussi lui à l’exploration de 1828, “les Jésuites avaient à Métabctchouane trois cents acres de terre en culture, ct il y en a maintenant tout au plus dix à quinze acres ; le reste retourne rapidenent à son premier état. Il pousse maintenant dans le jardin des choux, des carottes, des pois, des

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fèves, des oignons, des patates, des citroulles, du blé-d’Inde, des concombes, du blé, de l'orge, des betteraves et des navets. On nous : montré deux pruniers plantés par les Jésuites, aussi bien que quelques gadelliers. Les personnes résidant à ce poste sont le commis, M. Murdoch, deux hommes, une femme et trois enfants qui ont pour tout bétail un taureau, une vache et une génisse. Quatre

bâtiments, une maison, un hangar, une boulangerie et une étable forment le poste.”

La tradition veut que les Jésuites aient trouvé le moyen d'ouvrir un chemin direct, à travers les Laurentides, entre Québec et le lac Saint-Jean, chemin qui aboutissait à leur établissement de Métabet ‘houane et par lequel ils faisaient passer leurs bestiaux. On a dit de plus qu'il ne fallait pas plus de trois jours pou- accomplir le trajet entre les deux endroits ; c’est ce qu'il est difficile d’admettre, attendu que ce chemin ne pouvait pas avoir moins de 90 à 100 milles de longueur, et qu'il ne pouvait être en somme qu'un sentier grossièrement pratiqué à travers la forût, le long des gorges et des vallées qui ceinturent les montagnes. En outre, qui l’aurait entretenu et qui aurait empêché le bois. d’y former sans cesse de nouveaux obstacles, d'y étendre ses racines et de le joncher de feuilles et de branches desséchées ? En l’absence de toute espèce de renseignements formels au sujet de ce chemin, nous laissons à la tradition un champ libre pour toutes les affirmations, mais sans préjudice des droits qu'il faut aussi

laisser au doute.

Après 1828, il y eut quelques tentatives isolées de colonisation, mais la Compagnie de la Baie d'Hudson fit tous ses efforts pour empêcher le défrichement de la terre et en défendit la culture sous les peines les pius rigou-

reuses,

(1837). En 1837, un habitant de la Malbaie, du nom d’Alexis Tremblay, forme le projet d'explorer le Saguenay et d'y établir des chantiers pour l’exploitation et le commerce du bois. Il part, parcourt le pays et, à son retour, fait un rapport favorable de son expédition ; il propose aussitôt de former une société de vingt et un actionnaires, les parts devant être de $400.06 chacune. En peu de temps la liste des parts est remplie, grâce au privilége qu'avait chaque actionnaire de pouvoir s’adjoindre deux co-associés pour former la somme

requise. Cette société prend le nom de “ Société des

vingt et un associés ”, et se compose comme suit :

Alexis Tremblay, (surnommé picoté ”).

Louis Tremblay,

Joseph Tremblay,

George Tremblay,

Jérdme Tremblay,

Alexis Simard,

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Joseph Lapointe, Benjamin Godreau, Joseph Ifarvey, Louis Des Gagnés, Louis Villeneuve, Ignace Murray, (Muret), David Blackborn, François Maltais, Michel Gagné, Basile Villeneuve, Pierre Boudreau, Jean Ilarvey, Louis Boulianne.

Ces 21 associés n’avaient d'autre objet en cherchant à pénétrer dans le Saguenay que d’y exploiter la forêt et

d’y faire le commerce de bois, la culture de la terre leur ayant été strictement défendue par la Compagnie de la Baie d’ITudson qui régnait alors en souveraine sur ces contrées sauvages.

s'étant procuré les choses les plus nécessaires pour com-

La Société ayant réalisé un capital suffisant et

mencer son entreprise, fixa le départ de la première expédition au printemps de 18338 ; et, en effet, dès le 25 avril suivant, une barge, nolisie par la petite société, parfait de la Malbaiïeavec vingt-sept hommes, tant associés que co-associés.

La barge s'arrêta d’abord aux Petites-Iles et y laissa

quelques hommes pour bâtir un moulin. De 1à elle se rendit à l’Anse-au-Cheval, où le reste des hommes débarqua et où un moulin fut également construit. Après l'érection de ces deux moulins, on décida d'envoyer une partie des hommes à lAnse Saint-Jean et une autre à la Grande-Baie. Quatorze hommes partirent done dans deux embarcations (une chaloupe et une petite barge) ct arrivèrent À la Grande-Baïe le dimanche matin, 11 juin, 1858. Au printemps de cette même année, la glace sur le Saguenay, depuis lAnse Saint-Jean jusqu'à la baie Ha ! Ia l'était partie que ie 25 mai.

En arrivant à la Grande-Baie, les Quatorze se mirent à l'œuvre et construisirent avec du boïs rond une maison d'environ dix-huit pieds sur douze, précisément à l'endroit où se trouve aujourd’hui le magasin de la maison Price. Aussitôt après ils firent une visite dans les bois, le long des deux petites rivières appelées l’une, rivière à Mars, l'autre, He! Ta! La rivière à Mars a pr.s son nom de Mars Simard et de Philippe Castagne qui arrivèrent de la Baie Saint-Paul en octobre, 1883, et allèrent s’établir là où s'élève aujourd’hui le village de Saint-Alphonse, au fond de la baie, On disait aller chez Mars ” pour dire ‘* aller à Saint-Alphonse.

L'objet des explorateurs, dans leurs courses le long

des deux rivières ci-dessus mentionnées, était de recon-

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