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108 LE SAGULNAY
par sa hardiesse, son énergie, son esprit d’entreprise, comme aussi malheureusement par son caractère farouche, ses terribles vices, son manque absolu de scrupules et par les efforts qu’il fit pour empêcher les colons de se livrer À la culture. Il s'était fixé pour faire un grand chantier de boïs au débouché de la petite rivière du Moulin dans D'abord établi à son propre compte, il devint ensuite en peu de temps
le Saguenay, tout près de Chicoutimi.
l'associé de M. Price. Cet homme, véritable type légendaire sur qui l’on a conté des choses absolument incroyableset cependant vraies, physionomie saillante entre toutes dans les commencements durs et en quelque sorte
sauvages de létablissement du Saguenay, se nommait Peter McLeod.
PETER McLEOD
Peter MeLeod était un écossais métis. (C’était un composé de plusieurs bêtes fauves, dans lequel s'étaient introduites quelques-unes des plus belles et des plus nobles qualités de l’homme. Il était fier et courageux comme un lion, souple comme un tigre, rusé et méchant à la fois comme la panthère, bon comme un enfant. Sa violence ne connaissait ni entraves nibornes. Apaisé, il était plus doux qu'un agneau ; mais il fallait bien se garder de lappro-
che de l'orage. Cette approche était foudroyante. MeLeol
passait d’un état À l’autre sans transition, en un bond. Ki}
colère éclatait comme la foudre, puis il n’y avait plus
rien, pas même d’écho. I refusait à ses hommes leur
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gages sous le plus futile prétexte, et sa bourse, jusqu’au fond, était largement ouverte à tous. Y puisait qui voulait. Il ne craignait rien sous le soleil et il était redouté de tous. Un jour, cependant, il reçut d’un anadien qu’il venait d’insulter une de ces râclées énormes dont on se souvient toujours, tant que l'on conserve ses membres et ses muscles. Le lendemain, il fit venir à son bureau celui qui l’avait moulu et aplati : “ Tiens, lui dit-il, voilà deux cents dollars, maïs va-t’en d’ici ; tu ne peux rester plus longtemps avec moi. Il ne faut pas que personne puisse battre Peter McLeod.
—Je ne m’en irai pas, dit l’homme. Je ne quittera jamais Peter MeLeod.”
Peter garda l’homme, et l’homme garda les deux cents dollars.
Une chose que Peter MeLeod ne pouvait souffrir, c'était qu'on maltraitât le faible ; mais c'était plutôt par un sentiment altier de la force que par générosité. Il y avait vingt natures en lui ; il tenait du conquérant barbare, du sultan, de lécossais, et de l’indien. Conquérant, il était fait pour l'être. A défaut d’empire, il promenait sa domination sur deux à trois cents têtes docilemeat pliées sous sa main de fer. Sultan, il avait une dizaine de femmes, à peu près accréditées, et bon nombre d’autres auxquelles il émiettait en passant ses redoutables faveurs. Il se plaisait À voir s’aligner À sa porte, quelquefois dans une longue attente, les habituées de son harem, et à iex
A : ; Le faire répondre, chacune d’elles, à son appel. On voit
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qu’il avait en lui du moscovite aussi bien que d
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Ecossais, il l'était par la résolution, par la ténacité, cc
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que l’anglais appelle #rify of purpose IT ne lâchait jamais une chose entreprise et une fois voulue.
il l'était par une foule de côtés ; par ses vices comme par
Indien,
ses qualités morales, par les excès, par la brutalité et la cruauté, comme aussi par un extrème dévouement toutes les fois qu'il était parvenu à savoir où PAGE ce xoRs ment. Il était aussi par ses qualités physiques. Jamais homme plus adroit ct plus souple ne vécut QE ue Il sautait de la hauteur de son quai, à dix-huit pieds au-dessus de Peau, dans un canot d’écorec, sans Île faire plonger ni même balancer ; le canot Res, un per mais ne penchait ni d’un côté ni de l'autre. C s là que cent personnes, témoins oculaires, ont raconté de lui,
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Il buvait comme un teuton, sans merei pour lui-même,
avec fureur, avec la détermination de savoir qui des deux ; L
it n estom: a terrible eau de feu,
l’emporterait, de son estomac ou de la te : |
Comprenant que la boisson était son ennemie mortelle,
1 5e k a V il voulait en buvait avee rage ; et, ne pouvant la vaincre,
au moins montrer combien il en fallait pour tuer mn À £ | i
k Lu homme comme lui. Aussi, pendant neuf ans qu’il fut roi et maître de Chicoutimi, n’est-il pas resté sobre peut
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être trois mois de temps. Il mourut de congestic
. RS 1 hi a 1 ement de maladie, alcoolique, après quelques jours seul €
pendant lesquels tout son corps se carbonisa. Son lit était
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Quand et qu’il] demanda plongean montagn( Cam pagnc berceau, | l'impassib silencieux revêtait pe
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peutstion adie, était
une table placée dans la première pièce de l’ancienne maison de M. Price, laquelle renfermait alors quatre ménages, et qui, plus tard, complètement transformée, forma l’élégant manoir, entouré de jardins, ombragé d'arbres magnifiques qu’habitèrent longtemps les fils du grand industriel.