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Quand Peter McLeod vit que la mort était inévitable, et qu'il lui fallait céder au plus fort une fois en sa vie, il demanda qu’on ouvrit la croisée de sa chainbre, et là, plongeant une dernière fois ses regards sur les sombres montagnes qui bordent la rive opposée, sur toute cette campagne sauvage qui. lentourait, qui avait été son berceau, et qui, maintenant, le regardait mourir avec l'impassible sérénité de la nature, il resta longtemps silencieux à contempler cette scène muette qui déjà revêtait pour lui Paspect de l’immensité, suis on le vit se soulever avec effort sur son séant ct détourner violemment la tête. Un cri horrible sortit de sa poitrine en feu : “# Non, fit-il entendre d’une voix rauque et brisée, mais qui trouva assez de force pour ce cri suprême, non, je ne renx pas mourir en face des montagnes de mon pays,” «. il commença un geste désespéré, mais la mort était déjà là qui le tenait ; elle avança rapidement sur lui sa maiu impitoyable et, deux heures après, Peter MeLeod n'était plus.
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Un dernier mot sur cette étrange figure, certainement la plus intéressante de l’histoire du Saguenay à cette époque. Elle est restée dans la pensée et sous le regard de tous ceux qui l’ont connue ; et lorsque les anciens habitants du Saguen1v, qui ont subi sa terrible domination, parlent de Peter McLeod, c’est toujours avec un reste de haine singulièrement mêlé d’admiration, de crainte et de regret, oui, de regret, car Peter McLeod, disent-ils, “ fut le plus généreux en même temps que le plus intrépide des hommes de ce temps et de cette partie
de notre pays.”
Jusqu'en 1842, les pionniers n’avaient eu d’autre communication par terre avec les paroisses du comté de Charlevoix que par un sentier allant de Anse Saint-Jean à la Malbaie. Mais, dans le cours de cette année, des sauvages ayant fait vbserver que l’on pouvait facilement faire un chemin entre la Baïe Saint-Paul et la Grande-Baie, plusieurs citoyens de la Baie Saint-Paul et de Saint-Urbain, guidés par quelques Montagnais, et ayant à leur tête M. Boniface Cimon, ci-dessus mentionné, entreprirent dans l’automime une exploration volontaire. Cette exploration confirma le dire des sauvages, et, l’année suivante, le gouvernement chargea M. JS. B. Duberger, arpenteur de la Malbaie, de faire le tracé du chemin projeté. Le
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1843.— Au printemps de 1343 fut élevée la charpente du presbytère de la Grande-Baie, et, dans le courant de juin, le gouvernement nomma un agent des Terres Publiques pour percevoir les revenus de la coupe des bois. Cet agent était M. John Kane, de la Baie Saint-Paul.
Dans l'automne, M. Price acheta les dernières parts de la société des Vingt et un, qui n'avait réussi qu’à se couvrir de dettes. En revanche, la culture commençait
à faire des progrès sensibles.
1844.-—M. Bourret, curé de la Malbaïe, vint annoncer que l'archevêque avait récemment chargé les Pères Oblats de desservir toutes les missions du Saguenay, tant canadiennes que sauvages, et qu'au mois d'octobre suivant quatre de ces Pères remplaceraient M. Pouliot, T'archevôêque faisait savoir en outre que tous ceux qui cultivaient devaient payer la dîme des grains récoltés ; quant à ceux qui gagnaient leur vie autrement que par la culture, ils seraient tenus de payer annuellement au moins un dollar aüx missionnaires.
En effet, le 3 octobre, l'archevêque Signaï autorisait les Pères Oblats de Marie Immaculée À “établir une maison de leur ordre dans le Saguenay et à y donner des ? On voit par là que les Pères Oblats avaient
l'intention de s’y fixer d’une manière permanente.
missions. ?
Ils arrivèrent à la Grande-Baie en go‘lette, le 15 octobre. Ils étaient au nombre de quatre : J. B. IHonorat, supérieur de la mission, Flavien Durocher, Médard Bourrassa et Pierre Fisette. Le lendemain même, les Pères Durocher et Fisette partaient pour aller faire les missions de lAnse Saint-Jean, du Petit-Saguenay, de la Rivière Sainte-Marguerite, et, aussitôt après leur retour, se mettaient à étudier la langue montagnaise. Ils l’apprirent si bien que, dès le 1° janvier suivant, le Père Durocher était capable de prononcer son premier discours en cette langue devant une trentaine de familles montagnaises réunies à
Chicoutimi.
(1845). Les Pères firent avancer considérablement, dans le cours de cette année, la construction de la chapelle et du presbytère de la Grande-Baïe. Le 17 janvier eut lieu la bénédiction de la première chapelle de Chicoutimi, construite à l’usage des Canadiens sur la rive est de la
rivière du Moulin. Il y avait bien déjà la petite chapeîle :
des Jésuites, mais elle avait été construite seulement pour
l'usage des Indiens.
Au mois de murs, le lère Durocher alla se fixer à Chicoutimi. D’après le rapport qu'il fit peu après à larchevêque, on voit que la population du Saguenay atteignait alors trois mille Âmes, sur lesquelles il y en avait onze cents à lu Grande-Baiïe et six cents à la rivière du Moulin. On y voit de plus qu’il se manifestait déjà un élan irrésis-
tible vers la colonisation et que les gens s’emparaient des
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(184). Au commencement de mai la chaleur avait été excessive depuis plusieurs jours et la plupart des colons profitaient de la sécheresse pour faire brûler leurs abattis de bois. Tout à coup, le cinq de ce mois, un incendie effroyable, poussé par un fort vent de nord-ouest, se déclara dans la forêt, tout près des établissements, En moins de deux heures, le terrible fléau a consumé presque toutes les habitations de lAnse-à-Benjamin, de Saint- Alphonse, toute la partie du village de Saint-Alexis qui se trouvait entre la rivière Ia! Ia! et la maison de M. Price, et tous les quais et tous les moulins. Les hommes étaient dispersés partout aux travaux des chantiers et de la campagne, et il ne restait aux maisons que les femmes et les plus jeunes enfants.
Tout ne fut bientôt qu'un amas de cendres et ie soir vit toutes ces familles, désormais sans asile, errant sur la grève, dans le plus complet dénûment, ayant tout perdu et ne pouvant guère espérer de secours dans l'éloignement,
dans l'isolement où elles se trouvaient,
La tradition rapporte que le feu s’arrêta d’une manière bien extraordinaire. Les habitants, voyant leurs demeures consuméé et l’incendie sur le point d'attaquer la chapelle
et les constructions attenantes, allèrent trouver le Père
Honorat et le supplièrent de faire tous ses efforts pour l'empêcher de continuer son œuvre de destruction. Le Père les ayant encouragés de son mieux et leur ayant prodigué toutes les consolations possibles, se rendit aussitôt à l'endroit où l’œuvre de destruction se déchaînait avec le plus de vioience, et l'incendie maîtrisé, dompté, étouffé, s’arrêtait l'instant d’après dit-on, presque aussi prompte-
ment qu’il avait commencé.
Dès le lendemain, le Père ITonorat partait en chaloupe pour Québec où il allait faire à l'archevêque le récit du terrible malheur" qui venait de désoler sa pa visse, L’archevêque et le séminaire envoyèrent tout « ite des secours considérables, et le gouvernement expédia un bateau à vapeur avec suftisamment de provisions pour nourrir les incendiés pendant plus de deux mois. Malheureusement, le bruit courut à Québec que les pertes des colons du Saguenay n'étaient pas aussi considérables qu’on le rapportait, ee qui empècha la ville de souscrire plus de deux cent cinquante dollars pour leur venir en aide. Cet argent fut employé à acheter des étoffes et des vêtements.
Les mêmes bruits malveillants refroïdirent le généreux élan des paroisses ; cependant Kamouraska, les Eboulements, la Malbaie et la Baie Saint-Paul se firent remarquer par leur libéralité.
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Quoiqu’ils fussent loin d'être proportionnés aux pertes éprouvées par les colons, ces secours n’en vinrent pas moins fort À propos pour les aider À ensemencer leurs terres qui, cette année, produisirent plus qu'elles ne l'avaient encore fait.
Comme il n'y avait pas à la Grande-Baie assez de logements et de provisions pour tout le monde, on fit embarquer dès le lendemain de l'incendie une soixantaine de femmes et d'enfants en bas âge, à bord d'une goélette qui fut remorquée jusqu’à la Malbaie par le bateau à vapeur de M. Price.