‹ Le Saguenay et le bassin du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 35 sur 101 · PS RE RE · texte numérisé non relu

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et uniforme va-et-vient qui n’en donne pas moins au port une grande partie de son mouvement. A droite, s'étagent des chaînons bossués et ravineux qui, tantôt s’élancent et tantôc rampent, jusqu’à ce qu'ils aillent s’engloutir dans le bassin de la Grande-Baie. Ces chaînons, de granite compacte et ferme, sont tous arrondis et polis à leur surface comme l'acier ; on dirait qu'ils ont été lavés pendant un temps infini par des torrents que rien ne lassait. En maint endroit il s’en est détaché de gros fragments qui ont été rouler à plus ou moins de distance ; on voit la déchirure parfaitement sensible et comme encore récente, tandis que la surface est toujours lisse et pour ainsi dire lustrée. Qui a pu détacher ainsi ecs gros fragments de roche, dont les molécules serrées et drues sont si adhérentes ? Sous l’action de quelle force inconnue, rapide comme l’écluir, s’est donc faite cette cassure si nette et si vive qu’on ne saurait l’attribuer à aucune cause de désagrégation ? C’est ce que nous tâcherons d'examiner dans un autre chapitre, en faisant remarquer dès maintenant que le même fait se reproduit ailleurs, dans la vallée du Lac, etque partout où il y a unesérie de rochers, comme sur ioute la rive sud du lac Kenogami, ou des chaïînons interrompus par des gorges profondes et des monticules dalluvion, oomme le long de la Belle-Rivière et sur le chemin qui conduit d’'Hébertville à lile d’Alma, ces rochers et ces chaînons ont invariablement la même forme arrondie, comme celle de longues vagues pétrifiées, et la

surface aussi polie, aussi lisse que l’ivoire lui-même.

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LE BASSIN DU LAC SAINT-JEAN mn

Du haut du plateau qu'il vient de gravir, le voyageur verra les rivages de Saint-Anne et de Saint-Fulgence, incessamment rongés par la rivière, et d'énormes blocs de pierre arrachés, enlevés de la crête et du flanc des montagnes, et qui ont roulé jusqu'à leur base, sur les bords du Saguenay. À droite, à gauche et en arrière de lui, il contemplera avec étonnement ces capricieuses et colossales ondulations du sol qui, depuis le Portage-des-Roches jnsqu'à Chicoutimi ou jusqu’à la Grande-Baie, atteignent des proportions gigantesques, semblables à d’immenses az de marée d’alluvion qui auraient été précipités et retenus 1 dans un effroyable désordre. Plus loin, en arrière, son œil pourra apercevoir les magnifiques terres du Grand-Brûlé, les champs dorés de blé et d’avoine sur lesquels se balancent mollement les longues tiges qui portent les épis nourriciers.

Que le voyageur continue, qu’il travarse cette région, fertile entre toutes, et bientôt il arrivera au Portage-des- Roches où commence une campagne tout à fait différente, aride, rachitique, qui portelestraceslamentables desanciens incendies, et où la pousse nouvell: des bouleaux et des trembles lutte avec effort contre l'aspect désolé des innombrables troncs d'arbres naircis, des espaces dénudés et des monts déboisés qu’enveloppent seulement ça et 1à quelques maigres broussailles. Cette campagne aura le même aspect jusqu’à l’extrémité occidentale du lac Kenogami : mais là, la nature, reprenant sa force et sa fécondité,

apparaîtra avec une beauté nouvelle et rendra au voyageur

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sa confiance ébranlée par le morne trajet qu'il vient de

parcourir.

Toute cette partie du chemin Kenogami est lugubre : les grands arbres calcinés et restés debout semblent des sentinelles d’un autre monde qui regardent avec une fixité étrange tous les passants nouveaux à l'allure rapide et inquiète. En effet, lorsqu'on traverse de nuit ce désert peuplé de fantômes, aussi morne qu'une iande, on se hâte afin d'échapper à un ennui indéfinissable qui pèse «sur l'esprit et qui participe de Pinpatience et de l'angoisse, Lorsque c’est de jour, on regarde avec un étonnement 1uêlé de pitié les huttes grossières qui jalonnent le chemin de distance en distance et qui sont habitées par autant de familles de colons dont toute la subsistance provient d’un petit lopin de terre où pousse le blé, d’un enclos étroit où l’on sème des patates et de deux ou trois plattebandes où quelques légumes rachitiques essaient de parvenir à maturité,

Cà et là cependant apparaissent sur la route quelques maisons faites de bois équarri et quelques ébauches d'une culture plus étendue et plus sirieuse. La colonisation se propage malgré lingratitude du sol, et le nombre des habitations augmente d’année en année: Le chemin v a été ouvert la plupart du temps à travers les roches où bien sur de longues étendues de sable ; il n’en persiste pas moins à être excellent malgré ces désavantages, et le

voyageur ne peut s'empêcher d'en témoigner sa surprise :

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nt de « C'est toujours bien curieux,” disait il y a quinze ans déjà, à l’auteur de ce livre un habitant d’Iéberville qui

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LA ni boue ni rien qui retarde la marche, et, dans bien des e hate à ee ’ endroits, on eontemple avec plaisir la jeune pousse des se sur NT SU Tv trembles qui à réussit à dérober sons un épais rideau de

HOISLO ee feuillage l’aspect toujours le même de rochers, de brousse sailles et de troncs d'arbres noircis.

hen autant ” rovient * * enelos PRE | ne platte- On fait ainsi vingt milles avant d'arriver au Beauparve- Portage, et quand, le long de la route, on pent saisir quelques aperçus du ae Kenogumi au-dessus de la phalange de rochers qui l’interceptent au regard, cela suffit 1clques pour compenser toute la monotonie et la sécheresse du sd'une | paysage. Ces aperçus sont ravissants. On voit au delà ation se de la plaeide et profonde nappe du Iae Pépaisse muraille re «es de montagnes bien boisées, très-accidentées, qui s'élève emin V presque à pie sur la rive sud jusqu'à une hauteur variant hes où de trois À einq cents pieds, et qui a posé de ce côté une >ersiste barrière infranchissable 4 la colonisation. Ces montagnes et le formaient l’ancien rivage du lac Saint-Jean, et elles ont

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et le sable emportés par les torrents aprèsle cataclysme qui a bouleversé toute cette région. Cependant, il en a recu une certaine quantité qui a été déposée au fond de son jit ; mais là où les montagnes s’abaïissant, comme au Portage-des-Roches, ont cessé d'offrir une protection contre les torrents, le lac, ou plutôt la crevasse primitive 4 été bouchée par d'énormes amas d’alluvion, de sable et de terre végétale ; c’est ainsi qu'a été formée la partie du pays située entre le lac et la Grande-Baie. Toute issue vers le Saguenay lui étant ainsi interdite, Ie lac Kenogami a dû chercher un autre passage à ses eaux, et west de là qu'a pris naissance la rivière Chicoutimi,

décharge principale de ce lac.

À l’autre extrémité, c’est-à-dire au Beau-Portage, commence la division des eaux, de celles qui coulent vers le Saguenay d'avec celles qui coulent vers le lac Saint-Jean. Là, le lac Kenogami débouche secrètement sous terre par ane coulée, et reparaît sous la forme d’nr ros ruisseau qui passe par un petit lac appelé Claire et qi alimente le lac Kenogamichiche, à un mille et demi plus loin.

Autrefois, le lac Kenogami, dont l’ancienne orthographe

est ‘ Quinongamingue,” ce qui veut dire “ lac long”

du mot indien Tsinogami, ren‘ermait une plante curieuse: le]

&’était la lobélie tubulaire, dont les feuilles restaient en-

titrement submergées, tandis que sa corolle, d’un bleu

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