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Le rapport de ces explorateurs fixa définitivement le choix du bureau d’administration sur le canton Labarre. Aussi M. le curé Hébert s’y rendait-il au mois d’août suivant avec quarante-quatre hommes. Le 21 de ce mois, le premier arbre était abattu au lac Wikwi, lequel tient au lac Kenogami par un étroit canal ; puis, M. Hébert alla planter sa tente à l’autre bout du lac Kenogamichiche, À l'endroit où devait s'élever peu de temps après le village d'Hébertville.
On a vu plus haut ce qu'est aujourd’hui la paroisse d'Hébertville avec ses 8,400 habitants et ses dix-huit rangs de terre cultivée. Il a fallu quarante ans pour en arriver à; mais les commencements furent lents et pénibles. Quelques détails rétrospectifs à ce sujet ne peuvent manquer d’intéresser le lecteur.
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La première année, les travaux ne durèrent que deux mois ; on fit un abattis de deux cents arpents, prêt à être brûlé le printemps suivant, et l’on ouvrit un chemin d'hiver de cinq milles de longueur sur la rive droite de la rivière Chicoutimi, afin de relier le Grand-Brûlé au Portage-des- Roches. Il en coûta À l’association, cette année-l\, 3,190 dollars.
La deuxième année, M. Hébert revenait au printemps avec un parti pourvu de tout le matériel nécessaire à un grand chantier : chevaux, vaches, provisions, planches, madriers. À leur arrivée au Portage-des-Roches, sur le lac Kenogami, il restait aux pionniers seize milles à faire pour atteindre là première limite du canton Labarre. Outre plusieurs rivières et ruisseaux à traverser, le terrain, partout couvert de bois et brisé par des rochers, des ravins et des marais, offrait des difficultés presque insurmontables. Le transport sur le lac était bien le plus facile, mais on n'avait que deux petites barges d’une douzaine de pieds de long. La nécessité fit trouver le moyen de se tirer d'embarras. On construisit sur le champ un radeau de 40 pieds d° long sur 20 de large ; au milieu de ce radeau on déposa les provisions et les animaux, et quarante hommes se placèrent sur les bords pour amer; soixante voiles furent tendues et l’on s’avança lentement après avoir récité les litanies de la Vicrge. Deux barges disposées à lPavant ct poussées par huit hommes aecélérèrent la marche. Vingt-quatre heures après on arrivait à l’autre bout du lac. C'était le 29 mai. Les travaux commencèrent aussitôt et durèrent cinq mois. Cent vingt-cinq hommes y furent employés ; îls firent un nouvel abattis de 405 arpents, prèt à ôtre brûlé l’année suivante ; ils ouvrirent un chemin de 20 arpents entre les lacs Kenogami ct Kenogamichiche, et un autre chemin de 50 arpents sur les bords du Kenogamichiche : ils
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la Grande-Baie au Grand-Brûlé et firent enfin tous les préparatifs nécessaires pour que l’on pût semer au prin-
temps du grain et des légumes.
On ne pouvait alors se rendre au canton Labarre qu’en suivant la rivière Chicoutimi, où bien en allant de la Grande-Baie au Portage-des-Roches : mais il y avait cinq milles de chemin à ouvrir pour compléter ectte dernière route. M. Hébert et ses hommes réussirent à en faire une route assez passable pour des charges de 800 livres ; cependant, deux ans après, il fallait encore toute une journée pour faire les onze milles qui séparent le Grand- Brülé de la baie Ha ! Ha !
L'année 1851 vit les premiers colons qui aient passé un hiver au Luc St. Jean : ils étaient au nombre de quatorze. Is avaient, durant l'hiver, battu le grain et coupé 850 billots de pin pour les constructions qu’ils auraient à faire l'été suivant. Dès le printemps, 75 autres colons vinrent les aider à faire un abattis de cinq cents arpents, à semer 200 minots de grain et 60 minots de patates, à améliorer les anciens chemins, à construire trois maisons de vingt pieds de longueur sur dix-huit de largeur, trois granges, cinq hangars et deux camps d'hiver. En même temps, on élevait à la chute de la rivière des Aulnaies unescierie pour travailler sur place tout ie bois de charpente, et un
moulin à farine qui allait permettre aux colons de ne plus
obligés d’al'er jusqu'à Chicoutimi pour faire moudre
leur grain.
Voilà quels furent les commencements modestes ct pénibles de la colonisation du canton Labarre. L'asso-
ciation avait retiré de ses actionnaires une somme de onze
mille quatre cent quarante-six dollars, ($11,446.00) avec lesquels elle avait fait faire tous les travaux ; mais elle
redevait encore au gouvernement $8,520.00, qu’elle n’était
guère en mesure de lui payer ; néanmoins, la colonisation de la vallée du lac Saint-Jean était désormais une chose
réelle, un fait accompli ; il ne manquait plus que des
chemins pour assurer les communications, l’un entre le Lace et Chicoutimi ou la Grande-Baïc, l’autre entre ces
deux derniers endroits, et un troisième enfin entre le Lac
et Québec même, la cepitale de la province,
Terminons ce rapide exposé de la fondation d’Hébert-
ville par les lignes suivantes empruntées au rapport
présenté au gouvernement, en 1868, par M. Siméon
Lesage, chef de cabinet aux Travaux Publics :
‘Il faut avoir parcouru ect cspace de trentc-six milles qui s'étend entre Hébertvil'e et Chicoutimi pour se faire une idée des misères et des fatigues qu'ont endurées les intrépides colons de ce pays jusqu'à ecs années dernières. IL faut surtout avoir entendu de leur propre bouche les récits émouvants qu’ils en font. Dans les premiers temps, quand tout leur manquait, c'était à Chicoutimi et à la Grande-Buie qu’il leur fallait aller chercher leurs approvisionnemenys.
“Ces rudes commencements leur ont porté bonheur, la Providenec s'est laissé toucher par tant de courage ; aujourd'Eui is
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peuvent se suflire à eux-mêmes, Il ne leur manque plus qu'un
médecin ; j'espère qu'ils n’en seront pas longtemps privés, car il y a là de quoi tenter l'ambition des jeunes gens de la Faculté qui cherchent à s'établir. Il ne s'agit pas seulement d'Hébertville, mais encore de tous les étal 'issements qui se trouvent au delà, dans toutes les directions. Un bon médecin qui s'y établirait porterait secours à bien des misères et acquerrait en peu d'années une position fort enviable.
* La plupart des colons d'ITébertville sont venus des comtts de l'Islet et de Kamouraska ; il suflit de jeter un coug-d'œil sur leurs maisons, leurs granges @t leurs clôtures pour le reconnaître. On en compte cependant un certain nombre qui sont originaires du comté de Charlevoix. A Ja sortie de l'église, je pris un intérit extrème à examiner cette population ; je fus frappé de son allure vive et intelligente. Loin d'avoir aitéré ses traits, letravail et les fatigues lui ont imprimé un cachet d'énergie et de ficrté que l’on trouve rarement à un degré pareil. C'est d’ailleurs un fait incons testable que les habitants cs nouveaux Ctablissements offrent partout l'exemple da progrès et de lPactivité. A peine ont-ils satisfait aux besoins les plus impérieux que vous les vovez de suite témoigner de l’intérèt pour l'éducation, s’ocenper de Icurs affaires municipales ct, au besoin. raisonner fort sainement sur les affaires politiques. Il v a certaines plantes qui, pour atteindre tout le développement dont eiles sont susceptibles, ont besoïu &'étre arrachées du sol dans lequel elics ont germé et d'être transplantées ailleurs ; on dirait que la conquête du sol vierge a le
méme effet sur la c'asse des défricheurs.” U x __* %
Eu quittant Iébertville, on s'éloigne petit à petit de
la Belle-Rivière : on la laisse À sa droite et on continue
de suivre le chemin Kenogami jusqu’à Naint-Térôme,
première paroisse établie sur le bord du lac Saint-Jean, À douze ou treize milles du village que nous venons de laisser derrière nous. Le pays est extrèmement accidenté, montueux, pittoresque, d’une originalité brouillonne et tapageuse qui en fait comme une espèce d’enfant terrible de la nature, prèt À tout mettre sans dessus dessous. On n'y fait que monter et descendre des côtes pratiquées an milieu d'épais dépôts d'alluvion, qui apparaissent comme des collines abruptes, se dressant dans toutes les postures, le long de la route. On ne voit partout que vallées et coteaux, et la campagne semble onduler sous le regard. À droite, À gauche, devant, derrière soi se découvrent de
gnent la base des
petits lacs, remplis de truites, qui bai collines et plongent dans la terre à des profondeurs souvent prodigieuses ; ces petits lacs donnent naissance à une foule de cours d’eau qui fuient dans toutes les directions et se ereusent les lits les plus capricieux. Souvent, ils disparaissent tout à coup et on les retrouve un mille plus loin, débouchant au détour d’un mamelon ou rasant le fond de quelque précipice. Cette campagne conserve le même caractère sur toute la rive orientale du lac Saint-Jean jusqu'à sa décharge dans le Saguenay, c'est-à-dire dans toute l'étendue du canton Signaï quele cours bizarrement tortueux de la Belle-Rivière sépare du canton Caron. C’est en empruntant au canton Signaï une grande partie de son territoire que s’est formée, à l’ouest du Lac, il va une vingtaine d'années, la paroisse de Saint-Gédéon,
qu'habitent aujourd’hui plus d'un millier d'habitants.
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