CHAPITRE XI
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fécondée pendant des siècles ; elle à certaines senteurs
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propres qui traversent l'atmosphère et vont s'exhaler au loin dans les bois et les champs; on la pressent aux fraîches bouffées qui s’échappent de son sein et on croit l'entendre avant de l'avoir aperçue, dans les échos ranimés, dans les frais murmures qui emplissent l’aur, lorsqu'on arrive enfin au terme du long et ennuyeux trajet qu'on a
parcouru à travers toute la presqu'ile de Chicoutimi,
Le voilà donc devant nous ee lue dont la renommée, chargée de légendes, a déja volé vers de nombreux pays. La voilà, cette région du Lac Saint-Jean qui a tant exercé les imaginations depuis quelques années, dont on a tant parlé, que l’on connaît si peu et vers laquelle se portent de si nombreuses, de si ardentes espérances. La voilà, cette étrange petite mer, avec son peuple de poissons aussi étranges qu’elle-même : le wavanish, qui ne se pêche guère que pendant six semaines, du 1er juin au 15 juillet. qui fait bondir des heures entières la main du pêcheur sobstinant après lui, qui fait des sauts de quinze pieds et qui franchit une chute aussi aisément qu'un ruisseau, plus alerte, plus vigoureux que le saumon lui-même ; la munie, qui a la queue et la couleur de l’anguille, 14 forme du crapaud de mer et la tête comme celle de la morue, quoique un peu plus plate ; l'afossel, autre produit singulier qui vient on ne sait d’où ct dont les ancôtres ont A faire de nombreux croisements ; enfin, le brochet, mais le brochet monstre, qui a jusqu'à six et sept pieds de longueur, qui exeree un terrible brigandage
dans le lac, toujours à l'affût de quelque proie, et qui
saisit sans façon les pieds des nageurs aventureux, en leur faisant de remarauabies blessures. .., La voil enfin, exposée à nos regards, cette petite mer songes au fond de sa large et féconde vallée qui nous attire ot nous invite à la parcourir en tous sens, à venir faire la preuve de tout ce qu’on à promis en son nom et à reconnaître si elle est vraiment une terre privilégiée où <épendra avant longtemps le flot d’une population nouvelle, vigoureuse etimpatiente d'essayer tous les genres de force et d'action ! Partons done pour cette nouvelle campagne: allons reconnaître la vallée du lac, fuisons-en le tour ct voyons ce qu'elle réserve aux colons par ce qu'ont puy fair. déjà en moins de trente ans les colons actuels, tont en remarquant d'avance que les plus fertiles parties de la rallée ne sont pas encore, pour la plupart, ouvertes à li
colonisation.
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Le lae Saint-Jean, appelé par les Indiens “ Poaguawomi,” ce qui signifie * lac plat ? est situé dans une im mense vallée et est le réservoir de plusieurs grandes rivières, dont quelques-unes prennent leur sourec dansles hauteurs qui séparent le territoire de la mer de Hudson de celui de la province de Québec. IT est situé sous le 45 degré, 32°, 87” de latitude nord, et entre le 71° degré dl longitude ouest. Il est à 48 milles de Chicoutimi, à T0 milles environ au nord de Québec et à 25 milles à l'ouest
nord-ouest de Tadoussac. Il couvre une superficie d'env
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La forme du lac Saint-Jeen est presque ovale, sa plus grande largeur étant de trente milles, de l'embouchure de la Métabetchouane à celle de la Péribonca, et sa moindre largeur de dix-huit milles, entre la pointe Saïint- David à l’est et la pointe Bleue à l'ouest. Iln'a que deux issues, comme nous Pavons déjà dit, la Grande et la Petite Décharge, dont la réunion, quelques milles plus loin, forme la rivière Saguenay. Sa profondeur est assez peu variable. À Métabetchouane, sur une étendue de plusieurs milles, de gros navires pourraient passer tout près du rivage dans les hautes eaux du printemps ; inais, en général, les bords du lac sont tellement plats que les goëlettes même, ne jaugeant pas plus de 30 à 40 tonneaux, ne peuvent en approcher ; et cela surtout à l'embouchure des rivières, paree que ces rivières charroient avec elles une quantité énorme de terre d’alluvion et de détritus
végétuix arrachés à leurs rives.
Il faut aller à deux ou trois milles du rivage pour trouver une profondeur d’eau qui varie entre deux et neuf brasses ; jusque-là elle n'est guère que de trois pieds et souvent de moins que cela même, ce qui donne lieu à la grande fréquence de la houle au moindre vent : le lac sagite ct se gonfle comme la mor dans la tempôte ; ses bas-fonds semblent se soulever ; l'eau qui les recouvre,
battue aves violence, s'échauffe et devient tiède : les
vagues, au moindre souffle du nord-ouest, s'élèvent À une hauteur étonnante, d'où il résulte que la seule navigation possible sur ces bas-fonds, celle qui se fait en canot,
devient extrémement dangereuse.
Ce peu de profondeur du lac et la température élevée de secs eaux, lorsque le vent les fouctte, en donnant lieu À une évaporation rapide, peuvent servir d'explication &un fait qui, saus cela, serait assez diflicile à comprendre, c'est que six rivières comparativement larges et plusieurs autres plus petites se déversent dans le lac, tandis qu'il n'en sort qu'une, et encore est-ce une rivière de dimensions rés.
treintes.
Le printemps, à la fonte des neiges, le lac, nourri par les grandes rivières du nord, hausse rapidement sont niveau. Il atteint souvent vingt-cinq picds en quinze jours et même trente pieds au-dessus de son niveau d'hiver: c’est alors que les deux décharges deviennent insufisantes pour déverser dans le Saguenay le trop plein de ses eaux, et le lac 1e précipite sur ses rives qu'il ronge, arrache ct fait erouler pêle-mêle dans les sables qu'il pousse en tous
sens,
En automne, lorsqu'il pleut, le lac se gonfle rapidement : il “afaisse non moins vite lorsque la pluie cesse, surtout lorsque le vent souffle dans la direction du nord-ouest où du sud-ouest. Il se couvre alors d’éeume et ses fonds mobiles, brisés en maints endroits, se creusent où S'entas-
sent sur la rive nord, en déplaçant le chenal des rivières
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x leur embouchure, de telle sorte qu'en automne il devient
impossible d'y naviguer sans bounces,
L'hiver, le lac prend à glace dans toute son étendue ; mas ce n'est pas avant le milieu de decembre qu'on peut le traverser sans péril, quoique la glace commence à se former un mois environ avant cette date, Vers la mis février, il devient impassable et l’on ne peut aller que sur les bords, Au printemps, les bords du lac seulement sont navigables vers la fin d'avril, et il faut attendre encore une douzaine de jours avant que la glace ait disparu de
toute la surface, x X*
Le lac Saint-Jean communique non seulement avec le fleuve Saint-Laurent par la rivière Saguenay, mais aussi avec le grand lac Mistassini, après une succession de portages, échelonnés sur un parcours de ent cinquante lieues. Du lac Mistassini, appelé aussi lae des Baies, à cause de sa forme qui n’est guère qu'une suite de grandes baies presque parallèles, il est facile de se rendre à la mer de Hudson par la rivière Rupert qui coule entre le lac Mistassini et cette vaste mer septentrionale. On peut attendre le Saint-Laurent, du côté ouest, par la rivière Batiscan et le Saint-Maurice. On atteint de même FOutaouais, au moyen de divers lacs et ruisseaux qui forment une chaîne À peine interrompue entre le lac Saint-Jean et
les sources de la Gatineau, d’où l’on peut faire trois conts
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