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La compagnie de la Baie d’'ITudson emploie ordinairement, pour transporter ses marchandises au lac Mistassini, des barges conduites par des hommes qui sont régulièrement formés à cette besogne, et qui, pour la plupart, sont métis. On se sert de canots de cèdre pour aller dans les petites rivières à la recherche des Indiens qui s'avancent avec leurs pelleteries, car on ne peut trouver dans ce pays
d'écorce de bouleau pour faire des eanots.”?
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Après avoir reconnu les bords du lac, Michaux suivit pendant deux jours la rivière Rupert et était armvé as oz près de la baie de James. à lextrémité sud de la mer de Hudson, lorsque les sauvages refasèrent d'aller plus loin \ cause de la saison avancée. Au reste Michaux avait atteint son but et reconnu la communication entre les divers lacs du nord et la mer de Hudson. “ Toute cette contrée, dit-il, est entrecoupée de milliers de lacs et
Aoouverte d'énormes rochers entassés les uns sur les autres ettapissés de lichens noirs, ce qui ajoute à l’aspeet sombre
t lugubre de ces régions désertes.”
Les arbres qu'il avait signalés étaient le pin rouge pinus rubra), l'épinette blanche (abies alba), lépinette uge où mélèze, et le pin blane (pinus strobu). Celui-ci xhève de eroître à environ quarante lieues au nord de l'embouchure de la Mistassini ; quant à la pruche, on la
trouve jusque dans le voisinage de la mer de Hudson, Mentionnons en outre le populus balsamifera, dont le nom vulgaire est “ liard ”, arbre qui s'élève jusqu’à 80 pieds de hauteur, avec un diamètre de trois pieds, 1à où le sol est humide et la température rigoureuse.
En quittant la Mistassini on suit la rive nord-est du Lac et, après une course de dix à onze milles, on arrive à la rivière Péribonea (ce nom signifie “ rivière curieuse ”) qui se jette dans la partie la plus septentrionale du Lac, par le 48e degré, 42 de latitude nord. Près de son
embouchure, à l’ouest, vient se décharger la petite Péri- | boncea, dont les rives sont très-fertiles. Bouchette ditque
le pays arrosé par cette rivière est celui qui, de toute la
vallée du lac Saint Jean, offre le terrain le plus favorable
à la co'onisation. ‘ Plus on la remonte, dit-il, plus le sol
est bon. Les bois qui y poussent sont le tilleul, le bou-
leau, l’épinette, le sapin et le cyprès ;”” l’assertion de
Bouchette est confirmée dans le rannort de M. ITamel en
termes tellement semblables que nous nous dispensons 4%
les reproduire.
L'embouchure de la Péribonca paraît plus étroite que celle de la Mistassini, parce qu’elle est bordée d’un côté
par une pointe de terre se rattachant à des battures qui
sont submergées seulement dans les hautes eaux. Ony
remarque aussi de nombreux bancs couverts de saules ct
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pointe de rocher ou par quelques touffes d'arbres cet de saules qui s’avancent jusque dans le lac.
En arrière, c’est la forêt où poussent en abondance le eyprès, le bouleau, l’épinette, le sapin et le tremble, et dont le solse couvre de bleuets, de thé sauvage, de quelques rares bouquets de fleurs modestes et de petits arbrisseaux portant toute espèce de baies dont les ours font leur nour-
riture ordinaire. !.
C’est là la plus belle partie du Lace. La nature y apparaît dans toute sa virginité, et elle est loin d’avoir le caractère ârre et souvent farouche des pays montagneux ; au contraire, elle offre une physionomie pleine de douceur et de charme où les grands traits, remplis de noblesse, n'ont rien d’altier ni de dominateur et se fondent aisément dans l’ensemble des détails pittoresques.
La première chaîne de montagnes se trouve À une distance de vingt-cinq à trente milles du rivage, et quelquefois plus ; toutes les explorations qui en ont Cté faites concourent à faire regarder ce sol comme remarquablement fertile et capable de recevoir une population de plus de cent mille Âmes. Le terrain est presque partout
plat et richement boisé; c’est de là que la maison Price
1—Les ours sont extrêmement nombreux dans la région da Lac. Ils viennent au bord des rivières manger les baies blanches ou rouges qui poussent sur les arbrisseaux, ainsi que le cormier. Le soir, on les guette et on les tre. Ils sont du reste très faciles à effra ver et se sauvent généralement devant l’homme, à moins qu'i s ne soient attaqués ou ne défendent leurs petits.
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fait venir le seul pin qui a échappé aux incendies dont la vallée du lac Saint-Jean à été le théâtre À diverses époques, et dont plusieurs espèces de bois ne se relèveront jamais; c’est là aussi que monsieur Benjamin Scott, grand industriel de Roberval, a établi une scierie importante où plusieurs centaines d'hommes trouvent de l’emploi toute l’année.
De la Péribonca à la Grande-Décharge, il y a quelque chose comme quinze à seize milles de distance ; deux milles plus loin est la petite Décharge qui va rejoindre la précédente à l’extrémité orientale de lile d’Alma, et toutes deux forment alors la rivière Saguenay, laquelle poursuit son cours jusqu’au fleuve Saint-Laurent. Lorsqu'on arrive à la Grande-Décharge, après avoir suivi la rive nord du lac, on est frappé de l’aspeet tranquille qu’elle présente, de sa physionomie en quelque sorte réservée, et l’on se demande si c’est bien IÀ cette issue impétueuse par laquelle tout un lac déverse ses eaux qui vont bondir de cascades en cascades et de rapides en rapides jusqu’à ce qu’elles trouvent un niveau égal à celui du grand fleuve. C’est que la première cascade appelée la “ grande chute,” ne commence pas à la sortie même du lac, mais seuleinent à deux milles plus bas, et qu’on peut difficilement l’aper: cevoir, à cause des sinuosités de la rive. Après cette
“grande chute,” il n’y a plus guère que des rapides peu
violents, une sorte de courant pressé qui fuit jusqu’à Terre-
Rompue, endroit où les rapides cessent et où commence
l'écoulement insensible de la rivière Saguenay, jusqu'à
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son embouchure dans le Saint-Laurent.
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A l'ouverture de la Grande-Déchage se trouve un
grand nombre de petites îles, au milieu desquelles le
courant rétrécit sa vitesse 1. On dirait, surtout lorsque le
vent d'ouest souffle, que le lac, impatienté de ces obstacles
immuables, veut se préciter sur eux ct les inonder de ses
flots, ne pouvant les renverser. Les rochers de ces ilots
sont polis comme la glace, et les arbrisseaux qui y poussent
plongent leurs racines dans un sol d’alluvion qui semble
avoir été laissé 1à dans un mouvement précipité de re-
traite ; ils ont l’attitude de sentinelles placées abrupte-
ment sur une ligne brisée et attendant quelque cataclysme
nouveau qui les relève de leur consigne. La ligne des flots
franchie, la Grande-Décharge apparaît dans toute sa lar- 9 =
geur qui est d'environ un demi mille, et sur ses rives on
distingue cà et 14 quelques morceaux de terre cultivée où
de rares colons ont construit leurs loghouses. C’est ici
qu'était l'endroit le moins élevé de lancien lit du lac
Saint-Jean, et les rivières du nord, qui lui apportaient le
tribut de leur eaux, y ont été naturellement amences,
lorsque le lac s’est précipité dans la crevasse subitement
1—Cis Les s'appellent Dalhousie.
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entr'ouverte par le cataclysme auquel on suppose que la rivière Saguenay doit son origine. Avec le temps la Décharge s’est creusée, et en se creusant, elle a lavé complètement les rochers qui se trouvaient sur son cours jusqu'à Terre-Rompue. Elle avait d’abord passé toute large et couvrant tous les sommets ; mais, en se creusant, elle s’est rétrécie et, par suite, a abandonné sur place une partie des terres d’alluvion qui écinturaient les rochers ; la crête de ces rochers est restée complètement nue et est devenue lisse sous l’action continue du débordement des eaux.
Tout le iong de la côte de l’ile d’Alma, qui sépare les deux décharges, se trouvent encore bon nombre d’autres îlots semblables à ceux que nous venons de passer. Cette ile, longue d’environ cinq milles et large de trois, renferme une paroisse appelée Saint-Joseph d’Alma, où l'on compte de huit à neuf cents âmes aujourdhui. Dès qu'on à dépassé la petite Décharge, qui longe la rive sud de l’île, an atteint le canton Signaï, le plus beau peut-être et le plus accidenté de tous ceux de la vallée du Lac. On yvoit se développer rapidement la paroisse de Saint- Gédéon, ainsi baptisée en l’honneur de M. Gédéon Ouimet, naguère surintendant de l'instruction publique. Ce n’était encore, ily a une vingtaine d'années à peine, qu'un
groupe de lots fraîchement défrichis, qu'on appelait
l'établissement de la rivière Grandmont ; aujourd'hui,
cest une paroisse florissante, qui ne compte pas moins de +. mille habitant: !
Traversant toute cette paroisse est an chemin qui va | directement de la petite Décharge À Iébertville. C'est | un beau chemin de douze milles de longueur qui passe I par un admitable pays portant les empreintes multiples Î
dune catastrophe dont la main caressante du temps a fait disparaître l'horreur en lui laissant la beauté. Partout se dressent sous le regard des mamelons épais, formés de terre d’alluvion, au milieu desquels serpente, descend et monte le chemin ; en même temps s’étalent des rochers d
de toute forme, qui prennent les attitudes les plus
diverses, tout en conservant invariablement la même
surface polie et comme satinée, que nous avons déjà
remarquée ailleurs. On voit les mille méandres de la
Belle-Rivière, qui arrive à se jeter dans le Lac après avoir OR J
couru follement le long de coteaux abruptes, au fond des
précipices ou sur de verdoyants tapis dorés par le soleil.
Les aperçus que, de temps à autre, on a du Lace, à mesure
que l’on chemine sur la route d’Alma, sont ravissants ;
à peine s’est-on éloigné des rives que l’on est frappé à la
vue d’un vaste plateau de terre végétale, parfaitement
1—Les céréales v Connent d: beaux rendements. Le cinquième environ des terres est défr.ché ; les quatre autres cinquitmes sont également fertiles. Faint-Gdon scra un jour une dés riches parcisses du Lac Saint-Jean.
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uni et qui s'étend au loin, formant un contraste étrange avec la campagne partout accidentée et profondément convulsionnée que lon a sous les veux. Ce platean domine toutes las hauteurs ; mais si l’on avance encore un peu plus loin seulement, on admire en revanche à sa droite une large vallée qui se déploie jusqu'aux bords du Lac, en se couvrant d’une riche fourrure d'herbes, de pâturages abondants et de frênes et d’ormes au feuillage intense.
Le voisinage du lac, dont l'âpre senteur arrive au loin, du lae qu’on aperçoit encore à travers des éclaircies subites, longtemps après qu'on s’en est éloigné, et dont on entend confusément le murmure irrité quand il se gonfle sous le vent de nord-ouest, donne à la nature du canton Signaï un caractère et une saveur dont on se sent bientôt pénétré sans pouvoir en saisir immédiatement la cause. Le même phénomène qui se produit aux environs de la mer se manifeste ici ; il y a comme une espèce de sensation magnétique qui avertit de la proximité d’une grande masse d’eau sur laquelle les vents jouent en liberté ; Pair est plus pur, plus vivifiant, plus sonore : il s'emplit de plus de vibrations, et lime en reçoit comme une impression d'éveil et d’accroissement de vitalité dont il est impossible de ne pas reconnaitre l’origine et le caraetère, Le lac Saint-Jean, du reste, a son influence et des effets
qui luisont propres. Eloigné dans l'intérieur du pays, il produit sur les populations qui l'entourent lillusion de la mer ; illes attire, les fascine et les retient par le charme unique qu'il apporte dans la monotonie du pays quil arrose.
Pays monotone, soit, mais excellent pour y vivre de longues années, C’est un milieu dans lequel tousles besoins factices disparaissent et où la santé compromise s’empresse de se refaire. Les colons sont contents de leur sortet vivent de peu. Ils s’étonnent quand vous leur offrez de l'argent en échange de leur hospitalité. Ils sont une race admirable, d’un courage et d’une persistance uniques. Placés pour ainsi dire au sein de la nature, ils apprennent à la connaître tous les jours ; ils y apprennent les secrets de l'hygiène et de la conservation de la vice, et, sous ce rapport, ils peuvent en remontrer à bien des gens de la ville. Ce serait le devoir imp‘rieux du gouvernement de seconder, d'aider une pareille population de tous les moyens en son pouvoir ; nous ne saurions trop insister
là-dessus.
“ Pourquoi restes-tu ici ?” disait l’auteur de ce livre à un enfant de cinq ans dont la famille habitait une misérable loghouse près de la petite Décharge. “ Parce que je
vois le Lac, ” repondit-il. Ce que contient estte simple réponse, qui ne le sent? Le Lae ! voilà le nom qu'on
eutend retentir par dessus tous les autres dès qu'on met
le pied sur le territoire du Saguenay. Le Lace est le desi-
pays, il on de la charme
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vivre de s besoins cmpresse
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ace admi- , Placés nent à la secrets de , SOUS Ce ens de la -ernement e tous les
D insister
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au’on met
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deratum de tous ceux qui sont établis 1à où ils ne peuvent le voir ; aussi ne doit-on pas s'étonner de ce que de nombreuses familles pauvres, des paroisses du Saguenay qui ne peuvent plus prendre d'extension, préfèrent se diriger vers les rives du Lac que d’émigrer aux Etats-Unis, comme le font les habitants des anciennes paroisses situées sur les bords du $aint-Laurent. Quel argument pourrions-nous faire valoir de comparable à cette impulsion spontanée ? Quelles considérations émettre en faveur de la colonisation de la belle vallée du Lac que cette seule parole d’enfant ne jette dans l'ombre et ne domine ? Aussi, n’ajoutons pas un mot : mais colonisons, colonisons le Lac Saint-Jean, afin qu'un jour des milliers et des milliers d’enfants, qui auront été transportés et retenus près de ses rives par nos efforts, puissent nous remercier de leur avoir conservé une aussi chère patrie.