‹ Le Saguenay et le bassin du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 49 sur 101 · HYPOTHESE DU CATACLYSME · texte numérisé non relu

HYPOTHESE DU CATACLYSME

Exposition de la théorie de ce cataclysme, auquel remonterait l'existence de la rivière Saguenay

La rivière Saguenay est un gouffre subitement taillé en plein granit, blessure cffroyable portée d’un seul coup au sein d'énormes entassements de montagnes, et qui a conservé toute son horreur primitive, qui est restée béante depuis des milliers d'années, comme l’attestent l’étonnante

physionomie de son sol, l’image de bouleversements

270 LE SAGULNAY

répétés, les épaisseurs profondes d’alluvion, de terre

végétale, jetées comme au hasard, en énormes amas, sou-

levées comme le sein de l’océan dans la tempête, puis

s’affaissant dans des ravins de deux à trois cents pieds de

profondeur, tout cela à la fois, brusquement, sans cause

explicable, si ce n’est par un épouvantable choc dans les

entrailles de la terre et par le déchaînement des étéments

qui en fut la suite.

Comment se rendre compte de l'existence de cette

rivière qui coule, non pas sur le flanc des montagnes, ri

dans une vallée, comme font toutes les rivières dont le

cours est normal, dontle lit s’est creusé lentement, d’après

les lois régulières, mais qui se précipite violemment à

travers les montagnes entr’ouvertes, et dont la profoadeur

atteint parioïs jusqu’à près de mille pieds ? D'où vien-

drait d’autre part cet énorme volume d’eau? Serait-ce

des nombreusss rivières qui coulent dans le Saguenay où

dans le lac Saint-Jean ? Mais aucune de ces rivières n'est

navigable autrement qu’en canot, si l’on en excepte les

plus grandes d’entre elles, comme la Chamouchouane, la

Mistassini et la Péribonca qui, elles-mêmes, n’ont jamais

plus de huit à dix pieds d’eau, et encore n'est-ce que sur

uue très-petite partie de leur embouchure ! $Serait-ce le

lac Saint-Jean qui apporterait ce contingent prodigieux

ji aux eaux du Saguenay ? Mais le pauvre lac, quo qu'il

recoive des rivières venues de toutes les direction: ni

nulle part plus de quatre-vingt pieds de profondeur, ct,

du reste, :! ne s'écoule que faiblement dans le Saguenay

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de cette tugnes, D s dont le it, d'après mment à rofsadeur D'où vien- Serait-ce guonay où ières n est cepte les jouane, là nt jamais Ce que sur serait-ce Île brodigieux : que qui etions, ni

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Saguenay

par les deux issues que nous avons mentionnées bien des fois déjà, la grande et la petite Décharge. En outre, le Saguenay lui-même n'i bn | Saguena) i-même n'a aucune profondeur jusqu’à une douzaïne de lieues de la sortie du lac ; 1] ne consiste qu'en une succession de rapides et de cascades, jusqu’à . " L l'endroit où la marée se fait senti vs | a marée se fait sentir. Pourquoi ce peu de profondeur dans cette partie de son cours, et puis tout à e | | | coup ce 7 inq li p cet abime de vingt-cinq lieues de long où la sonde , L a 4 LA L} e. . | | | atteint parfois le fond qu'à mille pieds sous la surface ? Pourquoi, dirons-nous encore, ces iQ | : s encore, ces rapides et leur arrêt 4 : \ Le É Fe | subit à Terre-Rompue ? Pourquoi, de l’autre côté de la Les .. . L2 L] | ; presqu'ile de Chicoutimi, trouve-t-on cet étrange lac r ; Û \ gp ° | ns Kenogami, tout à fait enclavé dans les montagnes, et dont l’épaisseur d’eau é ivi on ont l'épaisseur d’eau égale celle de la rivière elle-même ? DS : te : :

Pourquoi, partout où l’on voit des rochers ou des chaî nons dans le bassin du lac, ces rochers ou ces chaînon . : | j sont-ils presque partout, pres Î i > partout, presque invariablement arrondis polis à leur surface ne lis à surface, comme par ün lèchement persistant J à Le continu des v s ? Pourquoi ces bi é 1 des vagues ? Pourquoi ces bizarres néandres, ces FOToCS 1 £ = : 2 gorges innombrables creusées en serpertant au milieu des amas d’alluvion et de terre végétale? Pourquoi ce Les : ) ?S rocs, ces nombreux cailloux 1 : Jreux eailloux abs olés Î i ibsolument isolés, entière-

ment détaches du sol, que l’on aperçoit tout à coup en plein champ ou le long de quelque rivière au rivage appa remment paisible, et dont la formation est a celle de ces rocs? Pourquoi partout ce es cette nature tourmentée, ces cscarpements, puis ees cHon-

drements, ces soulèvements ; soulèvements et ces woutffres, cet orage ? ÉD

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terrible de: éléments qui semble avoir été arrêté dans son cours et pétrifié sur place? Pourquoi ce phénomène, en tant d’endroits répété, qui proteste contre l'œuvre patiente de la nature, contre son action régulière et naturelle ? Ah assez de questions, assez d’interrogations dressées devant le vaste problème que nous avons sous les yeux: sachons y plonger nos regards sans plus longtemps le redouter, sans une confiance trop grande dans la perspicacité de Pesprit qui distingue les causes dans les effets et se les explique, mais aussi sans aucune crainte puérile, avec la détermination de découvrir les secrets de la nature, et de les révéler en les démontrant victorieusement, dès que nous croirons suffisamment les tenir.

Ce que nous voyons aujourd'hui du lac Saïit-Jean, cette petite mer intérieure de douze lieues de long sur neuf de large, presque ronde, qui ressemble, avec ses rivières, à un vaste crabe étendant ses pattes dans toutes les directions, n'est rien qu'une miniature de ce qu'il était jadis. Ah fljadis..…..… nous voulons dire il y à des milliers et des milliers d'années, c'était pour le Lac les beaux jours ! Alors, il était grand, profond, superbe, ct les tempêtes devaient le faire mugir avec fracas sur la ceinture de montagnes qui lui servaient de rivage et lui faisaient un cadre de quatre-vingt-dix lieues de circonférence. Alors, il avait aussi lui ses abimes, il couvruit

ans son ène, en atiente urelle ?

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des chaînons élevés ; ses caux renfermaient l’épais tribut Rlalluvion lentement apporté par les âges, et uniformément déposé sur son lit que rien ne troublait dans les profondeurs où il était étendu. Les rivières qui accourent \ lui de tous côtés, celles du nord beaucoup plus considérables que celles du sud, parce qu'elles partent de plus loin, et qui aujourd’hui tombent dans le Lace après une succession de rapides et de chutes, n'étaient comparativement alors que de petits cours d’eau arrivant tranquilkment de la hauteur des terres et plongeant avec modestie dans le vaste corps du Lac, comme destributaires doeiles, depuis longtemps rompus au joug et satisfaits. Soudain h terre s’entr’ouvrit avec fracas, depuis l'endroit où est l'embouchure de la rivière Saguenay jusqu'aux rivages actuels du lac Saint-Jeañ ; les montagnes se fendirent gus l’action de quelque terrible force intérieure, et toute ætte mer de 90 licues de tour se précipita dans la fissure béante. Les montagnes qu’elle tenait ensevelies sous ses duux découvrirent leur tôte baignée de vagues éperdues ...et alors, de ces sommets subitement éclos dans l'espace les torrents jaillirent. Ils S'élancèrent affolés, au nilicu des précipices ou sur les cimes les plus altières, ne chant ni où ni comment se frayer u'. passage, courant lans les ravins, puis tout à conp bonGissant sur quelque igantesque ceucil, allant comme une force aveugle, hneant devant eux d'énormes masses d'argile, de sable, kdétritus végétaux qui s'attachèrent aux flancs des nonts et qui remplirent les gorges béantcs. Ils voulurent 1S

combler l’abime étrange, mystérieux, profond, qui s'était } entr'ouvert soudainement devant eux ; ils y jetèrent les

matières en décomposition que les siècles avaient amasstes

dans leur sein, Quand ïls rencontrèrent des obstacles invincibles, ils rebroussèrent chemin, se cherchant un lit k plus facile, pendant qu’au loin les vallées émues et frée À

missantes retentissaicnt des échos de Jeur course furieuse,

Longtemps, pendant des siècles, ils s’épuisèrent sur des chaînons compactes qui leur barraient le passage ; ils les inondérent de leurs flots irrités, enlevant leurs crûtes qu’ils jetaient ensuite en éclats cent pas plus loin, ou bien les aplanissant, les arrondissant sous le roulis de leurs

pu vagues, les léchant jusqu’à ce qu’elles fussent dépouillées du dernier arbrisseau, de la dernière tige arrêtée dans

leurs crevasses ou attachée à leurs flancs ; puis, chargés

dl: de tous ces débris, ils allèrent les précipiter dans les

vastes anfractuosités des montagnes, dans toutes les

profondeurs restées à découvert, semant ainsi partout au

hasard les trésors de leur maternité féconde

Quand le Lac se vit, lui, de grande mer intérieure qu’il

était naguère, qu'il était il y avait à peine quelques

heures, couvrant d’orgucilleuses cimes, plongeant dans

d’insondables abimes, réduit à n’être plus pour ainsi dire

tx qu'un étang en présence de ces énormes rivières qui, la

veille encore, venaient lui demander humblement un asile

dans son sein, et qui, maintenant, se précipitaient sur lui

comme pour l’accabler de sa déchéance, il essaya une

"était nt les assUes tacles un lit et fré-

rieuse,

sur des ils les crètes ou bien le leurs pouillées tée dans , chargés dans les utes Îles

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eure qu'il qu elt [ues ant dans ainsi dire es qui, la it un asile nt sur lui

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derni ” e C ) L LEA »Le S ait ( ») à O1 3 ( er dc géant, 1l l'AMA: ù ad ce qu il lui r'e t Il a Ut ù se » l ] !

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Mais, impui Mais, impuiss: rai ; , impuissant, vaincu d'avance, ayant à lutt seulement € , , , .. NL “ contre les torrents déchaînés qui tombaient avalanche: sC ets ous he s de sommets en sommets, remplissant l’ du tonnerre de mille « : sen mille chutes es É nt | s escaladées et franchies pres- R s, mais encore contre les chaînes de rocl qui, maintenant libres, « 1 | re : : ant libres, se dressaient en maint endroit evant lui, contr si “ 1, contre les immenses barrières de sabl 1 s'entassaicnt le a us $ s unes sur les ) s autres à l’e :

grands cours d’eau sans Se ans cesse occupés d i ui 1pés de grossir multiplier | Î rares ne P es obstacles, il retomba..., comme épuisé, sur le lit d'argile où il allai’, dé . g allai” désormais s’ 1 ais s’ensevel s le morne repos des sit .

os des siècles. Long Si sur cette tombe mouvantc l Re ante que lui firent i it 168 ve < sable et d’alluvion tous les ans É Re D S n 4 - ] Re nu s renouvelées, jusqu’au jour s d'hommes inconnus, hôtes errants des g ois, vinrent sillonner son dos sur de frèl res dite i r de freles 1fs parcoururent en tous sens, à es js s sens, à la poursuite silencieuse d gibier et des auimaux à pas g $ aux à.chaude four urrure dont 1 sie . : oullula alors les forêts avoisinantes . ee CCR] ! ?

nous pard indi A | pardonne cette indigne esquisse de se qu’:

)IUMe a] Qc | ; ee I humaine ne saurait décrire. Nous avon se £ s parcouru

les l'1V S € è a 9°cs S l t le ) il es f rn) > € Le D 2 les cotea 1X. (e S Û [8 $ O SH) lent

par les âges, à la suite de ce hoquet formidable du globe qui rejeta subitement à sa surface tant de matières entassées dans son sein ; nous avons vu le grand cataclysme écrit d’une main frémissante, en caractères qu'aucun œil humain ne saurait méconnaître ; nous l'avons vu comme un grand livre ouvert d’où Pévidence jaillit avec impétuosité, et notre esprit, agité de puissantes émotions, s’est la:ssé emporter à vouloir peindre cette heure terrible où la nature entière sembla s’abimer dans le chaos. Qu'on

nous pardonne cette audace puérile qui a cependant une

exeuse ; &’est que nous aimons tant notre sujet que nous d ne mesurons pas nos tentatives aux forces qu'il exige ni à d la grandeur qu'il renferme, ct que nous faisons de notre D a mieux, content de voir notre faiblesse même servir à le C

rehausser encore et à le faire valoir davantage.

IT

Le lac Saint-Jean s’étendait jadis à l'est jusqu'aux montagnes qui bordent la rivière Sainte-Margucrite ct

qui sont les plus hautes de toute la région du Saguenay.

Au nord il baignait une autre chaîne de montagnes, rela-

tivement basses, qui se trouve à énviron quarante milles

au delà du rivage actuel. Il en était de même à l’ouest;

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mais néanmoins, l’anciens rivage du sud était beaucoup

moins éloigné que les autres, parce que la chaîne de

montagnes de ce côté est bien plus rapprochée des bords

du lac moderne que celle du nord, et elle est en outre

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plus élevée, double raison pour que l'ancien lac s'ecendiît moins loin vers le sud. La crevasse qui a ouvert les montagnes du Saguenay s’est faite à partir de Tadoussac, où la profondeur de la rivière atteint mille pieds, et s’est continuée avec quelques variations jusqu’à la baie Ha ! Ia ‘où elle s’est bifurquée et est devenue une double crevasse dans laquelle plonge aujourd'hui le Saguenay, d'un côté, et le lac Kenogami de l’autre.

Quel changement soudain dans la géographie physique de ce pays! Alors, la rivière Sainte-Margucrite, qui débouche dans le Saguenay et descend de l’ouest, partait au contraire du lac et se jetait dans le Saint-Laurent. C’est elle qui apportait à Tadoussac et qui y déposait les épais amais de sable qui s’y trouvent. Violomment ramenée en arrière, elle laissa là ses dépôts et prit un autre cours, celui qu’elle a continué de suivre jusqu’à nos jours. La baie Ia ! Ia !, ou Grande-Baïce, n'existait pas avant le cataclvsme, parce que le lac couvrait alors toute cette région et se terminait au sud et au sud-est par deux larges baies dont on pourrait indiquer à peu près l'emplacement sur la carte, et qui sont aujourd’hui des plateaux couverts d’épaisse alluvion ; on pourrait déterminer approximativement l’existence et l'étendue primitives de

ces baies par la nature et laconfiguration du sol.

M 7 | À l'heure du cataclysme, toute l’eau, qui baignait cette

région maintenant à see, forma, en s'engouffrant dans la

RRPARRSRES ES RENTE

crevasse de mille pieds de profondeur, tout à coup entr'ouverte, un énorme torrent d'environ vingt milles de largeur sur une profondeur de cinq cents pieds, lequel entraîna avec lui une énorme quantité d’alluvion ct d'argile qu'il déposa au hasard partout où il ne trouva pas d'obstacles, C’est ainsi qu'il remplit tout l’espace compris entre la baie ITa ! Ia! et le lac Kenogami, parce qu'il n’y avait là que de la terre ; cependant il y est resté çà et là quelques petits lacs. Cela explique comment la baie Ha! Ha!se trouve soudainement interrompue ; la crevasse en cet endroit a été bouchée par les éboulis, ct les matières qui étaient apportées pêle-mêle ont été plus tard nivelées par les grands courants qui venaient de |:

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