‹ Le Saguenay et le bassin du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 65 sur 101 · LA AE · texte numérisé non relu

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de l’autre, nous avons deux ingénieurs, l’un, ingénieur-en-chef de la la ligne, l’autre, nemmé par le gouvernement, qui aflirment positivement tous deux, dans des rapports en date du 29 avril, avoir examiné les travaux qui se poursuivaient alors à Gostcrd, et qui en iont le détail technique, Qui devons nous croire, du déj uté di Rouville ou des ingénieurs qui se prononcent après un examen personnel scrupuleux ? La Chambre jugera.

La Comyagnie, forte de l'opinion de ses ingénieurs, tous deux d'avis que J4 route de Jacques-Cartier à Saint-Paymend par Gosford est difficile, qu'elle offre des pentes ‘de 300 pieds au mille, et qu'elle oblige à faire un long détour, a décidé de l'abandonner et de suivre une ligne droite. À quoi réussira le député de Rouville si son opposition au projet de loi triomphe ? Uniquement à forcer la Compagnie à dépenser plus d'argent sans raison, puisque personne autre que lui ne s'oppose à la modification de Ja ligne, ct l’on peut ctre sûr que la Compagnie ne reculera pas devant cette dépense, déterminée qu’elle cst à construire le chemin quand méme; il ne resterait plus alors au député de Rouville qu'à faire décider Far les tribunaux si la charte de la Compagnie est valide ou non. En supposant même que la charte soit périmte, pense-t-on que la Chambre voulût en dépouiller la Compagnie pour une considération légale puérile ? Non, elle ne peut commettre une pareille injustice envers une compagnie qui 1 donné toutes les garanties désirables et qui a déjà fait de grandes dépenses à la poursuite de son objet. Quiconque à quelque expérience des chemins de fer sait que lorsqu'une ligne est une fois commencée, souvent on en modifie le tracé afin d’afin d'avoir un accès plus facile aux terres les plus propres à la colonisation, et aussi alia d'éviter de trop grandes difficultés de parcours,

À la suite de ces considérations si claires et si convaincantes, présentées par les avocats de la Compagnie du

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Luc Saint-Jean, les députés de l'Assemblée Législative n'hésitèrent pas à adopter le projet de loi de M. Beaudet et à accorder à la Compagnie toutes ses demandes, Dès lors, le triomphe de cette dernière semblait assuré et définitif, et deux de ses directeurs partaient, peu de temps après, pour l’Europe où ils allaient essayer de contracter un emprunt qui permit à la Compagnie de finir ses travaux et de livrer sa ligne complète au public,

dans le cours de l’année 1885.

Mais il s’en fallait de beaucoup que la Compagnie pût trouver les moyens d'atteindre si tôt son objet. En 1885, c’vst à peine si elle touchait à la rivière Batiscan, au bout de la deuxième section de la ligne ; à la fin de 1886, elle se rendait jusqu'à l’île du lac Edouard, au delà de la troisième section; douze mois plus tard, elle arrivait au lac Bouchette, à cent soixante milles de son point de départ, et en 1888 enfin, ses trains de construction parvenuient en vue de Chambord, nom récent donné à la Pointe aux-Trembles, paroisse riveraine du lac Saint- Jean.

La Compagnie semblait maintenant toucher presque au terme de sa longue et difficile entreprise. Maïs quelle somme effroyable de labeur il avait fallu accomplir pour arriver jusque là ! Aujourd'hui lon s’étonnerait qu’une

compagnie mit un temps si long et eût tant de difficulté

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à construire une ligne de cent quatre-vingt milles seule. ment. Mais qu'on se reporte aux jours où cette entreprise fut commencée. A cette époque-là on en était encore aux premiers rudiments de la construction des voies ferrées ; tout était à créer à la fois ct lon manquait des moyens les plus élémentaires, les capitaux ne s'étaient pas encore exercés à la construction de chemins de fer purement provinciaux, et l’on avait à vaincre des obstacles bien autrement formidables que la chaîne des Laurentides ; c’étaient les montagnes de préjugés et de défiances qu'il fallait franchir ou du moins contenir, avant seulement de pouvoir se mettre en marche. Que de notions absurdes, indignes,ne se plaisait-on pas à répandre ! Que d’accusations pour flétrir le projet et ses auteurs ! Que de démarches pour le faire avorter! Quoi! l’histoire des cxigines et du déve. loppement du chemin de fer dont nous suivons les étapes serait une odyssée, je dirais presque douloureuse, s'il était permis d'appliquer une pareille épithète à une matière de ce genre, et si je ne craignais d’attirer des larmes sur le sort de capitalistes, chose qui ne s’est jamais

vue !

Les insinuations malveïillantes débordaïent donc de tous côtés comme des éjaculations fétides ; elles provenaient surtout, on le conçoit aisément, des endroits et des gens à qui le chemin de fer allait être le plus profitable. On

ne pouvait admettre qu’un sentiment patriotique, une

vision claire de l'avenir, en dehors d’un intérêt partaite-

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