‹ Le Saguenay et le bassin du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 98 sur 101 · DERNIERE ETAPE — LA TUQUE · texte numérisé non relu

DERNIERE ETAPE — LA TUQUE

Cinq à six milles plus haut que la Rivière-aux-Rats on franchit le rapide Croche, qui tire son nom de sa forme, On aperçoit à sa droite la chute de la petite Bostonnais, cours d’eau qui se jette dans le Saint-Maurice, d’une hauteur de deux cents pieds, à l’origine dela chute, après avoir descendu une pente graduelle de trois cents pieds de plus, à partir du lac Wayaguamac, qui se trouve à cinq milles seulement de distance. La petite Bostonnais sert de décharge à ce lac qui n’a pas moins de quinze milles de longueur et baigne des paysages de la plus originale beauté. A cet endroit de son cours, le Saint-Maurice a un niveau de 449 pieds au-dessus de celui du Saint- Laurent ; le niveau du lac Wayaguamac est de 946 pieds au-dessus de celui du fleuve, ce qui fait doncune différence de cinq cents pieds dans un espace de terrain qui ne mesure pas plus de cinq milles. On peut aisément se représenter tout ce que l’industrie humaine pourrait tirer

d’un cours d’eau qui, en un si court trajet, fait une descente de trois cents pieds, terminée par une culbute de deux cents, et qui doit être las sans doute aujourd’hui d'exécuter une pareille cabriole, uniquement pour porter les eaux d’un lac à une rivière et pour émerveiller quelques

rares voyageurs !

A partir de la Rivière-aux-Rats la nature du Saint- Maurice a repris son aspect dur et sévère, adouci ça et là par la présence de quelques prairies et de quelques fermes, mais noffrant en général an regard qu’une lisière étroite de terrain, au pied des montagnes, et quelques pauvres habitations. Mais dès qu’on arrive en vue de La Tuque, qui n’est plus qu’à trois ou quatre milles de distance, la scène devient toute différente. La valiée de la rivière qui s’est élargie, qui à remplacé par des pentes douces, couvertes de vigoureuses forêts, les falaises et les bords hérissés qui accompagnent le Saint-Maurice, dans

presque tout son cours, apparaît traversée tout À coup

par une haute chaîne de montagnes qui semble fermer toute issue vers le nord. Au dessus de cette gigantesque barrière, se détachant de l’ensemble des crêtes sourcilleuses et les dominant de toute la hauteur de son torse, s'élève un haut promontoire auquel sa forme arrondie à donné un nom célèbre.... nous avons devant nous la fameuse

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montagne ‘ La Tuque” et le vaste et splendide panorama qui va se déployer presque sans interruption jusqu'aux rivages lointains du lac Saint-Jean,

Le Saint-Maurice s’est frayé un passage étroit à travers la chaîne de montagnes. En atteignant le pied du promontoire, il se resserre et s’engouffre dans un couloir qui n’a guère plus de cent pieds de largeur et est coupé dans le roc vif. Ses eaux ainsi comprimées se hérissent de colère et, pour se débarrasser des entraves que la nature leur oppose, elles se précipitent avec fureur d’un escarpement de quarante pieds de haut, et forment dans leur chute la première cascade de la Tuque. Ecumeuses, bondissantes, elles continuent leur course, elles glissent comme des flots d’éclairs sur un plan qui sans cesse s'incline, et, après une série de cascades et de rapides d'environ un mille de longueur, elles vont s’abattre, épuisées et domptées, dans une large et paisible baie, aux bords souriants et doux, qui ne rendent même pas un écho du tonnerre roulant de la chute.

C’est sur le rivage de cette baïe qu'était autrefois: le poste très important de La Tuque, établi pour les besoins du commerce de bois, et qu'est aujourd’hui la mission

qui renferme environ une cinquantaine d’îmes.

La baie est un des endroïts les plus poissonneux du Saint-Maurice, et la chute est un des plus puissants pouvoirs hydrauliques de la province.

La destinée et les événements ont singulièrement retardé jusqu'ici les progrès et la prospérité que semblait être en droit d'attendre un établissement comme celui de La Tuqne. Placé à la tête de la navigation, entouré d’un pays fertile, servant d’intermédiaire au commerce de la compagnie de la Baie d’ITudlson avec les Trois-Rivières, À portée de communications faciles et assez rapprochées avec le Lac Saint-Jean par la rivière Croche, pourvu d’un incomparable pouvoir hydraulique et de grandes estacades pour retenir le bois de commerce amené par les tributaires du Saint-Maurice, le poste de La Tuque pouvait légitimement s'attendre à un rapide développement, à sa rapide transformation en une cité florissante. Malheureusement, l'abandon de la ligne de bateaux à vapeur, établie autrefois par la compagnie Norcross et Phillips, et l’abolition de la station des estacades du gouvernement, effectuée il y a quelques années, ont porté un coup fatal À des espérances zisément réalisables.

Cependant, il y a tout lieu de croire qu’un avenir prochain accomplira ce que des circonstances imprévues ont simplement entravé. Grâce au rétablissement de communications régulières par bateaux à vapeur et à la divulgation de plus en plus grande des avantages et des ressources que possède le territoire du Saint-Maurice,

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nous pourrons contempler, avant la fin du siècle actuel, sur le parcours de cet impétueux tributaire du Saint- Laurent, des établissements populenx et prospères dans tous les endroits où ‘industrie, le commerce et la colonisation auront quelque chance de trouver un champ profitable, un libre développement.

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