CIRCONSCRIPTION DES RENI MZAR
Leur langue, qui s’appelle le mzabïa, semble être un dialecte de la langue berbère.
Les chefs et les gens riches en contact habituel avec les tribus nomades parlent cependant l’arabe, et tous font leur prière en cette langue , que l’on enseigne dans les écoles.
Les Béni Mzab sont mahométans, mais khouaredj ( sortants , schismatiques ).
Il existe , pour cette raison sans doute , entre eux et les Arabes une haine traditionnelle , mal déguisée par les relations de pur intérêt qui les unissent. Dans le désert comme dans les villes du littoral, une foule de contes populaires signalent les Béni Mzab au mépris des vrais croyants. Quand ils sont morts, il leur pousse des oreilles d’âne; ils n’auront qu’un cinquième dans les joies du paradis, etc. Nous avons dû rechercher l’origine du schisme des Mzabit, et voici ce que nous avons trouvé dans l’ouvrage du savant Sidi Khelil, un des t'olba musulmans les plus vénérés. Nous traduisons textuellement :
« Les khouaredj ont transgressé les préceptes de Sid A’ii; ils « habitaient H'aroura, petite ville dépendante de K'oufa, dont « elle n’est éloignée que de deux milles.
« Les khouaredj n’ont changé que quelques préceptes; ils « ont qualifié d’impiété tout péché.
« Les Béni Mzab en général et quelques habitants de Djerba « (royaume de Tunis) appartiennent à cette secte.
« Ils sont désignés khouaredj, parce qu’ils sortent du Medheb « H'all Senna, du chemin des gens qui suivent les préceptes du
D’ALGER A OUARGLA
« prophète, c’est-à-dire qu’ils n’appartiennent à aucune des « quatre sectes autorisées :
« El Maleki.
« El H'anafi.
« El Chefa'ï.
« El H'anbeli.
« Les Béni Mzab s’appellent ainsi parce que la terre qu’ils « habitent s’appelle Mzab, ou peut-être mieux encore parce « qu’ils ont sur cette terre une rivière qui porte ce nom.
« 11 ne faut pas croire cependant que tous ceux qui habitent « la terre des Mzab ou de Djerba soient khouaredj ; car on « trouve chez eux des gens qui suivent les préceptes de notre « seigneur Moh'ammed ; ceci a été démontré et prouvé par les « paroles du cheikh el Djouhari, qui a dit :
« Les Imam des gens de Djerba connus pour khouaredj ne « sont point valables , et leur témoignage ne peut être accepté « en justice. Ne faites point d’alliance avec eux; il y a même des « gens très-respectables qui m’ont assuré qu’un homme de « Djerba, reconnu khouaredj, étant mort dans le Soudan, sa « tête s’était changée en tête d’âne.
« Ils ne sont point de la secte de Malek, quoiqu’ils prétendent « en être, en s’appuyant sur ce qu’ils habitent les pays de l’oilest ; « mais dans le cœur, ils ne suivent ni la secte de Malek ni les « autres ; ceci est prouvé par leurs actes. »
11 résulte de Y opinion de Sidi Khelil que ce qui caractérise les khouaredj , c’est qu’ils appellent infidèles, et repoussent comme ayant fait scission avec la loi , tous ceux qui commettent des péchés, tandis que les croyants, plus indulgents pour les pécheurs , admettent que les révoltés contre Dieu peuvent rentrer dans sa grâce;
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qu’ils diffèrent des autres sectes dans la pratique du culte; qu’en un mot, ils n’admettent point laSenna, mais seulement le Ferd , ou cette partie du K or an regardée comme de révélation divine, comme donnée par Dieu.
C’est sans doute pour la raison que les Béni Mzab forment une cinquième secte , qu’ils sont ironiquement désignés parles Arabes sous le nom de Kbamsïa, qui veut dire les cinquièmes. Cette qualification a pris le caractère d’une injure tellement grave que, chez eux, ils puniraient de mort tout individu qui les appellerait Kbamsïa.
Quoi qu’il en soit , les Béni Mzab sont beaucoup plus sévèrement religieux que les Arabes ; ils ont pour la prière des vêtements particuliers que ne souillent point les pratiques de la vie habituelle; ils jeûnent , prient et font leurs ablutions exactement.
Leur pureté de mœurs est poussée jusqu’au rigorisme : ce sont les puritains du désert. Ils peuvent, il est vrai, épouser quatre femmes, mais, contrairement aux habitudes du Sahara, ils les cachent soigneusement aux yeux de tous. Un fils ne peut voir que sa mère, un frère ne peut voir sa belle-sœur ; sortent-elles, elles se voilent entièrement , et de manière à ne laisser paraître qu’un œil. L’adultère est lapidée; son complice paie une amende très-forte , reçoit cinq cents coups de bâton, et est banni du pays.
Religieux observateurs de la foi donnée, ennemis
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jurés du mensonge , ils mourraient de faim auprès du dépôt qui leur est confié ; un Béni Mzab vous a dit : « Dieu soit avec vous ! » Dormez tranquille, il veille.
Généralement très-sobres, ils ne mangent que des mets préparés chez eux et par eux ; ils ne prisent ni ne fument, c’est un péché. Ils ont F ivresse en telle horreur que, si quelque juif vient à s’enivrer, des perquisitions sont faites dans sa maison ou même chez tous ses coreligionnaires ; les jarres de vin et d’eau-de-vie de figues (ma’ia) sont brisées sur la place publique.
Si une juive se livre à la prostitution, elle est honteusement bannie.
Il est assez remarquable que les Béni Mzab , une fois sortis de chez eux , oublient si complètement leur édu cation nationale, qu’il serait fort difficile d’en retrouver les traces chez nos Mzabit d’Alger et des villes du littoral. Ceux-ci sont ivrognes et débauchés à l’excès; aussi sont - ils complètement désavoués par leurs compatriotes. Quand ils sortent de leur pays, ils sortent de leur religion ; ils sont oubliés comme des morts ; leurs femmes peuvent se remarier; et pour rentrer chez eux, ils sont forcés de faire amende honorable , de subir une expiation : ils se coupent soigneusement les ongles des mains et des pieds; ils se purifient dans de la graisse chaude ; ils se lavent de la tête aux pieds; ensuite, les mains croisées sur la poitrine, ils se rendent auprès du cheikh Baba et l’abordent en lui disant :
Ana men Allah ou men et J T]aïehin (Je suis des gens