COMMERCE
« désert vos richesses, votre justice et voire puissance. « Voici deux ans que nous n’avons pas été à Tunis, « vexés que nous sommes sur toute la route par une (( infinité de petits cheikh qui nous imposent des tributs a sur leur territoire; la route d’ailleurs n’est pas sûre. « Chez vous , au contraire , on voyage en sûreté et sans « rien payer, nous y viendrons faire nos achats. »
El M’aïza a visité avec nous tous nos établissements publics ; et si nous en croyons l’impression sous laquelle il est reparti , nous devons espérer que des relations régulières ne tarderont pas à s'établir entre ce point extrême du Sahara et nos établissements.
La position d’Ouargla, à deux cents lieues d’Alger, ne l’a pas toujours préservée de l’ambition conquérante des Turcs. On conserve encore dans la ville cinq ou six boulets que des canons algériens y ont lancés. Quelques deys aventureux ont aussi poussé jusque-là , mais on ignore à quelle époque. Partis d’Alger avec de nombreux fantassins , ils auront traversé le Ziban et le territoire de Tougourt, forçant sur la route les tribus et les villages à leur fournir de proche en proche des chameaux et des mulets, et seront venus mettre le siège devant Ouargla jusqu’à ce quelle leur ait payé un tribut en argent, en esclaves ou en dattes, etc.
Cheikh el H'adj el Ma’ïza nous a assuré que la djema’ dont il est membre , conserve un gros livre qui serait l’histoire de la ville. Il nous a même promis de nous en envoyer un abrégé ; nous n’osons croire à cette bonne
D’ALGER A OUARGLA
fortune, mais un jour viendra, sans doute, ou nous pourrons aller consulter ce monument précieux.
NGOUÇA.
Ngouça est située à six lieues N.-E. d’Ouargla au milieu des sables.
C’est une petite ville de cent cinquante à deux cents maisons , défendue par une muraille d’enceinte crénelée et couronnée par vingt-cinq ou trente fortins de forme carrée ; elle a cinq portes :
Bab Zer'reba.
Bab el A’ilouch.
Bab Talmoimest.
Bab cl K'asbah'.
Bab A’ïn Zerga,
Cette dernière porte doit son nom à l eau d’une fontaine qui alimente la ville.
Ngouça est défendue par une k'asbalé assez bien fortifiée; on y trouve deux mosquées et des écoles; un k/ad'i est chargé de la justice.
Les habitants se nomment Ouled Babïa; ils obéissent à un chef qui prend le titre de clieïkb, et dans la famille duquel le pouvoir est héréditaire , avec cette particularité qu’il ne passe point au fils du cheikh défunt, mais au plus âgé de la famille. On raconte que dès qu’un nom eau cheikh vient d’étre élu, il se bâtit son tombeau
NGOUÇA. 89
qu’il orne à la façon musulmane. Chaque jour il y vient faire sa prière et n’en sort point sans y avoir laissé une offrande , qui consiste en dattes , fruits , pièces d’étoffe, etc., que les pauvres se partagent le vendredi. La famille régnante n’était autrefois qu’une famille de marchands dont le chef avait prêté diverses sommes à presque tous ses compatriotes; dans l’impossibilité où ils étaient de s’acquitter envers lui, ils le nommèrent cheikh de la ville. Cette origine d’un petit chef du désert rappelle involontairement celle des Médicis.
Les Ouled Babïa sont presque tous de sang mêlé ; beaucoup même sont tout à fait noirs , mais tous sont également libres.
Leur langue est leberberia; les marchands voyageurs et les grands de la ville que leur commerce ou leurs besoins conduisent quelquefois à Tougourt, à Souf et à Tunis, et qui d’ailleurs ont de fréquentes relations avec les tribus nomades , parlent l’arabe.
Ngouça est souvent en guerre avec Ouargla, et si l’infériorité numérique de ses habitants semble, au premier abord , devoir lui promettre peu de chances favorables , sa politique adroite , les nombreux Arabes nomades qu’elle sait toujours attirer à son parti, et les trop fréquentes divisions des trois quartiers d’ Ouargla , l’ont souvent rendue assez forte pour qu’elle ait imposé des tributs à sa rivale. Elle paie cependant un impôt à Tougourt , pour avoir le droit de fréquenter ses mai -
elles. Les environs de Ngouça sont couverts de dattiers et coupés de jardins arrosés par quelques sources et par des puits de quatre â cinq mètres de profondeur.
L’industrie de Ngouça se borne à la fabrication de très-simples objets de première nécessité ; il n’y a dans la ville qu’un menuisier et qu’un forgeron; des juifs voyageurs y viennent à certaine époque vendre et faire de la bijouterie de femme.
Les habitants de Ngouça n’ont point de moutons ; leurs femmes confectionnent cependant beaucoup de vêtements avec la laine que leur apportent les Arabes.
C’est donc par son commerce avec Tougourt que cette petite ville avancée dans le désert s’approvisionne ; elle vit des dattes de ses jardins et des grains qu’elle achète aux nomades.
ROUTE
D’ALGER A TOUGOURT
lieues.
1er jour on s’arrête à A’ïn Khodra . 8
2e ... on traverse l’Oued Khamis, l’Oued Zeïtoun, et deux lieues plus loin que cette rivière , on s’arrête à un endroit appelé H'adjer Mer'raoua . . 7
3e ... à Mecheta Mta’ Lakhder Ben T'aleb . 8
4e ... à Sour Rezlan , petit fort en ruine , près de l’Oued
el K'ah'al . 10
5e . . . au Marabout' de Sidi A’ïça, en passant par un col
du Djebel Dira . 12
Du Djebel Dira descend une rivière appelée Oued Djenan, qui coule de l’ouest à l’est sur une longueur de vingt-huit à trente lieues , et va mourir près de Msila , sous le nom d’Oued Chellal , dans un marais entouré de terres labourables et nommé Sebkha el H'adna.
L’Oued Djenan reçoit sur sa rive droite plusieurs affluents :
1° L’Oued Chib , qui s’y jette à un endroit où s’arrêtent souvent les voyageurs, et que l’on nomme Foum Oued Djenan;
2° L’Oued elMalah', qui tombe un peu au-dessous de Sidi A’ïça;
A reporter. ... 45
D’ALGER A TOUGOUKT.
limes.
Report . 45
3° L’Oued el Mamoura, qui vient s’y jeter sous le nom d’Oued el H'am , à neuf lieues est de Sidi A’ïça. Ces trois rivières prennent leurs sources dans le Djebel Dira.
L’Oued Djenan reçoit dans le haut de son cours, par la rive gauche , beaucoup de petits torrents , à sec pendant l’été, dont nous ignorons les noms; et plus bas :
1° L’Oued Guern Assafia;
2° L’Oued Targa;
3° L’Oued el Malah' ;
4° L’Oued Besseraria;
5° L’Oued Faïd el H'amara.
6e jour, on s’arrête sur l’Oued el H'am . 7
7e ... à des ruines romaines appelées Khereman, près
d’une rivière du même nom . 7
L’Oued Khereman descend du Djebel Sah'alat, grande montagne à quatre lieues ouest de Bon Sa’da, et vient mourir dans un marais salé appelé Sebkha Mta’ Baniou, après neuf lieues de cours environ.
8* . . . à Bou Sa’da . 3
BOÜ SA’DA.