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LE PÈRE DU BONHEUR

Cette ville, placée entre Biskra et El AVouat , peut contenir cinq ou six cents maisons , et lever un millier de fusils.

BOU SADA

Elle est divisée en huit quartiers qui sont :

El H'oumanin.

Ouled Sah'arkat.

El Achacha.

H'art Cherfa.

Ouled H'ilig.

El Zekoum.

Ouled H'amida.

Et El Argoub , où sont relégués les juifs.

Ces huit quartiers semblent être un groupe de petits villages très-rapprochés les uns des autres et reliés par des jardins.

Le chef, qui prend le nom de cheikh, se nomme maintenant Alémed ben A’zïez. Cinq chefs inférieurs, qu’il désigne à son choix, composent avec lui le conseil, la djema’, oiisont discutées et décidées toutes les choses importantes.

Bou Sa’da a cinq mosquées, dont la plus belle est celle du quartier des Achacha. Chaque quartier a son école, où l’on enseigne aux enfants la lecture, l’écriture et les préceptes de la religion.

La plaine dans laquelle est située Bou Sa’da est aride et pierreuse ; mais l’emplacement de la ville même est d’une fertilité remarquable et abondamment pourvu d’eau.

Un petit mamelon stérile la domine seul, du côté de l’ouest ; sur tous les autres points, elle est entourée de jardins, dans lesquels coule et va se perdre une petite

D’ALGER A TOUGOURT

rivière appelée Mek/ta el A’ mer. Au milieu de la ville jaillissent deux sources abondantes et limpides, dont l’une s’appelle A’ïn el H'oumanin, et l’autre A’ïn el K/sar.

Les jardins sont plantés de grenadiers, de vignes, figuiers, abricotiers, pêchers, dattiers en quantité et de betliom ( térébintlie ) ; on y cultive le melon, la pastèque, le concombre, l’ail, l’oignon, etc — ; on trouve, à quelque distance, des mines de plâtre et des fours à chaux.

11 n’est point de ville, dans cette zone, où l’industrie ait pris un aussi grand développement qu’à Bou Sa’da. On y compte quarante fabriques de savon ; dix boutiques de forgerons et d’armuriers, dont l’adresse à faire des bois de fusil est en grande réputation ; plusieurs échoppes de maréchaux ferrants ; quatre maisons de teinturiers , et de nombreuses boutiques de petits marchands. Chaque famille fait sa poterie et ses vêtements.

Les juifs, relégués dans un quartier à part, ont leur synagogue, leurs écoles, leur cimetière. Un mouchoir noir, roulé autour de la tête , est tout ce qui les distingue dans leur costume, qui, d’ailleurs, est le même que celui de leurs compatriotes. Ils ne peuvent point monter à cheval : c’est un honneur réservé aux seuls musulmans; mais ils sont généralement traités avec beaucoup de tolérance ; ils exercent les métiers de cardeurs de laine, tailleurs, orfèvres, etc., et, comme partout, ils se sont faits les intermédiaires obligés de toutes les relations commerciales.

BOU SA’DA

Par sa position entre Biskra et El AYouaf , Bon Sa’da devient un centre de commerce important , sur lequel nous appelons l’attention. Les tribus du désert s’y rendent avec leurs produits, et, delà, peuvent aisément les écouler vers Constantine et Alger, en même temps qu’elles s’y approvisionnent.

Le marché de Bou Sa’da se tient dans la ville et se nomme Ralfbat el Nader ; c’est une foire de tous les jours, où il n’est pas rare devoir cinq ou six cents chameaux. Les tribus arabes qui le fréquentent sont :

Les Ouled Mad'i.

Les Ouled A’mer.

Les Ouled Sidi H'amla.

Les H'aouamed.

Les Ouled Sidi Brahim.

Les Ouled Naïl.

Les Mouïadat.

Les Ouled Sidi A’ïça.

Les Metarfa.

Les Souama.

Les Ouennour'a

Les Kabiles Béni A’bbas.

Les Zouaoua*

Les H'all Zemoura.

Les Béni Mzab, les A’riazlïa, les gens de Biskra, de Msila et de Tougourt.

Celles de ces tribus qui habitent le Tell apportent à Bou Sa’da :

Du blé.

D’ALGER A TOUGOURT

De l’orge.

De l’huile.

Des bernous.

Des étoffes.

Des batteries de fusil.

Elles y conduisent :

Quelques bœufs.

Beaucoup de chameaux.

Des chevaux.

Des mulets.

Des ânes.

Celles qui viennent du désert y apportent :

De la laine en quantité.

Des moutons.

Des plumes d’autruche.

Des h'aïk.

Des dattes.

Du beurre de brebis.

Des fromages.

Du henna.

Des tellis (sacs à porter des fardeaux).

Des tentes en poil de chameau.

Beaucoup de sel tiré de A’ïn el Meleh', à l’est; et de Djebel Zar'ez, à l’ouest.

Elles y conduisent des nègres esclaves venus à TougourtetàSouf par ïVedamès; les AYazlïa et les Béni Mzab y font particulièrement le commerce des plumes d’autruche.

Tous ces produits sont vendus ou échangés contre :

BOU SÀ’DA

Des chachïa.

Des mouchoirs d’indienne.

Du calicot.

De la soie.

Des épiceries.

Des teintures.

Des chaussures.

Des essences.

Des bourses Des aiguilles.

Des épingles.

Des ceintures d’hommes et de femmes.

Des fers et des aciers.

Des ustensiles en cuivre pour la cuisine.

Des pioches.

Des pelles.

Des socs de charrues.

Des serrures.

De la coutellerie.

De la verroterie dont on fait les colliers de femmes. Du corail.

Des bracelets en corne et en ébène.

Des bijoux de femmes en or et en argent.

Du sucre.

Du café.

De la cire en bougie.

Du bleu de Prusse.

De l’alun, dont il est fait un grand usage dans la médecine arabe.

Les gens de Bou Sa’da, en venant chercher ces produits à Alger ou à Constantine, apportent ceux qu’ils reçoivent du désert. Ces échanges ? déjà considérables ,

D’ALGER A TOUGOURT

peuvent prendre une bien plus grande extension si nous savons les favoriser.

Placée sur la limite du Tell et du Sahara, ouverte aux Kabyles vers le nord, voisine, au sud, des Ouled Naïl, sillonnée en tous temps par tous les habitants des villages des Ziban , en relations habituelles avec Médéa, Constantine, Biskra, Tougourt, el AVoual'et les Béni Mzab, Bou Sa’da devait , par la force des choses, devenir le dépôt général de tout le commerce dans ce vaste rayonnement.

Deux routes conduisent de Bou Sa’da à Biskra : % Tune à Test, par Msila ; l’autre au sud-est, par les villages des Ziban. Nous les donnons toutes les deux, en continuant à compter les étapes par jours de marche.

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