‹ Le Sahara algérienChapitre 57 sur 92 · DISTRICT DE SOUF · texte numérisé non relu

DISTRICT DE SOUF

Souf) est pourtant la douceur; ils sont très-hospitaliers. Le voyageur qui traverse leur territoire, nonseulement y est bien accueilli , mais jouit encore du droit acquis à tout étranger d’entrer dans les jardins et de s’y rassasier de fruits, à la seule condition de n’en point emporter et de laisser les noyaux des dattes au pied du dattier.

Les habitants de Souf ne récoltent point de céréales ; ils s’en approvisionnent dans le Djerid , dans le Ziban et dans le pays intermédiaire, chez les Sidi A’bid. Ces achats périodiques se font à prix d’argent ou par échange contre des dattes , du tabac et des vêtements de laine que les femmes ont tissés. Au retour de ces voyages , et après que leurs grains sont emmagasinés, ils s’occupent de la double récolte du tabac et des dattes. Pendant l’hiver ils vivent en famille, et dès que les premiers jours du printemps ont tapissé d’a’cheb ( herbe ) le désert, ils y mènent paître leurs troupeaux à des distances souvent fort éloignées , et toujours par groupes assez nombreux pour se défendre contre les Touareg , ces hardis pillards qui parcourent les plaines presque toute l’année. A la même époque, ceux d’entre eux qui sont marchands se rendent à R'damês, à Tougourt, à Gardaia, à Ouargla et quelques-uns à Tunis , soit pour s’y approvisionner des choses de première nécessité , soit pour y vendr e leurs produits. L’objet principal de ce commerce est leur tabac, qui jouit, dans le désert, d’une très-grande

DE TOÜGOURT A K'EFSA.

réputation , bien qu’il soit si fort , qu’il faille , pour en faire usage, le mélanger avec d’autres plantes appelées akil et trouna.

Ce tabac se vend au prix ordinaire de 20 boudjous d’Alger le quintal, 30 francs à peu près.

Quatre tribus arabes possèdent des terrains dans le district de Souf, y déposent leurs grains et y habitent une partie de l'année; ce sont les

Rebaïa.

Souamech.

Ferdjan.

Ouled H'amid.

Comme presque tous les habitants du désert, les Souafa sont doués d’une perspicacité de sens prodigieuse. Nous admettons facilement , en principe , que l’habitude d’une vie errante dans des plaines monotones où rien ne rappelle , au retour, la route que l’on a suivie ; que la nécessité de veiller sans cesse de l’oreille et des yeux, d’étudier à la fois l’horizon où l’ennemi vous attend peut-être, et les plis de terrain qui peuvent le cacher, nous admettons que cette lutte incessante développe, jusqu’à un certain point, chez un individu les facultés de l’ouïe, de l’odorat et de la vue; tous les voyageurs l’ont constaté; mais, nous l’avouons, nous n’avons jamais accueilli sans défiance les merveilleux exemples qui nous ont été cités mille fois, et nous ne les donnons nous-mème qu’en faisant nos réserves.

DISTRICT DE SOCF.

Si nous en croyons les Souafa que nous avons interrogés et quelques juifs voyageurs qui avaient longtemps habité Souf , les habitants de ce district sont les marcheurs les plus intrépides du Sahara : ils feraient facilement trente lieues par jour à pied. « De Tougourt « à Sif Soult'an , nous disait F un d’eux, il y a loin c( comme de mon nez à mon oreille, » et pourtant il y a dix lieues.

« Je passe , ajoutait-il , pour n’avoir pas une très- « bonne vue; mais je distingue une chèvre d’un mou- (( ton à un jour de marche. J’en connais , disait-il « encore, qui , à trente lieues dans le désert , éventent « la fumée d’une pipe ou de la viande grillée. Nous « nous reconnaissons tous à la trace de nos pieds sur « le sable ; et , quand un étranger traverse notre terri- « toire , nous le suivons à la piste , car pas une tribu « ne marche comme une autre; une femme ne laisse «• pas la même empreinte qu’une vierge. Quand un lièvre « nous part, nous savons à son pas si c’est un mâle ou « une femelle, et, dans ce dernier cas, si elle est pleine « ou non ; en voyant un noyau de datte , nous recon- « naissons le dattier qui Fa produit. »

Et comme nous ne semblions pas ajouter une foi bien naïve à ce qu’il nous racontait ; « Vos médecins, « nous dit-il , ne reconnaissent-ils pas la maladie d’un (( homme rien qu’à le voir et à le loucher ? »

Quelque ingénieux que soit ce raisonnement, tout cela , nous le répétons , nous semble fort exagéré ; mais

DE TOUGOURT A KEFSA.

il est constant que les sens des peuplades sahariennes , et particulièrement des habitants de Souf, que leur instinct fait voyageurs et dont la plupart sont toujours en course sur les routes du désert, ont acquis un développement extraordinaire .

Leurs mœurs d’intérieur sont, pour cette raison-là peut-être, fort dissolues.

Deux routes , également fréquentées , conduisent de Souf à Nefta.

Ve ROUTE DE SOUF A NEFTA.

(suite DE LA ROUTE DE TOUGOURT A KEFSA.)

lieues.

3e jour, on s’arrête à des mamelons de sable appelés El

Il'aouaïdj . 13

A trois lieues de Souf, on a trouvé un puits nommé H'assi Khelifa.

4e ... au puits nommé Bir Bou Na’nb . Il

5e jour à Nefta . 12

2e ROUTE DE SOUF A NEFTA.

(suite DE LA ROUTE DE TOUGOURT A KEFSA.)

3e jour à El Chouaclii. \ ...

4* . puits

5e ... à El A’sli. . . ) • • • 6e ... à Nefta .

lieues.

NEFTA.

NEFTA.

Nefta relève de la régence de Tunis; elle est située à trente-cinq ou quarante lieues nord-est de Souf; c’est moins une ville proprement dite , qu’une agglomération de villages qui , séparés entre eux par des jardins , occupent une étendue de terrain deux fois grande comme Alger ; ces villages sont :

H'al Guema.

Zebda.

Msa’ba

Ouled Cherif.

Béni Zeïd.

Béni A'ii.

Cherfa.

Zaouïet Sidi Ah'med.

La position de Nefta et ses environs sont très-pittoresques. Les eaux y sont très-abondantes; une source principale qui, sous le nom d’Oued Nefta, prend naissance au nord de la ville, au milieu d’un mouvement de terrain, entre les villages de Cherfa et de Zaouïet Sidi Ah'med , la divise en deux , et féconde ses jardins plantés d’orangers , de grenadiers , de figuiers, etc.; la même source arrose , au moyen de rigoles, une forêt de dattiers qui s’étend à plusieurs lieues. Un k/aïd, Uaïd el ma (k'aïd des eaux), veille à leur répartition dans les propriétés de chacun.

Les maisons de Nefta sont généralement bâties en briques, quelques-unes avec goût et même avec luxe.

J 96 DE TOUGOURT A K'EFSÀ.

Celles-ci sont ornées, à l’intérieur, de carreaux de faïence apportés de Tunis.

Chaque quartier a sa mosquée et son école, et , dans le centre de F agglomération des villages, une place, appelée Rebot, située sur le bord de FOued Nefta, sert de marché commun .

Les trois quartiers , H'al el Guema , Ouled Cherif et Béni Zeid, semblent être plus spécialement habités par les grands propriétaires ; celui de Zebda est habité par les commerçants. .

Les cherfa (cherifs), descendants du prophète, ainsi que l’indique leur nom, sont les nobles de la cité , les seigneurs , « les maîtres du bras. » C’est parmi les cherfa, sans doute, que le bey de Tunis choisit d’ordinaire le chef qui gouverne la ville. Celui du moment s’appelle Brahim Ould Ah'med Ben A’oum.

Nefta n’est pas assez avancée dans le désert pour que les alliances de ses habitants avec les négresses esclaves soient très-communes , et pour que la couleur blanche de leur race en ait subi une altération.

Leurs mœurs sont aussi beaucoup plus pures que celles des peuplades du Sahara, On les dit très-religieux observateurs de la loi et très-hospitaliers.

Quelques juifs artisans et courtiers se sont glissés parmi eux et sont tolérés, aux conditions connues de porter un mouchoir noir à la tête , de ne pas monter à cheval, etc.

Nefta est F entrepôt intermédiaire des marchandises

NEFTA.

que sa métropole écoule vers le Sahara. Aussi les Arabes rappellent-ils : « le port de Tunis. » Le commerce , dont elle est le centre, a deux grands mouvements dans Tannée : au commencement du printemps, et à la fin de Tété. Au commencement du printemps, parce qu’une armée sort alors de Tunis pour aller percevoir les contributions dans le vaste rayonnement au sud de la régence, qui, par sa position, échappe à T action purement ad ministrative du bey. Cette armée se divise ordinairement en trois corps : les fantassins, qui forment le premier, s’arrêtent à K'efsa, à vingt-cinq ou trente lieues en deçà de Nefta; le second, sous les ordres du chef, s’arrête à dixhuit ou vingt lieues plus loin, à Touzer; et le troisième , qui est le makhzen ( cavaliers du gouvernement), s’avance jusqu’à Nefta; les routes sont donc parfaitement sûres.

Tous les marchands du désert , les uns à pied , les autres montés sur leurs chameaux , tous armés , munis de leurs produits et d’argent, se dirigent alors sur Nefta, et de là se rendent à Tunis, protégés par le retour de la colonne. Mais les vexations de toutes sortes qu’ils ont à subir, les impôts directs et indirects dont on les accable, peuvent nous faire espérer de les attirer peu à peu à Constantine et à Alger, où quelques-uns sont déjà venus. Nos routes sont en effet plus sûres, et nous leur donnerons une protection qu’on leur vend dans la régence de Tunis. Le tarif en est ainsi fixé :

DE TOUGOURT A K'EFSA.

A Nefta d’abord :

3 boudjous par tête.

1 — £ par chameau.

— \ par âne.

1 rial par mulet.

Encore leur faut-il payer, à Tunis, des droits pour tout ce qu’ils y achètent.

Ils y apportent .

Des dattes.

Des plumes d’autruche.

De la poudre d’or (en petite quantité).

Des dents d’éléphant.

Desh'aïck', desbernous.

Des tentes en poil de chameau.

Des peaux tannées du Maroc (filali).

Des tellis, sacs tissés en feuilles de palmier.

Des chameaux.

Des esclaves.

Des monnaies de France et d’Espagne qui seront converties en bijoux.

Ils y achètent :

Des calicots de toute qualité.

Des étoffes du genre de celles que nous appelons rouenneries.

Des chachïa, dont beaucoup sont fabriquées à Marseille.

Des draps français communs.

Des mousselines anglaises et françaises.

Des foulards simples ou dorés , \

, . / fabriques a Lvon

Des ceintures d homme en laine > % m . -

\ ou a Tunis.

ou en soie ,

NEFTA.

Des bernous sousti de Tunis.

Du benbazar, mousseline de Smyrne pour faire des manches de chemise.

Du coton de Marseille et de Tunis.

Des turbans.

Des turbans de soie , pour les femmes , fabriqués à Tunis.

Des ceintures de courses , servant de bourses , en cuir et en laine.

Des fils de Marseille en chanvre et en coton.

Des soies teintes de Lyon.

Du corail de toute qualité, pour chapelets et colliers de femmes.

Des chapelets d’Égypte.

Des bracelets en corne de bœuf sauvage de Tunis.

De la verroterie de Trieste.

Des coquillages de Tunis, appelés el ouda, et qui leur serviront de monnaie dès qu’ils seront arrivés dans le Soudan.

Du musc du Caire et d’Alexandrie.

Des essences de Smyrne et de Tunis.

Du papier à écrire de Gênes ou de Marseille.

De l’antimoine , de Marseille et du Maroc , pour teindre les yeux et les sourcils.

Des tuyaux de pipe de Constantinople .

Du tabac de Souf.

Du sucre et du café.

Des teintures anglaises.

Du soufre de Marseille.

Du cobalt.

Du bleu de Prusse

DE TOUGOURT "A K'EFSÀ.

Du safran pour teinture.

T)u iouk (substance rouge pour teindre).

De l’alun de Marseille et de Londres.

Des épiceries anglaises.

Du riz d’Alexandrie.

Des ustensiles en cuivre de Tunis et de K'aïrouan. Des lunettes.

De la coutellerie commune anglaise et de Marseille. Des serrures de Tunis.

Des fers à cheval de Tunis.

Des fils de fer pour cardes , \

Des clous et des pointes , j

Des fils de laiton , /

Des feuilles de cuivre et de fer- > de Marseille.

blanc , l

Des aciers, mais qui ne sortent ;

qu’en contrebande ,

Des fers de Suède et d’Angleterre.

Des armes : — fusils de Smyrne et de Tunis sabres de Smyrne.

ïatar'an — pistolets —

Des pierres à fusil de Tebessa et de Tunis.

De la poudre de Tunis, qu’ils achètent en contrebande.

Ces emplettes une fois terminées, il ne serait pas prudent aux voyageurs de s’exposer, en temps ordinaire, à travers le territoire des Arabes toujours au guet d une r'azïa; car si la caravane est assez nombreuse pour se défendre au départ, elle se divise à mesure qu’elle avance, chacun prenant, à certain point, le che-

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