‹ Le SaharaChapitre 105 sur 346 · Sahara und Sadan, U, p · texte numérisé non relu

Sahara und Sadan, U, p

encore; de grandes nappes d'eau tranquille occupaient les cavités des chotts et des sebkhas aujourd'hui couvertes de sel *. Puis, un jour, nous ne savons à la suite de quelle révolution à ïa surface du globe, les pluies ont cessé d'arroser abondamment le sol : la quantité d'eau tombée n'a plus fait équilibre à celle qui s'évaporait, et alors a commencé l'évolution vers le désert.

Les grands fleuves recueillant moins d'eau ont diminué de volume; bientôt ils n'ont plus atteint en tout temps la mer ou le lac qui les recevait. Les uns ont reculé pas à pas vers leur source, marquant d'une mare terminale chaque étape de leur retraite. D'autres, surpris par la sécheresse avant d'avoir eu le temps d'égaliser le fond de leur lit', se sont réfugiés au fond des cavités que leur courant impétueux avait traversées. Ils se sont ainsi égrenés en un chapelet de lagunes, encore unies de loin en loin par une crue temporaire ; puis, ces crues elles-mêmes ont disparu et les cavités se sont vidées.

Aujourd'hui encore, des rivières vont mourir ainsi dans le désert. Lorsqu'on parcourt les plateaux uniformes du Sahara d'Oran, on aperçoit de temps en temps un lit de sable qui s'allonge entre deux berges rougeâtres et croulantes: c'est un des grands oueds descendus de l'Atlas. Quelques arbres, tamarins, térébinthes, en émaillent le fond; mais des galets, des débris de toute sorte arrêtés entre les branches prouvent qu'une forte rivière y coule de temps en temps. C'est ainsi que le 1^' avril 1870 nos soldats ont vu l'oued Guir, large comme un bras de mer, rouler des vagues écumantes. Mais cette puissance

1. c Les couches de marne et de sable des alluvions du Melrbir se sont déposées sous une eau tranquille ; la netteté et la régularité de leurs stratifications le prouvent. • (Le Cbàtelier, Hevue teient., 1877, I. p. 660.)

S. « Les lits mineurs des vallées sont restés, pour ainsi dire, simplement ébauchés : ils ne présentent pas de thalweg continu, mais seulement une série de cuvettes étagées. Cest ainsi que des seuils s'interposent entre les bas-fonds d'Ouargla, de Bardad, de l'Oued Rir. » (Rolland, Géologie da Sahara, p. 186-187.)

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ne dure pas. A mesure qu'on descend en aval, la pente des oueds diminue, les bei^^ s'abaissent, Teau diminuée s'étale, déjà apaisée, dans le lit étargi. La rivière est fatiguée, disent les indigènes; en eifet, elle bifurque en delta comme un fleuve près de sa fin. Bientôt chaque branche aboutit à une impasse, sans avoir la force de creuser plus loin. C'est là qu'elle agonise, pompée par l'évaporation, bue par le sable, en laissant une daya^ cuvette tapissée de limon et de sel. Toutes les crues qui descendent vers le désert meurent ainsi, après 100 ou 120 kilomètres de cours. Les daya échelonnées d'amont en aval marquent les points où, selon les années, la rivière s'est arrêtée, vaincue par le climat*. Seul, le grand Nil triomphe du Sahara et arrive amaigri, mais vivant, de l'autre côté du désert.

Les lacs d'autrefois ont subi le même sort que les fleuves. Privés de leurs affluents, ils se sont graduellement rétrécis. Leur eau constamment réduite est devenue de plus en plus saumâtre, et l'on retrouve dans les limons du Melrhirh les coquilles des cardium qui l'ont habité alors. Le soU resté sans écoulement, s'est imprégné de sel, est devenu une steppe. La végétation a disparu par endroits. L'évaporation est devenue plus intense, en même temps que le rayonnement du sol dénudé. Les eaux, de plus en plus concentrées *, chargées de sels amenés par les cours d'eau temporaires, sont devenues finalement plus salées que celles de la mer. Aujourd'hui, la transformation est fate.A l'exception de quelques petites vasques de dunes ou de rocher que remplissent périodiquement les pluies du Tasili et de l'Ahaggar,

\, p. Mares, Note sur la eonslUution du Sahara de la procinee d'Oran^ Bull. Soc. Génl., l85fi-57, p. rî33-35. — Parisot, La région entre Ouargla et El Goléa, B. S. G.. 4880, I, p. i35.

â. « Dans la sehkha de Habessa, M. Marôs a recueilli sous une croûte de

sel des coquilles fluviatiles, mélanie, môlanopside paludine, associées au

ûardtum edule, tous animaux encore vivants dans la région atlantique et

qui indiquent des eaux d'abord saumAtres et devenant de plus en plus

salées. > (Porael, Le Sahara, p. 196.)

L'Oued Seggueur (Sahara oranaia} au sorllr dos gorges de l'Arouia.

les rares nappes d'eau restées à la surface du Sahara sont salées. Lorsque M. Rohlfs atteignit Bouseïma, la deuxième des oasis de Koufra, il vit avec surprise miroiter un lac aux eaux bleues, auquel les vagues semblaient faire une frange d'écume. Le lac n'était pas un mythe, mais Técume était un mirage. Les eaux, d'une salure extrême, avaient déposé un large cordon de sel sur le rivage, et c'est sur cette bordure étincelante que les couches d'air échauffées se jouaient*. Il en est de même de quelques petits lacs qui se cachent entre les grandes dunes du Fezzân; leurs eaux sombres et transparentes, où nagent des larves dorées, sont presque sirupeuses à force d'être denses, et Ton ne peut s'y plonger sans que le corps se recouvre d'une couche de sel^ Le chapelet de lagunes qui environne Siouah renferme une eau salée et amère, et les marais de boues salines qui les entourent prouvent qu'ils sont les restes d'une nappe plus grande, que Tévaporaiion a morcelée'. L'on ne peut attribuer à une autre cause cette salure des eaux de surface, car l'eau douce se rencontre dans le sol au voisinage de Teau salée. On la trouve en creusant la rive même du lac de Bouseïma* ; elle est à deux ou trois mètres du lac des Vers au Fezzân'^ ; elle remplit les trous que l'on creuse dans le sable près de la mare d'Aïn Taïba, dans les dunes de l'Erg®. Ainsi, l'eau abritée dans les profondeurs du sol est restée à peu près douce, tandis que l'eau de la surface a été concentrée par révaporation séculaire.

Les lacs salés sont toutefois l'exception au Sahara. Bien que l'eau salée s'évapore moins rapidement que l'eau douce, le phénomène ordinaire au désert est le chott ou la sebkha.

\. Kufra, p. 271.

2. Vogel, Miltheil., 1855, p. 246 et suiv. — Dnvcyrier, p. 244.

3. Cailliaud, Voyage à Méroé, I, p. 85. — Rohlfs, Ko» Ti-ipolig nach Alexandrien. H, p. 84.

4 Kufra, p. 271.

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