LÀ FLORE ET LÀ FAUNE
Influence des conditions physiques : uniformité de la flore et de la faune sahariennes. Petit nombre des espèces.
Adaptation de l'organisme végétal au climat. — Périodes de végétation et de repos : les éphémères. — Défense des plantes permanentes contre l'évaporation : réduction de la surface, épines, position des feuilles ; rapidité de la transformation ligneuse, protection des feuilles et des stomates. — Développement des racines, des vaisseaux de réserve. — Protection et germination des graines. — Assimilation directe de la vapeur d'eau contenue dans l'air.
Importance climatérique à^\i dattier. -7- L'oasis. — Aire de croissance du dattier ; conditions nécessaires à son existence.
Adaptation de l'animal au désert. — Mimétisme. — Développement des membres moteurs. — Résistance à la soif. — Le chameau, son organisation : ne peut vivre sous un climat humide. — Variétés produites par les difl'érences de milieu ': chameau asiatique, dromadaire. — Variétés africaines : chameau de charge, méhari.
Les localisations d'espèces. — Influence du sol. — Plantes vivant en colonies. — Localisations qui ont leur origine dans le passé : originalité des diverses flores et faunes désertiques. — Espèces non désertiques observées dans le Sahara. — Ces anomalies disparaissent peu à peu sous l'influence du climat actuel.
Le Sahara n'est pas absolument impropre à la vie. Si faibles que soient les ressources qu'il renferme, la force organisatrice de la nature en a tiré parti. Il est des plantes, des animaux que ne rebute ni le sol le plus grossier, ni le soleil le plus chaud, ni l'air le plus sec; il existe une flore et une faune sahariennes. Mais la vie organique n'est pas indépendante des autres phénomènes du globe. Les agents physiques qui ont créé le désert, y déterminent également la répartition des êtres. La flore et la faune sahariennes portent leur empreinte.
Ce qui frappe tout d'abord en elles, c'est leur uniformité. Dans nos pays, la répartition de la chaleur et tout ce qui la modifie, latitude, exposition, altitude, ciel clair ou brumeux, créent les mille contrastes des versants du nord et du midi, de la montagne, de la vallée, de la plaine. Au Sahara, toutes ces distinctions s'effacent. On ne peut pas dire que le Sahara méridional ait une flore tropicale, le Sahara septentrional, une flore méditerranéenne. C'est à peine si les degrés de latitude qui les séparent sont indiqués par quelques localisations d'espèces. Des plantes d'origine manifestement méridionale, acacias, euphorbes, achour {Calotropis procera) croissent dans le Sahara tunisien et la Tripolitaioe s comme les tamarix et les genêts venus du nord atteignent les confins du Soudan '. D'un bout, à l'autre du désert on trouve à peu près le même petit groupe d'animaux et de plantes : ceux que laisse subsister l'universelle sécheresse. Les écarts de température ne font que rendre l'élimination plus complète. L'extrême chaleur unie à la sécheresse proscrit ainsi la plupart des plantes méditerranéennes ' ; le froid des nuits empêche les végétaux des tropiques d'envahir les bas-fonds humides. Tandis que la côte de la mer Rouge jusqu'au 22* parallèle est une annexe de la flore soudanaise^, il n'y a plus qu'une demi-douzaine d'espèces vraiment tropicales sur un total de deux cents qui vivent à Khargueh.
Les montagnes mêmes, ces puissantes réformatrices du climat, nej)ortent pas au Sahara les étages de flores et de faunes différentes qu'on remarque en d'autres pays. Le
i. L'acacia talha (Acacia tortilis Hayne) croit en Tunisie jusqu'à El Ala, au bas du Djebel Medjouna, à iO kilomètres au nord de la montagne de Bou Hedma (Doûmet-Adanson, Rapport mitt. botan, exéctUée en 1884, p. 32-3). Hooker et Bail ont trouvé un acacia gommifére (espèce non déterminée) au sud-est de Mogador. (Journal of a lour in Marocco, p. 99.) Des euphorbes et Tachour se trouvent en Trlpolitaine. (Duveyrier, ouv. cité, p. 180, 498. — Barth, I, 280.)