Volbeos, ouv. cit., p
. cité, p. lOS. — Foureau, noie
verdure qui nourrissent le nomade et abritent le sédentaire : c'est le dattier qui a créé l'oasis.
Pour le voyageur qui vient du désert, Toasis est un inoubliable spectacle. De loin, c'est une tache sombre sur le fond fauve du désert; d'un peu plus près, on aperçoit une masse confuse de feuillage, hérissée de quelques aigrettes de palmes géanites. On approche : la forêt, compacte tout à l'heure, s'éclaircit. Entre les grandes liges droites et nues, sous les larges parasols qui s'étalent à vingt et trente mètres dans les airs, une deuxième forêt prend place : massifs d'arbres fruitiers à têtes rondes, entourés d'une haie d'épines ou d'un mur en terre : ce sont les jardins. Dans l'ombre épaisse de cette double voûte de verdure, qui laisse filtrer çà et là un rayon de lumière, entre les sentiers étroits et les canaux où coule une eau limoneuse, la vigne, les champs d'orge, de mil, ou de légumes, forment des coins de verdure fraîche qui contrastent avec le sol brun et poudreux des clairières brûlées de soleil. Tout cela ne vit que par le dattier. Dans nos pays, la forêt peut être mortelle aux petites plantes, qui, végétant à son ombre, manquent de soleil et d'air, et souvent les colosses végétaux de nos pays ne laissent à leur pied qu'un tapis de feuilles mortes. Au Sahara, les plantes formidablement armées affrontent seules le grand soleil; le dattier, sous lequel l'air circule librement, joue contre la lumière et la chaleur intenses le rôle de nos serres contre le froid; il crée, pour les plantes non désertiques, un milieu tempéré où elles peuvent vivre. Aussi le suprême châtiment, dans les guerres sahariennes, consiste-t-il à couper les palmiers. Ce n'est pas seulement priver l'ennemi de sa principale nourriture, c'est vouer pour longtemps toute l'oasis à la mort. Le terrain dépouillé rentre dans les conditions des terres voisines, et seules les plantes désertiques y subsistent, tant que les palmiers n'ont pas repoussé. Pline l'Ancien connaissait déjà la valeur de l'acbre lutélaire, comme le témoigne ce tableau d'une symétrie
naïve : Palmàe ibi praegrandi subditur olea, huic (icaSy fico Punica illi vitis; sub vite seritur frumentum... omniaque aliéna umbrâ aluntur *.
Le palmier-dattier (Phœnix dactylifera) est lui-même assez mal armé contre la sécheresse. Son tronc, haut de dix à seize mètres, ses feuilles pennées, de large envergure, offrent à l'évaporation une vaste surface : il est donc obligé de pomper sans cesse de Teau par ses racines, et no subsiste qu'aux endroits où il rencontre une perpétuelle humidité. Tous les sols lui sont bons, toutes les eaux, salées ou non, lui conviennent; mais il ne saurait se passer d'une forte chaleur annuelle unie à la sécheresse de Tair. Le palmier doit avoir, dit un proverbe arabe S les pieds dans Teau et la tète au soleil. Il lui faut une somme d'environ 6 000 degrés par an pour mûrir ses fruits, et s'il est assez indifférent au froid, — il support^e des températures de — 6<* et — 7** C. — il est, par contre, très sensible à l'humidité de l'air. Il suffit que des averses tombent au moment où le fruit se développe pour faire manquer toute la récolte en Tunisie*. Le dattier est donc, par excellence, un arbre du désert, et son aire de croissance se confond avec lui. On trouve, il est vrai, des dattiers dans les villes au nord de l'Atlas, mais ce sont des arbres d'agrément, dont les fruits ne mûrissent jamais *. Au sud, la petite ville de Bamba, sur le Niger, le pays de Mounio, visité par Barth, et la lisière du Bornou, à quelques journées au nord de Kouka, marquent la limite où s'arrêtent les dernières forêts de dattiers* : c'est à peu près la limite des pluies régulières.
Des individus isolés se rencontrent encore au Haoussa, au Bornou et jusqu'au Baghirmi, mais si larbre se développe.